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Musiques

  • L’autre Mendelssohn

    Mendelssohn, pour piano. "OK", me direz-vous. Rien de très marquant. Sauf qu’il s’agit ici de Fanny Mendelssohn (1805-1847). Une femme donc, proposée et même célébrée par le label Présences compositrices. Cette Mendelssohn-là est la sœur de Felix. Peu connue, elle a été pourtant une pianiste de renom. Elle peut se targuer d’une œuvre abondante, quoique peu publiée de son vivant – son père, mais aussi son frère, voyaient sans doute mal une compositrice capable de faire de l’ombre à Felix Mendelssohn. Inconcevable de la part d’une femme pour l’époque.

    La pianiste Marie Vermuulin nous la fait découvrir à travers le cycle pour piano Das Jahr, proposé par Présences compositrices. Cette fameuse "année", c’est 1841 durant laquelle cet opus fut composé, soit six ans avant la mort de l’artiste. L’œuvre est composée de douze pièces, comme les douze mois de l’année – elles portent d’ailleurs leur nom. Un Choral (Nachspiel) vient compléter ces douze sections.

    Le romantisme fait la part belle à la nature comme reflet des passions humaines. Autant dire qu’on est en plein dedans. Que l’on pense à ce lugubre Janvier (Januar. Ein traum), joué adagio . Marie Vermeulin séduit d’emblée avec l'Adagio ("quasi una fantasia, presto"), suivi par un Février (Februar), joué scherzo et presto. Il y a une sorte de joyeuse impatience, comme si la compositrice voulait hâter le cours du temps, traverser l’hiver et arriver au printemps.

    Le recueillement frappe aux oreilles dans la partie März. Pas de printemps ensoleillé et réconfortant mais un Andante mélancolique. Fanny Mendelssohn exprime des tourments intérieurs tus pudiquement, la tête ailleurs et pas forcément vers la nature qui s’éveille. La pianiste laisse la place aux silences et à la retenue, non sans quelques éclats, avant un mois d’avril plus léger, plus frais et en forme de caprice (April. Capriccioso. Allegretto, allegro). Nous sommes au cœur du printemps. Marie Vermeulin s’y ballade avec insouciance, à la suite de son aînée (Mai, Frühlingslied. Allegro vivace e gioioso). Il faut souligner que l’art de Fanny Mendelssohn s’épanouit dans cette partie, prouvant qu’elle est une musicienne majeure de l’époque romantique.

    Une compositrice capable de faire de l’ombre à Felix Mendelssohn

    En revisitant la sérénade pour son mois de Juin (Juni. Serenade. Larghetto), la compositrice fait preuve d’une certaine audace : sens de la mélodie, rythme, expressivité, le tout servi par une pianiste au jeu tour à tour alerte, concentré, mélancolique, sombre et faussement léger.

    Étrange Juillet (Juli). Il est joué lui aussi comme une sérénade, avec une profonde langueur (Larghetto), comme si la chaleur ardente venait écraser l’auditeur ou l’auditrice, avant un mois d’août aux couleurs estivales (August. Allegro, tempo di marcia, allegro assai), sur un rythme de marche.

    Le début de l’automne est idéal pour refléter l’esprit romantique (September. Am flusse). Il faut une certaine virtuosité pour jouer ces vagues mélodieuses, aux sacs et ressacs mélancoliques. Octobre (Oktober) est plus joyeux, presque insouciant. Novembre prend des couleurs automnales, et même vives si l’on écoute November joué allegro. Pas de tristesse ici mais la chaleur d’un âtre rassurant, jusque dans le début d’un hiver apaisant (Dezember). Il y a pourtant un je ne sais quoi de nostalgique dans cette dernière partie des quatre saisons. Un sombre, bachien et court Choral (Nachspiel) vient conclure l’œuvre.  

    Au final, on se dit que Das Jahr déploie une panoplie de teintes, de rythmes et d’atmosphères, à l’image des sentiments qui peuvent nous assaillir pendant les douze mois d’une année – la joie, la tristesse, la déception, l’espoir ou l’inquiétude. Voilà qui prouve tout le talent de Fanny Mendelssohn que Marie Vermeulin nous fait découvrir avec cœur, intelligence et infiniment de persuasion. 

    Fanny Mendelssohn, Das Jahr, Marie Vermeulin (piano), Présences compositrices, 2025
    https://www.presencecompositrices.com/mag/das-jahr-fanny-mendelssohn-marie-vermeulin
    https://www.marievermeulin.com

    Voir aussi : "Compositrices entre classicisme et romantisme"
    "Trip en Écosse"

  • Il sera beaucoup pardonné à Lionel Langlais

    Lionel Langlais sort son cinquième album, sobrement intitulé… Lionel Langlais. Un "non-titre" comme la marque d’une envie de se montrer tel qu’il est. On pourrait en effet qualifier cet opus comme une envie de se livrer tout au long des dix titres.

    Lionel Langlais, l’esbroufe à tout prix n’est pas son truc. Il en est à "des années lumières", pour reprendre le titre de son premier extrait sur un couple qui ne se comprend pas, lui les pieds sur terre, elle tête en l’air "qui dérive à des années lumières", déjà ailleurs, qui "ne voit pas".

    La générosité et la douceur sont évidentes chez cet artiste attentif au travail sur les textes, à l’exemple du sensible De l’autre côté au sujet des migrants et des exilés. Engagé donc, mais toujours avec finesse.

    Arrêtons-nous un instant sur l’un des meilleurs titres de l’album, In extremis. Lionel Langlais est visiblement attaché à ce morceau qu’il propose dans une deuxième version. On suit l’histoire d’une rencontre amoureuse, interdite et sulfureuse entre un homme et une femme mariée. Cette confession flirtant avec le talk-over matiné d’électro-rock, est à écouter et déguster, comme la bande-son d’une love story venimeuse.

    Plus soft, Amende honorable s’écoute comme les aveux sur un rythme country-blues d’un homme pour ses "mots pas gentils, les gestes sans tendresse", ses "chagrins sans cause", les "lâches abandons" et toutes ses colères. Le chanteur le confesse : "Je suis impardonnable / Je sais / Je plaide coupable / je fais amende honorable".

    Love story venimeuse

    Il y a du Alain Chamfort dans cette manière de s’attacher à une écriture pop-littéaire faussement simple. Saluons au passage le parolier Quentin Lamotta qui n’est pas le dernier à donner un supplément d’âme à cette production impeccable. On pense à L’amour sans âme, efficace dans sa manière d’assumer un amour d’autant plus sublime qu’il est simple et sans questionnements : "Tant qu’à faire terre à terre / L’amour sans âme je préfère… Jouer solo / Piano piano".

    L’auditeur ou l’auditrice s’arrêtera avec étonnement sur ce titre incroyable qu’est En beauté, avec ces vagues synthétiques d’ouverture comme venues d’outre-tombe. Mort, renaissance, méditation, mélancolique : Lionel Langlais exprime avec spleen son besoin de beauté, de vie et de liberté.

    Le chanteur surprend dans ce cinquième album faussement sage, cohérent certes mais aussi coloré. Ainsi, dans Dessine un rond, il se veut critique de son époque : l’argent, les routines, l’angoisse, la maladie, bref le "vertige", il invite au magique et à se raconter des "histoires anciennes" pour se sortir d’un monde qui, finalement, ne change pas. Réflexion contemporaine encore avec La ville étrange qui dépeint un monde rêvé et fantasmé, la ville apparaissant une nouvelle mythologie ou, du moins un mirage.

    Sur un rythme pop-folk, Lionel Langlais apparaît comme le bon pote, doux, rassurant, sage et sensible (Faudrait pas désespérer les anges). Voilà qui donne à cet opus l’apparence d’une invitation à une calme lucidité. Un joli moment de fraîcheur, à l’exemple d’Amour et moi qui vient clore l’opus sur piano et voix.

    Lionel Langlais, Legroscamion Prod, 2026
    https://www.lionellanglais.com
    https://music.imusician.pro/artist/04Cx8OL9Cf
    https://www.facebook.com/lionellanglais
    https://www.instagram.com/lionel.langlais

    Voir aussi : "Célestin plante une graine"

  • Monographie à plusieurs

    Partons à la découverte d’un compositeur d’aujourd’hui, en l’occurrence Laurent Lefrançois. Nord Sud, proposé par Indésens, propose un parcours d’un univers musical, à la fois moderne et solidement appuyé sur des références qui se nomment Schumann, Bach, Scarlatti… ou Léo Ferré. Voilà qui ne fera pas fuir les curieux et curieuses de création contemporain.

    Nord Sud est le nom de la pièce onirique qui ouvre l’album éponyme. Ce poème symphonique est d’une belle densité, puisant ses influences aussi bien chez Debussy, Ravel ou Satie que dans le jazz ou le répertoire contemporain. Cela donne un paysage sonore vif et vivifiant aux multiples facettes. Alerte par moment, léger dans d’autres, avec des éclats de lumières et des instants sombres, il semble que Laurent Lefrançois traverse un pays du nord au sud, justement, et accepte de se perdre. Tel a été d’ailleurs l’objectif de Laurent Lefrançois pour cet opus crée en 2022 en Australie : "Il s’agissait pour moi de relier les musiciens par-delà la distance". Le Quatuor Parisii sert parfaitement, et avec gourmandise même, cette ambition.  

    Le compositeur normand, né en 1974, est présent comme comme adaptateur de pièces classiques. Commençons par l’Opus 70 de Robert Schumann, avec en particulier cet Adagio aux couleurs chaudes et vibrantes. Le Romantisme prend un nouveau lustre avec cette version pour clarinette, alto et piano – au départ écrit pour cor et piano par le compositeur allemand.  Patrick Messina (clarinette), Marie Fraschini (alto) et Fabrizio Chiovetta (piano) s’acquittent avec délicatesse et tendresse de cette pièce pour lui donner une nouvelle facture romantique.

    L’auteur de Jolie Môme aurait adoré !

    Autre arrangement, celui de la Sonate K466 en fa mineur de Domenico Scarlatti, écrite à l’origine pour violon et violoncelle. Laurent Lefrançois a choisi de la proposer pour flûte (Magali Mosnier) et clarinette (Paul Meyer). Le duo final est bien différent de la pièce d’origine, comme le reconnaît le compositeur et adaptateur français, mais elle acquiert aussi un magnétisme indubitable.

    L’auditeur ou l’auditrice s’arrêtera sûrement sur le choix le plus audacieux de l’album, mais tellement bienvenu ! Il s’agit d’une version pour musique de chambre du Temps du tango de Léo Ferré. L’auteur de Jolie Môme aurait adoré ! Certes, les mots du poète sont absents ; par contre, le chanteur est présent et son génie de mélodiste éclate grâce à cette version, se terminant par les dernières mesures sur ondes Martenot, comme dans le titre original d’ailleurs.

    On oublie souvent Buxtehude et son influence capitale sur le répertoire classique, et en particulier sur Bach. Laurent Lefrançois lui rend hommage dans Sample Bux, une pièce pour accordéon (avec Pascal Contet) et clarinette (de nouveau, Paul Meyer). On est dans une pièce se jouant de beaucoup de styles, que ce soit le baroque, le classique, le contemporain, jusqu’à la pop. "J’ai extrait des ‘séquences’ que j’ai reliées entre elles et ‘samplées’ à la manière d’un DJ", explique Laurent Lefrançois dans le livret.

    Jean-Sébastien avait fait 400 kilomètres à pied pour rencontrer Buxtehude, le plus grand organiste de l’époque. On sait l’influence qu’eut ce dernier sur celui qui allait dominer pour longtemps la musique. Il paraissait logique que Bach soit présent, via ici des extraits du Clavier bien tempéré, la Prélude et l’envoûtante Fugue en sol mineur BWV 863, complétées par un Interlude et un Postlude composé par Laurent Lefrançois, complétant et enrichissant plus que n’écrasant son brillant aîné. Le principal apport de cette section est l’instrumentation pour musique de chambre, grâce au quatuor formé d’une flûte (Magali Mosnier), d’un cor anglais (Laurent Deckler), d’une clarinette basse (Renaud Guy-Rousseau) et d'un basson (avec la formidable Lola Descours, dont nous avions déjà parlé sur Bla Bla Blog).

    Retour à une composition originale de Laurent Lefrançois avec son Sextuor Mode. Retour aussi et surtout à une pièce contemporaine d’une belle vivacité, comme une mécanique bien huilée. Cet opus date de plus de vingt ans, déjà. C’était l’œuvre d’un musicien dont l’ambition et le talent étaient déjà évidents. Voilà qui clôt à merveille ce que le compositeur nomme une "Monographie à plusieurs". Bien vu.   

    Laurent Lefrançois, Nord-Sud, Indésens Calliope, 2026
    https://www.facebook.com/lefrancoiscompo/?locale=fr_FR
    https://indesenscalliope.com/boutique/nord-sud

    Voir aussi : "Amitié franco-allemande"
    "Basson, toi mon ami"

  • Romance en musique

    Il y a du Prokofiev chez ce gars là. Je parle de Nathan Henninger dont il avait déjà été question sur Bla Bla Blog. Le compositeur canadien propose, après le remarqué Five Scenes For Orchestra, son nouvel album Romanza qu’il orchestre lui-même avec le Budapest Scoring Orchestra.

    La majeure partie de l’opus est consacrée au mouvement justement appelé Romanza. Ce poème symphonique pour cordes, percussion et piano déploie sur près de vingt minutes ses vagues mélodieuses, néoromantiques et romanesques, car il y a bien du romanesque dans cette ambitieuse pièce. Preuve que la musique d’aujourd’hui n’est plus fâché avec le néoclassicisme.

    Le compositeur canadien propose un moment contemplatif qui n’est pas sans rappeler, disions-nous en préambule de cette chronique, la facture à la fois lyrique, moderne et intensément romantique. "Romanza est une méditation sur l’amour au sens le plus large – une force qui nous soutien, nous unit et perdure, même face à la perte", précise le compositeur canadien

    Assurément, un cœur bat dans cet ensemble

    Le Budapest Scoring Orchestra n’est pas en reste dans sa manière de jouer ce poème symphonique avec un mélange de précision, de concentration et de profond recueillement. Assurément, un cœur bat dans cet ensemble. Chaque instrument, chaque mesure, chaque note prennent vie dans le grand flot de cette romance. Une vraie et belle histoire d’amour.

    Pour l’enregistrement, Nathan Henninger complète cet opus par des extraits de son opus Romanza. Après le thème du poème symphonique (Theme), l’auditeur ou l’auditrice trouvera des pièces relativement courtes, d’une minute trente à un peu moins de quatre minutes. Le compositeur et l’orchestre s’appuient sur les séquences de Romanza tour à tour denses (Playfully), intenses et passionnées (Warmly, with Energy), oniriques (le Misterioso rachmaninovien) ou plus calmes, à l’instar de la pièce plus longue, Gently, qui vient clôturer en douceur l’album.  

    Nous avions déjà parlé de la conception de l’album physique des Five Scenes For Orchestra. Ici encore, l’illustrateur Torsten Wolber a été sollicité pour illustrer cet opus grâce à l’une de ses peintures, renvoyant à la mythologie et aux créatures fantastiques, fascinantes et envoûtantes que sont les sirènes. Une bonne raison de préférer la version physique aux versions dématérialisées.

    Nathan Henninger, Romanza pour cordes, percussion et piano, *
    Budapest Scoring Orchestra, dirigé par Nathan Henninger, NCH Records, 2026

    https://nathanhenninger.com
    https://www.facebook.com/nathanhenningercomposer
    https://www.instagram.com/nathanhenningercomposer
    https://www.instagram.com/torstenwolber
    https://www.budapestscoring.com

    Voir aussi : "Musique des sphères avec Nathan Henninger"

  • Disque amoureux de Chopin

    Le pianiste suisse Pascal Godart nous propose un album Indésens qui peut s’écouter soit comme une piqûre de rappel romantique, soit comme une découverte en douceur de l’univers de Frédéric Chopin.

    Ne le cachons pas. Il est courant que l’œuvre du compositeur polonais passe systématiquement par des intégrales, que ce soit ses Nocturnes, ses Études, ses Concertos pour piano ou ses Mazurkas, à l’exemple du très beau double album proposé par Irina Chukovskaya et que Bla Bla Blog vient de chroniquer.

    Bref, avec Chopin, c’est tout ou rien. On peut être reconnaissant à Pascal Godart de nous offrir un enregistrement relativement court – moins d’une heure – regroupant un choix de pièces représentatives du compositeur romantique, avec un focus sur ses Ballades. Pas d’overdose donc, encore moins de best of mais un "disque amoureux", comme il y a des "dictionnaires amoureux". Au programme, les quatre Ballades (bon, on est d’accord, on peut parler "d’intégrale", même si elle se limite à quatre pièces…), la Berceuse opus 57 et trois Nocturnes, l’Opus 9 n°2, l’Opus 27 n°2 et l’Opus 72 n°1.

    Au sujet de son intégrale des Mazurkas, Irina Chukovskaya parlait de sa connaissance d’une œuvre qu’elle jouait depuis des années. Pascal Godart, lui, va mezzo voce, avouant que Chopin est un compositeur qui l’a longtemps intimidé, qu’il a beaucoup étudié mais qu’il a peu joué au public.

    Voilà sans doute la magie de cet album qui nous rend Chopin dans toute son intimité, à commence par sa Berceuse apaisante sans tomber dans le piège de la mièvrerie. Les lignes mélodiques sont irrésistibles et le jeu de Pascal Godart donne à entendre un Romantique qui s’est démarqué par sa discrétion mais aussi son modernisme.

    Chopin dans toute son intimité

    Nous l’avons dit, les Ballades constituent le gros morceau de ce programme. Il s’agit de pièces souvent longues, si on les compare par exemple aux Mazurkas. Introspectives et mélancoliques (la première Ballade op. 23), ce sont des mécaniques d’horlogerie demandant à la fois une grande technique et un solide tempérament, alliés bien entendu à de l’intelligence. Pascal Godart ne manque d’aucune de ces qualités. Il voyage de concert avec Chopin – et avec nous, tant qu’à faire.

    La deuxième Ballade op. 38 commence comme une méditation philosophique, presque une prière. Chopin avait dédiée cette pièce, écrite entre 1836 et 1839, à Robert Schumann. On est là au coeur du Romantisme, avec ces décrochages enfiévrés. Ajoutons aussi qu’à cette époque, Chopin vit une histoire d’amour devenue légendaire avec George Sand. Il est vrai qu’il y a quelque chose de la passion dans cette Ballade épique.

    Poétique, la Ballade n°3 séduit par sa fraîcheur mais aussi sa grande simplicité. Pas d’élans tapageurs ici mais une déambulation dans la campagne berrichonne où Chopin vient régulièrement auprès de George Sand. La Ballade n°4 op. 52, composée en 1842, est considérée comme un must de la musique chopinienne comme du genre romantique. Sombre mais aussi recueilli, elle se déploie grâce à des lignes mélodiques complexes. On peut presque parler d’architecture musicale complexe. À l’instar de Pascal Godart, il faut de la technique et de l’intelligence pour s’approprier ce morceau mêlant recueillement, expressivité et sens de l’épique.

    Les Ballades de Chopin sont complétées par quatre autres pièces, à commencer par la célèbre Nocturne op. 9 n°2. Impossible de laisser l’auditeur ou l’auditrice sur la touche, grâce à cette mélodie devenue un vrai tube de la musique classique. Pascal Godart a choisi deux autres Nocturnes, l’opus 27 n°2, délicate et mélancolique, ainsi que l’Opus 72 n°1, plus courte, écrite et jouée comme une déclaration d’amour.

    Frédéric Chopin, Ballades – Berceuse – Nocturnes,
    Pascal Godart (piano), Indésens Calliope Records, 2026

    https://indesenscalliope.com/boutique/chopin
    https://pascalgodart.ch

    Voir aussi : "Danses avec Chopin"

  • Danses avec Chopin

    Quand on pense à Frédéric Chopin, les premières œuvres qui viennent à l’esprit sont ses Nocturnes, ses Études ou ses Valses, moins sans doute ses Mazurkas. Il a pourtant composées pas moins de 57 de ces danses traditionnelles de son pays, la Pologne. La pianiste Irina Chukovskaya en propose une intégrale dans un très beau double album d’Indésens.

    Comment transformer des pièces musicales populaires, qui ont d’abord vocation à être dansées, en chefs-d’œuvre de la musique de chambre romantique ? Voilà le pari réussi de Chopin pendant presque 25 ans. 12 de ces mazurkas ont par ailleurs été publiées et jouées après sa mort.

    Chopin a fait de ces morceaux autant de joyaux intemporels que de rappels émus de son pays. Irina Chukovskaya s’approprie avec élégance ces pièces souvent courtes – certaines dépassent à peine la minute. L’esprit de Chopin est là, enlevé, fin mais aussi empreint d’une profonde nostalgie. Compositeur romantique, il ne s’épanche que rarement, préférant jouer de la fausse insouciance (Mazurka en si bémol dans le premier CD). L’amour se fait joueur (la Mazurka en sol majeur ou la Mazurka op. 41 n°2) ou joyeux (Mazurka op. 50 n°1), voire lumineux (Mazurka op. 59 n°3). Il s’agit de danses traditionnelles polonaises, comme le rappellent à chaque fois les rythmes des morceaux (Mazurka WN 24 en do majeur, Mazurka WN 26 en sol majeur, Mazurka en do majeur dans le premier CD ou encore la Mazurka op. 59 n°2).

    Elles se transforment, grâce au compositeur et à son interprète, en pièces de musique de chambre à la mélancolie profonde (Mazurka WN 14 en la mineur, la Mazurka WN 45 en la bémol majeur, l’Opus 7 n°2 ou les Mazurkas op. 63 sur le second CD) ou, au contraire, à la légèreté qui fait plaisir à entendre (les Opus 7 n°1 et n°4, les deux premières Mazurkas op. 33 ou la Mazurka WN 60 en la mineur). Le romantisme ne fait jamais défaut, que ce soit la Mazurka WN 25 en fa majeur, à la fois majestueuse et mélancolique. Du grand art.

    Chopin séduit par son immédiate accessibilité. Il nous parle comme à un ou une proche (Mazurka WN 41 en si bémol majeur). La simplicité des mélodies, toute en nuances, en suspensions, en fausses hésitations, fait de ces mazurkas des illustrations de son attachement à la Pologne. De vraies pièces spontanées.

    Chopin séduit par son immédiate accessibilité. Il nous parle comme à un proche

    La pianiste parle, dans le livret "du timbre purement pianistique, transparent, sans nuances orchestrales". On pense aux Opus 6, dont la facture romantique n’est pas trahie par Irina Chukovskaya, loin de là ! L’essence de cette école dont Chopin a été l’un des grands champions est également présente dans les Mazurkas Opus 17 ou Opus 24.

    Romantisme, oui ; mais aussi modernité dans cette approche très libre de la composition et l’utilisation des silences. Voilà qui fait de Chopin un compositeur plus qu’actuel : hors du temps, toujours aimé, toujours écouté, toujours analysé et toujours surprenant. On pense d’emblée à la Mazurka op. 17 n°4, l’une des plus longues du double album. Chopin prend tout autant son temps dans les quatre Mazurkas opus 30 qui ferment la première partie du double album. On sera tout aussi bien séduit par la pétillante Mazurka en ré majeur (Opus 33 n°3), par la tendre et poignante Mazurka en si mineur (Opus 33 n°4) ou par ces pensées mélancoliques distillées par la Mazurka Dpop. 42A en la mineur.

    Saluons enfin la prise de son impeccable qui vient récompenser le jeu tout en nuances et en précisions d’Irina Chukovskaya qui précise qu’elle a étudié ces pièces toute sa vie. Elle en saisit toute la diversité mais aussi toute la profondeur.

    Répétons qu’il s’agit à l’origine de danses polonaises, si bien que la nostalgie n’est pas absente dans ces pièces poétiques qu’il faut prendre le temps d’écouter pour bien s’en imprégner (Opus 50 n°3), ne serait-ce que pour mieux se laisser surprendre (on pense à la courte Mazurka op. 56 n°2). Un vrai "miracle vivant", comme le dit justement Irina Chukovskaya. Validé !

    Très bientôt, je vous proposerai d'un autre album Chopin.

    Frédéric Chopin, Mazurkas, Irina Chukovskaya (piano),
    Indésens Calliope Records, 2026

    https://indesenscalliope.com/boutique/chopin-complete-mazurkas
    https://irinachukovskaya.com/en

    Voir aussi : "Amitié franco-allemande"
    "Lacunes comblées par Fleur Strijbos"

     
     
     
     
     
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  • Courage, chantons et rapons

    Une fois n’est pas coutume, Bla Bla Blog fait un petit détour par le rap.

    Focus donc sur Kent-Zo. Cet artiste prolifique, propose avec Courage un nouveau titre. Le rappeur se définit comme "lyriciste". Voilà qui situe l’artiste proposant avec Courage, son dernier single : "Courage à toi qui te lèves avec l'envie / De tout recommencer sans douter / Que la vie t'appelle à vivre de belles / Et grandes aventures."

    Altruiste, généreux et positif : voilà des messages qui méritent que l’on s’attarde sur Kent-Zo. À découvrir ou redécouvrir. 

    Kent-Zo, Courage, 2026
    https://www.instagram.com/kent.zo.officiel
    https://www.facebook.com/p/Kent-Zo-100063616980223/?locale=fr_FR

    Voir aussi : "Sônge d’une nuit d’électro"
    "À hauteur de Lhomé"

  • Moderne et pas fini

    Moderne, David Delabrosse l’est. C’est d’ailleurs ce que dit le titre de son dernier album et du premier morceau de l’opus. "Ces mots modernes, ceux qui claquent", il les chante, de sa voix fragile, non sans ironie mais sans tourner le dos au passé.  

    Dans un Équilibre délicat, en featuring avec Denis Piednoir, le chanteur aux vingt ans de carrière propose justement un opus très actuel, riche des interrogations d’un homme d’aujourd’ui ("Footing ou yoga ?", "Hammam ou sauna ?", "Tu dors nu ou en pyjama ?"). Mine de rien, cela donne un album à la fois attachant et personnel, à l’image de cet autre extrait, On a beau se connaître, dans lequel David Delabrosse s’interroge sur son couple, ses failles, et ses erreurs ("On a beau se connaître on se trompe parfois / On a beau s’aimer on se prend plus dans les bras").

    Intéressons-nous à Une grande lignée. Dans une facture alliant chanson française et électro-pop, le chanteur se retourne vers ses origines, non sans humour ("Valéry Giscard d’Estaing serait-il… mon grand-père ?") : la génétique, la prédestination, le poids du passé familial. En quinqua assumé, doué de "l’âge de raison", "plus zen" (l’excellent En cinquantaine) et surtout faisant le point, le musicien refuse pourtant de sacrifier le passé à la modernité ("Ne pas fouiller dans le passé / Sous peine d’y retrouver / Encore un plus grand merdier", Les bouts de cervelle).

    C’est ce que l’on aime chez David Delabrosse : un artiste sans cesse tiraillé entre passé et modernité, prudent lorsqu’il s’agit de remuer les failles du passé, conscient aussi que l’on "vit nos vies comme des fantômes / Traversant les jours et les heures… Moi j’aimerais bien changer de film" (Comme des fantômes). Dans ce morceau, l’adulte qu’est David Delabrosse s’adresse à son fils, son "ado", lui demandant de ne pas aller trop vite ni trop loin, de rester avec lui et sa mère.

    Et si cet album était une invite à rester enfant et ne pas grandir trop vite ?

    Et si cet album était une invite à rester enfant et ne pas grandir trop vite ? C’est en tout cas le thème de la très belle chanson Peter Pan, dans lequel David Delabrosse parle de sa différence, de l’enfance mais aussi du besoin d’aventures. La solution ? Une vie en l’air : sauter ("salto avant salto arrière"), être léger, voir le monde de là-haut, "sentir le vent dans ses veines". Bref, être dans les nuages. Cette Envie de changer, en duo de nouveau avec Denis Piednoir, David Delabrosse, exprime encore le besoin d’"aller vers l’inconnu", rembobiner le film et changer de point de vue.

    La vie en 2026, moderne, laisse un goût d’inachevé et aussi de nostalgie. C’est finalement un album très mélancolique que propose le chanteur (Ta story), mais généreux et altruiste ("Vas-y réagis / Faut pas rester comme ça blotti… T’es pas tout seul dans la vie").

    La générosité n’est pas non plus non dénuée d’humour ni une certaine philosophie de vie. Est-on foutu lorsque l’on a cinquante ans ? Peut-on encore "commencer le judo et gagner les JO", "Doit-on faire son testament… Mettre un sweat à capuche en s’exprimant en verlan ?" La réponse est évidente et David Delabrosse clame sans envie de ne pas se laisser aller. Oui, c’est un Super Quinqua ! On le croit sur paroles.   

    David Delabrosse, Les Mots Modernes, L'Hallali Production, 2026
    https://www.facebook.com/david.delabrosse
    https://www.instagram.com/daviddelabrosse
    https://bfan.link/equilibre-delicat

    Voir aussi : "Dure et douce Abyr"