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Articles et blablas

  • Tweet Westeros

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    Chaque dimanche soir, les fans de Game of Thrones (@GameOfThrones) se rassemblent sur Twitter pour discuter des retournements de situation, des dernières aventures des personnages, pour partager leurs mêmes et autres gifs, et live-tweeter avec la communauté. Chaque saison de #GameOfThrones génère des millions de Tweets. En 2016, Game of Thrones a été la série la plus discutée sur Twitter et dans le Top 10 des tendances sur Twitter  - c’est d’ailleurs la seule série télé dans ce top.

    Alors que la saison 7 a commencé hier soir aux États-Unis et que le premier épisode traverse l’Atlantique pour arriver ce soir sur les écrans français, Twitter a analysé Game of Thrones sur sa plateforme. En 2017, dans le monde, il y a eu 13,8 millions de Tweets à propos de la série. Le 21 juin, jour de la sortie de la seconde bande-annonce, a été le jour où il y a eu le plus de Tweets postés.

    Twitter a créé une carte interactive avec tous les personnages de Game of Thrones représentés par des flocons de neige connectés selon les relations entre les différents protagonistes. En cliquant sur un flocon, vous avez un résumé du moment le plus important pour ce personnage (le moment qui a suscité le plus de tweets) et l’épisode durant lequel a eu lieu ce moment fatidique - attention aux spoilers...

    Les épisodes ayant suscité le plus de conversations sur Twitter sont, dans l'ordre :

    - The Winds of Winter (saison 6 - épisode 10 - diffusé le 26 juin 2016*
    - The Red Woman (saison 6 - épisode 1 - diffusé le 24 avril 2016*
    Battle of the Bastards (saison 6 - épisode 9 - diffusé le 19 juin 2016*
    - Mother’s Mercy (saison 5 - épisode 10 - diffusé le 14 juin 2015*
    - Home (saison 6 - épisode 2 - diffusé le 1er mai 2016*

    *Dates de diffusion aux Etats-Unis

    De tous les personnages de la série, quels sont ceux dont on a le plus parlé sur Twitter pendant la saison 6 ?

    - Jon Snow
    - Daenerys Targaryen
    - Sansa Stark
    - Arya Stark
    - Hodor

    Quelles célébrités de la galaxie Game of Thrones sont les plus suivies ?

    - Maisie Williams (@Maisie_Williams)
    - Sophie Turner (@SophieT)
    - George R. R. Martin (@GRRMspeaking)

    Pour ceux ne pouvant être devant leur écran dimanche soir et ne souhaitant pas se faire spoiler le début de la nouvelle saison, Twitter permet de masquer certains tweets dans les timelines en fonction de mots-clés. Plus d’explications dans ce Tweet ou via le Centre d’Assistance.

    https://interactive.twitter.com/winter-is-here
    @GameOfThrones

  • Forçat en eau libre

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    La natation en eau vive a connu un coup de projecteur malheureux durant les Jeux Olympiques de Rio. Lors de la finale du 10 kilomètres, la Française Aurélie Muller, arrivée deuxième, fut déclassée pour une manœuvre jugée anti-sportive. Contrainte de boire la tasse sur la ligne de l’arrivée, l’Italienne Rachele Bruni déposa une plainte auprès du jury qui estima que la Française avait gêné sa concurrente pour lui passer devant.

    La médaille promise lui passait sous le nez et le grand public français découvrait du même coup une sportive de haut-niveau. Canal+ propose en ce moment un documentaire sur cette "marathonienne  des eaux" que la désillusion de Rio a touché mais pas coulé. À l’occasion des championnats du monde de Budapest, le documentaire de Vincent Alix, La Chica del Rio, propose le portrait d’une sportive exceptionnelle.

    Le palmarès d’Aurélie Muller ferait pâlir d’envie pléthores d’athlètes. La nageuse de Sarreguemines a commencé sa carrière dans les bassins avec deux titres de championne du monde junior du 1500 et du 400 mètres mètres nage libre en 2006. En 2008, elle se lance dans les exigeantes mais relativement confidentielles courses en eaux libres, qui sont devenues olympiques à Pékin en 2008. La Française collectionne des performances plus qu'honorables, jusqu’à son premier podium en 2011 aux championnats du monde de Shanghai. Les années 2015 et 2016 marquent la consécration d’une athlète exceptionnelle, avec deux titres de championne du monde et championne d’Europe. De ce point de vue, la disqualification aux JO de Rio lors des 10 kilomètres pourraient faire figure de simple faux-pas dans une carrière marquée par le travail, l’opiniâtreté et le succès.

    Il faut regarder le documentaire de Vincent Alix pour mesurer le talent de ces forçats en eaux libres. En 2017, quelques mois après la déception des jeux olympiques au Brésil, Aurélie Muller se lance dans une course inimaginable, en forme de défi et de rédemption : le marathon de Santa Fe. Cette course en eau libre se déroule sur une distance de 57 kilomètres, pour 9 heures de nage, dans un fleuve sale et secoué, ce jour-là, par le vent et les vagues. Ces conditions infernales rendent d’autant plus ahurissantes ce marathon d’un autre genre. Pour Aurélie Muller, c’est aussi un moyen de se remettre à l’eau et de marquer les esprits. "C’est l’année zéro, donc il me fallait un gros truc pour recommencer. Et là, je suis servie," disait la Française dans les colonnes de l’Équipe.

    La performance d’Aurélie Muller, arrivée à une magnifique 3e place, est exemplaire. Le marathon aquatique Santa Fe-Coronda a certainement marqué la résurrection d’une nageuse qui se voit bien rester encore dix ans dans ce sport surhumain qu’elle vénère.

    Lors des championnats du monde de Budapest qui viennent de se tenir sur le lac Balaton, Aurélie Muller vient de conserver son titre de numéro un mondial au 10 kilomètres en eaux libres. La déconvenue de Rio est d’ores et déjà derrière elle. La Française a déjà en ligne de mire les JO de Tokyo en 2020. La forçat en eau libre est bien décidée à devenir une nouvelle impératrice de la natation française.

    Vincent Alix, La Chica del Rio, 2017, Canal+


  • Bernanos, les robots et la jobsolescence

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    Un spectre hante l'Europe et le monde : le spectre de l’intelligence artificielle. Voilà en substance – et en imitant l’introduction du Manifeste du Parti communiste de Karl Marx – les propos tenus le 20 juin dernier par le spécialiste de l’éducation Charles Fadel sur le site spécialisé CM Rubin World. Cette fondation s’est notamment donnée pour but de permettre à l’éducation de s’adapter à un monde de plus en plus mondialisé, pour le meilleur et pour le pire. Le site a donné la parole à Charles Fadel, fondateur et président du Center for Curriculum Redesign (CCR), également auteur d’un ouvrage de référence, Four-Dimensional Education: The Competencies Learners Need to Succeed (non-traduit en France).

    Charles Fadel ne fait pas preuve d’angélisme à l’égard de la révolution numérique et de son corollaire, l’intelligence artificielle (IA) : aux États-Unis, dit-il, dans les 15 ans, 38 % des emplois disparaîtront, annihilés par l’automatisation. La robotique atteindra des performances jamais atteintes, et qu’il sera impossible de freiner. Charles Fadel précise quels seront ces emplois en danger : ceux concernant les tâches routinières, qu’elles soient techniques ou non (comptabilité, centres d’appel, assistances basique, taxis ou sociétés de nettoyage). Autant dire qu’une pléthore de métiers est appelée à connaître une saignée dramatique.

    D’après l’auteur de Four-Dimensional Education, 9 à 50 % (sic) de la main-d'œuvre des pays développés est susceptible d'être automatisée au cours des prochaines décennies. Si le pronostic le plus optimiste laisse présager des troubles sociaux importants, le plus pessimiste fait figure de véritable cauchemar. L’automatisation des chaînes de productions automobiles avait envoyé en reconversion, au chômage ou à la retraite des millions d’ouvriers dans une relative indifférence ; qu’en sera-t-il lorsque les machines condamneront des centaines de milliers d’emplois à la "jobsolescence" ?

    La jobsolescence promise a, certes, son verso bénéfique : la création de nouveaux métiers. Charles Fadel prédit la naissance ou le développement de professions prometteuses : développeurs d’applications, ingénieurs de voitures autonomes, analystes en data, spécialistes en réseaux sociaux, opérateurs de drones ou designers écologiques. Le hic est que ces professions nécessitent un haut niveau d’expertise. Les places seront chères pour celles et ceux qui voudront être les acteurs de la révolution IA, comparable aux révolutions industrielles précédentes à ceci près que celle que nous sommes en train de connaître est lancée dans une course de vitesse effrénée. Contre cette roue infernale, notre atout majeur est l’éducation. Mais cette éducation devra faire sa mue pour donner des armes au plus grand nombre afin de s’adapter à cette mondialisation technique : "Nous avons besoin de courageux bâtisseurs de cathédrales! Nous devons également aborder les préjugés des experts traditionnels qui s'accrochent à leurs domaines étroits et aux vieilles expériences de nos parents."

    Il y a 70 ans, un auteur a prédit le mouvement technique et mondial de la robotique : Georges Bernanos, avec son essai polémique La France contre les Robots (éd. Castor Astral).

    charles fadel,bernanos,marx,éducation,robots,intelligence artificielleNous sommes en 1947. Dans un monde libéré du nazisme et tourné vers la lutte contre le communisme, l’auteur de Sous le Soleil de Satan lance un avertissement prophétique contre les machines et la technique : "La Civilisation des Machines est la civilisation de la quantité opposée à celles de la qualité. Les imbéciles y dominent donc par le nombre, ils y sont le nombre." En auteur catholique et engagé, Bernanos voit dans les robots la quintessence de l’inhumanité : "Dans la lutte plus ou moins sournoise contre la vie intérieure, la Civilisation des machines ne s’inspire, directement du moins, d’aucun plan idéologique, elle défend son principe essentiel, qui est celui de la primauté de l’action. La liberté d’action ne lui inspire aucune crainte, c’est la liberté de penser qu’elle redoute." Cette primauté de l’action et de l’efficacité nous renvoie à la réalité d’un monde libéral tourné vers la rentabilité à outrance. Bernanos a cette autre citation prophétique et ahurissante, écrite – rappelons-le – en 1947 : "Un jour, on plongera dans la ruine du jour au lendemain des familles entières parce qu'à des milliers de kilomètres pourra être produite la même chose pour deux centimes de moins à la tonne." Cela ne vous fait penser à rien ?

    70 ans plus tard, Charles Fadel fait écho à l’écrivain français grâce à cette alerte en forme de prière : "Nous devrons faire des efforts concertés entre les différents secteurs de l'éducation, des entreprises et des États pour s’adapter aux nouveaux emplois." Sans cela, il est fort probable que les robots et l’intelligence artificielle ne signent notre arrêt de mort : "Un monde gagné pour la Technique est perdu pour la Liberté", avertissait Bernanos en 1947. Nous voilà prévenus.

    CM Rubin World
    http://curriculumredesign.org
    www.twitter.com/@cmrubinworld
    Georges Bernanos, La France contre les Robots, éd. Le Castor Astral, 272 p.

  • Pomme happy

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    Bla Bla Blog avait découvert Pomme à l’occasion de son EP prometteur En Cavale.

    La chanteuse séduit par sa voix fraîche et ses chansons pop d’une simplicité et d’une honnêteté qui en font toute la saveur.

    Pomme sortira son premier album À peu près le 6 octobre prochain. Pour patienter, la chanteuse est à découvrir dans une websérie promotionnelle, Pomme en chiffres. Les deux premiers épisodes sont en ligne.

    L'avenir s'annonce radieux pour Pomme qui sera également en première partie de l'unique concert de Camille, le 25 juillet à Nice, au Nice Music Live Festival.

    "Ma Pomme"
    Pomme en chiffres, websérie, 2017
    http://www.pommemusic.fr

  • Comme des taureaux sauvages

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    Gorillaz, le groupe créé par Damon Albarn et Jamie Hewlett, a créé le 10 juin dernier un festival sur mesure, le Demonz Day Festival.

    Situé en plein cœur de Dreamland, le parc d'attraction de Margate en Angleterre, ce festival d’un soir, unique et ambitieux, rassemblera, outre Gorillaz, des guests stars qui en feraient pâlir d’envie plus d’un : Vince Staples, De La Soul, Denny Brown, Little Simz, Fufanu, Kalis Uchis, Popcaan, Kilo Kish ou Claptone.

    Le Demonz Day Festival a marqué le retour mené tambour battant de Gorillaz, après la sortie mondiale de leur dernier album, Humanz.

    Red Bull TV a mis en place un dispositif pour retransmettre le festival en livestream, incluant la très attendue prestation de Gorillaz aux alentours de 20 heures. Ces retransmissions sont disponibles en replay pour voir ou revoir ce festival d’un soir.

    Gorillaz sera de retour en livestream lors du Montreux Jazz Festival, du 30 Juin au 15 Juillet 2017.

    https://demondayzfestival.com
    https://www.redbull.tv/demondayz

  • Alsacian fake story

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    C’est d’une falsification dont il est question dans le roman de François Hoff, Floréal Krattz, écrivain inachevé (éd. Le Verger). Vraie fausse chronique, l’auteur nous raconte la création d’une imposture littéraire, décidée et pensée par quelques notables et intellectuels alsaciens. À l’instar du trio imaginé par Umberto Eco dans Le Pendule de Foucault, le narrateur se lance avec des congénères falsificateurs dans un canular pensé jusque dans ses moindres détails. L’objectif très sérieux  est d’offrir à l’Alsace une figure emblématique : "Nous allons discuter pour élire une personnalité-phare de la culture, de l’art ou de la pensée alsacienne. Ce sera un choix, forcément arbitraire, et qui ne portera pas nécessairement sur quelqu’un de très connu déjà."

    L’histoire de ce Floréal Krattz commence par la découverte d’un journal anonyme lors de travaux de rénovations d’un lycée de Strasbourg. Son auteur est un obscur professeur ou un pion qui a côtoyé la bonne société du XIXe siècle. Un mystérieux organisme de lobbying, soutenu en sous-main par les autorités régionales et organisé en société secrète, demande à des conjurés triés sur le volet de faire de ce journal le point de départ d’une fake story. Floréal Krattz sera sensé être une "figure positive, dans laquelle les Alsaciens puissent se reconnaître, et dans laquelle on puisse reconnaître les Alsaciens," pour "la construction cohérente et positive de l’Alsace." En bref, une sorte de marque déposée destinée "à améliorer l’image touristique de la région."

    Au terme d’un brainstorming, l’obscur écrivain, dont on a découvert le journal dans la quasi-indifférence, se voit affublé d’un état civil : Floréal Krattz. Cette créature aura vocation à devenir pour l’Alsace ce qu’était James Joyce pour Dublin, Shakespeare pour l’Angleterre ou Frantz Kafka pour Prague.

    La référence à l’auteur du Procès n’est pas innocente. Outre que Floréal Krattz porte les mêmes initiales que Frantz Kafka, il est aussi l’auteur d’un journal capital dans lequel l’obscur Strasbourgeois déplore son incapacité à produire et à publier des œuvres grandioses qui seront découvertes dans ce journal. "L’écriture du moi devient l’activité majeure de sa vie, et elle est, non pas l’accompagnement de son œuvre, mais l’œuvre elle-même." Le travail de faussaire pensé par les conjurés devient mieux qu’une machinerie destinée à duper : une création à part entière donnant vie à Floréal Krattz.

    Les auteurs tracent son parcours de vie, jusqu’à sa mort dans le chaos des bombardements de 1870. Les conjurés littérateurs produisent surtout des textes hétéroclites, l’essentiel de son œuvre littéraire qui serait tombée dans l’oubli : un roman historique (Fabricius ou les Partisans d’Altitona), un roman-feuilleton à la Eugène Sue (Les Mystères de Strasbourg, un ouvrage qui a en réalité été écrit en 2013 par… François Hoff), des références à un drame (Eticon), des poèmes, des cantiques ou des chansons écrits en français, en alsacien ou en allemand, des nouvelles fantastiques, mais également des enquêtes policières, un genre dont est spécialiste François Hoff.

    L’auteur fait de cette fake story alsacienne un roman plus vrai que nature sur un écrivain imaginaire du XIXe. Les références littéraires ne manquent pas : Alexandre Dumas, Eugène Sue, Fustel de Coulanges, Balzac mais aussi, plus proche de nous, Georges Perec, Umberto Eco ou Frantz Kafka.

    Ni génie, ni figure politique, ni intellectuel engagé, Floréal Krattz dépasse le stade du canular littéraire : le succès de ce monstre littéraire échappe à ses créateurs et finit par devenir une idole effrayante. Étrange destin pour cet écrivain alsacien raté promu au rang d’icône régionale, ce qu’un comploteur résume ainsi avec férocité : "Il est médiocre, touche-à-tout, indécis, éclectique, contradictoire. Vous vouliez en faire un Alsacien typique ? Vous l’avez."

    François Hoff, Floréal Krattz, écrivain inachevé (1828-1970), éd. Le Verger, 2017, 247 p.
    http://www.verger-editeur.fr

  • Un art peut en cacher un autre

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    Le catalogue édité pour le programme de l’opéra Nantes-Angers pour la saison 2017-2018 réserve une divine surprise.

    Bien entendu, les passionnés d’art lyrique découvriront les futurs rendez-vous de l’illustre maison ligérienne pour la saison prochaine : une Damnation de Faust de Berlioz, un Fidelio de Beethoven, une nouvelle production du Couronnement de Popée de Monteverdi ou un Rinaldo d’Haendel conduit par Bernard Cuiller.

    Le bloggeur entend cependant s’arrêter sur ce qui fait le vrai plus de ce catalogue : ses illustrations. Bien entendu, le choix promotionnel de faire appel à un artiste photographe pour les catalogues lyriques n’est pas nouveau et d’autres établissements lyriques ont suivi cette mode. L’Opéra de Paris propose ainsi d’épais et classieux programmes, souvent enrichis de clichés au minimalisme qui peut d’ailleurs laisser perplexe.

    Pour la saison 207-2018, l’opéra de Nantes a choisi Nicolas Dhervillers, un photographe internationalement reconnu pour son sens du lyrisme et de la mise en scène.

    Pour le programme musicale de l’établissement nantais, la série Detachment, dont est tirée la majorité des photos, nous transporte dans des paysages grandioses et aux mises en scène picturales (par exemple l’illustration pour Mam’zelle Nitouche de Hervé). Les personnages y semblent soit contemplatifs, soit perdus (la couverture du catalogue). L’illustration pour Fidelio rappellera sans doute les paysages de neige de l’impressionniste norvégien Frits Thaulow, mis à l’honneur lors du dernier Normandie Impressionniste.

    Une photographie de la série Road Movie illustre La Damnation de Faust, cette fois dans une scène que l’on croirait sortie d’un film noir américain. Quant au cliché choisi pour illustrer le Rinaldo d’Haendel, il n’est pas sans rappeler la patte du réalisateur français Fabrice Gobert (Les Revenants, Simon Wemer a disparu).

    Ajoutons aussi, non sans une pointe de regret, qu’un Pelléas et Mélisandre aurait été un dernier et superbe clin d’œil à l’adresse de Nicolas Dhervillers, lui dont les clichés oniriques font le pont entre le symbolisme (une photo tirée de la série Hommages pour le spectacle Atys en Folie) et la modernité (My Sentimental Archives pour Les P’tites Michu).

    L’Opéra de Nantes a créé un catalogue pour faire découvrir sa programmation musicale, et c’est sur un photographe que nous nous enthousiasmons. Comme quoi, un art peut en cacher un autre.

    http://www.angers-nantes-opera.com
    http://www.nicolasdhervillers.com
    Nicolas Dhervillers à Kansas City, Missouri, USA, du 1er septembre au 28 octobre 2017,
    à la Fondation Louis Moret, Martigny, Suisse, du 9 septembre au 15 octobre 2017,
    à la galerie Hiltauwsky, Berlin, du 23 novembre 2017 au 15 janvier 2018

    © Nicolas Dhervillers

  • Les reflex boivent la tasse

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    Les appareils connectés n’en finissent pas de faire la nique aux technologies traditionnelles. Cette fois, ce sont les reflex qui boivent la tasse, avec l’arrivée sur le marché de la DxO ONE qui offre de nouvelles possibilités photographiques aux smartphones.

    La DxO ONE est un accessoire plug & play qui se fixe directement à l’iPhone d’un simple clic. L’écran Retina du téléphone devient un viseur qui permet d’effectuer tous les réglages de l’appareil et de prendre des photos à faire pâlir d’envie.

    Avec ses 108 grammes et ses 7 cm de hauteur, la DxO ONE est ultra-compacte et s’emporte partout, que ce soit dans une poche de short ou un sac de plage.

    Dotée d’un capteur un pouce de 20 Mégapixels et d’une optique haute qualité à ouverture f1/8, elle permet de prendre des photos équivalentes à celles des appareils reflex professionnels, même en
    faible lumière.

    Pour les amateurs de sensations fortes, l’Outdoor Shell permet d’emporter la DxO ONE sous l’eau : son caisson étanche la protège des chocs, de la poussière, des éclaboussures et lui permet d’être immergée jusqu’à 45 mètres de profondeur.

    Le must reste bien entendu la connectivité, via la possibilité de partages des clichés sur les réseaux sociaux ou simplement par MMS.

    Les photographes du dimanche ou de cet été casseront leur tirelire pour ce joujou séduisant. Les amateurs de reflex verront ce nouveau concurrent avec une bonne dose d’amertume.

    DxO ONE, 499 €, Fnac, dxo.com, Amazon
    Les accessoires DxO ONE incluent l’Outdoor Shell au prix
    de 59,90 €, le Stand (support-adaptateur pour trépieds et monopodes) au prix de 24,90 €,
    l’Optical Adapter (adaptateur pour filtres et accessoires optiques) au prix de 24,90 € et le
    Zipped Pouch (pochette de protection renforcée) au prix de 19,90 €
    http://www.dxo.com/fr/dxo-one

    © Sarah Lee

  • Pendant que j’écrivais, j’étais avec elle

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    Le lecteur déplorera le titre plutôt convenu du dernier ouvrage de Philippe Labro, Ma Mère cette Inconnue (éd. Gallimard). Il convient cependant de passer outre et de saluer le choix d’avoir fait figurer sur la jaquette de couverture une photographie de la mère de l’auteur. À l’époque, Netka – c’est le surnom qu’elle portera toute sa vie – est lycéenne à Versailles. Voilà comment son écrivain de fils la décrit des années plus tard, d’après une photo de classe : "Je crois voir dans l’heureuse composition des lèvres et des sourcils, des pommettes hautes et du front, comme une marque de mutinerie, un soupçon d’espièglerie, avec l’expression d’une certaine liberté, de clairvoyance, la lèvre supérieure, côté gauche, relevée, comme pour dire. : « Quelle importance ? »"

    Ces premières pages traduisent déjà une personnalité hors-pair, un caractère exceptionnel et aussi un sens du mystère tel qu’il est étonnant que l’auteur ait attendu des années avant de nous faire le récit sur sa mère.

    Et quel récit ! Cette fille d’institutrice et petite-fille dune journalière (le grand-père était inconnu) a mené une existence à la fois discrète et exceptionnelle, marquée par ce que l’auteur appelle quatre abandons. Le premier est celui de son père, le comte Henryk de Slizien. Au début du XXe siècle, Marie-Hélise, sa mère, tombe amoureuse de cet aristocrate polonais et donne naissance à deux enfants : Henri et Henriette, qui se fera surnommer plus tard Netka. Fruits d’une union illégitime, les deux enfants ne seront jamais reconnus par leur père biologique, qui meurt dans des circonstances brutales. La mère confie d’abord les jeunes enfants à Manny, une genevoise qui leur fera office de nourrice puis de maman de substitution jusqu’à l’âge de neuf ans.

    Lorsque la mère naturelle revient en Suisse pour les emmener en France avec elle, ce départ est vécu par le frère et la sœur, déjà inséparables, comme un déchirement. Les enfants sont confiés à une nouvelle femme, Marraine, en charge d’une pension dans la région parisienne. Contre toute attente, c’est elle qui prendra en charge Henri et Netka, les élèvera, les éduquera, fera en sorte de garantir leur avenir et finira par adopter Henri… mais pas Netka. Que retiendra-t-elle de cette nouvelle forme d’abandon ? Énormément d’amertume et d’incompréhension sans doute, mais aussi un besoin de vivre, de réussir et d’aimer hors du commun.

    Netka a vingt ans et encore une longue vie devant elle, passionnante, tumultueuse, et héroïque aussi. Philippe Labro observe le personnage qu’il a aimé toute sa vie et qu’il admire plus encore.

    Ma Mère cette Inconnue est un récit passionnant, cheminant à travers les années, abandonnant des personnages pendant plusieurs pages avant de les retrouver, parfois transformés. Philippe Labro parvient à faire de ce récit personnel un passionnant roman familial où le désintéressement, l’altruisme et le courage sont érigés en vertus essentielles.

    Netka nous devient proche. Philippe Labro cite en préambule une citation fort à propos d’Albert Cohen : "Voilà, j’ai fini ce livre et c’est dommage. Pendant que j’écrivais, j’étais avec elle."

    Philippe Labro, Ma Mère cette Inconnue, éd. Gallimard, 2017, 181 p.

  • Rock in Vercors

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    Après le succès des deux premières éditions qui ont accueilli jusqu'à 11 500 spectateurs, le Vercors Music Festival revient avec une programmation musicale et riche de promesse pour cette toute jeune manifestation.

    Le festival, installé entre les montagnes du Vercors, propose une programmation panachée, entre têtes d’affiches, groupes émergents, jeunes talents et vedettes internationales : Catherine Ringer, Morcheeba, Tryo, Camille, Matmatah, Radio Elvis, Chinese Man, La Femme,Fakear, François & The Atlas Mountains ou encore Gauvain Sers, la sensation du moment.

    Au programme du Vercors Music Festival, cinq jours de festivités avec des concerts en accès libre l'après-midi, une scène payante sous chapiteaux le soir et des activités tout au long de l’événement.

    Vercors Music Festival du 7 au 11 juillet
    30 concerts · 3 scènes, 15 € à 30 €
    Maison des Sports - 38880 Autrans
    http://www.vercorsmusicfestival.com

  • Manger cool pour courir vite

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    Le titre de cette chronique est une traduction approximative du best-seller surprise américain, Run Fast. Eat Slow (éd. Amphora), vendu aux Etats-Unis à plus de 80 000 exemplaires en six mois. Sorti en France il y a quelques semaines, il devrait faire le bonheur de nombreux sportifs sur notre sol, qu’ils soient amateurs ou professionnels.

    Run Fast. Eat Slow (sous titré : Des recettes savoureuses pour les athlètes) a été écrit à quatre mains par la marathonienne olympique Shalane Flanagan et la chef cuisinier Elyse Kopecky.

    Les deux auteures ont allié leur talent et leur expérience pour concevoir et concocter une centaine de recettes à la fois bonnes, délicates et nutritives pour que la nutrition sportive ne se limite plus aux barres énergisantes ou aux sempiternelles plats de pâtes : "Pourquoi ne pas se faire plaisir avec des mets sympathiques sans trop se soucier des calories, des glucides ou des lipides ? (…) D’autant que nous constatons que les régimes conduisent au déséquilibre alimentaire, à des envies de sucre ou de grignotages et, en définitive, à une surcharge pondérale", écrivent les auteures dans la préface. CQFD.

    Dans Run Fast. Eat Slow, ce sont plus de 100 recettes qui sont proposées par l’ancienne médaillée olympique et l’ancienne directrice de marketing devenue cuisinière professionnelle pour le Natural Gourmet Institute for Health and Culinary Arts.

    Il y en a pour tous les goûts dans ces plats présentés par Shalane Flanagan et Elyse Kopecky : sans gluten, végétariens, végétaliens, bios et conçus si possible par des produits locaux – une précision qui prouve qu’acheter dans des circuits courts est aussi une préoccupation aux États-Unis.

    Le lecteur ne sera pas déboussolé par un ouvrage à la fois intelligent, cool et qui est tout sauf un manuel de coaching pour athlète averti. Les deux auteures précisent d’ailleurs que les recettes proposés ne mentionnent ni mesures de calories, ni décomptes de glucides, protéines et lipides. Shalane Flanagan et Elyse Kopecky se content de faire un focus sur les apports en vitamines, antioxydants ou omégas 3 contenus dans tel ou tel aliment.

    Pour le reste, pas de bavardages inutiles mais des recettes qui donnent envie de se mettre aux fourneaux, que l’on soit athlète ou non : les boulettes de bison marinée, le pesto de roquette aux noix de cajou, le crostini au chèvre, figues et thym, la salade aux nouilles soba et sauce aux cacahuètes du coureur, le poisson en papillotes au citron et aux olives ou les muffins de super-héros.

    Avec ça, peu de risque que l’après-repas se transforme en un long tunnel digestif. Il se pourrait même que vous vous sentiez l’âme d’un sportif et que vous décidiez de prendre en main votre santé et votre corps.

    Shalane Flanagan et Elyse Kopecky, Run Fast. Eat Slow, éd. Amphora, 2017, 242 p.

  • Jon and Roy, musicalement durable

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    C’est à Vancouver que le trio (sic) canadien Jon and Roy a enregistré son septième album The Road Ahead Is Golden, sorti en France le 9 juin en digital et le 23 juin en disque.

    Jon Middleton et Roy Vizer, accompagnés de leur troisième comparse Louis Sadava, proposent une folk musicalement durable, dans les onze titres authentiques de The Road Ahead Is Golden. Jon and Roy nous baladent dans un paysage artistique qui sent bon les voyages, la recherche de la paix intérieure et les grands espaces : "I’m heading for the other side / Where the light is always right / Where we don’t have all these heavy plights / And the loving overrides" (The Better Life).

    Jon and Roy parlent de liberté, d’honnêteté et de cette difficulté à être soi-même, nous obligeant à être dans une course vaine et sans fin : "You're dragging on like wintertime / Rolling through the rubble on your mind / Back in your knowing place / With a weapon you don't want to waste but hey / Now you're on the ground and running" (Runner).

    Pas de chichis pour un groupe qui ne s’embarrasse pas d’artifices ou de technologies : instruments acoustiques, voix posée, mélodies travaillées avec soin. Il est connu qu’il n’y a rien de plus difficile que la simplicité. Mission remplie donc pour le groupe canadien. Jon Middleton affirme ceci : "Nous avons travaillé vraiment dur pour cet album, bien que tout soit arrivé très vite."

    Les successeurs de Nick Drake imposent un pop-folk durable et qui a vocation à durer. Du moins, Jon and Roy s’y emploieront dès cet été, grâce à une tournée en Europe. Ils seront d’ailleurs en concert au Festival Rock Les Bains le 13 août prochain. Pour reprendre le titre de leur dernier album, la route est dorée pour les Canadiens de Jon and Roy.

    Jon and Roy au Festival Rock Les Bains, Plombières-les-Bains (88), le 13 août 2017
    http://jonandroy.ca

  • Cet @ete

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    Allier le plus visuel des réseaux sociaux à la bande dessinée va tellement de soi que personne n’en avait eu l’idée auparavant. Cet été, Arte profite d’Instagram pour proposer Été, un roman graphique que les internautes pourront découvrir quotidiennement, à raison d’une planche publiée chaque jour, ainsi que vidéos.

    Les auteurs de cette création, Thomas Cadène, Camille Duvelleroy, Joseph Safieddine et Erwann Surcouf, proposent une histoire ancrée dans notre époque, celle d’un couple parisien, Olivia et Abel, très amoureux et décidés à se lancer dans un défi pour tester la résistance de leur couple. Pendant deux mois, ils couperont tout contact entre eux, qu’il soit physique ou virtuel.

    Évidemment, au stade de cette chronique, il est impossible pour le bloggeur d’en dire plus.

    Il ne vous reste plus qu’à vous connecter cet été sur l’Instagram de la web-BD Été, sur le compte Instagram proposé par Arte.

    Été, du 29 juin au 25 août 2017, Instagram, @ete_arte

  • Les Seper Hero sont increvables

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    Seper Hero commence comme un drame. Marine Barnérias, étudiante en école de commerce de 21 ans, apprend en 2015 qu’elle est atteinte d’une sclérose en plaques (ou SEP). La stupeur, l’effroi et l’incompréhension anéantissent dans un premier temps cette jeune femme cash, dynamique et entière. Tout un monde s’effondre à l’annonce de cette maladie dégénérative : "Ce n’est pas comme un requin qui vous engloutirait d’un coup, mais on vous croque petit à petit tout en vous laissant avec la conscience de ce qui est en train de se passer."

    Les premiers temps se passent dans les salles d’attente des hôpitaux, dans les urgences ou dans les cabinets des médecins. Marine n’est pas tendre envers certains professionnels, comme le prouve cet échange avec un neurologue dénoué d’empathie et qui lui dit ceci : "Je ne m’attache pas aux patients, sinon je ne pourrais pas exercer ce métier." No comment.

    Le cataclysme de la SEP bouleverse l’étudiante qui décide cependant, dans une audace inconsciente, de se lancer dans un projet solitaire et ambitieux : effectuer un voyage d’environ un an et demi en Nouvelle-Zélande, en Birmanie et en Mongolie. Derrière ce défi humain, il y a d’abord le besoin, dit l’auteure, de remettre debout trois piliers qui ont été mis à mal par sa maladie : le corps, l’esprit et l’âme.

    Mue par cette "seper envie de partir", Marine rejoint l’autre bout du monde avant de commencer un périple hors du commun en avion, en bateau, en car, à pied ou en auto-stop. La jeune femme entend faire de cette aventure un voyage initiatique : "Être face à mon stress ! C’était bien le but de mon départ ! Le stress est la première chose que je souhaite essayer de mettre de côté."

    L’étudiante française, citadine, insouciante mais aussi tête en l’air, fait de sa maladie un camarade de route qu’elle personnifie et nomme Rosie : "Je commence par parler à ma sclérose. Je lui parle tout le temps, comme à un compagnon de voyage. Et elle l’est. Je lui demande beaucoup de choses pour notre colocation. À sa place, j’aurais rendu les clefs depuis longtemps ! On se connaît à peine et elle a déjà une liste de critères à remplir. Je me force à ne pas penser ni réfléchir, mais uniquement à marcher et écouter."

    La rencontre avec les autres, ces inconnus parlant une autre langue, ces Européens parfois simples touristes ou ces expatriés français devient finalement l’autre but de Marine. Munie de sa pancarte "DONT WORRY, I AM COOL !" et surtout d’un sens du contact étonnant, l’increvable "seper hero" fait tomber les différence de langues, de cultures et de comportements pour partir à la rencontre de ces inconnu(e)s : un pianiste à Queenstown, le Maori Ray, Helionor, une jeune avocate française atteinte elle aussi de SEP, le guide birman Ko Saw, l’expatrié vosgien Côme, l’éleveur mongol Ikbath, ou le couple tsaatan Mooji et Dolgor. Voilà ce que l’auteure dit au sujet des Birmans qu’elle croise : "Durant ce passage au lac Inle, j’ai rencontré une multitude de personnes. J’ai l’impression que ça devient une drogue de découvrir les autres et leur histoire. La rencontre m’apaise et me stimule."

    Le voyage au long cours de Marine est bien entendu semé d’embûches. La SEPer globe-trotteuse rappelle que faire du stop en 2017 reste toujours aussi risqué. La solitude, le manque de la famille et des amis, le stress, la peur et l’angoisse font partie du quotidien de la jeune voyageuse. La citadine occidentale découvre aussi la puissance de la nature : "C’est une impression assez étrange de communion et de proximité avec la nature qui nous laisse exister pour qui nous sommes, car la nature nous a fait comme ça !" Marine se trouve propulsé dans des pays d’un autre temps. En Mongolie, chez les Tsaatan ("les rois de la nature domestiqués"), c’est comme en cow-boy d’un Eastern préservé qu’elle côtoie les chevaux des steppes mongoles : "Les chevaux sont magnifiques, un gabarit beaucoup plus petit par rapport aux chevaux européens. Mais ils sont mille fois plus robustes. Ici la manucure équestre n’existe pas, ni la crème hydratante ou le démêlant. C’est remplacé par l’eau des rivières, la boue pour se protéger des moustiques et le vent pour se brosser le crin."

    Finalement, les découvertes les plus fondamentales sont aussi les plus simples : le partage, les sourires, l’hospitalité, l’entraide, l’amitié, le rire, la fraternité mais aussi la méditation lorsque Marine choisit de s’isoler dix jours dans un monastère bouddhiste. "Oui, l’Homme existe, je l’ai rencontré. Le bon, le bienveillant, le généreux, le vrai, il existe ! Et il est Birman !" affirme avec force la petite Française.

    Ce qui devait être un voyage pour oublier une maladie terrible et entreprendre un challenge personnel se révèle être un modèle d’abnégation, d’ouverture et de reconstruction. La femme et l’homme occidental y trouvent matière à réflexion : "Quel est cet esprit vagabond si instable, si faible, si agité, sans paix, sans tranquillité ? Il ressemble à un singe qui bondirait de branche en branche. D’un sujet à l’autre. Comme un taureau en liberté."

    Voyage physique et voyage intérieur : telles sont les deux facettes de cette aventure à l’autre bout du monde. Marine Barnérias sort transfiguré, à la faveur de cette passagère à la fois discrète et sournoise qu’est Rosie : "Je me rends compte que j’ai de plus en plus envie de construire ma vie." La SEP, terrible et impitoyable, est comme domptée contre toute attente par une petite bonne femme increvable : "J’étais dans le déni de ma maladie et que je savais qu’un traitement n’aurait pas fonctionné."

    Marine Barnérias adresse de saisissantes suppliques à ses lecteurs : "En fait, nous sommes tous malades. Il est LÀ le message que j’aimerais faire passer. La plus grosse maladie pour moi est de ne pas s’écouter… La solution n’est pas forcément le voyage, loin de là, mais le voyage à l’intérieur de soi." Un double voyage "interdit" que la Sepeuse a accomplie : elle ne savait pas que c’était impossible, alors elle l’a fait.

    Marine Barnérias, Seper Hero (Le voyage interdit qui a donné du sens à ma vie),
    éd. Flammarion, 2017, 472 p.
    Seper Hero : chaîne Youtube

    Page Facebook de Marine Barnérias
    Extraits de Seper Hero

  • Le philosophe aux plateaux

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    À quelques jours du Tour de France, Libération publie le portrait d’un coureur atypique de la Grande Boucle. Guillaume Martin, grimpeur normand de 24 ans de l’équipe belge Wanty-Groupe Gobert, peut en effet au mieux incarner l’image du "sportif intello", lui qui a signé il y a trois ans un mémoire de Master 2 en philosophie au sujet détonnant : Le sport moderne : une mise en application de la philosophie nietzschéenne ? Le journaliste Pierre Carrey consacre deux pages à ce sportif de haut niveau peu connu du grand public et qui semble incarner l’idéal du mens sana in corpore sano.

    L’ancien étudiant en philosophie à Nanterre, aujourd’hui coureur professionnel aux résultats encourageants (18e du dernier Dauphiné Libéré), fait bien mieux qu’endosser le rôle d’"intello du peloton" – un cliché utilisé il y a quelques décennies au sujet de Laurent Fignon, sous prétexte que le double vainqueur du Tour était titulaire d’un bac, aimait lire et… portait des lunettes. Guillaume Martin assume et revendique sa passion pour la philosophie : il cite Nietzsche, son auteur fétiche, pour parler du sport moderne, et en premier lieu du cyclisme professionnel. Comme le rapporte Pierre Carrey, au début du XXe siècle le sport est venu remplacer la religion après cette "mort de Dieu" proclamée par le "philosophe au marteau". Guillaume Martin considère que "La pensée de Nietzsche offre une nouvelle relation au corps et au sport, différente de l’héritage judéo-chrétien."

    Voilà donc l'auteur d'Ainsi parlait Zarathoustra convoqué pour permettre au sport de retrouver des "fondamentaux" sportifs, bien loin des travers connus des compétitions modernes (professionnalisation, dopage, financiarisation, nationalisme et comportements haineux du supporter). Le sport doit retrouver son essence profonde – et nietzschéenne : plaisir de la confrontation pacifique, désir d’affirmation de soi, dépassement de soi pour devenir un Surhomme (et non pas une "mutant" dopé aux produits de synthèse) : "Il nous a semblé que la philosophie de Nietzsche pouvait permettre de penser le sport de manière plus authentique que ne le permet la morale qui le gouverne de nos jours".

    Féru de philosophie, de savoirs et de culture autant que passionné par son sport, Guillaume Martin n’oublie pas de prévoir pour les trois semaines de la Grande Boucle de s’alimenter en livres, que le journaliste énumère : Informatique céleste de Mark Alizart, 2000 ans d’Histoire gourmande Patrice Gélinet, un récit de voyage dans les Rocheuses au début du XIXe siècle et Les Affinités électives de Goethe.

    Singulièrement, aucun ouvrage philosophique n’accompagnera les soirées du cycliste philosophe durant le Tour de France. Philosophe et écrivain car, pour brouiller encore plus les pistes, le sportif se fait aussi homme de lettres et dramaturge. Il vient d’écrire une pièce de théâtre, Platon VS Platoche, bien entendu sur son sujet de prédilection, avec en guest-star Socrate et Diogène.

    Pas de quoi cependant désarçonner ce sportif talentueux, à quelques jours du début du Tour. Guillaume Martin entend bien mettre entre parenthèses pendant quelques jours la chose philosophique contre guidons, plateaux ou dérailleurs. Cycliste perché ? Le grimpeur de la Wanty-Groupe Gobert a ce mot plein d’esprit : "Moi, nietzschéen ? N’est-ce pas contre-nietzschéen que de se dire nietzschéen ?"

    Pierre Carrey, "Guillaume Martin, le Nietzsche dans le Guidon", Libération, 27 juin 2017