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  • Brahms doublement suisse (et même triplement)

    On connaît plus Brahms pour ses œuvres pour piano, ses Danses hongroises, ses Symphonies ou son Requiem allemand que pour ses Sonates pour violon et piano. Elles n’en restent pas moins essentielles pour qui se passionne pour le compositeur romantique allemand. Rachel Kolly d'Alba au violon et Christian Chamorel au piano, deux brillants et demandés instrumentistes suisses proposent les trois sonates pour violon et piano dans un tout récent enregistrement d’Indésens Calliope

    Dès le premier mouvement "Vivace ma non troppo" de la première sonate op. 78 nous voilà transportés dans un beau voyage à la fois aérien et vivifiant. Peu dissert en matière d’indications de jeu, Brahms aurait sans doute apprécié ce jeu tout en finesse – "à la française", même si ce sont deux musiciens suisses qui s’emparent de l’affaire. Le romantisme, ici, est synonyme de pudeur et de retenue, jusqu’aux dernières notes aux belles envolées.

    Au sujet du 2e mouvement "Adagio", il faut parler de ce qui en fait le cœur : la mort prématurée de Félix Schumann, le fils de ses amis Robert et Clara Schumann à l’âge de 24 ans. Nous sommes en 1878, date de composition de la sonate. Brahms pense bien évidemment à sa chère Clara lorsqu’il écrit ce mouvement à l’accent funèbre et pathétique. Il lui conseillera par ailleurs de le jouer "très lentement". Clara Schumann vouera une très grande gratitude à Brahms pour cette composition grave et bouleversante.  

    Cette première sonate est habituellement surnommée "Sonate de la pluie". C’est précisément le troisième mouvement "Allegro molto moderato" qui évoque le mieux cette expression. Faussement léger et vraiment vivifiant, Brahms se fait coloriste autant que musicien. Les gouttes d’eau mais aussi les larmes tombent, comme un rappel à la tristesse qui étreint à l’époque le couple Schumann suite au décès de leur fils de 24 ans. Vie et mort semblent ainsi se partager le terrain. Brahms ne l’oublie pas qui demandera à son éditeur de verser ses honoraires pour cette œuvre à ses amis. Et à sa chère Clara, bien entendu. 

    "Aucune œuvre de Johannes ne m'a ravie aussi complètement"

    Sept ans après cet opus, Brahms récidive avec une deuxième sonate pour violon et piano op. 100 qu’il compose cette fois en Suisse, sur les rives du lac de Thoune, près de Berne. Tiens, tiens. Voilà, qui rend la version helvète et Rachel Kolly et Christian Chamorel particulièrement intéressante et éloquente. Le deuil des Schumann semble être loin dans cette œuvre apaisée, pour ne pas dire poétique et lumineuse. Rachel Kolly et Christian Chamorel s’en emparent avec grâce et une certaine volupté, à l’instar du premier mouvement "Allegro amabile".

    Le romantisme est à l’œuvre, alors que le XXe siècle décline doucement et que la modernité est sur le point de frapper à la porte. Mais la place est encore à la mélodie et à l’harmonie, avec un "Andante tranquillo – Vivace" d’une belle richesse, balançant entre le calme, la douceur amoureuse et la joie de vivre. Joie de vivre encore avec le dernier mouvement "Allegretto grazioso (quasi andante)" tout en prestance et en retenue, se déployant pourtant peu à peu jusqu’à l’expression de la passion amoureuse qui vient surprendre l’auditeur, tant ce mouvement frappe par sa relative brièveté (un peu plus de cinq minutes) et son efficacité. Clara Schumann – toujours elle – a vu dans cette deuxième sonate une œuvre brillante et joyeuse – l’une des meilleures sans doute de Brahms – qui a sans nul doute dû contribuer à apaiser ses tourments : "Aucune œuvre de Johannes ne m'a ravie aussi complètement. J'en ai été heureuse comme je ne l'aurai été depuis bien longtemps", écrit-elle à son ami Johannes Brahms.  

    La troisième sonate op. 108 a la première particularité d’avoir été composée sur une relative longue période, de 1878 à 1887. Brahms l’a lui même jouée lors de sa première à Budapest en 1888. Par rapport aux deux premières sonates, celle-ci comporte quatre mouvements, et non pas trois. Nous sommes là dans une œuvre écrite avec un soin particulier par un artiste qui, au crépuscule de sa vie, n’a plus rien à prouver. L’aisance est là, la maîtrise aussi. Brahms se joue des mélodies, des variations, du rythme, donnant au premier mouvement "Allegro" une palette de couleurs pour ne pas dire de sentiments… et de saisons. En parlant de saison, n’est-ce pas l’automne qui s’annonce dans le deuxième mouvement "Adagio" ? Lent et nostalgique, Brahms y parle sans nul doute de cette vieillesse et du temps qui passe. Notons par ailleurs que le violon est un peu plus mis en avant que dans la précédente partie. Le violon mais aussi, singulièrement, le silence.

    Plus court (moins de trois minutes), le mouvement "Un poco presto e con sentimento" ressemble à une friandise délicate, une sorte de danse que l’on imagine avoir été composée avec plaisir et gourmandise par Brahms. La sonate se termine par un final du plus bel effet. Il est joué "presto agitado" par les deux interprètes suisses. Vif, vigoureux et nerveux, le mouvement clôt la sonate avec majesté.  

    C’est là qu’il faut parler de la dernière sonate pour violon et piano qui clôt cette intégrale. Il s’agit du Scherzo en do mineur WoO 2. Un seul mouvement donc pour cette œuvre qui fait en réalité partie d’une sonate en quatre mouvements composée à trois par Robert Schumann, Albert Dietricht et Johannes Brahms qui s’est occupé du troisième. Cette œuvre commune est surnommée "F.A.E." pour "Frei Aber Einsam" ("libre mais solitaire"). Composée en 1853, elle est précoce dans la carrière de Brahms, et a été écrite en hommage au violoniste Joseph Joachim. C’est la jeunesse, la fougue et l’enthousiasme qui caractérisent ce "Scherzo" souvent joué seul et qualifié à raison de sonate à part entière. L’auditeur ne devra pas passer à côté de cet opus interprété avec virtuosité, tendresse et fraîcheur par Rachel Kolly et Christian Chamorel. L’un des plus beaux hommages au compositeur romantique, sans aucun doute. À l’époque, il n’avait que vingt ans.

    Johannes Brahms, Violin Sonatas, Rachel Kolly (violon) & Christian Chamorel (piano),  
    Indésens Calliope, 2024
    https://indesenscalliope.com/boutique/brahms-sonatas
    http://rachelkolly.com
    https://www.facebook.com/rachelkolly
    https://www.facebook.com/rachelkolly
    https://christianchamorel.ch
    https://www.facebook.com/chrischamorelpiano

    Voir aussi : "Cher maître, doux élève"
    "Pour l’amour de Clara"

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  • Cher maître, doux élève

    Le baroque. Voici un genre musical qui était, dans les années 80, très populaire dans la musique classique – et même populaire dans la musique tout court. C’est avec un bonheur évident que l’on retrouve, dans l’album Dolce Pupillo, mené par Sonia Prina, Luan Góes et l’ensemble Les Furiosi Galantes, une compilation d’œuvres pour l’essentiel italiennes – et vocales.

    Tout d’abord, un mot sur le titre donné à cette compilation d’airs baroques. "Dolce pupillo", littéralement "doux élève",  rend hommage à la transmission maître-disciple, chaque morceau constituant une sorte de fil parental entre des compositeurs européens, qu’ils soient connus – Händel, Vivaldi, Scarlatti – ou plus au contraire confidentiels – Porpora, Bononcini ou Lotti.

    Dans la présentation du disque (on ne saurait, au passage, que conseiller aux auditeurs de se procurer l’album au format physique), Luan Góes explique que "chaque plage [du] disque est consacré à un compositeur successivement en lien (maître-élève) avec le suivant". Ainsi, le premier compositeur Nicola Porpora est suivi d’Alessandro Scarlatti, un de ses élèves, pareillement pour Händel suivi de  Vivaldi. Quant à Vivaldi, il a son pendant et élève en la personne de Johann Kaspar Kerll. Voilà qui est une idée à la fois géniale et pertinente, pour ne pas dire unique dans l’histoire de l’édition musicale.  Pour mener ce projet artistique passionnant, il y a deux artistes, le contre-ténor et chef d’orchestre Luan Góes – justement – et l’excellente contralto italienne Sonia Prina.  

    Nous voici dans un voyage baroque entre le XVIIe et le XVIIIe siècle, période capitale dans le développement et le mûrissement de la musique classique. On ne saura jamais exprimer l’étonnement et l’admiration pour cette relative période qui a su faire émerger tant de génies – parfois méconnues – et d’œuvres éclatantes, colorées et au rythme parfois infernal l’aria "Empi se mai disciolgo" de Nicola Porpora dans l’opéra Germanico in Germania). Voilà qui tranche singulièrement avec son élève Scarlatti et son paisible "Dormi o fulmine di guerra" dans l’oratorio La giuditta (Nutrice). 

    Une idée à la fois géniale et pertinente, unique dans l’histoire de l’édition musicale

    Sonia Prina et Luan Góes se succèdent quand ils ne chantent pas en duo avec bonheur, que ce soit avec le "Son nata a lagrimar" de l’opéra Giulio Cesare de Händel ou le duetto "Pur ch’il and’io m’infiammo" de Giovanni Legrenzi. L’auditeur se plongera avec curiosité et sans aucun doute émerveillement sur des morceaux vocaux typiques du baroque : instruments anciens, timbres angéliques de contre-ténor (masculin) et contralto (féminin), sans compter l’expressivité des airs, si typiques de ce mouvement musical.

    Quelques morceaux sont certes purement instrumentaux, à l’instar de la Sinfonia Dorilla in Tempe de Vivaldi, la Sinfonia de l’oratori  Mosè de Giovanni Paolo Colonna, celle de l’opéra Alcina d’Händel, la Sonate XII pour deux violons solistes de Johannn Kaspar Kerll, très admiré en son temps par ses contemporains et un extrait du Concerto d’Henrico Albicastro. On retrouvera pareillement les "stars" du classique que sont Vivaldi (l’énergique et très vivaldien "Gelido in Ogni Vena", extrait de son opéra Farnace ou Händel, avec des extraits de ses opéras Giulio Cesare, Partenope et Alcina.  

    L’auditeur ira de découverte en découverte dans cet album au parfum onctueux et sucré qui va si bien au répertoire baroque. Pensons au magnifique et bouleversant aria "l’Augeletto finché stretto nel suo carcere" de Giovanni Bononcini interprété avec délicatesse par Sonia Prina ou, de la même chanteuse, le délicat "Discordi Pensieri" d’Antonio Lotti, l’un des maîtres du plus célèbres Carissimi. Parlons justement de Giacomo Carissimi, à l’honneur et interprété en duo par Sonia Prina et Luan Góes. A ce sujet, l’auditeur s’arrêtera sur le relativement court aria – un peu plus de deux minutes – "Rimanti in pace omai". Carissimi est resté comme l’inventeur de l’oratorio et est devenu un personnage capital dans la musique baroque – l’un des plus grands compositeurs italiens d’après certains.

    Le compositeur Agostino Steffani, l’un des élèves de Johann Kaspar Kell a droit à deux morceaux, dont un court récitatif de l’opéra Tassilone, suivi d’un aria, "Deh, non far colle tue lagrime al moi cor la morte amara". Luan Góes met toute son expressivité dans cet air bouleversant. Steffani est encore présent plus loin dans l’album avec un autre aria, le "Lumi, potete piangere". On est là dans une œuvre dont la retenue sied parfaitement bien au contre-ténor brésilien. Pouvons-nous dire que nous découvrons là une des plus belles voix baroques masculines actuelles ?

    On saluera la puissance, l’énergie, les couleurs et la sensualité des deux interprètes vedettes de l’album. Il n’y a qu’à écouter le "Furibondo spira il vento" de l’opéra d’Händel, Partenope, sans aucun doute l’un des plus beaux moments de l’opus. Sonia Prina, incroyable de maîtrise et de virtuosité, propose un morceau qui restera longtemps dans les mémoires.

    Le duo maître-élève Händel-Bononcini viennent clore un album fort bien conçu qui nous parle finalement de la transmission du Baroque, un genre musical entré dans la postérité et qui est l’une des meilleurs portes d’entrée vers la musique classique.

    Dolce Pupillo, Sonia Prina & Luan Góes, Les Furiosi Galantes, Indesens Calliope Records, 2024
    https://indesenscalliope.com/boutique/dolce-pupillo
    https://www.facebook.com/luangoescontretenor
    https://www.instagram.com/soniaprina13

    Voir aussi : "Pour l’amour de Clara"

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  • Adieu, Tintin ?

    Il a souvent été question de Tintin dans Bla Bla Blog. Ce personnage de bande dessinée, invention géniale du dessinateur belge Hergé, n’en a pas terminé de susciter commentaires, exégèses et études (près de 600 essais depuis la mort d’Hergé en 1983). Voilà ici un nouvel avatar de cette passion incroyable. Il s’agit d’un recueil d’interviews de Renaud Nuttiez. Demain Tintin ?, sous-titré Entretiens avec "7 fils de Tintin" (éd. 1000 Sabords).

    L’auteur a interrogé sept passionnés du journaliste à la houppette. Le plus connu est Albert Algoud. Il y a aussi Jean-Marie Apostolidès, le biographe Pierre Assouline, les moins connus Philippe Goddin et Jacques Langlois, et enfin les références en la matière que sont Benoît Peeters et Numa Sadoul, auteur d’une série d’entrevues avec Hergé devenues essentielles pour connaître l’auteur de BD. L’ouvrage est précédé d’une préface d’un tintinophile célèbre, Hubert Védrine. Que des hommes, donc. Ce qui met déjà en avant un premier point faible de taille dans l'œuvre d'Herge : la quasi absence de femmes passionnées, et même de personnages féminins importants parmi la galerie tournant autour de Tintin – hormis la Castafiore "castratrice".

    Aucun album original et des produits dérivés hors de prix

    L’un des points forts de l’ouvrage est d’interroger ces sept "fils de Tintin" avec des questions identiques : Comment ont-ils découvert Tintin ? Peut-on apprécier Tintin à plus de 40 ans ? Faut-il contextualiser des albums d’Hergé, à l’instar de Tintin au Congo ? Quelle pérennité Tintin peut-il avoir dans quelques dizaines d’années ? S’ajoutent des questions sur la jeunesse d’Hergé, sur des rumeurs concernant sa jeunesse, sans oublier un sujet des plus débattu, celui des droits du dessinateur belge et de l’absence d’albums depuis la mort de ce dernier en 1983.

    Les fans d’Hergé ne manqueront surtout pas se procurer cet ouvrage à la fois nostalgique, vibrant chant d’amour pour un personnage et une œuvre majeure, et en même temps constat que Tintin est devenu un personnage mythique mais aussi figé (nous n'utiliserons pas le terme de "poussiéreux") qui n’a pas su renouveler son public. Les interviewés avouent presque tous qu’il est difficile d’être captés par Tintin passé quarante ans. Faute de nouvelles aventures du reporter belge, les enfants et les adolescents actuels ne sont plus réceptifs à ces livres maintenant datés de plus de 50 ans.

    Pire, les ayant droits ont tellement verrouillés juridiquement une création juteuse, avec aucun album original et des produits dérivés hors de prix, qu’il paraît difficile que Tintin ne devienne autre chose qu’un grand classique de la littérature, sans nouvelle aventure, au contraire de Spirou ou Blake et Mortimer. Il reste peut-être quelques raisons d’espérer : le film Le Secret de la Licorne en motion-capture de Steven Spielberg – certes imparfait – ou les expositions immersives proposées par la Fondation Culturespaces et Tintinimaginatio. Quant à un futur album, seul Numa Sadoul y est favorable et voit une leur d’espoir de ce côté. Espérons qu’il ait raison car il est temps sans doute qu'un nouveau dessinateur prenne la suite d'Hergé pour faire revivre le célèbre reporter belge.   

    Renaud Nattiez, Demain Tintin ?, éd. 1000 Sabords, 2024, 184 p.
    https://www.editions-1000-sabords.fr

    Voir aussi : "Exégèse tintinesque"

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  • Gnôle, mômes et mots

    Voilà une passionnante BD consacrée à l’une des figures les plus marquantes de la littérature contemporaine. Michele Bonton pour le scénario et Letizia Cadonici au dessin proposent en ce début d’année une bande dessinée consacrée au poète et romancier américain Charles Bukowski (Bukowski, De liqueur et d'encre, éd. Petit à Petit). Martin Boujol le complète avec un dossier documentaire.

    Beaucoup se souviennent certainement d’un numéro de l’émission littéraire Apostrophe en 1978. L’auteur américain est invité par Bernard Pivot dans cette émission culturelle très prisée. L’écrivain américain, alcoolique notoire, vient y parler de son dernier roman, Women. Au bout de trois bouteilles, Bukowski déraille, bafouille et soulève la robe de sa voisine avant d’être éjecté en direct par l’animateur. Succès médiatique – et de librairie – assuré dès le lendemain.

    Cette anecdote est pourtant très réductrice, tant l'œuvre et la vie de l'écrivain américain n'est pas uniquement à résumer à ces termes : alcool et sexe. Voilà une excellente idée de proposer ce roman graphique en hommage à cet homme qui aurait 102 ans cette année.

    Une œuvre incroyable, saluée partout et étudiée jusque dans les universités

    Charles Bukowski est une personnalité hors-norme, comme le prouve la formidable BD de Michele et Letizia Cadonici. Porté sur la bouteille, homme à femmes, instable et artiste maudit, pour ne pas dire marginal, Bukowski a pourtant laissé une place déterminante dans la littérature américaine.

    Battu par son père, mal-aimé par sa mère, le futur auteur des Contes de la Folie ordinaire commence son existence rejeté. De petits boulots en bars, Bukowski ne trouve un peu de consolation qu’entre les bras de femmes aussi paumées que lui, dont des prostituées. Letizia Cadonici ne cache pas quelques scènes bien épicées, dont sa première relation sexuelle avec une femme qu’il a draguée dans un bar – bien sûr... On laissera le lecteur savourer une scène des plus savoureuses.

    Au scénario, Michele Bouton ne va pas par quatre chemin pour faire le portrait d’un homme peu amène avec ses conquêtes, même s’il nouera une relation de 10 ans avec Jane, se mariera Barbara Frye, éditrice fortunée chez Harlequin et aura même un enfant et une vie (presque) normale avec Frances Smith avec qui il aura d’ailleurs une petite fille.

    Écrivain écorché vif, Bukowski est découvert sur le tard par l’éditeur John Martin qui lui propose un contrat en or et publie son œuvre. Nous sommes en 1966. La suite, c’est une histoire de succès littéraires, jusqu’à Hollywood. L’homme trouve par la suite le bonheur dans les bras de sa dernière compagne, Linda Lee Beighe.

    Il reste aujourd’hui une œuvre incroyable, saluée partout et étudiée jusque dans les universités. Une sacrée revanche pour un artiste qui avait connu la misère, le rejet, les jobs mal payés et la marginalité. "Ses travaux s’adressent aux solitaires, aux déchets de la société, à tous ceux qui ont perdu espoir" lit-on dans un des nombreux focus.    

    Michele Bonton, Martin Boujol et Letizia Cadonici, Bukowski De liqueur et d'encre,
    éd. Petit à Petit, 2024, 160 p. 

    https://www.petitapetit.fr/produit/bukowski
    http://charlesbukowski.free.fr
    https://bukowski.net

    Voir aussi : "Charles Bukowski, affreux de la création"
    "Ivre de vers et d’alcool"

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  • 5 femmes

    L'album Filiations du label Présences Compositrices est consacré à trois compositrices. La plus connue, Nadia Boulanger (1887-1979), côtoie Elsa Barraine (1910-1999) et Henriette Puig-Roget (1910-1992). En dépit de leurs états de service – compositrices, instrumentistes hors pair, pédagogues et toutes trois Prix de Rome – c’est le silence ou, au mieux, le dédain poli qui ont fait écho à leur carrière. Injuste ! Une injustice que proposent de réparer deux autres femmes, la soprano Clarisse Dalles et la pianiste Anne Le Bozec. Elles interprètent un choix de chansons et d’airs de ces trois musiciennes du XXe siècle que beaucoup d’entre nous découvrons ici. Il était temps.  

    La première compositrice qui a l’honneur de cet album est Nadia Boulanger. Sa sœur Lili Boulanger a certes eu droit à la postérité grâce à ses mélodies régulièrement jouées. Ce n’est pas le cas pour Nadia. Clarisse Dalles et Anne Le Bozec sortent de l’ombre trois chansons à la facture très musique française du début du XXe siècle. Nadia Boulanger a mis en musique deux poèmes de Camille Mauclair (le cruel et romantique "Elle a vendu mon cœur", "Le couteau") et des textes de Verlaine ("Soleil couchants"), Georges Delaquys ("Les lilas sont en folie") et un "Cantique" de Maurice Maetelinck. L’auditeur s’arrêtera sans doute sur ce dernier titre à la fois mélodieux délicat et d’un fort mysticisme ("A toute âme qui pleure / A tout péché qui passe / J’ouvre au sein des étoiles / Mes mains pleines de grâce"), puisqu’il est tiré de Sainte Béatrice, écrit en 1900 par l’écrivain belge. Cette chanson lumineuse est contrebalancée par le sombre "Couteau" ("J’ai un couteau dans l’cœur / - Une belle, une belle l’a planté").

    Passons à Elsa Barraine qui est la première grande découverte de cet album de Présences Compositrices. Il faudrait une chronique entière sur elle pour parler de son parcours : élève de Dukas, Prix de Rome à 19 ans pour une cantate consacrée à Jeanne d’Arc (La Vierge guerrière), elle devient une instrumentiste demandée et chef de chœur, en même temps qu’elle s’engage pour la culture populaire en pleine période du Front Populaire. Communiste, elle s’engage dans la Résistance en pleine seconde guerre mondiale. Après la Libération, son engagement est intact alors qu’elle devient une compositrice de musiques de film et de pièces de théâtre (ses commanditaires se nomment Jean Grémillon, Jacques Demy, Charles Dullin ou encore Jean-Louis Barrault). 

    Sacrée découverte !

    Ce sont ici cinq chansons d'Elsa Barraine qui sont proposées. On est frappé par la diversité des influences. À une mise en musique très classique du premier Nobel de Littérature Sully Prudhomme ("Ne jamais la voir") succède un poème d’Armand Foucher ("Pastourelle"). On entre ici dans la modernité et, musicalement, Erik Satie dans la retenue et Olivier Messiaen dans la composition moderne, ne sont pas loin dans ce texte bucolique et régionaliste : "Paissez mes moutons dans la plaine, / La bonne herbe de la Lorraine, / Mes beaux moutons blancs".  Plus étonnant, c’est l’auteur chinois du VIIIe siècle Xuanzong qui a les honneurs de la compositrice avec un "Chant des marionnettes". Dans cette chanson courte (moins de deux minutes), Elsa Barraine s’amuse du rythme syncopé, à la fois hommage à la culture chinoise et plongée dans la musique contemporaine dans ces années de composition bouillonnantes (1934 et 1935). Autre audace moderne encore avec cette fois une mise en chanson à la facture musique française du XXe siècle de deux textes… de l’écrivain, poète et musicien indien Rabindranath Tagore. Ce sont les délicieux airs "Je suis ici pour te chanter des chansons" (Tagore n°15) et "Je ne réclamerai rien de toi" (Tagore n°54). Les couleurs, les nuances, les rythmes et la voix claire de Clarisse Dalles montrent l’audace d’Elsa Barraine, compositrice hardie, passionnante, romantique et même romanesque. Une sacrée découverte !    

    Henriette Puig-Roget a les honneurs de la seconde moitié de l’album avec un inédit, le cycle Le temps de la solitude, publié à la SACEM en 1942. La compositrice a mise en musique douze mélodies sur L’Offrande lyrique de Rabindranath Tagore – de nouveau –, poèmes qui avaient été traduits par André Gide. On navigue dans ces chansons mystérieuses où la nature omniprésente reflète les tourments exprimés par Clarisse Dalles et Anne Le Bozec. Ce sont les saisons éphémères, les "vagues bruyantes" ("Absence", Tanagore n°21), les lourds nuages et la plage déserte ("Plante", Tanagore n°18), les nuits d’orage et la "menaçante forêt" ("Orage", Tanagore n°23) ou "la pluvieuse obscurité de Juillet" ("Séparation", Tanagore n°84). On peut bien parler de naturalisme musical dans cette œuvre singulière qui sert de pont entre un classique de la littérature indienne et la musique française moderne. Clarisse Dalles au chant et Anne Le Bozec au piano choisissent la simplicité dans cette œuvre aux mille couleurs. La modernité de Henriette Puig-Roget est évidente dans cet opus que l’on découvre, à la fois d’une contemporanéité réelle et aux vagues mélodiques touchantes (le délicieux "Promesse", Tanagore n°44).

    Audacieuse, Henriette Puig-Roget l’est tout autant dans l’étonnant "Éveille-toi". Elle s'inspire là encore du poète indien Rabindranath Tagore (Tanagore n°55). Elle en fait un titre énergique, insistant, rythmé, typique de cette période de composition à la fois sombre (nous sommes en 1942) et riche de ses recherches musicales. Il semble contrebalancé plus loin par l’onirique et debussyen "Sommeil" (Tanagore n°47). On invitera l’auditeur à se procurer l’album dans sa version physique afin de découvrir les textes poétiques du Prix Nobel de Littérature indien. On peut penser à ce texte tiré de la chanson "Là-bas", Tanagore n°63 : "Tu m’as fait connaître à des amis que je ne connaissais pas. Tu m’as fait asseoir à des foyers qui n’étaient pas le mien. Celui qui était loin, tu m’as ramené proche et tu as fait un frère de l’étranger."

    L’altruisme, la générosité et l’amour (le vibrant et joyeux "Toi seul", Tanagore n°38). Tels sont les thèmes centraux de ce cycle. L’ambition littéraire de ces poèmes mis en musique est évidente, que ce soit dans "Le Bien véritable", Tanagore n°17 ou le sobre hommage à un "intime" ("Lui", Tanagore n° 72). L’œuvre d’Henriette Puig-Roger – ainsi que l’album – se termine avec la chanson "Évasion" (Tanagore n°42). C’est une invitation au voyage que propose le génie indien et la compositrice française en touches impressionnistes. Cette ode à la nature et à la liberté est aussi un bouleversant chant sur notre mort inéluctable : "N’est-il pas temps de lever l’ancre ? Que notre barque avec la dernière lueur du couchant s’évanouisse enfin dans la nuit".

    Filiations, Nadia Boulanger, Elsa Barraine et Henriette Puig-Roget, Filiations, Clarisse Dalles (soprano) et Anne Le Bozec (piano), Présence Compositrices, 2024
    https://www.presencecompositrices.com

    Voir aussi : "Résurrection"
    "Compositrices et compositeurs, une frise chronologique"

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  • Tirer le bon numéro

    Et si finalement la vie ne serait qu’une loterie, du moins essentiellement ça ? Tel est le thème du dernier livre de Delphine Bell, justement nommé Loterieditions du Flair).

    Chroniques, roman, récit autobiographique ou, mieux, autofiction ? Il y a sans doute de tout cela à la fois. L’auteure avait parlé dans ses précédents romans de la mort de son père (Roi et Toi), de sa mère (Dernière Liberté), avant de consacrer un journal sur son année de confinement (Inattendu) où sa famille, encore une fois, avait une place de choix. On n’est pas donc étonné qu’avec son dernier opus, Delphine Bell arpente son destin mais aussi les relations à la fois tendres, complexes et cruelles autour de ses parents, de son frère mais aussi – un peu – de son couple et de ses amis.

    En trente-quatre chapitres plus un épilogue, l’écrivaine s’intéresse à des chiffres, celui d’un ticket de loterie qui vient basculer une vie. Elle s’interroge dans le "Pré-prologue" (sic) : "La vie est-elle une loterie ? J’écris sur le sens, l’extraordinaire qui se mêle à l’ordinaire, l’intime à l’universel".

    Le livre commence là, avec des chapitres qui, chacun à sa manière, établissent ces moments de la vie où le hasard vient rythmer notre existence, un hasard que nous devons approprier, pour ne pas dire gérer. L’auteure se base sur sa propre existence, ses origines, sa nationalité, ses rêves d’enfance et d’adolescence, ses ambitions d’auteure, mais sans oublier les drames familiaux. Il y a aussi ces loteries inattendues pour une femme qui revendique ce "livre feel-good". Plusieurs chapitres sont en effet consacrés à la "loterie du bien-être et du zen". La narratrice profite d’une fortune lui tombant du ciel pour aller quelques jours à Cabourg avec son frère. Elle y parle de la "loterie de la thalassothérapie" et du "développement personnel". Delphine Bell se révolte contre des faux mages qui semblent prescrire "une vie avec du bon détergent". Sa réaction est cinglante : "Soyez un robot, un duplicata d’une fausse sérénité qui abrutit et surtout génère une montagne de bénéfices. Une secte de la plénitude établie et très rentable".

    On est reconnaissants à Delphine Bell de n’être pas tombée dans les pièges de la littérature feel-good

    On est reconnaissants à Delphine Bell de n’être pas tombée dans les pièges de la littérature feel-good. Elle n’est jamais aussi convaincante que lorsqu’elle se confie sur ses faiblesses, vraies ou supposée ("trop gentille"), sur ses blessures (la mort de ses parents), les instants qui la font chavirer (les amies) et ses cris de souffrance lorsqu’elle écrit à quel point sa mère lui manque. "La douleur m’a-t-elle fait grandir ?" finit par s’interroger Delphine Bell dans un des derniers chapitres, non sans perplexité d’ailleurs.

    Loterie navigue entre promenade littéraire, passé et présent, rêve et réalité, monologues et conversations autour du "jeu du hasard". Une question est posée : "Qui a la roulette de la chance définitive ?" Cette interrogation  devient cruelle lorsque l’auteure, sans citer son nom, parle de Gaspard Ulliel, un acteur à qui tout réussissait, qui fascinait dès son entrée dans une pièce, un homme comblé et décédé subitement d’un banal accident de ski.

    Femme de lettres, Delphine Bell avoue son mépris des chiffres ("Absurdes, innombrables, presque vulgaires") et la loterie ("Une coterie"). Elle préfère largement se réfugier dans la philosophie ("C’est thérapeutique") mais aussi et surtout l’art, comme le montre la visite du musée de la faïence de Sarreguemines ("La mémoire élargit, et je trouve dans l’art un socle vertigineux. Je fouille, encore et encore"). Elle écrit encore : "Je m’y love avec facilité", même si l’art ne parvient pas à apaiser sa "faim".

    La nostalgie sourd à chaque page de ce joli livre riche de ses digressions et de ses phrases poignantes : "Maman… Attends, j’ai encore des choses à te dire. S’il te plaît, attends…" Une phrase magnifique qui prend à la gorge. On sent Delphine Bell apaisée dans les deux dernières pages de son voyage entre réel et imaginaire. Et si la solution était dans la création, l’art, l’écriture, "l’invention", mais aussi l’humour, le soin aux autres et la tendresse ? "Allez, vous reprendriez peut-être un paquet d’amour, non ?"

    Delphine Bell, Loterie , éd. du Flair, 2024, 191p.
    https://www.editionsduflair.fr/tous-nos-livres/loterie
    http://intelligently-sexy.centerblog.net
    http://intelligently-fashionable.blogspot.com

    Voir aussi : "Bas les masques"
    "Rien n’est écrit d’avance"

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  • Avant les Grandes Panathénées

    Figure singulière de la scène française, Louis Arlette a su tracer sa route entre chanson française, rock, sons électro, influences orientales ("Lapis lazuli") et poésie. Une poésie que le musicien avait pleinement assumé dans son précédent opus, "Sacrilège" consacré à de grands noms de la littérature.

    Le voici de retour avec un nouvel album, le bien nommé Chrysalide, qui sonne autant comme une renaissance qu’une redécouverte. Un voyage entre l’Abyssinie et Amsterdam ("Amsterdam en peine"), en passant par Babylone, le zoo de Vincennes, Troie et la Rome d’Énée.

    Dès le premier morceau, "Lapis lazulis", nous voici dans son univers onirique, préambule à un opus d’une rare qualité d’écriture. Louis Arlette fait le choix du parlé-chanté dans cette pérégrination au titre éloquent, "Magnifique" : "Alors y’aura : / Athéna, Énée, et moi… / Mais oui, je sais,  / J’étais pas né / Pendant les grandes Panathénées". 

    Zéro calcul pour Louis Arlette qui se livre ici comme rarement

    Contemporain et bien dans son époque, Louis Arlette ne s’interdit pas de puiser dans les mythes et les traditions gréco-romaines, à l’instar du petit joyau d’écriture qu’est "Dis donc, Énée", construction poétique, "Un récit sans fin ni début / Psychédélique / Ex-libris / Ou bien délirant délice". Sans oublier le gothique et pop-rock "Sardanapale", rendu célèbre par le tableau de Delacroix.

    Les mots de Louis Arlette s’imposent dans cette chanson française ou les sons urbains ne sont pas en reste, à l’instar de "Babylone + calories Calimero", le plus long morceau de l’opus. Le chanteur se lance dans un slam incroyable. Zéro calcul pour Louis Arlette qui se livre ici comme rarement.  

    Il y a du Serge Gainsbourg dans cette manière de jouer des mots, des images frappantes et des rimes en usant le talk-over. Louis Arlette ose le grand écart séduisant entre l’antique et l’hyper-moderne. À l’écoute des titres rap "Samsung enragé" mais aussi de "Croque Odile", c’est un autre artiste qui vient en tête : MC Solaar. Sens du rythme, écriture précise, jusqu’au timbre de Louis Arlette.    

    Voilà un beau voyage en neuf titres, dépaysant, poétique, soufflant un vent de fraîcheur par un artiste qui impose son univers avec audace. 

    Louis Arlette, Chrysalide, Le Bruit Blanc, 2024
    https://www.facebook.com/louisarlette
    https://www.instagram.com/louisarlette

    Voir aussi : "Louis Arlette, classique et moderne"

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  • Haro sur Onfray

    Une chose est sûre.  Mattieu Lavagna et Michel Onfray ne passerons pas leurs vacances ensemble, comme aurait dit un journaliste sportif. Depuis le temps que le philosophe Michel Onfray truste les plateaux télé et propose sa "bonne parole", il fallait bien que quelques voix discordantes vienne susciter la polémique. C’est le cas avec cette Libre réponse à Michel Onfray proposé par les éditions Artège.

    Ce n’est pas un mais plusieurs ouvrages qui intéressent le philosophe et théologien Matthieu Lavagna : Traité d’Athéologie (2005), Décadence, Vie et Mort du Christianisme (2017) et Anima (2023). Le tort de Michel Onfray ? Affirmer que Jésus n’a jamais existé, ni plus ni moins, et que sa vie n’est jamais qu’un mythe. C’est la "thèse mythiste", très ancienne, pour ne pas dire datée. Dès la préface, Matthieu Lavagna cogne, et dur : "Ce qui frappe dans la théorie d’Onfray, condensé de clichés éculés et de raccourcis simplificateurs, s’appuyant sur une bibliographie périmée, vieille d’au moins un siècle, c’est la méconnaissance profonde de l’exégèse moderne". Voilà qui est dit. La conclusion n’est pas moins virulente : Michel Onfray, tout engagé qu’il est pour la laïcité et l’athéisme, "ne maîtrise absolument pas les sujets qu'il aborde". 

    Les pieds dans le tapis

    L’essai est composée en deux parties, la première, de loin la plus convaincante, tire à boulet rouge sur un philosophe qui semble avoir pris certaines libertés avec l’historiographie. Reprenant point par point les sources et surtout les affirmations du philosophe hypermédiatisé, Matthieu Lavagna remet l’église au milieu du village ! Oui, Jésus a bien vécu en Palestine, il y près de deux mille ans, et l’on sait même assez précisément ses dates de décès et de mort, ce qui est plutôt rare pour un personnage de cette période. Mieux, il est l’un des rares personnages antiques aussi bien documenté, et pas seulement par les sources chrétiennes, plus orientées, il est vrai. Flavius Josèphe, Tacite, Suétone ou Pline le Jeune, qu’on ne peut pas taxer de franchement disciples de Jésus, le mentionnent.

    De longs passages sont consacrés aux écrits du Nouveau Testament dont l’orientation n’empêchent pas le sérieux, avec plusieurs auteurs différents ayant écrit peu de temps après la mort de Jésus. Matthieu Lavagna s’appuie sur des auteurs spécialisés, parfois non-croyants, et sur des recherches scientifiques, à l’instar de fouilles archéologiques.

    La deuxième partie du livre, tout aussi intéressante, quoique plus polémique, s’intéresse à l’Église catholique, en tant qu’institution. Michel Onfray l’avait couvert de toutes les opprobres (Inquisition, manipulation des opinions, génocide indien après la découverte des Amériques, antisémitisme, silence pendant la Shoah). Matthieu Lavagna répond point pour point à ces accusations.

    Non, le christianisme n’est pas misogyne, non la sexualité chrétienne n’est pas "névrosée" ou non les millions d’Indiens morts après le XVe siècle n’ont pas été dû à une évangélisation violente de l’Église de l’époque. Une section est consacrée aux conciles et aux canons, un sujet où Michel Onfray, moins théologien que philosophe, semble s’être largement pris les pieds dans le tapis. On retiendra aussi et surtout de longues pages sur l’Église pendant la seconde guerre mondiale et la Shoah, un sujet toujours brûlant mais au sujet duquel Matthieu Lavagna semble avoir une opinion bien arrêtée.

    Essai enlevé, passionnant et remettant les pendules à l’heure, cette Libre réponse à Michel Onfray risque bien, justement, ne pas rester sans réponse par l’intéressé lui-même. La parole est à l’accusé.

    Matthieu Lavagna, Libre réponse à Michel Onfray, éd. Artège, 2024, 264 p.
    https://www.editionsartege.fr/product/130943/libre-reponse-a-michel-onfray
    https://www.facebook.com/matthieu.lavagna.14

    Voir aussi : "Jésus, l'inconnu le plus célèbre du monde"
    "Comics Nietzsche"

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