Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

• • Articles et blablas

  • Petit ange parti trop tôt

    Pergolesi – ou Pergolèse, en français – est une figure à part dans l’histoire de la musique. Véritable étoile filante (1710-1736), décédé à l’âge de 26 ans, il est pourtant considéré comme une figure majeure du répertoire baroque. Il a laissé une œuvre remarquable et plus importante qu'on ne le croit. Elle est souvent résumée à son Stabat mater, certainement son chef d’œuvre. On retient aussi de lui l’opéra La serva padrona et de nombreuses pièces religieuses, dont des messes, des cantates ou des motets, dont les Salve Regina en la mineur et en fa mineur. On ne peut que regretter sa mort précoce et rêver à ce qu’il aurait pu produire les années suivantes.

    Christian Mendoze, à la direction de l’ensemble Musica Antiqua Mediterranea, est accompagné de la soprano Elena Bertuzzi et la contralto Marie Pons pour le Stabat mater (Indésens), très certainement ce qui se fait de mieux en matière de musique religieuse et de baroque. L’enregistrement vient d'une captation à la Chapelle Saint-Julien den Salinelles en octobre 2024.

    L’écriture tardive du Stabat mater a contribué à écrire sa légende, à l’instar du Requiem de Mozart plus de 50 ans plus tard. Pergolèse a écrit cet hymne religieux à la Vierge Marie quelques semaines avant sa mort, alors qu’il est atteint d’une phtisie pulmonaire, hélas courante à l’époque. On peut qualifier ce Stabat mater d’œuvre "douloureuse" (Stabat mater dolorosa), sans doute représentative, hélas, de l’état santé du compositeur à l’époque. Ne pense-t-il pas à lui-même lorsqu’il s'attaque au O Quam tristis et afflicta, chant de regret d’une vie qui s’éteint ? Or, ce Stabat mater vient d’une commande, très certainement du mécène de Pergolèse, le duc de Maddaloni. Ajoutons que c’est dans un monastère que le compositeur créa cette séquence religieuse. On ne pouvait rêver d’endroit plus inspirant pour un tel hommage. 

    Consolation et compassion

    Œuvre religieuse, oui. Mais le Stabat mater parvient à émouvoir même les non-croyants. L’écoute du Quae moerebat et dolebat exprime les sanglots d’une mère au pied de son fils supplicié. "Quel est l’homme qui ne pleurerait s’il voyait la Mère du Christ dans un si grand supplice ?", plaint le texte latin (Quis est homo, qui non fleret, Matrem Christi si videret in tanto supplicio ?).

    L’expressivité baroque sied à merveille cette œuvre pathétique. Christian Mendoze dirige l’ensemble Musica Antiqua Mediterranea et les deux solistes pour appuyer comme il faut sur l’aspect théâtral (le Vidit suum dulcem naturum insiste sur la solitude de la douleur).

    Il y a derrière ce Stabat mater bouleversant une lumière apaisante, celle de la consolation et de la compassion (Eia Mater, fons amoris, Me sentire vim doloris fac, ut tecum lugeam, "Ô Mère, source d'amour, fais-moi sentir la force de ta douleur que je pleure avec toi"). On peut être moins sensible aux élans baroques du Fac, ut ardeat cor meum, nerveux et aux ornements qui ont fait de Pergolèse un maître reconnu très tôt. On en oublierait presque que cette œuvre est avant tout religieuse (Sancta Mater, istud agas), tant la musique comme l’accent bouleversant vient nous happer presque charnellement. Le Sabat mater a des accents de tragédie (Fac ut portem Christi mortem) voire de déclaration enflammée (Inflammatus et acentus), et ce jusqu’au poignant Quando corpus morietur. N’est-ce pas Pergolèse qui se parlait à lui-même, à quelques jours de sa mort ("À l'heure où mon corps va mourir, fais que soit donnée à mon âme la gloire du paradis") ? Le Amen vibrant et implacable vient conclure avec génie cette œuvre incroyable.

    L’ensemble Musica Antiqua Mediterranea vient compléter cet album avec Salve Regina, lu en la mineur, l’autre en fa majeur. La première a pour soliste la soprano Elena Bertuzzi, la seconde la contralto Marie Pons. L’auditeur ou l’auditrice découvrira sans doute ces œuvres qui sont des prières à la Vierge Marie. Nous sommes encore là en plein baroque. L’accent est mis sur l’expressivité et sur la richesse d’ornementation, ce qu’offre à la perfection Christian Mendoze et son orchestre. Dans le Salve regina en la mineur, Elena Bertuzzi se fond avec bonheur dans ce court opus lyrique à souhait, jusqu’à la bouleversante supplique à la miséricorde (O clemens).

    Dans le Salve Regina en fa mineur, Marie Pons met de côté la luxuriance baroque (si l’on oublie le bref et majestueux Eja ergo, advocata nostra) au profit d’une interprétation poignante, où la douleur semble ne jamais s’arrêter (Ad te clamamus). Musique religieuse, le Salve Regina l’est (Et Jesum), mais elle sait aussi parler aux cœurs quelles que soient les croyances de chacun et chacune (O clemens).

    Giovanni Battista Pergolesi, Stabat mater, Musica Antiqua Mediterranea, Christian Mendoze (direction), Elena Bertuzzi (soprano), Marie Pons (contralto), Indésens Calioppe, 2025
    https://indesenscalliope.co
    https://www.musicaantiquaprovence.com
    https://www.youtube.com/channel/UC_yyjoHJKAu2KWGFVik_muA

    Voir aussi : "Shakespearien Monteverdi" 
    "‘Faire peau à peau avec ce bijou de musique’" 

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

  • "Échange de patins" : Extrait 1

    La première chose que Diane entendit ce fut un craquement, suivi d’un choc sourd sur la glace. Puis, elle entendit le gémissement de son partenaire, Brian :

    — Oh, non !

    La plainte était si faible qu’elle ne se rendit pas compte sur le moment de la gravité. Avait-il heurté la balustrade de la patinoire ? S’était-il trompé pour la énième fois dans un salchow ou bien avait-il déchiré son pantalon de survêtement ? Elle sourit à l’idée de voir Brian en mauvaise posture et de devoir assumer le regard amusé des autres patineurs et patineuses. Malaisant.

    Arsène K., Échange de patins, éd. Jenn Ink, 2026
    https://www.facebook.com/ArsneK1

    Voir aussi : "Bientôt, sortie d'Échange de patins"

    Photo : Pexels - Tima Miroshnichenko

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

  • Télé poubelle, saison 1

    Derrière la série Culte se cache un concept de saga se plongeant et interrogeant des phénomènes de la culture pop contemporaine. La première saison s’intéresse à une révélation télévisuelle née en 2001 : le lancement de la première émission de télé-réalité, Loft Story. Pourquoi et comment est né ce concept toujours très controversé que l’on a qualifié de "télé poubelle" ?

    Il est encore temps de découvrir sur Amazon la première saison de Culte (la deuxième aura pour thème le groupe 2B3, l'un des premiers boys bands des années 90). Sorti en 2024, cette histoire immersive – comme du reste le show qu’elle dépeint – a été saluée par la critique comme l’une des créations télé les plus originales. Et le public a suivi.

    Il est vrai que les créateurs, Matthieu Rumani et Nicolas Slomka, nous vont revivre le début de ces années 2000, si proches et pourtant si lointaines. La télé de papa était encore bien installée, les réseaux sociaux n’existaient pas, les portables étaient des appareils basiques et encore discrets et "l’exception culturelle française" était dans tous les esprits.

    Phénomène de société

    C’est durant ces années finalement insouciantes que les producteurs de Philippe Palazzo Productions achètent le concept néerlandais dénommé Big Brother. Le principe ? Enfermer une dizaine de candidats dans une maison et les filmer 24 heures sur 24. Provocateur, inédit, ce qui est considéré comme du voyeurisme est transformé par Isabelle de Rochechouart, conceptrice aux dents qui rayent le parquet, en émission de rencontres. Il reste à trouver les candidats et candidates. Bientôt, une jeune femme, Loana, venue de Nice, s’impose grâce à son physique et son caractère. Mais c'est aussi une personnalité gênante. L’émission va-t-elle pouvoir aller jusqu’à son dénouement ? Loft Story devient un phénomène de société explosif.

    Même si la première saison de Culte défend son caractère fictionnel, elle rend réaliste et crédible le phénomène Loft Story. Si les noms sont déguisés, les protagonistes avancent à peine masqués : la formidable Anaïde Rozam est Isabelle de Rochechouart, aka Alexia Laroche-Joubert, Philippe Lefebvre est Nicolas de Tavernost, quant à Patrick Le Lay, il devient l’insupportable Michel Drezen, le Président de TF1. Le nom de l’émission de télé-réalité n’a pas changé, pas plus que les prénoms des candidats et candidates (Loana, bien sûr - formidable Marie Colomb ! -, mais aussi Jean-Edouard, Christophe ou Steevie). Le résultat ? Une plongée dans ce nouveau concept qui a changé pour toujours l’histoire de la télé. Passionnant et bluffant !        

    Culte, série dramatique française de Matthieu Rumani et Nicolas Slomka,
    avec Anaïde Rozam, César Domboy, Sami Outalbali, Nicolas Briançon, Marie Colomb, Jacqueline Corado, David Marsais, Philippe Lefebvre et Éric Naggar, 2024, 1 saison, Amazon Prime

    https://www.primevideo.com/-/fr/detail/Culte

    Voir aussi : "Mensonges et violences ordinaires"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

  • En famille avec Brahms

    C’est un Brahms intime que propose l’ensemble mené par l’altiste Arnaud Thorette. Family est le nom de l’album (Indesens). Son opus propose un choix de pièces chambristes, grâce à un ensemble musical et ami. Et aussi familial, comme le montrent les deux dernières pièces de l’enregistrement. Brahms est en bonne compagnie.

    Des Cinq Lieder, op. 105 (Fünf Lieder), Arnaud Thorette propose la première, Wie Melodien zieht es mir leise durch den Sinn. Voilà une belle entrée en matière, poétique et mélodique, porté par l’alto vibrant d’Arnaud Thorette, faisant corps avec les instruments.    

    Il est rejoint par la mezzo-soprano Karine Deshayes pour les deux chansons de son opus 91, Zwei Gesänge. Nous sommes ici dans l’intimité du compositeur allemand. Il composa ces deux mélodies en 1884 pour son ami et violoniste Joseph Joachim. Les deux chansons, Gestillte Sehnsucht et Geistliches Wiegenlied, sont à écouter comme des messages d’amour et de soutien de Brahms adressés à Joachim et à son épouse et chanteuse Amalie Schneeweiss. On est ici au cœur du Romantisme mais aussi du cercle privé de Brahms. La nature répond aux épanchements de l’âme. À la fin de sa vie, Brahms écrit ses deux Sonates op. 120. Arnaud Thorette propose la deuxième, dans sa version pour alto et piano, avec Dominique Plancade au clavier. La vision crépusculaire d’un Brahms en fin de vie frappe aux oreilles (Allegro amabile). Brahms garde cependant cette âme romantique et passionnée (Allegro appassionato avec Trio : Sostenuto), avant un Andante (Andante con moto : Tema con variazona ; Allegro) alliant apaisement et tensions dans ce Brahms intime. .

    Au cœur du Romantisme

    L’ensemble mené par l’altiste propose l’Adagio de la Troisième Sonate pour violon, op. 108. Nous sommes là encore dans les dernières années du compositeur allemand. Poignant et ténébreux, Brahms semble laisser épancher ses regrets.

    Nous avions déjà parlé sur Bla Bla Blog de la fameuse Sonate F.A.E. Elle a été composée à trois par Brahms, Schumann et Albert Dietricht. Nous sommes en 1853. Cette pièce porte un nom étrange mais plein de sens : "F.A.E." pour "Frei Aber Einsam" ("Libre mais solitaire"). Elle était destinée au violoniste Joachim, encore lui. C’est le Scherzo de Brahms qui est proposé. Un mouvement plein d’énergie, d’enthousiasme et de fraîcheur, marquant durablement avec cette Sonate F.A.E. l’histoire de la musique romantique. Une histoire d’amitiés aussi.

    Nous parlions d’intimité, de relations amicales et de famille. C’est ainsi que l’on écoute le Feldeinsamkeit, tiré de ses Six Lieder, op. 86. Ils sont proposés pour alto et piano. Dans la mélodie Geheimnis (extrait des Fünf Gesänge, op. 71), Brahms semble nous susurrer à l’oreille quelque secret.  

    On est particulièrement séduit par l’Adagio du Trio pour alto, violoncelle et piano, op. 114. Une vraie entente entre Arnaud Thorette, Antoine Pierlot (violoncelle) et Johann Farjot pour un mouvement majestueux sans être grandiloquent, paisible et invitant à la quiétude. Brahms se fait plus méditatif dans son éloquente Sappische Ode, tiré des Cinq Lieder, opus 94.

    Restons en famille pour terminer. Arnaud Thorette inclut dans son programme la participation de sa fille Aurore Thorette Paillette. À 11 ans, elle s’épanouit dans le rare et bref Spruch, WoO 27. Puis, c’est son frère Anatole Thorette Paillette qui lui succède. Au piano, le garçon de 15 ans interprète le célèbre Wiegenlied (tiré de ses Fünf  Lieder). "Un clin d’œil familial et de passage de témoin", comme le dit l’altiste, pas peu fier de voir sa progéniture le rejoindre, en famille donc.

    Brahms, Family, Arnaud Thorette (alto), Indésens Calliope, 2025
    https://indesenscalliope.com
    https://www.arnaud-thorette.com

    Voir aussi : "Bouquets de Fauré"
    "Nuit et lumières chez les Schumann"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

  • Les Voyages de Tereza

    Les Cramés de la Bobine présentent à l'Alticiné de Montargis le film Les Voyages de Tereza. Il sera visible du 25 février au 3 mars. Soirée débat le mardi 3 mars à 20H30.

    Tereza a vécu toute sa vie dans une petite ville industrielle d’Amazonie. Le jour venu, elle reçoit l’ordre officiel du gouvernement de s’installer dans une colonie isolée pour personnes âgées, où elles sont amenées à « profiter » de leurs dernières années. Tereza refuse ce destin imposé et décide de partir seule à l’aventure, découvrir son pays et accomplir son rêve secret…

    Ours d’argent à la Berlinale 2025

    Les Voyages de Tereza, drame brésilien de Gabriel Mascaro
    avec Denise Weinberg, Rodrigo Santoro, Miriam Socarrás, 87 mn, 2026
    Titre original : O Último Azul
    https://www.cramesdelabobine.org/spip.php?rubrique1646

    Voir aussi : "Le Chasseur de baleines"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

  • Point de bascule

    Un album sur Arnold Schönberg et Anton Webern, deux des trois maîtres de la seconde école de Vienne – le troisième étant Albert Berg : voilà qui est culotté. Et immanquable. C'est ce que propose b.records avec l'album Wendepunkt. Pierre Dumoussaud dirige un orchestre fait au poil, avec les ensembles de musique de chambre du Quatuor Hanson, du Quatuor Hermès, du Quatuor Magenta et l’Ensemble Ouranos pour un programme enregistré au cours du Festival de Pâques de Deauville, les 26 et 27 avril 2025.

    Est-ce bien du Schönberg que l’on écoute dans cette première Kammersymphonie, op. 9 (littéralement "symphonie de chambre") ? Écrite en 1907, elle berce dans la modernité, sans les coups de boutoirs et les provocations dodécaphoniques et sérielles du compositeur autrichien quelques années plus tard.  

    On est à un "tournant" (ou "point de bascule", comme le précise Pierre Dumoussaud dans le livret), traduction du mot "Wendepunkt", qui est le titre de l’album b.records. C’est évident à l’écoute de cette Kammersymphonie n°1 qui s’éloigne à coup sûr du romantisme wagnérien finissant pour proposer une œuvre plus expressionniste, mordante. Les révolutions de la musique contemporaine ne sont pas loin. 

    Un orchestre "all-star"

    Dans cette seconde école de Vienne, Webern est sans doute le compositeur qui nous touche le plus. La preuve avec cette passionnante version de son Langsamer Satz (elle a été orchestrée pour orchestre à cordes par Gerard Schwartz).

    Nous sommes en 1905, soit à la même période que la première "symphonie de chambre" de son maître. À l’époque, le jeune compositeur est amoureux. Il a rencontré sa future épouse Whilhemine Mörti. Il écrit ceci dans son journal : "Marcher toujours ainsi parmi les fleurs, avec ma bien-aimée auprès de moi, se sentir si puissamment ne faire qu’un avec l’univers, sans inquiétude aucune, aussi libre que l’alouette dans le ciel." Les chafouins et chafouines critiqueront ces propos très guimauves. Il n’en reste pas moins que ce Langsamer Satz, conduit de main de maître par Pierre Dumoussaud avec son orchestre "all-star" (sic) sur mesure respire les élans et les influences de Mahler. L’auditeur ou l’auditrice découvrira une œuvre attachante, lumineuse et colorée tout à la fois, propre à faire fondre n’importe quelle personne endurcie.

    Retour dans ce programme à Arnold Schönberg et à sa Symphonie de chambre no 2, op. 38. Nous sommes en 1939, soit 20 ans plus tard. Une première guerre mondiale a ravagé l’Europe et une deuxième s’apprête à éclater. Le compositeur autrichien s’est exilé aux États-Unis quelques années plus tôt. C’est un artiste pessimiste et sombre qui doute même de ses innovations musicales. Il reprend la seconde Kammersymphonie, commencée peu après la première. Il la retravaille en exil, pense ajouter un troisième mouvement à l’Adagio et au Con fuoco mais finalement y renonce. Cette œuvre concentre finalement le travail et les réflexions d’un Schönberg très affecté. Impossible de ne pas être remué par cette œuvre moderne et expressive.

    Pierre Dumoussaud et son formidable orchestre – constitué, répétons-le par égard pour eux, des quatuors Hermès, Magenta et l’Ensemble Ouranos – parvient à rendre attachant et immédiatement accessible Schönberg et Webern. Ce qui n'est pas un moindre exploit. 

    Wendepunkt, L’Atelier de musique, dirigé par Pierre Dumoussaud,
    Quatuor Hanson, Quatuor Hermès, Quatuor Magenta, Ensemble Ouranos, b•records, 2025

    https://www.b-records.fr/disques/wendepunkt
    https://musiqueadeauville.com
    https://www.instagram.com/pierre.dumoussaud

    Voir aussi : "Je rêvais d’un autre monde"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

  • Un si long procès

    Étrange couverture que celle du Crépuscule des hommes (éd. Robert Laffont), le dernier roman du journaliste et écrivain Alfred de Montesquiou. On y voit au premier plan un homme cravaté courir, avec une démarche qui fait penser à une danse. Un inconnu que le lecteur ou la lectrice ne vont pas tarder à connaître : le photographe américain Ray D’Addario, chargé de couvrir le plus grand procès de l’Histoire, celui de Nuremberg, mis en place en 1946 pour juger les grands criminels de guerre nazis – mais pas Hitler qui a préféré se suicider un an plus tôt. Ray D’Addario est l’un des nombreux protagonistes de ce récit.

    On y côtoie aussi – certes, parfois rapidement – Joseph Kessel, John Dos Passos,  le futur chancelier allemand Willy Brandt, le fils de bonne famille Didier Lazard, deux anciens survivant des camps, le journaliste Ernst Michel et la témoin Marie-Claude Vaillant-Couturier. Les hommes dont Alfred de Monstesquiou conte le crépuscule sont les 22 nazis, dont Goering, un crépuscule se référant au célèbre opéra de Wagner.

    S’agit-il d’un énième livre sur le Procès de Nuremberg ? Et bien, oui et non. Le sujet ayant été écrit et tourné à plusieurs reprises, l’auteur a choisi le pas de côté en suivant les journalistes, photographes et traductrices cohabitant au château de Faber-Castell pour suivre l’événement.

    On saluera la masse de documentation qui a été rendu nécessaire pour suivre les onze mois d’un procès qui a changé l’histoire du monde mais aussi du droit international. Nuremberg, symbole de la propagande hitlérienne a été choisi pour solder les comptes d’un régime qui a précipité le monde dans l’horreur. Hitler mort, il reste son cercle le plus restreint : Hjalmar Schacht, Franz von Papen, Hans Fritzsche, Hermann Göring, Wilhelm Keitel, Joachim von Ribbentrop ou Ernst Kaltenbrunner.

    Le tribunal a réservé un sort éloquent pour leurs dépouilles

    Le procès fait parfois figure de décor pour parler du microcosme des reporters, officiels et fonctionnaires alliés. Des amitiés se nouent, des amours naissent (celle de Ray D’Addario et de Margarette Borufka). On s’ennuie ferme aussi au cours de ces mois interminables, ponctués cependant par des moments frappants – les témoignages des anciens déportés ou les récits des grands massacres. On danse, on s’amuse, on drague, on cancane dans cette ambiance crépusculaire, dans une ville qui a été détruite et où l’idéologie nazie est toujours vivante.

    Mais le procès revient au cœur du livre dans les 60 dernières pages, lorsque le procès de Nuremberg en arrive aux verdicts. Et l’on découvre à la fois le sort clément réservé à trois accusés, pourtant centraux dans l’horreur nazie et les détails des exécutions des criminels condamnés à mort. Pour eux, le tribunal a réservé un sort éloquent pour leurs dépouilles. Voilà comment disparaissent les anciennes idoles.

    Le roman d’Alfred de Montesquiou a été salué par un Prix Renaudot. 

    Alfred de Montesquiou, Le Crépuscule des hommes, éd. Robert Laffont, 2025, 384 p.
    https://www.lisez.com/livres/le-crepuscule-des-hommes/97822212676601
    https://www.instagram.com/alfreddemontesquiou
    https://www.facebook.com/alfred.montesquiou

    Voir aussi : "Il faut capturer Mengele"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

  • Womanakwa

    En mars 2026, la Galerie Vallois présente "Womanakwa", le nouveau projet du duo MansAmo. Réalisées en apnée, ces photographies subaquatiques mettent en scène des figures en métamorphose et réinventent un panthéon contemporain, nourri de mythologies internationales.

    Les figures qui traversent "Womanakwa" s’alimentent de mythologies diverses. Le vodun, des traditions d’Afrique de l’Ouest, des sources grecques et égyptiennes apparaissent comme des réservoirs de formes et de récits — non pas pour citer, mais pour activer : activer des archétypes, des gestes, des puissances, des “rôles” symboliques. Ce panthéon ne cherche pas la cohérence savante. Il cherche l’efficacité poétique : faire sentir que le sacré n’a pas disparu, qu’il s’est déplacé. Que des divinités “oubliées” peuvent survivre autrement, sous d’autres formes, dans une autre grammaire.

    Le projet se déploie au-delà des photographies, enrichies par la vidéo, des oeuvres textiles et des textes.

    MansAmo est le duo formé par Mansara et Amaury Voslion. Leur travail croise image, musique, texte et performance, et se construit dans une logique de projets, de mises en scène et de formes hybrides.

    "Womanakwa — MansAmo
    Galerie Vallois (35 rue de Seine, Paris 6e)
    Du 5 au 28 mars 2026, lundi–samedi, 10h–13h / 14h–19h
    https://www.galerie-vallois.com

    Voir aussi : "Gilles Bensimon invité chez Oana Ivan"

    Crédits : MANSAMO / Galerie Robert Vallois

    exposition,womanakwa,galerie vallois,exposition,contemporain

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !