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• • Hors-séries

  • Marie Ythier, sans l’ombre d’un doute

    C’est avec un violoncelle riche, endiablé et passionné que Marie Ythier propose une sélection de créations contemporaines signées de jeunes compositeurs : Matteo Gualandi (né en 1995), Augustin Brand (né en 1994) et Bastien David (né en 1990, le plus "âgé" donc).

    Le violoncelle en partage, paru chez b•records, est un ensemble d’instants de communions et d’échanges passionnants avec l’Orchestre national Auvergne-Rhône-Alpes, l’ensemble Sillages et Arne Deforce, violoncelliste familier de compositeurs aussi complexes et déroutants que Iannis Xenakis, Richard Barrett ou John Cage. Voilà qui situe d’emblée l’univers proposé dans l’opus.

    La musique contemporaine mérite largement qu’on parle d’elle, elle qui secoue régulièrement le cocotier des musiques académiques et traditionnelles pour amener les sons dans ses derniers retranchements. Cela donne, à plus d’un égard, la couleur et la densité de l’album imaginé et mené par Marie Ythier.

    Grâce à elle, le violoncelle s’impose comme un instrument soliste à part entière, chose relativement rare comme le souligne la musicienne dans la présentation de l’album. Fotografie rarissime di angeli de Matteo Gualandi, une commande la Fondation Royaumont, s’apparente à une suite, un genre musical tombé en désuétude mais revigoré ici grâce à des sons tour à tour primaires ("La fille, le feu"), minimalistes et méditatifs ("La chute d’Icare") ou s’inspirant du baroque ("Chanson de l’oiseau dans la lumière").

    Il est encore question de baroque dans la quatrième partie "Toccata", savant mélange de sons renvoyant à Bach autant qu’aux trouvailles musicales du XXe siècle. La "Passacaille", le plus long mouvement de cette œuvre de Matteo Gualandi a cette facture à la fois archaïque et contemporaine. Marie Ythier prend à bras le corps ce morceau dans lequel les silences et les suspensions prennent autant de valeur que les notes, jusqu’à ces dernières mesures déchirantes.

    Comme "des nuées d’oiseaux"

    Le deuxième compositeur qui a les honneurs de ce passionnant album est Augustin Braud. De l’un, l’autre est une œuvre concertante pour violoncelle et ensemble. Nous sommes là dans une création audacieuse, pleinement contemporaine, dans laquelle s’installe un ensemble de dialogues sauvages entre l’instrument soliste de Marie Ythier et l’ensemble Sillages dirigé par Gonzalo Bustos. Ajoutons que c’est l’Ensemble Sillage qui a lui-même commandé cette œuvre au compositeur. La nature semble être au cœur de ce que la musicienne appelle un "concerto grosso". Mais il s’agirait d’un concerto grosso de notre époque, audacieux, moderne, tourmenté mais aussi singulièrement primaire. Comme "des nuées d’oiseaux" ajoute Marie Ythier. Mais des nuées comme folles et perdues dans un ciel menaçant. Bouleversant.

    En 2022, Le Printemps des Arts de Monaco a commandé à Bastien David L’Ombre d’un doute, une œuvre pour deux violoncelles et orchestre. Pour cet enregistrement public à l’abbaye de Royaumont en septembre 2023, Marie Ythier était accompagnée du violoncelliste Arne Deforce et de l’Orchestre national Auvergne-Rhône-Alpes dirigé par Thomas Zehetmair.

    C’est par une pluie de notes ravageuses que commence cette création contemporaine dans laquelle Marie Ythier a trouvé son alter ego en la personne d’Arne Deforce, jamais plus à l’aise que lorsqu’il met à rude épreuve son violoncelle à la recherche d’inattendus. Et de l’inattendu, il y en a dans ces plus de quinze minutes d’un concerto au service de sonorités puissantes et de rythmes singuliers. Il semble que l’Orchestre national Auvergne-Rhône-Alpes a trouvé ses adversaires avec les violoncelles de Marie Ythier et Arne Deforce.

    Puissance, gravité, sombres dangers et attentes inquiétantes sont exprimés dans des passages qui n’ont rien d’improvisé. Les coups d’archers se succèdent dans une œuvre pleinement inscrite dans le XXIe siècle. L’auditeur pourra y lire l’influence de la musique concrète, celle du courant répétitif américain dans des passages minimalistes mais aussi, dans une certaine mesure, l’apport de l’électro dans ces vagues sonores presque spectrales. Marie Ythier et Arne Deforce, armés de leur violoncelle, s’y livrent comme jamais, habités par cette œuvre incroyable s’élevant jusqu’à des sommets, telle une nuée… d’insectes – et non plus d’oiseaux.     

    Marie Ythier, Le Violoncelle en partage, Marie Ythier (violoncelle), Arne Deforce (violoncelle), Orchestre national Auvergne-Rhône-Alpes dirigé par Thomas Zehetmair, Ensemble Sillages dirigé par Gonzalo Bustos, b•records, 2024
    https://www.b-records.fr/marie-ythier-le-violoncelle-en-partage
    https://www.marie-ythier.com
    https://www.facebook.com/marieythiercellist/?locale=fr_FR
    https://www.arnedeforce.com
    https://onauvergne.com
    https://www.ensemblesillages.com
    https://www.bastiendavid.com
    https://augustinbraud.com
    https://www.matteogualandi.com

    Voir aussi : "Schumann et la petite bande des Fouchenneret"

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  • Peter Jablonski, très classique, très jazz

    Bla Bla Blog avait parlé il y a quelques semaines de l’album Air de Christian Schittenhelm. Cette grande bouffée d’air frais dans la musique d’aujourd’hui prend un nouveau relief avec son autre opus du moment, Back Home with the Moon.

    Pas d’orchestre symphonique cette fois mais un piano et un interprète d’exception, le Suédois Peter Jablonski. Ce grand interprète de Chopin, courant les scènes du monde entier, se penche cette fois sur un répertoire contemporain, à la facture néo-classique mais aussi des influences jazz.

    La simplicité, la nudité et la fluidité de Peter Jablonski se mettent au service de pièces intimes immédiatement attachantes. C’est la caressante "Berceuse mauve", tout en pastel, c’est la délicate "Valse naïve" dont on lira l’influence d’Erik Satie mais c’est aussi cet autre morceau, "Simply Yes", dont la retenue laisse place à un élan passionné. 
    La "Valse de rien" semble nous ramener quelques dizaines d’années plus tôt dans une salle de bal parisien après le départ des derniers invités, lorsqu’un couple se retrouve seul pour une dernière danse. Décidément, la valse est un style qu’affectionne Christian Schittenhelm ("The Algot Walz").

    Le titre qui donne son nom à l’opus semble faire le pont entre classicisme, contemporain et jazz. Il y a aussi un esprit pop dans ce "Back Home With The Moon" dont Peter Jablonski prend possession avec un plaisir évident.

    Simplicité, nudité, fluidité

    L’album de  Christian Schittenhelm et de son instrumentiste prestigieux est enrichi de pièces courtes à la belle densité et que le piano vient colorer. C’est le mélodique "Duo", le spectral "Stellar", l’étrange "Poème de l’inutile" ou la composition très contemporaine "Impression de lièvre" jouant sur le rythme et sur des notes semblant s’envoler en toute liberté.

    L’auditeur prendra plaisir à se faire prendre au piège dans cette choix de pièces se jouant de toutes les étiquettes. Comment en effet caractériser en effet "Roof Ans Sky", lente et mélancolique déambulation au piano, la ballade "Alone" à la tristesse éloquente ou encore ces titres à la facture jazz cool que sont "After Me The Storm" ou encore "A Bad E Could Be The Best", avec ses sonorités graves ?

    Le pianiste classique Peter Jablonski vient servir à merveille de sublimes morceaux, à telle enseigne que "Zebra Piano" paraît lui être destiné directement ? Le contemporain est aussi bien présent, particulièrement à la deuxième moitié du disque. C’est "Quadratures" mais aussi "Lévitation" dans lesquelles le piano se fait grave et par moment suspendu. 

    Christian Schittenhelm, Back Home With The Moon,
    Peter Jablonski (piano), Sfumato Records, 2024

    https://christianschittenhelm.fr
    https://sfumatorecords.com/records
    https://www.peterjablonski.com

    Voir aussi : "De l’air"

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  • Ward Ier-IIe siècle

    roman,confrérie,frédéric werst,ward,langue,fantasyCe livre est l’un des romans français les plus atypiques parus en 2012. Je dis bien "roman", tant le titre peut porter à confusion.

    Les Wards en question sont un peuple imaginaire, à une période indéfinie (les Ier et IIème siècles ne correspondant pas à notre comput actuel : l’an zéro de la chronologie ward a pour référence l’arrivée au pouvoir d’un roi, Zaragabal), un peuple disparu depuis et dont il ne reste que quelques textes.

    "Un roman de fantasy ? Rien de trop nouveau depuis Tolkien", me direz-vous ! Et pourtant, non : ce premier opus (car on peut supposer que Frédéric Werst ne s’arrêtera pas en si bon chemin...) est proprement fascinant. Ward est en effet uniquement constitué d’une anthologie de ces fameuses sources – chroniques historiques, poèmes, fables, contes, écrits philosophiques, mythologiques, religieux, politiques et même géographiques - uniques preuves de l’existence de cette civilisation. Une notice éclaire chacun de ces textes :  l’auteur, tel un exégète, montre l'intérêt et les circonstances de ces sources. Il va jusqu’à inventer personnages historiques et littéraires, écoles philosophiques ou mouvements religieux.

    Ce sens de la précision va encore plus loin : désireux de donner à son roman une véritable crédibilité, il a inventé pour la circonstance une langue ward (ou plutôt "des" langues car celle des Ward – comme n’importe quelle langue – a évolué au cours des siècles). Ce roman est donc un recueil bilingue : les extraits de cette anthologie sont retranscrits dans leur langue originale – le wardwesân – avec leur traduction française. Pour ceux qui voudraient s’essayer à cette langue (je ne m’y suis pas aventuré), Frédéric Werst propose en fin de volume un abrégé de grammaire ainsi qu’un lexique ! Un ouvrage remarquable et étonnant qui nous renvoie aussi à une réflexion sur la fin des civilisations : tous les quinze jours, une langue disparaîtrait dans le monde, comme le rappelle l’auteur en introduction.

    Frédéric Werst, Ward Ier-IIe siècle, éd. Seuil, 416 p.
    http://confrerie2010.canalblog.com/archives/2012/01/29/23363391.html
    https://www.seuil.com/ouvrage/ward-frederic-werst/9782021035728 

    Voir aussi : "Betty"

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  • Réflexions sur l’Éducation

    confrérie,essai,philosophie,kant,éducation,écoleCet essai du célèbre philosophe allemand synthétise un ensemble de ses cours donnés à l'Université de Könisberg de 1776 à 1787.

    Une telle synthèse est en soi un exploit, d'autant plus que le résultat est un ouvrage très clair et aussi très moderne. Une longue introduction (de loin la partie la plus intéressante de cet essai) éclaire, du point de vue du philosophe, l'intérêt de l'éducation.

    Vient ensuite un développement sur les différentes formes de l'éducation. Là, Emmanuel Kant se fait pédagogue, un pédagogue certes aux idées un peu datées (rappelons que ses cours ont été donné avant la Révolution française) mais qui n'en reste pas moins intéressantes. 

    Kant, Réflexions sur l’Éducation, éd. Vrin, 1992, 160 pages
    http://confrerie2010.canalblog.com/archives/2012/02/25/23611310.html
    https://www.vrin.fr/livre/9782711611386/reflexions-sur-leducation

    Voir aussi : "Chair sauvage"

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  • Chair sauvage 

    nouvelles,confrérie,israel,israelien,juif,yehoshuah kenazCes neuf nouvelles israéliennes ont en commun de raconter des scènes de la vie quotidienne à Tel-Aviv, scènes qui menacent à tout moment de basculer dans le drame ou l’absurde (ou bien les deux)

    Une jeune femme rescapée des camps de concentration et persuadée que des excroissances lui poussent à l’intérieur du corps devient à la faveur d’une soirée mondaine une personne digne d’intérêt ; un jeune garçon rencontre un demi-frère, pour le meilleur et pour le pire ; un soldat accepte de couvrir un supérieur dans une affaire a priori anodine ; un traducteur s’intéresse malgré lui à l’absence prolongée d’un voisin ; une étrange soirée réunit des invités qui ne se connaissent pas ; la projection d’un film pornographique se termine par un événement aussi inattendu que tragique.

    Yeoshua Kenaz réunit des histoires où le quotidien trivial d’une société israélienne malade le dispute au grotesque et au tragique. L’éditeur parle avec raison de "compassion goguenarde".

    Une vraie curiosité. 

    Yehoshuah Kenaz, Chair sauvage, éd. Actes Sud, 2011, 221 p.
    http://confrerie2010.canalblog.com/archives/2012/03/01/23652832.html
    https://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature-etrangere/chair-sauvage

    Voir aussi : "Au Pays des Mensonges"

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  • Au Pays des Mensonges 

    roman,confrérie,etgar keretIl y a des livres que vous aimez déguster lentement, tel un bon vin : Au Pays des Mensonges en fait partie ! Ces 39 nouvelles sont autant de jolies surprises : audacieuses, tragiques, comiques, oniriques ou surréalistes, ces histoires sont des contes modernes qui savent aller droit au but et nous toucher. Au Pays des Mensonges est aussi le titre d'une de ces nouvelles.

    Dans cette fable, un menteur patenté rencontre les mensonges qu'il a inventés et qui prennent vie sous ses yeux. On trouvera également dans le recueil une malchanceuse se dépêtrant dans une histoire d'amour pathétique, un atelier d'écriture plein d'avenir, un réalisateur de documentaire aux prises avec un immigré russe et son poisson d'or, une surprise-partie qui va à vau l'eau, un repas de deuil dans un restaurant sans avenir, une histoire de piqûre et de fermeture-éclair, une trempe monumentale dans une entreprise de jouets ou le récit du couple que forment Ilan et sa petite amie.

    On appréciera plus ou moins telle ou telle nouvelle (c'est la loi du genre, après tout !) mais voilà un livre et un auteur qui méritent vraiment d'être redécouverts ! 

    Etgar Keret, Au Pays des Mensonges, éd. Actes Sud, 2011, 205 p.
    http://confrerie2010.canalblog.com/archives/2012/03/31/23899322.html
    https://www.actes-sud.fr/au-pays-des-mensonges-epub

    Voir aussi : "Le Pavillon d'or"

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  • Derrière ou devant la balle en cuir

    Sans nul doute, les amateurs de foot vont se précipiter sur ce formidable recueil consacré aux meilleurs joueurs de l’histoire. Ce sont Raphaël Nouet et Nicolas Gettliffe qui sont derrière la mission impossible de choisir les 400 plus grands Footballeurs de l’Histoire (éd. Talent Sport). Mission impossible mais néanmoins relevée haut la main.

    400 fiches biographique et sportives se succèdent par ordre inverse de la chronologie. Des fiches d’une page à deux pages pour les footballeurs les plus emblématiques – les Pelé, Maradona ou Platini.

    Honneur à Kylian Mbappé qui ouvre le livre, avec deux pages – excusez du peu ! Il est vrai que le palmarès du futur ex joueur du PSG est déjà impressionnant. Ne manque plus au natif de Bondy qu’une Ligue des Champions, une Coupe d’Europe et un Ballon d’Or pour rendre son génie encore plus durable. Voilà qui dit tout de son talent qui risque bien de devenir aussi légendaire que ceux de ses brillants aînés, qu’ils soient attaquants, milieux, défenseurs ou gardiens. 

    "Aujourd'hui, j'ai marqué un but, mais Banks l'a arrêté" 

    Parlons de ces deux pages qui distinguent un très bon joueur d’un génie. Aucune surprise à voir Pelé, Johan Cruyff ou Franz Beckenbauer y figurer, tant leur apport dans le jeu a bouleversé ce sport. Lev Yachine, gardien emblématique et seul Ballon d’Or à ce poste y figure sans surprise non plus. On sera sans doute surpris de voir le Hongrois Ferenc Puskás tenir une place modeste (une seule page) – tout comme Just Fontaine d’ailleurs. Mais la surprise de taille vient de Zidane. Il n’est pas mis au même niveau qu’un Platini qui n’a pourtant jamais remporté de Coupe du Monde – un  gros trou dans son CV, sans nul doute. Sans doute Zidane paie-t-il ses mauvais exemples d’anti-jeu.

    On remarquera que quelques pays se taillent la part de lion : Brésil, Italie, Allemagne, Grande-Bretagne mais aussi la France. Le choix chronologique permet également de repérer des équipes et des périodes fastes pour certaines nations à certaines périodes : la Hongrie des années 50, l’URSS des années 60, le Brésil de Pelé entre 1958 et 1970 ou les Pays-Bas des années 70.

    Tout cela donne un tableau certes synthétique du sport le plus populaire au monde, avec des anecdotes incroyables, à l’instar du fameux "arrêt du siècle" lors d’un  match entre le Brésil et l’Angleterre lors du Mondial mexicain de 1970. Après l’incroyable geste du portier anglais Gordon Banks, entré dans la légende, Pelé aura cette phrase :  "Aujourd'hui, j'ai marqué un but, mais Banks l'a arrêté."

    Raphaël Nouet & Nicolas Gettliffe, Les 400 meilleurs Joueurs de l’Histoire, éd. Talent Sport, 2022, 448 p. 
    https://www.talenteditions.fr/livre/football-les-400-meilleurs-joueurs-de-lhistoire-9782378151713

    Voir aussi : "El Ouafi Boughéra, un athlète oublié"
    "Bla Bla Blog sur la ligne de départ pour l'Euro de foot et les JO"

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  • Hammerstein ou l’intransigeance

    roman,hans magnus enzensberger,hammerstein,confrérieCe récit à plusieurs voix a le premier mérite de revenir sur la figure de Kurt von Hammerstein. Aristocrate et dernier chef d'état-major de l'armée allemande avant l'arrivée d'Hitler, cet homme aura été l'un des plus farouches opposants du nazisme, sans pour autant adhérer à aucun mouvement de résistance (ce qu'Enzensberger nuance par ailleurs).

    Ce militaire et homme politique aura également été un acteur et un témoin majeur de l'Allemagne de la première moitié du XXème siècle. L'intransigeance est vraiment le maître mot qui caractérise ce membre de la noblesse allemande qui, nous apprend l'auteur, a même été à deux doigts de participer à un attentat contre Hitler lorsqu'il n'a pas couvert les activités clandestines de ses proches. L'autre très gros intérêt de ce livre est de suivre les destins de ses enfants. La plupart d'entre eux vont, au contraire de leur père, choisir la résistance au nazisme, souvent au péril de leur vie. Deux de ses fils vont même participer au putsch du 20 juillet 1944. Marie Luise et Helga vont, elles, s'investir dans des cellules clandestines du parti communiste.

    Là où le livre devient passionnant est justement la description de cette vie souterraine d'opposants, les contacts avec le pouvoir central à Moscou, les relations ambiguës et complexes entre l'Allemagne et la Russie (et ce, malgré la dictature communiste), les purges soviétiques impitoyables (une question sans réponse émerge : les grandes purges de 1936-1938 ne furent-elles pas le résultat d'intrigues du contre-espionnage allemand qui aurait réussi d'un seul coup à faire supprimer des espions aguerris et fidèles au régime communiste et à saigner l'Armée Rouge ?).

    En tout état de cause, en suivant le parcours de ces jeunes femmes n'hésitant pas à transmettre au Komintern des documents traînant dans le bureau de leur propre père (dans des scènes dignes des meilleurs polars !), Enzensberger parvient à nous faire entrer au plus près de la vie quotidienne des Allemands. L'auteur - qui ne se revendique pas historien malgré la rigueur de son travail - use de sa liberté de romancier, notamment en créant des interviews posthumes (mais réalistes) avec des protagonistes disparus (touchante et passionnante Ruth von Mayenburg !). 
    Un très grand livre, unique dans son genre.  

    Hans Magnus Enzensberger, Hammerstein ou l’intransigeance, éd. Gallimard
    http://confrerie2010.canalblog.com/archives/2012/04/12/23998258.html
    https://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio/Hammerstein-ou-L-intransigeance

    Voir aussi : "Le Pavillon d'or"

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