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Musiques

  • Variations scandinaves

    Lorsque l’on parle variations et piano, un compositeur et une œuvre vient immédiatement en tête : Bach et ses Variations Goldberg. Un thème et trente variations écrits en 1740, devenus célèbres lorsqu’un certain Glenn Gould choisit de les interpréter en 1955 puis en 1981, donnant à cette œuvre longtemps restée discrète un opus fondamental dans le répertoire de Bach.

    Le compositeur et pianiste Håkon Skogstad nous vient de Norvège et lorgne largement du côté de ces Goldberg Variations. Il s’est fait remarqué et a été récompensé pour son travail sur la musique de tango. Le voici avec un opus plus intime et qu’il présente ainsi : "24 Variations for Piano est, dans une large mesure, le reflet de qui je suis en tant que pianiste et compositeur — façonné par les influences qui m’ont construit. Je pense que l’œuvre peut être appréciée par petites touches, mais je crois aussi qu’elle révèle quelque chose de particulièrement spécial à ceux qui prennent le temps de l’écouter du début à la fin."

    On oublie bien vite les Variations Goldberg, tant cet opus a sa propre identité. La ligne mélodique du thème principal est d’une grande simplicité, toute en concentration, voire en hésitations. Le compositeur scandinave choisi non sans audace d’inclure la toute première variation en la mineur dans le premier morceau (Main Theme and Variation N°1 in A minor).

    La grande difficulté du genre est de décliner un air en des variations aussi différentes que possibles, et aux durées souvent courtes (ainsi, la joueuse Variation N°17 en la bémol majeur dépasse à peine les 50 secondes). Håkon Skogstad se plie à l’exercice sans faillir et en variant les tonalités mineures et majeures. La maîtrise est là (Variation N°2 en do dièse mineur ou la néo-romantique Variation N°5 en ré bémol mineur). Mais sans poésie, quel serait l’intérêt ? Voilà le pianiste et compositeur debussyen dans sa Variation N°3 en si majeur, avant de revenir vers ses premières amours, le tango (Variation N°4 en mi mineur), un genre cher à son cœur et qui l’a fait connaître. 

    Des variations aussi différentes que possibles

    On parlait d’intimisme et de simplicité en parlant du thème. Håkon Skogstad aime la pureté comme le prouve la sixième Variation (en sol dièse), mélancolique et nostalgique.

    Il y a du jazz dans la Variation en si bémol majeur, et même du Gershwin : du rythme, du swing, bref de la joie de vivre. C’est ce que l’on aime dans cet opus : une cohérence et en même temps une variété qui fait que l’auditeur ou l’auditrice pourra écouter ensemble ou séparément chaque morceau, selon son humeur. À la tristesse infinie de la huitième variation (sol mineur) viendra répondre l’étrange Variation N°9, entre onirisme et vitalité toute stravinskienne. Il y a parfois de la légèreté (la jazzy Variation N°15 en ré mineur), vite contrebalancée par la funèbre seizième Variation en fa dièse mineur).

    Grâce à Håkon Skogstad le contemporain devient immédiatement proche, presque un ami (Variation N°10 en mi bémol majeur). Le compositeur norvégien revient vers le tango avec la Variation N°11, un nuevo tango sombre, bien différent du mouvement suivant, plus classique, aux couleurs qu’Erik Satie n’aurait pas renié (Variation N° 12 en mi majeur).

    Saluons les palettes de couleurs, justement, que parvient à tisser Håkon Skogstad (Variation N°13 en fa mineur). L’auditeur ou l’auditrice se laissera séduire par la délicate quatorzième Variation (en mi bémol mineur), néoromantique dans l’âme et à l’esprit tango. Néoromantique comme l’est la Variation N°18 en do mineur, épurée et bouleversante.

    Håkon Skogstad a grandement été nourri par le répertoire pour piano des XIXe et XXe siècle, que ce soit Debussy, nous le disions (Variation N°19 en sol bémol majeur), mais aussi le répertoire russe dans ses expressions exacerbées (Les N°22 et 23). Sans oublier un esprit pop (l’orientale Variation N°20 en fa majeur) ou la musique traditionnelle norvégienne. Le compositeur précise que pour la vingt-et-unième Variation, il s’est inspiré d’un air folklorique norvégien.

    La vingt-quatrième et dernière Variation conclut en douceur un album néoclassique aux multiples couleurs musicales. Une jolie réussite.

    Håkon Skogstad, 24 variations pour piano, Øra Fonogram, 2026
    https://www.orafonogram.no/hkon-skogstad
    https://www.hmskogstad.net
    https://www.facebook.com/skogstadpianist
    https://www.instagram.com/hakonskogstad

    Voir aussi : "Au cœur de l’Europe"
    "Éternelle et musicale Norvège"
    "Les Variations ”Gouldberg”"

  • So romantic

    Les Amours du poète est la traduction française des Dichterliebe de Robert Schumann, au cœur d’un enregistrement Klarthe de Romain Guyot à la clarinette et de Chloe Mun au piano. Ces deux là font le choix du Romantisme, avec trois pièces du compositeur allemand : ces Dichterliebe, donc, mais aussi les Fantasiestücke  op.73 et les Trois Romances op. 94.

    Les  Fantasiestücke de 1849 ouvrent ce programme en trois mouvements. Le compositeur allemand est au faît de sa maîtrise. Il écrit d’ailleurs cette pièce en seulement deux jours, en février 1849, une année fastueuse s’il en est. Le Romantisme domine la scène musicale. Un Romantisme au cœur de cet opus, tout à, tour mélancolique (le mouvement Zart mit Ausdruck), léger et joueur (Lebhaft, leicht) et passionnée, pour ne pas dire exubérant (Rasch mit Feuer).    

    Cette même année 1849, Schumann donne naissance à ses Trois Romances pour hautbois et piano (Drei Romanzen, op. 94) que le compositeur offre, dit la petite histoire, à Clara Schumann en guise de cadeau de Noël. La clarinette de Romain Guyot étincelle dans cette pièce d’une jolie subtilité (Nicht schnell). Le sens mélodique de Robert Schumann est irrésistible (Einfach, innig). Au piano, Chloe Mun sait donner des teintes et des nuances avec un talent d’autant plus remarquable que ces trois romances donnent une grande importance à la clarinette. Le livret de l’album précise par ailleurs que le piano utilisé est un Becker 1900, celui-là même que Rachmaninov avait fait venir de Saint-Pétersbourg.

    Les fameux Amours du poète opus 48 sont de quelques années antérieures. Dichterliebe a été écrit comme un cycle de seize , d’après des poèmes de l'écrivain romantique allemand Heinrich Heine. Cette année-là, Robert Schumann se marie avec son grand et célèbre amour, la pianiste Clara Wieck, future Clara Schumann.

    Cadeau de Noël

    Bien qu’ils soient destinés à une voix masculine, ces lieder sont joués ici pour clarinette et piano. Les chants sont en général courts, voire très courts – de trente secondes à quatre minutes et demi. Des morceaux denses, donc, et d’une grande richesse où l’amour entre les deux tourtereaux semble être omniprésent (Im Wunderschönen Monat Mai). La clarinette de Romain Guyot apporte des nuances et des sensibilités touchantes (Ich will meine Seele tauchen ou le virevoltant Ein Jüngling liebt ein Mädchen). Le Romantisme se fait même naturaliste dans ce superbe "paysage musical" qu’est le lied Im Rhein, im heiligen Strome ("À Cologne, la ville sainte, / La cathédrale au front serein / Reflète sa gothique enceinte / Aux flots majestueux du Rhin") ou l’avant dernier lied Aus alten Märchen winkt es ("Les vieux contes charmant nos veilles / Parlent en langage ingénu, / D’un beau pays, plein de merveilles, / Qui reste à la terre inconnu"). Pour autant, le cœur des Dichterliebe est justement celui, amoureux, du musicien, parfois ostentatoire (Ich grolle nicht), parfois délicat (Und wüssten's die Blumen), parfois joyeux, par exemple dans cette noce improvisée (Das ist ein Flöten und Geigen, "De ma belle aujourd'hui c'est la noce") ou avec gravité, comme si le musicien pressentait la fin de son idylle (Ich hab' im Traum geweinet, "En pleurant j’ai rêvé, ma belle, / Que la mort éteignait tes jours"). Robert Schumann semble restituer tous les affects de cette période, y compris la nostalgie (Hör' ich das Liedchen klingen, "Quand j'entends cet air qu'autrefois").

    Le sens de la mélodie reste l’un talents géniaux de Schumann (Am leuchtenden Sommermorgen).  Romain Guyot et Chloe Mun – surnommée non sans affection "la nouvelle Clara" – dialoguent avec intelligence dans ces Amours du poète – ou plutôt du musicien. Il a fait de cette pièce en forme d’hommage et de présent à Clara Schumann une belle déclaration (Allnächtlich im Traume, "Chaque nuit je revois tes charmes / Dans un rêve où tu me souris; / Je tombe à genoux, et mes larmes / Vont arroser tes pieds chéris").

    Les Dichterliebe se termine avec le chant le plus long (quatre minutes trente). Die alten, bösen Lieder parle de la fin inéluctable de son amour ("Chants d’amour, tourments de mon âme, / Espoirs trompés, rêves en deuil, / La tombe est là qui vous réclame ; /– Que l’on m’apporte un grand cercueil !"). Pas de doute, nous voilà au cœur de ce grand Romantisme, si justement joué par le duo clarinette-piano. Les sentiments éclatent au grand jour, d’autant plus violents et passionnés qu’ils ont face à eux une mort que l’artiste doit affronter en la regardant bien en face : "Ce grand cercueil est nécessaire ; / Car, apprenez que sans retour / Dans sa nuit profonde il enserre / Et ma souffrance et mon amour !" Gloups. 

    Robert Schumann, Les amours du poète,
    Romain Guyot (clarinette) et Chloe Mun, piano, Klarthe, 2026

    https://www.klarthe.com
    https://www.chloemun.org
    https://www.instagram.com/chloejmun
    https://www.facebook.com/p/Romain-GUYOT

    Voir aussi : "Au cœur de l’Europe"

  • Liat Lux

    Comme l’indique le titre du dernier album de Liat Cohen, Valse (chez Indésens), la valse est à mise à l’honneur grâce à des adaptations délicieuses à la guitare.

    L’auditeur ou l’auditrice reconnaîtra sans nul doute le premier morceau, au point de le fredonner et de le garder en tête pour la journée, mais peu connaîtront son titre – Tico-Tico brasilerinho – et encore moins les noms de ses auteurs, Zequinha de Abreu (1880-1935) et Waldir Azevedo (1923-1980), tous deux réputés internationalement pour ce tube.

    Il n’en est pas de même pour le chef d’œuvre d’Ástor Piazzolla (1921-1992), Libertango. Cette danse hypnotisant, électrique mais aussi sombre, a donner au compositeur argentin une renommée exceptionnelle. On parle souvent, à juste titre de cette réinvention du tango argentin (tango nuevo) en parlant de ce morceau. Il faut aussi ajouter que Piazzolla a écrit Libertango en 1974 alors qu’il est en exil en Italie, en raison de la dictature dans son pays d’origine. Ce titre doit être entendu comme un hymne à la liberté, à la vie et à l’art, d’où son titre, Libertango. Piazzolla est également présent dans sa Primavera Portena Tango, extrait de ses Quatre saisons de Buenos Aires (Cuatro Estaciones Porteñas). Plus que jamais, le tango se trouve revigoré dans cette pièce faisant se mêler classique, traditionnel, contemporain et jazz.

    Liat Cohen choisit la simplicité dans ses interprétations, y compris dans le morceau La Negra d’Antonio Lauro, compositeur vénézuélien (1917-1986). Cette pièce délicate a été écrite en 1976 pour sa nièce Armita. On retrouve le même musicien dans deux Valses Venezolanos, les n°2 et 3, typiques de son pays et très populaires.

    Agustín Barrios Mangoré (1885-1944) est méconnu de ce côté-ci de l’Atlantique. Guitariste salvadorien, il a composé et enregistré des centaines de pièces pour guitares, dont sa magnifique Valse op. 8 n°4, élégante composition mêlant classique, romantisme et folklore et sa Primavera Valse entraînante et séduisante.

    D’Heitor Villa-Lobos (1887-1959), on retient surtout ses formidables Bachianas Brasileiras – notamment la cinquième. Or, si le compositeur brésilien est présent c’est pour un autre morceau, à savoir sa Valse-Chôro. Elle est extraite de sa Suite populaire brésilienne n°3. Composée pour la guitare solodu de son pays, cette œuvre importante fait se réconcilier la musique populaire de son  pays (les chôros) et le classique.

    Partons au Mexique, avec Manuel María Ponce (1882-1948), ayant beaucoup écrit pour la guitare. Liat Cohen propose une Valse de ce compositeur emblématique du Mexique.

    Retour ensuite en Europe avec le plus ancien des compositeurs de l’album, à savoir l’Espagnol Fernando Sor (1778-1839). Ses Valses n°1 et 4 sont d’une facture classique d’une belle élégance, nous dirions même toute mozartienne.

    Sonnerie pour les téléphones Nokia

    Grosse satisfaction de découvrir Francisco Tárrega (1852-1909), lui aussi espagnol et lui aussi en plein XIXe siècle. La guitariste nous propose sa Grande Valse, jouée avec amour et tendresse. Il faut ajouter que  ce compositeur est l’un des grands musiciens ayant contribué à faire entrer cet instrument populaire dans le répertoire classique. Mieux, Tárrega est devenu, malgré lui, un compositeur pop puisque l’un des thèmes de sa valse a été utilisé comme sonnerie... pour les téléphones Nokia ! Il faut absolument découvrir ce singulier morceau entré dans notre quotidien, alors que son auteur est quasi inconnu...

    Le nom de Tansman est cité en couverture de l’album, à l’égal de Piazzolla. C’est dire l’importance que lui porte Liat Cohen. Né en Pologne et naturalisé français, Alexandre Tansman a vite trouvé dans Paris sa patrie d’artiste, grâce à des soutiens comme Ravel, Bartók, Gershwin, Honegger, Prokofiev, Roussel, Schönberg ou Stravinsky, excusez du peu ! De confession juive, la seconde guerre mondiale le voit contraint à l’exil aux Etats-Unis, ce qui ne l’empêche, pas à l’instar de son compatriote Karol Szymanowski, d’allier classique et contemporain. Qui dit Polonais et valses dit forcément Chopin. Et pourtant, Tansman s’empare lui aussi de cette danse traditionnelle pour en faire, ici à la guitare, un genre d’une grande modernité (la courte Valse Caprice et la mystérieuse et envoûtante Valse Romantique).

    Au milieu de ce lot de compositeurs d’Amérique latine, il faut citer un Français, Roland Dyens (1955-2016). profondément influencé par la musique brésilienne et argentine. Son morceau le plus connu est le Tango en skaï. L’opus propose une autre pièce plus audacieuse, Fuocco, où le compositeur fait se rejoindre classique, contemporain et pop dans une virtuosité démentielle. Il faut aussi ajouter que Roland Dyens a été classé par le magazine Guitarist parmi les 100 meilleurs guitaristes mondiaux, tous styles confondus. On devine son importance pour Liat Cohen et son indispensable place dans l'opus.

    L’album se clôt avec un compositeur contemporain, Nikita Kochkine (né en 1956). Guitariste et compositeur renommé, il est l’auteur d’une pièce emblématique de son répertoire, Usher's Waltz, inspirée par la nouvelle d'Edgar Allan Poe, La Chute de la maison Usher. Liat Cohen l’a choisi pour terminer son opus sur une note moderne. Lumineux.

    Liat Cohen, Valse, Barrios – Piazzolla – Tansman, Indésens Calioppe, 2026
    https://www.liatcohen.com
    https://www.facebook.com/liatcohenguitar
    https://indesenscalliope.com/boutique/valse

    Voir aussi : "Glamour western"
    "Guitare et classique by Roxane Elfasci"

  • Voyages aquatiques

    Le duo La Source, formé par la chanteuse Mélodie Orru et le violoncelliste Pierre Le Bourgeois, propose en ce moment son premier album.

    Oui, un premier album ! Voilà qui peut étonner, tant cet opus frappe par sa justesse et son solide caractère. Mais aussi son audace, audace jusqu’à la conception de l’album. Il a été enregistré grâce à un studio mobile installé dans un camion, chaque titre a été enregistré en conditions live, sans ajout d’effets artificiels, laissant les réverbérations naturelles sculpter l’espace sonore. Accompagnés par l’ingénieur du son Édouard Bonan, qui a assuré l’enregistrement et le mix, ils ont parcouru plusieurs sites — Château de la Guerche, Villa des Îles (deux sites qui font l’objet de brefs instrumentaux), lavoirs, forêts, grange, cave et bords de rivière — afin de capter la richesse acoustique propre à chacun.

    On parle souvent de piano-voix dans la chanteuse ; ici, il s’agit d’un piano-violoncelle. Avec son timbre à la Enzo-Enzo, Mélodie Orru chante cette source qui est celle d’une rivière, allégorie du temps qui s’écoule (De l’autre côté), la nature faisant figure de territoire à la fois familier (celui de nos souvenirs mais aussi de nos rêves) et mystérieux.

    La Source propose ainsi un beau voyage, plus symbolique que réel. Jusqu’au bout du monde s’adresse ainsi à une petite fille que portait la chanteuse. Le violoncelle de Pierre Le Bourgeois accompagne avec une économie de moyens le texte poétique et sensible qui fait de ce groupe une belle découverte de la scène française.

    Une belle découverte de la scène française

    L’environnement est un thème régulièrement traité dans la chanson actuelle. C’est le cas également dans le premier album du duo navigant entre Vienne et Indre et Loire, avec toujours l’élément aquatique au centre de l’opus. Or, ici, La Source parvient à rendre, tant musicalement que textuellement, le rythme de l’eau, si insaisissable, de la source à l’océan (Coule l’eau) : l’éternel recommencement, ses mouvements, la pluie, les éléments et surtout sa beauté insaisissable. Insaisissables comme ces jours et ces nuits qui passent : "Toi la Nuit dans le Jour / Toi le Jour dans la Nuit / J’aperçois tes contours / Entre deux insomnies" (Toi la nuit). Ce qui n’empêche pas le duo de parler de la fin, du deuil et de ces visages disparus au milieu d’autres disparus : "Sur le rivage, sur le rivage / Tous tes visages, tous tes visages / Toi nulle part et toi partout" (La dernière étincelle).

    La beauté de l’eau est célébrée tout au long de l’album, à l’instar de J’aime l’eau ("J’aime l’eau de pluie / Qui bat sur la nuit / J’aime l’eau de nos ébats / Et quand l’horizon étend ses bras / Avec l’eau le ciel se confond ici-bas") ou dans Goutte à goutte, un titre dans lequel le duo fait le choix de la polyphonie, comme une prière profane.

    Dans La rivière qui n’existait pas, étrange chant triste, La Source chante avec regret – et c’est d’actualité cet été – un cours d’eau invisible, presque fantomatique – car asséchée, aurions-nous envie de dire. Plus loin, c’est d’un fleuve qu’il s’agit. Mélodie Orru lui donne la parole : "Je voudrais être un fleuve / Enfanté d’un ruisseau / Au ventre de la terre / Avec le ciel dans l’eau".

    On est, oui, dans un beau voyage aquatique. L’eau fait figure de voyageuse infatigable, traversant paisiblement des paysages et des pays (Tout de loin venu), jusqu’à la conclusion d’un périple poétique et plein de fraîcheur, de délicatesse et de justesse (Deux soleils).

    La Source, L'atelier du Pélican / Absilone, 2026
    En concert le 14 mai 2027 : Saison « De bouches à Oreilles » – Liglet (86)
    Le 15 mai 2027 : Saison « De bouches à Oreilles » – Scorbé Clairvaux (86)
    Le 29 ou 30 mai : Les 3T – Chatellerault (86) / https://www.3t-chatellerault.fr
    https://www.compagniemaisonmere.com/index.php/la-source
    https://www.facebook.com/profile.php?id=61560424734126
    https://www.instagram.com/melodieorru

    Voir aussi : "Takata takata, voilà les Dassin"

  • Honneur aux dames

    Il est probable que les noms de Mel Bonis, Amy Beach, Amanda Röntgen-Maier, Rebecca Clarke et Dora Pejačević ne diront rien à la plupart des auditeurs et auditrices. Clara Schumann, Nadia et Lili Boulanger un peu plus. Ces compositrices oubliées font l’objet d’un passionnant album de compilation, Ladies First (Indésens) interprété par deux autres femmes, la violoniste suisse Rachel Kolly et la pianiste indo-américaine Pallavi Mahidhara.

    Voilà qui est à la fois audacieux et pertinent, tant il est indispensable de sortir de l’enfer de l’oubli ces musiciennes – parce qu’elles étaient justement musiciennes - et pas musiciens.

    On tombe d’emblée sous le charme de la Sonate en si mineur d’Amanda Röntgen-Maier (1853-1894). Disparue prématurément à l’âge de 41 ans, cette violoniste et compositrice suédoise, reconnue à sa juste valeur, a du, comme beaucoup de femme de cette génération, mettre fin à sa carrière publique. La Sonate pour violon date de 1878. Elle a 25 ans et prouve la grande maîtrise d’une pièce tendue, solide et aux lignes mélodiques irrésistibles (Allegro). Le mouvement lent Andantino a cette facture néo-romantique surfant sur les influences de Robert Schumann, Félix Mendelssohn ou Brahms. Plus enlevé est l’Allegro molto vivace, et néanmoins emprunt de nostalgie.

    Mel Bonis (1858-1937) est une compositrice française, toujours très peu jouée et enregistrée. Elle a pourtant laissé un catalogue de près de 200 œuvres. Sa Pièce n° 2, avec ici l’Allegretto non troppo, Op. 84 est présentatrice des influences de la musique française de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. L’influence de Gabriel Fauré et de Debussy est évidente dans cette pièce de 1910 néo-classique, saluée par Saint-Saens qui alla jusqu’à s’étonner… qu’une femme puisse écrire si bien. Le violon de Rachel Kolly et le piano de Pallavi Mahidhara font planer une lumière étrange sur court mouvement.

    On peut remercier Rachel Kolly et Pallavi Mahidhara d’avoir pris leur "bâton de pèlerin"

    La notoriété de Clara Schumann (1819-1896) n’est plus à faire ; mais que ce fut long et dur, tant son mari Robert lui a fait de l’ombre. Ses Trois romances pour violon et piano op. 22 sont proposées. Le romantisme est roi dans cette œuvre datant de 1855.

    Amy Beach (1867-1944) a connu la gloire comme interprète dans son pays, les États-Unis, mais aussi en tournée en Europe. On la découvre ou redécouvre ici dans une Romance, son opus 23 dédiée à la violoniste Maud Powell. Nous sommes en 1893 et les artistes américaines sont encore très marqués par les influences du vieux continent. Très bientôt, ils ou elles parviendront à imposer leur propre langage. En attendant, nous voilà avec une romance à la facture néo-romantique, élégante et délicate, qui a fait le succès de la musicienne, et que Rachel Kolly et Pallavi Mahidhara interprètent avec un plaisir visible.

    Dora Pejačević (1885-1923) est une vraie belle découverte. Cette compositrice croate a beau avoir appartenu à l’aristocratie austro-hongroise (elle était comtesse), elle est, à sa façon, une révolutionnaire – oubliée, hélas, en raison de son sexe. Elle a baigné dans un milieu intellectuel particulièrement revigorant – Ibsen, Thomas Mann, Rilke, Kierkegaard ou Nietzsche. Voilà qui forge un caractère, un tempérament et un langage ! Elle a aussi été une interprète ayant couru les salles de spectacle dans toute l’Europe. Sa Sonate pour violon n° 2 "Slavique", op. 42 date de 1919. Elle a en fait été écrite en 1917, en pleine première guerre mondiale, au cours de laquelle l’artiste s’est courageusement engagée comme ambulancière. Dora Pejačević n’entend pas se laisser enfermer dans un style. Le romantisme côtoie l’expressionnisme. Au rythme dansant de l’Allegro, qui n’est pas dénué de noirceur ni d’éclats de passion voire de colère, répond une sorte de chant funèbre qu’est l’Andantino, lancinant et implacable par moment, souvent bouleversant dans cette pièce qui nous parle surtout de la fin d’un monde et d’une époque. Rappelons que nous sommes à l’époque durant la Grande Guerre. Même le dernier mouvement Allegro molto vivace, vif et rythmé, ressemble à une danse macabre, d’une grande modernité – comme d’ailleurs l’ensemble de l’opus. Sacré pari et bonne idée pour Rachel Kolly et Pallavi Mahidhara que d’avoir eu l’idée de proposer cette formidable musicienne qui mériterait d’être plus présente en concerte et en album.

    Nadia Boulanger (1887-1979) et sa sœur Lili Boulanger (1893-1918) n’ont pas été oubliées, tant ces deux femmes (la seconde est morte prématurément à l’age de 24 ans) sont des exceptions en musique classique. Elles ont été admirées, sont toujours jouées et ont eu une influence majeure dans la musique du XXe siècle. Rachel Kollu a adapté pour violon et piano la pièce Soleils couchants de Nadia Boulanger datant de 1905. Nous sommes en pleine Belle Époque. Le symbolisme et le néoromantisme imprègnent cette pièce mystérieuse. Il s’agit d’une mise en musique d’une pièce de Verlaine. On y devine des accents impressionnistes et debussyens, interprétés avec subtilité par  Rachel Kolly et Pallavi Mahidhara.

    Toujours dans une veine néoromantique, l’auditeur ou l’auditrice se laissera bercer par sa Nocturne de 1911 et l’alerte Cortège de 1914, quelques années après sa mort qui a laissé inconsolable sa sœur Nadia.

    L’album se termine par une dernière découverte, en l’occurrence la compositrice anglaise Rebecca Clarke (1886-1979). La pièce Midsummer Moon date de 1926. Il faut saluer sa modernité, sans pour autant que le classicisme soit balayé. Une grande mélancolie règne sans cette œuvre. Rebecca Clarke était une altiste reconnue comme altiste géniale et a tourné en Europe et dans le monde. Voilà une artiste farouchement éprise de liberté, ce que l’on devine à l’écoute de ce morceau semblant faire la synthèse entre romantisme debussyen et expressionnisme. En trois mots : indépendance, audace et génie.

    On peut remercier Rachel Kolly et Pallavi Mahidhara d’avoir pris leur "bâton de pèlerin" pour donner une chance à ces consœurs que l’on fini, comme elles par aimer.

    Elles méritent d’entrer dans le répertoire aussi naturellement qu’une mélodie de Fauré, une ballade de Brahms ou une suite de Debussy. 

    Ladies First, Bonis – Schumann – Beach – Boulanger,
    Rachel Kolly (violon) et Pallavi Mahidhara (piano), Indésens Calioppe, 2026

    https://indesenscalliope.com/boutique/ladies-first
    http://rachelkolly.com
    https://www.facebook.com/rachelkolly
    https://www.pallavimahidhara.com
    https://www.facebook.com/pallavimahidharapianist

    Voir aussi : "Brahms doublement suisse (et même triplement)"

     
     
     
     
     
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  • Âme de musicien, âme de cinéphile

    Revoilà Philippe Guilhon-Herbert, après un formidable album Ravel et une interview exclusive pour Bla Bla Blog, le pianiste français revient avec Cinéma (Indésens). Comme son titre l’indique, l’album est consacré aux musiques de film.

    Voilà un genre adoré par le grand public et de plus en plus plébiscité par le milieu classique qui, au fur et à mesure des années, a fini par reconnaître que ce genre dépassait largement l’illustration sonore d’un film. Mieux, il y avait des chefs-d'œuvre trouvant largement leur place dans un concert ou un album classique. Philippe Guilhon-Herbert reconnaît par ailleurs que le cinéma est son autre grande passion. Quoi de plus logique donc, que cet album.

    La preuve avec cet opus dominé d’une bonne tête par des pièces de Michel Legrand. L’auditeur ou l’auditrice retrouvera ainsi Romance, extrait des Parapluies de Cherbourg et What Are You Doing The Rest Of Your Life de The Happy Ending. Ajoutons à cela le titre Pieces Of Dreams tiré du film éponyme. Outre le jazzy et nostalgique I Will Say Good Bye, citons aussi ce bijou qu’est Sea And Sky, One Day Summer 42 ou Years Of My Youth.

    Philippe Guilhon-Herbert fait un tour par le classique et Prokofiev, via La Danse des couteaux de Roméo et Juliette. Il est vrai que ce morceau de Prokofiev a été archi-utilisé tant par le cinéma que la télévision, voire la publicité.

    Faites entrer l’accusé

    Cinéma est une authentique récréation, tant le pianiste y semble à l’aise. Le piano seul suffit à son bonheur et à notre bonheur, tant l’instrumentiste y semble à l’aise.

    Il ne lui était pas possible de passer à côté de l’une des pièces les plus incroyables et bouleversantes d’Ennio Morricone. Il interprète le thème central d’Il était une fois en Amérique, gardant sa mélancolie, la noirceur en moins, mettant en valeur les lignes mélodiques envoûtantes. Il est encore question d’Ennio Morricone qui a composé la musique du film Cinéma Paradisio, un grand succès à sa sortie mais que la postérité a surtout retenu pour sa BO.

    Autre monument de la BO : Georges Delerue. Sans surprise, c'est Le Mépris, qui a été choisi. Il est vrai que ce chef-d’œuvre est d’une modernité incroyable. Il ne perd jamais ni son efficacité ni son fil conducteur porté par une mélodie simple et inoubliable. L’arrangement pour piano devient une évidence sous les doigts de Philippe Guilhon-Herbert.

    Les accords du Messager parleront sans aucun à l’auditeur ou l’auditrice. Le génie de Michel Legrand a sans doute sa musique plus célèbre encore que le film de Joseph Losey – grâce notamment à l’émission Faites entrer l’accusé…

    Leigh Harline ne dira sans doute rien à beaucoup. Et pourtant, ce compositeur américain a été un prolifique auteur de musiques de film, notamment pour Disney. Philippe Guilhon-Herbert propose dans son Cinéma une version piano de When You Wish Upon A Star, tiré du Pinocchio de Disney. Une manière de montrer qu’ici comme ailleurs les interprètes classiques savent souvent garder leur âme de passionné et d’enfant.

    Cinéma, Philippe Guilhon-Herbert (piano), Indésens Records Calliope, 2026
    https://indesenscalliope.com/boutique/cinema
    https://www.facebook.com/pghpianist

    Voir aussi : "Philippe Guilhon Herbert : ‘Ravel est au plus près de mon parcours de musicien’"
    "Ravel nu"
    "Thierry Caens a le Smile"

  • Handel, jamais aussi proche

    Qui connaît vraiment Haendel ? Voilà un compositeur prolifique, admiré à son époque, encore archi joué, vraiment admiré, mais dont la personnalité et l’âme demeurent un mystère. En comparaison, ses contemporains Bach et Mozart sont devenus hyper populaires à partir du XXe siècle. Oui, il y a bien un mystère Haendel – ou plutôt Handel, Clara Ponty ayant choisi l’orthographe anglais utilisée après l’installation du compositeur allemand de l’autre côté du Channel.

    La pianiste a choisi de "ré-imaginé" Handel dans l'album Handel reimagined (Neo Classic), sorti cet année mais né il y a six ans pendant le confinement, alors que la musicienne venait de se produire à Halle, la ville natale du compositeur. "Pendant le confinement, ma meilleure thérapie a été de m’asseoir à mon piano et de jouer une heure de musique baroque presque chaque jour », confie l’artiste. « Ce fut ma plus grande consolation dans une période difficile."

    C’est au piano que la musicienne américaine réinterprète quelques grands titres – on a même envie de préciser "quelques grands tubes" – de l’auteur de Water Music, du Messie… ou de l’hymne de la Champions League ! Il faut aller à la dernière piste pour écouter le Royal Anthem, extrait de Zadock The Priest, adapté par Benjamin Britten deux siècles plus tard pour le grand plaisir des fans de football.

    L’objectif de Clara Ponty est on ne peut plus clair : "Je souhaite donner une nouvelle vie à cette musique exceptionnelle. Mon espoir est que cet album soit perçu comme une passerelle, prouvant que le classique n’est pas une musique de niche, mais une émotion universelle."                         

    L’hymne de la Champions League

    Rappelons que Georg Friedrich Haendel, né à Halle, donc, en 1685 et mort à Westminster en 1759, est un représentant capital de la période baroque (que l’on pense au Mysterious Minuet). Clara Ponty choisit le dépouillement (Sweet Gigue), donnant à ces œuvres intemporelles un extraordinaire dénuement, jusque dans la célèbre Sarabande (Sarabande reimagined). L’Américaine a sans doute en tête ses compatriotes du courant répétitif américain – Adams, Reich, Glass. Il y a du minimalisme dans cette manière d’interpréter le baroque handelien. Et pourquoi pas ? Autre tube, la Passacaille, devenue ici la Gladsome Passacaille, tout aussi irrésistible et demandant la même virtuosité.

    "Handel Made in Ponty" ce n’est pas une relecture, mais des relectures allant du classique au moderne, en passant même par la pop. C’est ce que l’auditeur ou l’auditrice se dira d’ailleurs à l’écoute de Permets-moi de pleurer, extrait de l’opéra Rinaldo. Prenez ce morceau, écrivez des paroles et vous aurez sans doute un tube de notre époque.       

    On est tout autant heureux de retrouver deux extraits de la Water Music, cette "musique sur l’eau", l’une des plus grandes compositions de l’histoire consacrée à la fête. Et à la vie. Clara Ponty fait de l’Ode to River Thames une interprétation mystérieuse, singulière, légère et au bonheur pudique. Quant à A Majestic Air, nous voilà dans un titre aérien – justement – à la mélodie imparable et rappelant qu’Handel est un compositeur immédiatement attachant, bref si proche de nous grâce notamment à la magicienne qu'est Clara Ponty. Un gros big up pour elle !

    Clara Ponty, Handel reimagined, Neo Classics, 2026
    https://www.claraponty.com
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    https://x.com/ClaraPonty
    https://www.youtube.com/ClaraPonty

    Voir aussi : "À la recherche de Philippe Malhaire"

  • Magali Michaut prend de la hauteur

    Bla Bla Blog avait déjà parlé de Magali Michaut, une vraie belle découverte de la scène française. On a plaisir à la revoir pour un deuxième album, Prendre de la hauteur, dans une veine chanson française, saupoudrée ça et là de vagues électros. Depuis dix ans sur les routes, que ce soit en France, en Europe ou à l’étranger, elle peut se targuer de plus de 400 concerts à son actif, en solo, en duo, en trio…

    La puissance et le pouvoir des mots, voilà qui définit bien une artiste à la tête bien faite et bien pleine. Magali Michaut prend de la hauteur dans cet album bien nommé. L’artiste y parle de moments intimes, que ce soit ceux avec une enfant (Matin douceur) ou du départ du domicile familial et la sensation d’une page qui se tourne (Reste avec moi).

    Magali Michaut sait nous toucher grâce à des saynètes d’une femme ordinaire. Qui serait capable de parler avec autant de poésie des trains de banlieue parisienne, d’une petite ville du Val d’Oise ("Cergy j’y suis, Cergy j’y pense, Cergy j’y vis / Cergy j’y danse", RER A) ? Elle chante avec le même plaisir le souvenir d’un réveillon complètement désorganisé mais, pour cela, inoubliable et heureux (Ce réveillon-là).

    En seize titres, Magali Michaut nous invite littéralement à partager son quotidien mais aussi ses réflexions : "Viens dans ma bulle / Viens dans mes bras / Y’a rien qui brûle / Viens tu verras / Prends mes lunettes / J’te fais d’la place / Dans mes mensonges / Et mes messes-basses / Je passe l’éponge / Sur mes sornettes." Car si l’artiste s’interroge sur notre monde – le fascisme qui se voile à peine, l’IA qui nous déshumanise, le monde qui déraille, elle ne cherche qu’à partager et échanger, dans un beau message humaniste.

    La chanteuse inclus dans son opus une réflexion d’Yves Klein sur le savoir, la recherche scientifique et sur un concept peu connu et pourtant si fréquent, l’ultracrépidarianisme (L’art d’être à l’aise). La musicienne en a d’ailleurs fait une chanson à la facture pop, quelques coups de canifs bien sentis pour les docteurs Diafoirus de notre époque, scientifiques arrogants et autres intellectuels perchés (Ultracrépidarianisme).

    La physique au service des émotions et de la poésie

    Forte de son passé de scientifique (une thèse en bio-informatique, sil vous plaît !), la chanteuse ose ce que peu d’artistes font : un titre sur l’infini petit, la recherche atomique et les accélérateurs de particules – et tout cela en poésie et avec allant (Où va-t-on?).

    Après Yves Klein, c’est Emma la Clown qui prend la parole dans un dialogue mi-sérieux mi-comique sur la théorie de la gravitation universelle (La pomme et le repos). Magali Michaut décline en musique ce sujet. C’est Référentiel newtonien, ballade folk dans lequel la chanteuse parle du chemin à faire, de nos connaissances qui se heurtent à des murs et à des questions jamais résolues ("Entre l'ombre et la lumière / J'comprends un peu mieux qu′hier / Mais des cavernes apparaissent / Sidération").

    La scientifique peut-elle apporter une réponse à nos dilemmes quotidiens ? Elle s’avoue, en quelque sorte vaincue dans le joli titre Quand tu vois que tu vois pas : "Quand tu vois, quand tu vois, quand tu vois / Que tu vois pas, tu vois pas, tu vois pas / Quand tu sais, que tu sais, que tu sais / Que tu sais pas / Ben tu fais au mieux") ou bien dans le singulier interlude Dans le lavabo, prolongé par le morceau pop-folk Ainsi font les idées, qui surviennent, parfois nous harcèlent : "Y'a ce qui rentre dans ma tête / Ces pensées toujours m'entêtent / Y'a ce qui sort que j'oublie / Après une ou deux trois nuits / Pourtant faut bien que je me souvienne / Pour que les idées surviennent / Et ainsi font / Les idées oh / Dans le lavabo / Un vrai typhon".

    C’est ça, Magali Michaut : la physique au service des émotions et de la poésie, tant nous faisons partie d’un univers qui nous dépasse ("Je suis partie / Partie d’un tout / D’un tout petit / Et puis c’est tout", Je suis partie) ! Voilà qui rend cette chanteuse si singulière qui lui fait Prendre de la hauteur : "Prendre de la distance / Pour savourer sa chance / Le moral se regonfle d'une vision nouvelle / Le ciel est dégagé, les idées ont des ailes / Ma plume se fait légère, elle n'est plus prisonnière / Des attentes permanentes, des angoisses passagères."

    Magali Michaut, Prendre de la hauteur, 2026
    https://www.magalimichaut.com
    https://www.instagram.com/magalimichaut
    https://www.facebook.com/MagaliMichautMusic
    https://emmalaclown.com

    Voir aussi : "Magali Michaut sort de sa bulle"