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horreur

  • Guillermo del Toro, entre Hitchcock et Twilight Zone 

    Dès l’ouverture des huit épisodes de la série Cabinet de curiosités, son créateur Guillermo del Toro lorgne clairement du côté de la Quatrième Dimension (Twilight Zone) mais aussi de la série Alfred Hitchcock présente qui ont fait les belles heures de la télévision dans les années 50 et 60.

    Cette nouvelle série de Netflix laisse cependant de côté la SF et le polar pour le fantastique. Guillermo del Toro, comme Rod Steiger et Alfred Hitchcock à leur époque, intervient au début de chaque épisode comme maître de cérémonie et aussi garant de la singularité des univers. Pour cette première saison, huit épisodes d’une durée d’une heure environ sont proposés. 

    Et quels univers ! Car, à côté d’histoires se passant à notre époque (Le Lot 36, L'Autopsie, La Prison des apparences), on voit l’influence des du gothique victorien (Rats de cimetière, Le Modèle,  Cauchemars de passage). L’influence d’Edgar Allan Poe, mais aussi HP Lovecraft qui voit deux de ses nouvelles adaptées ("Le Modèle de Pickman" pour l’épisode de Le Modèle et "Dreams in the Witch House" pour Cauchemars de passage).

    Des demeures hantées, des artistes maudits et des rats. Beaucoup de rats.

    Ce sont des histoires de monstres tapis, de revenants bienfaiteurs ou non, de personnages sataniques ou fous (ou les deux), sans oublier des demeures hantées, des artistes maudits et des rats. Beaucoup de rats.

    À la réalisation, Guillermo del Toro a fait appel à des réalisateurs et réalisatrices Ana Lily Amirpour, Panos Cosmatos, Catherine Hardwicke, Jennifer Kent, Vincenzo Natali, Guillermo Navarro, David Prior et Keith Thomas. Il a lui-même supervisé – et parfois scénarisé – ces histoires.

    Questions acteurs et actrices, citons F. Murray Abraham dans le rôle d’un médecin légiste en proie avec une créature surnaturelle, Kate Micucci dans celui d’une épouse taxidermiste humiliée et pas finie et Rupert Grint, endossant après son personnage de Ronald Weasley celui d’un homme ne parvenant pas à se faire à la mort de sa sœur.  

    Un tel concept, variant les plaisirs, présente le risque d’avoir des épisodes de qualités inégales. C’est la loi du genre, et Le Cabinet de curiosités n’y échappe pas. La Prison des apparences, avec cette histoire d’une Américaine moyenne tentant de s’intégrer dans une micro-société bourgeoise, est franchement réjouissante, avec un humour noir sanglant et une série de messages sur le féminisme et la société de consommation. On peut être moins sensible à L’Exposition et ce piège machiavélique tendu à quatre artistes de la fin des années 70. Ajoutez à cela une bonne grosse dose de gore et d'hémoglobine pour la majorité des épisodes. Personnes sensibles : s'abstenir.

    Mention spéciale pour La Murmuration et cette émouvante histoire de deuil au sein d’un couple d’ornithologues. Il y est question de morts mystérieuses, d’apparitions, de bruits étranges, d’une maison hantée et aussi d’oiseaux. Ne parlions nous pas d’Alfred Hitchcock en début de chronique ?

    Cabinet de curiosités, série fantastique américaine de Guillermo del Toro
    avec Guillermo del Toro, Lize Johnston, Kevin Keppy, Tim Blake Nelson,
    Sébastien Roché, David Hewlett, F. Murray Abraham, Glynn Turman,
    Kate Micucci, Ben Barnes, Crispin Glover,
    Rupert Grint, Peter Weller, Andrew Lincoln et Essie Davis, saison 1, 8 épisodes, 2022, Netflix

    https://www.netflix.com/fr/title/80209229

    Voir aussi : "Sombres pensées"

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  • Sixties, sweet sixties

    Ah, les années 60 : l’insouciance, la prospérité, l’espoir en des jours meilleurs… et le machisme triomphant. Last night in Soho, sorti l'an dernier (et visible aujourd'hui sur Canal+), est un étrange voyage dans le temps, le crime et la folie. Heloise (Thomasin McKenzie), étudiante en stylisme, est fan de cette période : de sa musique mais surtout de sa mode. La jeune femme quitte la campagne anglaise et sa grand-mère qui s’occupe d’elle depuis le suicide de sa mère, dont on ne sait du reste pas grand-chose.

    Elle rejoint Londres pour étudier le stylisme dans une école renommée, mais se trouve en décalage au milieu de ses camarades de promotion. Elle finit par couper les ponts avec sa colocataire et choisir une chambre en ville chez une certaine Madame Collins. La nuit de son installation, un rêve la conduit dans le Londres qu’elle fantasme, celui des années 60. Elle y croise Sandie, son double, une jeune femme fatale bien décidée à réussir dans un monde d’hommes extrêmement dangereux. Et le danger guette aussi Heloise, sur une corde raide entre la réalité, le rêve, le cauchemar et la folie.   

    Edgar Wright fait montre de maestria dans une mise en scène luxurieuse, imaginative et horrifique

    Last night in Soho d’Edgar Wright cache bien son jeu. C'est un petit thriller, certes non sans imperfections, à l’image du personnage de la mère qui aurait sans doute mérité un vrai traitement. Le personnage principal, joué par l’impeccable Thomasin McKensie (Jojo Rabbit, Old), est une très belle invention : une fille paumée, orpheline et rêveuse se plongeant dans sa passion de la mode et les années 60. Dans le rôle de Sandie, il faut absolument parler d’Anya Taylor-Joy, aussi mystérieuse que la joueuse d’échecs du Jeu de la dame.

    Edgar Wright fait montre de maestria dans une mise en scène luxurieuse, imaginative et horrifique dans la dernière demi-heure. Il faut aussi souligner le travail de décors et de costumes, servant un film fantastique et engagé.

    Engagé, oui. Car en visitant le Londres des années 60, Heloise découvre un aspect souvent passé sous silence lorsque l'on pense à cette période - le machisme. Last Night in Soho renvoie au mouvement #Metoo : la piètre condition des femmes et leur asservissement par des hommes prêts à tout. Ce qu’Heloise vit, que ce soit dans les années 2020 et surtout en 1960. Edgar Wright fait en sorte que les deux époques se répondent l’une et l’autre, avec Heloise en voyageuse et médiatrice, finissant par rencontrer une bien inquiétante et mystérieuse âme-sœur.

    Last night in Soho, thriller britannique d’Edgar Wright, avec Thomasin McKenzie, Anya Taylor-Joy
    et Matt Smith, 2021, 116 mn, Canal+

    https://www.canalplus.com/cinema/last-night-in-soho/h/17281483_40099
    https://www.universalpictures.fr/micro/last-night-in-soho

    Voir aussi : "Jojo et son ami imaginaire Adolf"
    "D’échecs en échecs"

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  • Une louve pour l’homme

    Revenge est sorti en 2017. Si je vous parle de cette date c’est qu’elle est capitale pour comprendre le contexte d’un film sorti l’année du déclenchement de l’Affaire Weinstein et le début du mouvement féministe MeToo.

    Revenge se présentait pourtant comme un film d’action de série B, avec son lot d’hémoglobine, de cris, de scènes à réserver à un public averti, et avec pour intrigue une femme décidée à se venger suite à un viol.

    Jennifer, jouée par l’Italienne Matilda Lutz, a accepté un  week-end en amoureux avec son amant Richard, marié, chef d’entreprise, et profitant de sa villégiature en plein désert pour roucouler. Mais il est rejoint par deux amis qui s’invitent chez lui. Après une soirée bien arrosée, Richard part quelques heures laissant Jennifer seule dans la maison. Ou pas tout à fait seule : un des deux impromptus la viole. Les trois amis décident de cacher l’agression et de se débarrasser d’elle en plein désert. Mal leur en prend : ils n’en ont pas fini avec elle, bien décidée à se venger.

    Matilda Lutz, impeccable dans le rôle d’une Némésis moderne

    Revenge, derrière un scénario hyper basique et très efficace, est bien plus malin qu’il n’y paraît. On doit à sa réalisatrice Coralie Fargeat de se servir d’un film d’action  pure pour asséner quelques messages, ce qui a fait que Revenge a marqué les esprits.

    Précisons l’univers de ce film. Il a beau se dérouler de nos jours, il reste universel : pas de lieux défini – un désert et une maison luxueuse – et pas de noms pour les personnages – seulement des prénoms. Que sait-on d’eux ? Pas grand-chose. Ils sont réduits à des corps et de vagues identités : une femme fatale – dans tous les sens du terme  – rêvant de célébrité et trois quadras, chefs d’entreprise, à l’origine indéfinie. La symbolique est d’autant plus forte que le spectateur a des doutes quant aux péripéties de la victime. C’est là sans doute que Revenge revêt un aspect fantastique, pour ne pas dire mythologique : une vengeance impitoyable s’abat sur ces hommes qui ont osé souiller et abuser une innocente.

    Drame antique, récit d’action et sanglant ou film engagé à l’heure du retour du féminisme ? Un peu de tout cela à la fois. Avec une scène finale de tuerie jouant la carte de l’humour noir et du grand-guignol.

    Revenge est à découvrir, si ce n’est pas déjà fait. Citons enfin Matilda Lutz, impeccable dans le rôle de cette Némésis moderne, car si l'homme peut être un loup pour l'homme, la femme peut être une louve. 

    Revenge, action et horreur français de Coralie Fargeat,
    avec Matilda Lutz, Kevin Janssens, Vincent Colombe et Guillaume Bouchède, 2017, 108 mn, Canal+

    https://www.mesproductions.fr/revenge
    https://www.canalplus.com/cinema/revenge/h/9541427_40099

    Voir aussi : "Qu'as-tu vu ?"

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  • Projet Visser

    Parmi les succès surprises de Netflix, il faut citer la pourtant discrète série fantastique Archive 81. On comprend d’ailleurs pourquoi cette histoire abracadabrantesque a suscité un certain engouement, avec son délicieux goût nostalgique tournant autour de la culture pop, des séries télé et du cinéma fantastique.

    Oui, il y a du régressif dans ce récit nous entraînant sur les pas de Dan Turner, un professionnel reconnu dans la restauration de vieux films. Le voici engagé par une multinationale, la LMG, pour enquêter sur un lot de vieilles vidéos VHS des années 90 : à l’époque, en 1994 précisément, Melody Pendras, une étudiante en sociologie, enquêtait sur les locataires d’un immeuble le Visser, incendié avec tous ses habitants. La jeune femme a disparu, non sans entraîner avec elle le mystère sur cet immeuble.

    Une grosse dose de nostalgie

    Le Président de la LMG, Virgil Davenport, invite le spécialiste et restaurateur à travailler sur la restauration de ces cassettes dans un centre de recherche aux Catskills. Dan y découvre les vidéos tournées par l’étudiante 25 ans plus tôt. Un sentiment de familiarité commence à se saisir du jeune homme.

    Les ingrédients d’Archive 81 sont suffisamment riches pour intriguer : meurtres, disparitions, voyages dans le passé, ajoutez à cela une secte, des mondes parallèles, des personnages inquiétants et une grosse dose de nostalgie… La série de Rebecca Sonnenshine a des atouts certains. À cela s’ajoutent des influences du côté du cinéma et de la télévision : Shining, Solaris, Le Projet Blair Witch, voire la série Lost.  

    Archive 81 peut même être revu et revu pour jouer à déceler les clins d’œil innombrables. Bref, un bon moment autant que des frissons de bon aloi. 

    Archive 81, série fantastique et d’épouvante américaine de Rebecca Sonnenshine,
    avec Mamoudou Athie, Dina Shihabi, Martin Donovan et Matt McGorry,
    saison 1, 8 épisodes, Netflix

    https://www.netflix.com/fr/title/80222802

    Voir aussi : "Dans la dèche"

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  • Monstre un jour, monstre toujours

    Attention les yeux ! En mettant à l’honneur Élisabeth Báthory, la "Gilles de Rais" hongroise, Le dessinateur espagnol Raúlo Cáceres choisit la voie de la légende plus que du biopic, si l’on excepte toutefois les chapitres 15 et 17, consacrés à la "comtesse sanglante", coupable de meurtres, d’actes de torture et de barbarie sur au moins une centaine de jeunes victimes entre 1585 et 1610, avant d’être condamnée à l’enfermement à vie dans une pièce de son château.

    Raúlo Cáceres a préféré, dans cette œuvre de jeunesse, s'appuyer sur les légendes, les traditions populaires et le folklore pour construire un personnage qui ferait passer le vampire Dracula pour un innocent enfant de chœur : bains de sang pour trouver la jeunesse éternelle, supplices insoutenables, sorcellerie ou cannibalisme. Le tout  avec son lot de perversions sexuelles. Voilà qui ne pouvait qu’inspirer l’artiste espagnol qui s’était déjà attaqué à l’œuvre de Sade (Justine et Juliette).

    Prenant pour fil rouge un voyage dans le nord de l’Espagne où se dirigent un cercueil et un varcolaci, une créature fantastique du folklore roumain, des créatures horrifiques se croisent, se rencontrent, copulent, racontent leurs histoires d'orgies, de supplices et de crimes tous plus monstrueux les uns que les autres, avec pour figure centrale la plus grande tueuse en série de l’histoire.

    On  ne viendra pas chercher dans cet Élisabeth Bathory (éd. Tabou), réédition d’une série de jeunesse de la fin des années 90, un roman graphique réaliste et édifiant. C’est même plutôt l’inverse, si l’on oublie le travail graphique, le soin apporté aux corps et les ébats représentés dans toute leur crudité et toute leur cruauté. 

    Une misogynie que l’on trouvera aisément datée

    "Crudité" : voilà le mot juste. Raúlo Cáceres en est au début de sa carrière lorsqu’il raconte, avec une débauche de moyens, et dans un scénario décousu mais aux plans soigneusement travaillés, la vie d'outre-tombe de la "dame sanglante de Csejte". En préface de l’édition française, José V. Galadi écrit ceci : "Raúlo a profondément aimé écrire cette histoire, où il a versé une bonne partie de ses vues artistiques, personnelles et bédéphiles."

    Parmi les références, comme le dit José V. Galadi, il y a le "porno américain des années 70" au "ton festif et ludique", la BD européenne mais aussi le manga japonais, sans oublier les références chrétiennes et le folklore européen, dont évidemment Dracula… et Élisabeth Báthory.

    Le choix du noir et blanc était évident dans cette histoire qui aurait fait pâlir le Marquis de Sade. On n’enlèvera pas à Raúlo Cáceres son talent pour représenter les corps suppliciés et les scènes de copulation, toutes plus effarantes et incroyables les uns que les autres, avec une misogynie que l’on trouvera aisément datée, la femme étant pour l’essentiel utilisée comme un objet de fantasme et d’assouvissement des plaisirs masculins – même s’ils sont pour l’essentiel d’outre-tombe !

    Proprement monstrueux, ce  Élisabeth Bathory, version BD trash, la première publication professionnelle de son auteur (elle est sortie en 1998) n’est pas à mettre entre toutes les mains. Mais ça, Raúlo Cáceres nous y avait habitué.

    Pour public adulte averti.

    Raúlo Cáceres, Élisabeth Bathory, trad. Myriam Lobo, éd. Tabou, 2021, 184 p.
    https://raulocaceres.es
    https://www.facebook.com/raulo.caceres.3

    http://www.tabou-editions.com

    Voir aussi : "L’art de la débauche"

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  • Lumineuse secte

    Il ne reste que quelques jours pour découvrir sur Canal+ l’étrange et traumatisant Midsommar  d’Ari Aster, avec Florence Pugh dans le rôle de Dani, cette jeune femme catapultée dans un monde faussement utopique.

    Le sujet de ce long-métrage américano-suédois est assez rare pour être souligné : les sectes.

    Le film démarre avec des couleurs et une atmosphère sombre : Dani apprend la mort brutale de ses parents et de sa sœur dans ce qui ressemble à un suicide collectif. La jeune femme est bouleversée et ce n’est pas la présence de Christian, son fiancé qui peut l’apaiser. Entre eux, les relations sont pour le moins fraîches et le jeune homme l’aurait sans doute quittée sans cet événement tragique.

    Histoire de montrer sa bonne volonté, il lui propose, sans y croire vraiment, de l’inviter en Suède pour assister à un festival atypique se déroulant tous les 90 ans. Dani y découvre une petite société accueillante mais aussi inquiétante. 

    La lecture symbolique d’un couple en train de se dissoudre

    Ari Aster imagine une communauté coupée du monde dans une région où le soleil ne se coupe pas, en faisant le choix de la lumière surexposée et des couleurs. C'est la grande idée du film. Il s’agit d’un parti-pris esthétique pertinent puisque ce que vont découvrir Dani, Christian et leurs amis c’est un cauchemar indicible, avec en particulier des scènes marquantes, y compris pour le spectateur.

    C’est patiemment, et avec une sérieuse dose de perversité, que le réalisateur déroule son récit commençant à la manière d'un thriller – la mort d’une famille – et se terminant comme un conte cauchemardesque lumineux et fleuri.

    Non sans humour noir et cynisme, Ari Aster fait de ce cauchemar une revisite des films d’horreur tout autant que la dénonciation des dérives sectaires sur fond de peur apocalyptique et d’un désir de retour à la pureté et à la nature. Et tant pis si cette quête primitive est justifiée par un discours lénifiant et pseudo-philosophique. Ari Aster fait de ses deux personnages principaux, Dani et Christian (deux prénoms bibliques soit dit en passant), les otages, consentants ou non, d’un milieu terrifiant. Le spectateur pourra aussi faire de Midsommar la lecture symbolique d’un couple en train de se dissoudre. Ce qui n'enlève rien au caractère horrible de cette expérience.

    Midsommar, drame horrifique américano suédois d’Ari Aster, avec Florence Pugh, Jack Reynor, William Jackson Harper et Will Poulter, 2019, 147 mn
    https://a24films.com/films/midsommar

    Voir aussi : "Homme fatal"

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  • Fantasque, fantastique et Fantask

    Fantask, dont le premier numéro est sorti chez nous ce mois de juin, est la version française du mythique magazine américain de bande dessinée créé en 1969. Le premier numéro français, sorti le 28 mai dernier et disponible ce semestriel, se veut à la fois précis, sérieux, moderne, dérangeant et engagé. Il entend aussi élargir le sujet en balayant aussi bien la BD que le cinéma, la littérature, la musique et la culture en général. Un vrai magazine pop, en sorte, qui ne pouvait qu’intéresser Bla Bla Blog. Un magazine avec une vraie personnalité, et qui le revendique comme le dit à sa manière l’éditorial : "Le tsunami de la marchandisation a tué ce que la pop culture recelait d’insurrection spirituelle, l’a broyé et aseptisé en l’abandonnant aux mâchoires de des professionnels du mainstream."

    Le premier numéro du Fantask français est consacré aux figures du mal : serial killers, "pères fouettards", figures sexy à l’instar de Dexter, vamps plus ou moins habillées, génies du mal tels qu’Hannibal Lecter, sans oublier l’incontournable Hitler et ses condisciples (la "nazie-exploitation").

    Érudit, décalé, drôle, intelligent, le numéro français propose tout d’abord une traduction de la conversation entre Jodie Foster et Anthony Hopkins, alias respectivement Clarice Starling, la célèbre élève du FBI, et Hannibal Lecter, le tueur en série cannibale : ce sont les deux héros du mythique Silence des Agneaux (rappelons au passage que la série Clarice est proposée en France en ce moment sur Salto). Cette rencontre tout simplement passionnante entre l’actrice et l’acteur permet de revenir sur ce thriller horrifique ayant marqué l’histoire du cinéma mais aussi sur Jonathan Demme, décédé en 2017.

    Pour ce numéro dédié aux figures du mal, il fallait bien faire une place à Satan en personne, ce qui est fait à travers une analyse des iconographies du Prince des Ténèbres à travers les siècles, des eaux fortes du XIXe siècle aux films d’animation de Disney, en passant par les peintures Renaissance ou les créations contemporaines et la publicité. Dans son appétence pour des analyses fouillées, les journalistes de Fantask consacrent une interview à Jean-François Colosimo, spécialiste du christianisme. Il donne son analyse des incarnations modernes du diable. Il parle d’une véritable mutation de ce personnage "débaptisé, déraciné, défavorisé", au point de rendre le diable "presque" positif. À ces pages consacrées à un diable désacralisé vient répondre les images des "satanes", ces vamps ultra sexy qui peuvent prendre la forme de sorcières, de possédées plus ou moins illuminées  (voir à ce sujet l'article consacré à la kitsch et incroyable Church of Satan créée par le mystérieux Anton LaVey), de goulves, de vampires et même des "louves SS".

    "Le nazi c’est pop ?"

    Voilà qui nous mène à ce dossier incroyable et passionnant présenté sous dorme d’une question provocatrice : "Le nazi c’est pop ?"  Cette interrogation porte sur l’imaginaire de la croix gammée, de la figure d’Hitler et sur l’esthétisation du nazi devenu une marchandise de divertissement "spectaculaire" : "La barbarie du Troisième Reich semble s’allier avec la logique culturelle du néocapitalisme, elle est barbarisée" écrit Vicenzo Suca en introduction. Hitler ne pouvait être qu’un personnage idéal au service des uchronies les plus incroyables : "Et s’il était vivant ?" s’interrogent plusieurs artistes ("What if Hitler… ?"), dont les créateurs de la BD Hitler (tout simplement), qui n’aura droit qu’à deux numéros. Fantask propose quelques planches de cette œuvre incroyable… interdite par la loi en 1978.

    Dans la culture pop, l’imagerie nazie a une place importante soulignent Stéphane François et Nicolas d’Estienne d’Orves, à l’instar d’Indiana Jones, du jeu Wolfenstein ou du film plus confidentiel Iron Sky. Les spécialistes parlent d’une "aura magique et mystique qui entoure encore Hitler et ses sbires", avec en particulier Himmler, apparaissant comme le personnage le plus ésotérique au point d’être considéré comme "la figure du mal absolu".

    Le magazine quitte la thématique inquiétante du nazisme pour s’intéresser aux autres représentations du mal, séduisantes et sexy : Morgan Dexter, Le Joker, Tahar Rahim dans la série Netflix Le Serpent ou encore Charles Manson. Fantask a encore la bonne idée de s’intéresser au clown tueur et au romancier français Maxime Chattam, sans publier toutes ces femmes tueuses, minoritaires mais marquantes.

    Les 250 pages du semestriel proposent une inquiétante mais passionnante plongée dans le mal. De quoi donner des frissons mais aussi envie de se plonger ou se replonger dans des œuvres marquantes, terrifiantes et maléfiques.

    Fantask, numéro 1, semestriel, juin 2021
    http://huginnmuninn.fr/fr/book/fantask-n-1-la-tentation-du-mal

    Voir aussi : "La Route 66 des échecs"

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  • Avant la guerre

    On sera tous d’accord pour dire que les meilleurs sentiments et les combats les plus nobles ne font pas forcément les œuvres les plus inoubliables. La preuve par l’exemple avec Antebellum, le thriller brutal, hésitant sans cesse entre le brûlot politique, le récit fantastique et le film à suspense. Et qui s'en sort par un final certes éclairant, mais confus et frustrant. Evidemment, je ne vous en dirai rien de plus. 

    L’histoire part pourtant sur de bonnes bases. Eden est une jeune femme noire exploitée comme esclave dans une plantation du sud américain tout entière acquise aux confédérés. Un mot à ce sujet sur le mot "antebellum" qui désigne cette période de pré-guerre civile américaine (la fameuse Guerre de Sécession). Wikipedia fait débuter cet "antebellum" à la première moitié du XIXe siècle (au plus tôt en 1812) au déclenchement de la guerre en 1861.

    Antebellum se perd

    Revenons à Eden qui survit au milieu de ses congénères, sous les coups, les tortures et les exécutions sommaires et spectaculaires (âmes sensibles s’abstenir !). Alors qu’une nouvelle esclave arrive, Julia, une tentative d’évasion (pas la première si l'on en croit l'histoire) est prévue d'ici peu. Mais la situation se complique et Eden prend conscience d’une réalité toute autre : elle est, cette fois, une intellectuelle noire en 2020, renommée et investie dans la lutte contre le racisme.

    Antebellum se perd dans ce qui était un récit qui promettait d’être passionnant. À force de chausse-trappes, de fausses pistes et de détours, le film donne l’impression de se perdre en cours de route. Osons aussi dire qu’il est servi par des interprétations pour le moins déséquilibrées. Les personnages sont tout juste esquissées, ce qui est dommage au regard de l’ambition projet artistique de cette histoire, avec des ellipses frustrantes et des destins qui auraient mérité d'être creusés. 

    Le message inclusif et de tolérance est cependant bien passé et en cela il s’inscrit dans l’Amérique du No Lives Matter, bien que le film soit sorti avant. Dommage. 

    Antebellum, thriller américain de Gerard Bush et Christopher Renz,
    avec Janelle Monáe, Marque Richardson, Eric Lange et Jack Huston, 2020, 106 mn

    https://antebellum.movie
    https://www.facebook.com/AntebellumFilm

    Voir aussi : "Bon sang ne saurait mentir"

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