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Articles et blablas

  • Homa, sweet home

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    Homa signe avec son premier album éponyme une vague électro onctueuse, spatiale et sophistiquée. Le terme de "vague" n'est du reste pas galvaudé tant l'auditeur est enveloppé de flots lyriques (Almost All or Nothing), délicats (One Day), plus sombres (The taste of old times) ou franchement pop (The silence marching).

    Album ne dédaignant pas l'expérimentation électronique, dans la veine de la trilogie berlinoise de Bowie et Eno (Maybe et Solar Cycle), Homa ne se veux pourtant pas expérimental. L’opus se nourrit des transgressions électroniques (One day), voire d’une ponctuation acoustique de bon aloi avec Follow Me.

    Mais au fait, qui se cache derrière Homa ? Le responsable de cet album, dont les références à Robert Wyatt, MGMT, Jean-Michel Jarre et Phoenix sont revendiquées, se nomme Alexandre Barberon. Sa biographie nous apprend qu’il est né en 1985 et que son premier choc esthétique fait suite à un accident domestique en pleine leçon de piano de sa sœur.

    En 2002 Alexandre Barberon fonde le groupe pop-rock In furs, alias Ellen pears. Suit, en 2005, Ranelagh, avant une plongée dans l'étude de la musique classique, d’abord avec Sylvie Carbonel, puis avec Jeanine Boutin, pianiste-concertiste et élève de Messiaen. C’est dire les références du jeune homme… À l’écoute de Homa, l’auditeur ne sera pas surpris qu’Alexandre Barberon se trouve des affinités électives avec Scriabine. 

    En 2013, Alexandre Barberon rencontre Étienne de Nanteuil (Octopus Production / Les Éditions du Poulpe) et signe le début du projet Homa. En 2015 sort Google Only Knows, son premier EP, quasi intégralement instrumental. Les prémices du son Homa sont déjà là.

    C'est finalement bien de chez nous, home sweet home, que vient cet album electro écrit entièrement en anglais. French touch not dead.

    Homa, Homa, Octopus / Simple / Sony Music, mars 2018
    https://www.facebook.com/alexandre.barberon
    http://octopusprod.com/artiste/homa

  • Poubelle la vie

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    La vie de deux poubelles dans un quartier de Tours : voilà le pitch de la mini-série Poubelles, La Vie, réalisée par Yohan Vioux et Hubert Jégat et l’équipe des Tontons Filmeurs, avec le soutien de la Ville de Tours. Lancée sur Youtube le 1er octobre 2017, la série satirique en est aujourd’hui à sa deuxième saison.

    Poubelles, La Vie ce sont des tranches de vie de deux containers à déchets, Adrienne et Bénédicte (rejointes récemment par Claudia, "la végétarienne"), témoins bavardes de nos us et coutumes. Dans un format court (2 minutes 30 à 3 minutes par épisode), nos deux voisines de trottoir nous parlent de nos petites vies à partir des déchets – recyclés ou non – qu’elles réceptionnent et ingurgitent pour le meilleur et souvent pour le pire.

    Claudia, "la végétarienne"

    Il y est question de (zéro) déchets, de recyclage (bien sûr), mais aussi de notre société de consommation, du voisinage des humains, de la solitude, des dictatures, de même d’amour.

    Au début de chaque épisode, les auteurs ont choisi de mettre en exergue une citation de Rabelais La Bruyère Montesquieu... ou Philippe Geluck.

    Les spectateurs pourront être décontenancés par cette série conceptuelle dont les personnages sont des objets quasi inanimés. Mais si l’on passe cette barrière, on saluera l’impertinence des auteurs dont le sens de la dérision et de l’absurde renvoie au mythique Téléchat, avec Adrienne la bleue et Bénédicte la rouge en dignes héritières de Groucha et Lola.

    Cette série est – pour l’instant – à découvrir sur Youtube. Une vraie curiosité.

    Poubelles, la Vie, websérie de Yohan Vioux et Hubert Jégat,
    avec Hélène Risterucci, Mélodie Le Bihan et Aurélie Messié,
    sur Youtube, saison 2 en cours de diffusion, depuis 2017

    http://poubelleslavie-webserie.fr

  • Papa, mon amour

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    Déjà six album, mais connaît-on vraiment Brisa Roché ? Bla Bla Blog avoue honnêtement que non, du moins jusqu’à la sortie de son dernier album, Father.

    Brisa Roché, avec ce prénom et ce patronyme qui fleure bon la France, nous vient de Californie. Pourtant, l’Américaine connaît bien notre pays. Elle a même écrit une partie de Father à Paris. Un album du reste produit par John Parish, producteur notamment de l’emblématique To Bring You my Love de PJ Harvey.

    Brisa Roché est un oiseau rare à mi-chemin entre Alanis Morissette... et PJ Harvey justement. Sa voix est un mélange d’hypersensibilité et d’âpreté, servie par une orchestration essentiellement acoustique.

    Comme le nom de l’album l’indique, dans Father il est beaucoup question de paternité. Brisa Roché nous parle, dans le titre Folk 48, de l’amour quasi incestueux pour son père, dealer et mort lorsqu’elle avait seize ans. Il est encore question de lui et de ses relations avec la cocaïne dans Holy Badness, ainsi que dans le dernier morceau atypique de l’album, Trout Fishing Again, sur lequel résonne la voix de son père, écrivain et professeur de littérature. La figure de la mère n’est pas pour autant absente : Brisa Roché consacre un titre tout en délicatesse à la sienne dans Patience.

    Alanis Morissette et PJ Harvey

    Il y a un feu ardent à la Bukowski qui brûle dans cet album dominé par des guitares et la voix au cordeau de la chanteuse américaine. Cypress a cette simplicité rugueuse et naturelle, comme si la chanteuse nous proposait un bœuf au milieu des séquoias.

    Brisa Roché c’est du son pop-folk comme venu des grands espaces, dans l’Amérique hippie des années 70, non sans une touche de clavier et d’électro (Engine Off). Le choix pop de la plus parisienne des Californiennes sait se faire délicat et sombre avec Blue Night, poignant et lo-fi avec Can’t Control ou plus rude et sophistiqué avec Carnation.

    Délicate, poignante, sombre, à fleur de peau, sophistiquée et rude : autant de qualificatifs pour la plus française des californiennes.

    Brisa Roché, Father, Wagram / BlackAsh, sortie le 25 mai 2018
    Brisa Roché, en concert à la Boule Noire (Paris),
    le mercredi 20 juin 2019 à 19 heures 30

    www.brisaroche.com

    © Jean-Baptiste Mondino

  • Les pétasses magnifiques

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    Dans sa préface des Précieuses Ridicules, qui lui avait sans doute coûté, Molière considérait que "le succès [d’une] représentation était assez beau pour en rester là." Il est vrai que même si elle fut un succès de librairie lors de sa sortie en 1659, c’est sur scène que les Précieuses Ridicules sont à voir et à vivre.

    La compagnie des Gavroches Chapeautés s’est attelée à cette comédie en un acte d’abord à la Comédie Saint-Michel en juin puis au festival Off d’Avignon du 6 au 29 juillet, la transposant à notre époque, sans pour autant lui ôter son caractère de farce. Mais comment parler de la préciosité en 2018 ? Il est vrai que le télescopage entre ces stéréotypes féminins de la commedia dell'arte et le mouvement du féminisme était de nature à piéger la mise en scène de Malu Monroe. Elle s’en sort cependant très bien, sans trahir l’essence de la pièce, une farce autour de deux jeunes femmes prétentieuses et méchamment remises à leur place.

    Parlons justement des deux personnages principaux, Cathos (Manon Nobili) et Marotte (Lara Pichet), venues tout droit de Province pour suivre à Paris leur père et oncle Gorgibus (Bruno Noury). Le respectable bourgeois est bien décidé à les marier et à se débarrasser d’elles par la même occasion. Mais les jeunes femmes trouvent dans la capitale de quoi nourrir leur soif de galanterie, d’élégance et de "pommade pour les lèvres." Deux amants parisiens, La Grange (Adrien Wadih) et Du Croizy (Charles Vasner), éconduits lors d’une visite, décident de se venger d’elles en utilisant un de leur valet Mascarille (Jean-Baptise Sintès), "un extravagant qui s'est mis dans la tête de vouloir faire l'homme de condition."

    Les Gavroches Chapeautés proposent des Précieuses Ridicules à l’époque de Tinder, de la carte bleue et du smartphone. La pièce de Molière ne perd rien de sa férocité et la jeune troupe ose dépoussiérer une comédie inscrite dans son époque, tout en parvenant à bluffer le public contemporain : expressions modernes ("What’s the fuck!"), musiques allant d’un prélude de Bach à Ma Benz en passant par Aïcha, mise en abîme ("Molière n’aurait jamais écrit ça"), sans oublier quelques entorses volontaires au texte original que l’auteur pardonnera certainement.

    Interprètes des personnages phares de ce premier énorme succès de Molière, Manon Nobili et Lara Pichet sont comme sous ecstasy. Elles jouent à merveille les pétasses exubérantes et magnifiques, plongées dans le grand bain de la Capitale, au grand désespoir d’un Gorgibus complètement dépassé. Le bourgeois provincial est interprété par un solide et convaincant Bruno Noury.

    Des Précieuses Ridicules à l’époque de Tinder, de la carte bleue et du smartphone

    Ce qui était en jeu au XVIIe siècle, et qui l’est toujours au XXIe siècle, est la peinture burlesque du "m’as-tu vu" – qu’il soit homme ou femme. La vanité essaime aussi bien dans le soirées mondaines de l’Ancien Régime, dans les salons feutrés des bobos parisiens... ou sur les réseaux sociaux, avec ou sans filtres Instagram. Nos deux précieuses ridicules deviennent grâce à la mise en scène burlesque de Malu Monroe deux adolescentes éprises de liberté, aveuglées par l’illusion comique de l’esbroufe et tombant dans le piège de la flagornerie.

    Cette flagornerie est endossée avec talent par Jean-Baptise Sintès. Le jeune acteur est parfait en Mascarille, devenu marquis de l’esbroufe, bonimenteur autant que donneur de leçons, puis lui-même bluffé par ses maîtres La Grange et Du Croisy. La scène de l’impromptu est un moment précieux (sic) du spectacle qui n’a rien perdu de sa force comique. Force comique mais aussi dimension sombre d’une pièce toujours aussi mordante : " Ô fortune ! quelle est ton inconstance !" s’exclame Mascarille avant d’être dépouillé de tout par ses maîtres. C’est Gorgibus qui a le dernier mot, envoyant au diable autant ces précieuses qui l’ont humilié que ce qui est "cause de leur folie."

    Il ne reste que quelques représentations à Paris pour découvrir cette pièce mordante et drôle, avant des séances de rattrapage au festival d’Avignon cet été.

    Molière, Les Précieuses Ridicules, mise en scène de Malu Monroe, Compagnie des Gavroches Chapeautés, avec Manon Nobili, Bruno Noury, Lara Pichet, Jean-Baptiste Sintès, Alexis Vandendaelen, Charles Vasner et Adrien Wadih
    Comédie Saint-Michel, en juin, tous les samedis à 21h30, 95 Boulevard Saint-Michel, Paris
    Au Festival Off 2018, Avignon, 6 au 29 juillet 2018 (relâche les 10, 17 et 24), 14 heures au Théâtre La Tache d'Encre, 1 rue de la Tarasque, Avignon
    http://lesgavrocheschapeautes.fr

  • Breizh’n roll

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    Promettez-moi une chose : si cet été, ou plus tard, vous allez en Bretagne, pensez à mettre dans vos bagages l’album éponyme des Odylane. Pour une plongée dans la culture breizh, c’est l’idéal, avec en plus ce je ne sais quoi de punch et d’énergie.

    Odyssée et Gauloise c’est la tradition celtique "très rock’n roll" comme le dirait notre inénarrable Philippe Manœuvre. En parlant de tradition, on en est en plein dedans, avec l’envoûtant titre Le Diable. Cette chanson nous plonge dans le folklore breton, plus précisément dans un bar interlope de la Rue de la Soif : "Ce soir j’ai vu le diable / Aux ruses impeccables / Je suis tombé dans le panneau / On a pris l’apéro."

    Dans un bar interlope de la Rue de la Soif

    Du bon breizh’n roll donc, avec des sonorités celtes, rock mais aussi méditerranéennes (Un Italien en Irlande), pour un album autoproduit par un groupe... de la région de Strasbourg. Guillaume Levy et Quentin Bangert, accompagnés de leurs deux autres comparses Valentin Descourvières et Piel Benoit utilisent pour leur album une guitare classique, un bouzouki irlandais, un violon et d’un cajón, une sorte de caisse venue tout droit du Pérou.

    Dépaysement assuré donc pour ce groupe qui assume à 100 % ses influences traditionnelles (Polka du Cerf), pop rock (Soleil Levant) world et ethnique (La Prisonnière du Désert), même si c’est bien la musique celte qui domine dans leur album Odrylane, à l’exemple de Faune Sauvage et surtout de Galv an Dans, offrant une reprise mixée de Tri martelod et de La Jument de Michao.

    L’autre chanson à texte de cet album, Sous les Étoiles, est un titre hip hop qui n’est pas sans rappeler Manau et sa Tribu de Dana, avec le sens de l’engagement en plus : "Je vis à une époque / Où tout semble en toc / Il n’y a que des images / Où sont passés les sages."

    Du Breizh’n roll, d’accord. Mais aussi de l’exigence et de la chaleur (Un Italien en Irlande) dans un très bel album à mettre dans vos bagages pour cet été.

    Odrylane, Odrylane, 2018
    http://odrylane.fr

  • La liberté a-t-elle un prix ?

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    Le café philosophique de Montargis fixera son prochain rendez-vous le vendredi 22 juin 2018 à 19 heures, au café Le Belman. Le sujet du débat portera sur cette question : "La liberté a-t-elle un prix ?"

    La liberté a été un sujet souvent traité par le café philo. Il a régulièrement été question de choix personnels, de contraintes à la liberté, de libre-arbitre ou de détermination. Il sera cette fois question du prix que l’on pourrait donner à cette liberté. Mais de quel prix parlons-nous au juste ? Est-ce à dire que la liberté peut se monnayer voire se négocier ? La liberté serait-elle alors un don ? Puis-je renoncer volontairement à ma liberté ? Peut-on dire comme Jean-Jacques Rousseau que "renoncer à sa liberté c’est renoncer à sa qualité d’homme, aux droits de l’humanité, même à ses devoirs" ? Quel prix suis-je prêt à mettre pour me libérer ?

    Ce sont autant de points qui pourront être débattues lors de la séance du vendredi 22 juin 2018, à partir de 19 heures au café Le Belman, boulevard des Belles Manières, à Montargis. La participation sera libre et gratuite.

    Il s’agira de l’avant-dernier rendez-vous de la saison, puisque le lendemain, samedi 23 juin à 14H30, l’équipe du café philo organisera un dernier-rendez-vous aux Tanneries d’Amilly, "La philo sous les arbres", autour de l’exposition "Formes d’Histoires."

    http://cafephilosophique-montargis.hautetfort.com

  • La philo sous les arbres

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    Le café philosophique de Montargis fixe un rendez-vous exceptionnel, le dernier de cette saison, aux Tanneries d’Amilly, le samedi 23 juin 2018 à partir de 14 heures 30.

    Cette "Philo sous les Arbres" sera une rencontre conviviale autour de l’exposition "Formes d’Histoires" et dans le cadre des (f)estivales prévues le samedi 23 et dimanche 24 juin par les Tanneries d’Amilly.

    Après une visite libre de l’exposition "Formes d’Histoires", les participants du café philo échangeront autour des thématiques de cette exposition : l’univers des contes, l’imaginaire ou le visible et l’invisible. Ils se poseront notamment cette question : "Qu’est-ce que les contes ont à nous raconter ?"

    Ce dernier rendez-vous de l’année sera une occasion atypique et conviviale de faire de la philosophie autrement et dans un cadre exceptionnel.

    La participation sera libre et gratuite.

    http://cafephilosophique-montargis.hautetfort.com

    "Formes d’histoires", de gauche à droite : Amandine Guruceaga, Julien Salaud, Ghyslain Bertholon

  • La brodeuse masquée a encore frappé

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    La Brodeuse Masquée sévit sur Internet, via ses comptes Facebook et Instagram, et elle mérite que l’on s’y intéresse.

    Qui est cette mystérieuse femme, œuvrant dans l’ombre avec un sens de l’humour décalé dans un créneau jusque-là has-been, celui de la broderie ?

    Pour se présenter, notre Brodeuse Masquée use d’une phrase pompée avec malice dans le jargon complotiste : "Qui est-elle ? Quels sont ses réseaux ? Seuls ceux qui savent savent…" Quelques indices sur ses créations – un hommage au club de football de l’AS Nancy Lorraine et un autre au régional de l’étape, Michel Platini – laissent à penser que c’est en Meurthe-et-Moselle qu’il faut chercher la trace de cette artiste d’un autre genre.

    L'affaire Gregory au point de croix

    Mais au fait, que propose-t-elle exactement ? Ni plus ni moins que des broderies à l’ancienne, kitsch à souhait avec cadres à l’avenant. Oubliez par contre les thèmes classiques chères à nos grands-mères : chez elle, il n’y ni compositions florales, ni paysages minimalistes, ni bestiaires dignes des calendriers de La Poste, ni arabesques plus ou moins baroques, mais des phrases, des citations ou de simples mots claquant comme des slogans, des provocations ou des références à une actualité récente, avec un corbeau noir en guise de signature.

    Avec un humour noir certain, la Brodeuse Masquée se sert de faits divers, que ce soit l’affaire Gregory et son mystérieux corbeau, celle d'Omar Raddad ou encore les crimes de Francis Heaulme, en reprenant au point de croix des phrases emblématiques, fautes d’orthographe et de syntaxe incluses : "Je suis jamais allée à Lépanges," "Bernard, il est innocent", "Omar m’a tuer" ou "Montigny, c’est pas moi." Tout récemment, c’est Pierre Belmare, le regretté "chroniqueur judiciaire à moustaches," qui a eu les honneurs de notre artiste, avec cette épitaphe : "R.I.P. petit ange parti trop tôt."

    Des phrases devenues légendaires sont recyclées au profit d’objets détournés et appelés à devenir uniques, sinon cultes. Maintenant, rien ne vous empêche d’installer ses broderies sur votre guéridon ou bien au-dessus de votre commode de salon, juste à côté du napperon défraîchi de tante Janine : effet garanti et, n’en doutons pas, propre à susciter la jalousie de vos voisins et – pourquoi pas – futurs corbeaux.

    Sublime, forcément sublime.

    https://www.facebook.com/labrodeusemasquee
    https://www.instagram.com/labrodeusemasquee

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  • Beb des Soggy, le Sugar Man français

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    Soogy : ce groupe de rock né en 1978 et dissous en 1982 a miraculeusement refait surface grâce à un concours de circonstances exceptionnelles que nous raconte le documentaire Soggy, Un truc de dingue ! d’Olivier Hennegrave qui fut le batteur de cette formation musicale éphémère. Le film est diffusé en exclusivité sur Spicee le 13 juin 2018.

    Plus qu’un revival, c’est le destin exceptionnel de Beb, le chanteur des Soggy, qui intéresse le réalisateur, au point que l’expression de "Sugar Man" français n’est pas usurpé. Sugar Man fait référence au parcours de Sixto Díaz Rodríguez, musicien américain tombé dans l’oubli alors que son single Sugar Man devint culte en Afrique du Sud en plein Apartheid – et sans que lui-même le sache (une épopée racontée en 2012 dans Searching for Sugar Man de Malik Bendjelloul).

    Mais revenons à Beb, au centre du documentaire de son ami et ancien acolyte Olivier Hennegrave. À la fin des années 70, Soggy (en anglais, "atmosphère lourde avant l’orage") est un groupe de hard rock français parmi tant d’autres. Il se produit dans la région de Reims et est bien décidé à percer, grâce au charisme de son chanteur, une vraie personnalité ne se ménageant pas sur scène et qui a pris pour modèle Iggy Pop, avec cette devise éloquente : "On fout tout à fond et on se démerde."

    Les quatre membres du groupe (François Tailleurs à la basse, Eric Dars à la guitare, Olivier Hennegrave à la batterie et bien entendu Beb au chant) ont l’ambition de décrocher la timbale, et seront d’ailleurs à deux doigts de le faire puisque que, quelques semaines avant la dissolution en juillet 1982 de Soggy, ils devaient assurer la première partie de la tournée européenne de Judas Priest. Entre-temps, ils ont enregistré un 45 tours et deux titres, Waiting For The War et 47 Chromosomes, mais pas d’album. C’est la fin d’un groupe de la contre-culture rock qui aurait pu devenir le Stooges français.

    Jardinier aux espaces verts de la Ville de Reims

    Par la suite, toujours passionné de rock mais sans perspective musicale, Beb devient jardinier aux espaces verts de la Ville de Reims. Un homme normal dans un job alimentaire, à quelques semaines de la retraite, et surtout bien loin des frasques du milieu qu’il côtoyait. Nous apprenons qu’il a été marié, qu’il vit seul et qu’il s’astreint à une discipline de fer : abdominaux, lait de chèvre, pas d’alcool et pas de drogue pour conserver son corps "affûté et strié," lui donnant un physique à mi-chemin entre Iggy Pop et le professeur Emmett Brown de Retour vers le Futur.

    Une première résurrection a lieu en 2008 lorsque le label français Mémoire Neuve sort un vinyle avec les deux seuls titres enregistrés par les Soggy. Suit la publication sur YouTube du seul clip qu’ils ont enregistré en 1980 pour FR3 Champagne : Waiting For The War. En peu de temps, la vidéo devient virale. Un public de passionnés découvre un groupe français électrique et un chanteur survitaminé.

    Le groupe californien The Shrine part à la recherche de Beb et l’invite à un concert parisien. Il a lieu au Trabendo, le 15 novembre 2015, soit trois jours après les attentats du Bataclan. Voir l’ex-chanteur des Soggy, les cheveux blanchis mais l’énergie intacte, interpréter avec rage le titre devenu culte Waiting For The War prend évidemment tout son sens ("Depuis la guerre 14-18 mon père m’a toujours dit / Que chaque génération a sa guerre / A chaque seconde je tremble pour la mienne / En attendant la guerre").

    Sous la caméra d’Olivier Hennegrave, le rêve de jeunesse de Beb devient réalité trente-cinq ans plus tard. Les Shrine, dont les membres pourraient être ses fils voire ses petits-fils, invitent bientôt l’ex-Soggy a venir se produire en juin 2016 sur la scène du Hellfest de Clisson, avant une autre tournée à Las Vegas, cette fois, au festival Psycho, la plus grande manifestation pour les métalleux. Mais la barre n’est-elle pas trop haut pour un homme qui a raccroché le micro des décennies plus tôt ?

    Passionnant, drôle, émouvant : la caméra ne quitte pas cet homme simple, modeste et passionné, tout à coup transporté dans une autre dimension, ne croyant lui-même pas au destin que lui offrent ces Américains admiratifs et venus le chercher du côté de Reims. Beb s'illumine à caque seconde du documentaire, incrédule et heureux comme un enfant : "Je suis toujours en vie et je coupe des roses," comme le chantent les Shrine et Beb dans leur single Clipping The Roses.

    Preuve que l’aventure continue, Beb Soggy et The Shrine seront en concert le mercredi 13 juin 2018 au Badaboum.

    Olivier Hennegrave, Soggy, Un truc de dingue ! Documentaire français, 2018, 56:47,
    en exclusivité sur Spicee le 13 juin 2018 

    Beb Soggy et The Shrine, en concert au Badaboum (Paris), mercredi 13 juin 2018
    http://soggy.over-blog.fr

  • Qui est Nevché ?

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    Et qu’est-ce que la Valdevaqueros ?

    C’est une plage de sable fin le long de la Costa de la Luz, cerclée par des dunes. Ce sera aussi le titre du prochain album de Fred Netché – alias Frédéric Nevchehirlian.

    L’homme s’est bâti une solide réputation d’artiste exigeant, nourri à des influences tous azimuts : musique populaire, poésie, slam, électro ou chanson.

    Sa biographie nous rappelle que son premier album a reçu le prix Printemps de Bourges 2005 et FAIR 2008 et que Fred Nevché a vendu en toute discrétion pas moins de 20 000 albums et s’est produit dans 400 concerts.

    Il sort son nouvel EP Besoin de la Nuit, avec Simon Henner aux arrangements. Ce sont trois titres à l’univers si particulier de Nevché, où électro et chansons se répondent et se servent mutuellement (Le Besoin de la Nuit), comme si le musicien voulait donner à ces vagues électro somptueuses un supplément d’âme grâce à un des mots, aussi simples soient-ils.

    Dans Si tu vas, Fred Nevché privilégie le texte et le minimalisme (claviers et voix) : "Rien ne sera aussi beau / Qu’un dauphin d’Ajaccio / Si tu vas / Pour un vers de Garcia Lorca."

    Le voyage et le road-movie (ou plutôt le "road-music") est le thème de Moi Je Rêve de Johnny Souvent. Dans ce slam coloré, exotique et rythmé, c’est sans doute à Valdevaqueros  que nous entraîne Nevché, sur ces plages espagnoles, avec ces "panneaux publicitaires de paysages utopiques en 3D."

    Dépaysement musical et dépaysement tout court assuré pour cet EP d’un artiste dont la sortie du nouvel album est attendu le 21 septembre prochain.

    Fred Nevché, Besoin de la Nuit, Internexterne, sortie le 8 juin 2018
    Fred Nevché, Valdevaqueros, Internexterne, sortie le 21 septembre 2018
    http://nevchehirlian.com

  • Les victoires en bleu et les bleus des défaites

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    À quelques jours du début de la coupe du monde de football, voilà un documentaire que Didier Deschamps a vu ou verra. À moins qu’il ne fasse le choix de zapper Sélectionneurs, un documentaire de Renaud Saint-Cricq, tant ce film a de quoi donner des sueurs froides à ces hommes en charge du coaching des hommes en bleu.

    Pour ce film proposé par Canal+, Renaud Saint-Cricq a interrogé quelques sélectionneurs marquants de qui ont mouillé leur maillot sur le banc de touche : Michel Hidalgo, Gérard Houiller, Michel Platini, Henri Michel (décédé il y a quelques mois et à qui est dédié ce film) et l’inimitable Raymond Domenech. Il manque toutefois le témoignage d’Aymé Jacquet, l’un des forgerons de la victoire de 1998. Ces figures marquantes du football français racontent de l’intérieur ce job à haut risque, hors du commun, passionnant, exaltant mais aussi plein d’ingratitudes.

    Ils parlent de la découverte de ce métier si particulier, des relations compliquées avec les médias, des victoires, des défaites puis de la fin souvent brutale de leur mission. Le sélectionneur est souvent le fusible qui saute, puisqu’on ne peut pas virer onze joueurs d’une équipe qui a failli, comme le fait remarquer Raymond Domenech.

    Le chef-d’œuvre de Zidane

    Les grands matchs, gagnés ou perdus, sont évoqués : la demi-finale France-Allemagne lors du mondial de 1982, le quart de finale contre le Brésil eu Mexique en 1986, le match qualificatif contre la Bulgarie en 1993, le "chef-d’œuvre de Zidane" lors du France-Brésil de 2006 et la finale perdue contre l’Italie lors de cette même coupe du monde. Raymond Domenech revient également longuement sur l’affaire de Knysna en 2010.

    Chacun des sélectionneurs revient avec franchise et souvent émotion ces sur ces compétitions, sur leur passion, sur leurs relations avec les joueurs et sur les difficultés qu’ils ont dû affronter. Les bonheurs comme les blessures de ces hommes en bleu ne sont pas cachées. Des blessures qu’ils acceptent, tout en déplorant que dans leur profession si particulière, ce soient les proches et les enfants qui souffrent le plus. Gageons que, pour cette coupe du monde sur le point de commencer, Didier Deschamps ne connaîtra que les très grands bonheurs d’une victoire et pas les bleus des défaites.

    Sélectionneurs, de Renaud Saint-Cricq, France, 2018, 82 mn,
    en ce moment sur Canal+

  • Quand on arrive en ville

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    Guillaume Chansarel expose cette semaine à la Galerie Detais / Sabine Bayasli le fruit de son dernier projet, Drawing Art : un parcours de New York en long et en large, soit 22 kilomètres, à raison de trois kilomètres et 35 dessins par jour pour immortaliser Harlem, Colombus Circle, Central Park, Times Square ou Wall Street. Bla Bla Blog est partenaire de cette exposition, qui aura lieu du 5 au 9 juin 2018. C’est l’occasion de découvrir un artiste, soutenu notamment par Frédéric Beigbeder qui signe le texte de son catalogue, Drawing Avenue, 247 dessins en 7 jours.

    Dire que Guillaume Chansarel a fait des métropoles son terrain de jeu est un euphémisme. De fait, l’artiste s’y installe, s’y meut et s’y déploie comme un poisson dans l’eau. "New York, plan fixe", "Tokyo", "London", "Chicago" (Galerie Flora), "Versailles-Paris" (Galerie Jamault) ou "Roma" (Galerie Egidio, Rome) : les thèmes de ses expositions font sens. Le peintre fait des villes non plus des endroits impersonnels et inhumains (et ce, même si ses habitants sont rarement représentés) mais des espaces ouverts et captés de manière inédite.

    Fort opportunément, Guillaume Chansarel cite en guise de présentation de son site Internet l’écrivain et critique d’art britannique John Ruskin : "Toute beauté est fondée sur les lois des formes naturelles. L’architecture d’une ville est d’émouvoir et non d’offrir un simple service au corps de l’homme."

    Le Londres de la reine Victoria, de Jack L’Éventreur et de Turner

    C’est en grand voyageur que Guillaume Chansarel conçoit son art. La préparation de ses explorations urbaines se limitent à un plan cadastral, sans rien qui puisse influencer son œil. Un œil qui parvient à capter l’essence même d’une ville, voire à la transcender. Ainsi, le Londres de Chansarel redevient la City du XIXe siècle, celle de la reine Victoria, de Jack L’Éventreur et de Turner. De Tokyo, ville trépidante et hyper-moderne, Guillaume Chansarel retient des quartiers hors du temps, bigarrés, aux enseignes colorées et aux fils téléphoniques et électriques striant le paysage. Pour Chicago et New York c’est la perspective, la profondeur et le travail sur le noir qui intéressent le peintre. Les métros de Chicago prennent vie et les contre-plongées sur les buildings de la Grosse Pomme nous plongent dans des décors de cinéma dignes d’Il était une Fois en Amérique.

    Guillaume Chansarel est un bourlingueur avide de découvrir. Il n’en reste pas moins un artiste pouvant embrasser aussi bien l’hyperréalisme, lorsqu’il immortalise Rome ou Hong Kong, que l’impressionnisme, telle cette vue imprenable de Londres sous la neige.

    Et si nous approchions de plus près encore les œuvres de Guillaume Chansarel ? Et si nous allions au-delà de ces paysages vertigineux et créés dans l’urgence et la passion ? Nous y découvririons l’essence profonde de son travail : les supports de ces tableaux, des livres anciens à qui il offre une nouvelle vie, et comme un témoignage du temps passé. Les pages retrouvées et oubliées sont travaillées, marouflées en atelier puis mis sur des châssis traditionnels : ce recyclage préalable redonne son importance à des objets ramenés souvent du bout du monde. Chez Guillaume Chansarel, la modernité et l’urbanité font corps avec le passé. Mieux, elles s’en nourrissent.

    Exposition "Drawing Art", du 5 au 9 juin 2018
    Du mardi au samedi de 14H à 19H et sur rendez-vous
    Galerie Detais / Sabine Bayasli, 39 rue Notre-Dame de Lorette, Paris 9e
    Guillaume Chansarel et Frédéric Beigbeder, Drawing Avenue, 247 dessins en 7 jours, exemplaire à réserver en ligne ou sur place à la galerie Detais / Sabine Bayasli
    https://www.guillaume-chansarel.com

    "Broadway au bout du crayon"

  • Broadway au bout du crayon

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    Bla Bla Blog est partenaire avec Cherry Gallery d’une nouvelle exposition, Drawing Art, de Guillaume Chansarel, à la Galerie Detais / Sabine Bayasli (Paris 9e). Cet événement aura lieu du du 5 au 9 juin 2018. Notez bien ces dates sur vos agendas.

    À l’image de New York, Guillaume Chansarel est en perpétuel mouvement. Explorateur d’idées nouvelles, empêcheur de penser en rond, bouillonnant de projets, il nous surprend encore avec une création originale qui va faire le bonheur des esthètes.

    247 dessins en 7 jours

    Montrer New York différemment, tel était son objectif. Pour ce projet aussi simple qu’ambitieux, l’artiste fait de Broadway Avenue son terrain de jeu. Sur 22 kilomètres, il dessine tous azimuts. Harlem, Colombus Circle, Central
    Park, Times Square, Wall Street, subway, yellow cabs, feux tricolores, trucks, enseignes, néons, écrans géants...

    Tel un sportif de l’extrême, il s’impose une discipline de fer : 3 kilomètres et 35 dessins par jour, chronomètre en
    main ! "Comme on le ferait avec un Smartphone, je saisis un lieu, je capte une émotion". Caméra frontale vissée sur le crâne, à chaque intersection de rue, il dégaine son crayon, sort son carnet, et crobarde un corner. Le dépassement du "dessinateur de fond" donne une œuvre étonnante. Une série de croquis tendus et contrastés qui nous plonge au cœur de la mythique avenue.

    Un livre inédit avec Frédéric Beigbeder

    À l’occasion de ce projet artistique, Guillaume Chansarel et Frédéric Beigbeder, pour le texte, publient un livre inédit en édition limité : Drawing Avenue, 247 dessins en 7 jours. L’auteur prendra soin, sur la page de garde de chaque exemplaire réservé de réaliser une gouache originale personnalisée.Ce livre exceptionnel peut être réservé en ligne ou directement à la Galerie Detais / Sabine Bayasli.

    Du jamais vu ! On feuillette un autre New York. Revisité. Apaisé. Un surgissement de sérénité dans cette ville foisonnante. Le regard de l’artiste semble apprivoiser la jungle urbaine. "L’étonnement, ce commencement timide de la jouissance" dont parlait Roland Barthes. Avec ce "street movie" à pied, Guillaume a inventé un nouveau genre artistique. On a tous rêvé New York et Guillaume Chansarel l’a fait.

    Drawing Avenue, exposition de Guillaume Chansarel du 5 au 9 juin 2018
    Du mardi au samedi de 14H à 19H et sur rendez-vous
    Galerie Detais / Sabine Bayasli
    39 rue Notre-Dame de Lorette - Paris 9e
    Tél. 01 82 10 14 73 / contact@galeriedetais.fr
    www.galeriedetais.fr
    Guillaume Chansarel et Frédéric Beigbeder, Drawing Avenue, 247 dessins en 7 jours, exemplaire à réserver en ligne ou sur place à la galerie Detais / Sabine Bayasli

    https://www.guillaume-chansarel.com

    D’après un texte de Gilles Trichard
    © Guillaume Chansarel

  • Deux amis

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    Il y a quelque chose de dépaysant dans le deuxième album des Part-Time Friends, Born To Try. Moins folk et plus eighties que leur premier opus (Fingers Crossed), le duo formé par Pauline Lopez de Ayora et Florent Biolchini propose un rendez-vous musical où l’électro éthéré et planant se taille la part du lion, à l’exemple de Ghost away. Dans ce titre, les deux voix planantes, tels des fantômes rassurants, nous susurrent à l’oreille des mots réconfortants: "I wanna understand / I wanna see the end / You wrecked me everyday / Remember my birthday."

    Voilà ce qui fait le charme des Part-Time Friends : des lignes mélodiques d’une grande limpidité (Born to try), et non sans cette touche électro mâtinée d’une japanese touch (I Don’t Mind), une influence nippone que le duo revendique à travers la pochette de l’album.

    Le duo formé par Pauline et Florent ose un son plus pop-rock dans Understand ou Hurricanes et ses rythmiques sombres et appuyées et tout droit sorti des années 80 : "Le retour des eighties a duré plus longtemps que les eighties, pour le pire comme le meilleur. Certains font la blague en jouant sur l'attitude et le second degré, mais on ne s'est jamais retrouvés là-dedans," dit à ce sujet Florent Biolchini.

    Japanese touch

    Plus folk, Hear that sound pourrait très bien atterrir dans les playlists de la toute jeune génération, qui peut être séduite par les gimmicks de Streets And Stories comme les lignes mélodiques de Letter You’ll Never Read. Pourquoi ne pas imaginer Born To Try comme une bande-son représentative de la pop-culture, à l’exemple de I Don’t Mind, pour sa facture amphétaminé, juvénile et délicieusement régressive ?

    Dans un son volontiers électronique, Part-Time Friends ne se refuse pas les envolées planantes (Glitter in My Eyes) et follement romantiques. Romantique, comme l’est à sa manière le très pop La La La in L.A., dans lequel on verra – évidemment – un joli et dansant hommage à la célèbre comédie musicale de Damien Chazelle.

    Voilà qui fait de cet album le fruit d’un couple d’amis musicaux pour la vie. À moins qu’il ne faille prendre au pied de la lettre le dernier titre comme un sombre et funeste message : We Are Not a Band Anymore. Pourvu que ce ne soit pas vrai...

    Part-Time Friends, Born To Try, Un Plan Simple / Sony Music, mars 2018
    http://www.parttimefriendsmusic.com

  • Il sera beaucoup pardonné à David Lachapelle

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    C’est un très bon livre, je dirais même plus très bel objet qui m’est tombé entre les mains cet hiver : la magnifique anthologie consacrée à David Lachapelle (Lachapelle Lost+Found, éd. Taschen).

    Dans un coffret luxueux, le photographe américain, l’une des idoles de la pop culture, propose quelques-uns de ses meilleurs clichés, dans un format de livre finalement peu adapté à une bibliothèque lambda.

    C’est bien là le seul point faible de cet ouvrage impressionnant d’un artiste qui continue de portraitiser notre époque, de la sublimer dans ses mises en scènes travaillées mais aussi d’habiller et de déshabiller quelques-unes des personnalités les plus emblématiques de la culture pop : Miley Cyrus, Nicki Minaj, Pharell Williams, Katy Perry ou Kanye West.

    La patte de David Lachapelle est aisément identifiable : décors luxuriants, couleurs acidulées, poses surjouées et un sens de l’humour second degré mâtiné d’une bonne dose d’érotisme. La vie, la mort, le sacré, le profane, le sexe, le moderne, la Renaissance, les expressions de pâmoison et de douleur, le surréalisme ou l’exhibition se télescopent dans une anthologie luxueuse, provocatrice et joyeuse.

    Doit-on cependant étiqueter David Lachapelle comme un photographe simplement hype, cool et pop ? Le catalogue Lost+Found promet que non.

    Les personnages sexy, nus, huilés, maquillés à outrance et aux poses aussi improbables que celles des statues grecques maniéristes sont transportés dans des décors et des situations baroques.

    Une anthologie luxueuse, provocatrice et joyeuse

    Baroque : le mot est lâché. Car Lachapelle ne craint ni la démesure, ni le clinquant, ni le sens du symbolisme pour parachuter ses modèles, connus ou moins connus, dans des scènes volontairement surchargées : Pamela Anderson alanguie dans une chambre d’adolescente miteuse (21 Forever, 2000), Lady Gaga dans une position inconfortable entre mer et ciel, à la fois allongée et debout, entourée de bouquets de magnolias et d’un fauteuil roulant (Life Alert, 2009), Lana del Rey en mariée déversant du vin rouge derrière un invité christique, sale et ivre (Newlyweeds, 2017), Chris Rock posant tout sourire avec une une kalachnikov dans une photo de famille irréelle (Gun Control And Casserole, 2008), Britney Spears inconsciente dans une baignoire (A Wirld-Famous Singer Drowns In Hotel Bath. Party Goes On As Planned For Floors Below, 2003) ou Julian Assange en gourou (Wikileaks, 2017).

    David Lachapelle est aussi connu pour ses compositions géantes et largement influencées par l’iconographie religieuse : une Pietà (1986), des représentations de Vierges enfermées dans des boules de verre (Mother Mary Comes To Me, 2016), Carmen Carrera en Eve dans le paradis de la Genèse (There Once Was A Garden, 2014), une chapelle (sic) rococo (A Prayer For My Friends, 2016), une représentation du déluge (Deluge, 2006) ou l’apocalypse revisité (Decadence, 2007).

    Photographe ami des stars et à l’esthétique exubérante, David Lachapelle s’avère singulièrement tout autant un témoin ironique de notre époque qu'un artiste engagé. Plusieurs œuvres s’attaquent ainsi à notre société de consommation (Boulevard Of Broken Dreams, 2015), à la folie du star-system (Britney Spears posant pour Toxic Fame en 2003), la politique (le saisissant portrait d’Hillary Clinton en 2010), l’environnement avec ces paysages d’usines (la série des Lanscapes en 2013) ou, plus étonnant chez lui, l’exploitation de l’Afrique (The Rape Of Africa, 2009).

    Photographe exaltant, surdoué et attachant, David Lachapelle a fait du détournement d’iconographies classiques et de son irrévérence vis-à-vis du sacré une œuvre inestimable et unique. Rien, que pour cela, il lui sera beaucoup pardonné.

    David Lachapelle, Lost+Found, éd. Taschen, 2017, 279 p.
    http://www.lachapellestudio.com
    David  LaChapelle, Artsy

    © David Lachapelle