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cinéma

  • Tu n’as rien vu à Hiroshima

    La facture du chef d’œuvre  de Ryūsuke Hamaguchi, Drive My Car, peut surprendre : le générique n’arrive qu’au bout de 39 minutes. Entre temps, le cinéaste aura patiemment campé le personnage principal, Yūsuke Kafuku, metteur en scène et acteur marié à Oto, une scénariste bien installée comme lui. C’est donc une histoire d’amour a priori idyllique entre deux artistes parfaitement assortis. Lui connaît une réelle reconnaissance avec sa mise en scène d’En attendant Godot de Beckett ; elle semble s’épanouir à la télévision. Pourtant, Yūsuke expérimente une fin du monde à la fois invisible et indicible : après qu’on lui a détecté un glaucome, le metteur en scène découvre l’infidélité d’Otto. Peu de temps plus tard, le jour où elle s'apprête à lui révéler quelque chose, elle décède accidentellement. 

    C’est sur cette ruine personnelle que commence la lente et délicate reconstruction d’un homme, à la faveur d’une pièce de théâtre qu’une compagnie lui demande de créer dans la région d’Hiroshima – là encore le lieu choisi est loin d’être anodin, d’autant plus que l’on peut y voir une référence à Marguerite Duras et son Hiroshima mon amour. Pour ce travail de commande, une adaptation d’Oncle Vania de Tchekhov, on lui adjoint une chauffeuse chargée de conduire sa vieille Saab.  Yūsuke accepte de se laisser conduire, ce qui lui permet d’écouter la pièce sur son autoradio. Entre l’artiste et la conductrice, les relations sont d’abord distantes, pour ne pas dire polies et glaciales. 

    Une référence à Marguerite Duras et son Hiroshima mon amour

    On se laisse conduire par le drame intime de Ryūsuke Hamaguchi et par ses près de trois heures. La magie opère. Pour preuve, le film a été multi récompensé : prix du scénario à Cannes, Golden Globes du meilleur film étranger et des nominations aux Césars et aux Oscars.

    Pour justifier toute la valeur de ce drame intime traitant du deuil, de la reconstruction et de l’amour, sur fond de littérature et d’art, précisons que Drive My Car est une adaptation d’une nouvelle de Haruki Murakami (1Q84).

    Sur cette histoire de deuil – ou plutôt de deuils multiples – Ryūsuke Hamaguchi choisit la retenue, la sensibilité mais aussi les non-dits. Évidemment, l’environnement théâtral n’est pas un hasard : alors que le début du film montre Yūsuke en plein travail sur le chef d’œuvre de l’absurde qu’est En attendant Godot, c’est Tchekhov qui est au cœur de la partie centrale du film. Le choix de la mise en scène de Yūsuke est révélatrice : le mélange des langues (y compris le langage des signes) parle – si j’ose dire – d’universalité mais aussi d’incommunicabilité.

    Le spectateur est témoin tout au long du film de la distance, d’abord physique, entre la chauffeuse et son client. Le réalisateur utilise les allusions, les ellipses (par exemple la dernière séquence du long-métrage) et les regards pour évoquer la douleur d’un auteur reconnu et d’une femme issue d’un milieu populaire, que tout semble séparer. Lorsque les mots et les confidences surgissent, les révélations frappent, voire tétanisent.

    Voilà qui fait de Drive My Car un long-métrage bouleversant, choisissant l’intelligence, l’émotion mais aussi les références au théâtre, au cinéma et à la littérature. Bref, un très, très grand film.

    Drive My Car, drame japonais de Ryūsuke Hamaguchi, avec Hidetoshi Nishijima, Tōko Miura et Masaki Okada, 2021, 179 mn, Canal+
    https://dmc.bitters.co.jp
    http://diaphana.fr/film/drive-my-car
    https://www.canalplus.com/cinema/drive-my-car/h/16772431_40099

    Voir aussi : "Stupeur et tremblements"
    "1Q84 ou 1984 ?"

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  • Épicé 

    Il ne faut jamais dire jamais. L’idée que la saga de Franck Herbert, Dune, soit inadaptable était devenue proverbiale. David Lynch lui-même, qui était pourtant venu à bout d’un premier opus, le mythique Dune de 1984, avait fini par désavouer un film mal-aimé, si ce n’est moqué. Le site Rockyrama a par ailleurs consacré un article sur les adaptations perdues de cette œuvre.

    Le réalisateur canadien Denis Villeneuve a sorti l’an dernier son Dune, un film d’autant plus attendu qu’il était une bouffée d’air frais – si j’ose dire – en pleine crise du Covid. Le premier film de sa saga – deux autres films sont déjà en préparation – se concentre sur le cœur de l’histoire : la planète Arrakis, un astre modeste dominé par le désert, dont le surnom a été tout trouvé : "Dune". Les Fremen, une peuplade du désert rétive à la domination impériale, cohabite avec des colons dans une guerre larvée où les indigène sont réputés indociles. Les Fremen se sont adaptés à Arrakis, redoutable par son environnement, ses températures extrêmes mais aussi les vers des sables qui y vivent. Dune est inhospitalière, dangereuse et inadaptée à l’homme.

    Elle a pourtant une richesse qui la rend incontournable : l’Épice. Cette substance rarissime, qui est capable de prolonger la vie comme de permettre les voyages spatiaux-temporels est uniquement présente sur Arrakis et l’Empire ne peut se permettre de se passer de son exploitation. L’empereur y envoie le Duc Leto de la Maison des Atréides, avec sa compagne Dame Jessica, membre de l’organisation Bene Gesserit, et son jeune fils et héritier, Paul. Leur armée les suit. Tout ce beau monde est chargé de reprendre en main l’exploitation de l’Épice à la suite d’une autre Maison, les Harkonnen. Mais rapidement, une évidence s’impose : il s’agit d’un piège. 

    Denis Villeneuve nous épargne dans "son" Dune de 2021 tout l’apanage de l’univers de Franck Herbert, et on l’en remercie

    Autant dire que pour ce nouveau Dune, Denis Villeneuve était attendu au tournant, lui qui s’était déjà attaqué à de la science-fiction dans ces deux précédents films, Premier Contact et Blade Runner 2049.

    C’est dire que le réalisateur canadien cochait beaucoup de cases. Il restait à bâtir une solide adaptation pour rendre compréhensible une histoire se déroulant en 10 191 et mettant en scène un empire galactique, des lignées d’aristocrates rassemblés en Maisons, une communauté féminine  aux pouvoirs religieux, ésotériques et politiques et de multiples autres  organisations redoutables permettant la survie d’un Empire puissant et étendu dominé par Padishah Shaddam IV.

    Denis Villeneuve nous épargne dans "son" Dune de 2021 tout l’apanage de l’univers de Franck Herbert, et on l’en remercie. 
    Ce premier Dune séduit d’abord par la puissance des images, l’inventivité des costumes, des décors et des vaisseaux et la découverte de la redoutable et convoitée Arrakis. L’histoire se veut aussi un récit initiatique, pour ne pas dire messianique, avec un jeune homme devant survivre après une attaque surprise.

    Timothée Chalamet, l’enfant-chéri d’Hollywood, endosse avec bonheur le rôle de Paul Leto, accompagné de la convaincante Rebecca Ferguson dans le rôle de Jessica. La presse s’est enthousiasmé sur la présence de Zendaya, l’autre (jeune) star du film. Mais il faut être honnête : elle n’apparaît qu’épisodiquement, dans les dernières minutes, ou alors sous forme de flash.

    Évidemment, Zendaya aura un rôle plus important dans le deuxième opus de la saga, prévue en 2023, et que l’on attend déjà avec impatience. En attendant, il y a ce premier Dune, à découvrir sur Canal+.

    Dune, film de science-fiction américano-canadien de Denis Villeneuve,
    avec Timothée Chalamet, Rebecca Ferguson, Oscar Isaac, Zendaya,
    Josh Brolin et Jason Momoa, 2021, 155 mn

    https://www.dunemovie.net
    https://www.canalplus.com/articles/cinema/dune-le-film-de-sf-au-format-xxl

    Voir aussi : "Les films que vous ne verrez jamais"

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  • Une nouvelle chance pour un Triomphe

    Donnant une nouvelle chance pour Un triomphe, cette comédie dramatique française qui, sans la présence de Kad Merad, aurait sans doute été aux abonnés totalement absents durant la période Covid, celle de sa sortie.

    Disons-le tout de suite : a priori, l’argument du film apparaît assez classique. Des reclus de la société, en l’occurrence des prisonniers, se voient proposer une chance de réinsertion grâce à un comédien qui leur propose de monter une pièce de théâtre. Retrouver la dignité grâce à l’art : une belle idée que le cinéma a déjà mis en scène, à l’instar des Virtuoses de 1996.
    Le spectateur va-t-il se trouver en terrain connu grâce un film certes généreux mais aussi sans réelle surprise ? C’est là où Emmanuel Courcol étonne son monde. 

    Un retournement inattendu

    Bien entendu, Kad Merad endosse avec le talent qu’on lui connaît le rôle d’Étienne Carboni, un artiste frustré, obligé de jouer les assistants sociales – croit-il – au lieu de s’adonner au seul métier qu’il aime : la scène. On apprend aussi que la plupart des acteurs qui jouent le rôle des prisonniers en réinsertion grâce au théâtre sont des amateurs.

    Le choix de la pièce choisie par Étienne Carboni n’est évidemment pas un hasard : En Attendant Godot de Samuel Beckett. Le choix de ce classique de la littérature contemporaine tombe à point nommé pour parler de l’absurdité du monde des prisonniers et leur attente en attendant la liberté chérie.

    Un Triomphe propose en guise de fin un retournement inattendu qui fini de braquer le projecteur sur l’acteur-formateur, avant de souligner que l’histoire a été inspiré par l’histoire authentique de Jan Jönson. Voilà qui donne un relief inattendu à cette excellente comédie.  

    Un triomphe, comédie dramatique française d’Emmanuel Courcol, avec Kad Merad, David Ayala, Lamine Cissokho et Marina Hands, 2020, 106 mn
    https://www.canalplus.com/cinema/un-triomphe/h/15465400_40099

    Voir aussi : "Alex Lutz remet le service"

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  • Régression obligatoire

    Allez, ne gâchons pas notre plaisir avec ce qui avait été annoncé comme l’un des films très attendus de 2022 et qui s’avère être d’ores et déjà un succès au box-office. C’est peu dire que ce Top Gun 2, fort opportunément nommé Top Gun : Maverick, comme pour marquer un peu plus l’empreinte du héros, Pete "Maverick" Mitchell, alias Tom Cruise, bien entendu, marque les esprits.

    Plus de 30 ans ont passé depuis le mythique Top Gun du regretté Tony Scott, qui mettait aux avant-postes les jeunes premiers, Tom Cruise, Kelly McGillis et Val Kilmer. Kelly McGillis est aux abonnées absentes pour ce deuxième opus. Val Kilmer reprend brièvement du galon dans un rôle crépusculaire et émouvant, en militaire exemplaire galonné. Quant à Tom Cruise, il est évidemment au cœur de l’intrigue, vieilli de trente ans, mais toujours aussi irrésistible.

    Contrairement à son ami Tom Kazansky "Iceman", Maverick n’a pas eu la carrière qu’il méritait. Pilote passionné, militaire légendaire, il est aussi peu apprécié de ses supérieurs que des fonctionnaires de la Navy qui lui font payer la légèreté de ses décisions (la séquence d’ouverture avec l’avion furtif promet de rester dans les annales).

    Une mise au placard lui est imposée : devenir instructeur à la célèbre école Top Gun. On lui donne par là-même une mission hautement dangereuse qu’il va devoir organiser avec une équipe de pilotes doués à entraîner. Parmi ces pilotes, il y a Bradley "Rooster" Bradshaw (Miles Teller), le fils de son ancien ami  Nick « Goose » Bradshaw, décédé pendant une mission à laquelle participait Maverick. 

    Le Tom Cruise de la saga Mission Impossible impose sa marque de fabrique

    Top Gun : Maverick fait partie de ces excellentes surprises, chose d’autant plus rare pour un gros blockbuster, a fortiori la suite d’un énorme succès. Il y avait aussi de l’attente pour celles et ceux qui avaient goûté au premier Top Gun, moins film d’action que romance improbable et duel à la testostérone entre les deux jeunes stars de l’époque, Tom Cruise et Val Kilmer. Avec une Kelly McGillis devenue une vedette internationale.

    Pour ce nouvel opus, Joseph Kosinski et Tom Cruise ont fait le choix de l’action, avec un peu plus de réalisme dans les scènes d’entraînement (on remarque la présence de Phoenix, pilote féminine, là où le Top Gun original accumulait les clichés sexistes).

    Le Tom Cruise de la saga Mission Impossible impose sa marque de fabrique dans la séquence de l’opération militaire, avec une dernière partie palpitante.

    Top Gun : Maverick reprend malgré tout quelques codes du premier opus : la scène du bar, l’instructeur débarquant par surprise, des jeunes pilotes un peu trop sûrs d’eux et bien entendu une histoire d’amour. Finie "Charlie". Cette fois c’est Penny, la patronne du célèbre bar, qui tombe (ou plutôt retombe) entre les bras de Pete "Maverick" Mitchell. Dans ce rôle, Jennifer Connelly fait plus que faire le job : elle irradie le film, pendant que son lover de pilote part s’occuper d’une nouvelle mission impossible.

    Voilà au final un Top Gun palpitant, un vrai moment de plaisir régressif. C'est obligé.

    Top Gun : Maverick, film d’action américain de Joseph Kosinski,
    avec Tom Cruise, Miles Teller, Jennifer Connelly, Jon Hamm et Val Kilmer, 2022, 131 mn

    https://www.paramountpictures.fr/film/top-gun-maverick
    http://www.tomcruise.com

    Voir aussi : "Alex Lutz remet le service"

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  • Fantasmer et faire l’amour

    Les films à sketchs, un genre à part et considéré avec méfiance, peut vite tomber dans le piège de sketchs de qualités variables. Les fantasmes de Stéphane et David Foenkinos n’évite pas cet écueil, ce qui ne l’empêche pas d’être une œuvre à la fois osée, souriante et étonnante.

    Soulignons d’emblée le choix de la bande originale, choisie avec soin, avec notamment la découverte ou redécouverte de "Teach Me Tiger" d’April Stevens.

    Stéphane Foenkinos et son écrivain de frère, auquel Bla Bla Blog consacre un hors-série spécial, ont choisi un thème unique : le fantasme en amour.

    Évidemment, il aurait fallu au moins plusieurs saisons d’une série pour creuser ce sujet. Les frères Foenkinos ont fait le choix d’aborder des fantasmes parfois étonnants, qui sont le titre de chacun des six sketchs : "Ludophilie" avec Denis Podalydès et Suzanne Clément, "Dacryphilie" avec Nicolas Bedos et Céline Sallette, "Sorophilie" avec Ramzy Bedia, Joséphine de Meaux et Alice Taglioni, "Thanatophilie" avec Monica Bellucci et Carole Bouquet, "Hypophilie" avec Joséphine Japy et William Lebghil et "Autagonistophilie" avec Jean-Paul Rouve et Karin Viard. 

    "Être excité de ne plus faire l’amour"

    Les mauvais coucheurs reprocheront la place donnée aux couples hétérosexuels, si l’on excepte toutefois le duo à contre-emploi de Monica Bellucci et Carole Bouquet, dans le rôle de lesbiennes thanatophiles. Ce sketch, qui est l’un des plus impertinents du film, est aussi paradoxalement celui qui ne parvient pas à aller jusqu’au bout de son propos et qui finit par retomber comme un soufflet, hélas. Tel n’est pas le cas de "Autagonistophilie", dans lequel Jean-Paul Rouve et Karin Viard se donnent à 200 % dans une comédie interrogeant la vie privée, l’œil de la caméra et la pornographie, non sans une certaine candeur.

    Il faut d’ailleurs remarquer que l’autre sketch très réussi interroge lui aussi le sexe et l’acteur : dans "Ludophilie", Vincent et Louise font du jeu de rôle le cœur de leurs fantasmes en couple. c’est le théâtre qui va avoir le dernier mot dans cette étonnante histoire de métamorphose.

    À côté des histoires plus prudentes, mais non sans audaces que sont "Sorophilie" ("être excité par la sœur de l’être aimé") et "Hypophilie" ("être excité de ne plus faire l’amour", sic), il faut s’arrêter sur le couple que forment Nicolas Bedos et Céline Sallette. Dans le duo glamour, Lisa, magnifique, éblouissante, paumée et drôle, se découvre un émoi très particulier : les larmes de son compagnon ! L’idée est tellement bonne qu’elle aurait certainement mérité d’être développée dans un long-métrage. Mais c’est là toutes les limites des films à sketchs.

    Les Fantasmes de Stéphane et David Foenkinos, comédie française à sketchs, avec Denis Podalydès, Suzanne Clément, Nicolas Bedos, Céline Sallette, Ramzy Bedia, Alice Taglioni, Monica Bellucci, Carole Bouquet, Joséphine Japy, William Lebghil, Karin Viard et Jean-Paul Rouve, 2021, 102 mn
    https://www.unifrance.org/film/50916/les-fantasmes
    https://www.facebook.com/david.foenkinos
    @DavidFoenkinos

    Voir aussi : "Anti fiction"
    "Le derrière de la pop"

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  • Nourrir son monde

    La Nuée de Just Philippot faisait partie cette année de la sélection des Césars 2022 comme Meilleur Premier Film, récompense qu'il a ratée de peu.

    Plus que cette nomination, ce qui justifie de parler de ce film est la facture d'une œuvre unique, un drame qui se frotte à l’anticipation, avec un discours particulièrement riche sur les notions de famille, de maternité, de nature, d’alimentation et de folie. Pour le dire autrement La Nuée pourrait être présentée comme un Petit Paysan au féminin qui rencontrerait David Cronenberg ou Julia Ducournau (Grave, Titane).

    Veuve depuis peu, Virginie s’occupe seule d’un élevage de sauterelles. Dans ce sud de la France, l’agricultrice, élevant seule ses deux enfants (les formidables jeunes acteurs Marie Narbonne et Raphaël Romand), peut vite passer pour une douce illuminés avec ses serres high-tech avec son élevage d'insectes. En dépit de sa foi de charbonnière elle peine à nourrir son monde, à défaut de pouvoir nourrir un jour le monde. Mais, entre elle et ses animaux, une étrange relation commence à se développer. 

    La formidable Suliane Brahim fait figure de mère nourricière effrayante de conviction

    La Nuée avait fait son effet au Festival de Cannes 2020 (Semaine de la critique) mais aussi au Festival international du film fantastique de Sitges 2020 (Prix spécial du jury et Prix de la meilleure interprétation féminine) et au Festival international du film fantastique de Gérardmer 2021 (Prix du public et Prix de la critique).

    Le premier long-métrage de Just Philippot frappe par son art de complètement déstabiliser le spectateur. Commençant comme un drame social, La Nuée se transforme en film hitchcockien (version Les Oiseaux), avec des fulgurances horrifiques dans les vingt dernières minutes.

    La formidable Suliane Brahim fait figure de mère nourricière effrayante de conviction. On voit aisément dans cet excellent premier film une parabole sur la planète mais aussi sur la maternité : voilà une femme délaissant sa progéniture (par exempls, elle laisse à sa fille le soin de conduire son frère aux entraînements de foot) pour nourrir ses enfants de substitution.

    La Nuée est un incroyable drame fantastique à découvrir. 

    La Nuée, drame fantastique français de Just Philippot,
    avec Suliane Brahim, Sofian Khammes, Marie Narbonne et Raphaël Romand, 2020, 101 mn

    https://capricci.fr/wordpress/product/la-nuee

    Voir aussi : "Marguerite et Margot"

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  • Cher papa, insupportable père

    Toni Erdmann fait partie de ces films qu’il faut prendre le temps de découvrir pour apprécier les personnages, leurs évolutions, leurs contradictions et aussi la subtilité des rapports humains. La réalisatrice Maren Ade (également au scénario) a construit avec patience un duo inattendu, mené par deux grands comédiens, Peter Simonischek et Sandra Hüller 

    Ines est une femme d’affaire installée en Roumanie pour raisons professionnelles. Cette cadre froide, célibataire sans enfant,  Winfried, un retraité débonnaire que l’on pourrait dire venant d’une époque révolue – celle de mai 68 s’il était français – cultive l’art de la blague potache, avec cet air de clown triste qui le rend justement irrésistible. Il est bien à l’opposé de sa consultante de fille, partie en mission en Roumanie pour les besoins de sa boîte qui met au point un plan d’externalisation qui risque d’avoir des conséquences sociales importantes. Des conséquences sociales qui ne font ni chaud ni froid à la business woman.

    Lorsque son père débarque en Roumanie à l’improviste, la jeune femme est déstabilisée par cet homme aux antipodes d'elle-même. Winfried finit par la quitter et revenir au pays, mais c’est pour mieux revenir en Roumanie quelques jours plus tard, cette fois grimé sous le pseudonyme de Toni Erdmann, une caricature de VIP (il se présente comme ambassadeur allemand). Ines ne peut assister qu’impuissante à la nouvelle intrusion de son père fantasque, capable de ruiner ses rendez-vous professionnels et privés et renvoyant à sa fille une image déformée de sa propre vie. 

    La longue étreinte d’Ines et de Winfried restera longtemps dans les mémoires

    Lors de sa présentation à Cannes en 2016, Le Monde a parlé de Toni Erdlmann comme une "onde de choc" salutaire et d’une drôlerie incroyable, avec cet humour grinçant et pince-sans-rire que propage l’incroyable Peter Simonischek, dans le rôle de Winfried/Toni Erdmann. Sandra Hüller casse pareillement la baraque dans son interprétation diamétralement opposée d'une business woman collet monté à la beauté glaciale, dénuée de toute fantaisie, et dont l’unique but semble se résumer à des tableaux Excel et des rapports économiques sur la meilleure manière d’améliorer la rentabilité d’un groupe international. Comment la fille et le père vont-ils cohabiter, tant leur monde est diamétralement opposé ? Vont-ils finir par se comprendre ?

    Maren Ade déplie avec patience l’histoire de ces retrouvailles inattendues, souvent drôles, jusqu’à la dernière partie du film où le loufoque fait une incroyable irruption dans la vie d’Ines, à la faveur d’une réception dont nous ne dévoilerons rien. La nouvelle irruption du père devient tout aussi inattendue, avec un message tout en symbole et une courte scène bouleversante et silencieuse.

    En 2016, le jury de Cannes a "oublié" Toni Erdmann, ce qui a étonné les professionnels comme le public qui avait découvert ce film à la très grande richesse, menée par un duo de comédiens si soudé que la longue étreinte d’Ines et de Winfried restera longtemps dans les mémoires.

    Vite, à découvrir et redécouvrir !  

    Toni Erdmann, comédie dramatique germano-autrichienne de Maren Ade,
    avec Peter Simonischek et Sandra Hüller, 2016, 162 mn
    https://www.france.tv/films/2715005-toni-erdmann.html
    https://www.hautetcourt.com/films/toni-erdmann/

    Voir aussi : "Au cœur du BEA"
    "Abominables additions"

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  • Anne et Hannah

    On ne va pas se mentir : l’histoire d’Anne Franck n’a jamais été aussi bien traitée que par le film de George Stevens (The Diary of Anne Frank, 1959) et bien entendu par le Journal d’Anne Franck. Le manuscrit de l’adolescente néerlandaise, retrouvé par miracle par son père après la guerre, est par la suite devenue une œuvre majeure de la littérature mondiale, le journal le plus célèbre du monde et aussi une des pierres angulaires de la littérature concentrationnaire.

    Le film Anne Frank, ma meilleure amie, proposé par Netflix, est consacré à ce sujet sensible et difficile sous un biais inattendu. Il fallait être culotté pour revenir sur ce récit, ce que Ben Sombogaart et ses deux interprètes principales, Josephine Arendsen et Aiko Mila Beemsterboer, font avec conviction.

    Le film est tout d’abord inspiré d’une histoire vraie, celle d’Hannah Goslar, toujours vivante en 2022, qui a été la plus proche amie d’Anne Franck. Adolescentes lorsque les Pays-Bas sont envahis par l’occupant nazi, les deux jeunes juives vivent de plein fouet l’antisémitisme et les rafles qui font rage.

    Elles se vouent une amitié solide en dépit de leur caractère opposée : Hannah est réservée, presque effacée, alors qu’Anne, la future auteure du Journal, se montre drôle, prolixe, ambitieuse (elle rêve d’être écrivaine connue et de parcourir le monde), avec parfois des réactions qui laissent son amie désarçonnée.

    Ce sont des adolescentes comme il en existe des millions par le monde : l’école, les jeux, les premiers émois, les dragues avec les garçons et les amitiés, tantôt trahies tantôt respectées jusqu’à la mort. Et c’est justement la mort qui rôde autour de ces jeunes filles. 

    Une amitié exceptionnelle et bouleversante

    Anne Frank, ma meilleure amie n’est pas le récit des deux années de clandestinité dans l’Annexe d’Amsterdam où elle et sa famille se sont cachées pour échapper à leur arrestation. Cette arrestation aura finalement lieu en août 1944. Anne Franck meurt l’année suivante, en avril 1945, à  Bergen-Belsen.

    C’est du reste dans ce camp de concentration qu’ont lieu plusieurs scènes majeures du film. On y suit Hannah, déportée comme son amie. Elle est persuadée qu’Anne a émigré en Suisse, suite à une lettre laissée par son père Otto. Elle s’aperçoit de son erreur : non seulement son amie n’a jamais quitté Amsterdam, mais en plus elle a été arrêtée comme elle et est détenue dans le même camp. La retrouver et lui parler devient son obsession.

    Ben Sombogaart alterne les épisodes à Amsterdam, préludes au cauchemar qui s’annonce et la  reconstitution d’un camp de concentration avec une Hannah Goslar s’accrochant à la vie et prenant une fillette sous sa protection. Josephine Arendsen et Aiko Mila Beemsterboer dans le rôle d’Anne Franck sont formidables de justesse. Le refus d’édulcorer le personnage de la jeune auteure est louable. Par contre, le public sera sans doute déçu que sa période de clandestinité dans l’Annexe soit volontairement mise de côté.

    L’essentiel n’est pas là : le jeune public va pouvoir grâce à Netflix découvrir voire redécouvrir la figure majeure d’Anne Franck et pourquoi pas lire son indispensable Journal. Le film, lui entend surtout insister sur une amitié exceptionnelle et bouleversante.  

    Anne Frank, ma meilleure amie, drame historique de Ben Sombogaart,
    avec Josephine Arendsen, Aiko Mila Beemsterboer et Roeland Fernhout, 2021, 103 mn, Netflix

    https://www.netflix.com/fr/title/81248111
    https://www.annefrank.org

    Voir aussi : "Naissance de Marcel Marceau"
    "Cours, Etsy, cours"

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