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• • Articles et blablas

  • Glamour western

    Gros coup de cœur pour cet album de Margaux Simone, avant même d’écouter la première note de son opus Avant que la nuit. La faute aussi au visuel sixties. Margaux Simone n’est pas une inconnue pour Bla Bla Blog. Nous avions parlé il y a quelques années de cette jeune chanteuse, à l’occasion de la sortie de son single Âge d'or moderne.

    Mmh, il y aurait donc chez cette artiste une nostalgie assumée pour, c’est vrai, un âge d’or musical durant les années 60 et 70 ? C’est ce que l’on se dit à l’écoute du premier titre, Ah l’amour ! Ah l’amour ! Nous renvoyant à un de ces westerns de Sergio Leone. L’amour est une vraie aventure, nous dit en substance la chanteuse, ("Ah l’amour ! Ah l’amour ! / Tout le monde ne parle que de ça / Partout, ça fait un tabac") et même quelque chose d'universel, traité ici avec humour et légèreté.

    Plus intimiste, toujours dans une pop easy-listening, Margaux Simone s’interroge, dans Parlez-moi de vous, sur le besoin de partir avec l’autre en laissant les siens, son pays et son passé ("Pourquoi nous faut-il partir si loin / Pour revenir parmi les siens / Préférer le port au grand large"). "Parlez-moi de vous d’avant" demande-t-elle à celui qu’elle a suivi.

    Derrière cette apparente légèreté, une sourde et lourde tristesse étreinte l’artiste. Il y a Drôles d’oiseaux, lorsqu’elle constate que "les amis sont cruels quelques fois sans raisons". Dans le morceau Pleurer les filles, un titre cette fois à la pop actuelle, Margaux Simone, à l'instar de Marie Laforêt, s’interroge sur la douleur et sur l’amour. Sujet éternel là encore : "Qu’est ce qui fait pleurer les filles ? / Et si c’était la même chose / Qui faisait faner les roses / Si souvent sonner les fusils ?"

    Pop easy-listening

    Le titre folk Les plus beaux jours de ma vie donne un peu plus de couleur et de lumière à un opus qui, certes n’en manque pas. Oui, tout est éphémère, chante l’artiste ("Je n’ai plus vingt ans et le temps passe vite"), mais quelques instants de bonheur sont à savourer "avant que la nuit ne tombe".  Margaux Simone aime la vie, qu’on se le dise (La vie, je t’attends). Retour de plain-pied  dans les sixties avec un titre hommage à Marylin Monroe (Qui a tué Norman Jean) dans un blues-rock paré d’électro, comme pour signifier que l’actrice reste décidément moderne : "Comme je la regarde / Depuis toute petite / En moi je la garde / Comme une pépite".

    Avec Lolita Express, la chanteuse fait le choix d’un titre pop-rock noctambule, sombre et désenchanté : "Mes larmes sont salées / Les hommes m’ont salie / Mes bas sont filés / Et je frôle la folie / De toute façon on m’en a déjà trop dit / Déjà trop fait / J’en ai déjà trop vu".

    L’opus se termine par l’adaptation d’un standard, Mr. Bojangles, immortalisé à son époque par Nina Simone et que Margaux Simone reprend avec délicatesse et poésie, tout en gardant l’infinie tristesse de ce titre sachant si bien allier la douleur, la mort, la vie et la danse.

    Bien joué, Margaux. 

    Margaux Simone & The Guardians, Avant que la nuit, Jolly Roger, 2026
    https://www.facebook.com/margauxsimone/?locale=fr_FR
    https://www.instagram.com/margaux_simone/?hl=fr
    https://link.soundbirth.app/margauxsimone_dedrolesdoiseaux

    Voir aussi : "Margaux Simone et le nouveau monde"

  • Lightmotive motivés par l’été

    Focus sur un titre électro-pop. Lorsque l’été pointe le bout de son nez, Bla Bla Blog aime lorgner du côté de ce genre musical.

    Le duo français Lightmotive propose en ce moment son nouveau single Ooh Aah. Les vagues de synthé, la rythmique, les guitares et la voix nous ramènent quelque part vers les années 2000.

    Insouciance, danse et légèreté. C’est ce qu’il nous fallait. Motivés !

    Lightmotive, Ooh Aah, 2026
    https://www.instagram.com/lightmotive.music/reels

    https://linktr.ee/thisislightmotive

    Voir aussi : "Fatbabs, entre Bretagne et Caraïbes"

  • À la recherche de Philippe Malhaire

    Quatre œuvres composent cet album consacré à Philippe Malhaire, avec la pianiste Fanny Prandi en véritable maître de cérémonie. Du haut de ses quelque 40 ans, le compositeur peut se targuer d’une œuvre déjà prolifique. Dans l’album Clartés obscures, les éditions Klarthe ont choisi de proposer des pièces pour musique de chambre, à savoir sa Suite mineure pour piano, Une Petite Plaisanterie pour voix et piano, la singulière Cathédrale, incroyable œuvre pour piano à quatre mains et une Suite pour violon et piano.

    Dès les premières notes de sa Suite mineure, datée 2023, l’auditeur ou l’auditrice devine qu’il va entrer dans un univers singulier, une Confusion des Temps comme le titre la première partie. Compositeur contemporain, Philippe Malhaire refuse l’aplomb musical. Il va mezza-voce dans un paysage quelque part entre Debussy, Satie (Le Parfum de la fée ou l’oriental Rindu). Satie fait d’ailleurs partie de son panthéon. Voilà qui prouve l’esprit d’indépendance du compositeur.

    Écouter cette Suite c’est se balader dans une période indistincte, entre la fin du XIXe et la première moitié du XXe siècle. Alfred Schnittke, trop oublié, fait également partie de ses musiciens fétiches. Sauf que nous sommes bel et bien après 2020. Fanny Prandi interprète avec tact La Milady, une pièce empreinte d’une grande nostalgie – et modernité. On peut parler d’une forme de romantisme, mais ce serait un romantisme nourri des désastres du XXe siècle et des angoisses de ce millénaire commençant. La nudité de l’énigmatique et inquiet Orgueil du Scorpion frappe comme une évidence. Fin d’un Homme est plus que crépusculaire ; c’est une marche funèbre. Le piano se fait écrasant et désespéré. Il remplit l’espace et donne à entendre un compositeur décidément à découvrir. La Suite mineure se termine avec L’Ombre souveraine, une dernière partie moins spectaculaire, contrairement à ce que dit le titre, qu’épurée et finalement noble et d’une grande dignité.

    Satie… Tiens, hasard ?

    La Petite Plaisanterie a été écrite en 2024 pour mezzo-soprano et piano. Cette mélodie déploie sa complainte, un texte extrait d’une nouvelle éponyme de Tchekhov traduit du russe par le compositeur himself. Récit d’une déclaration d’amour sous la neige. Souvenirs, souvenirs… Philippe Malhaire s’empare ici d’un genre assez rare : celui de la mélodie qui a pourtant eu son moment de gloire dans le répertoire de musique française de la fin XIXe et du début du XXe siècle. Cette adaptation sobre d’un texte littéraire rappelle un exercice similaire du siècle dernier : le Socrate, d’après Platon (Le Banquet, Phèdre, Phédon) par... Satie ! Tiens, hasard ?

    Composée en 2020, Cathédrale se présente comme un ensemble de 7 préludes pour piano à quatre mains. Voilà qui ne peut que séduire. L’auditeur ou l’auditrice se laisseront happer par une construction sonore imposante – une cathédrale musicale, donc. On pense à Volée, qui ouvre l’opus. Philippe Malhaire semble poser ses yeux en hauteur, avec respect (Statuaire, Nef, le coloré et impressionnant Abside). Il met en musique, comme rarement avant lui, ces constructions humaines honorant (le recueilli Prière) autant que défiant le Dieu qu’elles sont sensées représenter. Le livret de l’album insiste à juste titre sur les influences de la polyphonie médiévale (Tombeau de Machaut), preuve que le compositeur contemporain entend bien tracer son chemin vers le modernisme sans jamais abandonner en cours de route ses aînés. Cathédrale, derrière sa nudité apparente, brille de mille éclats. A-t-on déjà entendu mis en musique, à l’instar de Vitraux, la lumière de ces lieux majestueux ?

    On parlait de Satie. L’influence du compositeur français est au centre de la Suite pour violon et piano. Aucun doute à l’écoute de ces titres éloquents : Humoresque, Malinconia, Trance, Invenzione et Catarsi. Comme pour les autres pièces de l’album, Philippe Malhaire choisit la concision pour ces mouvements faussement futiles (Humoresque). On dirait que tout l’esprit de l’auteur des Gymnopédies est là : irrévérencieux, libre (Trance), attachant mais aussi hypersensible, voire tragique (Malinconia), entre classicisme et modernité, à l’instar du formidable Invenzione, dans lequel Jean-Sébastien Bach aurait été téléporté dans une autre dimension. Malin, séduisant et aussi diablement audacieux. 

    Philippe Malhaire, Clartés obscures, Fanny Prandi (piano), Camille Bauer (mezzo-soprano), Sylvain Combaluzier (piano) et Stéphanie Moraly (violon), Klarthe, 2026
    https://www.klarthe.com/index.php/fr/clartes-obscures-philippe-malhaire-detail
    https://www.philippe-malhaire.com
    https://www.facebook.com/philippe.malhaire.9
    https://www.instagram.com/fannyprandi

    Voir aussi : "L’autre Reine des Neiges"
    "Romance en musique"

  • Pas de pardon pour le béké

    Voilà une affaire – Que dis-je ? Un scandale – que la majorité ne connaît pas. On ne saurait qualifier de simple fait divers le meurtre du journaliste martiniquais André Aliker survenu le 12 janvier 1934. Voilà le sujet du passionnant essai de Marc Hédrich, De l'affaire Aubéry à l'affaire Aliker (éd. Michalon). Il faut en préalable parler de l’auteur, écrivain et surtout président de cour d’assise à Fort-de-France. Autant dire que Marc Hédrich connaît bien ce sujet. Le lecteur ou la lectrice devinera dans les pages de cet essai historique le regard du juriste autant que du citoyen engagé.

    Mais de quoi s’agit-il au juste ? Nous sommes en 1934. Si la France métropolitaine au bord de la crise de nerf, avec une IIIe République critiquée et une dépression violente, la Martinique ne va pas mieux. Elle est encore une colonie française, dans les mains des békés, ces familles souvent blanches dominant la vie économique, sociale, politique et judiciaire. Les inégalités sont criantes et les petits arrangements des dominants finissent par être insupportables.

    Parmi les hommes forts de l’île, il y a Eugène Aubéry, un puissant industriel. Face à lui, il trouve un adversaire redoutable, le journaliste André Aliker, rédacteur en chef du journal martiniquais Justice. Les deux hommes se vouent une haine farouche, le premier voyant le second comme un empêcheur de tourner en rond, bien décidé à ne pas laisser le béké le plus célèbre de la Martinique faire ses affaires en toute impunité. Or, le 12 janvier 1934, le cadavre d’André Aliker est découvert sur une plage de Case-Pilote. Rapidement, une première certitude apparaît : le journaliste n’a pas pu se suicider. Les regards se tournent aussitôt vers Eugène Aubéry.

    "Bizarreries" judiciaires

    Telle une poupée russe, cette affaire criminelle en cache bien d’autres. Celle d’abord d’une magouille et d’une fraude fiscale qui peut coûter très chère à la famille Aubéry. Le journal Justice se fait "lanceur d’alerte" et, avec lui, André Aliker, journaliste engagé, représentant les citoyens pauvres. Il faut dire qu'il vient d’une famille nombreuse et modeste. Entre l’industriel colonial et le Créole communiste, l’affrontement est rude. Ce dernier est plus que menacé : il échappe de peu à la mort. Fin du premier acte.

    Le deuxième est l’assassinat d’Aliker. Bien vite, des hommes de main sont arrêtés, des fusibles en réalité. Il est bien difficile de retrouver  le commanditaire, bien que tous les regards se portent vers le château du Lamentin où se discutent discrètement les affaires du béké martiniquais. Vient se greffer un scandale dans un scandale – un juge corrompu –, un dépaysement du procès des Antilles… à Bordeaux. S’en suivront toute une série de "bizarreries" judiciaires, qui laissent l’auteur lui-même complètement baba, puis un dernier acte digne d’un polar.

    Il fait lire le récit de cette affaire et de ces affaires dans l’affaire, ou comment un fait divers devient le révélateur d’une crise sociale profonde. Sur cette histoire oubliée, Marc Hédrich appelle à un "devoir de mémoire" et à ce souvenir que la République française a grandement été sali par sa justice coloniale.

    Marc Hédrich, De l'affaire Aubéry à l'affaire Aliker : chronique de justice coloniale,
    éd. Michalon, 2026, 304 p.

    https://www.michalon.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=223582
    https://www.linkedin.com/in/marc-h%C3%A9drich-6374a480

    Voir aussi : "Un si long procès"

  • Isild Le Besco ou le parti pris des mots

    On ne le dira jamais assez : l’énorme talent d’Isild Le Besco dépasse très largement le cadre du cinéma et de la télévision. Comédienne, elle est aussi scénariste, écrivaine, peintre et, ici, parolière. Elle propose ici Les mots, un album entier mis en musique par Andréel dont nous avions déjà parlé ici.

    Les fameux Mots d’Isild Le Besco c’est d’abord un album de retrouvailles avec des amies et copines de l’artiste parisienne, que ce soit Josiane Balasko, Sandrine Bonnaire, Judith Chemla, Marianne Denicourt ou la regrettée Émilie Dequenne. La chanteuse et autrice peut se vanter d’avoir trouvé des partenaires entièrement investies dans un opus de chansons françaises poétiques, délicates et à la grande mélancolie.

    Quelle bonne idée que de proposer cet album acoustique (et souvent voix-piano) dans lequel la musique d’Andréel vient servir avec délicatesse sans écraser les mots d’Isild Le Besco !

    Dans Tu sais mon bonheur, Josiane Balasko s’adresse au bonheur, comme au compagnon d’une vie ("Alors aime moi, aime moi enfin, / Allons vivre ensemble, moi et toi / Un homme, une femme, mais qui respecte / Mon âme, ma joie, et mon bonheur").

    On ne peut qu’être ému à l’écoute des Murs de notre maison, un morceau interprété par Émilie Dequenne, décédée l’an dernier. Ce titre à la facture jazzy, à la cruauté feutrée, parlant de départ difficile pour une autre vie, est aussi un chant de départ ("J’ai dit au revoir aux murs de notre maison. / Ils ont tout vu, tout retenu, / Les arbres ont pleuré, je les entendais"). Il est question d’une autre habitation dans Ma maison c’est toi, interprétée par Sandrine Bonnaire. Il s’agit cette fois d’une belle déclaration d’amour, un amour certes tardif mais "essentiel" : "Une vie, j'ai vécu bien assez de temps pour comprendre / que l'essentiel était resté loin de moi. / Cette vie où j'ai pu tant donner d'amour et apprendre / ce qui m'importe le plus c’est toi". Encore une fois, c’est la simplicité guitare sèche et voix qui séduit dans ce joli titre à la simplicité touchante.

    La chanteuse et autrice peut se vanter d’avoir trouvé des partenaires entièrement investies

    Judith Chemla est, comme Isild Le Besco, une artiste qui aime se frotter à la chanson. Rien d’étonnant donc à ce qu’on la retrouve dans le Nos livres qui dansent. La musique, les notes et les mots sont au cœur d’un texte poétique qui dit l’amour, qui dit la séduction, qui dit aussi les mystères de nos pensées souvent pudiquement tues : "La nuit les mots s’échappent, certains jouent du piano. / D’autres dansent encore, ils  vont s’imprégner ailleurs."

    Une très grande mélancolie imprègne l’album d’Isild Le Besco. Les auditeurs et auditrices seront touchés par le titre Au sommet de la montagne. Maria de Medeiros y raconte l’amour, les blessures du passé et, finalement, la consolation : "Vous et moi sommes ensemble et plus rien d'autre ne nous importe que nous. / Nous allons marcher à la montagne jusqu'aux sommets et nous nous endormirons."

    Isild Le Besco chante à son tour dans le titre éponyme de l’opus : "Des mots courent en moi / Voyagent si loin / Tous ces mots que j’entends / Tous ces mots qui soignent" (Les mots). Elle s’y découvre autrice, hypersensible et poétesse. Elle parle de blessures mais aussi de rencontres avec elle-même, de réconciliation et d’amour. Voyager, marcher, tracer son chemin et surtout quitter les êtres toxiques pour se retrouver. Marianne Denicourt le chante elle aussi dans J’ai traversé, avec une fausse légèreté ("Je suis devenue une femme / Et la grâce m’accompagne / Simplement parce que je suis moi-même"). Il y a encore de l’introspection dans L’Abondance, avec la formidable Laëtitia Eïda, mélancolique, nostalgique et à la voix veloutée. Avec, là encore, la recherche de la liberté et du sens intérieur.

    L’album se termine par un morceau plus léger mais tout aussi poétique, peut-être l’un des meilleurs de l’opus. Il s’agit du titre Où l’on s’est rencontré, interprété par Léonor Graser. Il y est question d’amour, de rêverie, de l’attente de l’autre, des étreintes et, finalement de bonheur. Idéal pour terminer un album touchant, à découvrir absolument. 

    Isild Le Besco, Les Mots, Station Anvers 2026
    https://www.instagram.com/isildlebesco

    Voir aussi : "Bizarre, bizarre"
    "Lover dose"

  • Le Garçon qui faisait danser les collines

    Les Cramés de la Bobine présentent à l'Alticiné de Montargis le film Le Garçon qui faisait danser les collines. Il sera visible du 24 au 30 juin. Soirée débat le mardi 30 juin à 20H30.

    Ahmet, 15 ans, grandit au milieu des montagnes de Macédoine, où il garde les moutons de son père tout en prenant soin de son petit frère. Mais lui, ce qui le fait rêver, c’est la musique. Entre les attentes de son entourage et ses envies d’ailleurs, Ahmet pourra-t-il un jour suivre son propre chemin ?

    Le Garçon qui faisait danser les collines, drame Croate, Macédonien, Tchéque et Serbe de Georgi M. Unkovski avec Arif Jakup, Agush Agushev, Dora Akan Zlatanova, 2026, 99 mn
    Titre original : DJ Ahmet
    https://www.cramesdelabobine.org/spip.php?article5225

    Voir aussi : "Soumsoum, la nuit des astres"

  • L’autre Mendelssohn

    Mendelssohn, pour piano. "OK", me direz-vous. Rien de très marquant. Sauf qu’il s’agit ici de Fanny Mendelssohn (1805-1847). Une femme donc, proposée et même célébrée par le label Présences compositrices. Cette Mendelssohn-là est la sœur de Felix. Peu connue, elle a été pourtant une pianiste de renom. Elle peut se targuer d’une œuvre abondante, quoique peu publiée de son vivant – son père, mais aussi son frère, voyaient sans doute mal une compositrice capable de faire de l’ombre à Felix Mendelssohn. Inconcevable de la part d’une femme pour l’époque.

    La pianiste Marie Vermuulin nous la fait découvrir à travers le cycle pour piano Das Jahr, proposé par Présences compositrices. Cette fameuse "année", c’est 1841 durant laquelle cet opus fut composé, soit six ans avant la mort de l’artiste. L’œuvre est composée de douze pièces, comme les douze mois de l’année – elles portent d’ailleurs leur nom. Un Choral (Nachspiel) vient compléter ces douze sections.

    Le romantisme fait la part belle à la nature comme reflet des passions humaines. Autant dire qu’on est en plein dedans. Que l’on pense à ce lugubre Janvier (Januar. Ein traum), joué adagio . Marie Vermeulin séduit d’emblée avec l'Adagio ("quasi una fantasia, presto"), suivi par un Février (Februar), joué scherzo et presto. Il y a une sorte de joyeuse impatience, comme si la compositrice voulait hâter le cours du temps, traverser l’hiver et arriver au printemps.

    Le recueillement frappe aux oreilles dans la partie März. Pas de printemps ensoleillé et réconfortant mais un Andante mélancolique. Fanny Mendelssohn exprime des tourments intérieurs tus pudiquement, la tête ailleurs et pas forcément vers la nature qui s’éveille. La pianiste laisse la place aux silences et à la retenue, non sans quelques éclats, avant un mois d’avril plus léger, plus frais et en forme de caprice (April. Capriccioso. Allegretto, allegro). Nous sommes au cœur du printemps. Marie Vermeulin s’y ballade avec insouciance, à la suite de son aînée (Mai, Frühlingslied. Allegro vivace e gioioso). Il faut souligner que l’art de Fanny Mendelssohn s’épanouit dans cette partie, prouvant qu’elle est une musicienne majeure de l’époque romantique.

    Une compositrice capable de faire de l’ombre à Felix Mendelssohn

    En revisitant la sérénade pour son mois de Juin (Juni. Serenade. Larghetto), la compositrice fait preuve d’une certaine audace : sens de la mélodie, rythme, expressivité, le tout servi par une pianiste au jeu tour à tour alerte, concentré, mélancolique, sombre et faussement léger.

    Étrange Juillet (Juli). Il est joué lui aussi comme une sérénade, avec une profonde langueur (Larghetto), comme si la chaleur ardente venait écraser l’auditeur ou l’auditrice, avant un mois d’août aux couleurs estivales (August. Allegro, tempo di marcia, allegro assai), sur un rythme de marche.

    Le début de l’automne est idéal pour refléter l’esprit romantique (September. Am flusse). Il faut une certaine virtuosité pour jouer ces vagues mélodieuses, aux sacs et ressacs mélancoliques. Octobre (Oktober) est plus joyeux, presque insouciant. Novembre prend des couleurs automnales, et même vives si l’on écoute November joué allegro. Pas de tristesse ici mais la chaleur d’un âtre rassurant, jusque dans le début d’un hiver apaisant (Dezember). Il y a pourtant un je ne sais quoi de nostalgique dans cette dernière partie des quatre saisons. Un sombre, bachien et court Choral (Nachspiel) vient conclure l’œuvre.  

    Au final, on se dit que Das Jahr déploie une panoplie de teintes, de rythmes et d’atmosphères, à l’image des sentiments qui peuvent nous assaillir pendant les douze mois d’une année – la joie, la tristesse, la déception, l’espoir ou l’inquiétude. Voilà qui prouve tout le talent de Fanny Mendelssohn que Marie Vermeulin nous fait découvrir avec cœur, intelligence et infiniment de persuasion. 

    Fanny Mendelssohn, Das Jahr, Marie Vermeulin (piano), Présences compositrices, 2025
    https://www.presencecompositrices.com/mag/das-jahr-fanny-mendelssohn-marie-vermeulin
    https://www.marievermeulin.com

    Voir aussi : "Compositrices entre classicisme et romantisme"
    "Trip en Écosse"

  • Expliquer est-ce justifier ?

    Le Café philosophique de Montargis proposera son prochain rendez-vous le vendredi 26 juin à la Médiathèque de Montargis, à 19 heures. Le sujet de la soirée portera sur cette question : "Expliquer est-ce justifier ?"

    Voilà un sujet qui touche autant la science que l’éthique. Mais qu’entend-on par expliquer ? Et par justifier ? Ces notions sont-elles complémentaires ou opposées ? Une explication peut-elle, à elle seule, servir de justification ?Quels sont les risques de confondre explication et justification ? La science, qui a pour but d’expliquer, est-elle toujours neutre ? Et doit-elle l’être ?

    Ce sont autant de questions qui pourrons être débattues lors de la prochaine séance du Café philosophique de Montargis. Rendez-vous à l’Atrium de la Médiathèque de Montargis pour ce débat le vendredi 26 juin 2026 à 19 heures.

    La participation sera libre et gratuite.

    "Expliquer est-ce justifier ?"
    Médiathèque de Montargis
    Vendredi 26 juin 2026, 19H
    http://cafephilosophique-montargis.hautetfort.com
    https://www.facebook.com/cafephilosophique.montargis

    Voir aussi : "Le temps libre est-il celui de la liberté ?"

    Photo : Pexels - MERVE