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Partons du côté du Royaume-Uni à la découverte d’une série en six épisodes de moins de quarante minutes, datant de 2019, déjà, et proposée par Arte. ,
Pure propose de suivre Marnie. Dans le premier épisode, l’étudiante sans job et sans le sou quitte le domicile parental pour rejoindre Londres. Envie d’indépendance et de voler de ses propres ailes ? Oui mais pas que.
Marnie a en effet un secret qu’elle dévoile très vite au spectateur grâce à la voix off. Elle est malade, atteinte d’un TOC peu commun et qui pourrait faire sourire : le "Pure O". D’où le titre de la série. De quoi s’agit-il ? Ce syndrome occasionne chez le patient qui en est atteint des pensées et des images sexuelles à tout moment de la journée.
Un TOC peu commun et qui pourrait faire sourire
Tout au long de la série, la jeune femme doit affronter ces parasites mentaux. Les créateurs ont réussi l’exploit de montrer le handicap de ces troubles, sans jamais tomber dans le vulgaire. Un exploit.
La série est à découvrir pour son immersion dans la jeunesse anglaise : la galère du travail et des petits jobs, les fêtes, les interrogations sur l’intégration sociale, le besoin d’autonomie, sans oublier la recherche de l’amour. Et, de ce point de vue, les ami.e.s de Marnie, que ce soit Charlie, Shereen ou Amber ne sont pas moins handicapés que notre Marnie, paumée dans une ville où elle trouvera malgré tout une autre famille.
Pure, série anglaise de Kirstie Swain, réalisée par Aneil Karia et Alicia Macdonald, avec Charly Clive, Joe Cole, Kiran Sonia Sawar, Niamh Algar, Anthony Welsh et Doon Mackichan, 2019, Arte https://www.arte.tv/fr/videos/RC-022411/pure
En début d’année, les fans de Game of Thrones ont eu la jolie surprise de voir arriver sur HBO un nouvel avatar de cet univers, bien éloigné du Trône de fer d’origine puis de la série House of the Dragon, autour de la famille des Targaryen.
A Knight of the Seven Kingdoms s’éloigne de ces déclinaisons en campant l’histoire un siècle avant les aventures des Lannister et autres Starck. Et c’est justement là que le spectateur ou la spectatrice risquent d’être désarçonnés – sans jeu de mot. Pas de lutte de pouvoir, pas de bataille épique, pas de dragon, mais un simple chevalier, endeuillé par la mort de son maître, un chevalier pauvre comme lui, et qui cherche à participer à un tournoi. Il croise sur sa route un enfant surnommé L’Oeuf.
Voilà nos deux compères navigant dans un camp boueux et mal famé, médiéval à souhait, avec ce qu’il faut de manants paumés, de nobles insupportables, de prostituées blasées et de chevaliers se croyant plus forts qu’ils ne le sont.
Les fans de GOT seront sans doute déconcertés par cette aventure du bien mal nommé Ser Duncan le Grand qui va devoir se faire sa place au soleil.
Manants paumés, nobles insupportables, prostituées véhémentes et chevaliers se croyant plus forts qu’ils ne le sont
Chevalier solitaire sur son destrier – qu’il est d’ailleurs obligé de mettre au clou pour des raisons financières –, celui qui se voit déjà promis aux plus grands exploits et aux prestigieuses batailles va devoir se faire une place, aidé par celui qui devient son écuyer. Le personnage d’Egg (L’Oeuf) est une savoureuse invention, avec le jeune Dexter Sol Ansell qui prouve qu’on risque de parler de lui encore quelques années.
L’esprit du Trône de Fer est intact, mais les créateurs ont choisi de plus miser sur les personnages, les dialogues et l’ambiance que sur les scènes d’action – à l’exception du tournoi, finalement assez court.
A Knight of the Seven Kingdoms est une cocréation de George R.R. Martin, auteur de la saga culte de Game of Thrones. C’est dire que cette nouvelle déclinaison qui nous transporte au pays de Westeros n’est pas à prendre à la légère. Il se dit même que plusieurs saisons sont en préparation, ce qui n’est pas surprenant si l’on pense à la fin ouverte de ces six premiers épisodes. On a déjà hâte d’en savoir plus.
Derrière la série Culte se cache un concept de saga se plongeant et interrogeant des phénomènes de la culture pop contemporaine. La première saison s’intéresse à une révélation télévisuelle née en 2001 : le lancement de la première émission de télé-réalité, Loft Story. Pourquoi et comment est né ce concept toujours très controversé que l’on a qualifié de "télé poubelle" ?
Il est encore temps de découvrir sur Amazon la première saison de Culte (la deuxième aura pour thème le groupe 2B3, l'un des premiers boys bands des années 90). Sorti en 2024, cette histoire immersive – comme du reste le show qu’elle dépeint – a été saluée par la critique comme l’une des créations télé les plus originales. Et le public a suivi.
Il est vrai que les créateurs, Matthieu Rumani et Nicolas Slomka, nous vont revivre le début de ces années 2000, si proches et pourtant si lointaines. La télé de papa était encore bien installée, les réseaux sociaux n’existaient pas, les portables étaient des appareils basiques et encore discrets et "l’exception culturelle française" était dans tous les esprits.
Phénomène de société
C’est durant ces années finalement insouciantes que les producteurs de Philippe Palazzo Productions achètent le concept néerlandais dénommé Big Brother. Le principe ? Enfermer une dizaine de candidats dans une maison et les filmer 24 heures sur 24. Provocateur, inédit, ce qui est considéré comme du voyeurisme est transformé par Isabelle de Rochechouart, conceptrice aux dents qui rayent le parquet, en émission de rencontres. Il reste à trouver les candidats et candidates. Bientôt, une jeune femme, Loana, venue de Nice, s’impose grâce à son physique et son caractère. Mais c'est aussi une personnalité gênante. L’émission va-t-elle pouvoir aller jusqu’à son dénouement ? Loft Story devient un phénomène de société explosif.
Même si la première saison de Culte défend son caractère fictionnel, elle rend réaliste et crédible le phénomène Loft Story. Si les noms sont déguisés, les protagonistes avancent à peine masqués : la formidable Anaïde Rozam est Isabelle de Rochechouart, aka Alexia Laroche-Joubert, Philippe Lefebvre est Nicolas de Tavernost, quant à Patrick Le Lay, il devient l’insupportable Michel Drezen, le Président de TF1. Le nom de l’émission de télé-réalité n’a pas changé, pas plus que les prénoms des candidats et candidates (Loana, bien sûr - formidable Marie Colomb ! -, mais aussi Jean-Edouard, Christophe ou Steevie). Le résultat ? Une plongée dans ce nouveau concept qui a changé pour toujours l’histoire de la télé. Passionnant et bluffant !
Culte, série dramatique française de Matthieu Rumani et Nicolas Slomka, avec Anaïde Rozam, César Domboy, Sami Outalbali, Nicolas Briançon, Marie Colomb, Jacqueline Corado, David Marsais, Philippe Lefebvre et Éric Naggar, 2024, 1 saison, Amazon Prime https://www.primevideo.com/-/fr/detail/Culte
Vous allez me dire : "Une série de 2020, six ans déjà !" On est d’accord pour regretter que Cry Wolf, création venue du Danemark, vient tardivement chez nous. Au passage, merci à Arte de nous la proposer. Mieux vaut tard que jamais pour découvrir cette série poignante, mais aussi déroutante, qui prend son temps et qui reste très actuelle.
Dans une petite ville danoise, Holly, 14 ans, se plaint des violences de son père. Aussitôt, les services sociaux s’intéressent à son cas et la place, ainsi que son petit frère, auprès d’une famille d’accueil. Les parents, eux, ne comprennent pas. Ou font semblant de ne pas comprendre ? Lars, un éducateur obstiné, s’intéresse à ce dossier. Et si Holly ne mentait pas ?
L’enfance maltraitée est de plus en plus sujette à des romans, essais, films et, ici en particulier, à des séries. Ce qui fait la singularité de cette création danoise est sa facture non-sensationnaliste.
On saluera les performances de ces autres acteurs et actrices
Maja Jul Larsen décortique avec patience ce qui est, au départ, une suspicion démarrant par les accusations d’une adolescente froide et paumée, dans une famille recomposée. Patiemment, sur huit épisodes, le spectateur ou la spectatrice suit Bars, opiniâtre et bourru fonctionnaire (médaille pour Bjarne Henriksen dans ce rôle inoubliable), persuadé qu’un secret de famille existe chez ce couple en dehors de tout soupçon.
On saluera les performances de ces autres acteurs et actrices, que ce soit Flora Ofelia Hofmann Lindahl, une vraie découverte pour son interprétation d’Holly ou Christine Albeck Børge, impeccable dans le rôle de Dea, la mère de Holly, tour à tour mystérieuse, aimante, dépassée et bouleversante.
Une dernière raison pour voir Cry Wolf ? La moisson de prix obtenus à sa sortie. Voilà qui devrait finir de vous convaincre.
Cry Wolf, série policière danoise, de Maja Jul Larsen, avec Bjarne Henriksen, Flora Ofelia Hofman Lindahl, Christine Albeck Børge, 8 épisodes, Arte https://www.arte.tv/fr/videos/RC-022923/cry-wolf
Parmi les grandes stars internationales de la musique classique, figurent en très bonne place Lang Lang mais aussi Yuja Wang, tous deux nés en Chine. On ne va pas se le cacher, la pianiste joue de son physique et de tenues savamment choisies pour dépoussiérer le classique et le rendre plus sexy. Et pourquoi pas ?
Yuja Wang est en effet à la fois au clavier et à la direction dans un programme XXe siècle. Elle y montre toute sa virtuosité dans l’œuvre phare de ce programme, à savoir la Rhapsody in Blue de George Gershiwn. Écrite au départ pour piano par le compositeur américain, elle a été adaptée pour orchestre par Ferde Grofé. Yuja Wang y excelle au piano grâce à son jeu virtuose. La rythmique de la Rhapsody in Blue n’est pas en reste. La musicienne et cheffe d’orchestre hypnotise dans cette œuvre majestueuse et envoûtante.
Son jeu à la fois virtuose et lascif
Le Musikverein de Vienne propose un morceau moins connu de ce côté-ci de l’Atlantique mais qui figure parmi les grandes œuvres du répertoire classique mexicain. Il s’agit de la Danzón n° 2 d’Arturo Márquez. Commandée et écrite en 1994 par le compositeur mexicain, elle s’appuie sur le danzón, une danse typique de son pays. Impossible de ne pas être envoûté par cette pièce. Yuja Wang la déploie avec une singulière simplicité. On ne peut que la remercier de nous faire découvrir cette deuxième des huit Danzones d’Arturo Márquez.
Dernière pièce de ce programme public, le Concerto pour piano et instruments à vent d’Igor Stravinsky. Yuja Wang met toute sa précision et son intelligence dans cette œuvre dense à la rythmique et à l’orchestration singulières. Elle fut qualifiée à juste titre de révolutionnaire lors de sa création en public.
L’oratorio de Bach, conçu comme un ballet contemporain osé, intelligent et faisant la part belle au symbolisme, commence par cette incroyable scène de 11 danseurs et danseuses nues cousant leur propre vêtement – leur linceul, avons-nous envie de préciser – dans un silence monacal, si l’on excepte celui des machines à coudre.
Et ce n’est que le début d’un spectacle total où la danse, les jeux exigeants des artistes et la mise en scène inventive et audacieuse de Sasha Waltz ne font que servir une œuvre à la fois profane et sacrée – elle s’appuie sur les Évangiles mais n’était pas destinée au culte. À la direction musicale, Leonardo García Alarcón et son orchestre sont parties prenantes, dans tous les sens du terme, de cette version vitaminée de la Passion de Jean. Que l’on pense au "Von den Stricken meiner Sünden", interprété par un formidable Benno Schachtner ou à la lumineuse interprétation du "Ich folge dir gleichfalls" par Sophie Junker.
Des idées de mise en scène qui feront date
Œuvre baroque, il fallait bien un spectacle baroque pour donner à ce chef d’œuvre créé en 1724 une nouvelle lecture. Sasha Waltz avait déjà proposé sa mise en scène à Liepzig, à l’occasion des 300 ans de cet opus intemporel.
Il est évident que beaucoup hurleront au choix artistique d’un décor dénudé et d’acteurs et actrices qui ne le sont souvent pas moins. Que l’on adhère ou non, on ne pourra qu’applaudir aux idées de mise en scène qui feront date : la fameuse scène des machines à coudre (Ouverture), les bâtons symbolisant des instruments de supplice ("Christus, der uns selig macht"), les cadres figurant les croix ("Betrachte, meine Seel, mit ängstlichem Vergnügen") et en général les performances des danseurs et danseuses lorsque les corps s’unissent, s’affrontent, se rejettent et emplissent l’espace. Le but de la chorégraphe ? Proposer une lecture moins sacrée qu’humaine. Le personnage de Jésus prend une figure symbolique et interchangeable, tantôt homme, tantôt femme – voire couple enlacé (le "Mein teurer Heiland, laß dich fragen" dans l’Acte IV). Sasha Waltz a volontairement choisi de faire de cette Passion une œuvre de notre époque, n’éludant pas un discours féministe, tout en parlant de souffrance, de sacrifice, de liberté et d’écrasement du faible par la force brutale – ici, politico-religieuse.
Véritable coup de maître, ce spectacle mérite d’être vu et revu pour saisir tous les détails de la mise en scène, comme pour apprécier la maîtrise des danseurs et danseuses. Rien n’est laissé au hasard dans ce chef d’œuvre de création contemporaine pour servir la musique indémodable de Jean-Sébastien Bach. Du grand art total, assurément.
La première saison de True Detective, il y a 11 ans de cela, déjà, était entrée dans l’histoire des séries, avec les géniaux Matthew McConaughey et Woody Harrelson en flics cyniques et butées face à des crimes aussi tordus et cruels que religieux et métaphysiques.
Il était difficile de faire mieux. D’ailleurs, les deux saisons suivantes n’avaient pas laissé de souvenirs impérissables. La saison 4, qui a débarqué il y a peu sur Max, pouvait inquiéter. Or, si elle n’a pas le lustre de la saison 1, elle réussit à en prendre le contre-pied, parfois avec maladresse mais souvent avec justesse. Ajoutez à cela un dernier épisode qui propose une conclusion étonnante et bien vue.
Après le climat moite de la première saison, la créatrice Issa López transporte de nouveaux détectives en plein Alaska, pendant une semaine de Noël à haut risque. Pour ne rien arranger à l’histoire, dans cette contrée arctique, la nuit polaire s’est abattue pour de longs mois. La police locale est chargée d’enquêter sur la mort de scientifiques d’une station de recherche, retrouvés nus et gelés. Liz Danvers et Evangeline Navarro sont chargés d’enquêter et font vite le lien avec la mort quelques années plus tôt d’Annie Kowtok, une militante de la tribu Iñupiat. Sa langue coupée est en effet trouvée sur la base polaire.
Mais qu’est-il arrivé à cette foutue langue ?
Pour cette saison, c’est Jodie Foster qui fait figure de star, dans un rôle peu enviable de policière tyrannique. À ses côtés, Kali Reis fait plus que tirer son épingle du jeu. C’est une vraie révélation, au point que le couple qu’elle forme avec Jodie Foster semble évident.
True Detective est de retour avec ses fondamentaux : des crimes sordides et mystérieux, des policiers aux sombres personnalités, une atmosphère lourde avec son lot de mysticisme. Et ici, un contexte très actuel mêlant enjeux climatiques et propos féministes. Que les deux flics soient des femmes est tout sauf un hasard.
La série prend son temps, campant des personnages paumés, dans un décor rarement vu au cinéma ou à la télé : celui d’une petite ville en Alaska, battue par le froid glacial et le blizzard. Avec cela, une nuit perpétuelle – si on excepte toutefois une singulière et courte scène où une lumière blafarde apparaît derrière l’agent Navarro. Une erreur ?
Les fans se sont interrogés sur la destinée de la langue coupée d’Annie. Sans faire de spoils, on pourra regretter des zones d’ombres – bon, il est vrai que nous sommes en pleine nuit polaire – et les informations laissées sous silence – la relation par Internet d’Hank Prior avec sa "fiancée" russe, le passé de Liz Danvers et l’ultime image de la série. Admettons. C’est plus problématique s’agissant d’un élément de l’enquête, qui a fait dire à de nombreux fans : "Mais qu’est-il arrivé à cette foutue langue ?"
Ceci étant dit, voilà une très bonne série, qui nous réconcilie quelque peu avec le projet True Detective. Une saison 5 est d’ailleurs déjà programmée. Cool.
True Detective : Night Country, série américaine de Issa López, avec Jodie Foster, Kali Reis, Fiona Shaw, Christopher Eccleston, Finn Bennett, John Hawkes et Isabella Star LaBlanc, HBO Max, 6 épisodes, 2025 https://www.hbomax.com/fr/fr/shows/true-detective
2025 marque le centenaire de la naissance de Pierre Boulez, décédé en 2016, il y a moins de 10 ans. Le documentaire Pierre Boulez - Le chemin vers l'inconnu, visible sur Arte propose de revenir sur ce géant de la musique, tour à tour décrié, acclamé, incompris ou admiré. C’est singulièrement d’Allemagne que nous vient ce document passionnant. Thomas von Steinaecker propose de parler de Pierre Boulez, le déchiffrer et expliquer son importance.
Qui est Pierre Boulez ? La question se pose d’emblée. Que de chemins parcourus entre ce jeune homme originaire de la Loire et ce personnage qui a fait se déplacer les foules lors de ses concerts et est devenu le personnage central de la musique du XXe et du début du XXIe siècle.
Révolutionnaire est le mot qui revient le premier en tête lorsque l’on évoque le compositeur. le pianiste Pierre-Laurent Aimard évoque à ce sujet une conversation entre le jeune Boulez et son maître Olivier Messiaen au sujet de la musique sclérosée d'après-guerre. D’emblée, Messiaen voit en Boulez celui qui va renverser la table et bousculer un art qui se remettait à peine des années 30 embourgeoisées et des années 40 de sinistre mémoire. L'intuitionn était la bonne. En quelques dizaines d’années, Boulez transforme la France musicale comme personne avant lui.
"Secret"
Le documentaire explique en quoi Boulez a dominé son époque comme peu d’artistes avant lui. La comparaison avec Mozart peu étonner. Or, si elle est critiquable c’est sans doute paradoxalement en raison de l’apport bien plus fondamental de Boulez à son époque, tant du point de vue stylistique que culturel.
Des grandes œuvres sont évoquées, à commencer par Le Marteau sans maître (1855), "une révolution" dit le chef d’orchestre François-Xavier Roth. Rythmes, finesse des sons (ce qui n’est a priori pas la première chose qu’un auditeur retiendrait à la première écoute), écriture précise sans cesse "remise sur le métier" (Notations, Pli selon pli) et surtout complexité d’interprétation pour les interprètes.
En 2025, l’œuvre de Boulez est entrée dans le patrimoine, avec respect et admiration mais aussi beaucoup d’incompréhension et de perplexité. Le documentaire nous fait entrer aussi au cœur d’une époque remuée par les révolutions, les expérimentations (l’apport de l’électronique via, notamment, l’Ircam) et le désir de changer le monde pour le meilleur – l’humanisme, la créativité, l’intelligence.
L’autre domaine dans lequel Boulez a excellé est dans l’orchestration. Après ses jeunes années de création contemporaine, il se révèle en chef d’orchestre incroyable, y compris dans le répertoire classique et romantique : précis, sensible, intelligent, révolutionnaire (La Tétralogie de Wagner mise en scène par Patrice Chéreau à Bayreuth, en 1976). Ses versions de Mahler (la 2e Symphonie notamment) font parfois dire que beaucoup préfèrent largement le conducteur d’orchestre au compositeur novateur.
Le documentaire de Thomas von Steinaecker aborde peu l’aspect privé de l’artiste. C’est un "homme secret" est-il dit. Le voile est cependant levé discrètement sur son ancien secrétaire particulier, Hans Messner, qui a sans doute été le soutien le plus important de la vie du musicien. On n'en saura pas plus et peu importe. L’œuvre de Boulez est si importante qu’il faut s’en contenter et c'est déjà énorme.