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Bandes dessinées et mangas

  • Qui va tango va sano e lontano

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    Au Café Gran Tortoni, en plein cœur de Buenos Aires, un jeune homme attend d’être reçu par un maestro du tango afin de devenir son élève. En attendant ce rendez-vous qui va changer sa vie, Mina, une serveuse et danseuse, le prend son son aile en lui présentant les personnages gravitant autour d’elle, dans un café tout entier dévolu à la plus sensuelle des danses.

    Le tanguero novice découvre et écoute ces histoires argentines, comme autant de récits d’initiation.

    Des récits d'initiation

    Dans les 110 pages d’une BD entièrement consacrée au tango, Philippe Charlot et Winoc mettent en image des destins incroyables : dans les années 30, un acteur trouve le succès puis le malheur grâce à un texte révolutionnaire de Jorge Luis Borges ; sur la Plaza de Mayo, un payador, troubadour et chanteur de tango, débarque de la pampa pour défier Carlos Gardel ; un autre chanteur raconte dans quelles circonstances il a gagné un concours hors du commun organisé par une certaine mademoiselle Magdalena ; il est également question d’un bandonéon apporté par une jolie factrice d’accordéon, d’un danseur doué mais désargenté empêtré dans une histoire de vol et d’amour, d’un flirt hors du temps entre deux retraités et d’un fantôme errant dans les salles du Gran Café Tortoni.

    Les amoureux du tango adoreront cette bande dessinée au scénario envoûtant. Les autres se laisseront transporter par ces histoires dont le fil conducteur est une danse et une musique, et qui invitent à écouter ou réécouter le Volver de Carlos Gardel : "Volver con la frente marchita / Las nieves del tiempo platearon mi sien / Sentir que es un soplo la vida / Que veinte años no es nada."

    Philippe Charlot et Winoc, Gran Café Tortoni, tome 1, éd. Bamboo, 2018, 110 p.

  • La seconde bataille de Verdun

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    Cette seconde bataille de Verdun fut celle engagée par Fernande Herduin en 1920, dans les ors et les couloirs feutrés des palais de la République.

    Quatre ans plus, tôt, en pleine guerre, son mari le sous-lieutenant Gustave Herduin est fusillé pour désertion Verdun, sans aucun jugement . Contre toute attente, le soldat a cependant eu droit aux honneurs de la France à titre posthume pour ses faits d’armes antérieurs. Insuffisant, réclame la veuve Herduin qui réclame la vérité et la justice pour une exécution au cœur du gigantesque champ de bataille de Verdun.

    Un silence honteux

    Ne trouvant qu’un faible écho à ses revendications, la jeune femme se lance, épaulée par son avocat, dans une nouvelle guerre des tranchées contre une classe politique hypocrite et une administration militaire muette. En portant plainte pour meurtre, la Fernande Herduin parvient à faire du bruit dans Landerneau. Bientôt s’ouvre une nouvelle bataille de Verdun, judiciaire et politique cette fois.

    Cette affaire est mise en textes et en images par Jean-Yves Le Naour et Marko Holgado qui signent avec cette histoire édifiante le troisième tome d’une série sur Verdun, après Avant l’Orage et L’Agonie du Fort de Vaux.

    Les auteurs relatent dans un album à la facture classique l’histoire des fusillés pour l’exemple comme le silence honteux qui s’ensuivit. De ce point de vue, l’histoire de la veuve Herduin est celle d’une lanceuse d’alertes avant l’heure, obsédée par la réhabilitation de l’honneur de son mari. L’histoire est centrée sur ce personnage féminin solide et pugnace, en guerre dans une France encore traumatisée par les massacres de la Grande Guerre.

    Jean-Yves Le Naour et Marko Holgado, Verdun, Les Fusillés de Fleury,
    éd. Grand Angle, 2018, 47 p.

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  • Titeuf a vingt-cinq ans (et ne les fait pas)

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    Titeuf, le turbulent et attachant enfant, créé sous la plume de Zep, est né en 1993, plus précisément dans les pages du fanzine Sauve qui peut !

    Pour ses vingt-cinq ans - le double de son créateur -, le petit garçon n’est pas prêt à voler de ses propres ailes. En août dernier, le dessinateur suisse sortait À Fond le Slip, le 15e album de sa célèbre série, série que Zep ne se dit pas prêt à lâcher de sitôt.

    Le Monde propose en ce moment un hors-série consacré à Titeuf, "un héros qui colle aux temps modernes", comme l’annonce une de ses rubriques. Journalistes, intellectuels, spécialistes de la BD, psychiatres ou dessinateurs se penchent sur ce petit personnage qui a fait de son univers d’enfant le délice des petits comme des adultes.

    Titeuf ne s’interdit aucun tabou

    Zep a osé, comme personne avant lui, mettre dans la bouche de son personnage des mots et des sujets graves, drôles mais aussi à portée éducative. La série ne s’interdit aucun tabou, comme le rappelle le magazine. L’école et la cour de récréation restent l’univers de Titeuf et de ses camarades – Thérèse, Jean-Claude, Hugo, Ramon et bien entendu Nadia, le grand amour du blondinet à la houppette.

    Pour son hors-série, Le Monde propose un large choix de planches, dont la toute première : "La femme avec pas de boules." Le lecteur s’arrêtera également sur les deux pages engagées de Zep, qui fait paraître le 11 septembre 2015 une aventure tragique de Titeuf plongé dans un pays en guerre.

    Les aventures du jeune héros sont disséquées avec sérieux et sans cacher les polémiques soulevées par une série qui a fait de l'impertinente sa marque de fabrique. Impertinente et saluée par les meilleurs dessinateurs, dont Gottlib qui témoigna à Zep un hommage appuyé – et étonnant.

    Titeuf, du haut de ses vingt-cinq ans, reste plus que jamais le gamin le plus célèbre du monde.

    "Titeuf, 25 ans et toutes ses dents", Le Monde hors-série, janvier 2018
    http://zepworld.blog.lemonde.fr

  • Maillot rose pour Obélix

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    Que vaut le dernier Astérix ? Depuis 2013, Albert Uderzo a confié les aventures du petit Gaulois à Jean-Yves Ferri pour le scénario et Didier Conrad pour le dessin. Après Astérix chez les Pictes et Le Papyrus de César, c’est cette fois en Italie que le héros à la moustache blonde et son compère Obélix se retrouvent pour une compétition mémorable en char, qui a plus à voir avec un Giro antique qu’une course à la Ben Hur.

    Bifidus, un sénateur corrompu qui a eu la fâcheuse idée d’utiliser l’argent destiné à l’entretien des voies romaines pour ses orgies décide, pour se refaire une virginité, d’organiser une course en plusieurs étapes le long de la péninsule italienne. Par défi, Astérix et Obélix décident de faire partie des participants de cette aventure sportive, aux côtés d’autres concurrents bretons, lusitaniens, koushites (les mémorables princesses Toutunafer et Niphéniafer), étrusques, goths ou cimbres.

    Et c’est parti pour cinq étapes en Italie, où nos malicieux et intrépides Gaulois sauront déjouer les embûches de la course comme les coups fourrés du sénateur Bifidus qui a reçu l’aval d’un César bien décidé à voir un Romain gagner ce tour d’Italie antique...

    Les fans d’Astérix ne bouderont pas leur plaisir à la lecture de cet album, complètement à la hauteur des meilleurs albums du héros gaulois : aventures picaresques, jeux de mots, calembours en veux-tu en voilà, clichés assumés ou anachronismes. Le lecteur s’amusera à dénicher les clins d’œil truffant l’album, dans une deuxième lecture tout aussi réjouissante.

    Au final, pour cette 37e aventure d’Astérix, Obélix, le grand héros de cette Tranitaique, aura bien mérité son maillot rose de vainqueur.

    Jean-Yves Ferri et Didier Conrad, Astérix et la Transitalique, ed. Albert René, 2017, 46 p.
    http://asterix.com

  • Comment ça, difficile à encadrer ?

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    Il y a cinq mois, un drôle de zèbre accédait à la Présidence de la République, jetant du même coup dans les poubelles de l’histoire les Fillon, Hollande, Sarkozy et autres Juppé.

    Le recueil d’Alain Goutal, Panier de Crabes (éd. Y.I.L.), nous plonge en dessins dans une année politique nationale et internationale riche, marquée notamment par les élections de Macron et Trump comme par le terrorisme et la crise migratoire : "Ce recueil de dessins de presse aurait pu s’intituler "Pour mémoire", comme une piqûre de rappel", comme le dit l’auteur.

    L’actualité dense, les paroles volatiles, les personnalités éphémères et les promesses vite oubliées font de cet ouvrage le rappel d’événements passés et contribuent à rafraîchir notre mémoire. C’est déjà ça.

    Alain Goutal, observateur attentif de la planète autant qu’auteur engagé, croque ses personnages avec une férocité telle que l’on doute qu’il en encadre beaucoup. Ces dessins ont été publiés sur Médiapart, sur son blog ainsi qu’au sein du réseau Cartooning For Peace.

    Nos élus sont brocardés avec une dureté qui n’a d’égal que "la cynique perversion", "la tromperie" et le "mensonge" de la "caste oligarchique" qui nous gouverne : François Hollande et Pierre Gattaz en couple sado-maso, Myriam El Khomri et Manuel Valls dans une benne à ordures, Vincent Bolloré en bébé capricieux et insupportable lorsqu’il détruit son "jouet" Canal +, Alain Juppé en Don Quichotte ou Macron et Bayrou en clowns.

    Ces portraits rappellent quelques événements fondamentaux de la vie politique et internationale de ces douze derniers mois : la Loi Travail et le 49.3, l’affaire Bygmalion, les révélations sur Patrick Buisson, la Cop 21, les Primaires de gauche et de droite, le début de la campagne présidentielle 2017 ou les révélations de l’affaire Penelopegate.

    Le choix éditorial fait s’arrêter le recueil avant le premier tour des Présidentielles, ce qui peut laisser le lecteur frustré.

    Il reste que les thèmes abordés par l’auteur continuent d’être d’actualité : réchauffement climatique, agriculture industrielle, profits exorbitants du CAC 40, attitudes indécentes du MEDEF ("Il ne faut pas laisser partir à vau-l’eau les dépenses publiques après les attentats", sic), menaces islamistes ou extrême-droite menaçante.

    L’actualité internationale n’est pas en reste, avec des dessins d’une grande puissance visuelle. Alain Goutal nous prend aux tripes lorsqu’il parle de la Syrie, d’Alep, de la nature en danger ou de la consternante élection de Donald Trump. Il y a par exemple ce fameux dessin, popularisé par les réseaux sociaux, dans lequel Donald Duck exige le changement de son état civil après l’élection de son "presque homonyme".

    Deux ans et demi après l’assassinat de ses confrères de Charlie Hebdo, Alain Goutal nous rappelle que le dessin de presse reste l’un des atouts les plus essentiels de la liberté d’expression.

    Alain Goutal, Panier de Crabes, éd. Y.I.L., 2017, 68 p.
    http://goutal.over-blog.com
    http://www.cartooningforpeace.org

    © alain goutal

  • La débandade

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    C’est un sujet très culotté auquel se sont attelés le scénariste Jim (Une Nuit à Rome, Une petite Tentation, Héléna) et le dessinateur Louis Chabane (Héléna, Si seulement, Mesrine, l’Évasion impossible).

    En deux tomes, L’Érection raconte une soirée de décembre a priori banale mais tournant à l’empoignade conjugale. Arrêtons-nous sur le titre provocateur de cette BD : "C’est un bonheur rare d’avoir dans sa bibliographie un album s’appelant L’Érection", confie Jim dans l’entracte qui clôt le premier tome.

    Le terme d’entracte n’est du reste pas galvaudé pour cet album en deux volumes écrit comme une pièce de boulevard en sept actes et comme une comédie de mœurs se situant dans l’appartement bourgeois d’un couple de quadras, Léa et Florent.

    Nos deux bobos, toujours amoureux après 25 ans de vie commune, invitent un couple d’amis, Alexandra, blonde pimpante quadra elle aussi, et son ami Jean-Fabrice. C’est l’anniversaire de Léa, qui fête ses 48 ans. Les enfants ont été casés chez les grands-parents pour l’occasion. La soirée débute d’une manière classique : "Discussion réglée comme du papier à musique : un tiers enfants, un tiers potes, un tiers séries TV."

    Après un premier couac lors de la remise des cadeaux d’anniversaire, Léa s’aperçoit que Florent a une érection alors qu’Alexandra leur apprend qu’elle et Jean-Fabrice sont sur le point de se séparer. Pour éteindre la scène de ménage qui commence après le départ des amis, Florent apprend à Léa une autre surprise de taille…

    Les auteurs de L’Érection ont réussi le tour de force de créer sur les 128 pages de cette BD passionnante une comédie de mœurs à la fois grave et désopilante. Le sujet est classique : une crise de couple dégénère en cataclysme domestique, avec son lot de rebondissements, de portes qui claquent, de dialogues ciselés et de personnages complètement en déroute.

    Le premier tome et ses trois premiers actes installent les quatre protagonistes et l’enjeu qui va anéantir en quelques instants un couple fusionnel et admiré. Les certitudes s’écroulent, la confiance n’est plus qu’un lointain souvenir et les reproches pleuvent : "Je ne simule jamais, je t’assure, jamais ! Tout au plus… je t’encourage..." lance un moment Léa, avec une belle assurance, auquel Florent répond, sans se démonter :"Tu m’encourages à finir, je t’encourage à commencer..."

    Le deuxième tome voit l’intrigue s’accélérer, avec de nouveaux enjeux, de nouveaux personnages et de nouveaux décors, mais avec toujours la même contrainte de temps et d’espace : une nuit de décembre, dans un immeuble haussmannien. On retiendra notamment, dans ces quatre derniers actes, la désopilante scène du pyjama d’Alexandra et la rencontre avec les petits voisins du dessus.

    Jim et Louis Chabane réalisent un magnifique bijou de bande dessinée, écrite et dessinée avec efficacité, précision, intelligence et un humour féroce. S’inspirant des théâtres de boulevard, ils autopsient avec sagacité et pertinence un sujet intarissable : les conflits entre les hommes et les femmes. Les auteurs citent à ce sujet, en exergue du deuxième tome, une citation de José Artur : "La guerre des sexes n’est pas prête de s’éteindre. Il y a trop de complicité avec l’ennemi."

    Jim et Louis Chabane, L’Érection, livres 1 et 2, éd. Grand Angle, 2016, 68 p. et 70 p.

    Une nuit à Rome from Jim / Thierry Terrasson on Vimeo

  • Troisième bougie pour Bla Bla Blog

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    Bla Bla Blog fête aujourd'hui son troisième anniversaire.

    Près de 550 chroniques plus tard, le blog qui parle de littérature, de musiques, de cinéma ou de télé garde son tempo. Bla Bla Blog c'est une autre manière de parler de ce qui nous touche, parfois par des chemins de traverse, mais toujours avec passion et conviction.

    Pour les prochains balablas, il sera question de philosophie et d'anagramme avec Raphaël Enthoven, d'un focus sur HBO, la chaîne de télévision la plus révolutionnaire de ces vingt dernières années, de mathématiques, d'un retour sur Fishbach, l'une des révélations de la scène rock mais aussi d'une bande dessinée culottée et de haute-volée autour de l'érection (un indice, chez vous, avec le visuel en illustration)...

  • 400 000 hommes à la mer

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    L’un des épisodes les plus fous de la seconde guerre mondiale est également celui est le plus mal connu en France, alors même qu’il s’est déroulé sur nos terres, autour du périmètre de Dunkerque. Christopher Nolan a choisi, dans Dunkerque, de raconter l’après-débâcle de la Bataille de France en mai 1940.

    Le 25 mai 1940, Winston Churchill et la vice-amirauté britannique décident dans le plus grand secret l’évacuation des 400 000 soldats anglais pris en tenaille par l’armée allemande. L’Opération Dynamo a lieu pendant neuf jours, du 26 mai au 4 juin 1940. 700 navires anglais et 300 français sont réquisitionnés pour participer au sauvetage d’une armée en déroute, sous les bombardements de la Luttwaffe. De cet événement, Christopher Nolan en a fait un film de guerre impressionnant et d’une folle inventivité. Sa narration cinématographique suit le destin de plusieurs personnages dans le chaos de la Bataille de France. Sur terre, dans les airs et bien sûr sur mer, les destins de soldats britanniques, cherchant à fuir Dunkerque, d’un vieux marin civil britannique accompagné de son fils et d’un jeune homme et de deux pilotes de la RAF chargés de protéger l’évacuation infernale.

    Le spectateur pourra être autant décontenancé par le découpage narratif que par l’absence de perspective historique. Il reste que Dunkerque est un grand film de guerre, sans doute au niveau de ces pierres angulaires que sont Full Metal Jacket de Stanley Kubrick et Il faut sauver le Soldat Ryan de Steven Spielberg.

    Si votre bouquiniste favori n’est pas trop manche, il devrait vous trouver Dunkerque, Opération Dynamo, la bande dessinée que Pierre Dupuis a réalisé pour une collection de BD consacrées à la seconde guerre mondiale. Une manière sans doute plus pertinente de découvrir la portée de cette opération Dynamo : "Avec le recul du temps, on se rend compte que Dunkerque fut l’un des "suspenses" militaires les plus riches d’enseignements. Cette opération improvisée par les uns fut une surprise totale pour les autres et permit malgré tout aux adversaire de prendre conscience de leurs propres limites…" (Pierre Dupuis, Dunkerque, Opération Dynamo). 

    Le sauvetage gigantesque des plages de Dunkerque a été l’épilogue d’une défaite cuisante mais elle permit surtout au Royaume-Uni de ne pas perdre la guerre. Rétrospectivement, cela a été capital pour la suite des événements.

    Dunkerque, de Christopher Nolan, avec Fionn Whitehead, Tom Hardy, Mark Rylance, Cillian Murphy, Kenneth Branagh et Harry Styles, USA, GB, France, Pays-Bas, 106 mn, 2017
    Pierre Dupuis, Dunkerque, Opération Dynamo, éd. Dupuis, coll. Histoire/BD, 1974, 46 p.

  • Cet @ete

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    Allier le plus visuel des réseaux sociaux à la bande dessinée va tellement de soi que personne n’en avait eu l’idée auparavant. Cet été, Arte profite d’Instagram pour proposer Été, un roman graphique que les internautes pourront découvrir quotidiennement, à raison d’une planche publiée chaque jour, ainsi que vidéos.

    Les auteurs de cette création, Thomas Cadène, Camille Duvelleroy, Joseph Safieddine et Erwann Surcouf, proposent une histoire ancrée dans notre époque, celle d’un couple parisien, Olivia et Abel, très amoureux et décidés à se lancer dans un défi pour tester la résistance de leur couple. Pendant deux mois, ils couperont tout contact entre eux, qu’il soit physique ou virtuel.

    Évidemment, au stade de cette chronique, il est impossible pour le bloggeur d’en dire plus.

    Il ne vous reste plus qu’à vous connecter cet été sur l’Instagram de la web-BD Été, sur le compte Instagram proposé par Arte.

    Été, du 29 juin au 25 août 2017, Instagram, @ete_arte

  • Dans la chaleur du Morbihan

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    Sur Bla Bla Blog, on aime Bastien Vivès. Cet artiste a déjà fait l’objet de trois chroniques pour ses formidables BD Amitié étroite, Polina et L’Odeur du Chlore. Pour Une Sœur (éd. Casterman), son nouvel album, c’est en Bretagne, et plus précisément sur l'Île aux Moines dans le Morbihan, que l’auteur nous entraîne.

    Antoine, un adolescent de 13 ans, et son petit frère Titi, accompagnent leurs parents dans leur maison de vacances au bord de la mer. Nous sommes dans l’insouciance de l’été. La chaleur est là. L'océan aimante et électrise. Peu de temps après leur arrivée, une visite impromptue vient casser la routine estivale : Sylvie, une amie des parents qui vient de vivre une fausse-couche, est accueillie pour quelques jours avec sa fille. Cette dernière s’appelle Hélène. Elle a 16 ans. Bientôt, s’instaure entre elle et Antoine une complicité fraternelle.

    L’amitié, l’amour, l’adolescence : ces thèmes chers à Bastien Vivès sont concentrés dans un ce petit bijou qu’est Une Sœur. Sur une intrigue tenue, l’auteur parvient à tisser une histoire où se mêlent tableaux vécus plus vrais que nature, tragédie, comédies humaines, liens fraternels, relations ambiguës, moments de grâce et sensualités. Les corps et les adolescents se cherchent et se découvrent. On est à des âges où les cordons ombilicaux avec papa et maman sont en passe d'être rompus.

    Bastien Vivès ne cherche pas à provoquer ni à transgresser. Comme il le dit dans le magasine CasMate, Ma Sœur parle d'une rencontre inespérée, à la fois légère et capitale pour le jeune homme : "Je voulais que le ivre refermé, Hélène partie, on comprenne qu’elle et Antoine ont vécu un moment superchouette, un moment privilégié. Que plus tard ils y penseront avec tendresse."

    Avec un sens de l’économie, le dessinateur fait de ses jeunes gens les héros d’aventures et de romances rhomériennes dans lesquelles les adultes ont le second rôle, y compris singulièrement Sylvie, la mère d’Hélène malgré le drame qui l’a touchée.

    Bastien Vivès est en état de grâce dans cette bande dessinée bouleversante : le noir et blanc somptueux, les visages et les corps délicatement esquissés, les cadrages, l’intrigue patiemment déployée et rythmée par des points de bascule, jusque dans les dernières pages. L'auteur de Polina et de L'Odeur du Chlore propose l'histoire d'une rencontre érotique tout autant que d'un apprentissage, derrière laquelle pointe le drame et la tragédie que personne n'attendait.

    Ce magnifique album terminé, le lecteur n'a qu'une envie : se replonger dans ce récit simple et bouleversant. Éblouissant, comme un soleil d’été.

    Bastien Vivès, Une Sœur, éd. Casterman, 2017, 212 p.
    "Les meilleurs amis du monde"
    "De la piscine comme univers métaphysique"
    "Petite danseuse deviendra grande"
    http://bastienvives.blogspot.fr
    "Le sexe en 12 leçons", in Casemate, mai 2017

  • Prométhée déchaîné

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    Le philosophe Luc Ferry est aux manettes pour une passionnante collection sur la mythologie en bande dessinée. Voilà une excellente idée, qui vient confirmer l’engouement pour un genre inépuisable. Qui osera dire que les histoires de Zeus, Athéna ou les les Furies font partie des contes à dormir debout ? En réalité, elles ont beaucoup à nous dire. 

    Prenez Prométhée, ce géant enchaîné au sommet du Caucase, condamné pour l’éternité à voir son foie dévoré par un aigle le jour, avant de repousser la nuit. Son crime ? Avoir offert aux hommes le feu et la technique, au risque de faire de cette race l’égale des dieux.

    Avec un solide sens de la narration, et un grand soin dans le dessin, Luc Ferry, Clotilde Bruneau et Giuseppe Baiguera offrent une lecture moderne, rythmée et séduisante du cycle prométhéen. Assez naturellement, les auteurs n'ont n’a pas oublié d’y insérer le mythe de la boîte de Pandore, mettant du même coup en avant le frère de Prométhée, Épiméthée. "Anti-Prométhée" et personnage que les auteurs nous dépeignent en frère naïf, besogneux mais passionné, Épiméthée devient l’un des personnages phares du mythe : celui qui a en charge le peuplement de la terre et qui réussit tellement bien son coup qu'il met son frère au pied du mur en accaparant tous les attributs du règne animal. Il va être également à l’origine des calamités terrestres.

    L’exploit de cette BD est d’avoir rendu au mythe toute sa clarté et d’en faire un ouvrage à la fois accessible et séduisant. Une jolie promesse pour la suite de cette collection.

    Luc Ferry, Clotilde Bruneau et Giuseppe Baiguera, Prométhée et la Boîte de Pandore,
    éd. Glénat, 2016, 56 p.

  • 500

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    Bla Bla Blog vient de publier sa 500ème chronique en moins de trois ans.

    C'est l'occasion de revenir sur  cette aventure éditoriale autant qu'humaine qui a entraîné le bloggeur vers des horizons passionnants. Bla Bla Blog s'est fixé dès le départ un seul principe : la curiosité. Sortir des sentiers battus n'empêche pas de parler de sujets plus classiques. Ni élitiste, ni mainstream, Bla Bla Blog peut aussi bien parler du formidable mais méconnu groupe Carré-Court  que revenir sur David Bowie. Et faire découvrir le travail d'artistes comme Fanny de la Roncière ou la "pétillante" Laura Lambrusco n'empêche pas de parler de Tintin ou de Star Wars.

    Dans les prochaines chroniques, il sera ainsi question de l'étonnante et sulfureuse Stella Tanagra mais aussi du groupe Edgär, d'Oren Lavie que le public français commence à découvrir, ou encore de la série Versailles (à paraître samedi prochain).

    Et Bla Bla Blog sera également partenaire du deuxième épisode de l'événement parisien In The Mood For Art, Panic room/Art, en septembre prochain.

  • Covoiturage avec Gégé

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    De 2012 à 2016, le dessinateur Mathieu Sapin a suivi Gérard Depardieu du Portugal à la Russie, en passant par la Bavière. Il nous raconte cette rencontre et ces pérégrinations dans Gérard, Cinq années dans les pattes de Depardieu.

    Mieux qu'une biographie, cette bande dessinée suit les traces du Français vivant le plus connu à l'étranger, "avec François Hollande", comme l'ajoute malicieusement le dessinateur. Mais ça, c'était avant l'élection d'Emmanuel Macron à la Présidence de la République, le 7 mai dernier.

    Mais ne nous égarons pas, ou plutôt si, égarons-nous avec Mathieu Sapin dans ces pays où notre "Gégé national" a posé un moment ses valises : au Portugal pour les besoins d'un tournage (Le Divan de Staline), à Moscou pour respirer un peu de l'air slave, dans les campagnes françaises pour un documentaire fleuri sur la gastronomie ou tout simplement en goguette en Azerbaïdjan.

    Embarqué dans une série de voyages homériques à travers l'Europe, Mathieu Sapin devient le confident de l'acteur, un acteur qui se livre sans masque mais non sans ambiguïté.

    Certes, depuis que Gérard Depardieu s'est accoquiné avec Poutine, son image de provocateur a supplanté celle d'acteur exceptionnel. Mais c'est un troisième visage que nous offre l'auteur de Gérard, celui d'un homme cachant derrière son caractère volcanique et ses comportements d'ours un esprit d'une grande finesse : amateur d'art (son appartement parisien est un vrai musée), cultivé, gourmet tout autant que gourmand, ouvert aux cultures étrangères, hospitalier et généreux.

    C'est un portrait plus nuancé qu'il n'y paraît que propose cette bio dessinée, sous forme de carnet de voyage. Souvent drôle mais jamais caricatural, Gérard Depardieu se dévoile, au propre comme au figuré.

    Dans les dernières pages, Mathieu Sapin nous relate comment l'interprète de Cyrano a reçu les planches que le lecteur lira quelques temps plus tard. Depardieu houspille le dessinateur au sujet de tel ou tel propos qu'il dit n'avoir jamais tenu. La star choisit cependant de laisser l'auteur de la BD maître de son œuvre. Une ultime séquence de très grande classe, en hommage à un artiste phénoménal, dans tous les sens du terme.

    Mathieu Sapin, Gérard, Cinq années dans les pattes de Depardieu, 2017, 160 p.

  • Tintin, back in the USSR

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    Tintin au Pays des Soviets a toujours fait partie de ces albums mythiques qu’un tintinophile se devait de posséder, au même titre que L’Alph-Art : un titre historique mais dont l’attrait de la lecture était peu évident. Les éditions Moulinsart et Casterman proposent de redécouvrir cette BD sous un nouveau format. 

    En 1929, Hergé, jeune dessinateur pour la revue belge du Petit Vingtième, créé le journaliste impétueux Tintin. Accompagné de son fidèle chien Milou, le jeune reporter part enquêter en URSS pour démystifier la Russie tombée dans le communisme depuis une douzaine d’années. Le voyage débute sous les plus mauvaises augures par un attentat provoquant la mort de 218 (sic) passagers d’un train. Pourchassés par la police politique de la Guépéou, Tintin et Milou traversent le pays à toute allure, bien décidés à dévoiler aux lecteurs du Petit Vingtième la réalité du communisme.

    Les familiers de l’album originel en noir et blanc redécouvriront Tintin au Pays des Soviets avec un œil nouveau. Les studios Hergé ont en effet colorisé cette première histoire de Tintin. Livre historique, cette BD devient une authentique aventure, certes datée et naïve, mais d’une nouvelle fraîcheur et à la lecture bien plus agréable que l'ancienne version en noir et blanc.

    Les fans de Tintin s’arrêteront avec délice sur la page 7 de ce premier album : le jeune reporter démarre en trombe au volant d’une décapotable, soulevant une mèche de ses cheveux. La fameuse houppe de Tintin se redresse. Elle ne retombera plus.

    Hergé, Tintin au Pays des Soviets, éd. Casterman, Moulinsart, 1929, 2017, 137 p.

  • Monstres et compagnie

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    A priori, on donnerait le Bon Dieu sans confession à ces deux auteures américaines, Marjorie Liu et Sana Takeda. Elles signent pourtant, l’une pour le scénario et la seconde pour le dessin, Monstress, une bande dessinée aussi cruelle et sanglante que somptueuse.

    Monstress, déjà qualifié aux États-Unis comme un roman graphique majeur et dont le premier tome vient de sortir en France aux éditions Delcourt. Dans la droite lignée de la dark fantasy, Marjorie Liu, qui a troqué sa robe d’avocat pour l’écriture, imagine un monde post-apocalyptique peuplé d’humains aux dons surnaturels, de chats à la fois sages bavards et soldats pugnaces, d’Anciens aux pouvoirs immenses, d’Arcaniques (ou "Sang-mêlés"), des êtres hybrides mi-humains mi-Anciens, sans oublier une confrérie humaine redoutable, l’ordre des Cumaea.

    Maika Demi-Lune, une toute jeune femme amputée d’un bras, se retrouve captive de ces nonnes-sorcières. Belles et redoutables, ces vampires d’un autre temps chassent les humains pour les manger et en extraire une étrange substance, le lilium.

    Maika parvient à s'extirper des griffes de Lady Atena et Lady Sophia, en compagnie de Kippa, un enfant-renard, et du chat maître Ren. Tout ce petit monde fuit les Cumaea. La garde des Inquisitrix, guidées par une mystérieuse Mère Supérieure, partent à la recherche de Maika mais aussi d'un objet sacré dérobé par la jeune fille dans un sanctuaire arcanique. Un autre danger sommeille et menace la jeune femme en fuite : un être à l'intérieur d'elle-même, en lien avec son passé sombre et mystérieux.

    Monstress est une étourdissante aventure baroque violente. Les auteurs de ce premier volume remarqué et remarquable (un tome 2 est sorti récemment aux États-Unis) élaborent un univers de dark fantasy puisant ses influences tous azimuts : mythologies occidentales, mangas, contes et romans classiques ou comics américains. Dans cette histoire de quête initiatique et de lutte entre bien et mal, Kippa et le chat Ren représentent des figures à la fois familières, drôles et touchantes, largement inspirées qui plus est des personnages de mangakas. Ainsi, Ren aurait toute sa place dans le bestiaire des Pokemons.

    Monstress déploie sur plus de 200 pages des univers à la fois sombres et oniriques, familiers et surnaturels, modernes et archaïques : geôles moyenâgeuses de Zamora, steppes dignes de la Mongolie, palais somptueux, laboratoires de savants fous, paysages sylvestres dignes de la Comté de Tolkien ou cités post-industrielles. Sans oublier la traditionnelle carte géographique, en fin de volume, présentant "le monde connu" où évoluent Maika et consorts. Les amateurs de fantasy se retrouveront en terrain connu.

    On doit à Sana Takeda le graphisme somptueux. Les cadrages comme les scènes de combats avec leur violence stylisée à la Game of Thrones, empruntent largement aux mangas. Précisons que l'illustratrice de Monstress est originaire du Japon. Le dessin est précis, riche et d'une grande puissance visuelle, rappelant la culture comics américaine. Monstress recycle dans cette bande dessinée de dark fantasy des archétypes traditionnels : la jeune héroïne aux pouvoirs inattendus, une quête dangereuse, des compagnons de voyage modérateurs sur le modèle de Sancho Panza, des génies du mal, des mystérieux anges-protecteurs et des monstres en veux-tu en voilà.

    L'autre grande originalité de ce premier tome vient du parti-pris scénaristique. Monstress, œuvre de deux femmes, est un un cycle féminin jusque dans ses propos. La société matriarcale décrite est celle d'un monde violent où l'asservissement est la règle. Peu de places sont laissés aux hommes, simples soldats ou pâles seconds couteaux. Reste pour la jeune héroïne à la recherche de sa liberté son étrange pouvoir encore sous-utilisé, ses astuces, son courage mais aussi la solidarité féminine.

    Marjorie Liu et Sana Takeda, Monstress, tome 1, L’Éveil, éd. Delcourt, 208 pages, 2017
    http://marjoriemliu.com
    http://sanatakedaart.tumblr.com