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Philosophie

  • La liberté a-t-elle un prix ?

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    Le café philosophique de Montargis fixera son prochain rendez-vous le vendredi 22 juin 2018 à 19 heures, au café Le Belman. Le sujet du débat portera sur cette question : "La liberté a-t-elle un prix ?"

    La liberté a été un sujet souvent traité par le café philo. Il a régulièrement été question de choix personnels, de contraintes à la liberté, de libre-arbitre ou de détermination. Il sera cette fois question du prix que l’on pourrait donner à cette liberté. Mais de quel prix parlons-nous au juste ? Est-ce à dire que la liberté peut se monnayer voire se négocier ? La liberté serait-elle alors un don ? Puis-je renoncer volontairement à ma liberté ? Peut-on dire comme Jean-Jacques Rousseau que "renoncer à sa liberté c’est renoncer à sa qualité d’homme, aux droits de l’humanité, même à ses devoirs" ? Quel prix suis-je prêt à mettre pour me libérer ?

    Ce sont autant de points qui pourront être débattues lors de la séance du vendredi 22 juin 2018, à partir de 19 heures au café Le Belman, boulevard des Belles Manières, à Montargis. La participation sera libre et gratuite.

    Il s’agira de l’avant-dernier rendez-vous de la saison, puisque le lendemain, samedi 23 juin à 14H30, l’équipe du café philo organisera un dernier-rendez-vous aux Tanneries d’Amilly, "La philo sous les arbres", autour de l’exposition "Formes d’Histoires."

    http://cafephilosophique-montargis.hautetfort.com

  • La philo sous les arbres

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    Le café philosophique de Montargis fixe un rendez-vous exceptionnel, le dernier de cette saison, aux Tanneries d’Amilly, le samedi 23 juin 2018 à partir de 14 heures 30.

    Cette "Philo sous les Arbres" sera une rencontre conviviale autour de l’exposition "Formes d’Histoires" et dans le cadre des (f)estivales prévues le samedi 23 et dimanche 24 juin par les Tanneries d’Amilly.

    Après une visite libre de l’exposition "Formes d’Histoires", les participants du café philo échangeront autour des thématiques de cette exposition : l’univers des contes, l’imaginaire ou le visible et l’invisible. Ils se poseront notamment cette question : "Qu’est-ce que les contes ont à nous raconter ?"

    Ce dernier rendez-vous de l’année sera une occasion atypique et conviviale de faire de la philosophie autrement et dans un cadre exceptionnel.

    La participation sera libre et gratuite.

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    "Formes d’histoires", de gauche à droite : Amandine Guruceaga, Julien Salaud, Ghyslain Bertholon

  • Qu'est-ce qu'être normal ?

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    Café philo ou café psycho ? La question se pose s’agissant du prochain débat du café philosophique de Montargis, qui aura lieu au Belman, le vendredi 18 mai, à 19 heures. Le débat portera en effet sur ce sujet : "Qu’est-ce qu’être normal ?"

    Cette interrogation semble rythmer notre vie, jusqu’à nous angoisser : "Docteur, suis-je normal ?", "Mon enfant est-il normal ?" ou "Est-ce normal que je vive ainsi ?" Il semblerait qu’une norme pèse sur nous et nous impose des comportements, des habitudes ou des pensées. Pourquoi sortir de la normalité paraît-elle souvent problématique ? Ne pas être normal serait-ce prendre le risque de tomber dans une forme de folie ? Que risquerions-nous, en tant qu’individus singuliers et uniques, à gommer nos particularités pour nous fondre dans un groupe et à être "comme les autres" ? Peut-on se construire soi-même en nous fondant dans une norme collective ?

    Ce sont autant de points qui pourront être débattues lors de la séance du vendredi 18 mai 2018, à partir de 19 heures au café Le Belman, boulevard des Belles Manières, à Montargis.

    La participation sera libre et gratuite.

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  • Faut-il vivre comme si nous ne devions jamais mourir ?

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    C’est à la médiathèque de Montargis, le vendredi 13 avril à 18 heures, que se tiendra la prochaine séance du café philosophique de Montargis. Un cadre exceptionnel pour une séance exceptionnelle, dont le sujet a été choisi par les utilisateurs de l’établissement public. Au terme d’un vote étalé sur plusieurs jours au sein de la médiathèque, ses usagers ont choisi de débattre de ce sujet : "Faut-il vivre comme si nous ne devions jamais mourir ?"

    Le thème de la mort est essentiel en philosophie, comme le soulignait Albert Camus. Essentiel et absurde. La conscience et même l’appréhension de la mort est d’abord ce qui caractérise l’homme. Les rites funérailles ou le deuil font l’objet du plus grand soin dans toutes les sociétés humaines. Et pourtant, cette mort nous effraie, et nous serions tentés de l’éloigner de nous pour privilégier nos instincts de vie. Face à cette mort absurde et inéluctable, faut-il vivre comme si nous ne devions jamais mourir ? Masquer la mort est-elle tenable dans notre existence ? Et de quelle mort parlons-nous puisqu’il semblerait que la mort soit toujours celle de l’autre ? Comment penser la mort ?

    Ce sont autant de points qui pourront être débattues lors de la séance du vendredi 13 avril 2018, à partir de 18 heures à l’Atrium de la Médiathèque de Montargis.

    La participation sera libre et gratuite.

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  • 2001 a 50 ans

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    2018 marque les 50 ans de mai 68. Mais cette année, le cinéma fête le cinquantenaire d’une autre révolution, cinématographique celle-là. C’est en effet le 2 avril 1968 qu’est sorti aux États-Unis 2001 : L’Odyssée de l’Espace de Stanley Kubrick. Rappelons que Bla Bla Blog avait consacré par le passé un hors-série sur ce cinéaste exceptionnel. Cette fois, nous ferons un focus sur ce film de science-fiction majeur à travers le passionnant essai de Roberto Lasagna (2001 : L’Odyssée de l’Espace, éd. Gremese), complet et richement illustré.

    Il y a cinquante ans tout pile, donc, sortait ce fameux 2001, film de SF spectaculaire autant que fable métaphysique sur la destinée humaine. Réflexion géniale, travail cinématographique à la perfection rarement égalée, coup de poing visuel et véritable révolution artistique, c’est peu de dire que Stanley Kubrick a réussi là un coup de maître qui fait que 2001 n’a jamais vieilli. Le réalisateur disait de ce film qu’il le considérait comme son plus réussi : "J’ai essayé de créer une expérience visuelle, qui contourne l’entendement et ses constructions verbales, pour pénétrer directement l’inconscient avec son contenu émotionnel et philosophique. J’ai voulu que le film soit une expérience intensément subjective qui atteigne le spectateur à un niveau profond de conscience, comme la musique."

    Roberto Lasagna spécialiste et critique cinématographique italien consacre tout un essai à 2001 : L’Odyssée de l’Espace. Il en explique la genèse, la fabrication, l’histoire et en fait une exégèse qui ravira les cinéphiles et spécialement les amoureux de Kubrick. L’auteur rappelle à quel point le huitième film du réalisateur américain a marqué à plus d’un titre. Pour la première fois, en effet, Stanley Kubrick entend, après le succès de Docteur Folamour, ne plus être dépendant des studios hollywoodiens. Il vit désormais en Angleterre et choisit les studios londoniens de la Metro-Goldwyn-Mayer qu’il transforme en véritable laboratoire pour créer un film de science-fiction qu’il veut d’un réalisme absolu.

    La plus ahurissante ellipse du cinéma

    Mais à ce réalisme du décor et des vaisseaux spatiaux vient répondre un discours scientifique pointu et pensé avec Arthur C. Clark (sa nouvelle écrite pour l’occasion, La Sentinelle). 2001 est aussi un manifeste au langage cinématographique époustouflant de créativité, cette "sémantique des images" dont parle Roberto Lasagna : le fameux monolithe noir, l’os devenu arme préhistorique se transformant en navette spatiale dans la plus ahurissante ellipse du cinéma, le personnage et supercalculateur HAL ou la dernière séquence psychédélique jusqu’à l’apparition du fœtus astral.

    Roberto Lasagna revient de manière très pertinente sur le contexte de la SF en 1968 : à ce titre, 2001 sera le premier véritable film de space-opera doté d’effets spéciaux réalistes : "Grâce à une rigueur scientifique nouvelle pour l’époque, Kubrick souhaitait prendre ses distances des space operas des années cinquante dont la crédibilité était proche de zéro. Afin d’éviter que les planètes et les vaisseaux spatiaux ne ressemblent à des maquettes à petite échelle, il fit fabriquer de grands modèles avec une précision méticuleuse, puis les filma avec une caméra Panavision 65mm qui permettait une très haute définition."

    Délaissant le langage des dialogues au profit de l’écriture visuelle ("46 minutes de dialogues sur les 139 de la durée totale du film"), Kubrick ne fait cependant pas de son 8e film une simple œuvre spectaculaire. L’émotion et l’éblouissement sont bien au cœur de son film. Mais ce qui le caractérise 2001 est une ambition philosophique et métaphysique : "La machine narrative – en réalité presque une non narration – n’est pas seulement belle à contempler : c’est une machine significative, où l’observateur, comme l’astronaute Bowman, sont invités à se poser des questions. Après tout, le cadrage de l’os qui se transforme en vaisseau spatial – le raccord le plus célèbre du film et peut-être de toute l’histoire du cinéma – exige un effort d’interprétation spécifique."

    Un trip sans LSD

    Arthur C. Clark et Stanley Kubrick interrogent l’intelligence humaine et artificielle, la persistance des instincts, le culte de la technologie, le destin de l’espèce humaine ou le concept de vérité et de révélation, comme le conceptualise brillamment Roberto Lasagna.

    Au-delà de la première séquence, "À l’aube de l’humanité," celle sur la lune ou celle de l’affrontement entre HAL et ses collègues astronautes humains, le spectateur qui découvre 2001 restera sans doute d’abord marqué par le dernier voyage de David Bowman vers Jupiter, "un trip sans LSD" comme le remarque malicieusement l’auteur et aussi, cinématographiquement parlant, "une union impensable entre cinéma expérimental et cinéma grand public…"

    C'est dans cette dernière partie du film, sans doute, que divergent le plus les interprétations : voyage dans le passé ou le futur ? Macrocosme ou microcosme ? Visions de Bowman ou de son double ? Réflexion phénoménologique sur la perception ? On peut saluer dans l’essai de Roberto Lasagna les références artistiques éclairant les intentions de Kubrick : Ivan le Terrible de Eisenstein, le Christ du Jugement dernier de Michel-Ange ou Ulysse de James Joyce : "Comme chaque chapitre du plus grand roman du XXe siècle est écrit dans un style particulier, le film de Kubrick semble être un voyage dans l’histoire du cinéma, qui commence par le muet (la partie préhistorique africaine), se poursuit par la comédie musicale (les vaisseaux dansant la valse de Strauss), et arrive au parlant (la partie faite de dialogues qui a pour protagoniste le scientifique Floyd), il revisite divers genres à la façon de la science fiction (le duel David/Hal n’est-il pas le passage biblique du défi David/Goliath ?) et se termine par un morceau lysergique de pur cinéma underground."

    Un argument supplémentaire pour voir et revoir 2001 : L’Odyssée de l’Espace, et le redécouvrir grâce au regard affûté et passionné de Roberto Lasagna.

    Roberto Lasagna, 2001 : L’Odyssée de l’Espace, éd. Gremese,
    coll. Les meilleurs films de notre vie, 96 p. avril 2018

    2001, L'Odyssée de l'Espace (2001 : A Space Odyssey) de Stanley Kubrick, avec Keir Dullea, Gary Lockwood et William Sylvester, Etats-Unis, 1968, 139 mn

    "Hors-série Kubrick"

  • Tout doit-il être fait par passion?

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    Le café philosophique de Montargis fixera son prochain rendez-vous le vendredi 23 mars 2018 à 19 heures, au café Le Belman. Le sujet du débat portera sur cette question : "Tout doit-il être fait par passion ?"

    La passion pourrait bien être ce qui dirige nombre de nos actes, nos décisions ou nos choix. D’après Hegel, "Rien de grand ne s'est accompli dans le monde sans passion" Pour autant, a priori, la passion ne semblerait pas avoir bonne presse auprès du philosophe. La passion s’opposerait à la raison en ce qu’elle ne rendrait pas l’homme maître de lui-même. La passion amoureuse en est un exemple. Si la passion peut permettre à l’homme de se dépasser, peut-on également la dompter ? Doit-on laisser la passion gouverner notre vie ? Peut-on dire qu’il y a de bons ou de mauvaises passions ? Pourquoi la raison doit-elle se méfier de la passion ? Comment peut-on magnifier la passion et la rendre compatible avec la raison ?

    Ce sont autant de points qui pourront être débattues lors de la séance du vendredi 23 mars 2018, à partir de 19 heures au café Le Belman, boulevard des Belles Manières, à Montargis.
    La participation sera libre et gratuite.

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  • Péripatéticiennes et péripatéticiens à Paris

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    On connaissait le Paris intime et onirique de Patrick Modiano. On connaissait le Paris historique de Lorànt Deutsch. Voici aujourd’hui le Paris philosophique de Jean Lacoste, un ex de Normale Sup, rue d’Ulm, agrégé en philosophie, spécialiste de Goethe, Nietzsche et Walter Benjamin, mais aussi arpenteur des rues de la capitale, en digne héritier des péripatéticiens de l’école fondée au IVe siècle av. JC par Aristote.

    Paris philosophe (éd. Bartillat) propose une déambulation chez les pas de ces grandes et ces grands de la philosophie, amoureux – ou non – d’une ville qui a pu les inspirer, les enthousiasmer, les décevoir et, en tout cas, certainement, inspiré leur pensée.

    Écrites entre 2013 et 2017 pour le journal web En Attendant Nadeau et pour La Quinzaine Littéraire, ces chroniques sont un vrai divertissement intelligent.

    Et qui dit divertissement, dit Blaise Pascal, qui est le premier philosophe abordé dans l’ouvrage de Jean Lacoste. Un philosophe qui fait pas moins l’objet de deux chapitres, tant la géographie parisienne a marqué son existence : que l’on pense à son expérience sur la pression atmosphérique à la Tour Saint-Jacques, à sa nuit mystique rue de Beaubourg puis à son exil religieux à Port-Royal.

    L'appartement mythique et "fou" de Michel Foucault

    Jean Lacoste nous rappelle aussi l’attachement viscéral à Paris – mais aussi à la banlieue parisienne – de quelques figures célèbres : Paul Ricœur et la villa des "Murs blancs" de Châtenay-Malabry, Vladimir Jankélévitch et son appartement sur l’Île de la Cité (1, quai aux Fleurs), d’où le philosophe juif sera chassé pendant l’Occupation, avant d’y revenir à la fin de la guerre et d’en faire un foyer, Gilles Deleuze et ses liens Vincennes où il fera ses cours "avec passion", Michel Foucault et son appartement mythique et "fou" de Michel Foucault rue de Vaugirard, ou bien encore Simone de Beauvoir qui découvre l’existentialisme autant que l’émancipation féministe entre Saint-Germain-des-Prés et Montparnasse.

    L’histoire philosophique de Paris, ce sont aussi ces salons courus avec passion : celui de la Société d’Auteuil par Madame Helvétius au XVIIIe siècle, la société positiviste d’Auguste Comte rue Monsieur-le-Prince (6e arrondissement) ou encore les rencontres du vendredi, entre 1934 et 1972, chez Gabriel Marcel au 21 rue de Tournon (toujours le 6e arrondissement).

    Le livre de Jean Lacoste est un voyage à la fois géographique, historique et philosophique dans un Paris qui abrite des événements connus ou non : la naissance de la Sorbonne et de la philosophie médiévale à partir du XIIe siècle, les déambulations de Diderot avant la publication de l’Encyclopédie, les voyages de Heidegger dans la capitale à partir de 1955 et celui de Hegel en 1827 ou le crime de Louis Althusser contre sa femme en 1980.

    Ces déambulations permettent une lecture inédite et malicieuse de la philosophie dans une ville hors du commun.

    Jean Lacoste, Paris philosophe, éd. Bartillat, 2018, 211 p.

  • Michel Foucault, l’archéologue du savoir

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    Philosophie Magazine a eu l’excellente idée de sortir un hors-série sur Michel Foucault. C’est l’occasion ou jamais de s’intéresser au philosophe français disparu en 1984 et dont le quatrième tome inédit de l’Histoire de la Sexualité sort en ce moment. Foucault reste l’un des Français contemporain le plus connu à l’étranger et aussi l’un des intellectuels les plus influents de ces cinquante dernières années. Il faut dire aussi que les apports de Michel Foucault ont largement dépassé le cercle des initiés, comme l’ont prouvé ses cours au Collège de France, prisés par un large public.

    Comment expliquer le succès de cet intellectuel hors-norme, aux idées et aux travaux d’une pertinence toujours très grande en 2018, alors même que les théories de son contemporain Jean-Paul Sartre sont largement critiquées ?

    Sartre est du reste largement mentionné dans le hors-série de Philosophie Magazine. Une frise chronologique et comparative évoque les divergences et les rivalités de deux personnalités qui se sont affrontés, et dont l’un des paroxysmes fut la sortie de La Raison dialectique de Sartre en 1960 : "Magnifique et pathétique effort d’un homme du XIXe siècle pour penser le XXe siècle," étrille Foucault au sujet de l’ouvrage "hégélien" et "marxiste" de son confrère. Les événements de mai 68 permettent tout de même aux deux intellectuels de se rapprocher, sans pour autant que le fossé idéologique entre ces deux géants ne soit jamais comblé. Au cœur de cette rivalités, celui-ci fait figure de fossoyeur de l’existentialisme, au profit d’une "philosophie de l’histoire des sciences", comme l'analyse Frédéric Worms.

    Mais de quelles sciences parlons-nous au juste ? Une expression revient : "archéologie du savoir." Dans son ouvrage fondamental Les Mots et les Choses (1966), Michel Foucault s’efforce en effet de retrouver un socle commun aux sciences, un "inconscient du savoir" et une épistémè qui "ordonne secrètement le discours." Le philosophe se fait l’observateur critique de l’humanisme, jusqu’à oser cette phrase, en conclusion des Mots et les Choses, qui fera grand bruit : "L'homme est une invention dont l'archéologie de notre pensée montre aisément la date récente. Et peut-être la fin prochaine."

    L'homme est une invention récente

    Le hors-série revient sur des thèmes phares dans l’œuvre de Foucault : la folie et l’enfermement. Il en fait des objets d’analyse beaucoup plus proches de nous que ce que nous aurions pensé. Il les analyse sous le biais du pouvoir et du savoir, jusqu’à proposer une théorie lumineuse et bluffante : le concept du bio-pouvoir. Il écrit ceci : "Nous sommes sous le signe de la garde à vue. On nous dit que les prisons sont surpeuplées. Mais si c’était la société qui était suremprisonnée ?" Cette déclaration, écrite dans un manifeste du GIP (Groupe d’Intervention sur les Prisons) et datant de 1971, est d’une actualité criante. Il date bien avant le développement de l’informatique et des caméras de surveillance ou des réseaux sociaux. Antoinette Rouvray propose une relecture contemporaine de Surveiller et Punir (1975), à l’heure de Facebook, des algorithmes omniprésents et de l’individualisme. La philosophe ose un commentaire étonnant en expliquant en quoi ce que prônait Foucault s’est paradoxalement réalisé : "Ne pas être gouverné par autre chose que par soi-même. Et bien, on y est… et c’est l’horreur !"

    Un autre domaine phare a été étudié par Foucault, même s’il restera à l’état de projet du fait de sa mort du SIDA : l’histoire des sexualités. Le sexe doit-il se limiter au plaisir physique ? questionne le philosophe. Non, répond-il : le sexe est "une force créatrice que l’individu peut se réapproprier." Peut et doit. Du sujet le plus ancien, le plus débattu et le mieux universellement partagé, l’archéologue du savoir l’analyse finalement comme un domaine relativement récent dans l’histoire de l’humanité, à la fois tabou et utilisé par le bio-pouvoir : dressage des corps, contrôle de la société via les sexualités ou la régulation démocratique. Son Histoire de la Sexualité, commencé en 1976, reste l’un de ses ouvrages majeurs, resté inachevé mais dont le quatrième volume inédit, Les Aveux de la Chair, vient de sortir, plus de 30 ans après la mort de son auteur.

    Dans son engagement pour les libertés et la lutte en faveur du "soi", Michel Foucault s’est lui-même fait "expérimentateur et non pas théoricien." Et c’est un intellectuel attaché à l’éthique qui s’assume dans ses choix de vie (il est gay dans une France encore très homophobe dans les années 70 et 80).

    L'expérience du LSD en 1975

    "Me changer moi-même" et "se dépendre de soi-même" écrit-il, appelant à l’introspection pour ne pas esclaves de ses désirs, autant que pour expérimenter. À ce sujet, le hors-série relate un témoignage étonnant et édifiant. En 1975, Foucault est en Californie et découvre la Vallée de la Mort dans un road-trip psychédélique avec deux amis américains. Cette expérience n’est pas si anodine que cela : Simeon Wade, qui l’accompagne, témoigne de cette découverte du LSD et de l’impact que cette drogue a eu dans la vie comme dans l’œuvre de Foucault. Voilà qui peut donner une autre clé de lecture aux travaux du philosophe.

    Chercheur invétéré de la vérité, comme le rappelle le magazine dans une partie qui est consacrée à ce sujet, Michel Foucault n’a pas été sans aveuglement dans ses prises de position. L’exemple le plus criant est son soutien au renversement du Shah d’Iran et surtout au retour dans son pays de l’Ayatollah Khomeini en 1979. En théorisant sur cette révolution théocratique, "une spiritualité politique" comme Foucault le commenta non sans enthousiasme, l’intellectuel s’est fourvoyé dans un combat à la fois incertain et d’une utopie angélique.

    Finalement, c’est moins dans ses engagements politiques que l’archéologue du savoir est le plus notable mais dans ses réflexions sur la société, le bio-pouvoir et le rapport éthique à la vie et à la vérité. Le hors-série se termine par le rapport exigeant qu’avait Michel Foucault face à la mort, qu’il a eu le temps de voir venir. Comme souvent, il a vécu la mort comme une expérience, avec le même visage lumineux, un rire tonitruant et un sourire confiant à l’heure du dernier moment.

    Philosophie Magazine, hors-série, Foucault, Le Courage d’être Soi,
    Février 2018, 146 p.

  • La vérité finit-elle toujours par triompher?

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    Le café philosophique de Montargis fixera son premier rendez-vous de l’année 2018 le Le vendredi 19 janvier à 19 heures, au café Le Belman. Le sujet du débat portera sur cette question : "La vérité finit-elle toujours par triompher?"

    Dire la vérité : voilà une injonction qui nous est familière dans les grands comme dans les petits événements de notre vie. Par définition, la vérité dévoile ce qui était caché et rend conforme le discours à la réalité. Se demander si la vérité finira par triompher serait a priori admettre qu’il existe des faits contestables, non-visibles ou qui nous sont inconnus. N’est-ce pas le rôle des sciences de dévoiler des vérités scientifiques, battant en brèche des hypothèses qui étaient considérées jusqu’alors comme irréfutables ? La vérité est-elle accessible à tous ? À quels signes peut-on reconnaître une vérité ? Comment savoir si j’ai raison ? Dire de bonne foi la vérité un jour ne peut-il pas devenir plus tard la défense d’un mensonge ? Qu’est-ce qu’une évidence ? Il pourra être question au cours de ce débat de vérité juridique, de vérité historique et des moyens de savoir si je suis dans le vrai.

    Ce sont autant de points qui pourront être débattues lors de la séance du vendredi 19 janvier 2018 , à partir de 19 heures au café Le Belman, boulevard des Belles Manières, à Montargis.

    La participation sera libre et gratuite.

    http://cafephilosophique-montargis.hautetfort.com

  • "La culture serait-elle une meilleure réponse à la violence ?"

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    La neuvième saison du café philosophique de Montargis promet de bouger. Dès le 20 octobre, l’animation philosophique montargoise fixera rendez-vous au café Le Belman pour un sujet portant sur cette question : "La culture serait-elle une meilleure réponse à la violence ?"

    La violence a beau être scandaleuse et rejetée, elle fait partie de la société humaine. Elle nous effraie car elle se présenterait comme un danger pour la stabilité de la société comme de notre existence. Face à cette violence, un rempart pourrait exister : celui de la culture. Dit autrement, une citation de Dostoïevski, utilisée jusqu’à plus soif, prétendrait que l’art sauvera le monde. Outre qu’il semblerait que cette phrase soit sortie de son contexte, sans doute est-il nécessaire de s’interroger sur cette invitation à la non-violence par la culture. De quelle culture parlons-nous exactement ? Quelle est sa valeur sociale ? L’art et la culture peuvent-elles véhiculer eux aussi de la violence ? Comment cultiver la non-violence ?

    Ce sont autant de questions qui pourront être débattues lors de la séance du 20 octobre prochain, à partir de 19 heures au café Le Belman, boulevard des Belles Manières, à Montargis.

    La participation sera libre et gratuite.

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  • Les sciences vont-elles trop loin ?

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    Le café philosophique de Montargis fait sa rentrée le vendredi 22 septembre 2017 à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée. Pour ouvrir la neuvième saison de l’animation philosophique de la Chaussée, un café philo spécial sera proposé autour du sujet : "Les sciences vont-elles trop loin ?" Pour l’occasion un invité spécial, le philosophe et écrivain Thierry Berlanda viendra débattre avec les participants de cette séance.

    Ce sujet sur les sciences, le progrès et l’éthique est l’objet d’un des derniers ouvrages de Thierry Berlanda qui, avec son roman Naija (éd. du Rocher) propose, sous forme de thriller, une réflexion sur les dérives et les dangers des technologies.

    Après un débat précédent sur le thème du progrès, les participants du café philo s’interrogeront sur les dangers que pourraient nous faire courir les sciences. Après avoir permis à l’homme de s’émanciper de la nature, les sciences ne sont-elles pas dans un affrontement inédit avec elle ? N’y a-t-il pas le danger que cette nature se rebelle ? Les sciences, qui ont permis à l’homme de se développer, pourraient-elles conduire à sa propre destruction ? Ou se pourrait-il qu’elles fassent de lui, dans un avenir plus ou moins lointain, un autre type d’être humain, un Homo Deus, comme le prédit Yuval Noah Harari ? Les sciences sont-elles maîtrisables ? Réconcilier sciences et nature est-il possible ?

    Ce sont autant de questions qui pourront être débattus avec Thierry Berlanda lors de la séance du 22 septembre prochain, à partir de 19 heures à la brasserie du Centre Commercial de La Chaussée de Montargis. La participation sera libre et gratuite.

    http://cafephilosophique-montargis.hautetfort.com

  • Renversante philosophie

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    "Du grec anagramma,renversement de lettres’, l’anagramme est un mot formé à partir des lettres d’un autre mot, placées dans un sens différent." Voilà ce que rappellent les auteurs Raphaël Enthoven et Jacques Perry-Salkow dans l’étonnant et renversant ouvrage de philosophie Anagrammes pour lire dans les Pensées (éd. Actes Sud).

    L’art combinatoire est utilisé par le philosophe et le professeur pour cerner d’une autre manière concepts et auteurs philosophiques. Voilà un biais amusant, inventif et déculpabilisant pour entrer dans une matière parfois obscure. Jeux de mot, jeux de l’esprit : "L’anagramme, avec ses piquantes métamorphoses, se joue de nous, se joue d’un monde rempli d’apparences trompeuses et... prometteuses" dit Jacques Perry-Salkow en introduction – avec une première anagramme, par-dessus le marché.

    Quel autre domaine que la philosophie se prête le mieux aux anagrammes ? Comme le rappelle Raphaël Enthoven, "tout philosophe est un innocent de haute lutte, un résistant, un homme du soleil qui persiste à tenir pour énigmatique l’univers qui semble aller de soi." L’anagramme peut se voir comme une construction littéraire cryptée, où chaque mot peut être dévoilé par un autre qui lui donnerait une nouvelle clé de lecture.

    Concepts et auteurs philosophiques voient leurs mots anagrammés : "la matière" devient "ma réalité", "l’épreuve de philo du bac" peut se lire comme "l’approche bleue du vide", "le dépassement de soi" permet d’avoir "le monde à ses pieds", quant à ces comportements inconscients que sont "les actes manqués", ils "cassent le masque."

    Ouvrage d’éveil à la philosophie autant que recueil ludique, d’ouvrage de Raphaël Enthoven et Jacques Perry-Salkow ouvre des sas de réflexion : "Carpe diem" ? "Ça déprime" répond son anagramme. "Le baiser du soir" offrirait la "libido rassurée." "L’allégorie de la caverne de Platon" rend compte de ce qu’est "le réel vacant le long de la paroi."Quant à la sempiternelle question sur "l’avoir ou l’être", le renversement de lettres nous donne cette proposition lumineuse : "L’or ou la vérité."

    Les auteurs nous offrent aussi quelques anagrammes engagés. "Le sectarisme", "c’est la misère", "la solidarité" égale "droit d’asile", "le Front National" serait "l’entonnoir fatale", "le populisme" une "simple loupe", "le réchauffement climatique" "ce fuel qui tâche le firmament" et "Daesh" "Hadès."

    Les philosophes ont aussi droit à leur anagramme. "Monsieur Blaise Pascal" est "ce simple roseau si bancal", "Maître Lao-tseu" "l’âme artiste" et "Emil Cioran" est identifié à "l’acrimonie."

    Subtil, brillant, petit joyau philosophique et artistique, les auteurs osent des inventions audacieuses et miraculeuses. L’une des plus belles anagrammes de cet ouvrage s’empare d’une citation des Pensées de Blaise Pascal :"L’homme n’est qu’un roseau le plus faible de la nature mais un roseau pensant" devient "Où est l’homme traînant sa peur, auquel Pascal, frêle et usé, donna un sens sublime ?"

    Renversant.

    Raphaël Enthoven et Jacques Perry-Salkow, dessins de Chen Jiang-Hong,
    Anagrammes pour lire dans les Pensées, éd. Actes Sud, 2016, 155 p.

  • Troisième bougie pour Bla Bla Blog

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    Bla Bla Blog fête aujourd'hui son troisième anniversaire.

    Près de 550 chroniques plus tard, le blog qui parle de littérature, de musiques, de cinéma ou de télé garde son tempo. Bla Bla Blog c'est une autre manière de parler de ce qui nous touche, parfois par des chemins de traverse, mais toujours avec passion et conviction.

    Pour les prochains balablas, il sera question de philosophie et d'anagramme avec Raphaël Enthoven, d'un focus sur HBO, la chaîne de télévision la plus révolutionnaire de ces vingt dernières années, de mathématiques, d'un retour sur Fishbach, l'une des révélations de la scène rock mais aussi d'une bande dessinée culottée et de haute-volée autour de l'érection (un indice, chez vous, avec le visuel en illustration)...

  • Le philosophe aux plateaux

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    À quelques jours du Tour de France, Libération publie le portrait d’un coureur atypique de la Grande Boucle. Guillaume Martin, grimpeur normand de 24 ans de l’équipe belge Wanty-Groupe Gobert, peut en effet au mieux incarner l’image du "sportif intello", lui qui a signé il y a trois ans un mémoire de Master 2 en philosophie au sujet détonnant : Le sport moderne : une mise en application de la philosophie nietzschéenne ? Le journaliste Pierre Carrey consacre deux pages à ce sportif de haut niveau peu connu du grand public et qui semble incarner l’idéal du mens sana in corpore sano.

    L’ancien étudiant en philosophie à Nanterre, aujourd’hui coureur professionnel aux résultats encourageants (18e du dernier Dauphiné Libéré), fait bien mieux qu’endosser le rôle d’"intello du peloton" – un cliché utilisé il y a quelques décennies au sujet de Laurent Fignon, sous prétexte que le double vainqueur du Tour était titulaire d’un bac, aimait lire et… portait des lunettes. Guillaume Martin assume et revendique sa passion pour la philosophie : il cite Nietzsche, son auteur fétiche, pour parler du sport moderne, et en premier lieu du cyclisme professionnel. Comme le rapporte Pierre Carrey, au début du XXe siècle le sport est venu remplacer la religion après cette "mort de Dieu" proclamée par le "philosophe au marteau". Guillaume Martin considère que "La pensée de Nietzsche offre une nouvelle relation au corps et au sport, différente de l’héritage judéo-chrétien."

    Voilà donc l'auteur d'Ainsi parlait Zarathoustra convoqué pour permettre au sport de retrouver des "fondamentaux" sportifs, bien loin des travers connus des compétitions modernes (professionnalisation, dopage, financiarisation, nationalisme et comportements haineux du supporter). Le sport doit retrouver son essence profonde – et nietzschéenne : plaisir de la confrontation pacifique, désir d’affirmation de soi, dépassement de soi pour devenir un Surhomme (et non pas une "mutant" dopé aux produits de synthèse) : "Il nous a semblé que la philosophie de Nietzsche pouvait permettre de penser le sport de manière plus authentique que ne le permet la morale qui le gouverne de nos jours".

    Féru de philosophie, de savoirs et de culture autant que passionné par son sport, Guillaume Martin n’oublie pas de prévoir pour les trois semaines de la Grande Boucle de s’alimenter en livres, que le journaliste énumère : Informatique céleste de Mark Alizart, 2000 ans d’Histoire gourmande Patrice Gélinet, un récit de voyage dans les Rocheuses au début du XIXe siècle et Les Affinités électives de Goethe.

    Singulièrement, aucun ouvrage philosophique n’accompagnera les soirées du cycliste philosophe durant le Tour de France. Philosophe et écrivain car, pour brouiller encore plus les pistes, le sportif se fait aussi homme de lettres et dramaturge. Il vient d’écrire une pièce de théâtre, Platon VS Platoche, bien entendu sur son sujet de prédilection, avec en guest-star Socrate et Diogène.

    Pas de quoi cependant désarçonner ce sportif talentueux, à quelques jours du début du Tour. Guillaume Martin entend bien mettre entre parenthèses pendant quelques jours la chose philosophique contre guidons, plateaux ou dérailleurs. Cycliste perché ? Le grimpeur de la Wanty-Groupe Gobert a ce mot plein d’esprit : "Moi, nietzschéen ? N’est-ce pas contre-nietzschéen que de se dire nietzschéen ?"

    Pierre Carrey, "Guillaume Martin, le Nietzsche dans le Guidon", Libération, 27 juin 2017

  • Pouvons-nous nous passer du progrès?

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    Le café philosophique de Montargis fixe son nouveau rendez-vous le vendredi 23 juin 2017 à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée. Pour cette nouvelle séance, les participants débattront sur cette question : "Pouvons-nous nous passer du progrès ?"

    Le progrès est, depuis le Siècles des Lumières et jusqu’au XXe siècle, une notion capitale en Europe comme dans de nombreux pays du monde. Le progrès aurait valeur d’amélioration et serait un processus historique irrésistible. Au regard de nombreux philosophes, le progrès serait ce qui permet de rendre l’homme meilleur. Cependant, cette affirmation est-elle tenable ? Et qu’entend-on nous par progrès : progrès technique, progrès politiques et de civilisation ou encore progrès des connaissances et de notre rapport au monde ? Tout progrès est-il une amélioration ? Si le progrès est, comme le dit Descartes, la maîtrise de la nature, l’homme n’a-t-il pas échoué si l’on considère les dérèglements climatiques ? La notion de progrès peut-elle être encore d’actualité ?

    Ce sont quelques-uns des points qui seront traités au cours de cette séance du 23 juin, à partir de 19 heures à la brasserie du Centre Commercial de La Chaussée de Montargis. La participation sera libre et gratuite

    http://cafephilosophique-montargis.hautetfort.com