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  • Laura Anglade : "Je trouve ces chansons intemporelles"

    La découverte du dernier album de la jazzwoman Laura Anglade, Venez donc chez moi, que nous avions chroniqué sur Bla Bla Blog, nous a donné envie d’interviewer la chanteuse, un pied en France et l’autre de l’autre côté de l’Atlantique. Rencontre avec une artiste qui voue un amour immodéré pour la chanson française, y compris le répertoire moins connu des années 30.

    Bla Bla Blog – Bonjour Laura. Le public français vous découvre cette année avec votre reprise de  standards de la chanson française, l’album Venez donc chez moi. Au Canada, vous êtes une des voix montantes de la scène jazz. Franco-américaine, quels sont vos rapports avec le Canada et la France ?
    Laura Anglade – Merci. J’ai quitté le Connecticut à l’âge de 18 ans, à la fin du lycée. Je suis partie à Montréal, à l’université Concordia, pour suivre des études de Traduction. J’ai toujours été fascinée par les langues, depuis toute petite. Je n’avais pas du tout envisagé de suivre une carrière en musique à ce moment-là. Cette ville me tentait bien, et le programme surtout…et depuis je n’ai pas quitté le Canada !

    BBB – Pour cet album de reprises, vous avez choisi des titres qui ne sont pas forcément les plus connus : "Venez donc chez moi", qui donne le titre à l’opus, mais aussi "Vous qui passez sans me voir" ou "Jamais je ne t’ai dit que je t’aimerai toujours". Pourquoi ces choix ?
    LA – Venez Donc Chez Moi, tout d’abord met en avant mon identité française, mon “chez moi”, mais aussi, à un autre niveau, un album est une œuvre qui représente un moment précis, un peu comme la photographie. Nous avons enregistré cet album en pleine période de pandémie, bloqués chez nous. Avec Sam, le guitariste, on voulait inviter le public à passer un beau moment intime d’écoute, chez eux, en attendant de venir nous voir en concert peut-être un jour.
    En ce qui concerne les autres titres, Charles Trenet est le chanteur préféré de mon grand-père, il me chantait souvent ses chansons quand j’étais petite. Je connais pratiquement toutes ses chansons par cœur. Je voulais rendre hommage à ma famille, en leur faisant ce cadeau, pour qu’ils puissent chanter avec moi en écoutant mon disque. Ils sont loin, donc au moins cela nous permet de nous rapprocher un peu, comme si une partie de moi était là, avec eux.
    D’après moi, “Jamais je ne t’ai dit que je t’aimerai toujours” est une belle leçon. Quand on se lance dans une histoire avec quelqu’un en tout début de relation, il y a toujours un moment d’hésitation. On essaye de se protéger, sûrement pour ne pas s’emballer trop vite. On ne veut pas trop se projeter, par peur d’être rejeté, mais quand ça doit marcher, les choses se mettent en place petit à petit, naturellement. On a pas besoin de se faire des promesses ni des plans, on peut simplement vivre jour après jour, sans attente. Je trouve ce message magnifique.

    BBB – On sent chez vous un attachement au répertoire des années 30 et aussi au compositeur Paul Misraki, peu connu, et qui a écrit deux de vos reprises ("Venez donc chez moi" et "Vous qui passez sans me voir"). Est-ce une invitation à redécouvrir le patrimoine musical français oublié et les chansons de Lucienne Boyer, Ray Ventura, voire Charles Trénet ?
    LA – Effectivement. Je trouve que ces chansons sont intemporelles. On arrive à plonger dans ces histoires et ces mélodies, comme un bon livre. Ce sont des thèmes nostalgiques, mais en même temps encore courants. On s’y retrouve.

    BBB – On est peu surpris de voir apparaître Michel Legrand ; on l’est plus par le choix de vos reprises : au lieu des "Moulins de mon cœur" ou de la "Recette du cake d’amour", vous avez choisi la magnifique "Chanson de Maxence" et de la "Valse des lilas". Pourquoi le choix de ces morceaux ?
    LA – "La Chanson de Maxence", de la comédie musicale Les Demoiselles de Rochefort par Michel Legrand est l’une de ses plus belles chansons. Elle a été adaptée en anglais, et raconte une histoire complètement différente de l’originale. En général, je choisis de chanter une chanson si je trouve les paroles captivantes. Dans ce cas, je me laisse emporter par la mélodie, complexe et à la fois mémorable et nostalgique, des thèmes que l’on reconnaît facilement à travers toutes les œuvres de Michel Legrand. "La Valse des Lilas" a aussi été adaptée en anglais, c’est une chanson pleine d’espoir, comme les premières fleurs au printemps.

    "Mon rêve serait de lui chanter « Chez Laurette » un jour dans son ancien café, et peut-être même d’aller y boire un verre ensemble !"

    BBB – Deux femmes ont les honneurs de votre opus : Jeanne Moreau, l’interprète de "Jamais je ne t’ai dit que je t’aimerai toujours et surtout "Barbara ("Précy Jardin" et "Ce matin-là"). J’imagine que c’est tout sauf un hasard de voir Barbara figurer sur cet album.
    LA – Barbara a toujours été une grande source d’inspiration. "Precy Jardin" est la chanson de Barbara ou je me reconnais le plus. Chaque été depuis mon enfance, ma famille retournait dans notre petit village dans le sud de la France. En 1973, Barbara a quitté Paris pour aller vivre à Précy sur Marne, à la campagne, et c’est là ou elle a passé ses dernières années. Dans ce lieu paisible, loin de tout, près de la nature, Barbara est au paradis. Je reconnais mon petit village, Brousse le Château, à travers les paroles, “juste le clocher qui sonne minuit”.

    BBB – L’auditeur français sera heureux de trouver une reprise de "Chez Laurette". À ma connaissance, c’est l’une des première fois que Michel Delpech côtoie Charles Trénet, Charles Aznavour ou Barbara. "Chez Laurette" se devait de figurer dans votre album ? Et spécialement cette chanson, la plus célèbre sans doute de son répertoire ?
    LA – "Chez Laurette", de Michel Delpech, est une de mes chansons préférées de tout l’album. J’ai appris que le chanteur a écrit la chanson en une traite durant un court trajet en train. Chez Laurette raconte l’amitié entre un jeune garçon et la dame qui tient le café au coin de la rue. Laurette devient vite la confidente de lui et de tous ses amis. Chaque chagrin d’amour, chaque fou rire, elle les voit grandir au fur et à mesure des années qui passent. C’est une belle confiance qui se construit, surtout pendant les années les plus importantes, elle les aident à naviguer l’adolescence.
    Quand j’écoute cette chanson, pour moi c’est la culture française dans toute sa splendeur. Ça me rappelle de beaux souvenirs avec ma mère, quand on allait faire les boutiques en ville chaque été et qu’on retrouvait toujours les mêmes vendeuses, qui me disaient avec leur sourire familier, “alors ça pousse !” ou quand on allait chercher la viande chez le boucher de ma grand-mère, qui a vu ma mère grandir, et maintenant voyait ses enfants grandir aussi. La vie passe tellement vite. Ce sont ces personnes, ces liens qu’on crée de génération en génération qui forment nos valeurs et ce que l’on devient. J’ai aussi choisi la chanson parce que c’est une des chansons préférées de mon grand-père. Même si Michel Delpech n’est plus parmi nous, j’ai appris que cette “Laurette” est inspirée d’une vraie personne, qui existe toujours, et que ce fameux café aussi ! Mon rêve serait de lui chanter cette chanson un jour dans son ancien café, et peut-être même d’aller y boire un verre ensemble !

    BBB – Après cet album, quels sont vos futurs projets ? Une tournée est-elle prévue en France ? Ou un album en préparation ?
    LA – Je viens de faire une mini tournée à Paris dernièrement en juin 2022. J’espère y revenir le plus vite possible, j’adore cette ville, surtout au printemps. Je pars en tournée avec Melody Gardot en septembre, j’ai vraiment hâte. En ce moment, oui, je pense à un futur album aussi. Plein de belles choses ! Merci beaucoup.

    BBB – Merci, Laura.

    Interview : Bruno Chiron, septembre 2022

    Laura Anglade & Sam Kirmayer, Venez donc chez moi, Justin Time Records, 2022
    https://lauraanglade.com
    https://www.facebook.com/langlademusic
    https://www.instagram.com/laura__anglade

    Voir aussi : "Rendez-vous chez Laura Anglade"

    Photo: Maggie Keogh

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  • Aux arts, citoyens !

    Un festival campagnard à Paris : voilà ce que propose l’événement "Aux Arts !" L'événement sera proposé les 3 et 4 septembre au Parc André Citroën dans le 15e arrondissement. Dans une arène faite en bottes de pailles, "Aux Arts !" proposera une plongée dans la culture afro-américaine, avec actualité olympique à deux ans des JO de Paris et un focus sur les nouveaux sports de l’olympisme : le breakdance et le skate. Projet labellisé "Olympiades culturelles", le festival programmera des concerts, de la danse et du fooding dans le parc André Citroën. Nous avons voulu interroger les organisateurs du festival au sujet de cette manifestation de la rentrée. 

    Bla Bla Blog – Bonjour. Musique, danse, sport, cuisine : ce sont les ingrédients du Festival « Aux Arts ! », qui aura lieu les 3 et 4 septembre prochain au Parc André Citroën, dans le quinzième. Quel est donc cet étrange événement ? 
    Aux Arts  –  “Aux Arts !”, est la déclinaison parisienne du festival Paris New York Heritage qui évolue depuis 6 ans dans le monde ! C’est un événement orienté vers la transition écologique. La musique live étant très polluante, comment en tant que producteur on peut participer à la transition écologique, comment peut- on produire plus propre ? Avec “Aux Arts !” on voulait travailler dans ce sens ! Cette année pour la deuxième édition du festival, le challenge est d’inclure le sport et l’idée de l’olympisme : “l’important c’est de participer !”

    "On s’installe sur la pelouse du Parc André Citroën, un lieu iconique, magique et on ramène 135 ballots de paille"

    On trouvait intéressant d’ouvrir le festival aux sports qui font parti des cultures Africaines et afro-Américaine (comme le breakdance et le skateboard) et de les associer à notre festival qui est autour des thèmes de la diaspora Africaine/ Afro-Américaine et des courants musicaux et culturels issus de ces cultures. C’est une alchimie originale. On aime bien relever des défis et être original, on est un festival à échelle humaine, on propose une expérience dans des bottes de paille avec un skate park, du breakdance, tout cela sur deux après-midi et soirées à la rentrée ! 

    BBB – Pourriez-vous nous parler du cadre où se déroulera le festival « Aux Arts ! » ? Si je vous dis que c’est la campagne qui s’invite à la ville, est-ce que je me trompe ?
    AA  – C’est en partie ça, mais pas tout à fait... On s’installe sur la pelouse du Parc André Citroën, un lieu iconique, magique et on ramène 135 ballots de paille et on crée une arène en bottes de paille !  Mais la programmation est assez urbaine : musique afro-caribéenne, musique hip-hop, dimanche block-party breakdance, skate… C’est un savant mélange de campagne et d’urbain ! On est dans un écrin de campagne dans un vaisseau en botte de paille !

    BBB – Quels artistes y verra-t-on ?
    AA  – Pour l’instant nous n’avons pas toute la programmation, mais nous pouvons vous confirmer la venue de Pat Kalla & le super mojo, Waahli, Raashan Ahmad et enfin Thaïs Lona (TBC) ! 

    Interview faite en juillet 2022

    Festival “Aux Arts !”, les 3 et 4 septembre 2022, Parc André Citroën , Paris 15e
    Évènement de Paris New York Heritage Festival
    https://www.pnyhfestival.com
    https://www.facebook.com/events
    https://www.instagram.com/pnyh_festival

    Voir aussi : "Rock stars en photographies"

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  • Andréa Ponti : "Aujourd’hui, nos retrouvailles sont une évidence"

    Andréa Ponti, il en avait été question dernièrement. La chanteuse sort un nouveau single en ce moment, "La musique et moi". Un morceau en forme de confession en même temps qu'il est une déclaration d'amour. Le parcours d'Andréa Ponti a suivi des chemins détournés, raison pour laquelle nous voulions en savoir plus. Elle a bien voulu répondre à nos questions.

    Bla Bla Blog – Bonjour Andréa. Vous proposez votre nouveau single, « La musique et moi ». Et justement, la musique et vous est une histoire assez mouvementée, comme si vous aviez joué au jeu du chat et de la souris pendant longtemps avant de vous retrouver. Est-ce que je résume bien  la situation ? 
    Andréa Ponti – J’ai deux types de rapport à la musique, celle que j’écoute et celle que je chante. La première est et à été présente sans discontinuer. Et pour la deuxième, vous avez raison, j’ai chanté à différentes périodes de ma vie et  c’est justement à cela, ce retour incessant à elle, que j’ai reconnu finalement que c’était ce pourquoi j’étais faite, mon Ikigai comme le nomme les japonais. Aujourd’hui, nos retrouvailles sont une évidence, comme une belle histoire d’amour qui finit bien. D’où ma célébration dans ce dernier titre "La musique et moi".

    BBB – Quels sont vos premières influences ? Les eighties, semble-t-il, mais aussi la pop et la chanson française ?
    AP – Oui j’ai eu la chance de baigner dans cet âge d’or de la musique des eighties vers laquelle on revient abondamment aujourd’hui. J’adorais écouter d’abord Michael Jackson, Sting, Queen, Toto. Plus tard James Ingram, Brian McKnight, Boyz II Men. Chez les chanteuses américaines Toni Braxton, Jessica Simpson, Brandy, Aaliyah, Tina Arena … Mais c’est surtout Céline Dion et Mariah Carey qui me faisaient vraiment rêver adolescente ! Dans la chanson française en plus de Celine, il y avait Starmania, Goldman… Aujourd’hui mes influences sont Julia Michaels, Adèle, Faouzia, Aguilera, Pink, Sia, Ariana Grande…

    BBB – Pouvez-vous nous parler de ceux qui vous accompagnent ? Le nom de François Welgryn est souvent revenu. 
    AP – J’ai eu la chance effectivement de rencontrer François Welgryn (parolier d’Amir, Kenji, Amel Bent, Johnny Hallyday) qui a trouvé mon histoire intéressante. Il a écrit mes chansons originales en retranscrivant très fidèlement mon propos et mes émotions. Il m’a présenté William Rousseau (Anggun Florent Pagny, Tina Arena). lequel a composé la musique de mes trois titres. L’entente artistique entre nous est parfaite. Ils sont à mes côtés depuis le début de l’aventure, me guident, conseillent soutiennent et c’est vraiment très précieux pour moi.

    "Ta deuxième vie commence quand tu réalises que tu n’en as qu’une"… C’est vraiment ça !

    BBB – Votre dernier single, "La musique et moi" est une vraie déclaration d’amour à la musique. Est-ce plus l’artiste compositrice qui s’exprime ou bien la passionnée de musique qui a, un temps, choisi une autre voie que celle la chanson ? 
    AP – C’est majoritairement l’amoureuse de musique de toujours qui s’exprime mais aussi la nouvelle autrice que je deviens puisque pour la première fois avec cette chanson j’ai participé à l’écriture.

    BBB – Vous racontez que le confinement pendant la crise sanitaire vous a autant désemparé qu’elle a pu être une chance d’ouverture vers la musique grâce aux réseaux sociaux. Pouvez-vous nous raconter plus précisément quel a été le déclic ? 
    AP – Nous avons vraiment vécu une grande épreuve collective à ce moment. Tous cloîtrés chez nous, coupés de la société. Pour pallier au manque de liens humains, j’ai ressenti le besoin de chanter, et j’ai partagé mes reprises sur les réseaux sociaux. Les retours ont été si chaleureux… l’une d’entre elle est devenu virale, j’ai même été  contactée par un producteur ainsi qu’un manager. Entendre parler de mort sans cesse m’a fait réaliser que la vie était courte et que ces confinements pouvaient être une pause féconde, une occasion précieuse d’investir notre énergie dans notre intériorité, de faire un bilan introspectif. Il était devenu urgent et précieux d’aller à l’essentiel. Ce cheminement intérieur a abouti sur la conclusion que j’avais mis en sourdine trop longtemps mon désir de chanter, j’ai analysé et réglé mes freins intérieurs pour décider de me jeter à l’eau , sortir de ma zone de confort et agir ! "Ta deuxième vie commence quand tu réalises que tu n’en as qu’une"… C’est vraiment ça !

    BBB – Quelles sont les prochaines étapes ? Un album ? Des concerts ? 
    AP – Maintenant que j’ai sorti trois singles, de nombreuses reprises, crée ma chaîne YouTube, développé mes réseaux, ainsi que  ma communauté, mon projet prend de la consistance ; la question d’approcher une maison de disque est peut-être la prochaine étape afin de pouvoir aborder le projet sous un nouvel angle, celui en l’occurrence de la scène, ce que je souhaite et de prochains albums.

    BBB – Merci, Andréa.
    AP – Merci à vous ! 

    Andréa Ponti, La musique et moi, 2022
    https://www.facebook.com/andreaponti.off
    https://youtu.be/JAmvhNrZvqw

    Voir aussi : "Andréa Ponti et sa musique"
    "La vie commence à 40 ans"

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  • Le top 10 de Bla Bla Blog pour 2021

    Une année 2021 très riche se termine : cinéma, musiques, livres, expositions, séries ou publicité. Bla Bla Blog ne s’est jamais rien refusé dans son désir de chroniquer ces artistes, ces créations et ces œuvres qui contribuent à enrichir notre vie culturelle. 317 articles ont été publiés cette année.
    Quels sont ceux qui ont le plus buzzé ? Comme les années précédentes, voici le top 10 de cette année.

    10 Au salon avec Chopin et Haley Myles

    C’est avec bonheur que l’on retrouve à la 10e place la pianiste classique Haley Myles pour un enregistrement des Nocturnes de Chopin qu’elle avait d’abord joué pendant le Grand Confinement

    Haley Myles.png"S’il est un répertoire classique archi-interprété, il est possible que les Nocturnes de Frédéric Chopin (1810-1849) tiennent le haut du pavé. La pianiste Haley Miles en propose une version intimiste et passionnante. Avec son projet musical "Chopin Nocturne Project", la pianiste installée à Lyon a choisi d’enregistrer un nocturne différente chaque vendredi de février à juin 2021. L’album – son deuxième – a suivi presque naturellement, après un enregistrement record en trois jours…"

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    9 Vous revoilà, Gens de France

    Une réédition de l’ouvrage culte Gens de France fait une entrée surprise dans le classement de notre Top 10.  Voici un rappel pour cette réédition à marquer d'une pierre blanche.

    Vous revoilà gens de France.png"En ce mois de juin, ressort en librairie le mythique Gens de France et d'ailleurs de Jean Teulé. Il avait été publié une première fois à la fin des années 80, avant de connaître une réédition il y a un peu plus de 15 ans (éd. Ego Comme X).
    C’est aujourd’hui les éditions Fakir qui proposent de découvrir ou redécouvrir cet album, l’ultime album graphique de Jean Teulé, avant que celui-ci ne se lance avec succès dans le roman…"

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    8 Adrineh Simonian comme à la maison

    Attention les yeux ! Lorsque nous avons appris que la chanteuse lyrique Adrineh Simonian faisait une reconversion pour le moins osée dans le porno, avec un sérieux sens de l’engagement, il paraissait nécessaire de lui consacrer un article. Cela méritait assurément une étonnante chronique, particulièrement remarquée cette année.

    Arthouse Vienna.jpg"Cette information est sortie de manière relativement confidentielle il y a une dizaine de jours.
    Nous apprenions que la mezzo-soprano autrichienne Adrineh Simonian a choisi une reconversion inattendue, passant de l’univers feutré et bienséant de l’opéra pour celui, plus sulfureux du porno... féministe..."

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    7 Henintsoa, un jour ce sera elle

    En septième position, nous trouvons la chanteuse d’origine malgache Henintsoa, qui se faisait remarquer fin 2020 et en tout début d’année 2021 pour plusieurs titres. 

    Henintsoa.png"Coup de projecteur en ce début d'année sur Henintsoa, une des nombreuses espoirs de la jeune scène francophone.
    Celle-ci nous vient de Madagascar, même si si c’est à Paris qu’elle a fait ses premières armes, après être arrivée en France à 18 ans pour poursuivre des études supérieures. La chanson et sa voix l’ont fait sortir du lot, comme le prouvent  quelques concours de chants remportés (La truffe d'argent, Plus de talents ou la Moog Academy)…" 

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    6 Arbres-danseuses à Toulon

    Une exposition à Toulon a fait parler d’elle : elle a eu lieu cette année à la galerie Simona de Simoni et présentait des œuvres de Patricia Tozzi-Schmitzer. Il s'agit de la seule chronique sur une exposition classée dans le Top 10 de Bla Bla Blog. 

    Arbres danseuses.jpg"C’est à Toulon que l’on trouve la galerie Simona de Simoni, située en face de la Porte d’Italie. Celle qui en est l’initiative est Aliénor de Cellès, dont nous avions déjà parlé sur Bla Bla Blog. Cette artiste passée par le stylisme, la mode et les costumes de scène a choisi la peinture comme terrain d’expérience et de création. Le dernier exemple en date est celui de la galerie qu’elle a fondée au cœur de la Préfecture du Var…"

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    5 Cabaret batave

    En fin d’année, Bla Bla Blog vous faisait découvrir le nouveau show-woman de Martineke Kooistra. Un anniversaire, ça se fête. L’artiste d’origine néerlandaise le faisait en spectacle, avec un sérieux sens d’humour, tout en faisant découvrir le cabaret batave. 

    Cabaret batave.png"Martineke Kooistra célèbre son demi-siècle, et elle ne le fait pas à moitié !
    Cela se passe au Théâtre Essaïon les dimanches à 17 heures 30 jusqu’au 16 janvier 2022.
    Venu des Pays-Bas, l’artiste propose un show mariant le one-woman-show, le stand-up et le tour de chant, dans son univers très à elle…" 

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    4 "J’incarne en quelque sorte « la maîtresse d’école »"

    On aime Flore Cherry pour ses engagements, les événements qu’elle organise et son actualité artistique. Elle arrive au pied du podium de cette année, grâce à une interview menée à l’occasion de la dernière édition du salon de la littérature érotique.

    Flore Cherry.png"Flore Cherry a accepté de répondre aux questions de Bla Bla Blog à propos de son actualité. Il y a, pour commencer, sa pièce de théâtre Le plus beau jour (de votre vie). Mais il y a aussi le salon de la littérature érotique, de retour le 28 novembre, salon qu'elle organise avec la foi du charbonnier. Ou de la charbonnière. 
    Bla Bla Blog – Bonjour, Flore. Journaliste, rédactrice, entrepreneuse, animatrice, auteure… On ne t’arrête plus… A ce sujet, préfères-tu écrivain, écrivaine ou auteure ?  

    Flore Cherry – Je préfère que mon interlocuteur choisisse son propre vocabulaire, surtout. Si pour lui, un écrivain est une femme, c’est OK. Mais j’ai une petite corde sensible pour auteure. Avec un joli -e…"

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    3 La vie commence à 40 ans

    En troisième position du classement de cette année, la chanteuse Andrea Ponti prouve qu’il est toujours temps de faire le buzz. Elle se place remarquablement sur le podium de cette année. Cette médaille de bronze permet de refaire parler d'elle. 

    Andrea Ponti.png"Repérée sur les réseaux sociaux l’an dernier durant le Grand Confinement, Andrea Ponti sort cet été son single "Il était temps", composé et écrit par François Welgryn et William Rousseau.
    Ce marque la naissance d’une interprète qui, à quarante ans, se lance dans la chanson. "Enfin j’ose et je réalise mon rêve en me sentant tellement épanouie dans cette nouvelle aventure que je souhaite la plus aboutie possible. Enfin, comme jamais auparavant je me sens alignée, centrée, complète… à ma place", explique-t-elle…"

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    2 Thomas Pourchayre : "Je digère beaucoup de choses, et j'en oublie beaucoup"

    Une interview arrive en seconde position. Elle concerne Thomas Pourchayre, un auteur que nous avions chroniqué pour son dernier ouvrage, Ève et l’Ange. Pour l’interview qu’il nous a accordés, il fait partie des grandes vedettes de 2021. Mérité, bien sûr !

    Thomas Pourchayre.png"Après avoir parlé du singulier conte Ève et l’Ange de Thomas Pourchayre, nous avons voulu en savoir plus sur l’auteur. Il a accepté de répondre à nos questions.
    Bla Bla Blog – Bonjour, Thomas Pourchayre. Vous sortez aux éditions Abstractions un nouveau livre, Ève et l’Ange. Peut-on dire qu’il s’agit d’un ouvrage hybride ? 
    Thomas Pourchayre – Ah... ! "Récit / nouvelle" ou "poème" ? Je crois qu'il a une unité, ce texte. Il est très homogène dans sa forme, même si elle est effectivement spéciale. Mon roman en cours, par différence, est fait de fragments de différentes natures : on peut dire qu'il est hybride. Mais Ève et l’Ange, à mes yeux, devrait être vu comme relevant d'un genre à part, rare mais pas inédit. Il est peut-être plus proche du conte, même si son style est singulier pour un conte. Bref, renonçons aux classifications !…"

    LA SUITE ICI...

    1 "Différenciation de la vitesse d’évolution intellectuelle"

    Et la grande gagnante des chroniques de Bla Bla Blog est une chronique inattendue sur - et c'est une nouveauté depuis que notre Top 10 existe ! - une publicité... Elle a été voulue par EDF et conçue par l’agence BETC/Havas. La vénérable entreprise publique a choisi de suivre Eva, croustillante et irrésistible looseuse magnifique. Un énorme coup de cœur, assurément !

    Differenciation de la vitesse.png"Parlons pub avec cet excellent spot proposé par EDF et l’agence BETC/Havas Paris, Eva et Violette. Le film a été réalisé par Réalité, de l’agence Big.
    La vénérable entreprise nationale d’électricité choisit l’humour et le contre-pied pour parler de son énergie vertueuse ("97 % sans CO2, grâce au nucléaire et aux énergies renouvelables")…"

    LA SUITE ICI...

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    Voir aussi : "Top 10 Bla Bla Blog 2020"

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  • Thomas Pourchayre : "Je digère beaucoup de choses, et j'en oublie beaucoup"

    Après avoir parlé du singulier conte Ève  et l’Ange de Thomas Pourchayre, nous avons voulu en savoir plus sur l’auteur. Il a accepté de répondre à nos questions.

    Bla Bla Blog – Bonjour, Thomas Pourchayre. Vous sortez aux éditions Abstractions un nouveau livre, Ève et l’Ange. Peut-on dire qu’il s’agit d’un ouvrage hybride ? 

    Thomas Pourchayre – Ah... ! "Récit / nouvelle" ou "poème" ? Je crois qu'il a une unité, ce texte. Il est très homogène dans sa forme, même si elle est effectivement spéciale. Mon roman en cours, par différence, est fait de fragments de différentes natures : on peut dire qu'il est hybride. Mais Ève et l’Ange, à mes yeux, devrait être vu comme relevant d'un genre à part, rare mais pas inédit. Il est peut-être plus proche du conte, même si son style est singulier pour un conte. Bref, renonçons aux classifications !

    BBB – Pourquoi ne pas avoir choisi la voix du roman et vous être mis en danger dans ce conte moderne ? 

    TP – Parce que chaque œuvre prend sa forme, et celle-ci a vraiment pris joyeusement celle-là. Cela faisait quelques temps que je faisais des haïkus d'humour noir avec un ange pour personnage. Cette histoire est un haïku qui a eu envie de respirer un peu plus longtemps que les autres (rires)... sans aller tout de même jusqu'au roman. Eve et l'Ange est un peu une nouvelle ; ce qui caractérise la nouvelle, c'est la chute, et la chute de l'Ange, cela fait sens. Tout cela est si cohérent (rires).

    BBB – Ève et l’Ange commence de manière prosaïque avec le départ d’une jeune femme – Eve – du domicile de son père – que l’on ne nomme pas mais que l’on identifie bien. C’est une lecture finalement très patriarcale de la Genèse. Est-ce ainsi que vous l’avez toujours considérée – patriarcale ?

    TP – J'ai une distance certaine avec la religion et j'espère aussi avec le patriarcat... par contre je suis plutôt joueur. Je prends des éléments, je les "échappe" de leur cadre comme je les éloigne des références du lecteur. La dose d'ironie n'en est que plus grande. Tout cela est à prendre hors du champ religieux, vraiment, et en même temps je reconnais avec jubilation le caractère ambivalent de mes choix : cela renforce le pied de nez ! La scène initiale installe les choses. Tout cela est très actualisable hors des tableaux classiques de la religion ou du patriarcat, il me semble : un parent veut le meilleur pour sa progéniture, espère un petit ange qui volette au-dessus de son chemin, espère lui apprendre tout le nécessaire en espérant ainsi influencer positivement sa vie, ou au moins son début... Mais en réalité on ne maîtrise pas grand-chose de ce qui arrive et toute tentative de contrôle amène tôt ou tard à une échappée. Là, la jeune femme s'échappe dès le démarrage, et finalement très en douceur.  

    BBB – Il y a cette Eve, une figure féminine incroyable d’aplomb, très libre aussi. Bien différente finalement de l’Eve de la Genèse. Comment l’avez-vous imaginée ? 

    TP – Les deux personnages se sont façonnés ensemble dans le dialogue. Par jeu, envie, tentation, mais par rejet aussi, car chacun a une certaine idée préconçue de ce qu'il lui faut...  C'est effectivement très différent de l'Eve de la Genèse, née de la côte d'Adam ! Ici ils sont l'un pour l'autre comme la poule et l’œuf !

    BBB – Vous prenez au mot l’expression "sexe des anges". D’où vous est venue l’idée de faire intervenir un ange dans votre récit ? Que représente-t-il ? 

    TP – Il y a un double point de départ. D'une part le sujet de la gravité, on y reviendra plus loin... Mais on conçoit assez simplement que l'ange est un personnage idéal pour la défier, cette gravité, quoiqu'elle représente ! L'autre point de départ ce sont mes jeux d'écriture, mes haïkus d'humour noir qui me venaient depuis un certain temps. 

    "Cette histoire est un haïku qui a eu envie de respirer un peu plus longtemps que les autres"

    BBB – Vous pratiquez l’art du télescopage dans votre manière de conter votre historie : textes sacrés, scènes réalistes, surréalisme également. On vous imagine nourri à beaucoup d’influences. Lesquelles ? 

    TP – Je digère beaucoup de choses, et j'en oublie beaucoup... Mais je suis persuadé qu'il en reste toujours une trace au fond de moi, sans que je puisse la décrire ! Je suis très loin des textes sacrés à titre personnel, je n'ai qu'un lien avec la religion. Il n'est pas anodin, même s'il est très distancié. C'est l'architecture. J'ai toujours été fasciné par les constructions religieuses, notamment de la période romane. Dans une église romane je me sens spirituellement libre (c'est beaucoup moins vrai dans les périodes ultérieures). Et puis si vous commencez à regarder les détails architecturaux, les motifs... vous découvrez surtout de l'humain. Telle ou telle figure, chimère ici ou là, mettent en scène un réel très prosaïque à côté de représentations qui relèvent parfois du surréalisme avant l'heure.  Au-delà, je vais dire que je me nourris beaucoup, avec autant de tendresse que d'énervement, du quotidien. Et évidemment, je révère Boris Vian et Beckett. Je ne sais pas ce qui rejaillit le plus ici.

    BBB – Le sous titre de votre livre est "La gravité négociable". Quelle est cette négociation dont vous parlez ? 

    TP – Ah ! Je suis très heureux que vous me questionniez là-dessus. Je resterai un peu elliptique pour pas être rasoir et moraliste. Montesquieu disait que "la gravité est le bonheur des imbéciles". La gravité est une des composantes les plus agaçantes du grand théâtre de l'époque, et de toutes les époques. Sans oublier notre petit théâtre intérieur. On est si grave avec soi-même, parfois... La gravité est quelque chose de factice, c'est une posture pour mimer l'émotion, le respect, la hauteur, l'importance, le pouvoir. Une façon de négocier avec les mirages... pardon pour le jeu de mots, mais je ne le crois pas illégitime ici. Là, je suis passé de sujet de la gravité tout court au sujet de la gravité terrestre, puis de la gravité terrestre à l'attraction des corps... On paraît s'éloigner du sujet initial mais la métaphore en garde quelque chose, il me semble. L'ange est la figure idéale pour démontrer à quel point la gravité est un artifice, voyez : même un ange prend plaisir à tomber, mais aussi à remonter. C'est sa façon de négocier. Sans mirage. Cherchons l'élévation autant que la chute. Ce sujet de la gravité, je m'en aperçois, est assez présent, chez moi. Mon premier recueil*, sur un tout autre sujet, partait d'une posture assez grave en regard du monde saturé dans lequel nous vivons... pour tout désosser.

    BBB – Pouvez-vous nous dire comment vous travaillez avec votre éditeur mais aussi avec l’illustrateur, Jean-Christophe Stauder, qui a conçu la couverture de l’ouvrage ? 

    TP – J'ai connu Quentin (mon éditeur) dans le cadre d'un projet qui lui tient à cœur, de longue date maintenant : un recueil collectif pour commémorer les événements de Stonewall aux US, emblématiques des luttes de la communauté LGBT. J'y ai participé. Finalement il a décidé de se lancer aussi dans l'aventure de la création d'une maison d'édition, d'y publier cette anthologie, et en parallèle il a fait l'erreur de me demander des manuscrits (je l'entends rire d'ici en lisant ces lignes).  Jean-Christophe c'est tout différent. Il m'a contacté dans le cadre d'un projet que je mène avec des amis... la création d'une  maison d'éditions un peu particulière**. Il avait été séduit par le projet, se proposait comme illustrateur si toutefois nous avions l'intention d'y avoir recours. Quand Quentin m'a dit « banco » pour Eve et l'Ange, il m'a demandé de réfléchir à la couverture... et je n'ai pas réfléchi longtemps : j'avais vu le travail à l'encre de Jean-Christophe, et c'était une évidence absolue. Je l'ai contacté, lui ai fait lire mon texte... Il a dit « banco » aussi. Jean-Christophe m'a fait beaucoup de propositions très séduisantes mais celle qui a atterri finalement en couverture présentait un parfait équilibre et un écho très précis au moment de la rencontre d'Eve et de l'Ange, au début de l'histoire.

    BBB – Quels sont prochains projets après ce livre ? 

    TP – Je suis très chanceux et occupé. Il y aura dans quelques semaines, toujours aux éditions Abstractions, un recueil de poésie assez consistant. Il s'appelle Du Chaos et de la bonne Digestion des Choses. Il traite, pour faire court, de l’ego et du passage à l'acte. Je finis un roman, aussi, en prenant mon temps... Et j'ai par ailleurs quelques pistes d'écriture, dont une avec l'artiste Juliette Choné. Sinon, comme je l'indiquais j'amorce une vie d'éditeur associatif et furtif. Les éditions du Facteur Galop publieront leurs trois premiers livres à semer en cette fin d'année, et l'intention est de relancer la machine assez vite ensuite pour publier une seconde série de publications. Pour finir, je me suis lancé avec une amie, Julie Renauld, dans un podcast littéraire*** ; j'ai été un peu le cobaye, on a enregistré les premiers épisodes autour de textes à moi. Ça a permis de se caler, de trouver le ton. On commence maintenant à s'ouvrir à d'autres auteurs (Florentine Rey et bientôt Estelle Dumortier). Mais ça va, j'ai encore un peu de temps pour dormir...

    BBB – Merci. 

    TP – Merci !

    * Le Dernier Livre du Monde, éditions Gros Textes
    ** Les éditions du Facteur Galop, www.editionsfacteurgalop.org
    *** Rue Poivre, www.ruepoivre.com 

    Thomas Pourchayre, Ève et l’Ange ou la Gravité négociable,
    éd. Abstractions, 2021, 63 p.

    www.editions-abstractions.com

    Voir aussi : "Un ange passe"
    "Ça caille les belettes"

    Illustration : Jean-Christophe Stauder, La Beauté sort du chaos, créée pour Ève et l’Ange ou la gravité négociable,
    encre du Japon et lavis. 15 cm x 20 cm. 2021

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  • Audrey Borgel : Oui, on peut dire que "small is beautiful"

    Après avoir parlé du projet photographique d'Audrey Borgel autour des Polaroids, il paraissait pertinent d'interroger l'intéressée. Pourquoi le choix de cette technique déjà ancienne ? Comment travaille-t-elle le Polaroid ? Avec quels supports ? Et bien entendu, quelle est son actualité ? Autant de questions qu'elle a bien voulu répondre.

    Bla Bla Blog – Bonjour Audrey. On retient d’abord de ton œuvre ton travail sur le Polaroid. Peux-tu nous dire d’où vient ton désir de t’emparer d’une technique qui semble aujourd’hui dépassée ?  
    Audrey Borgel – J'aime utiliser les appareils anciens et particulièrement le Polaroid pour son rendu particulier. Mais j'utilise également des appareils Polaroids ou Fujifilm récents, Polaroid propose régulièrement de nouveaux films ou appareils. J'ai découvert le Polaroid par mon père qui m’en a offert un quand j'avais 14 ans : le JoyCam et cela avant mes études de "photographie".

    BBB – Peux-tu nous parler de l’appareil que tu utilises pour ces Polaroids ? 
    AB – J'utilise le plus un appareil ancien, le Polaroid 600 Land Camera, grâce à cet appareil ancien j'arrive à obtenir les ombres et contrastes que j'aime. J'utilise aussi des appareils Polaroids récents ou Fujifilm, j'aime bien utiliser tous les formats.

    BBB – Le numérique a été un vrai raz-de-marée dans le milieu de la photographie. Est-ce que l’analogique est un moyen pour toi de revenir au cœur de ton métier ?
    AB – J'ai commencé par apprendre la photo argentique à l'école (j'étais dans les dernières années où c'était complètement en argentique). Oui, c'est plus fort pour moi ce côté de la photographie.

    BBB – On est bluffés par tes clichés en noir et blanc au grain incroyable. La lumière, les ombres, les contrastes : j’ai l’impression que c’est ce que qui t’inspire le plus. 
    AB – Oui, ce que je préfère, c'est photographier les moments de vies, les choses sur lesquelles on ne s'attardent pas forcément, j'aime l'instant où l'objet rencontre une douce ou forte lumière qui vient se poser sur lui. 

    "J'ai découvert le Polaroid par mon père qui m’en a offert un quand j'avais 14 ans"

    BBB – Tes Polaroids ne sont pas sans rappeler ces clichés que des millions de Français faisaient en vacances ou non. Il y a ce côté "photos vieillies" et "couleurs passées" : c’est un moyen pour toi de prendre à contre-pied le numérique ?
    AB – Pas forcément. Je trouve qu'il y a quelque chose de plus esthétique, de plus doux et sensible dans le Polaroid. 

    BBB – Quelle est ta méthode de travail et que deviennent ces clichés une fois développés, car certains sont retravaillés ensuite ?  
    AB – En général je travaille sur une série à la fois, mais parfois j'ai une autre idée donc deux séries naissent en même temps. Tous les polaroids sont numérisés pour les poster sur mon site et les recenser dans un livret avec les légendes, de là je fais des réimpressions des visuels sur du papier haute qualité très souvent cartonné ou différents types de supports, je vais les intégrer dans des cadres anciens, des filtres photos, y ajouter de la peinture, du feutre des collages. Les visuels se retrouvent parfois démultipliés ou collés sur des morceaux en bois, j'ouvre même les polaroids pour les présenter sous une autre forme ou n'en garde qu'une partie. 

    BBB – On sera surpris de constater que dans tes œuvres le petit format s’adapte aussi bien aux scènes intérieures qu’aux paysages. Peut-on dire que "small is beautiful" ? 
    AB – Oui, on peut dire que "small is beautiful". Il y a quelque chose qui me plaît dans les petits formats, ça n'empêche pas que j'aime agrandir certains visuels Polaroid. 

    BBB – Ton site Internet présente une large gamme de ton œuvre : Polaroids, bien sûr, mais aussi cartes postales, mini-albums ou livres photo. J’ai l’impression que c’est le "recyclage" de techniques anciennes qui est au cœur de ton parcours artistique. Je me trompe ? 
    AB – C'est vrai, j'aime tout ce qui est ancien : esthétiquement c'est très intéressant. Je suis une collectionneuse aussi, donc j'apprécie ce que les objets racontent. J'aime les photos anciennes, les cartes postales aussi parce qu'elles racontent un moment de vie.

    BBB – La crise sanitaire a mis, j’imagine, tes projets d’expositions en suspens. Quelle est aujourd’hui ton actualité et quels sont tes projets ? 
    AB – En effet, trois expositions au moins ont été annulées depuis, dont Arles où je devais aller pour une expo Polaroids. La prochaine sera probablement en 2022. Je participe au Festival international de la photo expérimentale à Barcelone en juillet 2021, je vendrai des tirages photos Polaroids retravaillés, les tirages sont limités à 30 exemplaire, numérotés et signés avec le certificat donc. Egalement une de mes photos retravaillée se trouve dans une installation à l'école IEFC. Normalement, je participe à Instant Cologne en Allemagne fin août 2021, du 27 au 29. C'est une exposition regroupant des artistes internationaux autour du Polaroid. Il devrait y avoir "Instant Paris", rue de Turenne en novembre et le festival Expolaroid se prépare pour 2022.

    BBB – Merci, Audrey.
    AB – Merci, Bruno.

    http://audreyborgel.com
    https://www.facebook.com/audrey.photographe
    @MoodEphotos

    Voir aussi : "Polas d'Audrey"
    "Rencontre avec Patricia LM""

    Photo :  Audrey Borgel

    audrey borgel,photographe,photographie,polaroid,polaroids,pola,itw,interview

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  • Sarah Lancman : "Oser oser !"

    L'actualité récente de la jazzwoman Sarah Lancman est marquée par le projet musical Inspiration et Vie : un ensemble de duos issus du label Jazz Eleven. Ce programme avec quelques noms de la scène jazz est vraiment passionnant, dans la mesure où la musicienne, accompagnée de Giovanni Mirabassi, prend le pari d'un répertoire ne se limitant pas aux standards de jazz. Sarah Lancman a bien voulu se prêter au jeu des questions de Bruno Chiron.

    Bla Bla Blog – Bonjour Sarah. Inspiration et vie est un concept musical que vous avez mis en place avec Giovanni Mirabassi pour votre label de jazz Jazz Eleven. Il s’agit de duos enregistrés et disponibles sur Internet. Pouvez-vous nous en dire plus ? 
    Sarah Lancman – Cher Bruno, bonjour et merci pour votre soutien depuis le début... Ce projet est venu suite à mon premier album Inspiring Love enregistré à New York en 2015. Nous avions déjà pensé par la suite au concept des Inspiring Live avec Giovanni, même avant la crise sanitaire. Le concept étant d’inviter un artiste pour créer une rencontre le temps d’une chanson filmée en plan séquence dans un lieu intime, comme à la maison. A défaut de pouvoir toujours enregistrer en studio, nous aimions l’idée du moment fugace de la vidéo. Mais cela pourrait être un autre concept maintenant que j’y pense : de tourner en studio... Cette fois-ci nous voulions trouver un lieu inédit comme le Sunside jazz club. A un moment où tous les lieux du spectacle sont fermés, prendre le contre-pied et aller chanter là-bas et retrouver les sensations de la scène.

    BBB – Pouvez-vous nous parler des artistes de Jazz Eleven qui vous accompagnent dans la série Inspiration et vie ?
    SL – L’idée était de choisir des artistes avec des univers complètement différents mais avec qui nous avions toujours voulu jouer. C’était l’occasion de créer la rencontre : Guillaume Perret et ses multiples facettes qui peut se dédoubler à l’infini et sait écrire autant des arrangements de standard de jazz façon big band stratosphérique, Tatiana Eva-Marie et son ton vintage pour partir dans un espace hors du temps, Walter Ricci et le charme à l’italienne avec une reprise d’une chanson de Fame et Anne Sila tout en douceur et sensibilité à fleur de peau. Des artistes différents et uniques pour des duos inédits, c’était ce que nous voulions. Se (re)connecter de manière différente en s’inspirant les uns et les autres.

    BBB – Un tel projet aurait-il pu être possible sans la crise sanitaire ? Comment d’ailleurs se porte la scène jazz, d’autant plus touchée avec la fermeture des nombreux clubs de jazz ? 
    SL – Nous avions pensé ces vidéos avant la crise sanitaire mais il est vrai que cette période nous a permis de remettre ce projet en allant plus loin cette fois. Nous voulions également filmer en plan séquence avec une caméra mouvante, comme une mouche qui vole sur scène, au plus près des artistes. C’est une manière de voir un concert, de vivre la musique différemment. Le spectateur peut faire l’expérience de voir et d’écouter de façon immersive et plus intime qu’en étant assis dans la salle avec un unique point de vue. L’idée de rentrer dans un club "fantôme" était une expérience incroyable ! Nous avions l’impression d’être "hors la loi", de rentrer dans un lieu fermé au public et à la fois on renouait avec des sensations, une vie d’avant, avec des réflexes.

    BBB – Vous même, comment avez-vous vécu ce Grand Confinement et la crise sanitaire ? 
    SL – Je dois avouer avoir fait un burn-out qui a été avec le recul un véritable cadeau de la vie. Le confinement m’a permis de m’accorder une véritable pause, chose que je ne me serai jamais autorisée à prendre en temps normal. J’ai pu ainsi me reconnecter à mon essentiel et me remettre à écrire et travailler à nouveau ma technique vocale et mon souffle en reprenant l’exercice physique et l’entraînement. On se rend compte souvent, emporté par le tourbillon de la vie que l’on existe dans un quotidien la tête hors de l’eau et à moitié en apnée en se disant souvent : on verra plus tard, passant ainsi à côté de notre essentiel, au lieu de prendre le temps pour savourer des moments simples avec ceux que l’on aime, et de se ressourcer pour nourrir son art. Je ne regrette rien mais cela a été une grande leçon de vie pour moi.

    "Je dois avouer avoir fait un burn-out qui a été avec le recul un véritable cadeau de la vie"

    BBB – On sent chez vous de l’appétence pour un jazz qui sortirait de ses frontières traditionnelles. C’était visible dans vos précédents albums et ça l’est plus encore avec le programme Inspiration et vie. On y croise Thelonious Monk, John Coltrane, mais aussi Jacques Brel ou Marie Laforêt. Comment s’est fait le choix des titres ? 
    SL – Merci ! On doute souvent lorsque l’on ne rentre pas forcément dans le moule d’un genre mais j’aime mélanger mes inspirations et écrire tout simplement des chansons. Concernant le choix des chansons pour les duos, pour Guillaume Perret il était intéressant de revenir à un morceau traditionnel jazz pour aller explorer le morceau avec des sons plus modernes. Pour Anne Sila, c’était le contre-pied de chanter cette chanson, qui habituellement demande de performer vocalement, en toute sobriété et émotion, presque à l’unisson. Deux voix qui n’en deviennent qu’une seule : c’était très émouvant de pouvoir ainsi jouer face à face avec un texte aussi fort que celui-là. Pour Tatiana Eva-Marie, c’était une envie de chanter en français. La tendresse qui est un texte d’une si grande puissance qu’il résonne encore de nos jours sans avoir pris une ride. Pour finir, je trouvais cela intéressant de choisir cette chanson issue du film Fame, qui n’est pas le titre phare, mais qui change. Walter Ricci a des capacités vocales qui lui permettent de jouer au caméléon selon l’univers de la chanson autant jazz, que pop, que Motown,… c’était également une rencontre magique.

    BBB – Pouvez-vous nous parler des autres projets de Jazz Eleven, et peut-être des découvertes que vous avez faites ? 
    SL – Giovanni Mirabassi va sortir un album qui s’intitule Pensieri Isolati ("Pensées isolées") qu’il a enregistré en piano solo durant le premier confinement. Il s’est associé à un artiste vidéo qui va créer une matière visuelle à partir de pensées poétiques reçues de la part du public sur leur vécu du confinement et de la solitude en général. C’est un projet inédit qu’il dévoilera bientôt. Il sera d’ailleurs en résidence au Théâtre du Châtelet prochainement et un partenariat avec l’école d’art Estienne est en cours. Pour ma part, j’ai réalisé que j’adorais également écrire pour les autres. Mes arrières grand-parents étaient tailleurs et j’ai l’impression que je perpétue d’une certaine manière une tradition à ma façon. J’aime écrire des chansons sur-mesure pour des artistes qui m’inspirent.

    BBB – Votre actualité musicale invite au voyage : la France de Michel Legrand, Broadway ou l’Italie avec Intermezzo. Comment d’ailleurs ce titre peut-il se lire ? Comme d’une étape ? 
    SL – Complètement. Intermezzo c’était un intermède dans ma vie, une étape qui m’a permis d’explorer autre chose, d’aller plus loin vocalement, de faire une pause dans l’écriture mais je crois au fond que chaque album est une étape. C’est un peu comme une photo, on fixe un moment précis de notre vie, à savoir qui l’on est maintenant. Il y a cette envie de marquer ce moment clé, mais au final on évolue, on est en constante mutation et c’est cela qui est magique. Se dire que tout cela n’est qu’une expérience de ce que l’on vit aujourd’hui mais ne définit pas qui on sera demain. C’est la liberté de la créativité et d’oser oser !

    BBB – Quels sont vos futurs projets discographiques ?
    SL – J’écris mon nouvel album et je me laisse cette année pour bien le travailler et savoir dans quelle direction je souhaiterai aller, avec quelle formation, quels musiciens jouer… Pour l’instant j’en suis au stade de l’écriture encore mais quelques chansons sont nées déjà !

    BBB – Merci, Sarah. 
    SL
    – Merci, Bruno !

    Inspiration et Vie, proposé par Giovanni Mirabassi et Sarah Lancman
    Avec Anne Sila, Guillaume Perret, Tatiana Eva-Marie et Walter Ricci
    Proposé par le label Jazz Eleven
    https://www.sarahlancman.com
    https://www.facebook.com/sarahlancmanjazz
     https://www.jazzeleven.com

    Voir aussi : "Quand le jazz est là"
    "Sarah Lancman amoureuse"

    Photo :  © Hubert Caldagues

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  • Amandine Deslandes : "Je pense que l’on a fait de Simone Veil une icône féministe contre sa volonté"

    Nous avions parlé il y a quelques semaines de la biographie de Simone Veil par Amandine Deslandes. Cet ouvrage passionnant sur une femme politique exceptionnelle à plus d'un tire méritait que l'on s'y attarde de nouveau. Une interview d'Amandine Deslandes s'imposait. L'auteure de Simone Veil, Mille Vies, Un Destin (éd. City) a bien voulu répondre à quelques questions.

    Bla Bla Blog – Bonjour Amandine. Vous êtes l’auteure d’une biographie sur Simone Veil. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans cette entreprise, que l’on imagine ardue ? 
    Amandine Deslandes – Je dois avouer que j’ai toujours voulu écrire, et secrètement rêvé d’être publiée. Alors, j’écrivais, sans trop en parler à personne, à part mon associé, qui est également mon compagnon dans la vie. Nous avons eu l’occasion de rencontrer dans le cadre de notre travail un membre de City Éditions. Ils ont une partie de leur activité spécialisée sur les biographies et les témoignages. Alors, nous nous sommes mis en quête d’un thème. Avec le tournage d’un film biopic, nous avons choisi d’écrire sur Madame Veil. Je me suis très vite éprise du sujet, à la fois sur les sujets en lien avec la protection sociale et sur la question du droit des femmes. C’était si naturel de raconter cette grande dame ! C’est vrai que c’était du sport d’écrire en seulement trois mois, surtout avec ma vie professionnelle en parallèle, mais c’était aussi très galvanisant !

    BBB – Quelles ont été vos sources ? 
    AD – L’écriture de cette biographie a nécessité un très gros travail de recherche. J’ai d’abord lu tous les ouvrages parus sur sa vie. Ensuite, il s’est agi de compiler des archives. Aujourd’hui avec les moyens dont on dispose, l’accès à l’information est facilité. J’ai regardé les vidéos archives de l’INA, comme les anciens débats télévisés ou encore Le Divan d’Henri Chapier, puis lu de très nombreux articles, dans Paris Match, Le Figaro, Le Monde, Le Point, et tant d’autres. J’ai également écouté des podcasts parus au moment de sa disparition. J’ai beaucoup travaillé à base de photos ou encore de cartes pour me représenter les lieux et les personnes, et pouvoir les décrire avec justesse. Je dirais en fait que, le plus difficile, c’est presque de savoir arrêter les recherches ! 

    BBB – Le lecteur sera sans doute surpris de voir que la période de sa vie la plus sombre, celle de la déportation, fait l’objet d’une vingtaine de pages alors qu’il s’agit d’une période capitale dans sa vie. Est-ce par manque de sources ? 
    AD – Je ne crois pas que cela soit le sujet. Je crois avoir trouvé ce dont j’avais besoin pour travailler cette partie terrible de sa vie. Toutefois, cela a, proportionnellement à la durée de sa vie, représentée, certes une période très sombre, mais relativement courte. Je ne voulais pas non plus la résumer à sa judéité. Cela ne me semblait pas la définir, et encore moins être conforme à ce qu’elle aurait probablement souhaité.  

    BBB – Simone Veil semble avoir d’ailleurs longtemps été discrète cette période. 
    AD – C’est une horreur. Je crois que personne n’est à même de comprendre la réalité de ce que les déportés ont vécu. Cela a été très dur pour moi d’écrire sur le sujet, et aujourd’hui quand j’en parle, j’ai toujours la gorge qui se noue. Alors, quand on l’a vécu, je n’ose même pas imaginer. Elle a vécu un traumatisme terrible, et je crois qu’elle n’avait pas envie d’être réduite à cela, ce qui ne l’a pas empêché bien au contraire d’œuvrer pour le devoir de mémoire. 

    "Le plus difficile, c’est presque de savoir arrêter les recherches !"

    BBB – À la lecture de votre biographie, il apparaît contre toute attente que c’est la loi sur l’adoption sur laquelle elle a travaillé qui est sa plus grande fierté. Avez-vous vous-même été surprise par son regret que ce ne soit pas cette loi qui porte le nom de « Veil » mais la loi sur l’IVG ?
    AD – Il me semble qu’elle n’était pas, en son for intérieur, pro-avortement. Elle pensait cependant qu’il s’agissait d’une question de santé publique et de droit. Il était indispensable pour elle de mettre fin à cette hypocrisie de société et de permettre une réelle avancée en matière des droits de la femme. Toute sa vie, elle a œuvré à la défense du droit de l’être humain. Je crois qu’elle aurait aimé que la loi sur l’adoption porte son nom, elle la considérait comme un bel aboutissement de son travail de juriste.

    BBB – N’y a-t-il pas une énigme "Simone Veil" ? Et cette femme d’un milieu bourgeois plutôt conservateur qui donne naissance à l’une des plus grandes révolutions sociétales du XXe siècle ? 
    AD – Je ne pense pas que l’on puisse réduire Simone Veil à un simple paradoxe de société. Elle était certes d’un milieu bourgeois et mondain, mais elle avait une forme de rébellion en elle. C’était un esprit libre. Elle était capable de se fondre dans le Tout-Paris tout autant que de s’emporter contre une injustice criante. Elle cherchait en toute chose un équilibre en rejetant les clivages partisans. Je crois que c’est la marque de fabrique de son engagement, et c’est un point dans lequel je me retrouve profondément. 

    BBB – Vous insistez aussi sur son engagement européen. Qu’est-ce qui reste aujourd’hui de son héritage européen ?
    AD – Elle a été une Européenne convaincue très tôt. C’est ainsi qu’elle a suivi son mari muté en Allemagne, car elle croyait profondément en l’importance de la réconciliation. Elle a été la première femme Président du parlement européen. C’est en soi un héritage. Bien que son passage à la tête de l’assemblée ait été court, elle a beaucoup œuvré pour la construction européenne. C’est elle qui a fait rayonner le parlement et lui a donné la crédibilité face aux autres instances européennes dont il dispose encore aujourd’hui. 

    BBB – Parlez-nous de ses relations avec Jacques Chirac, assez complexes d’après ce que l’on peut lire. 
    AD – Complexes, je ne sais pas. Ambivalentes, certainement. Il l’a beaucoup soutenu, et il avait une affection particulière pour elle. Il l’appelait « Poussinette ». En même temps, c’était un ambitieux. Je cite dans le livre une phrase qu’elle répète à son sujet : "Jacques Chirac et moi sommes des amis. Mais l’amitié et la politique sont deux choses différentes." Je pense qu’ils ne partageaient pas exactement la même vision de la politique. Elle était profondément centriste, et lui n’était pas, ce que l’on pourrait appeler un homme de compromis ! 

    BBB – Simone Veil est décédée en juin 2017, soit quelques mois seulement avant le déclenchement du mouvement #MeToo. D’après vous, comment aurait-elle réagirait, elle qui est une des figures du féminisme français ? 
    AD – Je pense que l’on en a fait une icône féministe contre sa volonté. Elle ne se revendiquait pas de ce mouvement. Il m’apparait qu’elle était avant tout un défenseur des droits, des droits de la femme en particulier. Elle pensait d’ailleurs à la fin de sa vie que le chemin était loin d’être terminé, et qu’il ne fallait pas oublier d’où l’on venait. La mémoire, encore et toujours. Je ne suis pas certaine qu’elle aurait apprécié ce mouvement. Elle a incité les femmes à faire appliquer leurs droits. Cependant, elle était, en toutes circonstances, pour la justice et le respect de l’être humain. Elle n’aurait pas probablement cautionné l’utilisation parfois déviante des réseaux sociaux. 

    BBB – Merci d’avoir répondu à ces questions. 
    AD –
    Merci à vous de m’avoir donné l’opportunité de partager ma passion de cette grande dame ! 

    Amandine Deslandes, Simone Veil, Mille Vies, Un Destin, éd. City, 2021
    https://www.amandinedeslandes.fr
    https://www.facebook.com/amandine.deslandes.marseille
    http://www.city-editions.com

    Voir aussi : "En suivant la route de Simone Veil"

    Photo :  © Yohan Brandt

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