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  • 20, 21

    C’est vers la Région Centre Val de Loire qu’il faut tourner les yeux et les oreilles pour découvrir la pianiste ukrainienne Svetlana Andreeva, lauréate de la 16e édition du Concours international de piano d'Orléans 2024. Elle a par la suite effectuée une tournée en 2025 dans cette Région – Orléans, Montargis, Blois, Tours, Vierzon pour ne citer que quelques villes. Mysteria était le nom de cette tournée. C’est aussi celui de son premier album (chez b.records), tout entier consacré aux compositeurs du XXe et XXIe siècle. L’opus a été enregistré au Conservatoire de Chinon, avec le soutien de l'association Maison Henri Dutilleux - Geneviève Joy, Rencontres et création musicale.

    Mystérieux Leoš Janáček (1854-1928) qui commence ce programme avec sa suite Dans les brumes. Le cycle du compositeur tchèque peut être qualifié de néoromantique. Il se pare d’accents folkloriques et d’innovations musicales contemporaines. Janáček, de par sa singularité, est considéré depuis une soixantaine d’années comme une figure majeure de la musique contemporaines. Pas étonnant que Svetlana Andreeva l’ait inclus dans son programme. Les quatre mouvements du cycle semblent se répondre dans une synergie aussi séduisante que dépaysante (l’Andante qui ouvre la pièce). Le compositeur de tchèque se joue du rythme, sans jamais laisser de côté la mélodie (le délicat Andantino). Les notes semblent s’échapper d’elles-même. La pianiste les dompte, les ramène sans cesse sur le droit chemin, avec un mélange de douceur et d’assurance (Molto Adagio). Il y a une profonde mélancolie dans cette œuvre de 1912, à la fois moderne en dépit de son âge et attachante – comme du reste l’homme qui l’a écrite.
    Dans ce programme, on passe presque naturellement à Alexandre Scriabine (1871-1915). Il est présent avec la  Sonate pour piano n°7 op. 64, singulièrement intitulée Messe blanche. Elle a été écrite en 1912, dans les dernières années du compositeur. Mysterie, le titre de l’album de Svetlana Andreeva sied à merveille au musicien russe, personnalité exceptionnelle et fantasque, artiste prolifique. Il a écrit cette Messe blanche comme une pièce mystique et a-religieuse. Elle est composée d’un seul mouvement, l’Allegro, déroulant sous une forme atonale les tourments intérieurs d’un homme et un artiste considéré comme un jalon majeur de la musique du XXe siècle. Sa Messe noire, la Sonate pour piano n°9 op. 68 vient lui répondre. En un seul mouvement également, elle sonne différemment : d’une noirceur mystérieuse, elle semble ramper, insidieuse, tel un mal couvant sous les cendres. La pianiste ukrainienne sait donner sa place aux silences et aux inquiétantes respirations.

    Nous sommes réellement en plein mysticisme dans ce passionnant opus

    Nous sommes réellement en plein mysticisme dans ce passionnant opus. Il faut rappeler que le mystère était, au Moyen Âge, un théâtre religieux destiné aux fidèles. Et c’est ainsi que Svetlana Andreeva a conçu son album : comme une authentique œuvre théâtrale. Il est de nouveau question de mysticisme avec l’œuvre d’un compositeur bien vivant, Thierry Escaich (né en 1965). Le compositeur français a écrit Les litanies de l’ombre en 1991. La pianiste fait un grand bond dans l’histoire tout en restant cohérente dans son choix. Ni laïque ni complètement religieuse, cette pièce est marquante dans la carrière de Thierry Escaich. L’architecture robuste de ces Litanies, influencées par le répertoire grégorien, laisse toute sa place aux rythmes et aux élans. Tourmentée et à l’écriture moderne et désarçonnante, l’œuvre est aussi profondément mystique, comme si le bien et le mal s’affrontaient dans un combat eschatologique.    

    Il n’est pas très étonnant que Svetlana Andreeva ait choisi de proposer la suite Masques de Karol Szymanowski (1882-1937). Le compositeur polonais l’a écrite entre 1915-1916 pendant son séjour en Ukraine, où il est né. Les trois pièces de Szymanowski, Schéhérazade, Tantris le bouffon et Sérénade de Don Juan laissent à entendre l’influence de Debussy, mais aussi de Stravinski dans son approche moderne de grands mythes. Svetlana Andreeva se fait délicate et lumineuse dans ces pièces oniriques et mystérieuses justement ! Comme Janáček, le néoromantisme se fait moderne et contemporain, sans jamais trahir le goût pour le folklore et la culture de ses pays – la Pologne et l’Ukraine.

    Place, pour terminer, à la plus jeune compositrice de ce programme (et la seule femme aussi), à savoir Aigerim Seilova. Née en 1987, la musicienne kazakh peut se targuer de bien belles récompenses. Svetlana Andreeva joue Blackout, une pièce pour piano et électronique. Une alliance détonante et d’une folle modernité, par deux artistes expatriées et vivant toutes les deux en Allemagne. La pianiste ukrainienne dialogue avec les sons et les boucles d’une pièce intériorisée et nerveuse. Le mystère est là, total et séduisant, déstabilisant et culotté. Hyper-moderne aussi. Svetlana Andreeva passe de l’ombre à la lumière. 

    Mysteria, Svetlana Andreeva (piano), b•records, 2025
    https://www.b-records.fr/disques/mysteria
    https://svetlana-andreeva.com
    https://svetlana-andreeva.com

    Voir aussi : "Point de bascule"

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  • Cow-boy chamanique

    Étrange aventure musicale que nous propose Child Of Ayin. Elle commence avec le nom même de l’album, Top of the Sinaï. Où sommes-nous ? Au Moyen-Orient ou aux États-Unis ? Ou bien en France, puisque derrière le Child of Ayin se cache Jonathan Sellem, un artiste franco-américain nourri à la pop, au blues et à la country ?  

    Top of the Sinaï, c’est une traversée inspirée et inspirante, comme si un chaman avait ressuscité dans le grand ouest américain. Chaque morceau de l’opus, inspiré par la médiumnité et la numérologie (l’une des passions du musicien), est associé à un chiffre de 1 à 12. Puisque nous parlions d’influences, Hell Is Where The Angels Grow, avec ses voix féminines habitées, ressemble à la bande-son d’un western spaghetti. Évidemment, l’esprit d’Ennio Moriconne n’est pas loin.

    Pour Break The Curse, plus sauvage, le blues-rock nous entraîne toute bride abattue dans un ouest américain fantasmé, avec pour seul horizon la liberté contre la vacuité et l’épuisement (Burn out). La liberté mais aussi la soif de s’ouvrir intérieurement et au monde. "Le moment est venu pour moi de vivre pleinement, de vivre pleinement et de m'élever", dit-il en substance dans l’introspectif et éloquent Rise ("The time has come for, me to switch sides, and rise"). Dans cette revisite de l’âme et de la musique américaine, Child of Ayin assume tout, y compris le rock, y compris l’esprit cow-boy, y compris l’esprit american way of life, le tout avec un accent guerrier assumé et qu’on aura le droit de critiquer ("Walking walking like a hero, proud Amerca grow and grow bless the flag and the holy Lord, All America", Capitaliska).

    Médiumnité

    Qu’on se le dise, en dépit de ces paroles rageuses, le Franco-américain reste, à l’instar du regretté John Lennon, un rêveur (Dreamer like me) qui ne demande qu’à sortir de la misère de ce monde. Et on est bien obligés, cette fois, d’aller dans son sens, surtout avec un titre folk-blues enlevé. Et lorsqu’il chante, sur un rythme country, "écoutez-moi tous ! J'ai un remède : je peux faire sourire les gens grâce à la musique et à la poésie. Tout ce que vous avez à faire, c'est appeler mon nom !" (Call My Name), on a envie de le suivre à coup sûr. Qui a dit que la country en pouvait pas être fédératrice ?

    Cow-boy solitaire, affamé de grands espaces, Child of Ayin est tout autant un être inspiré, se voulant un chaman de notre époque (Make Me Sun), rêvant d’un nouveau monde, d’un nouvel ordre (sic) et d’une religion unissant chacun et chacune. C’est ce qu’il chante dans New World Under, un titre rock sacrément bien écrit et non sans visions prophétiques ou psychédéliques, comme on voudra ("I see thirteen crystal skulls, staring at the sun and the moon is looking back with a blood shot in the eye").

    Étonnant artiste et singulier premier album que celui-là. Child iof Ayin s’appuie sur des paroles riches et imagées, à l’instar de celles d’Eternal Child, puisant ses influences dans les traditions indiennes. Un grand écart quand on pense au guerrier et yankee Capitaliska. Et si, finalement, le musicien n’était ni méchant ni bon mais juste un poète mal dans son époque (Midnight) et qui trouvait dans la musique une fuite salvatrice ?    

    Parlons, enfin, de Mary, l’un des meilleurs morceaux de l’album, est une jolie déclaration d’amour folk pour cette Mary, "tombée du ciel" ("Swirl and spin Mary came down / fall from heaven, into my arms").

    Un sacré voyage.

    Child of Ayin, Top of the Sinaï, JJS Records, 2025
    https://www.childofayin.com
    https://www.facebook.com/childofayin
    https://www.instagram.com/childofayin
    https://linktr.ee

    Voir aussi : "Devenir Andrea Ponti"

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  • L’autre Reine des Neiges

    Le compositeur et chef d’orchestre Christophe Sturzenegger propose en ce début d’année un album à la fois néoclassique dans la forme, très visuel mais aussi d’une autre époque. À la tête de l’Orchestre de la Suisse Romande, il propose chez Klarthe deux œuvres singulières et donnant le sourire autant au des étoiles dans les yeux : Le Colibri et La Reine des Neiges dans deux versions.

    Le Colibri a été écrit par Christophe Sturzenegger et Elisa Shiva Dusapin pour la scène, devenu livre primé, BD puis, ici, musique. L’album de Klarthe en propose une version de concert, n’enlevant en rien l’aspect onirique de cette œuvre d’une vingtaine de minutes. Colibri est l’histoire initiatique de deux adolescentes, Lotte et Célestin, en train de sortir de l’enfance, non sans douleurs ni deuils.    

    Christophe Sturzenegger a mis en musique ce texte en choisissant le relief, la couleur et une facture néoclassique, donnant à l’ensemble la forme d’une pastorale made in  Switzerland et de notre époque pour ne rien arranger (Célestin). L’auditeur ou l’auditrice reconnaîtra dans Célin un patchwork d’œuvres bien connues, que ce soit de Charlie Chaplin ou d’Howard Shore (Le Seigneur des Anneaux). Hommage et revisite assumée et orchestrée avec gourmandise par l’Orchestre de la Suisse romande dirigée par son compositeur himself. Voilà qui donne d’emblée à cet album une facture immédiatement familière.

    Le compositeur suisse porte son regard vers le répertoire classique et ses brillants aînés, comme le prouve le Fugato, en forme d’hommage à Bach mais aussi au répertoire romantique ou postromantique. Le nom de Prokofiev vient indéniablement en tête dans ce même Fugato. La noirceur du court Lento, expressif, suivi d’une petite suite (Lotte 1, 2 et 3), touchantes et brèves déambulations, vient appuyer le récit faussement léger léger du Colibri, avant un Final aux accents oniriques et printaniers.   

    Une facture immédiatement familière

    Le Colibri fait figure d’apéritif avant la pièce maîtresse de l’enregistrement, en l’occurrence deux  versions de La reine des neiges. Christophe Sturzenegger l’a écrite avec Jean Mompart. Précisons que l’opus a connu le succès deux ans avant la sortie du classique en dessin animé de Disney. Rappelons à ce sujet que La Reine des Neiges a d’abord été un conte d’Andersen racontant l’aventure de Gerda, une enfant courageuse partie libérer son amie Kay, prisonnière de la redoutable Reine des Neiges.

    Christophe Sturzenegger a écrit la musique de cette histoire. La facture allie néoclassicisme, néoromantique et contemporain, non sans des rappels d’airs et de rythmes folkloriques. La Reine des Neiges ne s’interdit pas des mouvements brefs. Ainsi, le joueur et étrange Troll fait 26 secondes, telle une apparition fantastique venue surprendre l’auditeur ou l’auditrice. Un troll qui revient plus loin dans une facture plus contemporaine – mais tout aussi brève.

    Tout aussi court, le mystérieux et mélancolique passage Kay et Gerda est contrebalancé par le naturalisme des Rives glacées ou dans le Vol de corneilles dans lequel Christophe Sturzenegger semble faire surgir le très beau paysage de sa Suisse natale. On est décidément loin de cette Reine des Neiges fantasmée de Disney !

    Qui dit musique de scène dit expressivité, ce que Le Prince Intelligent ne manque pas. Quel caractère ! On entre aussi bien dans la Taverne des Brigands que dans le somptueux palais de la Reine des Neiges, après un court Voyage en forme de libération. L’oeuvre se termine par ces instants mélodieux de Retrouvailles puis un Final qui est un retour au pays – suisse, où la nostalgie de cette aventure n’est pas absente.    

    Le second enregistrement de cette Reine des Neiges est la version racontée, évidemment sur la musique de Christophe Sturzenegger. Une manière de redécouvrir, grâce au texte de Jean Mompart, la version d’Andersen.  

    Musiques de scène – Christophe Sturzenegger, Le Colibri – La Reine des Neiges,
    Orchestre de la Suisse Romande dirigée par Christophe Sturzenegger, Klarthe, 2025

    https://klarthe.com/index.php/fr/musiques-de-scene-christophe-sturzenegger-detail
    https://christophesturzenegger.com
    https://www.facebook.com/christophe.sturzenegger
    https://www.instagram.com/christophe_sturzenegger

    Voir aussi : "Point de bascule"

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  • Notre cœur fait Boum!

    Une découverte peut en cacher d’autres. Il y a d’abord la pianiste chinoise, Siqian Li qui sort en ce moment son premier album solo, Voyage among Fragments (Sagitta Musica). Découvertes aussi de compositeurs et d’œuvres rares adaptées pour piano dans un programme à la fois rare et audacieux.

    On ne sera pas si surpris que cela de trouver Maurice Ravel et sa Valse. Or, elle est proposée ici dans une version pour piano, adaptée par Alexander Korsantia. Une vraie claque ! Siqian Li s’empare avec un mélange de virtuosité, de grâce et d’élégance de ce morceau écrit après la première guerre mondiale. Moins hommage à la valse viennoise que vision sombre d’une Europe anéantie sous les bombes, cette œuvre frappe par sa modernité comme par son extrême noirceur, comme si des danseurs et danseuses valsaient au-dessus d’un abîme.

    Toujours aussi aventureuse, la pianiste chinoise propose une majestueuse Romance de Nicolas Dalayrac (1753-1809), un compositeur français méconnu qui devrait pourtant être célébré car il a participé à l’élaboration en France du droit d’auteur… Mais passons. Sa Romance, extraite de son opéra-comique Nina ou la Folle par amour, a été adaptée par le pianiste polonais Ignaz Friedman (1882-1948). Il en a fait un morceau néoromantique (l’œuvre originale date pourtant de 1786). Siqian Li caresse les touches pour proposer cette pièce délicate que l’on découvre avec plaisir.

    Cela fait depuis longtemps que le classique sort des sentiers battus et se frotte au répertoire populaire pour lui donner un autre éclat. La preuve avec ces adaptations par Alexis Weissenberg (1929-2012) de standards de Charles Trenet. La pianiste chinoise affirme aussi son sens du swing… autant que son amour pour le répertoire français. L’auditeur ou l’auditrice découvrira sans doute le délicat et nostalgique Coin de rue, le fringant et jazzy Vous oubliez votre cheval ou le nostalgique En avril à Paris. On fond carrément pour la transcription du célèbre Boum!, plus jazz que jamais et que Siqian Li prend un réel plaisir à proposer. Vous qui passez sans me voir, autre standard de Trenet, devient, sous les doigts de la pianiste, une pièce néoromantique, voire onirique. Avec pudeur, la musicienne fait passer les tourments d’un homme seul qui voit passer un amour disparu. Il semble entendre la voix du Fou Chantant : "Vous qui passez sans me voir / Sans même me dire bonsoir / Donnez-moi un peu d'espoir ce soir…" Ménilmontant vient conclure ces adaptations au piano de Trenet comme s’il s’agissait d’une miniature colorée et enlevée. 

    Le sens du swing

    Franz von Vecsey (1893-1935) était un compositeur hongrois. Sa Valse triste, nous rappelle le livret de l’album, est un joyau du répertoire pour violon. Or, c’est au piano que Siqian Li propose cette pièce, dans une adaptation de György Cziffra. L’interprète nous fait pénétrer dans cet univers romantique, plein de nostalgie et de grâce.  

    Nous parlions de répertoire populaire avec Trenet. Siqian Li propose un autre tube, cette fois d’un compatriote, Wang-hua Chu. Jasmine Flower Fantasia est une magnifique découverte. Ce morceau aux ornementations orientales et au délicat naturalisme n’est pas dénué de couleurs debussyennes. Onirique, néoromantique mais aussi intimement chinois, cette fantaisie musicale a le parfum (de jasmin) de ces découvertes inoubliables.

    Plus classique, la Rhapsody in Blue de George Gershwin est proposée par Siqian Li dans une version pour piano seul. On ne soulignera jamais assez les qualités de virtuosité qu’il faut pour s’attaquer à ce classique qui a su marier aussi bien classique et jazz. La pianiste chinoise s’y ballade avec la même aisance que sa compatriote Yuja Wang que nous avions chroniqué il y a peu pour un concert filmé. Les versions pour piano solo de la Rhapsody in Blue sont suffisamment rares pour ne pas goûter cette version jamais écrasante, alliant expressivité, sens du swing, encore, et moments de grâce.

    Charles Gounod vient conclure ce programme avec sa Méditation sur le premier Prélude de J.S. Bach, extrait du Clavier bien tempéré. Un retour au classique, avec une pièce devenue culte. Siqian Li propose une pièce aérienne, laissant de côté la virtuosité. Il est vrai que c’est aussi la voix de Gounod qui se fait entendre. Et aussi celle d’une pianiste qui a frappé fort dans un premier album à la fois personnel et intelligent.

    Siqian Li, Voyage among Fragments, Sagitta Musica. 2026
    https://www.siqian-li.com
    https://www.facebook.com/siqianpianist
    https://www.instagram.com/siqianpianist
    https://www.youtube.com/@siqianpianist

    Voir aussi : "Yuja Wang, de main de maîtresse"
    "Une route de la soie"
    "Hanni Liang et les voix (féminines) du piano"

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  • Petit ange parti trop tôt

    Pergolesi – ou Pergolèse, en français – est une figure à part dans l’histoire de la musique. Véritable étoile filante (1710-1736), décédé à l’âge de 26 ans, il est pourtant considéré comme une figure majeure du répertoire baroque. Il a laissé une œuvre remarquable et plus importante qu'on ne le croit. Elle est souvent résumée à son Stabat mater, certainement son chef d’œuvre. On retient aussi de lui l’opéra La serva padrona et de nombreuses pièces religieuses, dont des messes, des cantates ou des motets, dont les Salve Regina en la mineur et en fa mineur. On ne peut que regretter sa mort précoce et rêver à ce qu’il aurait pu produire les années suivantes.

    Christian Mendoze, à la direction de l’ensemble Musica Antiqua Mediterranea, est accompagné de la soprano Elena Bertuzzi et de la contralto Marie Pons pour le Stabat mater (Indésens), très certainement ce qui se fait de mieux en matière de musique religieuse et de baroque. L’enregistrement vient d'une captation à la Chapelle Saint-Julien des Salinelles en octobre 2024.

    L’écriture tardive du Stabat mater a contribué à écrire la légende de Pergolèse, à l’instar du Requiem de Mozart plus de 50 ans plus tard. Il a écrit cet hymne religieux à la Vierge Marie quelques semaines avant sa mort, alors qu’il est atteint d’une phtisie pulmonaire, hélas courante à l’époque. On peut qualifier ce Stabat mater d’œuvre "douloureuse" (Stabat mater dolorosa), sans doute représentative, hélas, de l’état santé du compositeur à l’époque. Ne pense-t-il pas à lui-même lorsqu’il s'attaque au O Quam tristis et afflicta, chant de regret d’une vie qui s’éteint ? Or, ce Stabat mater vient d’une commande, très certainement du mécène de Pergolèse, le duc de Maddaloni. Ajoutons que c’est dans un monastère que le compositeur créa cette séquence religieuse. On ne pouvait rêver endroit plus inspirant pour un tel hommage. 

    Consolation et compassion

    Œuvre religieuse, oui. Mais le Stabat mater parvient à émouvoir même les non-croyants. L’écoute du Quae moerebat et dolebat exprime les sanglots d’une mère au pied de son fils supplicié. "Quel est l’homme qui ne pleurerait s’il voyait la Mère du Christ dans un si grand supplice ?", plaint le texte latin (Quis est homo, qui non fleret, Matrem Christi si videret in tanto supplicio ?).

    L’expressivité baroque sied à merveille cette œuvre pathétique. Christian Mendoze dirige l’ensemble Musica Antiqua Mediterranea et les deux solistes pour appuyer comme il faut sur l’aspect théâtral (le Vidit suum dulcem naturum insiste sur la solitude de la douleur).

    Il y a derrière ce Stabat mater bouleversant une lumière apaisante, celle de la consolation et de la compassion (Eia Mater, fons amoris, Me sentire vim doloris fac, ut tecum lugeam, "Ô Mère, source d'amour, fais-moi sentir la force de ta douleur que je pleure avec toi"). On peut être moins sensible aux élans baroques du Fac, ut ardeat cor meum, nerveux et aux ornements qui ont fait de Pergolèse un maître baroque reconnu très tôt. On en oublierait presque que cette œuvre est avant tout religieuse (Sancta Mater, istud agas), tant la musique comme l’accent bouleversant viennent nous happer presque charnellement. Le Sabat mater a des accents de tragédie (Fac ut portem Christi mortem) voire de déclaration enflammée (Inflammatus et acentus), et ce jusqu’au poignant Quando corpus morietur. N’est-ce pas Pergolèse qui se parlait à lui-même, à quelques jours de sa mort ("À l'heure où mon corps va mourir, fais que soit donnée à mon âme la gloire du paradis") ? Le Amen vibrant et implacable vient conclure avec génie cette œuvre incroyable.

    L’ensemble Musica Antiqua Mediterranea vient compléter cet album avec deux Salve Regina, le premier en la mineur et le second en fa majeur. Le premier a pour soliste la soprano Elena Bertuzzi, le second la contralto Marie Pons. L’auditeur ou l’auditrice découvrira sans doute ces œuvres qui sont des prières à la Vierge Marie. Nous sommes encore là en plein baroque. L’accent est mis sur l’expressivité et sur la richesse d’ornementation, ce qu’offre à la perfection Christian Mendoze et son orchestre. Dans le Salve regina en la mineur, Elena Bertuzzi se fond avec bonheur dans ce court opus lyrique à souhait, jusqu’à la bouleversante supplique à la miséricorde (O clemens).

    Dans le Salve Regina en fa mineur, Marie Pons met de côté la luxuriance baroque (si l’on oublie le bref et majestueux Eja ergo, advocata nostra) au profit d’une interprétation poignante où la douleur semble ne jamais s’arrêter (Ad te clamamus). Musique religieuse, le Salve Regina l’est (Et Jesum), mais elle sait aussi parler aux cœurs quelles que soient les croyances de chacun et chacune (O clemens).

    Giovanni Battista Pergolesi, Stabat mater, Musica Antiqua Mediterranea, Christian Mendoze (direction), Elena Bertuzzi (soprano), Marie Pons (contralto), Indésens Calioppe, 2025
    https://indesenscalliope.co
    https://www.musicaantiquaprovence.com
    https://www.youtube.com/channel/UC_yyjoHJKAu2KWGFVik_muA

    Voir aussi : "Shakespearien Monteverdi" 
    "‘Faire peau à peau avec ce bijou de musique’" 

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  • En famille avec Brahms

    C’est un Brahms intime que propose l’ensemble mené par l’altiste Arnaud Thorette. Family est le nom de l’album (Indesens). Son opus propose un choix de pièces chambristes, grâce à un ensemble musical et ami. Et aussi familial, comme le montrent les deux dernières pièces de l’enregistrement. Brahms est en bonne compagnie.

    Des Cinq Lieder, op. 105 (Fünf Lieder), Arnaud Thorette propose la première, Wie Melodien zieht es mir leise durch den Sinn. Voilà une belle entrée en matière, poétique et mélodique, porté par l’alto vibrant d’Arnaud Thorette, faisant corps avec les instruments.    

    Il est rejoint par la mezzo-soprano Karine Deshayes pour les deux chansons de son opus 91, Zwei Gesänge. Nous sommes ici dans l’intimité du compositeur allemand. Il composa ces deux mélodies en 1884 pour son ami et violoniste Joseph Joachim. Les deux chansons, Gestillte Sehnsucht et Geistliches Wiegenlied, sont à écouter comme des messages d’amour et de soutien de Brahms adressés à Joachim et à son épouse et chanteuse Amalie Schneeweiss. On est ici au cœur du Romantisme mais aussi du cercle privé de Brahms. La nature répond aux épanchements de l’âme. À la fin de sa vie, Brahms écrit ses deux Sonates op. 120. Arnaud Thorette propose la deuxième, dans sa version pour alto et piano, avec Dominique Plancade au clavier. La vision crépusculaire d’un Brahms en fin de vie frappe aux oreilles (Allegro amabile). Brahms garde cependant cette âme romantique et passionnée (Allegro appassionato avec Trio : Sostenuto), avant un Andante (Andante con moto : Tema con variazona ; Allegro) alliant apaisement et tensions dans ce Brahms intime. .

    Au cœur du Romantisme

    L’ensemble mené par l’altiste propose l’Adagio de la Troisième Sonate pour violon, op. 108. Nous sommes là encore dans les dernières années du compositeur allemand. Poignant et ténébreux, Brahms semble laisser épancher ses regrets.

    Nous avions déjà parlé sur Bla Bla Blog de la fameuse Sonate F.A.E. Elle a été composée à trois par Brahms, Schumann et Albert Dietricht. Nous sommes en 1853. Cette pièce porte un nom étrange mais plein de sens : "F.A.E." pour "Frei Aber Einsam" ("Libre mais solitaire"). Elle était destinée au violoniste Joachim, encore lui. C’est le Scherzo de Brahms qui est proposé. Un mouvement plein d’énergie, d’enthousiasme et de fraîcheur, marquant durablement avec cette Sonate F.A.E. l’histoire de la musique romantique. Une histoire d’amitiés aussi.

    Nous parlions d’intimité, de relations amicales et de famille. C’est ainsi que l’on écoute le Feldeinsamkeit, tiré de ses Six Lieder, op. 86. Ils sont proposés pour alto et piano. Dans la mélodie Geheimnis (extrait des Fünf Gesänge, op. 71), Brahms semble nous susurrer à l’oreille quelque secret.  

    On est particulièrement séduit par l’Adagio du Trio pour alto, violoncelle et piano, op. 114. Une vraie entente entre Arnaud Thorette, Antoine Pierlot (violoncelle) et Johann Farjot pour un mouvement majestueux sans être grandiloquent, paisible et invitant à la quiétude. Brahms se fait plus méditatif dans son éloquente Sappische Ode, tiré des Cinq Lieder, opus 94.

    Restons en famille pour terminer. Arnaud Thorette inclut dans son programme la participation de sa fille Aurore Thorette Paillette. À 11 ans, elle s’épanouit dans le rare et bref Spruch, WoO 27. Puis, c’est son frère Anatole Thorette Paillette qui lui succède. Au piano, le garçon de 15 ans interprète le célèbre Wiegenlied (tiré de ses Fünf  Lieder). "Un clin d’œil familial et de passage de témoin", comme le dit l’altiste, pas peu fier de voir sa progéniture le rejoindre, en famille donc.

    Brahms, Family, Arnaud Thorette (alto), Indésens Calliope, 2025
    https://indesenscalliope.com
    https://www.arnaud-thorette.com

    Voir aussi : "Bouquets de Fauré"
    "Nuit et lumières chez les Schumann"

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  • Point de bascule

    Un album sur Arnold Schönberg et Anton Webern, deux des trois maîtres de la seconde école de Vienne – le troisième étant Albert Berg : voilà qui est culotté. Et immanquable. C'est ce que propose b.records avec l'album Wendepunkt. Pierre Dumoussaud dirige un orchestre fait au poil, avec les ensembles de musique de chambre du Quatuor Hanson, du Quatuor Hermès, du Quatuor Magenta et l’Ensemble Ouranos pour un programme enregistré au cours du Festival de Pâques de Deauville, les 26 et 27 avril 2025.

    Est-ce bien du Schönberg que l’on écoute dans cette première Kammersymphonie, op. 9 (littéralement "symphonie de chambre") ? Écrite en 1907, elle berce dans la modernité, sans les coups de boutoirs et les provocations dodécaphoniques et sérielles du compositeur autrichien quelques années plus tard.  

    On est à un "tournant" (ou "point de bascule", comme le précise Pierre Dumoussaud dans le livret), traduction du mot "Wendepunkt", qui est le titre de l’album b.records. C’est évident à l’écoute de cette Kammersymphonie n°1 qui s’éloigne à coup sûr du romantisme wagnérien finissant pour proposer une œuvre plus expressionniste, mordante. Les révolutions de la musique contemporaine ne sont pas loin. 

    Un orchestre "all-star"

    Dans cette seconde école de Vienne, Webern est sans doute le compositeur qui nous touche le plus. La preuve avec cette passionnante version de son Langsamer Satz (elle a été orchestrée pour orchestre à cordes par Gerard Schwartz).

    Nous sommes en 1905, soit à la même période que la première "symphonie de chambre" de son maître. À l’époque, le jeune compositeur est amoureux. Il a rencontré sa future épouse Whilhemine Mörti. Il écrit ceci dans son journal : "Marcher toujours ainsi parmi les fleurs, avec ma bien-aimée auprès de moi, se sentir si puissamment ne faire qu’un avec l’univers, sans inquiétude aucune, aussi libre que l’alouette dans le ciel." Les chafouins et chafouines critiqueront ces propos très guimauves. Il n’en reste pas moins que ce Langsamer Satz, conduit de main de maître par Pierre Dumoussaud avec son orchestre "all-star" (sic) sur mesure respire les élans et les influences de Mahler. L’auditeur ou l’auditrice découvrira une œuvre attachante, lumineuse et colorée tout à la fois, propre à faire fondre n’importe quelle personne endurcie.

    Retour dans ce programme à Arnold Schönberg et à sa Symphonie de chambre no 2, op. 38. Nous sommes en 1939, soit 20 ans plus tard. Une première guerre mondiale a ravagé l’Europe et une deuxième s’apprête à éclater. Le compositeur autrichien s’est exilé aux États-Unis quelques années plus tôt. C’est un artiste pessimiste et sombre qui doute même de ses innovations musicales. Il reprend la seconde Kammersymphonie, commencée peu après la première. Il la retravaille en exil, pense ajouter un troisième mouvement à l’Adagio et au Con fuoco mais finalement y renonce. Cette œuvre concentre finalement le travail et les réflexions d’un Schönberg très affecté. Impossible de ne pas être remué par cette œuvre moderne et expressive.

    Pierre Dumoussaud et son formidable orchestre – constitué, répétons-le par égard pour eux, des quatuors Hermès, Magenta et l’Ensemble Ouranos – parvient à rendre attachant et immédiatement accessible Schönberg et Webern. Ce qui n'est pas un moindre exploit. 

    Wendepunkt, L’Atelier de musique, dirigé par Pierre Dumoussaud,
    Quatuor Hanson, Quatuor Hermès, Quatuor Magenta, Ensemble Ouranos, b•records, 2025

    https://www.b-records.fr/disques/wendepunkt
    https://musiqueadeauville.com
    https://www.instagram.com/pierre.dumoussaud

    Voir aussi : "Je rêvais d’un autre monde"

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  • Marion Frère, à l'origine

    L’histoire commence… Ainsi démarre Originelles (au féminin !), un projet musical et artistique imaginé par Marion Frère, au texte et au violoncelle. Démarrant comme un conte sur les bords de la Méditerranée, la compositrice et musicienne tire de son instrument des sons incroyables pour parler de son art et de son voyage dans son imaginaire (Baou).

    Authentique création contemporaine où la musique est à la fois littéraire et fable, Originelles est aussi la confession d’une musicienne sur son art et sur l’art lorsqu’il vous libère. Marion Frère ne manque pas de culot dans cet album qui ne ressemble à rien d’autre. Le violoncelle devient une partie d’elle-même lorsque la compositrice en sort des grincements douloureux, des moments de méditation mais aussi de respirations, comme si l’instrument avait besoin de respirer (Baou).

    Après une réflexion de la narratrice Camille Villanove (Sons et sensations), Marion Frère fait un détour par le répertoire classique et vers une compositrice classique, Rita Strohl (1885-1941). Il s’agit de la Grande sonate dramatique "Titus et Bérénice". Marion Frère, accompagnée au piano par Théo Penven, s’y livre tout autant, en particulier dans l’ample et mélodieux Allegro moderato. Les respirations du violoncelle sont là, tout comme la passion néoromantique de cette compositrice sortie récemment de l’oubli.

    À l’exemple du Vivace de la sonate de Rita Strohl, Marion Frère prouve qu’elle fait partie de ces compositeurs et compositrices actuelles revendiquant leur attachement à la mélodie, après des décennies de bouderies dans certains milieux : "Les mélodies jaillissent de l’âme" dit-elle plus loin dans l’opus. La preuve encore avec le bouleversant Lento, tristamente ou le sombre Allegro molto movimento, toujours de Rita Stroh. 

    N’est-ce pas d’elle même qu’il s’agit ?

    Musicienne et compositrice, Marion Frère est aussi une autrice autant qu’une philosophie. Si bien qu’il n’est pas singulier de voir dans son programme une figure aussi essentielle qu’Hidegarde von Bingen (1098-1179). Mystique et religieuse bénédictine sanctifiée par l’Église catholique, elle a laissé une œuvre considérable. Marion Frère interprète avec Bathazar Naturel une de ses pièces liturgiques, l’antienne O Virtus sapientiae. Voilà qui illustre la vision sacrée de l’art pour la compositrice et violoncelliste : "L’art hors de l’intelligence et du raisonnement".

    On l'aura deviné, cet art est pris à bras le corps dans un album dominé par les femmes. Que ce soit Marion Frère – bien sûr – mais aussi Rita Stroh, Hidegarde von Bingen, mais aussi Marthe Angot Bracquemond (1898-1973) et Marguerite Canal (1890-1978).

    Ces deux dernières sont présentes dans des œuvres de la deuxième moitié du XXe siècle. Marion Frère est accompagnée de l’ensemble Les Gabriëles pour les Trois pièces pour quatuor à cordes de Marthe Angot Bracquemond. Il est important de découvrir cette compositrice rare ayant laissé peu d’œuvres, des œuvres influencées autant par le répertoire folklorique et ancien (Dans une allure populaire), le néoromantisme que le contemporain (son Andante  - Allegro vivo). Voilà une voix et une voie singulière et passionnante.

    Autre découverte, celle de Marguerite Canal et sa brève et touchante pièce justement intitulée Spleen. Marion Frère et Théo Pleven déroulent avec tendresse cette délicate œuvre pleine de mélancolie. Marion Frère conclue Originelles en parlant de ces gens aspirant à la vie, au désir et à la découverte. N’est-ce pas d’elle même qu’il s’agit ? En tout cas, voilà deux magnifiques découvertes : celle d’un album passionnant et d’une artiste attachante, rare, sensible et sacrément culottée.

    Marion Frère, Originelles, Evidence Classics, 2025
    https://www.marionfrere.com
    https://marionfrere.bandcamp.com/album/originelles

    Voir aussi : "Rita Strohl en robe de chambre"

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