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Dossier patinage artistique

  • Élise Bertrand : "Il ne faut pas cesser d’être curieux"

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    © ReneMayerCohen

    Bla Bla Blog avait parlé du dernier album d’Élise Bertrand, Talisman. Une nouvelle preuve du talent dingue de la compositrice et violoniste. Nous avons voulu la rencontrer et l’interroger. Voilà une occasion rare de mettre à l’honneur la musique contemporaine.

    Bla Bla Blog – Bonjour Élise. Vous faites partie des compositrices et des musiciennes très en vue. Comment décririez-vous votre parcours ? Et d’abord, la musique a-t-elle toujours été une évidence ?
    Élise Bertrand – À tout instant la musique a été une évidence, étant donné sa présence dans ma vie depuis toujours. Un piano à queue était installé à la maison, avec une famille qui avait instauré un climat musical et mélomane dans lequel j’ai baigné dès l’enfance. Mon apprentissage de la musique a commencé par le piano à 5 ans, puis le violon à 8 ans et enfin la composition, en autodidacte, par le biais de l’improvisation à 11 ans. Je ne me souviens pas d’avoir appris à lire et à écrire avant d’apprendre à lire la musique. C’est sûrement le cas, malgré tout, mais d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours joué et écouté de la musique, et c’est cela qui crée un vrai lien, intime avec cet art. Lorsque l’on est enfant, la notion de profession ne se situe évidemment pas au même niveau que lorsqu’on est jeune adulte, surtout dans une branche comme la musique. Je dirais que mon parcours s’est alors développé d’une façon très naturelle, et surtout, très diversifiée, par la pratique à la fois de deux instruments, mais aussi du chant, de la culture musicale etc… ce qui est une chance.
     
    BBB – Parmi vos professeurs, il y a eu Nicolas Bacri. Je crois qu’il a eu une grande importance dans votre carrière. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur lui. Que vous a-t-il apporté ?
    EB – J’ai rencontré Nicolas Bacri à l’âge de 14 ans, lorsque j’étais étudiante au CRR de Paris, en violon. Nous jouions en orchestre l’une de ses œuvres, et à la fin d’une des répétitions, je suis allée le voir simplement en expliquant que je composais depuis trois ans, toute seule, de mon côté. Il m’a prise très au sérieux malgré mon si jeune âge et m’a proposé de lui envoyer mes esquisses, ce que j’ai fait, sans pour autant m’attendre à une quelconque réponse de sa part. Mais moins d’un mois après, il m’avait répondu, intrigué et encourageant, en me proposant de travailler ensemble par sessions, lorsqu’il viendrait à Paris. C’est ce que nous avons fait pendant un peu moins de six ans. J’ai aussi été officiellement son élève au CRR de Paris où j’ai obtenu un DEM de composition musicale, avant d’entrer en cursus d’écriture supérieure au CNSM. Cette formation avec Nicolas a été un soutien très important. Je pouvais compter sur lui, son exigence, son intégrité, son soutien. Lorsque l’on a 14 ans, c’est très important. Il est l’un des premiers à avoir cru en moi, et cela aussi, donnait des ailes. Nous avons travaillé certaines fois très rapidement, certaines fois de manière beaucoup plus approfondie les pièces que je composais. Je lui montrais toutes mes pièces. La plupart du temps il ne proposait aucune modification, ou seulement de minimes détails. C’étaient en réalité la démarche de la forme et la pratique du contrepoint qui l’intéressaient davantage. Vers mes vingt ans, j’ai progressivement ressenti le besoin de prendre mon envol. Cela s’est fait naturellement, et entre temps d’autres personnalités ont été marquantes dans mon parcours, je pense notamment à Thierry Escaich qui était mon professeur de fugue au CNSM, ou à Guillaume Connesson dont la science de l’orchestration est inépuisable.

    BBB – Vous venez de sortir votre deuxième album, Talisman. Le nom d’un album n’est jamais choisi par hasard. Cela veut-il dire que ce nouvel opus, ce « talisman » tient place particulière pour vous ?
    EB – Toutes les pièces que l’on compose ont un sens particulier pour nous, selon le moment de notre vie où on les écrit, le destinataire de l’œuvre, l’instrument pour lequel l’on compose... Un attachement chaque fois différent s’opère. Du Poème pour piano au sextuor vocal Ce qui dure, mon talisman musical et intime s’est peu à peu créé. La sélection de pièces que j’ai souhaité mettre en perspective sous le prisme de l’élocution sonore – la parole des instruments, la parole des voix humaines – et de l’univers plus abstrait du langage, comprend mes deux cycles pour voix et piano : Trois mélodies sur des poèmes d’Eluard pour soprano et piano, Âme de Nuit pour mezzo-soprano et piano ainsi que Ce qui dure pour sextuor vocal a capella. En miroir, trois pièces instrumentales à dominante poétique que sont le Poème pour piano, la Sonate-Poème pour violon et piano et Psalmodie pour trio avec clarinette. Première œuvre de ma production alliant le violon et le piano, mes deux instruments, la Sonate-Poème révèle le plus intime de ma personnalité, comme une genèse à ma Sonate pour violon seul et ma pièce pour piano Dans les abysses de lumière. Ces deux dernières pièces, inséparables dans mon esprit et jumelles de chronologie, m’offrent un retour à l’intimité de l’écriture pour mes deux instruments de prédilection, compagnons de chaque jour. La maîtrise du violon et du piano m’a donné un accès immédiat à la réalisation instrumentale de mon imaginaire sonore. En m'incitant à composer ce qu'au violon comme au piano j'aurais plaisir à jouer, l'instrumentiste en moi venait compléter et façonner la partition au fur et à mesure de son écriture.

    "J’ai toujours aimé dénicher des pépites en poésie, tout comme en musique d’ailleurs !"

    BBB – Comment s’est porté votre choix des artistes qui vous accompagnent dans cet opus ? D’ailleurs, est-ce vous qui les avez approchés ?
    EB – Le choix des interprètes a été une évidence car pour plusieurs pièces, les musiciens du disque étaient également les dédicataires (Adèle Charvet pour Âme de Nuit, Raphaël Sévère et Nathanaël Gouin pour Psalmodie, Emmanuelle Demuyter pour les Mélodies, Les Métaboles et Léo Warynski pour Ce qui dure). Je souhaite leur exprimer toute ma gratitude pour leur confiance, leur travail, leur sensibilité…

    BBB – Avez-vous senti qu’ils étaient intimidés de jouer vos pièces devant vous et avec vous ?
    EB – Absolument pas et heureusement ! Il y a une relation de confiance et d’estime mutuelle qui a créé un climat à la fois sain et très agréable durant les répétitions et l’enregistrement. Pour plusieurs des pièces du disque, les musiciens avaient déjà chanté/joué en concert les partitions qu’ils allaient enregistrer pour mon disque, ce qui les aidait aussi à se sentir dans une plus grande intimité avec les pièces en question. La sensation de vécu, particulièrement pour la musique d’aujourd’hui, est extrêmement importante et permet de pouvoir mieux s’approprier la pièce.

    BBB – La poésie tient la première place dans cet album. Pouvez-vous dire comment vous avez choisi les textes que vous avez mis en musique ? Je pense en particulier à Claude Roy et Sully Prudhomme, deux auteurs pas forcément les plus connus.
    EB – J’ai toujours aimé dénicher des pépites en poésie, tout comme en musique d’ailleurs ! Explorer des répertoires méconnus est une passion depuis plusieurs années. Je dirais que c’est le même goût teinté de curiosité qui me pousse à découvrir des auteurs moins connus et à voir en eux le potentiel d’être mis en musique. Claude Roy entrait dans la thématique de la nuit pour le cycle Âme de Nuit, tandis que Ce qui dure est depuis longtemps l’un de mes poèmes favoris, alliant la simplicité du discours à la profondeur du sens donné à la vie qui s’écoule. Récemment, j’ai mis en musique la Prière d’Antonin Artaud pour soprano et orchestre (de nouveau avec Emmanuelle Demuyter). Cette fois-ci, le surréalisme du poète a été extrêmement inspirant pour moi, notamment du point de vue du climat général de la pièce et de l’orchestration. Cette poésie à la fois fervente, mystérieuse, dont la supplique s’adresse peut être à Dieu, invite le lecteur (et l’auditeur) dans une quête de sens. Nécessité vitale - presque une question de survie - dans des œuvres comme L’Ombilic des limbes ou Le Pèse Nerfs, l’écriture d’Artaud s’apparente à une tentative désespérée de se reconstruire intérieurement.

    BBB – Musicalement, on sent chez vous une grande audace et beaucoup d’influences se mêlant : le romantisme, la Seconde école de Vienne, la musique française du début du XXe siècle mais aussi la musique sacrée (on pense à Duruflé). Quels compositeurs ou compositrices et quelles œuvres vous inspirent ?
    EB – Je ne dirais pas qu’il y a une influence assumée de certains compositeurs en particulier pour ensuite composer… mais je crois cependant en l’impact sur notre esprit de certaines œuvres pour lesquelles on éprouve de la fascination. L’état euphorique et profondément bouleversé à la fois, une sorte d’état de transe - après avoir écouté pour la première fois la Walkyrie, Wocceck ou Le Roi Roger de Szymanowski, le 3e Quatuor de Schnittke, la Chaconne de Gubaïdulina, le Concerto pour orchestre de Bartok, La Vengeance de Médée de Barber, ou encore la suite Scythe de Prokofiev - provoque une montée d’adrénaline, une force puissante qui prépare à la fois l’esprit et le corps à composer, tel un besoin irrépressible. La plupart du temps, cependant, je compose en dehors de ces moments précis et recrée en moi, pour la pièce que j’écris, cet état très spécifique extrêmement porteur.
     
    BBB – Après la sortie de votre premier album, Bla Bla Blog avait parlé de vous comme d’une "ultra moderne romantique". Est-ce que ce qualificatif vous convient ?
    EB – Tout à fait ! Le romantisme n’est pour moi aucunement associé à une époque ou un langage en particulier. Il est un désir de rester fidèle à ce que l’on est, à ce que les êtres ont de plus cher, de plus profond et de sincère. En musique, cela se traduit selon moi au travers du lyrisme, de l’harmonie et de la ligne mélodique.

    BBB – Que pourriez-vous dire aux personnes hésitant à aller vers le répertoire contemporain que l’on dit souvent exigeant ?
    EB – Je crois que l’être humain n’est pas spontanément enclin à explorer l’inconnu et sa zone d’inconfort, quel que soit le domaine. C’est pourtant dans ces zones de frontière ou même au-delà des frontières de notre "territoire" de connaissance que l’on se rencontre soi-même, que l’on s’éprouve, par la tolérance, la curiosité, l’engagement. Pour aborder le répertoire contemporain d’un point de vue musical, il me semble pertinent d’écouter les grandes œuvres du début du XXe siècle et les différents chemins esthétiques qu’elles ont engendré. Les ramifications stylistiques au cours du XXe siècle sont si nombreuses et les évolutions des compositeurs tout au long de leur vie parfois très impressionnantes ! Je crois surtout qu’il ne faut pas cesser d’être curieux.

    BBB – Quels sont vos projets pour cette année et pour les années qui vont suivre ? Des concerts ? Des festivals ? Un autre album ?
    EB – Beaucoup de concerts et de commandes prévus pour la suite de 2026 et 2027, en effet! Dans l’actualité immédiate, nous enregistrons avec Gaspard Thomas notre premier disque de sonate qui sortira en février 2027 sur le label Évidence Classics.

    BBB – Sur Bla Bla Bog, nous aimons bien interroger nos invité·e·s sur leurs goûts. Quels sont vos plus gros coups de cœur, en matière de musique, bien sûr, mais aussi côté lecture, films, séries ou expositions ?
    EB – En matière de musique, j’en ai cité quelques uns plus haut dont la liste ne saurait jamais être exhaustive ! J’aime énormément lire et je citerais trois auteurs qui me touchent particulièrement, Gabriel Garcia Marquez, Hermann Hesse et Romain Gary dont je lis actuellement Les Enchanteurs. Chacun à leur manière, ils accèdent par une sensibilité à fleur de peau à la fantaisie, tantôt sombre, rêveuse ou ironique, mais chaque fois avec une imagination hors norme. Côté septième art, je suis très sensible aux films historiques ; ils nous plongent dans la réalité avec un grand sens artistique. Je pense notamment aux films Apocalypse now, Mission, Invincible ou bien La Liste de Schindler. Les films futuristes-dystopiques tels que Blade Runner en sont le versant opposé. C’est quelque chose que j’aime aussi beaucoup découvrir. Quant aux expositions, j’ai si peu de temps que j’ai une préférence pour ce qui m’inspire le plus en composition, donc l’art contemporain, bien sûr ! Chaque fois que j’ai quelques jours dans une nouvelle ville, j’essaie de prendre le temps d’aller au musée d’art contemporain ou moderne. Je garde notamment un souvenir émerveillé de l’exposition Anselm Kiefer/Paul Célan au Grand Palais en 2022.

    BBB – Merci, Élise. 

    Élise Bertrand, Talisman, NoMadMusic, 2026
    https://www.nomadmusic.fr/fr/album/talisman
    https://elise-bertrand.fr
    https://www.facebook.com/elise.bertrand.35
    https://www.instagram.com/elise.musician

    Voir aussi : "Élise Bertrand, de l’ombre à la lumière"
    "Qu’elles caractères…"

    "Élise Bertrand, ultra moderne romantique"

  • Patinage pour les filles, hockey pour les garçons (et inversement)

    Jamais froid, la série de Netflix renvoie évidemment à Spinning Out, l’autre création de la plateforme, consacrée elle aussi au patinage. Elles ont pour autre point commun d’avoir été stoppées net dès la fin de la première saison. Voilà pour les ressemblances.

    Jamais froid aux yeux se veut plus légère mais aussi plus courte (les épisodes sont d’une trentaine de minutes chacun) et moins pointue que la série américaine. Il est probable que le public adolescent ne restera pas insensible à cette famille de sportifs canadiens, installée en Angleterre pour les besoins de la carrière du fils aîné, Mat, hockeyeur doué. Et cela tombe bien : son entraîneur de père est appelé à collaborer avec son confrère Anton Hammarström.

    Il y a aussi la sœur jumelle de Mac, Kayla, qui se destine, elle, au patinage en couple, avec certes une ambition réelle mais moins voyante. Elle a donc été prié d’abandonner le duo qu’elle formait avec Jacob, resté dans le lointain Canada. En Angleterre, Kayla rencontre Sky, qui travaille à la patinoire. Une amitié sincère se noue, alors qu’un étrange visiteur masqué surprend Kayla en pleine séance d’entraînement. Ne s’agirait-il pas de son futur partenaire sur glace ?

    Les scénaristes ont multiplié les enjeux, au point de ne plus savoir sur quel pied patiner

    Jamais froid aux yeux a pour ambition de draguer autant les fans de hockey que de patinage sur glace. Ce qui était a priori une bonne idée avec ces allers-retours entre deux sports bien différents et souvent genrés dans l’esprit de beaucoup. On comprend que les créateurs ont voulu faire tomber les barrières et balayer les idées reçues – comme le dernier épisode le montre avec l’une des plus belles audaces de la série.

    Contrairement à ce que le spectateur s’attend à trouver, la fiction britannique en dix épisodes n’appuie pas l’aspect romance, si l’on oublie le couple Kayla-Jacob, dont l’histoire ne parvient pas à passionner. Plus intéressant est le parcours de la patineuse Ava, entraînée par Elina, sa mère peau de vache.

    À force de jouer l’efficacité, les scénaristes ont multiplié les enjeux, au point de ne plus savoir sur quel pied patiner : la jalousie frère-sœur, l’ouverture du hockey et du patinage vers la mixité, des messages sur la loyauté, le fair-play et l’esprit d’équipe ou les ambitions individuelles ? C'est un peu de tout cela à la fois, et c’est ce qui rend les messages de Jamais froid aux yeux si brouillés. Mais pas au point d’empêcher de passer de bons moments et d’apprécier les scènes de compétitions.     

    Jamais froid aux yeux, série sportive britannique de Kirstie Falkous et John Regier,
    avec Grace Beedie, Dakota Benjamin Taylor et Jade Ma
    https://www.netflix.com/fr/title/80996811

    Voir aussi : "Familles de patineuses (et de patineurs)"

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  • Familles de patineuses (et de patineurs)

    Et si l’on donnait une nouvelle chance à la très bonne série Spinning Out dont on apprend que la saison 1 ne sera pas reconduite par Netflix. Dommage pour ce qui s’annonçait comme un début de saga familiale tout à fait intéressante, dans le milieu – et ce n’est pas la moindre de ses qualités – du patinage artistique.

    Ce sport fait figure de véritable drogue pour les principaux protagonistes de cette série mêlant sport, romance, secrets de famille et amitiés.

    Au cœur de Spinning Out il y a d’abord la fille, Kat (ou Katarina), sportive-née mais dont une chute sérieuse au cours d’une compétition a cassé sa carrière : finis pour elle les pirouettes, les sauts et les combinaisons techniques. Chez les Baker, tous les espoirs se portent donc sur la cadette, Serena, à la technique hors-pair et dont les prochains Jeux Olympiques lui sont promis. Leur mère Carol Baker – on verra plus tard réapparaître son mari avec qui elle est divorcée – fait de ses deux filles des rivales. Elle engage un entraîneur pour Serena et semble faire peu de cas de Kat.

    Pour Kat, une nouvelle chance de patiner à haut niveau survient à la faveur d’un sémillant – et insupportable – sportif, Justin. Il recherche une partenaire pour patiner en double. Et devinez à qui il pense ?

    Il faut souligner l’incroyable challenge qu’a été le tournage de ces scènes de patinage

    Bon, je sais ce que vous allez dire : une romance sur patins est quelque chose qui semble plutôt convenu. Sauf que le miracle marche : la série a beau fonctionner comme une belle machine, on est séduits par les personnages en raison de leurs failles étonnantes, de leurs dérapages incontrôlés (à tout point de vue) et par les déchirements familiaux au sein des Baker.

    Parmi les interprètes, un gros coup de cœur pour deux des actrices principales : January Jones en mère bipolaire et sachant haïr et aimer avec la même conviction et Willow Shields, en adolescente tour à impressionnante sur patin, insupportable, jalouse, tête-à-claque, séduisante et ne devenant jamais aussi touchante que lorsqu’elle s’égare. Et n’oublions pas non plus Kaya Scodelario, capable de tenir sur ses frêles épaules un récit de feu et de glace.

    Il faut enfin souligner l’incroyable challenge qu’a été le tournage de ces scènes de patinage, avec des figures d’une haute technicité. Mais comment ont-ils fait ? 

    Spinning Out, série américaine de Samantha Stratton,
    avec  Kaya Scodelario, January Jones, Willow Shields, Evan Roderick,
    Sarah Wright, Svetlana Efremova et Amanda Chou, 2020, une saison, Netflix

    https://www.netflix.com/fr/title/80201590

    Voir aussi : "Des balles aux prisonniers"

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  • Le cancer est un sport de combat

    Voilà un film, commençant comme une romance glacée mais qui finit par surprendre. Glacée comme la facture très américaine tournant autour de Carley Allison, jeune Canadienne promise à un bel avenir. Tel est le sujet de Kiss & Cry, avec Sarah Fisher dans le rôle-titre.

    Au début du film, patineuse douée, Carley vient de passer en catégorie Elite, sous la houlette de son coach, l’austère Shin. Optimiste, souriante, chanteuse à ses heures perdues, entourée d’une famille aimante et soudée qui l’aide et l’admire, rien ne manque à l’irrésistible jeune femme, pas même un petit ami, le fringant John, beau gosse, un rien provocateur. Commence une love story pour la sportive qui passe ses soirées sur la glace.

    C’est précisément sur la glace que tout dérape : Carley est prise d’une forte quinte de toux et d’un problème respiratoire. Elle s’avère en réalité beaucoup plus grave que prévu. Lors de sa première soirée en amoureuse avec John, ce dernier l’amène à l’hôpital, il s’avère que la jeune patineuse ne souffre pas d’asthme mais d’un mélanome malin sur la trachée. Une forme sévère de cancer, très rare. Elle avait une chance sur un milliard d’être touchée. Carley comme un combat contre sa maladie. 

    Un film édifiant sur le match d’une vie pour une vie

    Vous l’avez deviné, le patinage artistique est abandonné au premier tiers du film pour s’intéresser à la lutte de Carley Allison contre son cancer. Il faut d’ailleurs préciser que ce récit est tiré d’une histoire vraie, ce que montre le générique de fin avec des photos de la jeune femme et les témoignages de ses parents et de son petit ami.

    Le long-métrage, disponible sur Netflix, frôle parfois le mélodrame, sans jamais toutefois y tomber complètement. Disons aussi que le parti-pris est de faire un film édifiant sur le match d’une vie pour une vie. Le metteur en scène a choisi de rompre avec une facture classique grâce à la voix off de Carley, des confidences avec le spectateur mais aussi des seconds rôles intéressants : une infirmière mal embouchée mais aussi son coach, Shin.

    C’est du reste à lui que l’on doit l’une des phrases les plus fortes et les plus justes du film : "Il faut traiter les victoires comme des enterrements et les enterrements comme des victoires."

    Kiss & Cry, drame canadien de Sean Cisterna, avec Sarah Fisher,
    Luke Bilyk, Chantal Kreviazuk, 2017, 93 mn, Netflix
    https://carleysangels.ca

    https://www.netflix.com/fr/title/80178720

    Voir aussi : "Patins sur glace"

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  • Patins sur glace

    Vous que les romances et les histoires d’amour horripilent, passez votre chemin.

    Ice, comédie romantique russe d’Oleg Trofim, avec la sémillante Aglaya Tarasova dans le rôle principal, suit les pas – ou plutôt les patins – d’une brillante sportive russe, engagée dans le patinage en couple, l’une des disciplines les plus dures et les plus exigeantes qui soit.

    Disons-le tout de suite : il faut passer les 40 minutes de ce film disponible sur Amazon Prime pour apprécier pleinement l’histoire d’une renaissance et la naissance d’un couple.

    Le film commence par l’ascension de Nadia, dans un début digne d’un conte de fée moderne : une enfant devenue orpheline après le décès de sa mère malade (elle décède sur un lac gelé, détail qui a bien entendu son importance symbolique), l’entrée dans une école de patinage exigeante, la présence d’une entraîneuse exigeante et qui devient sa seconde mère et la rencontre avec le jeune premier Leonov, patineur hors-pair qui choisit Nadia comme partenaire.

    Fin de la romance ? Et non ! Car c’est en réalité là que tout commence, et là aussi que le film prend véritablement son envol. 

    Fin de la romance ? Et non !

    Hospitalisée suite à un accident et immobilisée sur un lit d’hôpital, l’ancienne patineuse ne doit son salut qu’à son entraîneuse ainsi qu’un joueur de hockey. Il s’appelle Sasha et cumule des défauts irrémédiables : impulsif, colérique et à l'humour... froid. C’est pourtant lui qui est chargé de jouer la nounou pour la patineuse désormais en fauteuil roulant. Le retour sur glace de l’ex-sportive est-il possible ? A priori, non.

    Voilà une romance qui glisse toute seule. Le spectateur peut certes craindre au début que l’histoire se porte sur Nadia et son bellâtre de partenaire, après un début sirupeux et un brin convenu. Tout l’intérêt vient bien entendu de la relation entre Nadia et Sash, deux personnes que tout sépare, si l’on excepte la glace. Dans le rôle de Nadia, Aglaya Tarasova épate. Elle trouve son alter-ego en la personne de Sasha (Alexandre Petrov).

    On trouve dans Ice tout ce qui fait le charme de ces romances : deux personnages à la solide personnalité mais qui n’auraient jamais dû se rencontrer, un duo finissant par trouver ses marques et un happy-end. Pour corser le tout, ajoutez le milieu du patinage artistique, un pays – la Russie – pas assez souvent mis à l’honneur dans le cinéma et un défi sportif en forme de message universel.

    Du bel ouvrage, donc. Pas un chef d’œuvre mais du bel ouvrage. 

    Ice, romance russe d’Oleg Trofim, avec Aglaya Tarasova, Alexandre Petrov,
    Milos Bikovic et Maksim Belborodov, 2019, 93 mn, Rimini Éditions, Amazon

    https://www.primevideo.com

    Voir aussi : "Margot Robbie sur glace et en majesté"

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  • Margot Robbie sur glace et en majesté

    Aujourd’hui, j’ai choisi de vous parler d’un film sorti il y a trois ans et qui mérite vraiment d'être découvert ou redécouvert.

    Moi, Tonya, avec Morgot Robbie dans le rôle titre, retrace la carrière de la patineuse Tonya Harding, devenue célèbre – et aussi la personnalité la plus détestée en Amérique au mi-temps des années 90 – en raison de l’agression de sa rivale Nancy Kerrigan. L’affaire se passait en 1994, quelques semaines avant les Jeux olympiques d'hiver de Lillehammer.

    Bien évidemment, le cœur du film est cette histoire à la fois sordide et surréaliste. Le réalisateur a cependant fait le choix de ne pas s’attarder sur l’agression elle-même : elle est filmée caméra sur l’épaule et dans un plan-séquence nerveux. Le spectateur ne voit que de manière furtive la malheureuse sportive attaquée. Cette affaire va évidemment mettre un terme à la carrière de Tonya Harding.

    Le parti-pris est le refus de faire le procès de cette patineuse ultra-douée. Il faut rappeler ici que Tonya Harding a été la première femme à essayer et réussir le triple axel. Sauf que son physique cadrait mal avec les canons de beauté que jugeaient – aussi – les jurys. Loin d’être un film à charge contre la sportive, Moi, Tony est au contraire le portrait d’une femme issue d'un milieu pauvre et victime des hommes, des préjugés mais aussi de proches prêts à tout. 

    Margot Robbie s’est enlaidie pour le rôle – si encore c’est possible !

    Pour jouer la patineuse, Margot Robbie s’est enlaidie pour le rôle – si encore c’est possible ! Elle a fait un remarquable travail de composition pour jouer le rôle de sa compatriote. Mieux, le spectateur ne peut qu’admirer les reconstitutions plus vraies que nature des figures sur glace. Outre les costumes et les les coiffures bluffantes de réalisme, les pas et les sauts sont filmé avec un réalisme confondant : triples axels, loops, vrilles piquées et chasse-neiges sont au programme de ce très grand film sur le patinage.

    Mais Moi, Tonya est plus que cela : c’est aussi un biopic enlevé, mêlant la tragédie familiale, l’ambition sportive et le fait divers, le tout avec un humour décapant et des clins d’œil réguliers au spectateur.

    Tonya Harding se trouve aussi blanchie de sa responsabilité dans une sombre affaire qui était plus de l’ordre du sale coup organisé par des branquignols que d’une rivalité sportive – Nancy Kerrigan et Tonya Harding, nous dit-on, s’entendaient bien et étaient même camarades de chambre.  

    Le passionnant biopic, porté de bout en bout par une Margot Robbie épatante, est à voir enfin sous un angle sociologique : celui d’une femme libre, malmenée par sa mère, LaVona Fay Golden (la formidable et oscarisée Allison Janney) puis par son mari Jeff Gillooly (Sebastian San). Paul Walter Hauser, que l’on a vu ensuite au premier plan dans Le Cas Richard Jewell de Clint Eastwood, impose sa présence dans le rôle de Shawn Eckhardt, l’ami roublard et mythomane qui va être celui qui, avec Jeff Gillooly, contribuera à faire chuter une patineuse qui était pourtant promise à une carrière exceptionnelle.   

    Franchement, ce film est à voir, à déguster et à revoir. Avec une Margot Robbie qui s’impose comme l’une des meilleures actrices actuelles. En un mot : majestueuse.

    Moi, Tonya, biopic américain de Craig Gillespie,
    avec Margot Robbie, Sebastian Stan et Allison Janney, 2017, 121 mn, sur Amazon Prime

    https://www.francetvpro.fr
    https://www.primevideo.com

    Voir aussi : "Le retour sur grand écran des maîtres et de leurs serviteurs"

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  • Un dossier spécial patinage

    Bla Bla Blog a décidé d'ouvrir un dossier patinage artistique. 

    Cette période annonce celle du froid, de la glace, de la neige mais aussi... des Jeux olympiques d'hiver. C'est l'occasion de s'intéresser à un sport qui est aussi un art à part entière qui méritait d'avoir sa place ici. 

    Le patinage artistique fera l'objet de chroniques : films, livres, séries seront chroniqués pour mettre à l'honneur cette discipline pas tout à fait comme les autres. 

    Photo : Anna Shvets - Pexels