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Musiques

  • Magali Michaut prend de la hauteur

    Bla Bla Blog avait déjà parlé de Magali Michaut, une vraie belle découverte de la scène française. On a plaisir à la revoir pour un deuxième album, Prendre de la hauteur, dans une veine chanson française, saupoudrée ça et là de vagues électros. Depuis dix ans sur les routes, que ce soit en France, en Europe ou à l’étranger, elle peut se targuer de plus de 400 concerts à son actif, en solo, en duo, en trio…

    La puissance et le pouvoir des mots, voilà qui définit bien une artiste à la tête bien faite et bien pleine. Magali Michaut prend de la hauteur dans cet album bien nommé. L’artiste y parle de moments intimes, que ce soit ceux avec une enfant (Matin douceur) ou du départ du domicile familial et la sensation d’une page qui se tourne (Reste avec moi).

    Magali Michaut sait nous toucher grâce à des saynètes d’une femme ordinaire. Qui serait capable de parler avec autant de poésie des trains de banlieue parisienne, d’une petite ville du Val d’Oise ("Cergy j’y suis, Cergy j’y pense, Cergy j’y vis / Cergy j’y danse", RER A) ? Elle chante avec le même plaisir le souvenir d’un réveillon complètement désorganisé mais, pour cela, inoubliable et heureux (Ce réveillon-là).

    En seize titres, Magali Michaut nous invite littéralement à partager son quotidien mais aussi ses réflexions : "Viens dans ma bulle / Viens dans mes bras / Y’a rien qui brûle / Viens tu verras / Prends mes lunettes / J’te fais d’la place / Dans mes mensonges / Et mes messes-basses / Je passe l’éponge / Sur mes sornettes." Car si l’artiste s’interroge sur notre monde – le fascisme qui se voilà à peine, l’IA qui nous déshumanise, le monde qui déraille, elle ne cherche qu’à partager et échanger, dans un beau message humaniste.

    La chanteuse inclus dans son opus une réflexion d’Yves Klein sur le savoir, la recherche scientifique et sur un concept peu connu et pourtant si fréquent, l’ultracrépidarianisme (L’art d’être à l’aise). La musicienne en a d’ailleurs fait une chanson à la facture pop, quelques coups de canifs bien sentis pour les docteurs Diafoirus de notre époque, scientifiques arrogants et autres intellectuels perchés (Ultracrépidarianisme).

    La physique au service des émotions et de la poésie

    Forte de son passé de scientifique (une thèse en bio-informatique, sil vous plaît !), la chanteuse ose ce que peu d’artistes font : un titre sur l’infini petit, la recherche atomique et les accélérateurs de particules – et tout cela en poésie et avec allant (Où va-t-on?).

    Après Yves Klein, c’est Emma la Clown qui prend la parole dans un dialogue mi-sérieux mi-comique sur la théorie de la gravitation universelle (La pomme et le repos). Magali Michaut décline en musique ce sujet. C’est Référentiel newtonien, ballade folk dans lequel la chanteuse parle du chemin à faire, de nos connaissances qui se heurtent à des murs et à des questions jamais résolues ("Entre l'ombre et la lumière / J'comprends un peu mieux qu′hier / Mais des cavernes apparaissent / Sidération").

    La scientifique peut-elle apporter une réponse à nos dilemmes quotidiens ? Elle s’avoue, en quelque sorte vaincue dans le joli titre Quand tu vois que tu vois pas : "Quand tu vois, quand tu vois, quand tu vois / Que tu vois pas, tu vois pas, tu vois pas / Quand tu sais, que tu sais, que tu sais / Que tu sais pas / Ben tu fais au mieux") ou bien dans le singulier interlude Dans le lavabo, prolongé par le morceau pop-folk Ainsi font les idées, qui surviennent, parfois nous harcèlent : "Y'a ce qui rentre dans ma tête / Ces pensées toujours m'entêtent / Y'a ce qui sort que j'oublie / Après une ou deux trois nuits / Pourtant faut bien que je me souvienne / Pour que les idées surviennent / Et ainsi font / Les idées oh / Dans le lavabo / Un vrai typhon".

    C’est ça, Magali Michaut : la physique au service des émotions et de la poésie, tant nous faisons partie d’un univers qui nous dépasse ("Je suis partie / Partie d’un tout / D’un tout petit / Et puis c’est tout", Je suis partie) ! Voilà qui rend cette chanteuse si singulière qui lui fait Prendre de la hauteur : "Prendre de la distance / Pour savourer sa chance / Le moral se regonfle d'une vision nouvelle / Le ciel est dégagé, les idées ont des ailes / Ma plume se fait légère, elle n'est plus prisonnière / Des attentes permanentes, des angoisses passagères."

    Magali Michaut, Prendre de la hauteur, 2026
    https://www.magalimichaut.com
    https://www.instagram.com/magalimichaut
    https://www.facebook.com/MagaliMichautMusic
    https://emmalaclown.com

    Voir aussi : "Magali Michaut sort de sa bulle"

  • Entre Brel, Tachan et... Zola

    Focus sur un premier album, venu d’un artiste qui n’est pas tout à fait un inconnu. Claude Sabatier, écrivain et spécialiste de Zola, s’essaye à la chanson. Le résultat est ce premier album, Arbres de vie. Citons aussi, pour être juste, sa complice Michèle Garance, omniprésente dans ce projet musical.

    Leur opus est le résultat d’un travail d’écriture, de composition et d’interprétation sur les pas de ses brillants aînés – Brel (dont il est question dans le titre-hommage Quand tu chantes, Brel), Ferré, Brassens, mais aussi Tachan que Claude Sabatier a bien connu personnellement (ils était son petit-cousin), au point d’en avoir fait une biographie de référence (éd. Arthemus, 2002). Rien d’étonnant d'y trouver deux reprises d’Henri Tachan, disparu en 2023. Claude Sabatier a choisi de reprendre Laurel et Hardy et L’amour et l’amitié.

    L’auditeur ou l’auditrice retrouvera dans cet opus un univers familier. Le piano-voix domine d’une bonne tête les 17 titres qui racontent les humeurs (Promesses, Malgré, Je ne vis que d’émotions), les souvenirs (Quand on s’est retrouvés, Marco, Petite fille, Au cœur des maisons), les coups de cœur mais aussi les coups de gueule de Claude Sabatier. Un opus plein de vie, donc, à l’image du morceau qui ouvre l’album, Encore. Le mot est décliné avec finesse pour parler des élans, des envies mais aussi des "caprices".

    Coups de cœur et coups de gueule

    Saluons le titre Soixante ans, sans doute l’un des meilleurs de l’album, dans lequel l’auteur et interprète se tourne vers son passé et constate le temps qui a passé : "Paraît que j’ai eu 20 ans / C’était l’âge éblouissant / C’était l’âge tonitruant...").

    Le morceau Arbres de vie, qui donne son nom à l’opus, est interprété par Manon Corbière. Cette chanson à la première personne, à l’écriture fine et efficace, donne la parole à un arbre, bienfaiteur et véritable âme pour la vie et la musique.

    On parlait de coups de gueule. Il en est question dans Ma vie thématique, dénonciation de ces vies virtuelles, tout juste bonnes pour finir "à la poubelle !" Dans Trop souvent je mens, Claude Sabatier parle également du mensonge, en forme de confession mais aussi d’accusation : "Car très souvent je mens / La société l’attend"). Pour Les nouveaux fachos, Claude Sabatier se fait accusateur et engagé. Quand je vous disais que l’artiste est un spécialiste et admirateur de Zola…

    Un album généreux qui sent bon l’amour de la chanson française mais aussi la main tendue vers l’autre, à l’image de Jules et Jean : "Jean qui croyait en Dieu, / Jules qui n’y croyait pas. / Comme on dit qui vivra verra / Ne prenons pas la mort au sérieux !"

    Du très bel ouvrage. L’album est disponible auprès de l’auteur. Rendez-vous sur sa page Facebook.

    Claude Sabatier, Arbres de vie, 2026
    https://www.utl-montargis.fr/blog/cd-arbres-de-vie-224.html
    https://www.facebook.com/claude.sabatier.54
    https://www.cramesdelabobine.org/spip.php?article5233

    Voir aussi : "Zola au cœur de la Commune"

  • Au cœur de l’Europe

    L’enchantement dont il est question nous vient du hautboïste Philippe Tondre et de la pianiste Danae Dörken. Dans un enregistrement de Klarthe, le duo nous propose un programme venu de compositeurs de l’Europe de l’Est. Voilà pour l’explication du titre.

    Les deux noms les plus connus sont le Hongrois Antal Doráti (1906-1988) et le Tchèque Bohuslav Martinů (1890-1959). Philippe Tondre présente ainsi cet album : "Avec Eastern Enchantment, j'achève une trilogie discographique qui m'a conduit à travers les grandes traditions musicales allemande et française, et qui me mène aujourd'hui au cœur du répertoire slave et hongrois. Cet album n'est pas une simple continuité, c'est une déclaration de passion, d'intensité et de cette profondeur saisissante qui caractérise la musique de cette région."

    De Dorati, on retient surtout sa carrière de chef d’orchestre. Pour autant, il a aussi composé, des œuvres qui sont par ailleurs de plus en plus jouées. Parmi ces pièces, il y a ce Duo Concertante pour hautbois et piano, assez tardif dans sa carrière (1983).

    Philippe Tondre et Danae Dörken prennent à bras le corps cette pièce de musique de chambre plongeant dans l’âme slave. Cette expression un peu bateau illustre en tout cas la densité, les excès, la passion et les hauts et bas des deux mouvements. Les rythmes alternent, se répondent, faisant appel tour à tour à la déclaration amoureuse, aux tourments intérieurs, à l’apaisement ou à la nostalgie. Au hautbois intense et expressif du franco-britannique Philippe Tondre vient répondre le piano joueur et complice de sa pianiste germano-grecque Danae Dörken. Le Molto Vivace a je ne sais quoi d’oriental dans ses accents, des accents même rieurs par moment. Le hautbois donne à ce morceau contemporain une immédiate sympathie, en particulier dans la partie lente. Le folklore et le moderne se répondent dans une belle symbiose.

    Découverte tragique

    Pavel Hass (1899-1944) est une vraie découverte. Une découverte en réalité tragique car ce compositeur tchèque et juif, élève de Leoš Janáček, a été déporté pendant la seconde guerre mondiale, puis déplacé dans le sinistre camp-ghetto de Theresienstadt, avant d’être assassiné dans une chambre à gaz d’Auschwitz en décembre 1941. Il avait 45 ans. Philippe Tondre et Danae Dörken proposent sa Suita pour hautbois et piano opus 17, composée entre 1939 et 1941. Des années sombres évidemment, comme le sont les trois mouvements Furioso, Con fuoco et Moderato. Les deux instrumentistes donnent à entendre un compositeur remarquable, relativement peu joué et poignant dans son expressivité. L’auditeur ou l’auditrice trouvera cependant un peu d’élan de vie, cette vie qui ne demande qu’à s’épanouir dans les ténèbres. Il faut toute la finesse et la subtilité de Philippe Tondre et Danae Dörken pour apporter de la couleur et de la lumière dans cette pièce comme hors du monde (Moderato).

    Autre découverte, autre Tchèque, le compositeur Klement Slavický (1910-1999). On peut remercier Philippe Tondre et Danae Dörken de nous proposer sa Suita pour Hautbois et Piano. Composée entre 1956 et 1960, elle illustre le chemin artistique d’un musicien s’emparant du folklore de son pays pour le faire entrer dans la modernité. Il y a cette Pastorale mystérieuse dans laquelle semblent planer des ombres bienfaisantes. Il y a ensuite ce Scherzo, rythmé et dansant, à la fois diabolique et entêtant. Il y a aussi ce mouvement Triste (Molto Tranquillo), servi par le hautbois dont Philippe Tondre tire mille couleurs, des plus pures aux plus inquiétantes. Saluons aussi la pianiste Danae Dörken capable d’accompagner sans s’effacer, d’imposer sans écraser et de faire surgir des accents inédits au détour d’une mesure, d’une note. La Suita de Slavický se termine avec une singulière Bacchanale Rustico. Enlevée, pour ne pas dire échevelée, elle offre à l’auditeur ou l’auditrice une page lumineuse et joyeuse. Cela sonne comme une fête païenne et slave, nourrie par le folklore morave cher au cœur au compositeur tchèque.

    L’enregistrement se termine avec le Quatuor pour hautbois, violon, violoncelle et piano H. 315 de Bohuslav Martinů. L’influence du compositeur tchèque a été considérable. Influencé par la musique française du XXe siècle – Ravel, Dukas mais aussi Debussy – il a su faire son chemin grâce à l’apport du folklore de son pays. L’harmonie est là, à l’exemple de ce quatuor que proposent Philippe Tondre et Danae Dörken, accompagnés par la violoniste Sarah Christian et le violoncelliste Maximilian Horning. Martinů est un compositeur très apprécié dans le milieu classique et contemporain. On le comprend aisément à l’écoute de cette pièce de musique de chambre écrite en 1947. Un enchantement venu, là encore, du l’est de l’Europe. 

    Eastern Enchantment, Philippe Tondre (hautbois), Danae Dörken (piano),
    Sarah Christian (violon) et Maximilian Horning (violoncelle), Klarthe, 2026

    https://www.klarthe.com/index.php/fr/eastern-enchantment-detail
    https://www.philippetondre.com
    https://danae-doerken.com

    Voir aussi : "À la recherche de Philippe Malhaire"

  • Sur de bons rails

    Les deux compositeurs à l’honneur dans le dernier album du Quatuor Zaïde chez NoMadMusic sont Steve Reich (né en 1936) et son cadet Bryce Dessner, né quarante ans plus tard. Deux générations différentes donc, deux Américains aussi, et qui partagent un ADN commun.

    Le Quatuor Zaïde, à savoir les violonistes Charlotte Maclet et Leslie Boulin Raulet, l’altiste Céline Tison et la violoncelliste Juliette Salmona s’attaquent d’abord au chef d’œuvre de Reich, Different Trains. Sorti en 1988, son succès a été immédiat, autant auprès de la critique que du public. Le maître de la musique répétitive américaine dépoussiérait un milieu avec l’art de mêler audace et accessibilité au grand public. Steve Reich entendait renouer avec l’harmonie en la poussant dans ses derniers retranchements, grâce à des boucles musicales que les artistes électroniques ne cessent aujourd’hui d’utiliser.

    Different Trains puise également ses références dans le répertoire classique. Une pièce en trois mouvements sobrement intitulées America - Before the War, Europe - During the War et After the War. Comme le livret de l’album de NoMadMusic le rapporte, le compositeur contemporain, de confession juive, interroge son identité, le hasard de sa naissance (que serait-il devenu, lui, l’enfant juive né en 1936, s’il était né en Europe ?) et sa relation personnelle avec les trains. Le petit New-Yorkais a en effet beaucoup voyagé en train du domicile paternel au domicile maternel, et inversement, après le divorce de ses parents.

    Une version tendue, extraordinairement moderne, en dépit de son âge

    Different Trains est une œuvre inoubliable et bouleversante que l’on découvre ou redécouvre grâce au Quatuor Zaïde. Des voix enregistrées, celles de survivants et survivantes de la Shoah, croisent les cordes mais aussi des sifflements de train. Cela donne une version tendue, extraordinairement moderne, en dépit de son âge – presque quarante ans.

    La présence de Bryce Dessner est une évidence, tant lui et Reich semblent appartenir à la même famille. Mais qui est, au juste Dessner ? Surprise : ce musicien est l’un des principaux membres du groupe de rock The National. Il est également compositeur de plusieurs BO (The Revenant, Les Deux Papes ou Train Dreams).  Voilà qui prouve qu’aux États-Unis, les compositeurs classiques et contemporains n’ont pas peur des passerelles avec d’autres genres musicaux. Et ça, Bla Bla Blog valide à 200 % ! Bryce Dessner a composé en 2021 le ballet Impermanence. Le Quatuor Zaïde a choisi de proposer Pulsing, tiré de cette œuvre de 2021, inspirée de l’incendie de Notre-Dame de Paris.

    Dans Pulsing, le compositeur nord-américain fait se rencontrer les boucles mélodiques répétitives "reichiennes" et l’influence folk et pop, à travers cette musique de chambre qui fait de l’urgence et de la tension les moteurs principaux. On ne pourra que saluer la grande technicité, l’énergie et la symbiose des quatre musiciennes pour cette interprétation majeure. À ne pas rater !

    Quatuor Zaïde, Reich, Different Trains & Dessner, Pulsing, NoMadMusic, 2026
    https://www.nomadmusic.fr/fr/album/reich-%C2%B7-dessner
    https://www.quatuorzaide.com/fr
    https://www.facebook.com/quatuor.zaide
    https://stevereich.com
    https://brycedessner.com

    Voir aussi : "Monographie à plusieurs"
    "Élise Bertrand : 'Il ne faut pas cesser d’être curieux’"

  • Takata takata, voilà les Dassin

    Voilà un album qui sent bon et la nostalgie, et l’hommage. Il est aussi une invite à ne pas oublier Jo Dassin, l’un des artistes les plus populaires de la scène française, disparu trop tôt en 1980, à l’âge de 41 ans. C’est Julien Dassin, son fils, qui prend le micro pour reprendre les grands tubes de son père.

    L'Amérique Live USA est la captation de lives lors lors de la dernière tournée de Julien Dassin aux États-Unis, entre New-York, Miami, Los Angeles, Chicago, Seattle et San Francisco. "C’était plus qu’un concert... c’était une rencontre entre deux générations et deux continents" a expliqué le chanteur, dont l’émotion est palpable lors de ces revisites forcément singulières.

    L’auditeur ou l’auditrice retrouvera les grands tubes de Jo Dassin, que ce soit L’Amérique – bien sûr –, Les Champs-Élysées, Salut les amoureux ou L’été indien. Ajoutons à ce sujet que le regretté artiste franco-américain n’a jamais été oublié, si l’on pense au titre Dans les yeux d’Émilie résonnant jusque dans des stades, plus de quarante ans après sa disparition.

    Pas de trahison chez Julien Dassin mais l’envie de retrouver la source de ces chefs-d’œuvre : l’acoustique, une voix simple et, parfois, des lectures légèrement différentes, à l’exemple de Salut les amoureux, aussi mélancolique que l’original mais sans cette fausse légèreté propre à Jo Dassin.

    Des chansons qui auraient pu paraître des bluettes sans aspérité sont devenus des classiques incontournables

    Ce qu’apporte Julien Dassin c’est une redécouverte incroyable de succès passés à la postérité. Il y a une magie certaine : comment des chansons qui auraient pu paraître des bluettes sans aspérité sont devenus des classiques incontournables (Le pain au chocolat, Et si tu n’existais pas) ?

    On peut saluer la fidélité de Julien Dassin au répertoire de Jo Dassin, jusqu’à l’intonation de certains passages (À toi). Pour L’Été indien, le chanteur assume le talk-over ("Tu sais, je n'ai jamais été aussi heureux que ce matin-là / Nous marchions sur une plage un peu comme celle-ci / C'était l'automne, un automne où il faisait beau / Une saison qui n'existe que dans le Nord de l'Amérique"), avec sa propre personnalité, celui d’un homme de 2026, en gardant l’esprit du tube de 1975 – mais aussi son orchestration.

    Cet enregistrement public est bienvenu, tant le répertoire de Jo Dassin est un hymne aux autres, à l’humanité et bien sûr à l’amour (Il était une fois nous deux). L’amour, justement, est chanté avec joie et légèreté (Et si tu n’existais pas) et même les séparations ne sont pas si graves que cela (Ça va pas changer le monde).

    Après le cinéaste Jules Dassin (on l’oublie souvent), le chanteur Jo, donc, voici Julien Dassin, le représentant de la troisième génération d’une dynastie, bien loin d’être tarie. Chic.

    Julien Dassin, L'Amérique Live USA, FGL Productions, 2026
    https://juliendassinofficiel.com
    https://www.facebook.com/JulienDassinStory
    https://www.instagram.com/juliendassin

    Voir aussi : "Glamour western"

  • Chants d’amour, chants mystiques

    Alex Nante est au centre de l’album Souffles I – Anima (b.records) proposé par l’Ensemble Écoute dirigé par Fernando Palomeque, avec l’incroyable et envoûtante soprano Clara Barbier-Serrano.

    C’est du reste le mot "envoûtant" qui caractérise le mieux cet opus enregistré en juillet 2025 à la Fondation Singer-Polignac. Pour les 10 ans de l’ensemble Écoute, le compositeur Alex Nante a été mis à l’honneur. À cette occasion, l’auditeur ou l’auditrice fera très certainement la rencontre de ce compositeur argentin né en 1992.

    La première œuvre de l’album, Anima, a été créée l’an dernier à l’occasion de ce live. La première partie, Ave Shakti. s’ouvre sur un chant lumineux, amoureux et presque religieux dans son essence. Il est porté, comme d’ailleurs les autres mouvements, par la voix cristalline de Clara Barbier-Serrano. L’Ave est suivi par le court et mystérieux Parvati, me entrego. Anima se dévoile comme une œuvre méditative (Interludio místico - Corazón del silencio) mais non sans moments plus sombres (La realidad de Maya). L’opus d’Alex Nante séduit par sa profondeur mais aussi sa gravité (La luz de Sophia). L’ensemble dirigé par Fernando Palomeque interprète sans ostentation les huit parties courtes (la plus longue ne dépasse pas les trois minutes trente). Les chants écrits par Alex Nante pour une femme désirée, Pavarti, sont des chants d’amour et mystiques (Pavarti libérame) prenant la forme de prières et d’invites à l’élévation de l’esprit (Anima eterna, Pavari, brillas).

    Alex Nante démontre ici son envergure de compositeur

    La deuxième pièce date de 2019. Las Noches de las Piedras – "Les noces de pierres" – est une courte pièce en quatre mouvements pour flûte, clarinette, piano, violon, violoncelle et vibraphone. Une vraie musique de chambre donc, au service de chants funèbres. Il semble que les fantômes planent au-dessus de cette œuvre onirique (Lulinoso, potente). Elle se fait carrément inquiétante dans le mouvement Come un sogno, rubato, irregolare, avant le tout aussi étrange Flessibile, poco rapsodico.

    En 2020, le compositeur argentin écrivait ses Huit Scènes (Ocho Escenas). Huit pièces donc, de durée variable, de quelques dizaines de secondes à plus de six minutes). L’Ensemble Écoute propose de la découvrir ou redécouvrir dans cet enregistrement live. Alex Nante démontre ici son envergure de compositeur capable d’éclats lumineux et musicaux (Luminoso, flessibile), mais aussi de moments recueillis (Devoto), de pages sombres (le long et pathétique Austero, profondo), de jouer des rythmes (Energico, vigoroso), y compris des rythmes anciens, telle cette gigue géniale (Giga mistica). L’auditeur ou l’auditrice sera tout autant fasciné par le mouvement poignant Austero, come un canto degli antenati, dans lequel l’ensemble dirigé par Fernando Palomeque impose les silences, les pauses et les suspensions. La partie Sognando, poco rubato est tout aussi recueillie et inondée de mystère. La "scène" Quasi patetico, teatrale termine cette pièce passionnante en lorgnant du côté de la Seconde École de Vienne, avec expressionnisme et, justement, théâtralité. Un pied dans le XXe siècle, un autre dans le XXIe siècle, donc.

    La quatrième œuvre d’Alex Nante, A Subtele Chain, est particulièrement importante pour le compositeur. Écrite en 2023, elle a été révisée en 2025. On est heureux de revoir Clara Barbier-Serrano dans les quatre mouvements, Brahma, Music I, Nature, Music II et l’onirique Hymn/The Bell. La soprano sert avec brillance l’univers magique du compositeur argentin. Sa voix plane avec un tel bonheur qu’elle semble irréelle. Alex Nante peut se targuer d’avoir été servi par des interprètes brillants. Lumineux et indispensable.

    L’album de b•records est illustré par l’artiste Sophie Eun Sun Huh.

    Alex Nante, Souffles I – Anima, Ensemble Écoute dirigé par Fernando Palomeque,
    avec Clara Barbier-Serrano (soprano),  b•records, 2026
    https://www.b-records.fr/disques/souffles-i---anima
    https://www.instagram.com/p/DUslklzE5BF
    https://alexnante.com/fr
    https://www.facebook.com/ensemblecoute
    https://clarabarbierserrano.com

    Voir aussi : "Trip en Écosse"
    "Élise Bertrand, de l’ombre à la lumière"
    "20, 21"

  • Glamour western

    Gros coup de cœur pour cet album de Margaux Simone, avant même d’écouter la première note de son opus Avant que la nuit. La faute aussi au visuel sixties. Margaux Simone n’est pas une inconnue pour Bla Bla Blog. Nous avions parlé il y a quelques années de cette jeune chanteuse, à l’occasion de la sortie de son single Âge d'or moderne.

    Mmh, il y aurait donc chez cette artiste une nostalgie assumée pour, c’est vrai, un âge d’or musical durant les années 60 et 70 ? C’est ce que l’on se dit à l’écoute du premier titre, Ah l’amour ! Ah l’amour ! Nous renvoyant à un de ces westerns de Sergio Leone. L’amour est une vraie aventure, nous dit en substance la chanteuse, ("Ah l’amour ! Ah l’amour ! / Tout le monde ne parle que de ça / Partout, ça fait un tabac") et même quelque chose d'universel, traité ici avec humour et légèreté.

    Plus intimiste, toujours dans une pop easy-listening, Margaux Simone s’interroge, dans Parlez-moi de vous, sur le besoin de partir avec l’autre en laissant les siens, son pays et son passé ("Pourquoi nous faut-il partir si loin / Pour revenir parmi les siens / Préférer le port au grand large"). "Parlez-moi de vous d’avant" demande-t-elle à celui qu’elle a suivi.

    Derrière cette apparente légèreté, une sourde et lourde tristesse étreinte l’artiste. Il y a Drôles d’oiseaux, lorsqu’elle constate que "les amis sont cruels quelques fois sans raisons". Dans le morceau Pleurer les filles, un titre cette fois à la pop actuelle, Margaux Simone, à l'instar de Marie Laforêt, s’interroge sur la douleur et sur l’amour. Sujet éternel là encore : "Qu’est ce qui fait pleurer les filles ? / Et si c’était la même chose / Qui faisait faner les roses / Si souvent sonner les fusils ?"

    Pop easy-listening

    Le titre folk Les plus beaux jours de ma vie donne un peu plus de couleur et de lumière à un opus qui, certes n’en manque pas. Oui, tout est éphémère, chante l’artiste ("Je n’ai plus vingt ans et le temps passe vite"), mais quelques instants de bonheur sont à savourer "avant que la nuit ne tombe".  Margaux Simone aime la vie, qu’on se le dise (La vie, je t’attends). Retour de plain-pied  dans les sixties avec un titre hommage à Marylin Monroe (Qui a tué Norman Jean) dans un blues-rock paré d’électro, comme pour signifier que l’actrice reste décidément moderne : "Comme je la regarde / Depuis toute petite / En moi je la garde / Comme une pépite".

    Avec Lolita Express, la chanteuse fait le choix d’un titre pop-rock noctambule, sombre et désenchanté : "Mes larmes sont salées / Les hommes m’ont salie / Mes bas sont filés / Et je frôle la folie / De toute façon on m’en a déjà trop dit / Déjà trop fait / J’en ai déjà trop vu".

    L’opus se termine par l’adaptation d’un standard, Mr. Bojangles, immortalisé à son époque par Nina Simone et que Margaux Simone reprend avec délicatesse et poésie, tout en gardant l’infinie tristesse de ce titre sachant si bien allier la douleur, la mort, la vie et la danse.

    Bien joué, Margaux. 

    Margaux Simone & The Guardians, Avant que la nuit, Jolly Roger, 2026
    https://www.facebook.com/margauxsimone/?locale=fr_FR
    https://www.instagram.com/margaux_simone/?hl=fr
    https://link.soundbirth.app/margauxsimone_dedrolesdoiseaux

    Voir aussi : "Margaux Simone et le nouveau monde"

  • Lightmotive motivés par l’été

    Focus sur un titre électro-pop. Lorsque l’été pointe le bout de son nez, Bla Bla Blog aime lorgner du côté de ce genre musical.

    Le duo français Lightmotive propose en ce moment son nouveau single Ooh Aah. Les vagues de synthé, la rythmique, les guitares et la voix nous ramènent quelque part vers les années 2000.

    Insouciance, danse et légèreté. C’est ce qu’il nous fallait. Motivés !

    Lightmotive, Ooh Aah, 2026
    https://www.instagram.com/lightmotive.music/reels

    https://linktr.ee/thisislightmotive

    Voir aussi : "Fatbabs, entre Bretagne et Caraïbes"