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Livres et littérature

  • C’est l’amour à la plage

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    Flore Cherry et Guenièvre Suryous rempilent pour un nouveau Guide de Survie sexuelle. Après l’étudiante et la business girl, cette fois c’est à la vacancière que s’intéressent nos deux spécialistes : "Les vacances, c’est le moment idéal pour décrocher du quotidien et s’offrir le temps de quelques jours et de quelques nuits, une bulle d’évasion exotique et, pourquoi pas érotique," disent les auteures en avant-propos.

    On retrouve dans ce nouveau volume de Guide de Survie sexuelle les rubriques habituelles : des profils types (en l’occurrence la jet-setteuse, l’intello, et la baroudeuse), les fiches de premiers secours, un catalogue de "questions relous" (avec un florilège de réponses possibles), une rubrique "Culture G" et des "témoignages de Survivantes." Flore Cherry et Guenièvre Suryous ont également eu la bonne idée d’inclure dans leur vade-mecum estival des grilles de mots croisés et un carnet personnalisable par le lecteur.

    Le Guide de Survie sexuelle de la Vacancière se veut à la fois léger et pratique, tout en essaimant discrètement, et sans tabous, conseils et rappels : comment choisir un maillot sans stress, comment faire l’amour lorsque l’on est jeune maman, comment gérer un amour d’été ou quoi apporter pour des vacances torrides. La lectrice et le lecteur y retrouveront sans doute des informations glanées ici ou là dans leurs magazines préférés, mais d’autres sujets plus inhabituels sont également traités : quelles sont les destinations étrangères les plus sexy ? Peut-on faire l’amour dans un avion ? Quels sont les meilleurs spots pour draguer un étranger ?

    Une île "détox des hommes" pour les femmes

    La rubrique "Culture G" propose, de son côté, de parfaire notre culture générale en s’intéressant, bien entendu, au sexe et aux vacances. Et l’on apprend que la Suède proposera bientôt une île "détox des hommes" pour les femmes, que le topless s’est sérieusement ringardisé depuis quelques années, que le Brésil ouvre cet été un parc d’attraction dédié au sexe ou que les Anglais mettent en vente des glaces au champagne et au Viagra...

    Le lecteur pourra s’arrêter, avec un mélange de consternation et d’amusement, sur ces questions relous souvent entendues : "Tu ne nous ramène pas un Africain à la maison ?," "Voulez-vous couchez avec moi ce soir ?", "Tu as pris combien de kilos en Australie ?"

    Le grand bonus de ce Guide de Survie sexuelle de la Vacancière reste les témoignages de "survivantes" : des confessions d’anonymes qui prouvent que la réalité peut parfois dépasser l’imagination des meilleurs scénaristes. Ce chapitre est à ne pas manquer.

    Le nouveau livre de Flore Cherry, illustré avec finesse et dans des couleurs chaudes par Guenièvre Suryous, est à emporter pour vos vacances, que vous soyez seules ou (bien) accompagnées. La parenthèse légère et dorée des vacances ne saurait se passer d’escapades coquines et d’aventures sexy. "Le désir ne meurt jamais" dit d’ailleurs Julia Palombe en préface : une phrase digne de James Bond que revendiqueront sans aucun doute nos deux auteures chéries.

    Flore Cherry et Guenièvre Suryous, Guide de Survie sexuelle de la Vacancière,
    éd. Tabou, 128 p., 2018

    http://guenievre-illustration.com
    http://popyourcherry.fr

    Voir aussi :
    "Zob in job"
    "La vie (sexuelle) des jeunes"
    "Union TV : un nouveau média pour une nouvelle révolution sexuelle"

  • Cons et néocons

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    "Un idiot entouré de clowns" : c’est le punchline en quatrième de couverture de l’essai qui a déstabilisé la Maison Blanche de Donald Trump. C’est à Michael Wolff, écrivain et journaliste américain que l’on doit Le Feu et la Fureur (éd. Robert Laffont), véritable réquisitoire contre le Président américain populiste, arrivé au pouvoir il y a à peine deux ans, à la surprise générale.

    Parlons justement de cette prise de pouvoir. Le 8 novembre 2016, Trump et son équipe s’apprêtent à laisser la Maison Blanche à Hillary Clinton : "Il ne va pas gagner! Ou alors, perdre c’est gagner." Cette défaite annoncée jusque dans l’équipe du candidat républicain sonne en réalité comme un triomphe et un gage de futures victoires : Trump pourrait devenir un véritable martyr politique et asseoir une popularité mondiale, sa fille Ivanka et son gendre Jared Kushner deviendraient des célébrités et permettraient de développer la marque Trump, Steve Bannon, l’idéologue, prendrait la tête du Tea Party et des néoconservateurs et le Parti Républicain retournerait à son fonctionnement habituel après cette parenthèse électorale – un véritable cauchemar pour leurs augustes représentants.

    Sauf que rien ne se passe comme prévu : lorsque après 20 heures les résultats tombent, les témoins croisent le futur Président désigné fantomatique. Quant à sa femme, Melania, elle est en larmes, "et ce ne sont pas des larmes de joie." Seul Banon semble être amusé par ce coup de poker incroyable qui voit accéder le plus improbable des candidats à la tête de la plus grande démocratie du monde.

    Steve Bannon est paradoxalement le personnage principal du récit vrai de l’accession au pouvoir du néocon "idiot" et arriviste qu'est Trump. Des chapitres entiers sont consacrés à ce véritable aventurier de la politique américaine qui a fait du Président son instrument pour faire triompher ses thèses d’extrême-droite et faire "crever la bulle du ‘gauchisme internationaliste...’"

    "Jarvanka"

    Un drôle d’instrument en vérité, car Trump se révèle, sans surprise, comme particulièrement retors à comprendre, voire à maîtriser lorsque la diplomatie exige du sang-froid. Le 45e Président américain s’avère être tout aussi atypique dans le paysage politique outre-atlantique que Bannon : capricieux, rancunier, insaisissable et atterrissant dans une Maison Blanche dont il ne comprend pas le fonctionnement.

    Autres personnages de cette saga présidentielle : le couple Ivanka-Jared, dénommés "Jarvanka, telle une entité unique. La fille et le gendre de Trump c’est la famille au pouvoir. Ils bénéficient d’un statut à part et de responsabilités étendues. Trump confie même à son beau-fils le dossier du proche-Orient. Vaste défi pour un tel néophyte ; mais Trump ne l’est-il pas lui-même ?

    Michael Wolff consacre de longues pages, bien documentées, à l’affaire russe, qui continue d’empoisonner la vie politique américaine. La question brûlante est posée : l’équipe Trump a-t-elle truqué les élections à l’aide des Russes ? La justice et les médias s’engouffrent dans cette affaire d’État. Le scandale pousse Trump à surréagir à coup de colères, de limogeages et de fake news.

    Le lecteur français a droit, dans Le Feu et la Fureur, à une véritable plongée dans l’Amérique politique américaine, au point parfois de se perdre au milieu de personnages publics ou médiatiques inconnus de ce côté-ci de l’Amérique. Un index permet, heureusement, de s’y retrouver, et l’on découvre un pays devenu comme fou et sans boussole depuis qu’un con et un néocon a pris la main sur la plus grande démocratie du monde, pour quatre ans – sinon plus.

    Au secours : les populistes sont au pouvoir !

    Michael Wolff, Le Feu et la Fureur, Trump à la Maison Blanche,
    éd. Robert Laffont, 2018, 370 p.

  • 40 bougies pour un géant de l’édition

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    Allez, on ne va pas se raconter d’histoires : qui ne connaît pas Harlequin ? Mieux, qui n’en a pas lu ? Cette maison d’édition qui s’est spécialisée dans la littérature sentimentale et populaire – les mauvais coucheurs diront "à l’eau de rose" – se porte bien : merci pour elle.

    Deux événements nous rappellent qu’Harlequin, né au Canada en 1949 grâce à l’imagination de Mary et Richard Bonnycastle, vit une année 2018 particulière.

    D’abord parce que la maison française fête ses quarante bougies : en 1978, Complainte sicilienne est le premier roman publié dans notre pays dans ce qui deviendra en 1988 la collection Azur.

    L’autre actualité de cet éditeur, que l’on adore snober, est leur nouvelle collection, Magnetic. Harlequin annonce la couleur : intense, moderne et réaliste. Le public visé ? Des lectrices urbaines pouvant s’identifier à "des héroïnes fortes et indépendantes." Quatre premiers ouvrages sont déjà proposés : Troublant contrat de JC Harroway, Amant royal de Ryley Pine (sic), Le Défi du Play-boy de Nicola Marsh et Au Jeu du Désir de Lisa Childs.

    Le modèle économique d’Harlequin n’a pas changé d’un poil : un catalogue pléthorique (700 titres publiés par an), un succès indéniable (4 millions de livres vendus par an), un lectorat fidèle et sans renouvelé (70 % de notoriété, 50 % des lectrices ont moins de 45 ans et 25 % ont entre 15 et 35 ans), avec des chiffres à donner le tournis (7 milliards de livres vendus depuis 1949, 1300 auteurs et des ouvrages traduits dans 30 langues et vendus dans 150 pays).

    Arrêtons donc de faire la fine bouche, et bon anniversaire, Harlequin France.

    https://www.harlequin.fr

  • Taddeuz à l’école des sorciers

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    Soyons clairs : le premier tome des mémoires imaginaires de Taddeuz est d’abord destiné à un lectorat jeune, celui du narrateur, un jeune homme de 13 ans. Mais derrière le personnage fictif de Taddeuz se cache surtout Marie-Françoise Chevallier Le Page, aux manettes de ce qui s’apparente à une saga à la Harry Potter.

    Le premier tome, Le Collier aztèque, vient de sortir aux éditions de la Safranède. Il permet de découvrir ce Taddeuz, prince du royaume du Tadjasthan, lancé dans une aventure que Marie-Françoise Chevallier Le Page relate dans un style accessible à son (jeune) public. L’auteure de ces mémoires imaginaires n’est pas tout à fait une inconnue dans l’univers de la littérature jeunesse, puisqu’elle s’est autant illustrée comme romancière que comme illustratrice de contes pour enfants (Les Contes de Mamyshâ).

    Taddeuz, ou Raja-Isha pour l’état-civil de son pays, est un prince tout juste adolescent, parti étudier à la Glenowl Academy. Dans cette école pas tout à fait comme les autres, une mission est confiée aux élèves en début de chaque trimestre. Celle que relate Taddeuz dans la première partie de ses mémoire consiste à trouver un objet au Mexique : un collier aztèque constitué de perles de métal en mémoire de forme et dont la formule est cachée : "Une mission capitale pour la science, l’aérospatiale, et la médecine."

    Des similitudes frappantes avec Harry Potter

    Voilà donc notre prince lancé au Mexique avec ses compagnons : Carlos (Tlaloc), Marwan (Yucan), Solène (Xòchitl), Kuan Ti (Xelhua,) et surtout la jolie et intelligente Altaïr (Citlali).

    Rien ne manque dans cette aventure extraordinaire : de la magie, un voyage initiatique au pays des Mystérieuses Cités d’Or, des trésors, du danger, des phénomènes surnaturels, des animaux doués de parole, le sens de l’amitié, des épreuves et un gros "vilain" au nom germanique, Herbert von Wolfenwāchter ("C’est sans doute un escroc mafieux, qu’il est très certainement à l’origine de tous nos ennuis car il est, lui aussi, à la recherche du collier à mémoire de forme, mais pour des raisons bien moins honorables que les nôtres").

    Les lecteurs de Taddeuz trouveront dans son récit des similitudes frappantes avec Harry Potter : le décorum à la Poudlard de la Glenowl Academy, le système des Maisons, la place de la magie, le bestiaire enchanté (les kalongs, des renards volants) mais aussi les compagnons de voyage aux caractéristiques bien identifiables, à commencer par Altaïr, sorte d’Hermione, futée et perspicace autant qu’indépendante et mystérieuse.

    Un roman somme soute classique donc, mais le jeune public fan d’aventures fantastiques ne fera sans doute pas la fine bouche devant ce roman destinée à tous les enfants de sept à dix-sept ans.

    Marie-Françoise Chevallier Le Page, Mes mémoires, par Taddeuz, Mémoires d’un jeune homme de 13 ans, tome 1, Le Collier aztèque, éd. de la Safranède, 2018, 309 p.
    https://www.lasafranede.com/jeunesse

  • Monsieur tout le monde aime ça

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    Pour être transparent, c’est à partir d’extraits du roman Emprise de Monsieur Tout le Monde que le bloggeur a écrit cette chronique. De Monsieur Tout le Monde, auteur de ce roman érotique tout ce que l’on sait c’est que c’est un homme vivant dans un pays réputé pour sa chaleur, sa culture et ses plages – Barcelone en l’occurrence –, que notre homme aime les voyages, le jazz, la musique classique... et le sexe, qu’il considère volontiers comme un des beaux-arts.

    D’ailleurs, c’est bien l’art qui sert de base à Emprise, une histoire de pulsions et de fantasmes que l’auteur a écrit vingt ans plus tôt et qu’il nous fait découvrir.

    Un écrivain voyage dans le sud marocain pour y trouver la tranquillité dont il a besoin pour écrire son prochain roman, d’un nouveau genre pour lui : la littérature érotique. Après plusieurs jours de recherche, il trouve à l’Hôtel de la Palmeraie un endroit idéal selon lui pour écrire, mais qui ne l’empêche pas d’échapper à la page blanche.

    Le salut de notre auteur incapable d’avancée dans son roman viendra d’une rencontre inattendue : une jeune femme croisée dans l’hôtel l’entraîne vers une expérience sensuelle et raffinée, un "contrat érotique" – et même une "religion" comme il le dit. Et voilà notre romancier entraîné à abandonner un roman qui ne l’inspirait pas au profit d’un journal intime, une mise en abîme déroutant aussi bien pour l’auteur que pour le lecteur.

    Monsieur Tour le Monde propose à la fin de son roman L’Emprise une nouvelle érotique, La dernière Nuit.

    Monsieur Tout Le Monde, Emprise, Amazon, 2018, 177 p.
    https://monsieurtoutlemond5.wixsite.com/emprise

  • Broadway au bout du crayon

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    Bla Bla Blog est partenaire avec Cherry Gallery d’une nouvelle exposition, Drawing Art, de Guillaume Chansarel, à la Galerie Detais / Sabine Bayasli (Paris 9e). Cet événement aura lieu du du 5 au 9 juin 2018. Notez bien ces dates sur vos agendas.

    À l’image de New York, Guillaume Chansarel est en perpétuel mouvement. Explorateur d’idées nouvelles, empêcheur de penser en rond, bouillonnant de projets, il nous surprend encore avec une création originale qui va faire le bonheur des esthètes.

    247 dessins en 7 jours

    Montrer New York différemment, tel était son objectif. Pour ce projet aussi simple qu’ambitieux, l’artiste fait de Broadway Avenue son terrain de jeu. Sur 22 kilomètres, il dessine tous azimuts. Harlem, Colombus Circle, Central
    Park, Times Square, Wall Street, subway, yellow cabs, feux tricolores, trucks, enseignes, néons, écrans géants...

    Tel un sportif de l’extrême, il s’impose une discipline de fer : 3 kilomètres et 35 dessins par jour, chronomètre en
    main ! "Comme on le ferait avec un Smartphone, je saisis un lieu, je capte une émotion". Caméra frontale vissée sur le crâne, à chaque intersection de rue, il dégaine son crayon, sort son carnet, et crobarde un corner. Le dépassement du "dessinateur de fond" donne une œuvre étonnante. Une série de croquis tendus et contrastés qui nous plonge au cœur de la mythique avenue.

    Un livre inédit avec Frédéric Beigbeder

    À l’occasion de ce projet artistique, Guillaume Chansarel et Frédéric Beigbeder, pour le texte, publient un livre inédit en édition limité : Drawing Avenue, 247 dessins en 7 jours. L’auteur prendra soin, sur la page de garde de chaque exemplaire réservé de réaliser une gouache originale personnalisée.Ce livre exceptionnel peut être réservé en ligne ou directement à la Galerie Detais / Sabine Bayasli.

    Du jamais vu ! On feuillette un autre New York. Revisité. Apaisé. Un surgissement de sérénité dans cette ville foisonnante. Le regard de l’artiste semble apprivoiser la jungle urbaine. "L’étonnement, ce commencement timide de la jouissance" dont parlait Roland Barthes. Avec ce "street movie" à pied, Guillaume a inventé un nouveau genre artistique. On a tous rêvé New York et Guillaume Chansarel l’a fait.

    Drawing Avenue, exposition de Guillaume Chansarel du 5 au 9 juin 2018
    Du mardi au samedi de 14H à 19H et sur rendez-vous
    Galerie Detais / Sabine Bayasli
    39 rue Notre-Dame de Lorette - Paris 9e
    Tél. 01 82 10 14 73 / contact@galeriedetais.fr
    www.galeriedetais.fr
    Guillaume Chansarel et Frédéric Beigbeder, Drawing Avenue, 247 dessins en 7 jours, exemplaire à réserver en ligne ou sur place à la galerie Detais / Sabine Bayasli

    https://www.guillaume-chansarel.com

    D’après un texte de Gilles Trichard
    © Guillaume Chansarel

  • Il sera beaucoup pardonné à David Lachapelle

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    C’est un très bon livre, je dirais même plus très bel objet qui m’est tombé entre les mains cet hiver : la magnifique anthologie consacrée à David Lachapelle (Lachapelle Lost+Found, éd. Taschen).

    Dans un coffret luxueux, le photographe américain, l’une des idoles de la pop culture, propose quelques-uns de ses meilleurs clichés, dans un format de livre finalement peu adapté à une bibliothèque lambda.

    C’est bien là le seul point faible de cet ouvrage impressionnant d’un artiste qui continue de portraitiser notre époque, de la sublimer dans ses mises en scènes travaillées mais aussi d’habiller et de déshabiller quelques-unes des personnalités les plus emblématiques de la culture pop : Miley Cyrus, Nicki Minaj, Pharell Williams, Katy Perry ou Kanye West.

    La patte de David Lachapelle est aisément identifiable : décors luxuriants, couleurs acidulées, poses surjouées et un sens de l’humour second degré mâtiné d’une bonne dose d’érotisme. La vie, la mort, le sacré, le profane, le sexe, le moderne, la Renaissance, les expressions de pâmoison et de douleur, le surréalisme ou l’exhibition se télescopent dans une anthologie luxueuse, provocatrice et joyeuse.

    Doit-on cependant étiqueter David Lachapelle comme un photographe simplement hype, cool et pop ? Le catalogue Lost+Found promet que non.

    Les personnages sexy, nus, huilés, maquillés à outrance et aux poses aussi improbables que celles des statues grecques maniéristes sont transportés dans des décors et des situations baroques.

    Une anthologie luxueuse, provocatrice et joyeuse

    Baroque : le mot est lâché. Car Lachapelle ne craint ni la démesure, ni le clinquant, ni le sens du symbolisme pour parachuter ses modèles, connus ou moins connus, dans des scènes volontairement surchargées : Pamela Anderson alanguie dans une chambre d’adolescente miteuse (21 Forever, 2000), Lady Gaga dans une position inconfortable entre mer et ciel, à la fois allongée et debout, entourée de bouquets de magnolias et d’un fauteuil roulant (Life Alert, 2009), Lana del Rey en mariée déversant du vin rouge derrière un invité christique, sale et ivre (Newlyweeds, 2017), Chris Rock posant tout sourire avec une une kalachnikov dans une photo de famille irréelle (Gun Control And Casserole, 2008), Britney Spears inconsciente dans une baignoire (A Wirld-Famous Singer Drowns In Hotel Bath. Party Goes On As Planned For Floors Below, 2003) ou Julian Assange en gourou (Wikileaks, 2017).

    David Lachapelle est aussi connu pour ses compositions géantes et largement influencées par l’iconographie religieuse : une Pietà (1986), des représentations de Vierges enfermées dans des boules de verre (Mother Mary Comes To Me, 2016), Carmen Carrera en Eve dans le paradis de la Genèse (There Once Was A Garden, 2014), une chapelle (sic) rococo (A Prayer For My Friends, 2016), une représentation du déluge (Deluge, 2006) ou l’apocalypse revisité (Decadence, 2007).

    Photographe ami des stars et à l’esthétique exubérante, David Lachapelle s’avère singulièrement tout autant un témoin ironique de notre époque qu'un artiste engagé. Plusieurs œuvres s’attaquent ainsi à notre société de consommation (Boulevard Of Broken Dreams, 2015), à la folie du star-system (Britney Spears posant pour Toxic Fame en 2003), la politique (le saisissant portrait d’Hillary Clinton en 2010), l’environnement avec ces paysages d’usines (la série des Lanscapes en 2013) ou, plus étonnant chez lui, l’exploitation de l’Afrique (The Rape Of Africa, 2009).

    Photographe exaltant, surdoué et attachant, David Lachapelle a fait du détournement d’iconographies classiques et de son irrévérence vis-à-vis du sacré une œuvre inestimable et unique. Rien, que pour cela, il lui sera beaucoup pardonné.

    David Lachapelle, Lost+Found, éd. Taschen, 2017, 279 p.
    http://www.lachapellestudio.com
    David  LaChapelle, Artsy

    © David Lachapelle


  • Zob in job

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    On ne va pas vous faire un dessin sur ce Guide de Survie sexuelle de la Bussiness Girl (éd. Tabou). Ou plutôt si. Guenièvre Suryous s’est d’ailleurs chargée d’illustrer avec finesse, tact et sensualité ce nouveau livre écrit par Flore Cherry. Il s’agit du deuxième opus d’une "collection ludique, décalée et informative" comme l’annonce l’éditeur spécialisé.

    Après le premier tome, Le Guide de Survie sexuelle de l’Étudiant/e, place cette fois aux femmes actives, ces business women contraintes, comme le dit dans la préface la youtubeuse et entrepreneuse Clémity Jane, de jongler avec mille et un aspects de la vie quotidienne : la maison, le travail, la famille, les sollicitations, les projets personnels, et bien sûr le sexe.

    Flore Cherry, que nous avions rencontrée pour Bla Bla Blog, a réussi à ne pas tomber dans le piège d’un ouvrage vulgaire ou enfonçant des portes ouvertes. Le lecteur trouvera même un discours très sérieux sur le sexisme en entreprise et la manière de désamorcer des situations compliquées pouvant transformer la vie dans un bureau en véritable enfer ("Comment survivre dans un milieu professionnel sexiste ?"). La business girl, la militante, la cadre supérieure, la gérante de start-up ou la femme politique trouveront dans ce petit livre savoureux et décomplexé de quoi apprendre sur le plus universel des sujets. Elles y trouveront aussi des "témoignages de survivants," une liste de "questions relous" ou un chapitre traitant de "culture G"...

    Culture G...

    Les fiches de premiers secours abordent des thématiques aussi différentes que la gestion d’une aventure amoureuse au bureau, les rencontres sur un site de dating, les grossesses, la manière de s’habiller au travail, l’e-reputation ou comment concilier au mieux le télétravail et la vie intime. Et pour épicer ces thèmes sérieux, Flore Cherry n’oublie pas de parler de quelques positions du Kamasutra ou d’inviter à ces pauses oasis, indispensables dans nos vies souvent trépidantes et épuisantes : le yoga, prendre du recul sur sa pause sentimentale ou la pratique... de l’orgasme minute.

    Dire que ce Guide de Survie sexuelle est distrayant est un euphémisme. Les illustrations de Guenièvre Suryous servent avec bonheur un ouvrage avant tout destiné à un public féminin. Les auteures espèrent pour ce nouveau Guide de Survie sexuelle le même succès que celui qui était destiné aux étudiant·e·s. Un livre à picorer et déguster entre deux rendez-vous – qu’ils soient professionnels ou très privés.

    Flore Cherry et Guenièvre Suryous, Guide de Survie sexuelle de la Bussiness Girl,
    éd. Tabou, 2018, 127 p.

    "La vie (sexuelle) des jeunes"
    "Union TV : un nouveau média pour une nouvelle révolution sexuelle"

    flore cherry,guenièvre suryous,sexe,clémity jane

  • Dans les archives de Philippe Manœuvre

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    Qui d’autre que Philippe Manœuvre pouvait nous offrir un tel livre ? Une compilation sur les plus belles raretés du rock, qui régalera même les non-spécialistes. La Discothèque idéale de Philippe Manœuvre, 111 trésors cachés du rock (éd. Hugo Desinge) est très certainement l'ouvrage à mettre en bonne place dans votre bibliothèque - et non loin de votre collection de CD ou vinyles. 

    Dans son style inimitable, l’ex rédacteur en chef de Rock & Folk nous offre une véritable mine d’informations sur ces musiciens, groupes ou albums tombés, parfois de manière incompréhensible, dans l’anonymat.

    Des années 60 aux premières années du XXI e siècle (avec une écrasante majorité d’albums datant des années 70), Philippe Manœuvre nous parle d’une histoire alternative du rock, avec ses chefs-d’œuvres incompris (L.A. Getaway de Joel Scott Hill), ses artistes complètement barrés qui se sont brûlés les ailes avant d’atteindre le début de la notoriété (Lowell George et son groupe éphémère Little Feat) ou encore ces victimes de maisons disques frileuses "sacrifiés sur l’autel de la gloriole corporate" (Dion et son Born To Be With You en 1975).

    L'ex Enfant du Rock n’oublie pas les les effets des modes pouvant condamner un descendant de Ziggy Stardust alors que David Bowie est déjà passé à autres choses (Mick Ronson et Play Don’t Worry en 1975), les vrais pastiches (Klaatu, 3:47 Est, sorti en 1976, est présenté comme le dernier album des Beatles) ou les authentiques curiosités venues du Japon, de Suède ou… de France comme les Go-Go Pigalles ou les Deadbeats dont le On Tar Beach (1985) est salué par l’auteur comme le meilleur disque chroniqué dans son ouvrage.

    Sacrifiés sur l’autel de la gloriole corporate

    Philippe Manœuvre consacre une double page par album (avec des reproductions de pochettes de disques souvent étonnantes, comme celle de Who Will Save The World des Mighty Groundhogs, en 1972). Il nous ouvre ses archives personnelles et remonte le temps, de 1963 (avec un certain Jack Nitzsche) à 2015 (et le quadra Kelley Stoltz et son double album, In Triangle Time, "une réussite"). Fort opportunément, l’auteur passionné consacre une rubrique "Que sont-ils devenus ?", qui retrace la carrière de ces musiciens après la sortie de ce qui devait être souvent le couronnement d’une carrière.

    Des figures marquantes ressortent de cet album : le "ténor galant" Dino Valenti, l’Anglais Terry Reid (à propos de qui, Aretha Franklin disait quand même en 1969 : "Ce qui se passe à Londres ? Trois choses : les Beatles, les Stones et Terry Reid !"), T2 et leur album Boomland, "l’un des albums les plus recherchés du marché" ou encore les Ruth Copeland, l’une des rares femmes de cette compilation.

    Le lecteur retrouvera aussi quelques grands noms de la musique, comme égarés dans cette compilation d’albums zappés par l’histoire du rock : John Lee Hooker, qui s’est essayé au rock dans le précieux Endless Boogie, Dr John (The Sun, Moon & Herbs), Grateful Dead et son album public tombé dans l’anonymat en 1971, les Kinks (Muswell Hillbillies), les Beach Boys (Love You) ou le Squeeze des Velvet Underground.

    Il est impossible de répertorier les surprises que nous offre cette discothèque étonnante. Tiens, une seule pour terminer cette chronique : saviez-vous que Michel Polnareff avait fait Ménage à Trois en 1980 , "un album sublime que je revendique," comme il le dira lui-même ?

    Philippe Manœuvre, La Discothèque idéale de Philippe Manœuvre,
    111 trésors cachés du rock
    , éd. Hugo Desinge, 2017, 231 p.

  • 2001 a 50 ans

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    2018 marque les 50 ans de mai 68. Mais cette année, le cinéma fête le cinquantenaire d’une autre révolution, cinématographique celle-là. C’est en effet le 2 avril 1968 qu’est sorti aux États-Unis 2001 : L’Odyssée de l’Espace de Stanley Kubrick. Rappelons que Bla Bla Blog avait consacré par le passé un hors-série sur ce cinéaste exceptionnel. Cette fois, nous ferons un focus sur ce film de science-fiction majeur à travers le passionnant essai de Roberto Lasagna (2001 : L’Odyssée de l’Espace, éd. Gremese), complet et richement illustré.

    Il y a cinquante ans tout pile, donc, sortait ce fameux 2001, film de SF spectaculaire autant que fable métaphysique sur la destinée humaine. Réflexion géniale, travail cinématographique à la perfection rarement égalée, coup de poing visuel et véritable révolution artistique, c’est peu de dire que Stanley Kubrick a réussi là un coup de maître qui fait que 2001 n’a jamais vieilli. Le réalisateur disait de ce film qu’il le considérait comme son plus réussi : "J’ai essayé de créer une expérience visuelle, qui contourne l’entendement et ses constructions verbales, pour pénétrer directement l’inconscient avec son contenu émotionnel et philosophique. J’ai voulu que le film soit une expérience intensément subjective qui atteigne le spectateur à un niveau profond de conscience, comme la musique."

    Roberto Lasagna spécialiste et critique cinématographique italien consacre tout un essai à 2001 : L’Odyssée de l’Espace. Il en explique la genèse, la fabrication, l’histoire et en fait une exégèse qui ravira les cinéphiles et spécialement les amoureux de Kubrick. L’auteur rappelle à quel point le huitième film du réalisateur américain a marqué à plus d’un titre. Pour la première fois, en effet, Stanley Kubrick entend, après le succès de Docteur Folamour, ne plus être dépendant des studios hollywoodiens. Il vit désormais en Angleterre et choisit les studios londoniens de la Metro-Goldwyn-Mayer qu’il transforme en véritable laboratoire pour créer un film de science-fiction qu’il veut d’un réalisme absolu.

    La plus ahurissante ellipse du cinéma

    Mais à ce réalisme du décor et des vaisseaux spatiaux vient répondre un discours scientifique pointu et pensé avec Arthur C. Clark (sa nouvelle écrite pour l’occasion, La Sentinelle). 2001 est aussi un manifeste au langage cinématographique époustouflant de créativité, cette "sémantique des images" dont parle Roberto Lasagna : le fameux monolithe noir, l’os devenu arme préhistorique se transformant en navette spatiale dans la plus ahurissante ellipse du cinéma, le personnage et supercalculateur HAL ou la dernière séquence psychédélique jusqu’à l’apparition du fœtus astral.

    Roberto Lasagna revient de manière très pertinente sur le contexte de la SF en 1968 : à ce titre, 2001 sera le premier véritable film de space-opera doté d’effets spéciaux réalistes : "Grâce à une rigueur scientifique nouvelle pour l’époque, Kubrick souhaitait prendre ses distances des space operas des années cinquante dont la crédibilité était proche de zéro. Afin d’éviter que les planètes et les vaisseaux spatiaux ne ressemblent à des maquettes à petite échelle, il fit fabriquer de grands modèles avec une précision méticuleuse, puis les filma avec une caméra Panavision 65mm qui permettait une très haute définition."

    Délaissant le langage des dialogues au profit de l’écriture visuelle ("46 minutes de dialogues sur les 139 de la durée totale du film"), Kubrick ne fait cependant pas de son 8e film une simple œuvre spectaculaire. L’émotion et l’éblouissement sont bien au cœur de son film. Mais ce qui le caractérise 2001 est une ambition philosophique et métaphysique : "La machine narrative – en réalité presque une non narration – n’est pas seulement belle à contempler : c’est une machine significative, où l’observateur, comme l’astronaute Bowman, sont invités à se poser des questions. Après tout, le cadrage de l’os qui se transforme en vaisseau spatial – le raccord le plus célèbre du film et peut-être de toute l’histoire du cinéma – exige un effort d’interprétation spécifique."

    Un trip sans LSD

    Arthur C. Clark et Stanley Kubrick interrogent l’intelligence humaine et artificielle, la persistance des instincts, le culte de la technologie, le destin de l’espèce humaine ou le concept de vérité et de révélation, comme le conceptualise brillamment Roberto Lasagna.

    Au-delà de la première séquence, "À l’aube de l’humanité," celle sur la lune ou celle de l’affrontement entre HAL et ses collègues astronautes humains, le spectateur qui découvre 2001 restera sans doute d’abord marqué par le dernier voyage de David Bowman vers Jupiter, "un trip sans LSD" comme le remarque malicieusement l’auteur et aussi, cinématographiquement parlant, "une union impensable entre cinéma expérimental et cinéma grand public…"

    C'est dans cette dernière partie du film, sans doute, que divergent le plus les interprétations : voyage dans le passé ou le futur ? Macrocosme ou microcosme ? Visions de Bowman ou de son double ? Réflexion phénoménologique sur la perception ? On peut saluer dans l’essai de Roberto Lasagna les références artistiques éclairant les intentions de Kubrick : Ivan le Terrible de Eisenstein, le Christ du Jugement dernier de Michel-Ange ou Ulysse de James Joyce : "Comme chaque chapitre du plus grand roman du XXe siècle est écrit dans un style particulier, le film de Kubrick semble être un voyage dans l’histoire du cinéma, qui commence par le muet (la partie préhistorique africaine), se poursuit par la comédie musicale (les vaisseaux dansant la valse de Strauss), et arrive au parlant (la partie faite de dialogues qui a pour protagoniste le scientifique Floyd), il revisite divers genres à la façon de la science fiction (le duel David/Hal n’est-il pas le passage biblique du défi David/Goliath ?) et se termine par un morceau lysergique de pur cinéma underground."

    Un argument supplémentaire pour voir et revoir 2001 : L’Odyssée de l’Espace, et le redécouvrir grâce au regard affûté et passionné de Roberto Lasagna.

    Roberto Lasagna, 2001 : L’Odyssée de l’Espace, éd. Gremese,
    coll. Les meilleurs films de notre vie, 96 p. avril 2018

    2001, L'Odyssée de l'Espace (2001 : A Space Odyssey) de Stanley Kubrick, avec Keir Dullea, Gary Lockwood et William Sylvester, Etats-Unis, 1968, 139 mn

    "Hors-série Kubrick"

  • Zombie, fais moi peur

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    Bertrand Crapez, qui avait commencé à sévir dans la fantasy avec le cycle Chronique des Prophéties oubliées (éd. Zinédi), se mue en auteur féroce et gore avec 1, 2, 3... Zombies ! (Livr’S Éditions). Ces chroniques fantastiques, post-apocalyptiques et grinçantes s’emparent d’un sujet désormais classique : celui du zombie et de la contamination des humains par des créatures qui ne sont finalement pas si éloignées de nous.

    En l'espace de quelques mois, les habitants de notre belle planète bleue tombent comme des mouches, victimes d’un virus créé dans un laboratoire du Jura et se présentant sous la forme d'un joli liquide... bleu.

    Bertrand Crapez nous fait grâce de la figure du héros survivant et courageux à la Walking Dead : dans son roman, la seule issue pour ses personnages est la mort atroce ou une contamination pas plus glorieuse. 1, 2, 3… Zombies ! ne fait pas dans la demie-mesure : il n’y a rien à sauver de cette humanité dont la sanglante et joyeuse apocalypse est prétexte à assouvir les plus bas instincts : jalousie, cupidité, vengeance et pouvoir.

    Car voilà sans doute ce qui fait le vrai sel de ces chroniques : l'auteur brosse à gros traits, avec une énergie et un enthousiasme communicatif, une comédie humaine cruelle, sanglante mais aussi à l'humour noir assumé. Le zombie fait figure de révélateur de nos faiblesses et de notre capacité à nous surpasser dans l'odieux. Bertrand Crapez n'épargne personne : les scientifiques apprentis sorciers à l'origine de la contamination, les généraux et les hauts fonctionnaires bien décidés à étouffer l'apocalypse sur le point de se répandre ou ces professionnels de télévision qui ont réussi à faire de l'invasion de zombies un programme de télé-réalité à succès.

    Le lecteur se régalera avec quelques chapitres poussant loin l'humour noir et le gore digne de Bad Taste : un maire cynique et ambitieux contaminé de la plus grotesque des manières, des mafieux russes aux prises avec une zombie plus farouche qu’on ne le croit, ou bien cette scène surréaliste de tournage par un réalisateur italien autant mégalomane qu’inconscient.

    Digne de Bad Taste

    Comme souvent, le zombie, dont on aime être effrayé, cristallise nos pires pulsions. Bertrand Crapez, en le lâchant dans les rues, en fait presque notre égal, à peine plus monstrueux, à l'exemple de ce professeur frustré dans l’une des meilleures chroniques de son livre, "Un simple incident administratif".  

    Le lecteur retrouvera également des clins d'œil à l'actualité récente, que ce soit ces références aux migrants, au mur de Trump ou à une présidente de la République, copie conforme de Marine Le Pen.

    Bertrand Crapez se montre audacieux et pugnace dans ces chroniques d'une apocalypse qu’il prend un malin plaisir à étaler dans le temps et l’espace. C’est ainsi que le récit d'une boulette dans un laboratoire paumé du Jura devient un cataclysme universel. Les zombies à la Romero deviennent, après un passage dans un monde digne de Terminator, des Aliens catapultés dans Star Wars. Et voilà comment l’auteur d’héroïc fantasy se transforme, le temps d'un roman endiablé, en chroniqueur d’anticipation, de SF et de space opera.

    Encore une histoire de mutation qui a réussi, en somme.

    Bertrand Crapez, 1, 2, 3… Zombies !, éd. Livr’S Éditions, 2018, 173 p.
    https://www.facebook.com/bertrand.crapez
    http://lheritierdarthur.zinedi.com

     

  • Péripatéticiennes et péripatéticiens à Paris

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    On connaissait le Paris intime et onirique de Patrick Modiano. On connaissait le Paris historique de Lorànt Deutsch. Voici aujourd’hui le Paris philosophique de Jean Lacoste, un ex de Normale Sup, rue d’Ulm, agrégé en philosophie, spécialiste de Goethe, Nietzsche et Walter Benjamin, mais aussi arpenteur des rues de la capitale, en digne héritier des péripatéticiens de l’école fondée au IVe siècle av. JC par Aristote.

    Paris philosophe (éd. Bartillat) propose une déambulation chez les pas de ces grandes et ces grands de la philosophie, amoureux – ou non – d’une ville qui a pu les inspirer, les enthousiasmer, les décevoir et, en tout cas, certainement, inspiré leur pensée.

    Écrites entre 2013 et 2017 pour le journal web En Attendant Nadeau et pour La Quinzaine Littéraire, ces chroniques sont un vrai divertissement intelligent.

    Et qui dit divertissement, dit Blaise Pascal, qui est le premier philosophe abordé dans l’ouvrage de Jean Lacoste. Un philosophe qui fait pas moins l’objet de deux chapitres, tant la géographie parisienne a marqué son existence : que l’on pense à son expérience sur la pression atmosphérique à la Tour Saint-Jacques, à sa nuit mystique rue de Beaubourg puis à son exil religieux à Port-Royal.

    L'appartement mythique et "fou" de Michel Foucault

    Jean Lacoste nous rappelle aussi l’attachement viscéral à Paris – mais aussi à la banlieue parisienne – de quelques figures célèbres : Paul Ricœur et la villa des "Murs blancs" de Châtenay-Malabry, Vladimir Jankélévitch et son appartement sur l’Île de la Cité (1, quai aux Fleurs), d’où le philosophe juif sera chassé pendant l’Occupation, avant d’y revenir à la fin de la guerre et d’en faire un foyer, Gilles Deleuze et ses liens Vincennes où il fera ses cours "avec passion", Michel Foucault et son appartement mythique et "fou" de Michel Foucault rue de Vaugirard, ou bien encore Simone de Beauvoir qui découvre l’existentialisme autant que l’émancipation féministe entre Saint-Germain-des-Prés et Montparnasse.

    L’histoire philosophique de Paris, ce sont aussi ces salons courus avec passion : celui de la Société d’Auteuil par Madame Helvétius au XVIIIe siècle, la société positiviste d’Auguste Comte rue Monsieur-le-Prince (6e arrondissement) ou encore les rencontres du vendredi, entre 1934 et 1972, chez Gabriel Marcel au 21 rue de Tournon (toujours le 6e arrondissement).

    Le livre de Jean Lacoste est un voyage à la fois géographique, historique et philosophique dans un Paris qui abrite des événements connus ou non : la naissance de la Sorbonne et de la philosophie médiévale à partir du XIIe siècle, les déambulations de Diderot avant la publication de l’Encyclopédie, les voyages de Heidegger dans la capitale à partir de 1955 et celui de Hegel en 1827 ou le crime de Louis Althusser contre sa femme en 1980.

    Ces déambulations permettent une lecture inédite et malicieuse de la philosophie dans une ville hors du commun.

    Jean Lacoste, Paris philosophe, éd. Bartillat, 2018, 211 p.

  • La bête doit mourir

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    C’est le fait d’arme le plus important et le plus spectaculaire de la Résistance pendant la seconde guerre mondiale : l’assassinat du haut-dignitaire nazi, Reinhard Heydrich, le 4 juin 1942 à Prague. Celui que l’on surnomme toujours HhhH, "Himmlers Hirn heisst Heydrich" (en français : "Le cerveau de Himmler s'appelle Heydrich") avait un rôle central dans l’appareil nazi : directeur de la RSHA (Reichssicherheitshauptamt), vice-protecteur de la Bohême-Moravie à sa mort (surnommé à ce titre "le bourreau de Prague"), il fut aussi responsable de la Gestapo, créateur des sinistres Einsatzgruppen chargés des tueries de masse en Europe de l’Est et en Union soviétique (la Shoah par balles), avant de planifier à partir de la conférence de Wannsee, le 20 janvier 1942, la Solution finale contre les juifs. C’est dire l’importance d’un homme fanatisé, violent ("L’homme au cœur de fer") et capital dans la machinerie de mort nazie.

    Début 1942, Londres envoie à Prague deux agents, le slovaque Jozef Gabčík et le tchèque Jan Kubiš, afin de mettre en place l’opération Anthropoid. Les deux hommes ont la difficile mission d’assassiner Heydrich. Dans un pays mis sous coupe réglée par les dignitaires nazis, la mission réussit, non sans des conséquences désastreuses : les villages de Lidice et de Lezaky sont rayés de la carte et des milliers de victimes tchécoslovaques sont tués en guise de représailles.

    Sur cet événement important mais mal connu en France, Laurent Binet en a tiré un livre en 2010, HhhH (éd. Grasset). Contre toute attente, ce premier roman reçoit un accueil enthousiaste, public et critique. Le jeune écrivain a fait de ce récit historique une matière littéraire passionnante, dans laquelle le narrateur – et l’auteur – parle de la difficulté à relater une histoire hors-norme. À la fois essai, roman historique et autofiction, HHhH est plus que convainquant : un premier roman magistral et passionnant de bout en bout.

    L’homme au cœur de fer

    L’an dernier, ce livre a fait l’objet d’une adaptation qui était très attendue. Cédric Jimenez s’est attelé à cette tâche, avec Rosamund Pike dans le rôle convaincant de l’épouse d’Heydrich. Las, le parti-pris de Laurent Binet – allier la grande histoire et les questionnements sur l’indicible – sont passés à la trappe. HHhH suit de manière efficace le parcours du dignitaire nazi dans une première partie, avant de s’intéresser aux deux résistants tchèque et slovaque. Le réalisateur ne nous épargne par les exactions après l’assassinat de la tête pensante de la Solution Finale, notamment lors de la destruction de Lidice, "l’Oradour-sur-Glane tchèque."

    En 2016, un autre film, plus confidentiel, a traité de cet événement. Opération Anthropoid, de Sean Ellis, se concentre cette fois sur les six mois qui ont précédé l’attentat contre Heydrich, en suivant la préparation, les atermoiements et la vie quotidienne de Gabčík et Kubiš. Tourné sans grand moyen, avec cependant la présence à l’écran de la lumineuse Charlotte Le Bon dans le rôle d’une complice investie, Opération Anthropoid a les qualités du film d’espionnage. Heydrich n’apparaît que fugacement, lors de l’attentat. Ce long-métrage a des accents hagiographiques en ce qu’il suit deux résistants pugnaces, héroïques et lancés dans une opération désespérée.

    On peut se féliciter que ce fait d’arme exceptionnel de la résistance tchèque soit revenu au-devant de l’actualité. Cependant, les deux films, très différents dans leur facture – mais tous deux dominés par deux actrices exceptionnelles, Rosamund Pike et Charlotte Le Bon – ne sont sans doute pas à la hauteur de l’événement raconté, et ce malgré les qualités de ces deux œuvres. Il reste le roman de Laurent Binet, traduit dans le monde entier, notamment en Tchéquie, et qui demeure l’œuvre de référence pour comprendre l’assassinat de Reinhard Heydrich par Jozef Gabčík et Jan Kubiš.

    Laurent Binet, HHhH, éd. Grasset, 441 p., 2010
    HHhH, de Cédric Jimenez, avec Jason Clarke, Rosamund Pike, Jack O'Connell, Jack Reynor, Mia Wasikowska et Thomas M. Wright, France, 2017, 120 mn
    Opération Anthropoid, de Sean Ellis, avec Jamie Dornan, Cillian Murphy, Charlotte Le Bon et Toby Jones, Grande-Bretagne – France – Tchéquie, 2016, 120 mn

  • Danser et aimer parmi les survivants

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    Hans Jonas se demandait s’il était possible de croire en Dieu après Auschwitz (Le Concept de Dieu après Auschwitz, éd. Rivages, 1994). Le récit de Marceline Loridan-Ivens pose cette autre question : peut-on aimer après avoir été déporté ? Et surtout comment aimer ? C’est le thème de son témoignage, L’Amour après (éd. Grasset).

    Un petit mot d’abord sur cette auteure dont le nom de famille ne devrait pas laisser les cinéphiles indifférents. Marceline Loridan-Ivens était en effet la compagne de Joris Ivens, le documentariste d’origine néerlandaise surnommé "le hollandais volant", et qui a travaillé avec elle sur plusieurs films, dont Le 17e Parallèle, Comment Yukong déplaça les Montagnes ou Une histoire de Vent.

    Il est d’ailleurs question de lui dans L’Amour après, ce récit se voulant en effet comme un hommage au grand amour de Marceline Loridan-Ivens.

    Un hommage mais pas que : après un accident qui l’a laissée aveugle, l’auteur suit en effet le fil de ses souvenirs et parcourt ses archives, dont principalement sa correspondance. Le lecteur trouvera finalement assez peu de pages sur la déportation. Elle en avait parlé précédemment dans son récit, Et Tu n'es pas revenu (éd. Grasset). Bien entendu, il est question de quelques faits marquants survenus dans les camps, traumatisants pour la jeune adolescente de 15 ans, perdue au milieu de femmes. Une de ces femmes apparaît dans le récit : Simone Veil, droite, belle et forte, avec qui Marceline Loridan-Ivens ramènera une amitié pour la vie : "Maintenant qu’elle n’est plus là, je sens bien que je pleure à l’intérieur. Je l’ai dit au cimetière : nous nous sommes rencontrés pour mourir ensemble."

    Maurice Merleau-Ponty, Edgar Morin, Georges Perec et Joris Ivens

    L’Amour après s’interroge sur la manière dont la narratrice a appris à vivre parmi les hommes, au milieu des hommes et avec des hommes : "La survivante avait raté ses deux tentatives de suicide, c’est la preuve qu’une part d’elle voulait vivre."

    Marceline Loridan-Ivens fait appel à ses souvenirs pour inviter des hommes qui l’ont marquée, et parmi eux quelques figures célèbres : Joris Ivens bien sûr, mais aussi Maurice Merleau-Ponty, Edgar Morin ou Georges Perec. C’est assez singulièrement que le Saint-Germain-des-Prés que l’on connaît, celui de l’insouciance d’après-guerre devient un théâtre où, en creux, se dessinent les traumatismes de la seconde guerre mondiale.

    C’est avec un sens du combat hors du combat que Marceline Loridan-Ivens est parvenue à survire, vivre et aimer, nons sans mal. Et finalement dompter un passé indicible.

    Marceline Loridan-Ivens et Judith Perrignon, L’Amour après, éd. Grasset, 2018, 157 p.

  • Loup, où es-tu ?

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    Nous avions laissé Thierry Berlanda au Nigéria avec Naija (éd. Du Rocher), un sombre et beau thriller d’anticipation dans lequel il était question de crimes sordides, de capitalisme et de manipulations génétiques. Cette fois, c’est à Sancerre, au cours du XVIe siècle, que l’écrivain et philosophe français a situé l’intrigue de son dernier roman L’Orme aux Loups (éd. De Borée).

    En plein règne d’Henri III, Fondari, un montreur d’ours itinérant, débarque avec son animal dans la petite ville du Berry, déchirée par les luttes intestines entre le seigneur des lieux et son bailli, et surtout traumatisée par les terribles guerres de religion.

    Quelques heures après l’arrivée du voyageur et de sa bête, une fillette disparaît, avant un premier meurtre. Ce n’est que le début d’une série sanglante. Le coupable est tout trouvé, d’autant plus que l’animal a disparu. Le montreur d’ours est donc arrêté. Un jeune homme intervient pour lui apporter son soutien : il s’agit du fils du comte de Sancerre, Joachim Bueil. Les deux hommes se lient dans une course à la montre épique.

    Polar historique pendant les guerres de religion

    Dans son polar historique, Thierry Berlanda réussit le tour de force de nous surprendre et de nous faire voyager dans un monde à la fois sombre, inquiétant et digne des contes et légendes. Le personnage du montreur d’ours est bien entendu le principal supplément d’âme du livre. Parler des guerres de religions et de ses conséquences est l’autre bonne idée de cet ouvrage : la série de conflits épouvantables qui ont ensanglanté l’Europe au XVIe siècle vient exacerber les animosités du fascinant bailli Danlabre, du comte Bueil et du curé Jacquelin.

    Thierry Berlanda, philosophe autant qu’écrivain, délaisse l’action brute au profit d’une intrigue intelligente et rondement menée où se mêlent politique, manipulations et religions, le tout dans une langue finement travaillée. La vérité saura, comme il se doit, surgir grâce à la sagacité d’un bailli caractériel, insupportable de roublardise et à la réputation sulfureuse.

    Pari réussi donc pour ce polar d’à peine 200 pages, intelligemment mis en scène dans une France minée par les guerres de religion.

    Thierry Berlanda, L’Orme aux Loups, éd. De Borée, 2017, 196 p.
    "Naija ou mutations en chaîne"