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pornographie

  • L’art de la débauche

    Publiée en Espagne il y a 12 ans, la bande dessinée Les Saintes Eaux de Raúlo Cáceres nous est proposée par les éditions Tabou dans une version française de Myriam Lobo. Cet ouvrage atypique, baroque et sulfureux autant que subversif frappe par sa richesse graphique et scénaristique.

    Disons tout de suite que le sexe est l’alpha et l’oméga d’une histoire à la fois simple et complexe, déployée sur 24 chapitres et pas loin de 200 pages : un "voyage en pornographie sacrée", comme l’annonce la couverture du livre.

    Le docteur Melania Ricius, psychologue et sexologue de son état, reçoit en pleine séance disons échevelée, un appel vidéo d’une ancienne élève, Sara Guttiérrez, enseignante à Aguas Callientes, un village perdu de l’Estrémadure espagnole. Cette dernière lui fait part d’étranges phénomènes d’hystérie collective touchant les habitants de cette bourgade. Subitement, la connexion se coupe. Inquiète de ce silence autant qu’intriguée, Melania décide de se rendre elle-même à Aguas Callientes pour partir à la recherche de Sara mais aussi percer le secret de cette vague de folie transformant un tranquille coin espagnol en lupanar à ciel ouvert. L’enquête commence pour la sexologue, une enquête qui sera jalonnée de rencontres et de découvertes qui vont sérieusement secouer la spécialiste jungienne.

    Une bande dessinée au souffle et aux méandres incroyables

    Avec un humour grinçant, Raúlo Cáceres signe avec Les Saintes Eaux une bande dessinée au souffle et aux méandres incroyables. Grâce à ses dessins somptueux au très beau noir et blanc et à un scénario bien documentée et aux multiples tergiversations, l’auteur espagnol laisse aller son imagination et sa créativité folle pour une histoire mêlant enquête policière, récits mythologiques et religieux, critiques des superstitions, propos psychanalytiques et, bien entendu, orgies. Pour ces nombreuses scènes, le coup de patte du dessinateur fait merveille dans sa manière de représenter avec une débauche de détails les corps, les étreintes, les sexes et les échanges de liquides divers et variés.

    On suit le parcours tumultueux et pour le moins épuisant de Melania et de son ami Jacobo sans savoir où il nous mènera, tant le récit regorge de personnages tout aussi fantasques – et même fantastiques – les uns que les autres. Tout ce petit monde se croise, se côtoie, se toise et souvent copule dans un village isolé et inquiétant, symbole d’un monde tiraillé entre folklores, religions monothéistes et attirances pour d’anciens rires païens – qui peuvent être aussi caricaturaux que les idéologies qu’ils combattent.

    En ne se proclamant d’aucune chapelle et en faisant du sexe le cœur du récit, c’est là que l’auteur des Saintes Eaux se montre le plus subversif. Melania, l’héroïne solitaire n’ayant comme repère que la science psychanalytique, se fait finalement l’apôtre du Moi, se réconciliant avec lui-même et avec son corps : "Ce que la morale castratrice essaie de dissimuler n’est pas l’envie de baiser mais le joyeux besoin de ne pas arrêter de le faire."

    Pour public averti.

    Raúlo Cáceres, Les Saintes Eaux, Voyage en Pornographie sacrée
    trad. Myriam Lobo, éd. Tabou, 2020, 186 p.

    https://raulocaceres.es
    http://www.tabou-editions.com

    Voir aussi : "Ma sorcière mal aimée"

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  • Union TV : un nouveau média pour une nouvelle révolution sexuelle

    Le vénérable Union entrerait-il dans une nouvelle ère ? Créé en 1972, le magazine érotique et libertin fait lentement mais sûrement sa mue. Après l'édition web, c'est une chaîne de télévision qui vient de naître fin janvier (disponible sur la box SFR). Nous avons rencontré Flore Cherry, responsable de la transformation digitale à Union, pour en savoir plus sur ce nouveau média.

    Union TV a la spécificité par rapport à ses concurrents (Dorcel TV, XXL ou Pink TV) de ne pas proposer que des programmes hard. Ils sont certes visibles de minuit à 5 heures du matin, mais, plus tôt dans la nuit, de 23 heures à minuit, Union TV propose aussi des rubriques plus sérieuses mais tout aussi alléchantes. Des conseils de sexologues, sexothérapeutes confirmés, artistes et youtubeurs (Jessica Pirbay, M'sieur Jérémy ou Clémity Jane) proposent un "autre discours sur la sexualité" , indique Flore Cherry.

    Derrière l'évolution numérique et audiovisuelle d'un titre emblématique de la presse adulte se joue un combat à fleuret moucheté autour d'un marché du sexe traditionnel, dominé par une population mâle et âgée , comme le regrette la responsable digitale d'Union.

    Le X doit-il se limiter à proposer des films calqués sur le même modèle stéréotypé : luxe, mannequins et grosses limousines ? Certes, des entreprises spécialisées ont trouvé là un excellent filon et surtout un public averti. Il n'en reste pas moins vrai que "les grosses boîtes de X sont enfermés dans un discours", avec finalement "peu d'évolutions", regrette Flore Cherry, tout en pointant du doigt "une inertie de l'innovation et un business model en panne."

    Aussi important que le bien manger, le sport ou la déco

    D'autres types de pornos sont possibles, ajoute-t-elle : celui créé par des féministes comme la réalisatrice Erika Lust, les propositions intéressantes des cam girls ou les nouvelles approches de l'érotisme qui commencent à poindre, y compris dans la publicité (par exemple un récent spot de Paco Rabanne).

    Le X et l'érotisme sont à la croisée des chemins. La rédactrice d'Union appelle à une évolution des mœurs, dans laquelle le féminisme "doit prendre la main sur le sexe..."

    En quoi consisterait ce changement de paradigme ? Flore Cherry parle de "life style" : le sexe doit devenir non plus un sujet caché mais une préoccupation quotidienne et sérieuse, aussi importante que le bien manger, le sport ou... la déco. "Choisir de bien baiser pour prendre soin de soi," ajoute-t-elle.

    Le chemin est encore long et il passera aussi par l'éducation et par des changements de comportements, notamment chez les garçons. Quant aux filles, elles doivent revendiquer leur plaisir et leurs désirs. Flore Cherry se dit consciente que certains hommes risquent, suite au coup de tonnerre de l'affaire Weinstein et du phénomène de société #MeToo, de réfléchir à deux fois avant de se lancer dans une drague trop insistante. Mais est-ce si mal ? "Les trois pas en arrière de l'homme ce sont aussi les trois pas en avant de la femme" énonce Flore Cherry.

    Union TV, nouvelle vitrine d'un média plus que quadragénaire, entend bien être à l'avant-garde de cette autre guerre des sexes.

    Union TV, disponible chez SFR
    http://www.union.fr

    Photo : Flore Cherry