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Beaux-arts musées expositions

  • Le salon de la littérature érotique remet le couvert

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    Après la réussite de sa première édition, le Salon de La Littérature Érotique remet le couvert le dimanche 26 novembre de 15 heures à 21 heures au 153 (Paris, 3e).

    Bla Bla Blog avait suivi en 2016 la création de cet événement, qui était à l’époque organisée autour d’une exposition de peinture du dessinateur érotique Alex Varenne. Cette année encore, la littérature érotique aura l’honneur d’être mise en avant, mais aussi démystifiée. Vaste projet pour ce genre spécialisé, souvent considéré avec méfiance, et dans lequel les femmes tiennent sans conteste le haut du pavé. Lors de sa première édition, le public se pressait dans une galerie d’art cosy mais étroite. Cette fois, c’est sur les trois étages du bar  Le 153 que se retrouveront une dizaine d’auteurs pour des rencontres et des dédicaces.

    Parmi, les personnalités et artistes présents figureront Brigitte Lahaie, actuellement animatrice sur Sud Radio, mais aussi Octavie Delvaux, qui est de retour cette année, Anne Vassivière, Virginie Bégaudeau, Guenièvre Suryous (dont Bla Bla Blog avait déjà parlé pour son ouvrage écrit à deux mains avec Flore Cherry, Guide de Survie sexuelle de l’étudiant/e), Camille Emmanuelle, les auteurs de la start-up B.Sensory, Simpere Françoise, Emma Cavalier, Etienne Liebig ou encore Julie-Anne De Sée.

    Pour faire sortir la littérature érotique des fantasmes courant à son sujet, plusieurs conférences seront proposées : "Le retour de la morale dans la littérature érotique" par Spengler Franck , "Le sexe sans enjeux est un jeu délicieux" par Simpere Françoise, "Comment poser sa voix sur de la littérature érotique ?" par Philippe Lecaplain, avec également des lectures du jeu concours Chuchote-moi.

    Les organisateurs ont également mis en place des défis d'écritures organisés toute la journée, avec des cadeaux à gagner pour celles et ceux qui voudraient s’initier à ce genre littéraire.

    Des happenings et des surprises compléteront cet événement, avec notamment une exposition de planches de BD érotique par Tabou éditions, une animation des comédiens d'Une femme extraordinaire, le cadavre exquis des fantasmes par Nathalie Giraud et Isabelle Bize.

    À partir de 21 heures, le salon se transformera en soirée libre, pour les plus motivées et les plus coriaces.

    Salon de La Littérature érotique
    Le 153, 153 rue Saint-Martin, 75003 Paris
    Dimanche 26 novembre de 15 heures à 21 heures
    Prévente : 8 €
    Sur place : 10 €

  • William Roger, j’achète

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    William Roger : cette signature pourrait bien sortir de l’ombre dans quelques années. Qu’on se le dise : un diamant brut se cache derrière ce peintre et dessinateur foutrement doué. En ce moment, l’artiste se singularise, non par une exposition, mais par un livre pour enfant. Peur de rien ou presque (éd. Flam) prouve que William Roger est d’abord et surtout un touche-à-tout. On peut cependant regretter que ce sage et classique conte pour enfant n’ait pas été suffisamment mis en valeur par l’éditeur.

    Voilà qui est presque anecdotique si l’on s’intéresse à ce qui reste la pierre angulaire de William Roger : la peinture et le dessin, que l’artiste expose régulièrement autour de Montargis. Les influences de l’artiste sont à chercher du côté du pop-art, de la culture geek (geek-art), de la bande-dessinée et plus généralement de la culture pop et mainstream.

    Outre des portraits et des nus de belle facture, William Roger a le mérite choisir des sujets aussi hétéroclites que très contemporains : personnages de super-héros (Deadpool), scènes urbaines, planches de mangas ou têtes d’animaux.

    La virtuosité comme l’audace de William Roger est évidente, comme l’est d’ailleurs son approche contemporaine de la création. Il puise dans notre quotidien comme dans l’imagerie de notre époque ses modèles et ses inspirations. Sa page Facebook propose un aperçu de son art qui n’attend plus qu’un galeriste prête un œil attentif à son travail.

    William Roger, Peur de rien ou presque, Flam éditions, 2017, 40 p.
    Exposition-dégustation Beaujolais Nouveau, Cave Mélodie des Saveurs, Châlette-sur-Loing
    16 novembre – 18 novembre, 15H-19H

    https://www.facebook.com/wroger.art

    © William Roger

  • Deborah de Robertis, ou le droit qu’elle l’ouvre

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    Bla Bla Blog a consacré une chronique récente à Deborah de Robertis, auteure de performances remarquées, spectaculaires et engagées au Musée du Louvre : en septembre dernier, l’artiste franco-luxembourgeoise a exhibé son sexe devant le tableau de La Joconde, devant un public de visiteurs médusés et finalement acquis à la cause de cette féministe qui a fait de son corps une arme autant qu’un instrument artistique.

    Suite à cet événement (qui a fait l’objet d’un film, Ma Chatte mon ©), le parquet avait décidé de renvoyer l’artiste en comparution immédiate et le musée du Louvre de déposer plainte pour sa performance réalisée devant la Joconde. L’artiste avait été placée en garde à vue pour délit d’exhibition sexuelle.

    Le 18 octobre dernier, le tribunal correctionnel de Paris a relaxé Deborah de Robertis du chef d’exhibition sexuelle. Il a considéré que cette accusation était infondée, en raison de l’absence de l’élément matériel du délit (la pilosité cachait "ces organes génitaux que vous ne saurez voir...") et de l’élément intentionnel du délit (l’intention était de porter un message" militant et artistique", et "non sexuel"). Le tribunal a estimé que le travail de Deborah de Robertis ne pouvait constituer une infraction d’exhibition sexuelle du fait de sa dimension politique, militante et artistique. 

    L’artiste commente ainsi ce rendu judiciaire : "Cette victoire artistique et judiciaire s’inscrit dans une bataille qui risque de s’éterniser : le musée du Louvre n’a pas manqué de demander au tribunal de m’interdire tout accès à ses galeries et d’ordonner la suppression sur la Toile de toutes images provenant de mes performances. Il s’agit donc clairement de censure, d’atteinte à ma liberté de création, d’expression, et d’aller et venir. Le musée du Louvre, dans ce qu’il charrie de pire, a connu ici un premier et cinglant échec : en tentant d’interdire mon travail et de radier mon sexe de ses galeries,  il a cru pouvoir décider de ce qui pouvait ou non être vu. Mon œuvre a envahi ses murs, et continuera à les occuper."

    "Deborah de Robertis l’ouvre"

  • Deborah de Robertis l’ouvre

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    © Deborah De Robertis & Jean Paul Lubliner

    Ça s’est passé au Louvre le 15 avril 2017. Deborah de Robertis, artiste franco-luxembourgeoise féministe, engagée et aux performances sulfureuses, pose dénudée au milieu d’un parterre de touristes venus mitrailler et filmer La Joconde. Devant ce public médusé et vite acquis à sa cause, Deborah de Robertis expose son sexe, comme elle l’avait d’ailleurs fait au Musée d’Orsay en 2014 devant le tableau L’Origine du Monde de Gustave Courbet. La scène, brève et violente, est interrompue par les gardiens du musée et par l’auguste établissement qui choisit d’évacuer le public.

    Le 29 septembre dernier, Deborah de Robertis présentait au Silencio, le sélect club imaginé par David Lynch, son œuvre audiovisuelle, Ma Chatte mon ©. Ce film réalisé autour de sa performance d’avril "utilise les codes du rap US" et a été réalisé en "featuring" avec la rappeuse Mac Manu et le rappeur Yaway. À l’occasion de cette diffusion, un débat était organisé dans une salle pleine à craquer. Il réunissait Deborah de Robertis, son avocate Marie Dosé, la directrice du Centre culturel de Neimënster Ainoha Achotegui et la philosophe et féministe Geneviève Fraisse venus commenter cette performance.

    Vulgaire délit d’exhibition sexuelle – qui a d’ailleurs conduit l’artiste en garde à vue après une nouvelle "exposition" le 24 septembre, toujours au Louvre ? Acte de revendication d’une féministe s’érigeant en modèle d’émancipation appelant aux "les prémices d’une nouvelle ère" ? Simple buzz médiatique ? Ou bien authentique démarche créative devant le plus célèbre tableau du monde, devenu si iconique que les visiteurs du Louvre ne le regardent même plus et se contentent de le photographier et le filmer ?

    Deborah de Robertis ne serait-elle qu’une provocatrice, dont les actes se limiteraient à des délits d’exhibitions sexuelles ? Marie Dosé rappelait au cours du débat que jusqu’à récemment la justice n’a poursuivi que des hommes pour ce type d’agression, les femmes ne pouvant être que de fragiles victimes... L’avocate s’interrogeait parallèlement au sujet de la pudeur et de l’atteinte aux bonnes mœurs, lorsqu’il est question de dénuder une poitrine, comme chez les Femen : "Qu’est-ce qui dit qu’une poitrine masculine est plus sexuelle qu’une poitrine féminine ?"

    L’exhibition est partout dans notre société, était-il rappelé, y compris des exhibitions à visée commerciale et publicitaire. Est-il tenable que Deborah de Robertis soit sanctionnée pour un travail artistique ? L’artiste franco-luxembourgeoise a fait de son corps un instrument politique et de son sexe un medium – avec un copyright de bon aloi. Genevièvre Fraisse citait de son côté Michel Foucault : "Le sexe qui parle." Cette affirmation forte prend tout son sens s’agissant du travail de Deborah de Robertis : "Si j'ouvre mon sexe au lieu d'ouvrir ma bouche, c'est parce que c'est là où réside la transgression. En faisant ce geste, ce n'est pas mon sexe que j'expose, mais l'état du droit."

    Finalement, les performances des 15 avril et 24 septembre, ont permis à Mona Lisa de sortir du tableau de Léonard de Vinci et de s’incarner à travers une femme d’aujourd’hui. Le modèle venait ainsi prendre sa revanche sur le chef d’œuvre désincarné et Mona Lisa, la muse, prenait symboliquement sa revanche sur l’artiste. Une revanche déshabillée ? L’artiste et performeuse rappelle que La Joconde a probablement posé nue…

    Outre une suite judiciaire probable, Deborah de Robertis va continuer à asséner son message féministe à travers une campagne de crowdfunding où un objet phare est mis à l'honneur : les culottes d'artistes. "Lorsque j'ai exposé à la Fiac, j'ai eu l'impression de faire le tapin, alors tant qu'à "faire la pute", pourquoi ne pas vendre mes culottes ?" dit-elle. Provocatrice jusqu’au bout, en plus d’être drôle et douée.

    "Cachez ces seins"
    http://www.union.fr/actus/les-blablas-cul-ture/deborah-robertis-louvre-179285.html

  • Sosie sur toile

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    Le site Golem13 a fait récemment un focus étonnant sur cette nouvelle manière de visiter d’augustes musées des beaux-arts. Il y a peu, un visiteur du Philadelphia Museum of Art était tombé nez à nez en 2012 avec son sosie… vieux de plus de 450 ans : en l’occurrence le personnage d’une toile de 1562, Portrait d'un noble avec un gantelet de duel.

    Cette découverte étonnante a été le point de départ d’un nouveau "sport" : le "Time traveling", consistant dans la recherche de doubles picturaux, largement partagé sur les réseaux sociaux. Cette investigation parfaitement inutile, mais qui donnerait matière à commentaire pour nombre de psychanalystes, sert de prétextes à d’étonnantes poses, clichés et autres selfies devant des peintures souvent anonymes.

    "Quand des visiteurs de musées tombent nez à nez avec leur sosie", Lefigaro.fr
    "Un étudiant découvre son sosie sur une toile du XVIe siècle", Golem13

  • Un amour de banane

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    Certains produits ont eu une importance historique et sociologique dépassant de beaucoup leur nature prosaïque. Cela a été le cas du sucre, du cacao mais aussi de la banane.

    Le fruit chéri des français, l’un des plus consommés et des plus appréciés, a fait l’objet de l'exposition "Extra ordinaire banane" au Musée portuaire de Dunkerque en 2016. Son succès inattendu – 17 000 visiteurs – a poussé les organisateurs à délocaliser cet événement dans plusieurs villes de France. Après une escale à Dieppe en avril dernier, "Extra ordinaire banane" posera ses bagages à Nantes à partir du 25 août. Le port nantais a accueilli le trafic de banane en provenance de Guinée et de Guadeloupe à partir des années 30, et ce pendant quatre décennies. À l’issue de ses escales sur la côte atlantique tout au long de l’année 2017, l’exposition achèvera sa tournée en 2018 en rejoignant les départements producteurs de la Martinique et de la Guadeloupe. 

    Deuxième fruit le plus consommé en France, véritable star de la culture populaire, du Banana Split de Lio à celle d’Andy Warhol pour le Velvet Underground, sans oublier le fameux Banana des Minions, la banane a pourtant grandi loin du climat européen.

    L’exposition gratuite sera présentée au Hangar à Bananes de Nantes du 25 août au 3 septembre 2017. Elle montrera comment ce fruit tropical fragile a pu être exporté vers les pays du Nord de l’Europe en questionnant les progrès du transport maritime et des conditions de manutention.

    "Extra ordinaire banane" propose de suivre le trajet de la banane à travers dix modules thématiques, intégrant même un parcours spécialement adapté aux plus jeunes. Une approche originale pour permettre au public de découvrir l’exposition de manière interactive.

    Outils de médiation conçus pour les plus jeunes, photographies, films, maquettes apporteront un éclairage étonnant sur un thème généreux. Comme chantait Lio avec gourmandise : "Si tu cherches un truc pour briser la glace / Banana banana banana..."

    "Extra ordinaire banane", Le Hangar à Bananes, Nantes,
    du 25 août au 3 septembre 2017

    Entrée gratuite
    Bananablog

  • Folles époques

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    Vite, il est temps de découvrir Ed van der Elsken, figure majeure de la photographie underground et qui est passé sous les radars de pas mal de monde.

    Le musée du Jeu de Paume propose, en collaboration avec le Stedelijk Museum Amsterdam et la Fundación MAPFRE, la première rétrospective en France de l’artiste, jusqu’au 24 septembre prochain.

    Ed van der Elsken (1925-1990) était l’ami des marginaux, des rebelles de tout poil mais aussi des gens ordinaires qu’il n’a cessé de suivre (de "chasser" diront certains) pour en faire les héros de reportages documentaires vivants : une réfugiée à Hong Kong (entre 1959 et 1960), des serveuses à Cebu dans les Philippines (1960) ou ce guérisseur africain exécutant une danse rituelle pour une bonne chasse (Oubangui-Chari, Central Africa, 1957). Plus de 150 tirages originaux sont exposés au Jeu de Paume, ainsi que des extraits de films, des diaporamas ou des maquettes de livres du plus européen, sans doute, des photographes modernes.

    Pendant quarante ans, Ed van der Elsken est parti à la recherche des "siens", ces inconnu(e)s d’Amsterdam, de Paris ou de Tokyo, captés avec humanité, humour et précision, jusque dans leur intimité. "Je fais des choses mortellement sérieuses et aussi des choses drôles. Je fais des reportages sur de jeunes voyous rebelles avec plaisir… Je me réjouis de la vie, je ne suis pas compliqué, je me réjouis de tout. L’amour, le courage, la beauté. Mais aussi le sang, la sueur et les larmes. Garde les yeux ouverts," affirme-t-il en 1971.

    Ed van der Elsken capte ses modèles avec un sens aigu du détail et de la pose, à l’exemple des Jumelles sur la place Nieuwmarkt à Amsterdam (1956). Les regards, la lumière auréolant les chevelures, les maquillages, les bijoux, la position des mains et des doigts, le rendu du tissu des jupes, le drapé des chemisiers : rien n’est anodin et rien n’est de trop dans ce cliché à la mise en scène soignée.

    Lorsqu’il pose ses bagages à Paris, Ed van der Elsken est le témoin et l’acteur de la vie culturelle foisonnante, quelques années après la fin de la seconde guerre mondiale, avec le livre "auto-fictionnel" Une histoire d’amour à Saint-Germain-des-Prés (1956). Il en tire ce cliché sombre, nerveux et spectaculaire (Vali Myers (Ann) danse à La Scala, Paris, 1950).

    À Amsterdam, Ed van der Elsken immortalise ces deux couples aux visages expressifs que l’on croirait sortis d’un film de Martin Scorcese (Quartier de Nieuwmarkt, Amsterdam, 1961). Toujours à Nieuwmarkt, "son" quartier, le photographe témoigne de la vie culturelle foisonnante à Amsterdam. Le jazz y prend une importance considérable. Il suit et photographie Chet Baker, qui se produit au Concertgebouw d’Amsterdam, à l’instar de Miles Davis, Lionel Hampton ou Ella Fitzgerald. Mais Ed van der Elsken s’intéresse aussi aux gens ordinaires au cœur de cette "dolce vita" néerlandaise : tenancières de bar, filles à la coiffure choucroutée ou jeunes loulous aux gueules d’acteurs.

    Aux États-Unis, loin du folklore et du dépaysement, Ed van der Elsken saisit ces deux amoureux californiens, semblant tout droit sortis d’une chanson des Beach Boys.

    EdVanDerElsken_17.jpgAu Japon ancestral, ce sont des marginaux qu’il croise quelques années plus tard (Rockers, Harajuku, Tokyo, 1984). Ed van der Elsken arpente pendant plusieurs années un pays multiple, passionnant et aux rencontres inattendues : rockers à la banane, lutteuses, yakusas (Territoires des yakusas, Kamagasaki, Osaka, 1960), amoureux étreints (Couple s’embrassant, vers 1974) ou citoyens ordinaires et photogéniques surpris dans des scènes de la vie ordinaire (Fille dans le métro, Tokyo, 1981).

    Ed van der Elsken s’intéresse aussi très tôt à la photographie couleur, médium utilisé jusqu’alors pour les magazines et pour la mode, alors que le noir et blanc est encore considéré comme la technique artistique par excellence. La couleur prend grâce à Ed van der Eksen le chemin des galeries et des catalogues d’exposition : il y a ces trois gracieuses néerlandaises comme saisies au vol dans une artère d’Amsterdam, dans une mise en scène que l’on imagine travaillée (Beethovenstraat, Amsterdam, 1967), cette devanture de bar à Amsterdam dont il est difficile de savoir quand elle a été immortalisée (Des adolescents au look des années 50 devant leur café favori, Amsterdam, 1983) ou ce couple japonais saisi en plein ébat (1974).

    Ed van der Elsken, photographe documentaire et humaniste se révèle aussi, au Jeu de Paume, comme un artiste révolutionnaire : "Même si j’éprouve toujours une certaine hésitation à utiliser ce mot, je pense avoir été un artiste toute ma vie, par mes réactions et par l’expression de mes émotions et par la mise en lumière du monde extérieur. Je suis, disons, un artiste caméra pur-sang, ce qui signifie que j’ai toujours développé autant que possible mon équipement, qui me permet de m’attaquer de toujours plus près à la vie."

    La Vie folle, Ed van der Elsken, Jeu de Paume, 13 juin – 24 septembre 2017

    Ed van der Elsken, Beethovenstraat, Amsterdam, 1967. Nederlands Fotomuseum Rotterdam
    © Ed van der Elsken / Ed van der Elsken Estate, courtesy Annet
    Gelink Gallery

    Ed van der Elsken, Rockers, Harajuku, Tokyo, 1984. Nederlands
    Fotomuseum Rotterdam © Ed van der Elsken / Ed van der Elsken Estate

  • Dix ans d’âge métal

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    Il n’y a pas destruction sans construction et inversement, nous dit Romain Lienhardt au sujet de sa série intitulée Dix ans d’âge métal.

    Le concept de ces créations plastiques ? Un travail d’appropriations, de déstructurations et de reconstructions à partir d’objets de notre enfance. Les jouets et les souvenirs sont détournés, démontés, remontés, déboîtés, recollés et transformés en fétiches faussement sacrés, ready-made caustiques ou créations surréalistes : un ours en peluche comme sorti d’une poubelle in extremis, des jouets cabossés symbolisant la souffrance de l’enfance, un aquarium où s’agite un requin sur le point de dévorer un Playmobil que l’on vient de lester, un crucifix Big Jim transformé en relique syncrétique ou encore une figurine de Goldorak démembrée. L’enfance de Romain Lienhardt se cristallise en effet autour de figures iconiques détournées, tel ce Dark Vador sanglé sur un banc clouté (Dark Adore).

    Romain Lienhardt transforme les objets les plus innocents en créations provocatrices. Les souvenirs de notre enfance deviennent les symboles de jeunes années plus rudes et violentes qu’on ne l’imagine. Ce sont aussi ces armes faites en Lego, cette maison de poupée devenant un lieu de perdition, ce bilboquet inoffensif transformé en instrument de torture ou encore ces poupées comme martyrisées.

    L’artiste parle encore de l’enfance avec ces poupées désarticulées dans la série Scarecrows, afin "qu'il ne reste du songe / Qu’une marque de sang / Et un épouvantail". Les poupées de l’artiste plasticien deviennent totems et figures taboues : l’assemblage d’une pédale d’embrayage et de boîtes de conserves devient figure anthropomorphique, une petite bonne femme portant coiffe, tenue de ville et sac à main ou bien la pathétique relique représentant un Templier au combat.

    Dans Child Game, Romain Lienhardt utilise la peinture comme moyen d’expression basique, naïf et transgressif. Le pinceau s’affranchit des règles académiques comme le ferait un enfant. La peinture se fait coloriage, grimage et barbouillage. La traditionnelle palette sert à transformer une photographie anodine en création brute ou à créer ex-nihilo des tableaux à la Cy Twombly.

    La photographie est capitale dans le travail de Romain Lienhardt. Grâce à ce médium, l’artiste fait se rencontrer le travail documentaire (Amusement Park) et la création pure, parfois très sombre. Clinical model (Espace Artcore, Paris 2006) nous transporte dans un lieu secret que le tueur en série Dexter n’aurait pas renié : les sujets sont cette fois des mannequins démembrés et réduits à l’état de victimes anonymes.

    La série Figurative frappe par son apparente hétérogénéité. L’artiste y a rassemblé des clichés comme autant de pièces à conviction sur notre époque. S’y côtoient des clichés faussement documentaires (l’enseigne d’une pharmacie semblant "pleurer"), des compositions surréalistes (une chaise an cœur scintillant ou un panneau de signalisation aux signes kabbalistiques), des accumulations à la Arman (des armes) ou des ready-mades inspirées de Marcel Duchamp (pissotières laissées à l’abandon). Cette série a son pendant, Transfigurative, plus engagée et plus noire aussi : portraits ou personnages composés, déstructurés, tatoués, anamorphosés, mis en scène ou "code barrés." Romain Lienhardt se fait plus engagé et particulièrement grinçant avec une revisite de la Joconde en camisole de force et voilée.

    La religion, extrêmement présente chez l’artiste (à l’exemple de Graveyard), est au centre de Night Vision, un triptyque de 2014. Romain Lienhardt s’est intéressé à une crèche située dans un petit village allemand près de Monschau. Le résultat ce sont des scènes moins religieuses que fantastiques : "La nuit, berceau des rêves et des projections imaginaires, permet à ce bestiaire d’exister dans des représentations fantasmagoriques inspirées des œuvres de Giuseppe Arcimboldo ou de Jérôme Bosch" commente-t-il.

    À ces visions sombres, répond le blanc clinique, impersonnel et tout aussi inquiétant de la série Blank. Décors, mobiliers, statues, compositions et installations géométriques sont travaillés avec un soin tout particulier. L’artiste joue avec l’épure, les lumières diaphanes ou les brumes épaisses lorsqu’il compose des paysages oniriques tout droit sortis d’un film de Tim Burton. On cherche en vain un être humain dans ces clichés ; on n’y trouve que chaises vides, lits défaits, nature déserte et studios impersonnels. Et surtout ce blanc, omniprésent. Le titre de cette série peut d’ailleurs rappeler la fameuse page "blank" d’un navigateur Internet n’amenant vers rien.

    C’est le blanc d’une chambre d’hôpital où a gît un moribond que l’on vient d’évacuer vers une morgue. C’est le blanc du studio de photo qui attend la star "condamnée" à être la "cible" d’appareils braqués sur elle tels les fusils d’un peloton d’exécution. Le blanc est celui de ces paysages peuplés de figues fantomatiques ou de décors inquiétants et cliniques : des scènes de plein air aux lumières saturées et comme peuplées d’ectoplasmes ou bien le décorum d’un chef d’état. C’est le blanc surréaliste, mystérieux ne cherchant aussi qu’à être rempli. C’est le blanc du possible, du tout est possible ou du rien n’est possible.

    Le travail de Romain Lienhardt sera exposé à la rentrée prochaine dans le cadre des journées In The Mood For Art, dont Bla Bla Blog sera partenaire.

    http://www.romainlienhardt.com
    © Romain Lienhardt

  • Rodin, l'alchimiste des formes

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    Connaissons-nous vraiment Rodin ? Certainement oui pour ses œuvres les plus célèbres – Le Baiser, Le Penseur, Les Bourgeois de Calais ou La Porte de l'Enfer –, pour sa relation tumultueuse et passionnée avec Camille Claudel ou pour ses influences majeures sur la sculpture au XXe siècle. À ce sujet, Victoria Charles rappelle dans le très bel ouvrage qu'est Rodin, La sculpture nue (éd. Eyrolles) la portée artistique du sculpteur de Meudon sur les futurs travaux d’Ossip Zadkine, Pablo Picasso, Aristide Maillol ou encore Constantin Brancusi.

    Le génie de Rodin en fait un personnage majeur de l'art français à travers le monde. Sa carrière n'a pourtant pas été un long fleuve tranquille. L'auteure parle même d'un parcours laborieux. Cet itinéraire a commencé très tôt puisque Rodin, né en 1840, faisait preuve dès l'âge de 14 ans d'une solide aptitude au dessin. Sa formation suit les voies de l'académisme : auprès du sculpteur animalier Antoine-Louis Barye puis dans l'atelier d'Albert-Ernest Carrier-Belleuse, après une série de trois concours d'admission à l’École des Beaux-Arts, tous ratés ! Le jeune homme explore déjà les voies de la modernité, notamment lorsqu'il propose au salon de 1865 le masque de L'Homme au nez cassé (1863). Cette œuvre, dont Rodin était très fier, et qui était le fragment d'une statue cassée, est rejetée par le jury.

    Après avoir traversé l'Europe, le sculpteur se heurte aux critiques d'un milieu dubitatif sur son savoir-faire. Une première médaille en 1880, lors d'un salon, marque le point de départ d'une œuvre marquée par la virtuosité, l'expressivité et le réalisme.

    La reconnaissance officielle vient avec la commande publique de La Porte de l'Enfer, inspirée de La Divine Comédie de Dante. Victoria Charles consacre de nombreuses pages à cette œuvre imposante, influencée par la chapelle Sixtine de Michel-Ange, mais qui s’en démarque grâce à sa modernité inédite pour l'époque.

    La Porte de l'Enfer donne naissance à une sculpture autonome et majeure, Le Baiser (1884), qu'Auguste Rodin destinait au départ à l'imposante commande publique. L'autre œuvre issue de cette Porte est Le Penseur, que l'artiste avait nommé au départ Le Poète car elle était sensée représentée Dante en pleine méditation. Comme pour Le Baiser, Rodin en fait une statue indépendante en 1903.

    Victoria Charles consacre logiquement un chapitre à la relation enflammée entre Rodin et une de ses élèves, déjà géniale, Camille Claudel. Nous sommes en 1882. Elle a 18 ans, il en a 42. Il vit depuis 1864 avec Rose Beuret, qui est devenue très tôt son modèle. Avec Camille Claudel, la passion, la complicité et la reconnaissance mutuelle nourrissent deux géants de la sculpture : "Leur intense liaison agit sur l'art de Rodin, exaltant la mordante et coupable sensualité des figurines modelées pour la Porte de l'Enfer. Il donne à l'amour qui le consume les contours de certains de ses ensembles." L'auteure prend également pour exemple L'Éternel Printemps (1884) ou L'Éternelle Idole (1889). La fin de la relation entre ces deux géants de la sculpture en 1892 continue d'influencer Rodin : L'Adieu (1892), La Pensée (vers 1895) ou le très moderne Sommeil (vers 1890-1894).

    Rodin et les femmes : voilà un sujet à part entière que Victoria Charles n'omet pas de traiter. Hormis cette relation orageuse avec Camille Claudel, il y a le couple, atypique pour l’époque, qu'il forme avec Rose Beuret. Ils ne se marieront que l'année de leur mort, en 1917. La passion de Rodin pour les femmes transparaît dans ses œuvres : "À l'Hôtel Biron, Rodin passe presque tout son temps à dessiner. Dans cette retraite monastique, il se plaît à s'isoler devant la nudité de belles jeunes femmes et à consigner en d'innombrables esquisses au crayon les souples attitudes qu'elles prennent devant lui", écrit à l'époque Paul Gsell. Le sculpteur se permet tout ou presque avec ses modèles, nous apprend Victoria Charles dans le chapitre consacré à ses dessins érotiques  : "Pendant les séances de pose, Rodin demandait à ses modèles de se masturber, et quand elles étaient plusieurs, de s'étreindre, de s'entremêler et de se caresser mutuellement..." Le lecteur découvrira des œuvres picturales méconnues, exceptionnelles et d'une très grande audace. Les corps féminins sont saisis sur le vif, comme des "instantanés." La sensualité et le mouvement dominent ces séries de femmes inlassablement déclinées : aquarelles, collages, "femmes-vases" (1900) ou danseuses asiatiques (1907-1911).

    Les dernières années de Rodin coïncident aussi avec la première guerre mondiale. L’artiste est choquée par les désastres de la Grande Guerre. En raison du climat sombre, après sa mort en 1917 l’État s’oppose à des obsèques nationales : "C’est de cette façon que le plus grand génie du siècle, monument français à lui seul, est enterré par ses amis le 24 novembre 1917 dans le jardin de sa propriété de Meudon, auprès de sa femme." Reste la postérité de l’alchimiste des formes qui : grâce à Rodin, la sculpture vient de faire entrer d’une manière fracassante dans la modernité.

    Victoria Charles, Rodin, La sculpture nue, éd. Eyrolles, 2017, 190 pages
    Exposition "Rodin L’exposition du centenaire",
    au Grand Palais – Galeries nationales, 22 mars - 31 juillet 2017
    R
    odin, de Jacques Doillon, avec Vincent Lindon, France, 2017

  • 500

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    Bla Bla Blog vient de publier sa 500ème chronique en moins de trois ans.

    C'est l'occasion de revenir sur  cette aventure éditoriale autant qu'humaine qui a entraîné le bloggeur vers des horizons passionnants. Bla Bla Blog s'est fixé dès le départ un seul principe : la curiosité. Sortir des sentiers battus n'empêche pas de parler de sujets plus classiques. Ni élitiste, ni mainstream, Bla Bla Blog peut aussi bien parler du formidable mais méconnu groupe Carré-Court  que revenir sur David Bowie. Et faire découvrir le travail d'artistes comme Fanny de la Roncière ou la "pétillante" Laura Lambrusco n'empêche pas de parler de Tintin ou de Star Wars.

    Dans les prochaines chroniques, il sera ainsi question de l'étonnante et sulfureuse Stella Tanagra mais aussi du groupe Edgär, d'Oren Lavie que le public français commence à découvrir, ou encore de la série Versailles (à paraître samedi prochain).

    Et Bla Bla Blog sera également partenaire du deuxième épisode de l'événement parisien In The Mood For Art, Panic room/Art, en septembre prochain.

  • Qu’est-ce qu’un chef-d’œuvre ?

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    Voilà une question excellente, pertinente mais diablement ardue. Pourquoi est-ce un chef-d’œuvre ? (éd. de Noyelles) propose de répondre à cette interrogation en analysant 160 créations (80 tableaux et sculptures et 80 photographies) de toutes époques et de tout pays.

    Les auteurs, Andy Pankurst, Lucinda Hawsley (pour les peintures et sculptures) et Val Williams (pour les photographies) proposent de zoomer sur des œuvres exceptionnelles, des peintures de Lascaux aux portraits de Nan Golding (Nan and Brian in Bed, 1983), en passant par quelques joyaux de la Renaissance, les sérigraphies d’Andy Warhol ou les reportages photo d’Henri Cartier-Bresson.

    Il faut d’abord saluer le talent de synthèse des auteurs. En deux pages, dont une consacrée à la reproduction du chef-d’œuvre, les critiques expliquent en quelques mots les circonstances de ces créations, leurs caractéristiques exceptionnelles et y ajoutent une citation ainsi que des références d’autres œuvres similaires.

    Cette compilation en deux volumes et 448 pages, le choix a été fait de préférer une classification thématique à un découpage purement chronologique. Les ouvrages sont divisés en sections brèves et équilibrées : "expression", "beauté", "forme", mouvement", "drame", "histoire" ou insolite".

    Le lecteur retrouvera de nombreuses œuvres archiconnues (Le Radeau de la Méduse, La Joconde ou La Mère migrante de Dorothea Lange). Elles sont décryptées pour en capturer l’essence de ce qui fait d’elles des créations inédites et exceptionnelles. Mais ce très beau coffret renferme également des peintures et sculptures moins célèbres mais tout autant incroyables, bouleversantes ou révolutionnaires : l’étonnant autoportrait à l’âge de 13 ans d’Albrecht Dürer (1484), la gravure d’Hokusai, Le Rêve de la Femme à la Perle (1814), dont la puissance érotique et fantastique n’a rien perdu de sa force ou L’Étude d’un tronc d’Orme de John Constable (v. 1821), au réalisme bluffant.

    On peut saluer le choix des éditions de Noyelles de consacrer un volume entier de son coffret à l’apport de la photographie, omniprésente dans nos vies, mais pourtant si mal connue. Dans son introduction, Val Williams insiste sur la manière dont la photo a bouleversé notre vision du monde. Reportages d’actualités (Ernst Haas, série "Homecoming prisoners, Vienna", 1947), captations documentaires (Esko Männikkö, Kuivaniemi, 1991), témoignages sociologiques ou historiques (Lewis Hine, Sadie Pfeifer, fileuse de coton, Lancaster, Caroline du Sud, 1908), images de mode (Derek Ridgers, Helena, Sloane Square, 1982), créations autofictionnelles (Cindy Sherman) ou expérimentations à visées esthétiques (George Hoyningen-Huene, Plongeurs, 1930) invitent le lecteur à s’immerger dans des chefs d’œuvres photographiques inoubliables.

    Impossible de rester insensible devant les regards tendus de ce couple de teddy boys des années 70 (Chris Steele-Perkins, série "The Teds", 1976), de ne pas admirer la dignité de ce maçon allemand des années 20 (August Sanders, Hendlanger, 1928), de ne pas être hypnotisé par le profil de Lee Miller par Man Ray (1929), de ne pas frémir devant cette scène de guerre au Vietnam immortalisée par Larry Burrows (1966) ou de ne pas être troublé par l’apparition irréelle de cette baigneuse polonaise photographiée par Rineke Dijkstra (Kolobrzeg, Poland, 1992).

    Les auteurs de ce double volume ont réalisé un travail de vulgarisation nécessaire qui invite à la curiosité, avec intelligence et pertinence. C’est à la fois peu et énorme.

    Andy Pankurst, Lucinda Hawsley et Val Williams, Pourquoi est-ce un Chef-d’œuvre ?,
    éd. de Noyelles, deux volumes, 224 p. chacun, 2016
    "Baigneuse sortant des eaux"

    Cindy Sherman, Untitled Film Still #3, 1977, Museum of Modern Art, New York

  • Politique cosmique

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    Au centre d’art contemporain des Tanneries à Amilly, l’exposition "L’éternité par les astres" propose au spectateur une immersion à la fois poétique, politique et cosmique, sous le regard d’Auguste Blanqui. Ce théoricien révolutionnaire est notamment l’auteur d’un ouvrage astronomique, L’Éternité par les Astres, écrit en 1871 lors de sa réclusion au château du Taureau dans le Finistère, après la Commune de Paris. C’est ce livre, une réflexion sur l’immensité de l’univers et sur l’intuition d’autres possibilités de vies biologiques et sociétales, qui est le fil conducteur d’une exposition comme hors du temps.

    Léa Bismuth, la commissaire d’exposition, a imaginé un parcours scientifique, artistique et cosmique pour faire écho à l’utopique Auguste Blanqui, présent grâce à un portrait (Jérôme Zonder, L’enfermé, 2017) et à plusieurs de ses citations.

    L’exposition des Tanneries, visible jusqu’au 27 août 2017, fait se télescoper des arts aussi différents que la photo, l’installation, la vidéo, la sculpture ou les textes révolutionnaires de Blanqui pour cheminer dans la pensée du révolutionnaire socialiste - aussi goûter à un peu d’éternité cosmique.

    Après le film de Rebecca Digne, Épure (2015), le spectateur traverse la verrière lumineuse des Tanneries. Il navigue au cœur des installations Vecteur d’Edouard Wolton (2017) et Astérisme (2014-2017) de Charlotte Charbonnel, une œuvre illustrée par le son des étoiles du Dr Jon M. Jenkins d’après la Mission Keppler de la NASA.

    Après cette entrée en matière dans un jour lumineux, le spectateur entre dans l’espace clos et sombre de ce qui constitue le cœur de l’exposition. Les yeux doivent s’habituer quelques instants à l’obscurité avant de s’immerger, comme au cinéma, dans le récit cosmique et révolutionnaire de Blanqui. Après le visionnage du film de Guy Debord, In girum imus nocte et consumimur igni (palindrome latin signifiant : "Nous tournons dans la nuit et sommes consumés par le feu", 1978), l’apaisement vient dans l’espace suivant, grâce aux captations numériques de Juliette Agnel (Nocturnes 2017).

    C’est une promenade nocturne autant qu’une conversation intemporelle qui conduit le spectateur d’espaces en espaces : l’installation sobre et puissante d’un végétal en suspension (Marie-Luce Nadal, Le Vain des Grâces, fragment d’une vendange, 2017), vidéos (Louis Hervé et Chloé Mallet, Spectacles sans objet, 2016), photographies, documentaires (Juliette Agnel, Quatre jours dans le chantier des Halles, 2011 et Rebecca Digne, Rouge, 2014), performances filmées (Mel O’Callagan, Ensemble, 2013), expositions d’objets et vitrines mêlant science et poésie (Edouard Wolton).

    Cosmologie et politique sont étroitement liés dans une exposition qui va comme un gant à l’espace à la fois austère et spectaculaire des Tanneries. Le révolutionnaire de 1871 Auguste Blanqui voit son œuvre se poursuivre à Amilly. Elle interroge encore le spectateur de 2017 au sujet de la place de l’homme perdu dans les constellations. Inlassable, et souvent vainement, nous traçons son chemin au milieu de la nature. Nous balafrons le monde géologique (Quatre jours dans le chantier des Halles), nous transformons notre environnement (agriculture, industries). Nous nous imprégnons aussi de cette éternité proposée par l’univers, au point de lancer un appel à ces autres vies extra-terrestres dont l’ancien révolté de la Commune avait eu l’intuition (Astérisme). Voilà qui en fait un personnage d’une grande modernité, comme nous le rappelle une citation du Parti imaginaire : "Blanqui n’est pas un personnage historique, détrompez-vous. Il ne nous revient pas comme un fantôme du XIXe siècle, sauf à considérer qu’un siècle puisse traverser les âges. Blanqui est d’hier, d’aujourd’hui, de demain."

    "L’éternité par les astres", Les Tanneries, Amilly (45), du 22 avril au 27 août 2017,
    du mercredi au dimanche, de 14H30 à 18H, entrée libre

    http://www.lestanneries.fr

    Louise Hervé et Chloé Maillet, Spectacles sans objet, 2016
    diapositives argentiques, film, super 8 et vidéo sur HD
    Courtesy galerie Marcelle Alix, Paris

  • Dans les villes de grande solitude

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    Bien entendu, Fanny de la Roncière ce sont d'abord ces petites nanas à la Pénélope Bagieu, que ce soit cette Bretonne joyeusement déshabillée sous une pluie iroise, ces bandes de copines désœuvrées ou bien ces trentenaires nonchalantes croquées avec humour. Tous ces personnages tendres et attachants sont à découvrir sur le site de l'artiste.

    Mais Fanny de la Roncière excelle surtout dans un autre genre, tout aussi graphique mais dans un style diamétralement opposé : les villes.

    Les cités que l’artiste "arrache" à son imagination ne sont pas de simples collages comme le spectateur pourrait le penser de prime abord. Fanny de la Roncière utilise des techniques mixtes où intervient une part de hasard.

    Sur des panneaux en bois recyclés, l’artiste imprime des pages de magazines ou de journaux. Le résultat de ces impressions aléatoires servent de point de départ à son minutieux travail sur ces "arrachés." Fanny de la Roncière passe à la phase graphique pour faire sortir du chaos visuel des formes, des visages, des personnages et surtout des cités imaginaires, souvent en friches et désertes. "Éloignez-vous, tout se brouille, tout s'aplatit et disparaît, approchez-vous, tout se recrée et se reproduit" disait Diderot, une citation que la plasticienne aime rappeler.

    Il n’est pas anodin de préciser que l’artiste a vécu plusieurs années en Espagne, à l’époque où la crise économique et immobilière a mis au grand jour des villes abandonnées. Fanny de la Roncière exposera par la suite à Bruxelles dans le cadre de la manifestation "Viens dans ma ville" (2009). 

    Le spectateur est happé par la richesse de ces acryliques aux teintes sépia. Dans ces décors urbains à la fois baroques et fragiles surgissent des visages et des personnages désœuvrés, comme surgis de nulle part et allant on ne sait trop où : ici, derrière un building rouge, une mondaine trinque au-dessus d'un autre convive, goguenard (Au-delà des Rêves) ; là, une femme aux traits orientaux et aux lèvres bleus est représentée tête en bas dans un décor déstructuré mêlant influences cubistes et mer moutonneuse à la Hokusai (La Vie dans quel Sens) ; là encore, un groupe de voyageuses sillonne un paysage surréaliste et inquiétant à la Philippe Druillet (Le Souvenir Vignette). L’influence graphique de la bande dessinée est d'ailleurs évidente : lignes claires, traits appuyés, personnages expressifs. Moebius ou Paul Gillon (tous deux auteurs de science-fiction révolutionnaires et graphistes géniaux) font partie des références que le spectateur – et le bloggeur en premier lieu – pourra mentionner. Sans nier ces apports, Fanny de la Roncière cite plus volontiers François Schuiten et Benoît Peeters pour leur œuvre la plus célèbre, Les Cités obscures.

    Il est encore question de mégalopoles dans la série des "Reflets" : des villes poussent, s'élèvent, tourbillonnent (La Nuit je mens, 2016) et semblent vouloir prendre leur liberté (Lame de Fond, 2016) dans des créations graphiques à la fois graphiques et jouant sur une fausse symétrie.

    Fanny de la Roncière aime à travailler sur des objets récupérés. Ce fut, au début de sa carrière, des sachets de thé savamment agencées et d'une grande élégance. Plus tard, l'artiste s'est intéressé aux sous-bocks, créant pièce après pièce, des mosaïques mêlant constructions géométriques et coulées de peintures aléatoires (FDL 100).

    Une de ses dernières séries pourraient bien lui valoir l'attention d'un public beaucoup plus large. Fanny de la Roncière a choisi comme support de création inédit... des enjoliveurs de voiture. Le résultat final convaincra les plus réticents. Ces objets adorés par les fans de tuning deviennent, sous les mains d'une artiste attachante, des joyaux artistiques : villes futuristes aux buildings fins comme des aiguilles, poissons stylisés s'ébrouant joyeusement ou bien décors géométriques archaïsant. La plasticienne expose pour l'instant ces géniaux enjoliveurs, beaux à couper le souffle... en espérant les voir un jour adoptés par des férus d'automobiles ?

    Fanny de la Roncière est à découvrir dans le cadre de la journée In The Mood For Art, au Kiss Keys, le samedi 25 mars 2017.

    www.fannydelaronciere.com
    Instagram de Fanny de la Roncière
    In The Mood for Art
    Samedi 25 mars 2017, de 13H à 23H30
     Au Kiss Keys, 37 bis rue du Colisée Paris 8eme
    Inscription obligatoire
    Métro : saint Philippe du Roule
    http://www.cherry-gallery.fr

    © Fanny de la Roncière

     

  • Au 21 rue la Boétie

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    Regardez cette petite fille au teint de porcelaine se fondant avec un haut de robe de la même couleur. Ses lèvres roses prononcées semblent répondre aux rayures du vêtement. Marie Laurencin représente l’enfant de face mais celle-ci ne regarde pas le spectateur. Elle fixe de ses immenses yeux bleus le sol, avec un mélange de timidité et d’intense concentration. Cette fillette, peinte par une artiste majeure du XXe siècle, s’appelle Anne Sinclair. Elle a quatre ans en 1952, lors de l’exécution de ce tableau, et appartient à la famille des Rosenberg. Son grand-père Paul Rosenberg (1881-1959) a été l’un des plus grands marchands d’art de la première moitié du XXe siècle et aussi le soutien d’un nombre importants de grands maîtres de l’art moderne : Pablo Picasso, Georges Braque, Fernand Léger, Henri Matisse et bien sûr Marie Laurencin.

    Le Musée Maillol propose du 2 mars au 23 juillet 2017 l’exposition 21 rue La Boétie qui retrace l’histoire de cette aventure artistique, historique mais aussi familiale, à travers une impressionnante et émouvante exposition de 60 chefs d’œuvres issus de cette famille de collectionneurs d’art, à l’influence considérable.

    Homme d’affaire avisé et amateur éclairé, Paul Rosenberg ouvre en 1910 sa galerie parisienne au 21 rue de Boétie :"Je compte faire des expositions périodiques des Maîtres du XIXe siècle et des peintres de notre époque" écrit-il à l’époque.

    Ces maîtres du XIXe siècle, ce sont Renoir, Monet, Manet, Toulouse-Lautrec, Sisley et même Van Gogh qui ont été achetés par le premier collectionneur de la famille, Alexandre Rosenberg. Paul Rosenberg poursuit les acquisitions de son père en regardant d'abord du côté des impressionnistes, des représentants de l'école de Barbizon et de grandes figures du XIXe siècle. Le Musée Maillol consacre une salle dédiée aux œuvres d’Édouard Manet (La Sultane, v. 1871), de Renoir (Le Poirier d'Angleterre, (1873) ou une marine précoce de Claude Monet (Bateaux de Honfleur, 1866).

    Mais c'est dans l'art moderne que l'influence des Rosenberg va s'avérer décisive, grâce notamment à Léonce Rosenberg (1878-1947). Passionné de cubisme et d'abstraction, le frère de Paul ouvre sa galerie, rue de la Baume, à Paris. La première guerre mondiale ouvre des perspectives inattendues pour les deux frères. Jusqu'en 1914, le marchand d'art allemand Daniel-Henry Kahnweiler avait pris sous son aile plusieurs pointures de l'art cubiste. La Grande Guerre impose son départ du sol français, si bien que, orphelins de leur soutien et protecteur, c'est naturellement vers les Rosenberg que se tournent les modernes.

    laurencin,picasso,matisse,kann,renoir,toulouse-lautrec,van gogh,monet,manet,braque,sisley,impressionnisme,cubisme,léger,rosenberg,anne sinclair,kahnweiler,apollinaire,masson,wildenstein,delacroix,ensor,streit,höhn,hirsh,kokoschka,junghanns,maillol,rodin,rothschild,bernheim-jeune,seligmannEn quelques années, non content d'acquérir une collection d’œuvres majeures, la famille tisse des liens professionnels, artistiques mais aussi personnels avec ces artistes. Ainsi, Pablo Picasso, intime des Rosenberg, représente Micheline Rosenberg dans une toile (Mademoiselle Rosenberg, 1919) qui marque le retour du peintre d'origine espagnole à la figuration. Marie Laurencin, l'ancienne maîtresse et muse de Guillaume Apollinaire, sera un membre à part entière du cercle privé, jusqu'à faire poser la petite-fille de Paul (Anne Sinclair à l'âge de quatre ans, 1952). L'exposition a, entre autres, le mérite de présenter un nombre significatif de cette artiste trop mal connue : Les Deux Espagnoles (1915) ou La Répétition (1936).

    Léonce ouvre les collections familiales au cubisme, contribuant à défendre avec pugnacité cet art, décrié à l'époque. Le Musée Maillol présente, dans plusieurs salles, un choix représentatif d'acquisitions : Georges Braque (Nu couché, 1955), Fernand Léger (Composition, 1929) et bien entendu Picasso (Guitare sur tapis rouge, 1922). Le surréalisme n'est pas absent (André Masson, Enlèvement, 1931) et l'avant-garde est mise en avant (Henri Matisse, La Leçon de Piano, 1923). Marchand d'art, Paul Rosenberg entend être un découvreur de talents, tout autant qu'un passeur auprès du public. Voilà ce qu'il écrit en 1941 à ce sujet : "Les peintures en avance sur leur époque n’existent pas. C’est le public qui est parfois à la traîne de l’évolution de la peinture. Combien d’erreurs ont été commises, combien de jeunes futurs grands peintres ont connu la misère à cause de l’ignorance des marchands et leur refus de les soutenir, tout simplement parce qu’ils n’aimaient pas cet aspect de leur art ou parce qu’ils ne les comprenaient pas ! (…) Trop souvent, le spectateur cherche en lui-même des arguments contre leur art plutôt que de tenter de s’affranchir des conventions qui sont les siennes."

    Passionné et rigoureux, Paul Rosenberg met en place un système pour essaimer ses idées de progrès. Il pressent très tôt l'importance du marché américain et choisit de s'associer avec Georges Wildenstein (1923). Il conseille des musées parisiens et provinciaux, édite des catalogues, cartographie, photographie et indexe avec précision ses œuvres, s'intéresse à la publicité dans les journaux et bien entendu achète, achète et achète ! Anne Sinclair écrit ceci : "Comme l’a souligné de nombreuses fois la presse américaine, Paul fut, jusqu’à la guerre, le plus grand marchand en Europe, de Delacroix à Picasso. « Imaginez, racontait un grand journal californien dans les années quarante, être capable d’entrer dans le studio de Matisse ou de Picasso deux fois par an, de regarder quarante de leurs meilleures toiles et dire “je les prends toutes” ! Jusqu’à la guerre, c’est ce que faisait Paul Rosenberg. »" Le musée Maillol a eu l'idée astucieuse d'entrer virtuellement dans la galerie du 21 rue La Boétie, via le système ancien et remis au goût du jour des jumelles à diapositives, que beaucoup ont expérimenté durant leur enfance. Les photographies en noir et blanc de la galerie Rosenberg dévoilent un lieu d'une richesse incomparable qui ne survivra pas à la seconde guerre mondiale.

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    Le Musée Maillol rappelle un événement peu connu du grand public mais à la portée artistique, éthique et symbolique peu commune : la vente à Lucerne en 1939 de 125 œuvres "dégénérées" (109 tableaux et 16 sculptures) accaparées par les nazis. Y figurent des peintures de Fernand Léger (Trois femmes, Le grand déjeuner, 1921-1922) ou Oskar Kokoschka (Monte-Carlo, 1925). Le monde de l'art se déchire sur la question d'acheter ou non des peintures et des sculptures exceptionnelles pour les sauver, ou, plus cyniquement, enrichir une collection. Paul Rosenberg refuse catégoriquement de participer à cette vente.

    Suite à la défaite française, Paul Rosenberg, marchand d'art d'origine juive en vue, doit quitter la France. Il finit par atterrir aux États-Unis et ouvre en 1941, à New-York, une nouvelle galerie, au 79 East 57th Street. Auparavant, il a essayé de mettre à l'abri quelques-unes de ses toiles (Nature morte à la cruche et Baigneur et baigneuses de Picasso), en vain : le coffre-fort à Libourne où il pensait avoir mis à l'abri ses tableaux les plus précieux est récupéré par l'armée allemande.

    À Paris, la galerie du 21 rue La Boétie est fermée, réquisitionnée par les autorités et devient - ironie du sort - l’Institut d’Études des Questions juives. Anne Sinclair écrit ainsi de cette période : "Le 4 juillet 1940, Otto Abetz, l’ambassadeur du Reich à Paris, adressa donc à la Gestapo la liste des collectionneurs et marchands juifs les plus connus de la place : Rothschild, Rosenberg, Bernheim-Jeune, Seligmann, Alphonse Kann, etc. C’est dès ce jour-là que l’hôtel du 21 rue La Boétie aura été perquisitionné, avec saisie des œuvres d’art que Paul avait laissées, d’une bibliothèque de plus de mille deux cents ouvrages, de l’équipement de toute une maison (des meubles anciens aux accessoires de cuisine), de plusieurs centaines de plaques photographiques et de toutes les archives professionnelles de la galerie depuis 1906. Figuraient aussi des sculptures, restées à Paris car difficilement transportables – dont un grand Maillol, et les deux statues célèbres de Rodin, Eve et L’Age d’airain, qui ornaient le hall de la rue La Boétie."

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    Les années suivantes, ces marchands d'art n'auront de cesse de récupérer leur bien. De nombreux tableaux, disparus puis sauvés par les Rosenberg, sont exposés au Musée Maillol : le fameux Baigneur et Baigneuses de Pablo Picasso (1920-1921), ou Profil bleu devant la cheminée de Matisse (1937).

    La seconde guerre mondiale aura finalement mis à mal durablement la capitale parisienne du marché de l'art. À partir des années 50, c'est aux États-Unis, et plus en Europe, que se fera la pluie et le beau temps dans l'art moderne. La dernière salle de l'exposition est consacrée aux années américaines de Paul Rosenberg, marquées par l'exposition itinérante consacrée à Aristide Maillol de 1958 à 1960. Rien d'étonnant que près de 60 ans plus tard le Musée Maillol ouvre à son tour ses portes à l'une des plus belles collections d'art moderne, sous le regard bleu et chavirant de la petite Anne peinte par Marie Laurencin.

    21 rue La Boétie, Musée Maillol, du 2 mars au 23 juillet 2017
    http://www.museemaillol.com

    Anne Sinclair, 21 rue la Boétie, Paris, éd. Grasset, 236 p., 2012

     Marie Laurencin, Anne Sinclair à l’âge de quatre ans, 1952, Huile sur toile, 27 x 22 cm, Collection particulière © Fondation Foujita / ADAGP, Paris, 2016

    Georges Braque, Nu couché, 1935, Huile sur toile, 114,3 x 195,6 cm, Collection David Nahmad, Monaco

    Pablo Picasso, Nature morte à la cruche, 19 avril 1937, Huile sur toile, 46,3 x 64,8 cm,
    Collection David Nahmad, Monaco. © Succession Picasso © Photo: Collection David Nahmad, Monaco

    Pablo Picasso, Baigneur et baigneuses (Trois baignants), 1920-1921, Huile sur toile, 54 x 81 cm
    Collection David Nahmad, Monaco. © Succession Picasso © Photo: Collection David Nahmad, Monaco

  • Voir peut-il rendre fou ?

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    Depuis 1987, Aurélie Dubois a entamé un parcours artistique où elle explore le dessin, la photographie, la vidéo et les installations.

    Dès le départ, son travail revêtit en toile de fond l’idée d’une garde, une garde artistique. Cette idée de l’artiste de garde, définie par le psychanalyste et écrivain Daniel Androvski en 2008, habite ses créations, en résistance à l’idée qu’une oeuvre d’art serait faite pour décorer plutôt que pour donner du sens ou révéler la nature des choses.

    "Nous pouvons considérer le corps comme une partition qui dès la naissance s’exprime par des cris ; Aurélie Dubois affirme par son oeuvre que ces cris s’écrivent même si ce qui se crie ne s’écrit pas. Au pire, ça se dessine, notamment sous la forme du sexe, de la tension, du râle et de certains hurlements" analyse Daniel Androvski.

    L’exposition présentée en mars prochain à Paris, est une rétrospective de ses œuvres passées et plus récentes. L’accent est mis sur le dessin, un étage entier de l’exposition lui est consacré. C’est aussi l’occasion de découvrir ses vidéos, telles que The Corridors, court métrage sélectionné pour le festival Coté Court en 2015, Traverse Vidéo en 2016 ainsi que son dernier court métrage expérimental Amour écrit en fer.

    Le commissariat de l’exposition est confié à Paul Ardenne, écrivain et curateur indépendant. "Aurélie Dubois est une artiste multidisciplinaire. Elle cherche, avec constance, à faire se rencontrer la création et la théorie dans ses oeuvres. Ses principales interrogations plastiques sont la sexualité et les rapports femme-homme, l’indétermination, la folie, la marginalité, l’étrange. Aurélie Dubois renouvelle l’image érotique pour éveiller notre imaginaire" explique Paul Ardenne.

    La rencontre entre ces différentes oeuvres permettra de prendre la pleine mesure de la philosophie d’Aurélie Dubois, son appel à la résistance et à la vigilance, face aux dérapages de notre société contemporaine et à ses tabous. "Rester en alerte, sur le qui-vive" !

    "Je considère être une Artiste de Garde. Je suis là, tout le temps. D’être en alerte me place dans la résistance aux idées reçues et aux convenances liées au corps et à ses sexualités. Je considère que mon travail de création est lié à la trahison de l’imaginaire sexué. Pourquoi résistante? Parce qu’il me semble nécessaire de démonter les systèmes conventionnels liés aux corps, l’érotisme bas de gamme, la pornographie liée au business. Par définition je suis en guerre. Ma démarche d’artiste vient donc trahir notre mensonge. Mais quel ce mensonge? Me direz-vous? C’est ce que nous faisons et que nous ne disons pas."

    Aurélie Dubois, "Voir peut-il rendre fou ?"
    Exposition du 16 au 26 mars 2017 au 24Beaubourg
    24, rue Beaubourg 75003 Paris
    www.aurelie-dubois.com
    "Aurélie Dubois unmakes sex"