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• • Articles et blablas

  • Élise Bertrand, de l’ombre à la lumière

    La musique contemporaine est toujours une aventure autant qu’une parenthèse enchantée. À cet égard, Élise Bertrand ne pouvait choisir meilleur titre que Talisman pour son deuxième album. Voilà un coup d’éclat autant qu’une confirmation après son premier opus, Lettera Amorosa. Nous avions aussi parlé de son récent concert à Gien (Loiret).

    Accompagnée de ses ami⸱e⸱s – Adèle Charvet, Emmanuelle Demuyter, Raphaël Sévère, Nathanaël Gouin, le groupe Les Métaboles et Léo Warynski – la compositrice et violoniste (mais aussi pianiste) propose une sélection de ses pièces de musique de chambre. Pour certaines, la musicienne se met elle-même à l’archer et au clavier.

    L’opus 17, Dans les abysses de lumière, avec Nathanaël Gouin au piano, résonne comme un chant à la fois funèbre et plein d’espoir. Pudeur, intimité et inquiétude se croisent, non sans des éclats de lumière et des silences éloquents. À l’audace d’écriture d’Élise Bertrand vient répondre le jeu précis et expressif au piano de Nathanaël Gouin. Oui, semble nous dire la compositrice, on peut encore proposer des pièces exigeantes comme celle-ci.

    Talisman offre une large place à la poésie. Il y a, pour commencer, l’opus 12, Âme de nuit. Dans l’esprit musique française du XXe siècle, la mezzo-soprano Adèle Charvet, accompagnée de Nathanaël Gouin au piano, propose trois adaptations de poèmes de Maurice Maeterlinck (1862-1949), Claude Roy (1915-1987) et Victor Hugo (1802-1885). Les espoirs vains, les attentes déçues et les absentes constituent le cœur d’Âme chaude, un poème de Maeterlinck tiré des Serres chaudes. La littérature française, la tradition de la mélodie française et la musique contemporaine se rejoignent dans cette première partie d’Âme de nuit. La voix d’Adèle Charvet plane avec onirisme mais aussi une pudique douleur. On peut remercier Élise Bertrand d’avoir su débusquer La Nuit, un extrait des Poésies de Claude Roy, journaliste et écrivain devenu rare. Et l’on constate les parentés entre Maeterlinck et Roy, le dernier se montrant plus parnassien qu’on ne le pensait de prime abord : "Après l’aube la nuit tisseuse de chansons / s’endort d’un songe lourd d’astres et de méduses / et les jambes mêlées aux fuseaux des saisons / veille sur le repos des étoiles confuses."

    La nuit, le silence, la méditation, le sommeil et la nature source de méditation. On retrouve ces thèmes dans Nuits de juin de Victor Hugo ("L’été, lorsque le jour a fui, de fleurs couverte / La plaine verse au loin un parfum enivrant ; / Les yeux fermés, l’oreille aux rumeurs entrouverte, / On ne dort qu’à demi d’un sommeil transparent..." Troisième auteur, troisième poésie, troisième époque mais la même cohérence et intelligence de composition.

    Talisman offre une large place à la poésie

    Élise Bertrand, au violon, vient accompagner Nathanaël Gouin pour sa Sonate-Poème, opus 11. Trois mouvements, Aria-Allegro, Nocturne et Finale, constituent cette pièce écrite comme un chant de vie et de mort. Le violon vient pleurer l’absence, la douleur mais aussi l’impérieux désir de danser au-dessus du vide (Aria-Allegro). Le violon se fait onirique dans le Nocturne. Il semble même flotter tel un ectoplasme gémissant, avant un Finale explosif mettant la vie comme le grand vainqueur de ce poème musical.

    Poésie encore avec l’opus 5, l’œuvre la plus "ancienne" (pardon, "précoce") de la jeune compositrice. Elle a été créée le 29 mars 2019 lors de la demi-finale du 27e Concours International de Piano d’Épinal. Ce Poème est une œuvre pour piano au néoromantisme de notre époque (d'ailleurs, Bla Bla Blog avait malicieusement intitulé le premier article consacré à la musicienne : "Ultra moderne romantique"), tout en assumant ses liens de cœur avec la musique française du début du XXe siècle.

    Décidément, le deuxième album d’Élise Bertrand est placé sous le signe de la littérature et de la poésie. Une preuve supplémentaire avec ses Trois mélodies sur un thème d’Eluard, opus 9. Cette fois, Élise Bertrand est au piano, accompagnant Emmanuelle Demuyter. Dans Ta bouche aux lèvres d’or, le chant de la soprano, léger et mystérieux, revivifie la mélodie française que l’on pensait disparue depuis des décennies : "Souvenirs de bois vert, brouillard où je m'enfonce / J'ai refermé les yeux sur moi, je suis à toi". Élise Bertrand fait allier avec justesse néoromantisme et contemporain, en s’emparant de grands textes (J’ai fermé les yeux). Emmanuelle Demuyter est sa partenaire idéale : onirisme, détachement, pudeur. Sa voix en tension hypnotise littéralement (Ordre et désordre de l’amour).

    On a plaisir à écouter Élise Bertrand au violon interpréter la courte Sonate pour violon seul, opus 16, en trois mouvements et sans indication de tempo. La musicienne semble marcher sur les pas de ses aînés, ceux de la seconde école de Vienne (Schoenberg, Berg, Webern) : audace dans l’écriture, expressivité, rythmes hypnotiques (III) et tensions extrêmes. Une facture contemporaine qui fait le grand saut entre les premières années du XXe siècle et 2026.  

    La Psalmodie, opus 20 voit surgir la clarinette miraculeuse de Raphaël Sévère, en trio avec Élise Bertrand au violon et Nathanaël Gouin au piano. Cette pièce de chambre s’écoute comme une prière, sombre et pathétique. La magie opère dans ce morceau qui prend son temps, comme s’il s’agissait pour la compositrice d’une déambulation dans une lande inquiétante.

    Un dernier poème vient conclure l’album. Et, surprise, il s’agit de Sully Prudhomme (1839-1907). On l’a peut-être oublié, mais il fut, en 1901, le premier lauréat du Prix Nobel de Littérature. Élise Bertrand a choisi d’adapter en musique le poème Ce qui dure (op. 31). Le groupe Les Métaboles, dirigé par Léo Warinski, l’interprète. Impossible de rester insensible à cette version pour six voix mixtes qui vient nous parler du temps qui passe et de la jeunesse disparue : "Nous ne voyons plus sans envie / Les yeux de vingt ans resplendir, / Et combien sont déjà sans vie / Des yeux qui nous ont vus grandir !" Moderne et épurée, mélodieuse et pudique, cette pièce s’écoute avec recueillement, telle une œuvre grégorienne… et laïque tout à la fois.

    Finalement, la plus grande audace d’Élise Bertrand n’est-elle pas à la fois la simplicité et l’art d’amener le contemporain là où on ne l’attendait pas ? 

    Élise Bertrand, Talisman, NoMadMusic, 2026
    https://www.nomadmusic.fr/fr/album/talisman
    https://elise-bertrand.fr
    https://www.facebook.com/elise.bertrand.35
    https://www.instagram.com/elise.musician

    Voir aussi : "Qu’elles caractères…"
    "Élise Bertrand, ultra moderne romantique"

  • "Échange de patins" : Extrait 5"

    Alors qu’il discutait avec Stephan, Diane remarqua que Brian était absorbé par son téléphone. Elle le rejoignit pour échanger avec lui sur son nouveau projet. Comment prenait-il la situation ? Elle mit en place ses protège-patins sous ses bottines, dépassa la balustrade et le rejoignit dans les gradins. Il remarqua sa présence et lui grimaça plus qu’il ne lui sourit.
    — Tu en penses quoi ? lui demanda-t-elle. Il la fixa, mal à l’aise.
    — Tu parles de reprendre la compétition sans moi, de me laisser ?

    Arsène K., Échange de patins, éd. Jenn Ink, 2026
    https://www.facebook.com/ArsneK1

    Voir aussi : ""Échange de patins" : Extrait 4"

    Photo : Pexels -  Erik Mclean

  • Coutures

    Les Cramés de la Bobine présentent à l'Alticiné de Montargis le film Coutures. Il sera visible du 1er au 7 avril. Soirée débat le mardi 7 avril à 20H30.

    A Paris, dans le tumulte de la Fashion Week, Maxine, une réalisatrice américaine apprend une nouvelle qui va bouleverser sa vie. Elle croise alors le chemin d’Ada, une jeune mannequin sud‐soudanaise ayant quitté son pays, et Angèle, une maquilleuse française aspirant à une autre vie. Entre ces trois femmes aux horizons pourtant si différents se tisse une solidarité insoupçonnée. Sous le vernis glamour se révèle une forme de révolte silencieuse : celle de femmes qui recousent, chacune à leur manière, les fils de leur propre histoire.

    Coutures, drame rançais d’Alice Winocour
    avec Angelina Jolie, Ella Rumpf, Anyier Anei, Louis Garrel et Vincent Lindon, 2026, 107 mn

    Scénario : Alice Winocour
    https://www.cramesdelabobine.org/spip.php?article5184 

    Voir aussi : "Lili Marleen"

  • Dure et douce Abyr

    Abyr, c’est l’une des voix françaises (ou plutôt libano-française) les plus généreuses et les plus bouleversantes du moment. Elle exprime sa sensibilité sur la couverture de son premier album sobrement nommé Abyr, né en partie grâce à un financement participatif de 114 contributeurs. Son regard triste semble ailleurs. Sans doute est-il destiné à son pays d’origine, le Liban.  

    Le premier titre, Je suis ton voisin, s’écoute comme une déclaration d’amour pour ces frères et sœurs exilés "Je suis ton frère de courage, / nos langues se ressemblent un peu, / Je suis ton frère de naufrage, / On ne sait plus vivre heureux"

    L’expatriée née au Pays du Cèdre tend la main vers ces autres voyageurs douloureux. Elle semble donner un visage à ces migrants. Qui mieux qu’elle pouvait les chanter, elle qui est née d'un père libanais et d'une mère palestinienne au milieu de la guerre civile ? Elle en parle avec tendresse et compassion : "Eux, ils serrent très fort leurs petits, / On n’entend même plus leurs cris, / Et si c’étaient nos bambins / qui devenaient clandestins" (Avancer).  

    La chanson de la franco-libanaise est enrichie d’influences orientales, grâce notamment à sa collaboration avec le musicien Sebka et l’arrangeur Antoine Rault. On pense à Al Hamdoulillah, portrait tendre d’une femme voilée : "Autour de son cou elle porte la clé de sa maison, / Un voile sur la tête et sa foi qui brille comme une étoile". Plus loin dans l’opus, Vol de plaisir y fait écho avec un souvenir d’enfance : d’une tente dans une rue de Mumbai à un départ en avion. Un déracinement, un déchirement. Impossible de rester insensible à ce morceau à la fois dur et doux : "J’ai pris le temps / De raconter mon histoire / Aux hommes bienveillants" (Vol de plaisir).

    Abyr dévoile de nouveau ses blessures dans Je cherche l’enfance : "J’ai reçu en, héritage / Le syndrome du réfugié / Prête à reprendre le large, / Jamais en sécurité". Un tel traumatisme a laissé des traces : son enfance lui apparaît comme un "oiseau blessé", quant à son adolescence, elle a dû "la voler". D’enfance, il en est encore question dans la touchante Émilie, ma poupée. Une tendre chanson pour un jouet, symbole encore de l’enfance de l’artiste. Mais aussi une confession sur la fin de l’innocence, broyée par les adultes.

    Un déracinement, un déchirement

    On le sait, la solitude a été un thème régulièrement chanté dans notre répertoire, que ce soit par Ferré, Moustaki ou Barbara. Il n’est donc pas étonnant de la retrouver ici avec le titre Solitude chérie, cette fois interprété avec un mélange de mélancolie et de plaisir : "Solitude mon amie, / Tu me suis pour la vie, / malgré moi j’ai trouvé un abri / Sous le ciel de Paris".

    Installée en France, Abyr n’oublie pas pour autant son pays natal. Elle tourne son regard et réserve ses pensées à ses compatriotes restés là-bas (À ceux qui restent). Un morceau écrit bien avant les événements actuels du Moyen-Orient, dans lequel la Franco-libanaise parle de l’explosion du port de Beyrouth en 2020.  

    On aime la voix fragile et presque enfantine d’Abyr, et plus encore la poésie mélodique de cet album, à l’instar de Rêver. Rêver pour s’extraire du malheur, des apparences, du "grand froid" et des illusions : "Loin du paradis sur la terre / Je préfère m’envoyer en l’air / Dans mon voyage en solitaire".

    L’auditeur ou l’auditrice écoutera avec tendresse ces saynètes intimes dans lesquelles, en quelques mots, Abyr ouvre grand ses souvenirs, ses regrets et ses inspirations (Du bonheur dans un carton).  Mais arrêtons-nous sur l’une des chansons les plus réussies de l’opus. Il y a du Brassens dans l’irrésistible Vivre mieux que mourir, en forme de dialogue avec le cœur de la chanteuse : "Sachons mieux vivre que mourir / Et ne rien, regretter", confie-t-elle comme un conseil ou une prière.

    L’album se termine avec Tu ne me changeras pas, une jolie déclaration d’amour et d'indépendance, qui est celle d’une femme libre ("Je suis de celles qui papillonnent"). Qu’on se le dise : Abyr n’est pas de celle qui reste en place. Dur pour ceux qui veulent rester avec elle : elle ne sera jamais leur "conquête". Indépendante jusqu’au bout des ongles. Et assurément une grande voix de la chanson.

    Abyr, 2025
    https://www.facebook.com/abyrchanteuse
    https://www.instagram.com/abyr_chanteuse
    https://linktr.ee/abyrchanteuse
    En concert le 18 avril à Morogues (18) – Les Hauts de Loye / Co-plateau avec Sebka
    le 12 juin 2026 à Nilvange (57) – Le Gueulard / Co-plateau avec Sebka
    le 13 juin 2026 à Wissembourg (67) – L'Escale / Co-plateau avec Sebka
    le 28 juin2026 à La Charité-sur-Loire (58) – La Goguette de l’Île

    Voir aussi : "Pauline Brideron, entre onirisme et steampunk"
    "Un monde nouveau pour Hugo Jardin"

  • Thierry Caens a le Smile

    C’est une invitation autant musicale que cinématographique que nous propose le trompettiste Thierry Caens dans son nouvel opus bien nommé La Strada (Indésens). C’est justement le titre de Nino Rota qui ouvre cet album coloré qui devrait ravir autant les amoureux et amoureuse du 7e art (mais aussi de la télé) que les mélomanes. Il faut souligner l’excellent livret de l’album physique qui permet de faire un focus sur les compositeurs présents dans lequel l’instrumentiste parle de ces musiciens et souvent amis. Ajoutons que l’instrumentiste avait participé à la BO de Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau. Cinéma et musique, déjà. 

    Pour La Strada, le jeu subtil de Thierry Caens sert à merveille le titre du chef d’œuvre de Fellini, mêlant insouciance italienne, sens de la fête, expressivité mais aussi mélancolie. Le trompettiste ne surjoue pas : dans cette adaptation "de chambre", il respecte La Strada, avec le même souhait de nous ramener quelques années en arrière. De même, Manix, l’un des chefs d’œuvre de Lalo Schifrin, respecte l’esprit insouciant des sixties : densité orchestrale, sens du rythme, couleurs. On retrouve la même facture jazzy et la même douce nostalgie dans La Panthère Rose d’Henry Mancini, célèbre grâce à sa mélodie culte.  

    On est ravis de trouver dans un album qui sent l’amour du cinéma, la Cavatine extraordinaire de Stanley Myers, extraite du Voyage au bout de l'enfer. Si peu jouée mais pourtant si exceptionnelle. Quand l’écoutera-t-on enfin dans des concerts ou des albums classiques.

    Outre le néoclassique et paradoxalement très français Papillon de l’Américain Jerry Goldsmith, tiré du chef d’œuvre éponyme avec Steve McQueen et Dustin Hoffmann, l’auditeur ou l’auditrice découvrira sans doute l’onirique La Maison du lac de Dave Grusin. Le film de 1981 avec Katharine Hepburn, Henry Fonda et Jane Fonda est certes sorti de beaucoup de têtes. Voilà qui rend l’adaptation de Thierry Caens particulièrement importante et donne envie de voir ou revoir ce film délicat et crépusculaire sur les liens familiaux et sur le temps qui passe.

    Crépusculaire, Le bon, la brute et le truand l’est aussi. On le doit au "génie absolu" Ennio Moriconne  (les mots sont de Thierry Caens himself). Le trompettiste avait le choix dans les quelques 500 films du maestro italien. Il a choisi ce morceau culte et sombre du western spaghetti considéré comme un chef d’œuvre – encore un !

    La vie est belle est le plus beau titre de cet album, au point qu’il vous tire inévitablement les larmes aux yeux

    Autre western, le film The Alamo est porté par une bande-son écrite par le compositeur américain Dimitri Tiomkin, né en Ukraine et nationalisé américain et que le célèbre trompettiste français considère comme "un des plus brillants compositeurs de l’âge d’or hollywoodien". Mélodie simple et efficace, retenue et efficacité. Voilà qui fait la qualité de The Alamo, certes pas le plus connu des titres de l’album.

    S’il est un nom reste à l’âge d’or hollywoodien, c’est bien celui de Charlie Chaplin. Réalisateur de génie (peut-être le plus grande l’histoire du cinéma), il fut aussi, et on le sait moins, un compositeur tout aussi génial. Thierry Caens propose une adaptation pour trompette de Smile, tiré des Temps modernes. Il fait de ce standard un titre jazz et glamour. De quoi (re)tomber amoureux ou amoureuse.

    On ne dira jamais assez quel formidable compositeur fut John Barry, trop souvent limité à "l’indicatif" de James Bond. Une preuve avec cette version pour trompette de Danse avec les loups. On a certes le droit de préférer l’original à l’harmonica, il n’en reste pas moins que l’adaptation à la trompette a tout son charme.

    Non sans audace, l’instrumentiste propose une adaptation de Psychose, la musique-générique du film d’épouvante d’Hitchcock. Trompettes, percussions et cordes ressassent le célèbre thème, aussi célèbre que la fameuse scène de la douche. L’esprit sixties est là, tout comme l’esprit machiavélique planant au-dessus du Bates Motel. Moins connu, le titre de Marvin Hamlisch, Nos plus belles années, invitent à la nostalgie et à la douceur. Ce morceau, peu connu, est proposé grâce à la collaboration du trompettiste avec le duo Cordes et Âmes.

    Pour finir,  Bla Bla Blog se lance avec courage : l’interprétation de La vie est belle est le plus beau titre de cet album, au point qu’il vous tire inévitablement les larmes aux yeux. La "faute" à cette orchestration fine et au jeu tout en retenu de la trompette. Il est rare d’entendre de telles musiques de film pouvant porter en quelques mesures la joie, la douleur, la paix et la mélancolie. On la doit à Nicola Piovani. Rien que pour ce morceau, cet album Strada est à se procurer et à écouter impérativement. Et au moins dix mille fois !

    Thierry Caens, La Strada Les grandes B.O. du cinéma international,
    avec l’Orchestre National Avignon-Provence et l’Orchestre Dijon-Bourgogne, Indésens Calliope, 2026

    https://indesenscalliope.com
    https://www.thierrycaens.com

    Voir aussi : "Élévations et émancipations"

  • Lili Marleen

    Les Cramés de la Bobine présentent à l'Alticiné de Montargis le film Lili Marleen. Il sera visible du 1er au 7 avril. Soirée débat le dimanche 5 avril à 20H10.

    En 1938, à Zurich, Willie, une chanteuse allemande, aime Robert, un musicien qui appartient à une organisation secrète chargée d’aider les Juifs à fuir l’Allemagne. Le père de Robert refuse cette liaison et fait en sorte que les deux amants soient séparés. La guerre éclate. Forcée de rester en Allemagne, Willie enregistre une chanson, « Lili Marleen », diffusée aux quatre coins du Reich et qui devient un véritable triomphe. Les soldats font de cette chanson leur hymne, les Nazis leur emblème.

    Lili Marleen, drame allemand de Rainer Werner Fassbinder
    avec Hanna Schygulla, Giancarlo Giannini, Mel Ferrer et Karl-Heinz von Hassel, 1981, 121 mn

    Scénario : Werner Fassbinder et Manfred Purzer
    https://www.cramesdelabobine.org/spip.php?rubrique1656 

    Voir aussi : "Urchin"

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  • Lorsque George rencontre Maurice

    C’est avec Fanfare pour l’Éventail de Jeanne, une pièce peu connue de Maurice Ravel que commence l’album Ravel meets Gershwin (Indésens). L’opus propose des œuvres pour piano à quatre mains de Maurice Ravel et George Gershwin uniquement. Ce programme, une rencontre entre George Gershwin et Maurice Ravel, est proposé par Audrey Lonca-Alberto et Paolo Rigutto.

    Une telle rencontre fait référence à l’année 1928. Le 7 mars de cete année-là, Maurice Ravel fête ses 53 ans à New York. Une réception et un concert ont lieu. S’y produit le jeune compositeur américain George Gershwin. Il interprète devant le maestro français sa nouvelle composition, la Rhapsody in Blue. C’est ce choc musical qu’entend faire revivre l’album Ravel meets Gershwin.  

    Fanfare pour l’Éventail de Jeanne, qui ouvre l’album, est une courte pièce de l’auteur du Boléro. Elle est tirée de du ballet pour enfant L'Éventail de Jeanne, une œuvre collective de 1927 écrite par dix compositeurs. Parmi ceux-ci, on trouvait le meilleur de la musique française de l’époque, que ce soit Jacques Ibert, Albert Roussel, Darius Milhaud, Francis Poulenc, Georges Auric, Florent Schmitt ou Maurice Ravel, justement.

    Ce dernier s’est amusé à composer une "fanfare lilliputienne" (dixit Roland-Manuel, un autre de ces compositeurs sollicités pour l’occasion). Frivoles et sérieux, Audrey Lonca-Alberto et Paolo Rigutto semblent s’échauffer avant l’un des gros morceaux, Un Américain à Paris de Gershwin.

    Rencontre franco-américaine

    Moins connu aujourd’hui que la Rhapsody in Blue, présente du reste dans l’album, la pièce symphonique du compositeur étasunien, écrite en 1928, a servi de bande-son pour le chef-d’œuvre éponyme de Vincente Minnelli. Les pianistes la déploient avec générosité et le sens du swing. Avec Gershwin, le classique et le jazz font plus que bon ménage : il y a des étincelles et de l’amour dans cette pièce insouciante et d’une folle modernité. Tout Gershwin est là : couleurs, rythmes, allants.

    Lors de la soirée d’anniversaire du 7 mars 1928, la Valse de Ravel est jouée. Audrey Lonca-Alberto et Paolo Rigutto la proposent dans sa version pour deux pianos. Il s’agit d’une valse triste, au départ composée en mémoire de Johann Strauss Père, mais que l’expérience de la première guerre mondiale (Ravel en sortit blessé) transforme en pièce oscillant entre l’ombre et la lumière. L’insouciance des danseurs donne l’impression qu’ils valsent au bord du précipice. Voilà qui rend cette œuvre si attachante, tiraillée entre la vie, la danse, l’amour et la mort inéluctable.

    On n’est pas étonnés de retrouver dans l’opus du couple Lonca-Alberto - Paolo Rigutto le chef d’œuvre de Ravel, Pavane pour une infante défunte. C’est une pièce fréquemment jouée pour orchestre. Elle se trouve ici dans une version pour deux pianos, ce qui lui donne un cachet intime. Ce chant d’adieu se fait pudique, la douleur se cache derrière les délicates perles de piano.

    Honneur à Gershwin pour terminer cette rencontre franco-américaine. L’auditeur ou l’auditrice découvriront sans doute les Trois Préludes jazzy. La musique classique est ici soigneusement dépoussiérée, à l’image du court et rutilant Allegro ben ritmato e decisio. Le compositeur américain surprend avec le deuxième Prélude, un Andante en forme de marche funèbre, toujours, classe, élégant mais aussi rythmé. Mais la vie ne saurait pas ne pas prendre sa revanche. C’est l’objet de l’autre court Allegro ben ritmato e decisio, venant bien sûr en écho au premier Prélude.

    On parlait de la Rhapsody in Blue présente dans Ravel meets Gershwin. Quel plaisir de le voir présent, même s’il demeure l’un de ces tubes archi-joué ! A ce sujet, Bla Bla Blog avait parlé il y a quelques jours de l'enregistrement tout aussi séduisant de la pianiste chinoise de Siquian Li. Ici, c’est une version pour deux pianos qui vient caresser nos oreilles, dans un rythme dingue et une joie communicative, avec cependant ces ruptures mélancoliques. Classique et jazz ont rarement été autant à l’unisson, comme les deux pianistes qui viennent proposer cette rencontre détonante entre deux géants de la musique. George et Maurice unis pour la vie !

    Ravel meets Gershwin, Duo de piano pour quatre mains,
    Audrey Lonca-Alberto & Paolo Rigutto (pianos), Indésens Calioppe Records, 2025
    https://indesenscalliope.com/boutique/un-americain-a-paris/
    https://www.audreylonca-alberto.com
    https://paolorigutto.com/duo_lonca-alberto-rigutto
    https://paolorigutto.com

    Voir aussi : "Élévations et émancipations"
    "Notre cœur fait Boum!" 

  • "Échange de patins" : Extrait 4"

    Diane et Rudy se lancèrent dans quelques tours, patinant de concert. Les lames des chaussures crissaient en rythme. Les deux patineurs s’observaient du coin de l’œil. Ils étaient deux inconnus appelés à se côtoyer souvent à l’avenir. Pouvaient-ils travailler ensemble ? Martha en était convaincue. Stephan aussi. Diane progressait sur la glace avec des gestes automatiques, se contentant de surveiller Rudy, lui aussi dans une attitude d’observation.

    Rudy pivota et piqua l’une de ses lames pour s’arrêter net et s’accouder à la balustrade de la patinoire. Les deux coachs les observaient depuis l’opposé de la piste. Diane choisit de l’imiter. Visiblement, il voulait lui parler. De là où ils étaient, personne ne pouvait les entendre.

    — Tu en penses quoi, réellement ? lui demanda-t-il.
    — De ce traquenard, tu veux dire ? fit-elle, évasive, tout en haussant les épaules. Laisse-moi le temps de voir ce que ça peut donner.

    Arsène K., Échange de patins, éd. Jenn Ink, 2026
    https://www.facebook.com/ArsneK1

    Voir aussi : ""Échange de patins" : Extrait 3"

    Photo : Pexels -  Tima Miroshnichenko