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Bandes dessinées et mangas

  • Ma maladie en images

    Avec À Nue (paru aux éditions Metro Bulles et Dodo), Nathalie Mottier nous offre, en images, un témoignage en même temps qu’une vraie aventure humaine sur un drame que vivent des millions de femmes. Voilà un récit qui entend apporter une pierre en plus à une maladie longtemps laissée à l’ombre.

    Or, À nue à deux particularités essentielles. La première est qu’il s’agit d’une BD, dont le scénario et le dessin sont l’œuvre de la malade elle-même – Nathalie Mottier. La seconde est dans l’histoire elle-même qui étonnera le lecteur. Évidemment, nous n’en dirons pas plus afin de laisser le suspense aux futurs lecteurs et lectrices. 

    Un message pour la construction de soi et sa vie

    Nathalie est une jeune femme bien de son époque. Parisienne, mariée et mère de deux enfants issus d’un premier mariage, elle voit sa vie trépidante être soudainement arrêtée par une petite grosseur sous un sein. La suite est rythmée par les rendez-vous médicaux, les examens, les mammographies et une évidence cruelle : elle est atteinte d’un cancer du sein. "Cette annonce me sidère, m’écrase, m’agresse brutalement. Je suis paralysée par l’effroi, par l’horreur qui me tombe dessus".

    Comment raconter – en images qui plus est – l’histoire d’une maladie qui vient vous heurter de plein fouet ? Nathalie Mottier, tout en économie de moyens, grâce à ses dessins épurées et ses couleurs pastels propose une BD vivante, touchante et qui est aussi un message pour la construction de soi et sa vie.

    Nathalie Mottier, À nue, éd. Metro Bulles et Dodo, 2024, 160 p.
    https://www.nathaliebd-leblog.com
    https://www.instagram.com/nathalie.bd.illustrations
    https://www.facebook.com/nathaliemottierbd

    Voir aussi : "El Ouafi Boughéra, un athlète oublié"

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  • El Ouafi Boughéra, un athlète oublié

    C’est une période olympique oubliée. Celle du début du XXe siècle, précisément à Amsterdam, lors des JO de 1928. Le sport n’avait pas encore ce caractère professionnel, mercantile et politique. Les sportifs étaient des passionnés, des gens ordinaires, parfois géniaux, et surtout pas médiatisés.

    À telle enseigne que l’on a oublié un de ces champions, El Ouafi Boughéra. Originaire d’Algérie, qui était à l’époque une colonie française, il travaille comme manœuvre chez Renault, à Boulogne-Billancourt. C’est cette histoire que nous raconte Nicolas Debon dans sa bande dessinée Marathon, (éd. Dargaud). Une histoire faite de sueur, de souffrances… et de vent. 

    Une histoire faite de sueur, de souffrances… et de vent

    Il y a peu de textes dans ce très bel album sorti en 2021 et que Bla Bla Blog choisit de chroniquer en ce moment, à quelques mois des JO de Paris.

    Près d’un siècle après l’événement olympique qui se déroulait en Europe, aux Pays-Bas, le lecteur sera fasciné par l’ambiance que transcrit Nicolas Debon. Il fait le choix de la couleur sépia et du quasi muet pour parler de ces jeux des Années Folles. Folle d’ailleurs comme cette journée maussade du 5 août 1928. Il ne faisait pas beau à Amsterdam et le vent se mêlait à la pluie, faisant de ce marathon un véritable enfer. Or, contre toute attente, c’est un sportif inconnu né dans un pays chaud qui va damner le pion aux grands favoris américains, anglais et finnois ("Les Finlandais Volants").

    Pour en savoir plus sur cette histoire incroyable et sur la suite de cette victoire franco-algérienne, il faut se reporter au bref cahier en fin de page. 30 ans plus tard, un autre athlète algérien entrait dans la légende, et cette fois dans la gloire. Il se nommait Alain Mimoun. 

    Nicolas Debon, Marathon, éd. Dargaud, 2021, 120 p.
    https://www.dargaud.com/bd/marathon/marathon

    Voir aussi : "Adieu, Tintin ?"
    "Cantique du quantique"

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  • Adieu, Tintin ?

    Il a souvent été question de Tintin dans Bla Bla Blog. Ce personnage de bande dessinée, invention géniale du dessinateur belge Hergé, n’en a pas terminé de susciter commentaires, exégèses et études (près de 600 essais depuis la mort d’Hergé en 1983). Voilà ici un nouvel avatar de cette passion incroyable. Il s’agit d’un recueil d’interviews de Renaud Nuttiez. Demain Tintin ?, sous-titré Entretiens avec "7 fils de Tintin" (éd. 1000 Sabords).

    L’auteur a interrogé sept passionnés du journaliste à la houppette. Le plus connu est Albert Algoud. Il y a aussi Jean-Marie Apostolidès, le biographe Pierre Assouline, les moins connus Philippe Goddin et Jacques Langlois, et enfin les références en la matière que sont Benoît Peeters et Numa Sadoul, auteur d’une série d’entrevues avec Hergé devenues essentielles pour connaître l’auteur de BD. L’ouvrage est précédé d’une préface d’un tintinophile célèbre, Hubert Védrine. Que des hommes, donc. Ce qui met déjà en avant un premier point faible de taille dans l'œuvre d'Herge : la quasi absence de femmes passionnées, et même de personnages féminins importants parmi la galerie tournant autour de Tintin – hormis la Castafiore "castratrice".

    Aucun album original et des produits dérivés hors de prix

    L’un des points forts de l’ouvrage est d’interroger ces sept "fils de Tintin" avec des questions identiques : Comment ont-ils découvert Tintin ? Peut-on apprécier Tintin à plus de 40 ans ? Faut-il contextualiser des albums d’Hergé, à l’instar de Tintin au Congo ? Quelle pérennité Tintin peut-il avoir dans quelques dizaines d’années ? S’ajoutent des questions sur la jeunesse d’Hergé, sur des rumeurs concernant sa jeunesse, sans oublier un sujet des plus débattu, celui des droits du dessinateur belge et de l’absence d’albums depuis la mort de ce dernier en 1983.

    Les fans d’Hergé ne manqueront surtout pas se procurer cet ouvrage à la fois nostalgique, vibrant chant d’amour pour un personnage et une œuvre majeure, et en même temps constat que Tintin est devenu un personnage mythique mais aussi figé (nous n'utiliserons pas le terme de "poussiéreux") qui n’a pas su renouveler son public. Les interviewés avouent presque tous qu’il est difficile d’être captés par Tintin passé quarante ans. Faute de nouvelles aventures du reporter belge, les enfants et les adolescents actuels ne sont plus réceptifs à ces livres maintenant datés de plus de 50 ans.

    Pire, les ayant droits ont tellement verrouillés juridiquement une création juteuse, avec aucun album original et des produits dérivés hors de prix, qu’il paraît difficile que Tintin ne devienne autre chose qu’un grand classique de la littérature, sans nouvelle aventure, au contraire de Spirou ou Blake et Mortimer. Il reste peut-être quelques raisons d’espérer : le film Le Secret de la Licorne en motion-capture de Steven Spielberg – certes imparfait – ou les expositions immersives proposées par la Fondation Culturespaces et Tintinimaginatio. Quant à un futur album, seul Numa Sadoul y est favorable et voit une leur d’espoir de ce côté. Espérons qu’il ait raison car il est temps sans doute qu'un nouveau dessinateur prenne la suite d'Hergé pour faire revivre le célèbre reporter belge.   

    Renaud Nattiez, Demain Tintin ?, éd. 1000 Sabords, 2024, 184 p.
    https://www.editions-1000-sabords.fr

    Voir aussi : "Exégèse tintinesque"

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  • Gnôle, mômes et mots

    Voilà une passionnante BD consacrée à l’une des figures les plus marquantes de la littérature contemporaine. Michele Bonton pour le scénario et Letizia Cadonici au dessin proposent en ce début d’année une bande dessinée consacrée au poète et romancier américain Charles Bukowski (Bukowski, De liqueur et d'encre, éd. Petit à Petit). Martin Boujol le complète avec un dossier documentaire.

    Beaucoup se souviennent certainement d’un numéro de l’émission littéraire Apostrophe en 1978. L’auteur américain est invité par Bernard Pivot dans cette émission culturelle très prisée. L’écrivain américain, alcoolique notoire, vient y parler de son dernier roman, Women. Au bout de trois bouteilles, Bukowski déraille, bafouille et soulève la robe de sa voisine avant d’être éjecté en direct par l’animateur. Succès médiatique – et de librairie – assuré dès le lendemain.

    Cette anecdote est pourtant très réductrice, tant l'œuvre et la vie de l'écrivain américain n'est pas uniquement à résumer à ces termes : alcool et sexe. Voilà une excellente idée de proposer ce roman graphique en hommage à cet homme qui aurait 102 ans cette année.

    Une œuvre incroyable, saluée partout et étudiée jusque dans les universités

    Charles Bukowski est une personnalité hors-norme, comme le prouve la formidable BD de Michele et Letizia Cadonici. Porté sur la bouteille, homme à femmes, instable et artiste maudit, pour ne pas dire marginal, Bukowski a pourtant laissé une place déterminante dans la littérature américaine.

    Battu par son père, mal-aimé par sa mère, le futur auteur des Contes de la Folie ordinaire commence son existence rejeté. De petits boulots en bars, Bukowski ne trouve un peu de consolation qu’entre les bras de femmes aussi paumées que lui, dont des prostituées. Letizia Cadonici ne cache pas quelques scènes bien épicées, dont sa première relation sexuelle avec une femme qu’il a draguée dans un bar – bien sûr... On laissera le lecteur savourer une scène des plus savoureuses.

    Au scénario, Michele Bouton ne va pas par quatre chemin pour faire le portrait d’un homme peu amène avec ses conquêtes, même s’il nouera une relation de 10 ans avec Jane, se mariera Barbara Frye, éditrice fortunée chez Harlequin et aura même un enfant et une vie (presque) normale avec Frances Smith avec qui il aura d’ailleurs une petite fille.

    Écrivain écorché vif, Bukowski est découvert sur le tard par l’éditeur John Martin qui lui propose un contrat en or et publie son œuvre. Nous sommes en 1966. La suite, c’est une histoire de succès littéraires, jusqu’à Hollywood. L’homme trouve par la suite le bonheur dans les bras de sa dernière compagne, Linda Lee Beighe.

    Il reste aujourd’hui une œuvre incroyable, saluée partout et étudiée jusque dans les universités. Une sacrée revanche pour un artiste qui avait connu la misère, le rejet, les jobs mal payés et la marginalité. "Ses travaux s’adressent aux solitaires, aux déchets de la société, à tous ceux qui ont perdu espoir" lit-on dans un des nombreux focus.    

    Michele Bonton, Martin Boujol et Letizia Cadonici, Bukowski De liqueur et d'encre,
    éd. Petit à Petit, 2024, 160 p. 

    https://www.petitapetit.fr/produit/bukowski
    http://charlesbukowski.free.fr
    https://bukowski.net

    Voir aussi : "Charles Bukowski, affreux de la création"
    "Ivre de vers et d’alcool"

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  • Traits noirs très, très noirs

    "Quand je vois un Franquin, par exemple, je me dis : « Mais comment peut-on nous comparer ? Lui, c’est un grand artiste, à côté duquel je ne suis qu’un piètre dessinateur »". C’était Hergé qui disait cela au micro de Numa Sadoul, dans les années 70. Une parole sincère et éloquente qui dit beaucoup de l’importance du créateur de Gaston Lagaffe. Nous en avions parlé dans une chronique sur une récente biographie de Bob Garcia.

    Un livre de Franquin a en particulier l’admiration des amoureux et spécialistes de la bande dessinée. Il s’agit des Idées noires que les éditions Fluide Glaciale proposent depuis 2020 dans une version intégrale. À découvrir ou redécouvrir donc.

    Franquin disait dans une interview que ses Idées noires, c’était "du Gaston Lagaffe trempé dans la suie". Voilà qui est joliment dit pour ces planches au noir et blanc contrasté dans lequel les personnages sont réduits à des silhouettes, mais des silhouettes dessinées avec une précision d’horloger. 

    Franquin, artiste aussi doué qu’hypersensible et profondément pessimiste sur la nature humaine, a jeté sur le papier ses tourments

    Au départ de ces saynètes il y a une série de publications dans l’éphémère Trombone illustré. Par la suite, Gotlib propose de reprendre l’aventure artistique en ouvrant les pages du magazine Fluide glacial à ces histoires qui montrent que Franquin n’est pas juste le dessinateur de Gaston ou de Spirou.

    Ces Idées noires parlent de la nature humaine dans toute sa cruauté. Il y est question de violence, de guerres, de la peine de mort, de bêtise cruelle, de fin du monde et des gens de pouvoir. Franquin aiguise son arme favorite qu’est le crayon contre les chasseurs, les militaires, les religieux, les bourreaux ou contre la corrida.  

    Franquin, artiste aussi doué qu’hypersensible et profondément pessimiste sur la nature humaine, a jeté sur le papier ses tourments, pour ne pas dire ses idées dépressives. Cela donne au final un album considéré par certains comme "la meilleure BD de tous les temps". C’est certes un peu exagéré, mais cela n’empêche pas que la lande dessinée proposée ici appartient aux grands opus du genre.

    Franquin, Idées noires - L'intégrale complète, éd. Fluide Glacial, 2020, 80 p.
    https://www.fluideglacial.com/bd/franquin/idees_noires/idees_noires_-_l_integrale_complete

    http://www.franquin.com

    Voir aussi : "Franquin, ce génie méconnu"

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  • Franquin, ce génie méconnu

    Bob Garcia, auteur l’an dernier d’un passionnant essai sur les derniers secrets d’Hergé, propose en ce début d’année une étude sur un autre grand de la bande dessinée : André Franquin (1924-1997).

    L’ouvrage Franquin, les Secrets d’une Oeuvre (éd. du Rocher) interroge d’emblée sur la portée d’une œuvre sans doute sous-estimée. Bob Garcia rapporte d’abord ces propos élogieux du grand Hergé interrogé par Numa Sadoul : "Quand je vois un Franquin, par exemple, je me dis : « Mais comment peut-on nous comparer ? Lui, c’est un grand artiste, à côté duquel je ne suis qu’un piètre dessinateur »".

    Franquin, c’est Spirou, le Marsupilami, Modeste et Pompon et surtout Gaston Lagaffe, ce héros maladroit, poète, rêveur et humaniste, une sorte de double du dessinateur belge.

    Spirou est le personnage qui a fait connaître Franquin. Bob Garcia rappelle que le garçon est au départ une création de Jijé pour le magazine Spirou – justement. Bob Garcia revient sur les 30 albums que Franquin a patiemment dessiné et en grande partie scénarisé. Contextes de création, influences et clins d’œil permettent d’éclairer la genèse, l’histoire et l’importance des albums aussi différents que Les Voleurs du Marsupilami, Le Dictateur du Champignon, Le Nid des Marsupilamis ou encore Z comme Zorglub. L’étude des albums de Spirou constitue une grosse moitié de l’essai, une importance toutefois inversement proportionnelle à l’influence artistique de Gaston Lagaffe et surtout des Idées noires

    Une importance inversement proportionnelle à l’influence artistique de Gaston Lagaffe et surtout des Idées noires

    Comme le note Bob Garcia en fin de son ouvrage, l’œuvre de Franquin apparaît comme un chaînon manquant entre la bande dessinée pour enfants (Spirou) et la BD adultes (Les Idées noires).

    Après une biographie d’une dizaine de pages, l’auteur plonge avec passion, érudition dans les albums que Franquin a écrits et dessinés jusqu’à épuisement, au point d’abandonner Spirou à la fin des années 60.

    Même si les aventures du jeune groom, de son ami journaliste Fantasio et du Marsupilami apparaissent comme des BD de pures aventures destinées aux enfants et adolescents, Franquin les enrichit de clins d’œil à Tintin, au cinéma, à l’actualité des Trente Glorieuses mais aussi à la société de consommation.

    Le lecteur passera rapidement la courte partie consacrée au jeune couple Modeste et Pompon, une création toutefois importante en ce qu’elle traduit une rupture artistique avec le magazine Spirou, avant qu’il ne retourne dans son giron pour Gaston Lagaffe. Jusqu’en 1991, Franquin fait de ce garçon lunaire, inventeur à la fois génial et raté, collègue insupportable et amoureux transi de la jolie femme à lunettes "M’oiselle Jeanne", un anti-héros plus révolutionnaire qu’il n’y paraît. Rappelons qu’il est vraiment né comme personnage autonome quelques années avant 1968. Gaston se fait même engagé dans plusieurs histoires où sont abordés des sujets aussi graves que la peine de mort, l’écologie, la société de consommation ou l’antimilitarisme.

    Voilà qui nous mène presque naturellement vers l’une des œuvres les moins connues du grand public, ces fameuses Idées noires. Franquin fait une infidélité à Gaston en proposant, en 1977, des planches destinées pour le Trombone illustré, "journal « pirate » de 8 pages insérés dans le magazine Spirou". Puis, il continue l’aventure dans Fluide Glacial. Franquin parle à l’époque de "rigolade". Voire. Ces Idées noires sont une manière de desserrer le "carcan" de Spirou pour proposer des sujets plus sérieux, voire plus provocateurs. Un besoin pour Franquin qui veut ainsi s’exprimer comme artiste engagé. La pollution, la guerre, les religions, la malbouffe, l’enfance martyrisée font partie des sujets traités. Mais aussi, plus frappant, la pandémie. En 1982, soit près de cinquante ans avant le Covid-19, Franquin imagine un virus s’abattant sur le monde et contraignant ses habitants à vivre masqués. Franquin apparaît là non plus comme un dessinateur perfectionniste mais aussi comme un intellectuel doué d’une "lucidité extraordinaire". Bref, un génie que Bob Garcia nous propose de connaître un peu mieux.

    Bob Garcia, Franquin, les Secrets d’une œuvre, éd. du Rocher, 2024, 352 p.
    https://www.editionsdurocher.fr/product/130734/franquin---les-secrets-d-une-uvre/
    https://www.facebook.com/bobgarciaauteur/?locale=fr_FR
    http://www.franquin.com

    Voir aussi : "Aux sources d’Hergé"

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  • Ritchi démasqué

    En ce début d’année, retour Ritchi, sur un dessinateur de talent qui fait de l’actualité son terrain de prédilection, avec en option la philosophie, l’actualité et un goût certain pour la sociologie et l’histoire.

    Un de ses précédents livres, Reviens Gamin ! (toujours chez Rendez-vous sur mars), se lisait comme une petite madeleine de Proust. Ouvrage personnel et bien sûr teinté de beaucoup d’humour, cette série de planches et de saynètes replongeait dans l’enfance de l’artiste à la fin des années 70 et au début des années 80.

    Démasqués !!! et Des dates et des Doutes chroniquent eux aussi le passé, bien qu’il soit plus récent. Souvenez-vous. Il y a tout juste quatre ans, le monde découvrait la première pandémie mondiale due à un étrange virus venu de Chine. Dénommé Covid-19 (acronyme de l'anglais "COronaVIrus disease 2019"), cette maladie s’attaque à l’Asie en pleine période des fêtes, avant d’arriver – mondialisation oblige – en Europe puis sur les autres continents. La suite est bien connue : confinement obligatoire des habitants, arrêt de l’économie pour les "biens non essentiels" (une expression qui va susciter de nombreux débats, mais passons), généralisation des masques et course au vaccin. 

    Oui, assurément, Ritchi réussit à démasquer ses contemporains

    L’album Démasqués !!! croque cette drôle de période, avec ironie, humour mais aussi philosophie, puisque chaque planche est assortie de citations de Socrate, Voltaire, Lao-Tseu, Freud ou Kant. "Ah ! Si le grand Karl était là, il aurait su nous guider…", lance d’ailleurs un personnage au sujet des masques. Ces fameux masques, qu’ils soient d’ailleurs chirurgicaux, designés par des grands couturiers ou cousus dans des tissus en vieux slips ou objets de marketing par des industriels, sont au cœur de nombreuses planches.

    Ritchi est intarissable sur cet objet devenu omniprésent durant la crise sanitaire. Devenu indispensable à toute vie sociale (y compris sur les plages nudistes, apprend-on), il devient un objet historique, pour ne pas dire culte. L’auteur n’oublie pas non plus de parler du confinement, du télétravail, des gestes barrières et de la ruée vers les papiers-toilettes. Oui, assurément, Ritchi réussit à démasquer ses contemporains, des contemporains tour à tour "déglingués", "débridés", "détendus", "dégagés", et finalement "découverts".

    L’album Des Dates et des Doutes, une rétrospective de 2021, revient elle aussi sur la crise sanitaire qui n’était pas finie à l’époque. Ritchi parcours l’année de janvier à décembre. Et tout le monde en prend pour son grade : Donald Trump, Xi Jiping, le pape, Elon Musk, Didier Raoult ou Thomas Pesquet, en couverture du livre. Sans oublier des hommages à deux grandes figures disparus cette année-là : Belmondo et Bernard Tapie. Toujours avec humour.  

    Ritchi, Démasqués !!!, éd. Rendez-vous sur mars, coll. Les Hybrides, 2021, 96 p.
    Ritchi, Des dates et des Doutes, éd. Rendez-vous sur mars, coll. Les Hybrides, 2021, 120 p.
    https://www.facebook.com/profile.php?id=100080681393987
    https://www.ritchi-rasa.com
    https://www.instagram.com/ritchi.rasa

    Voir aussi : "Tout l’univers de Ritchi"

    © Ritchi

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  • Positiver avec le dernier Astérix

    En octobre dernier sortait le dernier Astérix, L'Iris blanc, le troisième publié après la mort d’Uderzo en 2020 et aussi le premier avec Fabcaro au scénario. Didier Conrad poursuit son travail de dessinateur pour la saga du petit Gaulois.

    Les albums d’Astérix alternent régulièrement voyages dans l’Empire romain – voire au-delà – et aventure au sein du village gaulois. Cette fois, après un périple dans de froides contrées barbares (Astérix et le Griffon), retour en Armorique où les intraitables Gaulois résistants à l’occupant romain voient débarquer un étrange voyageur.

    Derrière ses allures courtoises et affables, Vicévertus est en réalité envoyé par César pour ramollir la volonté des Gaulois. Et le moins que l’on puisse dire est que cela marche. Abraracourcix et sa femme Bonnemine sont même dans l’œil du cyclone. Heureusement, Astérix veille et n’est pas dupe de l’influence néfaste d’un Romain trop poli pour être honnête.  

    Un Romain trop poli pour être honnête

    Il faut le dire : cet Astérix est sans doute l’un des meilleurs depuis bien des années, et la présence de l’auteur de Zaï Zaï Zaï au texte n’y est certainement pas pour rien. On sent l’influence du créateur des albums Open Bar dans sa volonté de donner à cet Astérix l’allure d’un conte moderne. Car Vicévertus, derrière son physique de grand échalas à mi-chemin entre BHL et Dominique de Villepin (sic), est un gourou de la "pensée positive", un philosophe de la bienveillance mise à toutes les sauces et un adepte d’une langue de bois capable d’endormir son auditoire.

    Autant certaines BD du petit Gaulois ont le défaut de faiblir vers la moitié de l’album, autant cet Astérix reprend du poil de la bête lorsque Bonnemine se laisse alpaguer par le sournois Romain. Et là, il semble que le scénario s’emballe en se transportant vers une Lucrèce ressemblant sur beaucoup de points à notre Paris du XXIe siècle : embouteillages sur le périphérique, voies sur berges bloquées, bobos s’écoutant parler dans un sabir insupportable, auberges se gargarisant de nouvelle cuisine (hors de prix), sans oublier ces trottinettes (les "charinettes") omniprésentes, avec qui Obélix a fort à faire.

    Tout cela se terminera, on s’en doute, fort bien, avec un festin villageois indispensable.

    Un très, très bon Astérix donc. Et on peut remercier Fabcaro pour ce travail au scénario.

    Didier Conrad et Fabcaro, Astérix, L’Iris blanc, éd. Hachette, 2023, 48 p.
    https://www.asterix.com

    Voir aussi : "Le plus moderne des Astérix"
    "Fabcaro ne sauve pas les apparences"

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