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  • Élise Bertrand : "Il ne faut pas cesser d’être curieux"

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    @ReneMayerCohen

    Bla Bla Blog avait parlé du dernier album d’Élise Bertrand, Talisman. Une nouvelle preuve du talent dingue de la compositrice et violoniste. Nous avons voulu la rencontrer et l’interroger. Voilà une occasion rare de mettre à l’honneur la musique contemporaine.

    Bla Bla Blog – Bonjour Élise. Vous faites partie des compositrices et des musiciennes très en vue. Comment décririez-vous votre parcours ? Et d’abord, la musique a-t-elle toujours été une évidence ?
    Élise Bertrand – À tout instant la musique a été une évidence, étant donné sa présence dans ma vie depuis toujours. Un piano à queue était installé à la maison, avec une famille qui avait instauré un climat musical et mélomane dans lequel j’ai baigné dès l’enfance. Mon apprentissage de la musique a commencé par le piano à 5 ans, puis le violon à 8 ans et enfin la composition, en autodidacte, par le biais de l’improvisation à 11 ans. Je ne me souviens pas d’avoir appris à lire et à écrire avant d’apprendre à lire la musique. C’est sûrement le cas, malgré tout, mais d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours joué et écouté de la musique, et c’est cela qui crée un vrai lien, intime avec cet art. Lorsque l’on est enfant, la notion de profession ne se situe évidemment pas au même niveau que lorsqu’on est jeune adulte, surtout dans une branche comme la musique. Je dirais que mon parcours s’est alors développé d’une façon très naturelle, et surtout, très diversifiée, par la pratique à la fois de deux instruments, mais aussi du chant, de la culture musicale etc… ce qui est une chance.
     
    BBB – Parmi vos professeurs, il y a eu Nicolas Bacri. Je crois qu’il a eu une grande importance dans votre carrière. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur lui. Que vous a-t-il apporté ?
    EB – J’ai rencontré Nicolas Bacri à l’âge de 14 ans, lorsque j’étais étudiante au CRR de Paris, en violon. Nous jouions en orchestre l’une de ses œuvres, et à la fin d’une des répétitions, je suis allée le voir simplement en expliquant que je composais depuis trois ans, toute seule, de mon côté. Il m’a prise très au sérieux malgré mon si jeune âge et m’a proposé de lui envoyer mes esquisses, ce que j’ai fait, sans pour autant m’attendre à une quelconque réponse de sa part. Mais moins d’un mois après, il m’avait répondu, intrigué et encourageant, en me proposant de travailler ensemble par sessions, lorsqu’il viendrait à Paris. C’est ce que nous avons fait pendant un peu moins de six ans. J’ai aussi été officiellement son élève au CRR de Paris où j’ai obtenu un DEM de composition musicale, avant d’entrer en cursus d’écriture supérieure au CNSM. Cette formation avec Nicolas a été un soutien très important. Je pouvais compter sur lui, son exigence, son intégrité, son soutien. Lorsque l’on a 14 ans, c’est très important. Il est l’un des premiers à avoir cru en moi, et cela aussi, donnait des ailes. Nous avons travaillé certaines fois très rapidement, certaines fois de manière beaucoup plus approfondie les pièces que je composais. Je lui montrais toutes mes pièces. La plupart du temps il ne proposait aucune modification, ou seulement de minimes détails. C’étaient en réalité la démarche de la forme et la pratique du contrepoint qui l’intéressaient davantage. Vers mes vingt ans, j’ai progressivement ressenti le besoin de prendre mon envol. Cela s’est fait naturellement, et entre temps d’autres personnalités ont été marquantes dans mon parcours, je pense notamment à Thierry Escaich qui était mon professeur de fugue au CNSM, ou à Guillaume Connesson dont la science de l’orchestration est inépuisable.

    BBB – Vous venez de sortir votre deuxième album, Talisman. Le nom d’un album n’est jamais choisi par hasard. Cela veut-il dire que ce nouvel opus, ce « talisman » tient place particulière pour vous ?
    EB – Toutes les pièces que l’on compose ont un sens particulier pour nous, selon le moment de notre vie où on les écrit, le destinataire de l’œuvre, l’instrument pour lequel l’on compose... Un attachement chaque fois différent s’opère. Du Poème pour piano au sextuor vocal Ce qui dure, mon talisman musical et intime s’est peu à peu créé. La sélection de pièces que j’ai souhaité mettre en perspective sous le prisme de l’élocution sonore – la parole des instruments, la parole des voix humaines – et de l’univers plus abstrait du langage, comprend mes deux cycles pour voix et piano : Trois mélodies sur des poèmes d’Eluard pour soprano et piano, Âme de Nuit pour mezzo-soprano et piano ainsi que Ce qui dure pour sextuor vocal a capella. En miroir, trois pièces instrumentales à dominante poétique que sont le Poème pour piano, la Sonate-Poème pour violon et piano et Psalmodie pour trio avec clarinette. Première œuvre de ma production alliant le violon et le piano, mes deux instruments, la Sonate-Poème révèle le plus intime de ma personnalité, comme une genèse à ma Sonate pour violon seul et ma pièce pour piano Dans les abysses de lumière. Ces deux dernières pièces, inséparables dans mon esprit et jumelles de chronologie, m’offrent un retour à l’intimité de l’écriture pour mes deux instruments de prédilection, compagnons de chaque jour. La maîtrise du violon et du piano m’a donné un accès immédiat à la réalisation instrumentale de mon imaginaire sonore. En m'incitant à composer ce qu'au violon comme au piano j'aurais plaisir à jouer, l'instrumentiste en moi venait compléter et façonner la partition au fur et à mesure de son écriture.

    "J’ai toujours aimé dénicher des pépites en poésie, tout comme en musique d’ailleurs !"

    BBB – Comment s’est porté votre choix des artistes qui vous accompagnent dans cet opus ? D’ailleurs, est-ce vous qui les avez approchés ?
    EB – Le choix des interprètes a été une évidence car pour plusieurs pièces, les musiciens du disque étaient également les dédicataires (Adèle Charvet pour Âme de Nuit, Raphaël Sévère et Nathanaël Gouin pour Psalmodie, Emmanuelle Demuyter pour les Mélodies, Les Métaboles et Léo Warynski pour Ce qui dure). Je souhaite leur exprimer toute ma gratitude pour leur confiance, leur travail, leur sensibilité…

    BBB – Avez-vous senti qu’ils étaient intimidés de jouer vos pièces devant vous et avec vous ?
    EB – Absolument pas et heureusement ! Il y a une relation de confiance et d’estime mutuelle qui a créé un climat à la fois sain et très agréable durant les répétitions et l’enregistrement. Pour plusieurs des pièces du disque, les musiciens avaient déjà chanté/joué en concert les partitions qu’ils allaient enregistrer pour mon disque, ce qui les aidait aussi à se sentir dans une plus grande intimité avec les pièces en question. La sensation de vécu, particulièrement pour la musique d’aujourd’hui, est extrêmement importante et permet de pouvoir mieux s’approprier la pièce.

    BBB – La poésie tient la première place dans cet album. Pouvez-vous dire comment vous avez choisi les textes que vous avez mis en musique ? Je pense en particulier à Claude Roy et Sully Prudhomme, deux auteurs pas forcément les plus connus.
    EB – J’ai toujours aimé dénicher des pépites en poésie, tout comme en musique d’ailleurs ! Explorer des répertoires méconnus est une passion depuis plusieurs années. Je dirais que c’est le même goût teinté de curiosité qui me pousse à découvrir des auteurs moins connus et à voir en eux le potentiel d’être mis en musique. Claude Roy entrait dans la thématique de la nuit pour le cycle Âme de Nuit, tandis que Ce qui dure est depuis longtemps l’un de mes poèmes favoris, alliant la simplicité du discours à la profondeur du sens donné à la vie qui s’écoule. Récemment, j’ai mis en musique la Prière d’Antonin Artaud pour soprano et orchestre (de nouveau avec Emmanuelle Demuyter). Cette fois-ci, le surréalisme du poète a été extrêmement inspirant pour moi, notamment du point de vue du climat général de la pièce et de l’orchestration. Cette poésie à la fois fervente, mystérieuse, dont la supplique s’adresse peut être à Dieu, invite le lecteur (et l’auditeur) dans une quête de sens. Nécessité vitale - presque une question de survie - dans des œuvres comme L’Ombilic des limbes ou Le Pèse Nerfs, l’écriture d’Artaud s’apparente à une tentative désespérée de se reconstruire intérieurement.

    BBB – Musicalement, on sent chez vous une grande audace et beaucoup d’influences se mêlant : le romantisme, la Seconde école de Vienne, la musique française du début du XXe siècle mais aussi la musique sacrée (on pense à Duruflé). Quels compositeurs ou compositrices et quelles œuvres vous inspirent ?
    EB – Je ne dirais pas qu’il y a une influence assumée de certains compositeurs en particulier pour ensuite composer… mais je crois cependant en l’impact sur notre esprit de certaines œuvres pour lesquelles on éprouve de la fascination. L’état euphorique et profondément bouleversé à la fois, une sorte d’état de transe - après avoir écouté pour la première fois la Walkyrie, Wocceck ou Le Roi Roger de Szymanowski, le 3e Quatuor de Schnittke, la Chaconne de Gubaïdulina, le Concerto pour orchestre de Bartok, La Vengeance de Médée de Barber, ou encore la suite Scythe de Prokofiev - provoque une montée d’adrénaline, une force puissante qui prépare à la fois l’esprit et le corps à composer, tel un besoin irrépressible. La plupart du temps, cependant, je compose en dehors de ces moments précis et recrée en moi, pour la pièce que j’écris, cet état très spécifique extrêmement porteur.
     
    BBB – Après la sortie de votre premier album, Bla Bla Blog avait parlé de vous comme d’une "ultra moderne romantique". Est-ce que ce qualificatif vous convient ?
    EB – Tout à fait ! Le romantisme n’est pour moi aucunement associé à une époque ou un langage en particulier. Il est un désir de rester fidèle à ce que l’on est, à ce que les êtres ont de plus cher, de plus profond et de sincère. En musique, cela se traduit selon moi au travers du lyrisme, de l’harmonie et de la ligne mélodique.

    BBB – Que pourriez-vous dire aux personnes hésitant à aller vers le répertoire contemporain que l’on dit souvent exigeant ?
    EB – Je crois que l’être humain n’est pas spontanément enclin à explorer l’inconnu et sa zone d’inconfort, quel que soit le domaine. C’est pourtant dans ces zones de frontière ou même au-delà des frontières de notre "territoire" de connaissance que l’on se rencontre soi-même, que l’on s’éprouve, par la tolérance, la curiosité, l’engagement. Pour aborder le répertoire contemporain d’un point de vue musical, il me semble pertinent d’écouter les grandes œuvres du début du XXe siècle et les différents chemins esthétiques qu’elles ont engendré. Les ramifications stylistiques au cours du XXe siècle sont si nombreuses et les évolutions des compositeurs tout au long de leur vie parfois très impressionnantes ! Je crois surtout qu’il ne faut pas cesser d’être curieux.

    BBB – Quels sont vos projets pour cette année et pour les années qui vont suivre ? Des concerts ? Des festivals ? Un autre album ?
    EB – Beaucoup de concerts et de commandes prévus pour la suite de 2026 et 2027, en effet! Dans l’actualité immédiate, nous enregistrons avec Gaspard Thomas notre premier disque de sonate qui sortira en février 2027 sur le label Évidence Classics.

    BBB – Sur Bla Bla Bog, nous aimons bien interroger nos invité·e·s sur leurs goûts. Quels sont vos plus gros coups de cœur, en matière de musique, bien sûr, mais aussi côté lecture, films, séries ou expositions ?
    EB – En matière de musique, j’en ai cité quelques uns plus haut dont la liste ne saurait jamais être exhaustive ! J’aime énormément lire et je citerais trois auteurs qui me touchent particulièrement, Gabriel Garcia Marquez, Hermann Hesse et Romain Gary dont je lis actuellement Les Enchanteurs. Chacun à leur manière, ils accèdent par une sensibilité à fleur de peau à la fantaisie, tantôt sombre, rêveuse ou ironique, mais chaque fois avec une imagination hors norme. Côté septième art, je suis très sensible aux films historiques ; ils nous plongent dans la réalité avec un grand sens artistique. Je pense notamment aux films Apocalypse now, Mission, Invincible ou bien La Liste de Schindler. Les films futuristes-dystopiques tels que Blade Runner en sont le versant opposé. C’est quelque chose que j’aime aussi beaucoup découvrir. Quant aux expositions, j’ai si peu de temps que j’ai une préférence pour ce qui m’inspire le plus en composition, donc l’art contemporain, bien sûr ! Chaque fois que j’ai quelques jours dans une nouvelle ville, j’essaie de prendre le temps d’aller au musée d’art contemporain ou moderne. Je garde notamment un souvenir émerveillé de l’exposition Anselm Kiefer/Paul Célan au Grand Palais en 2022.

    BBB – Merci, Élise. 

    Élise Bertrand, Talisman, NoMadMusic, 2026
    https://www.nomadmusic.fr/fr/album/talisman
    https://elise-bertrand.fr
    https://www.facebook.com/elise.bertrand.35
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    Voir aussi : "Élise Bertrand, de l’ombre à la lumière"
    "Qu’elles caractères…"

    "Élise Bertrand, ultra moderne romantique"

  • Siqian Li: "'Voyage among Fragments' is an album about transformation, memory, and different worlds speaking to one another"

    Bla Bla Blog was captivated by pianist Siqian Li, author of a debut album, Voyage among Fragments. An eclectic work, ranging from classical to contemporary, including French songs. This choice intrigued us and made us want to meet Siqian Li. She was kind enough to answer our questions.

    Bla Bla Blog – Hello, Siqian Li. Could you briefly introduce yourself? Where do you come from, and how would you describe your musical journey so far?
    Siqian Li – I come from Chongqing, a beautiful mountain city in southwest China, where my musical journey first began. Since then, that journey has taken me across several countries and very different artistic worlds, from my early training in China to my years of study in the United States and the United Kingdom. Each place has shaped me in a different way. Looking back, my path has never felt like one straight line, but rather a series of encounters, places, and discoveries that have gradually formed the musician I am today.

    BBB – You present a very international album in which French artists hold a prominent place. Maurice Ravel naturally comes to mind first. It seems to me that the general public has been rediscovering this composer in recent years. Doesn’t Ravel appear more modern than we might think?
    SL – Yes I agree. I think Ravel can sound much more modern than people first imagine. We often associate him with elegance, refinement, and colour, which are all true, but beneath that there is also an extraordinary precision and a kind of emotional ambiguity that feels very contemporary. His music is never sentimental in an easy way; it is controlled, clear, and often slightly unsettling, even when it is beautiful. That is part of why he still speaks so strongly today. In a work like La valse, for example, you hear not only brilliance and sophistication, but also instability, tension, and transformation, and that makes him feel very close to our own time.

    BBB – Your album also features, more surprisingly, Charles Trénet. Why did you choose these popular standards of French songs ?
    SL – What drew me first was simply how mesmerised I was when I discovered this set of arrangements. Weissenberg takes Trénet’s chansons and transforms them with such imagination, wit, and pianistic brilliance, while somehow preserving their freshness and spontaneity. That immediately fascinated me. Choosing them for the album was also a conscious way of moving away from a fixed idea of how a classical album should sound. I wanted the repertoire to feel alive, surprising, full of character, and instantly engaging.

    BBB – Pianists are known to be particularly fond of the 19th-century Romantic repertoire — Chopin, Brahms, or Schumann. Yet you did not make that choice. You even seem to favour piano transcriptions. Could you tell us more about the artistic choices behind this album’s programme?
    SL – I have deep love and respect for the great 19th-century piano repertoire, but I didn’t feel the need for my first album to enter directly into a space that is already so richly and magnificently documented. Rather than asking what a debut album is expected to include, I wanted to ask what repertoire felt most truthful to my artistic voice at this moment. Transcriptions became central for that reason: at their best, they are not secondary versions, but re-imaginings that give familiar music a second life and reveal new colours, textures, and perspectives. That felt deeply connected to the spirit of Voyage among Fragments, an album about transformation, memory, and different worlds speaking to one another. So the programme grew from that idea: not from a desire to avoid tradition, but from a wish to engage with it in a more personal and living way.

    "More Chinese musicians are no longer seen only through the lens of virtuosity"

    BBB – Twentieth-century music is also represented, notably with George Gershwin’s Rhapsody in Blue. It is less frequently performed in its solo piano version than with orchestra. What were the main challenges in interpreting this work?
    SL – I’ve performed both versions, and the solo piano version is actually more challenging in some ways, because you have to hold the entire sound world of the jazz orchestra under your hands: you’re responsible not only for the virtuosity, but also for the colour, rhythm, and sheer vitality of the piece. So technically it asks for enormous control and imagination. But that is also what makes it so enjoyable to play. Precisely because everything is in your hands, there is a tremendous sense of freedom: you can shape the pacing, the swing, and the contrasts very directly, almost as if you are becoming both pianist and orchestra at once.

    BBB – You introduce us to some lesser-known composers — Franz von Vecsey, Nicolas Dalayrac, as well as your compatriot Wang-hua Chu. Why did you choose to include them in your programme? Do they share something in common?
    SL – Although they come from very different worlds, each of them brings a voice that feels distinctive, intimate, and slightly off the expected path, and that was important to me. I wanted the programme to include not only familiar landmarks, but also works that might surprise the listener and open another emotional space. Dalayrac brings simplicity and tenderness, Vecsey a bittersweet elegance, and Wang-hua Chu a direct connection to my own musical roots. So what they share is not style, but a certain sincerity and individuality — each adds a different fragment to the journey of the album.

    BBB – You are originally from China, a country that seems increasingly central to the future of classical and contemporary music — one thinks of Lang Lang or Yuja Wang. What is your perspective on this? And first of all, what do you think is the “secret” behind China’s ability to train such remarkably talented musicians?
    SL – It is a difficult question, I think there is no single “secret.” China has a very strong culture of discipline, dedication, and respect for serious study, and that creates an environment where young musicians can build an extraordinary technical foundation very early. But technique alone is never enough. What matters just as much is how that foundation later opens into imagination, individuality, and a deeper artistic voice. I think what is exciting today is that more and more Chinese musicians are no longer seen only through the lens of virtuosity, but as artists with very distinct personalities and perspectives. For me, that is the most important development: not simply producing excellent pianists, but musicians who can contribute something personal to the global musical conversation.

    BBB – What are your upcoming projects? A new album? Concert performances?
    SL – I definitely hope to continue making albums, when the idea has had time to mature properly and feels artistically convincing. For me, recording has to grow out of a clear inner concept rather than simply becoming the next project. Alongside that, I’d love to explore more chamber music collaborations and more cross-cultural or cross-genre projects, where different artistic languages can genuinely meet. Concert performances will, of course, remain central, but I’m especially excited by the idea of building programmes and collaborations that open new spaces for dialogue and imagination.

    BBB – Bla Bla Blog always enjoys discovering the tastes of the artists we meet. Could you tell us about your recent favourites — in music, of course, but also in books, exhibitions, films or series? 
    SL – Apart from classical music, my listening has been moving between very different worlds (Jazz, R&B, Pop etc.), though I’ve realised I probably have quite an old soul in my musical taste. I always return with great pleasure to artists like Art Tatum, Herbie Hancock, Eugen Cicero, Keith Jarrett, and Joan Baez, amongst others. More recently, I’ve also been very drawn to the cellist Abel Selaocoe, whose music has such rawness, freedom, and authenticity. Outside music, I’m deeply interested in ceramic art, not only as a viewer but also as a maker, which has become an important parallel practice for me. In books, I’m currently finishing Nightingale, and I’m generally drawn to historical fiction as well as more philosophical writing, such as Viktor Frankl’s Man’s Search for Meaning. In visual art, I especially love the installations at the Bourse de Commerce – Pinault Collection in Paris; that kind of immersive, atmospheric contemporary art speaks to me strongly. And in films or series, I tend to gravitate toward historical dramas and psychological thrillers.

    BBB – Thank you. 

    Siqian Li, Voyage among Fragments, Sagitta Musica. 2026
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    https://www.youtube.com/@siqianpianist 

    Also : "Siqian Li : 'Le grand répertoire pianistique du XIXe siècle ? je n’en ressentais pas le besoin !'"
    "Notre cœur fait Boum!"

    "Qu’elles caractères…"

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  • Siqian Li : "'Voyage among Fragments' est un album sur la transformation, la mémoire et le dialogue entre différents mondes"

    Bla Bla Blog avait eu un coup de cœur pour la pianiste Siqian Li, auteure d’un premier album, Voyage among Fragments. Un opus éclectique, allant du classique au contemporain, en passant par la chanson française. Voilà un choix qui nous a intrigué et nous a donné envie de rencontrer Siqian Li. Elle a eu la gentillesse de répondre à nos questions.

    Bla Bla Blog – Bonjour, Siqian Li. Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ? D’où venez-vous et quel est votre parcours ?
    Siqian Li – Je viens de Chongqing, une magnifique ville montagneuse dans le sud-ouest de la Chine. C’est là que mon parcours musical a débuté. Depuis, ce parcours m'a mené vers plusieurs pays et vers des univers artistiques très différents, de ma formation initiale en Chine à mes études aux États-Unis et au Royaume-Uni. Chaque lieu m'a façonné. Rétrospectivement, mon chemin n'a jamais ressemblé à une ligne droite, mais plutôt à une succession de rencontres, de lieux et de découvertes qui ont progressivement contribué à faire de moi la musicienne que je suis aujourd'hui.

    BBB – Vous proposez un album très international et où les artistes français ont une place de choix. On pense d’abord à Maurice Ravel, bien sûr. J’ai l’impression que le grand public redécouvre ce compositeur depuis quelques années. Ravel n’apparaît-il pas plus moderne qu’on ne le croit ?
    SL – Oui, je suis d'accord. Je pense que Ravel peut paraître bien plus moderne qu'on ne l'imagine au premier abord. On l'associe souvent à l'élégance, au raffinement et à la richesse des couleurs, ce qui est tout à fait vrai, mais il y a aussi, sous cette apparence, une précision extraordinaire et une sorte d'ambiguïté émotionnelle qui résonne profondément avec notre époque. Sa musique n'est jamais sentimentale de façon facile ; elle est maîtrisée, limpide et souvent légèrement troublante, même lorsqu'elle est belle. C'est en partie pour cela qu'il résonne encore si fortement aujourd'hui. Dans une œuvre comme La Valse, par exemple. On perçoit non seulement de la brillance et de la sophistication, mais aussi de l'instabilité, de la tension et une transformation, ce qui la rend très proche de notre temps.

    BBB – Dans votre album, il y a aussi, ce qui est plus étonnant, Charles Trénet. Pourquoi avez-vous choisi ces standards populaires de la chanson française ?
    SL – Ce qui m'a d'abord séduit, c'est la fascination que j'ai ressentie en découvrant ces arrangements. Weissenberg s'empare des chansons de Trénet et les métamorphose avec une imagination, un esprit et une virtuosité pianistique exceptionnels, tout en préservant leur fraîcheur et leur spontanéité. J'ai été immédiatement conquise. Les choisir pour l'album était aussi une manière délibérée de m'éloigner d'une conception figée de ce que devrait être un album de musique classique. Je souhaitais que le répertoire soit vivant, surprenant, plein de caractère et immédiatement captivant.

    BBB –  On sait que les pianistes raffolent du répertoire romantique du XIXe siècle (Chopin, Brahms ou Schumann). Or, vous n’avez pas fait ce choix. Vous semblez même préférer des adaptations au piano. Pouvez-vous nous expliquer vos choix dans le programme de cet album ?
    SL – J'éprouve un profond amour et un grand respect pour le grand répertoire pianistique du XIXe siècle, mais je ne ressentais pas le besoin, pour mon premier album, de m'inscrire directement dans un espace déjà si richement et magnifiquement documenté. Plutôt que de me demander ce qu'un premier album est censé contenir, je voulais me demander quel répertoire résonnait le plus fidèlement avec ma voix artistique à ce moment précis. Les transcriptions sont devenues centrales pour cette raison : pour les meilleures, ce ne sont pas de simples versions secondaires mais des réinterprétations qui donnent une seconde vie à une musique familière et révèlent de nouvelles couleurs, textures et perspectives. Cela me semblait profondément en phase avec l'esprit de Voyage among Fragments, un album sur la transformation, la mémoire et le dialogue entre différents mondes. Le programme s'est donc développé à partir de cette idée : non pas d'un désir d'éviter la tradition, mais d'une volonté de l'aborder d'une manière plus personnelle et vivante.

    De plus en plus de musiciens chinois ne sont plus perçus uniquement sous l'angle de la virtuosité

    BBB – La musique du XXe siècle est présente avec notamment la Rhapsody in Blue de George Gershwin. Elle est moins jouée pour piano seul que pour orchestre. Quelles ont été les difficultés dans l’interprétation de cette œuvre ?
    SL – J'ai interprété les deux versions, celle pour piano solo est en réalité plus exigeante à certains égards car il faut maîtriser tout l'univers sonore de l'orchestre de jazz : on est responsable non seulement de la virtuosité, mais aussi de la couleur, du rythme et de la vitalité même de la pièce. Techniquement, cela demande donc une maîtrise et une imagination considérables. Mais c'est aussi ce qui la rend si agréable à jouer. Précisément parce que tout repose entre vos mains. On éprouve une immense liberté : on peut modeler le tempo, le swing et les contrastes de manière très directe, presque comme si l'on devenait à la fois pianiste et orchestre.

    BBB – Vous nous faites découvrir des compositeurs peu connus. Je pense à Franz von Vecsey, Nicolas Dalayrac mais aussi à votre compatriote Wang-hua Chu. Pourquoi avoir choisi de les inclure dans votre programme ? Ont-ils un point commun ?
    SL – Bien qu'issus d'univers très différents, chacun apporte une voix singulière, intime et légèrement décalée, ce qui était essentiel pour moi. Je souhaitais que le programme comprenne non seulement des morceaux incontournables, mais aussi des œuvres susceptibles de surprendre l'auditeur et d'ouvrir un nouvel espace émotionnel. Dalayrac apporte simplicité et tendresse, Vecsey une élégance douce-amère, et Wang-hua Chu est en lien direct avec mes propres racines musicales. Ce qu'ils partagent n'est donc pas un style, mais une certaine sincérité et une individualité – chacun contribuant à l'histoire de l'album par une fragmentation unique.

    BBB – Vous êtes originaires de Chine où semble se dessiner l’avenir de la musique classique et contemporaine. On pense à Lang Lang ou Yuja Wang. Qu’en pensez-vous ? Et d’abord, dites-nous quel est le secret de ce pays qui parvient à former des musiciens et musiciennes aussi talentueux et talentueuses ?
    SL – C'est une question complexe, et je pense qu'il n'existe pas de "secret" unique. La Chine possède une culture très forte de la discipline, du dévouement et du respect pour les études sérieuses, ce qui crée un environnement où les jeunes musiciens peuvent acquérir très tôt des bases techniques exceptionnelles. Mais la technique seule ne suffit jamais. Ce qui compte tout autant, c'est la manière dont ces bases s'ouvrent ensuite à l'imagination, à l'individualité et à une expression artistique plus profonde. Ce qui est passionnant aujourd'hui, c'est que de plus en plus de musiciens chinois ne sont plus perçus uniquement sous l'angle de la virtuosité, mais comme des artistes dotés de personnalités et de perspectives bien distinctes. Pour moi, c'est là l'évolution la plus importante : non pas former d'excellents pianistes, mais des musiciens capables d'apporter une contribution personnelle au dialogue musical mondial.

    BBB – Quels sont vos projets ? Un futur album ? Des concerts ?
    SL – J'espère bien sûr continuer à enregistrer des albums, lorsque l'idée aura eu le temps de mûrir et qu'elle me semblera artistiquement convaincante. Pour moi, l'enregistrement doit naître d'un concept intérieur clair et non pas simplement devenir un nouveau projet. Parallèlement, j'aimerais explorer davantage de collaborations en musique de chambre et de projets interculturels ou intergenres, où différents langages artistiques peuvent véritablement se rencontrer. Les concerts resteront, bien sûr, essentiels, mais je suis particulièrement enthousiaste à l'idée de concevoir des programmes et des collaborations qui ouvrent de nouveaux espaces de dialogue et d'imagination.

    BBB – Bla Bla Blog aime connaître les goûts des personnes qu’il rencontre. Pouvez-vous nous parler de vos derniers coups de cœur en matière de musiques (bien sûr !), mais aussi de livres, d’expositions, de films ou de séries ?
    SL – Hormis la musique classique, mes écoutes oscillent entre des univers très différents (jazz, R&B, pop, etc.), même si je me rends compte que mes goûts musicaux sont sans doute assez classiques. Je reviens toujours avec grand plaisir vers des artistes comme Art Tatum, Herbie Hancock, Eugen Cicero, Keith Jarrett et Joan Baez, entre autres. Plus récemment, j'ai également été très attirée par le violoncelliste Abel Selaocoe, dont la musique est d'une telle intensité, d'une telle liberté et d'une telle authenticité ! En dehors de la musique, je m'intéresse profondément à l'art de la céramique, non seulement en tant que consommatrice, mais aussi en tant que créatrice, une pratique parallèle importante pour moi. Côté lecture, je termine actuellement Nightingale [de Kristin Hannah] et je suis généralement attirée par les romans historiques ainsi que par les écrits plus philosophiques, comme Découvrir un sens à sa vie de Viktor Frankl. En art visuel, j'apprécie particulièrement les installations de la Bourse de Commerce – Collection Pinault à Paris ; ce type d'art contemporain immersif et atmosphérique me touche profondément. Et au cinéma ou en série, j'ai tendance à privilégier les drames historiques et les thrillers psychologiques.

    BBB – Merci. 

    Traductions : MHC et BC
    Demain, retrouvez sur ce site l’interview originale en anglais de Siqian Li.

    Siqian Li, Voyage among Fragments, Sagitta Musica. 2026
    https://www.siqian-li.com
    https://www.facebook.com/siqianpianist 
    https://www.instagram.com/siqianpianist
    https://www.youtube.com/@siqianpianist

    Voir aussi : "Notre cœur fait Boum!"
    "Qu’elles caractères…"

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  • "Faire peau à peau avec ce bijou de musique"

    Bla Bla Blog avait terminé l’année 2025 en beauté la découverte de VENEREM et leur album Strike. Une sacrée claque. Nous avons voulu en savoir plus sur ce groupe sacrément audacieux pour leur approche singulière du classique. Marlo Thinnes et  Laureen Stoulig-Thinnes, deux des quatre membres de VENEREM, ont bien voulu répondre à nos questions.   

    Bla Bla Blog – Bonjour. Pouvez-vous nous présenter Venerem ? Et d’abord, d’où venez-vous ? 
    Laureen Stoulig-Thinnes – Mes racines sont multiples : mon père est français mais ma mère est mauricienne, née d'un papa indien et d'une maman africaine. Le fait qu’on y parle le créole et que ce coin de paradis soit naturellement marqué par de nombreuses influences culturelles et religieuses est peut-être aussi la raison pour laquelle je ne suis pas une puriste. Le mélange des différentes influences, y compris musicales, m’a toujours fascinée. Je suis chanteuse baroque et classique, mais j’ai toujours été très ouverte d’esprit. VENEREM m’offre une chance de diversité, et c’est quelque chose que j’apprécie énormément. Peut-être quelques mots sur VENEREM, même si l’écoute de notre musique transmet sans doute plus que n’importe quel discours : VENEREM crée une musique d’un style inhabituel et sans précédent. Comme l’a récemment souligné un critique suisse, les arrangements de VENEREM ressemblent davantage à des œuvres d’art transformées, basées sur la musique ancienne allant de la Renaissance au baroque tardif. Ce style fait l’objet d’une modernisation audacieuse, qui projette l’art ancien vers l’avenir. Sur le plan des idées comme de l’artisanat musical, nos arrangements s’inspirent du classicisme et du romantisme tardif. On sait que la musique ancienne laissait souvent une grande place à l’improvisation, et VENEREM exploite pleinement cette liberté pour créer quelque chose d’individuel, de totalement nouveau. L’auditeur a l’impression d’entendre des œuvres originales : les fondements musicaux sont transformés de manière convaincante, avec un sens aigu de l’entrelacement des motifs, du contrepoint et des harmonies contrastées. Chez VENEREM, soprano, piano, basse électrique et percussions fusionnent en une combinaison envoûtante qui donne envie d’en entendre toujours plus.

    BBB – Votre album Strike est un projet singulier, alliant musique classique et jazz. Qui a eu l’idée de cette lancer dans une telle aventure musicale ?
    LST – VENEREM n’est plus un projet : nous sommes arrivés à un point d’aboutissement et nous nous sentons désormais comme un ensemble réellement stable et affirmé. L'idée est née de l'écoute d'un disque de L'Arpeggiata, formidable formation dirigée par Christina Pluhar. J'ai alors compris qu'on "avait le droit" de toucher ainsi à la musique ancienne. Mon mari [Marlo Thinnes] connaît mon amour pour la liberté et, avec passion et génie, il m'a suivie.

    "J'ai compris qu'on "avait le droit" de toucher ainsi à la musique ancienne"

    BBB – Mêler jazz et classique n’est pas nouveau. On pense à Jacques Loussier et à son Trio Play Bach. Dans quelle mesure son travail et son œuvre vous a influencé ?
    LST – Mon mari écrit les arrangements. C’est lui qui a donné un visage à VENEREM. Je ne sais pas vraiment comment il fait. En tous cas, je dois dire que je me sens comme une reine à qui l’on déroule le tapis rouge — musicalement parlant ! À chaque arrangement, il parvient à me surprendre davantage. J’adore cela et je perçois aussi toutes les transformations subtiles, puisque je connais les œuvres originales. Je pense cependant que, de manière générale, son empreinte personnelle, sa façon de penser issue de la musique classique — peut-être du baroque tardif jusqu’au romantisme tardif — s’y reflète fortement.

    BBB – Le second morceau de Purcell est le célèbre Cold Song. Comment qualifiez-vous votre adaptation ? Classique ? Baroque ? Jazz ? Ou bien rock ? Avec beaucoup de pièges pour la voix de la chanteuse.
    LST – Cold Song est né en une seule répétition. Il n’y avait pas grand-chose à faire. Marlo sait quand il vaut mieux réduire, n’utiliser que quelques effets. Je crois que cette musique est déjà si particulière et si puissante dans sa version originale qu’un arrangement trop ample ne ferait que la perturber. Et puis, je suis particulièrement fan de ce que Michel [Michel Meis], notre fou de batteur parvient à produire dans cette pièce. Tant de silence et de mystère naissent de son jeu. Il y a une sorte de transe qui peut s'installer en moi. il s'agit alors de se laisser habiter et transporter. La voix elle-même en est surprise je pense. Une expérience merveilleuse et défi considérable… 

    BBB – Reynaldo Hahn fait partie des compositeurs que l’on redécouvre en ce moment. On n’est donc qu’à moitié étonné de le retrouver ici. Vous avez choisi la pièce À Chloris. Pourquoi cette œuvre ?
    LST – Comme déjà mentionné, les exceptions confirment la règle ! Et puis, j'avais envie de faire peau à peau avec ce bijou de musique si délicat, lumineux qu'il faut chérir dans chaque note, dans chaque respiration, et mon cœur s'enivre de ces mots d'amour, d'ambroisie. Quelle chance de se laisser habiter et d'articuler tant de beautés !

    BBB – Pouvez-vous nous parler de vos futurs projets, que ce soit à la scène ou en studio ? 
    LST – Plusieurs concerts passionnants sont à venir... et une magnifique invitation du Festival baroque de La Valette, à Malte, pour janvier 2027. De nouveaux arrangements sont également en cours d’élaboration, et un autre album studio est déjà en gestation. Sans oublier mon souhait de co-créer avec une artiste indienne… Let's see !

    BBB – Bla Bla Blog aime être touche à tout. Pouvez-vous nous parler de vos derniers coups de cœur au cinéma, à la télévision, dans les galeries et bien sûr en musique ?
    LST – A vrai dire, l'écoute du silence me passionne bien plus que l'écoute de la musique. J'ai récemment adoré pouvoir regarder et ressentir les œuvres de Zoran Music, exposées à Paris. Les lectures de Rumi me font toujours autant voyager. Je ne regarde jamais la télé et ne vais que très rarement au cinéma, mais si il faut nommer un média, alors j'adore voyager sur Youtube, et tout spécialement partir à la rencontre d'éveilleurs de conscience, tels que le physicien Philippe Guillemant, ou la chamane Sandrine ShannAmer que je vais bientôt rencontrer et avec qui j'ai déjà des échanges très nourrissants. Les chemins de vie tels que celui de Lamya Essemlali qui protège les mers et les baleines, nos "gardiennes des mémoires du Monde", suscitent mon plus grand respect, ma plus grande écoute et admiration.

    BBB – Merci.

    Venerem, Strike, Orlando, 2025
    https://www.venerem-art-music.com
    https://orlando-records.com
    https://www.facebook.com/profile.php?id=100057786787723
    https://laureenstoulig.fr
    https://www.instagram.com/venerem_early_art_music

    Voir aussi : "Irrévérence et vénération"
    "Made in Switzerland"

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  • Parveen Savart : "Une modestie bouleversante"

    Nous avions parlé il y a quelques jours de Parveen Savart qui sort en ce moment son premier album de mélodies françaises, J’aurai ta cendre. Il est paru sur Initiale, le le label du Conservatoire de Paris. Un bel aboutissement pour la soprano qui s’ait vue récompensée pour ce projet. Voilà qui a titillé notre curiosité et nous donné envie d’en savoir plus sur Parveen Savart. Elle a bien voulu répondre à nos questions.

    Bla Bla Blog – Bonjour, Parveen Savart. Vous sortez en ce moment votre premier album, J’aurai ta cendre. Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter et nous présenter ce projet venu du Conservatoire National de Paris ? 
    Parveen Savart – Bonjour, tout à fait, je suis une jeune soprano dramatique colorature, diplômée du CNSM depuis 2023. J’ai fait mes premiers pas de chanteuse au sein de la Maîtrise de Radio France, puis au Jeune Chœur de Paris (DSJC) avant d’intégrer le conservatoire. Chaque année, le label Initiale du CNSMDP propose un appel à candidature pour permettre à quatre élèves d’enregistrer un album. J’ai eu l’immense chance d’être sélectionnée parmi les différents projets et de pouvoir choisir l’équipe d’instrumentistes qui m’accompagnerait en studio à l’été 2024, après presque un an de travail et de préparation sur le programme. J’aurai ta Cendre, est un disque de mélodies françaises du début du XXe siècle mais également inscrit dans notre époque avec de la création contemporaine et quatre pièces pour violoncelle, voix et piano du compositeur Arthur Lavandier sur des poèmes de Pierre Peuchmaurd. La thématique globale de ce programme tourne autour de la douceur, sensuelle et mélancolique du monde, pouvant se teinter de passages plus sombres mais également de grands élans de vie et d’amour. 

    BBB – Il y a ce titre, "J’aurai ta cendre", bien mystérieux. Pourquoi l’avoir choisi ?
    PS – J’adore ce titre. Je trouve qu’il représente très bien l’atmosphère du disque. C’est un extrait de l’un des poèmes de Pierre Peuchmaurd, Le Nord est là, tiré du recueil Scintillants squelettes de rosée. Il s’agit pour être plus précise, de la dernière phrase du poème, la conclusion. On peut l’interpréter de différentes manières, mais pour moi il s’agit presque d’une promesse faite à l’autre de le garder en soi pour toujours et même après la mort. Comme une volonté d’imprégnation, c’en est presque délirant. Il y a dans la poésie surréaliste de Pierre Peuchmaurd de la beauté et de l’organique dans le morbide. 

    BBB – Vous vous êtes lancée un projet musical audacieux autour de mélodies françaises des XIXe et XXe siècles. Pourquoi ce choix ?
    PS – C’est vrai que c’était un challenge à bien des niveaux ! La mélodie française nécessite une grande exigence technique et d’interprétation. J’ai souhaité, pour un premier disque, faire découvrir ma personnalité artistique et vocale dans ma langue maternelle, le français. Depuis le début de mon parcours musical, j’ai toujours été très sensible à l’interprétation de la musique de chambre, le travail en duo avec un ou une pianiste et la création d’un langage commun. Ce que j’aime particulièrement chez les compositeurs de cette période, c’est cette nouvelle richesse harmonique qui m’est absolument délicieuse. Tout devient très imagé, presque cinématique. Et puis le rapport au texte a une forme de liberté qui me permet d’explorer ma théâtralité. Vous remarquerez qu’une grande partie du programme est écrite dans une tessiture vocale assez médium ou comporte des nuances très piano. C’est la direction que j’ai choisie pour être au plus près du texte et de sa clarté.  

    De la création "sur-mesure"

    BBB – Vous avez aussi inclus des compositions plus contemporaines. Je pense à Arthur Lavandier. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce choix et sur votre collaboration avec ce compositeur ?
    PS – Pour tout vous dire, c’est ma collaboration avec Arthur Lavandier qui a été à l’origine de ce disque. Ces quatre pièces sont une commande que je lui ai passée pendant ma dernière année de master au CNSM, car je souhaitais inclure de la création "sur-mesure" pour mon récital de fin d’étude. Nous avons eu un coup de cœur commun pour les poèmes de Pierre Peuchmaurd et les avons sélectionnés ensemble. Ceux dont les mots et les images nous semblaient être les plus musicaux. Ce n’est qu’après les avoir interprétés sur scène que j’ai vu l’appel à projet du label INITIALE, et que j’ai composé la suite du programme autour de ce cycle. Arthur Lavandier est un compositeur que je connaissais depuis plusieurs années grâce à mes différentes collaborations avec l’Ensemble de musique contemporaine Le Balcon (dirigé par Maxime Pascal), dont il est un des membres fondateurs. Sa musique est pour moi dans la continuité de Debussy, Messiaen, ou Gérard Grisey, de part sa recherche harmonique, sa mise en valeur du texte et sa théâtralité. C’est un compositeur qui connaît très bien la voix et qui s’est adapté avec beaucoup de justesse à mon instrument. 

    BBB – A côté de Debussy, Ravel et Poulenc, il y a des compositeurs que le grand public connaît très peu . Je pense à Joseph-Guy Ropartz, Déodat de Sévérac, "le musicien paysan", Louis Aubert ou André Caplet. En quoi sont-ils essentiels pour vous ? 
    PS – Lorsqu’on a le luxe d’enregistrer un programme d’une heure, je considère que l’on se doit de faire un travail de recherche pour explorer toute la palette musicale existante. J’avais la volonté de mettre à l’honneur aussi des compositeurs moins "stars" car il y a une modestie bouleversante chez certains. J’ai choisi certaines pièces que j’avais déjà interprétées et découvertes dans les classes du conservatoire, mais j’ai aussi passé beaucoup de temps le nez dans la bibliothèque de mes professeurs de musique de chambre Anne Le Bozec et Susan Manoff, à chercher des perles rares et à faire des tests vocaux. Ce qui m’importait le plus dans le choix final d’une pièce, c’était qu’elle corresponde à l’univers poétique de Peuchmaurd. Le texte avait le dernier mot. J’ai même fait transposer une pièce originellement écrite pour baryton Ceux qui parmi les morts d’amour de Joseph-Guy Ropartz, car en plus d’être magnifique, elle correspondait parfaitement à ma recherche esthétique.  

    BBB – Une seule compositrice est présente dans l’album, Nadia Boulanger. J’imagine que c’est un regret.
    PS – Oui malheureusement je commençais à manquer de temps d’enregistrement pour inclure d’autres pièces de compositrices. Le choix à été très difficile à faire car je suis très sensible à beaucoup de répertoires et j’aurais voulu pouvoir tout chanter. Lorsque j’interprète le programme du disque en concert, je rajoute pour le bis une pièce de Cécile Chaminade Au pays bleu.  Je me dis que cela serait une bonne thématique pour un prochain disque. Réunir mes compositrices et écrivaines favorites, cette fois sans contrainte de langue ou de style car je suis aussi une grande fan d’Alma Malher et Clara Schumann ou de la poésie de Ricarda Huch mise en musique par Viktor Ullmann.

    BBB – Pouvez-vous nous parler de vos futurs projets, que ce soit à la scène ou en studio ?
    PS – Autour du disque ont été tournés deux très beaux clips réalisés avec beaucoup d’onirisme par Zacharie Ellia qui sortiront tous les deux courant décembre pour accompagner les fêtes. Vous pourrez voir en image Le Nord est là d’Arthur Lavandier et Fleurs de Poulenc. J’aurai aussi la joie de retrouver le rôle de Micaëla dans Carmen de Bizet avec la metteuse en scène Sandrine Anglade et sa compagnie au Théâtre le Beffroi de Montrouge au mois de Janvier. Entre mars et mai 2026, je chanterai dans la création du compositeur Marko Nikodijevic I Didn't Know Where To Put All My Tears à l’Opéra de Nancy puis de Rennes, mis en scène par Silvia Costa et dirigé par Alphonse Cemin. 

    BBB – Bla Bla Blog aime être touche à tout. Pouvez-vous nous parler de vos derniers coups de cœur au cinéma, à la télévision, dans les galeries et bien sûr en musique ? 
    PS – Mon dernier coup de cœur est très récent. Je l’ai eu au théâtre du Châtelet en allant voir La Cage aux Folles. Je ne connaissais pas l’histoire, hormis la fameuse scène de la biscotte, et j’ai énormément ri. La musique de Jerry Herman, la mise en scène d’Olivier Py, les costumes, les danseurs tout était joyeux. J’en ai pris plein les yeux. Mais celui qui m’a le plus touchée dans son jeu et par la maîtrise de sa voix, c’est Laurent Laffitte dans le premier rôle de Zaza, drag queen meneuse de revue. Ne l’ayant vu qu’au cinéma, je l’ai trouvé incroyablement convainquant et juste. Je reviens également d’un voyage dans le nord de l’Inde, au Rajasthan, qui pour moi est une galerie à ciel ouvert, peu importe la ville. J’ai découvert des monuments à l’architectures grandiose et ciselée comme de la dentelle, que ce soit les temples ou les palais, tout est bardé de couleurs. Coup de cœur pour Jodhpur, son fort et sa vieille ville bleue. Découverte récente également du musée de Pont-Aven en Bretagne , avec son exposition "Sorcières 1860-1920" et sa collection permanente qui comporte beaucoup de travaux de Gauguin sous la neige bretonne et toute l’Ecole de Pont-Aven. 

    BBB – Merci, Parveen.
    PS – Merci à vous !

    Parveen Savart, J’aurai ta cendre, Mélodies françaises d’hier à aujourd’hui,
    Frédéric Rubay (piano), Maya Devane (violoncelle) et Anna Giorgi (piano), Initiale, 2025
    https://www.conservatoiredeparis.fr/fr/medias/publication/jaurai-ta-cendre
    https://parveen-savart.com
    https://www.youtube.com/@parveenette
    https://www.instagram.com/parveensavart

    Voir aussi : "En sortant de l’école"

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  • Philippe Guilhon Herbert : "Ravel est au plus près de mon parcours de musicien"

    Philippe Guilhon Herbert sort cette année un album Ravel. La commémoration du compositeur français, dont nous fêtons les 150 ans, est l’occasion pour le pianiste de proposer un enregistrement des plus singuliers. Nous avons voulu en savoir plus. 

    Bla Bla Blog – Bonjour, Philippe. Dans votre actualité musicale, il y a un album Ravel, un compositeur dont nous fêtons les 150 ans de la naissance. Que représente Maurice Ravel pour vous et, surtout, quelle place tient-il dans votre panthéon musical ?
    Philippe Guilhon Herbert  –  Bonjour et merci de notre entretien. 
    Durant ma prime jeunesse, Maurice Ravel m'a été moins familier que Claude Debussy, dont j'avais très tôt étudié de nombreuses pièces, comme ses Préludes et Images. A l'âge de 15 ans, j’ai travaillé Une barque sur l’océan, découvrant ainsi  l’extraordinaire raffinement et la fluide virtuosité de Ravel, dont les œuvres ne m’ont depuis plus quitté ; Gaspard de la Nuit, Valses nobles et sentimentales, mais aussi son sublime Trio, qui allient à son génie harmonique et mélodique un sens du rythme unique. Aux côtés de Beethoven, Schubert et Chopin, Ravel est au plus près de mon parcours de musicien.

    BBB – Ravel a été et est toujours archi-joué. Dans votre dernier album (Piano Works, Indésens Calliope), vous avez fait un choix singulier : celui de proposer des pièces jouées non pas sur un mais sur trois pianos. Pouvez-vous nous expliquer ce choix ?
    PGH –  L’enregistrement s'est déroulé en trois lieux distincts : le temple luthérien Saint Marcel à Paris (Sonatine)  le studio de Meudon (Ondine)  ainsi qu’une salle de concert à Bangkok (Valses nobles et sentimentales, Pavane…), avec trois dispositifs de micros, harmonisés grâce au mastering de S. Bouvet, ingénieur du son. Ce Steinway D et ces deux Fazioli proposent une large gamme de timbres et de résonnances, offrant une grande variété de nuances et un vaste éventail de sonorités.

    Bla Bla Blog – Beaucoup d’auditeurs et d’auditrices ne connaissent pas ces Valses nobles et sentimentales de Ravel. Pourquoi avoir choisi de les proposer ? 
    PGH – Il est vrai que La Valse est plus connue que ses Valses nobles et sentimentales ; toutefois  ce recueil est sublime de subtilité, de grâce, mais aussi d’énergie rythmique et de contrastes. Il offre une large variété de registres, de couleurs et climats, de dynamiques, jusqu’à sa dernière valse qui, extatique, voit le temps musical se gondoler, se suspendre puis s’assoupir.

    Ravel. Stravinsky et Debussy sont des "phares"

    Bla Bla Blog – Pourquoi n’avoir proposé que deux parties pour Ma mère L’Oye ?
    PGH – Il s'agit de la version originale, pour piano à 4 mains, dont seules ces deux pièces peuvent être jouées par un seul interprète.

    Bla Bla Blog – Vous vous intéressez aux créations contemporaines. Finalement, Maurice Ravel était-il plus moderne qu’on ne veut bien le dire ? 
    PGH – Ravel. Stravinsky et Debussy sont des "phares" qui ont éclairé tout le 20ème siècle musical. Leur génie visionnaire inspire toujours la création contemporaine, sans aucun doute.

    Bla Bla Blog – Pouvez-vous nous parler de vos projets pour la fin de cette année et pour 2026 ? De nouveaux enregistrements ? Des tournées ? 
    PGH – J’ai enregistré début Juillet un double programme Beethoven & Schubert ; j’espère que le label Indésens Calliope, selon son calendrier, le publiera en 2026. Je souhaite enregistrer un second volume Beethoven prochaInement ; quant aux concerts, attendu que je réside en Asie depuis quelques années mais souhaiterais à présent revenir vivre à Paris une grande partie de l’année, il s’agit pour moi d’organiser ici un 3come back".  

    Bla Bla Blog – Nous aimons bien interroger nos invités sur leurs coups de cœur ? Quels sont les vôtres en matière de musique, au sens large, comme en matière de cinéma, de télévision, d’expositions ou de lectures ? 
    PGH – Je suis passionné par le talent et la beauté artistique sous de nombreuses formes (les grands acteurs-trices, réalisateurs-trices, différents genres musicaux, les arts plasiques…) mais si je dois retenir une figure majeure de mon intérêt et de mon étude constante, il s’agit de l’œuvre de Schopenhauer. 

    Bla Bla Blog – Merci, Philippe.
    PGH – merci à vous.

    Maurice Ravel, Piano Works, Philippe Guilhon Herbert, Indésens Calliope Records, 2025
    https://indesenscalliope.co
    https://www.facebook.com/pghpianist

    Voir aussi : "Ravel nu"

    Photo : Avec l'aimable autorisation de l'artiste

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  • Altiera : "L’amour existe peut-être ailleurs, dans un autre univers, une autre dimension"

    Altiera fait partie de ces artistes qui nous magnétisent dès que l’on commence à les connaître. Elle vient de sortir son single Tant pis, dont Bla Bla Blog s’était fait l’écho. Il nous a donné envie d’en savoir plus sur cette musicienne au parcours atypique, passionnant et aux ambitions certaines.

    Bla Bla Blog – Bonjour, Altiera. Pouvez-vous présenter votre parcours en quelques mots ?
    Altiera – Je suis auteure, compositeure, interprète et productrice. J’ai commencé le piano quand j’étais petite puis je l’ai enseigné pendant plusieurs années. J’ai eu un Master 2 d’Histoire de l’Art et après avoir travaillé dans les musées et les galeries d’Art j’ai décidé de me lancer dans la musique. J’ai chanté dans les bars et aussi dans les sound system dans lesquels j’improvisais en chantant avec des rappeurs. J’ai publié 2 albums sous un autre nom de scène. Au moment du covid j’ai mis la musique en pause et j’ai travaillé sur un projet de peinture. Aujourd’hui je reviens à la musique avec un nouveau nom de scène et un nouveau projet. 

    BBB – Votre dernier single parle d’amour, mais d’amour déçu.  
    Altiera – Tant pis c’est une chanson qui m’a été inspirée par une phrase du film Interstellar qui dit : "De toutes les choses que nous percevons, seul l’amour transcende les dimensions temporelles et spatiales". Cette phrase a résonné en moi à un moment où je vivais quelque chose qui nécessitait que je lâche prise. Je suis passionnée d’astronomie et écrire cette chanson m’a apaisé en imaginant que l’histoire d’amour qui ne peut pas fonctionner au présent existe peut-être ailleurs, dans un autre univers, une autre dimension ou une autre vie. 

    "Un film d’amour musical"

    BBB –Quelles sont vos influences ? De quels artistes vous sentez-vous la plus proche ? 
    Altiera – J’ai des influences diverses, j’ai grandit avec le rock, la chanson française et les chants corses. Quand j’étais adolescente j’écoutais beaucoup de hip-hop, de R&B et de trip hop. Je pense qu’aujourd’hui je suis très influencée par tous ces styles, y compris par l’électro, le blues, la soul et la musique classique. Je suis une fan absolue de Björk, Sade, Lana del Rey, Barbara, James Blake, Asap Rocky, Gwen Stefani, Lauryn Hill, Laura Pausini, Radiohead et Norah Jones. En ce moment j’écoute beaucoup des artistes de la nouvelle scène R&B anglophone comme Snoh Aalegra, Rimon, Sinead Harnett, Sabrina Claudio, Alina Baraz et Naomi Sharon. 

    BBB – Un EP est prévu pour 2026. On connaît déjà le premier single, Tant pis. Quel sera l’univers de ce mini-album ? 
    Altiera – C’est un EP qui sera sous la forme d’un film d’amour musical. Ce projet parle d’Amour à 100% dans toutes les étapes de l’Amour; le coup de foudre, la rencontre, la beauté des sentiments mais aussi les peurs, la dispute, la rupture. C’est un projet que j’ai voulu complètement sincère quant aux sentiments, aux sensations, aux émotions et qui exprime la vulnérabilité à une époque où les écrans et les applications de rencontres tentent de faire croire que la vulnérabilité devient presque quelque chose de honteux. Je crois qu’aujourd’hui remettre l’amour, les sentiments et la vulnérabilité au centre c’est une forme de combat et de résistance. 

    BBB – Sur Bla Bla Blog, nous aimons parler de tous les arts ? Quels albums, films, séries et expositions vous ont le plus marqués dernièrement ?
    Altiera – Évidemment j’adore le film Interstellar et tous les films de Christopher Nolan et j’aime aussi les classiques du cinéma italien et américain comme L’Eclipse de Michelangelo Antonioni et Le Port de l’Angoisse de Howard Hawks. Dernièrement, j’écoute en boucle l’album de Rimon Children Of The Night et aussi le dernier projet de Naomi Sharon The Only Love We Know. L’été, j’aime écouter Karol G et bien sûr Bob Marley. D’ailleurs je crois que si je devais choisir un seul album à amener sur une île déserte ce serait sûrement un album de Bob Marley. 

    BBB – Merci, Altiera.

    Altiera, Tant Pis, Miyajima Records, 2025
    https://www.miyajimarecords.com
    https://www.altieraofficiel.com
    https://www.instagram.com/altiera_off

    Voir aussi : "Et l’amour, dans tout ça ?"
    "Italianna crooneuse"

    Photo : © Stéfanu Ciabrini

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  • Robin Ducancel des Forces Majeures : "Il semblerait que pédaler avant de jouer leur fait le plus grand bien !"

    L’orchestre Les Forces Majeures propose un drôle de projet mêlant musique et sport, et en particulier classique et cyclisme. "Accordez vos vélos !", en piste du 9 mai au 8 juin 2025, propose une tournée suivant les traces du mythique Paris-Roubaix, avec 30 villes étapes, 40 concerts et 450 km parcourus… à vélo. Robin Ducancel, une des Forces Majeures, a bien voulu répondre à nos questions pour parler de ce projet singulier 

    Bla Bla Blog – Bonjour. Les Forces Majeures est un singulier projet mêlant musique et sport. Pouvez-vous nous en dire plus ? Et d’abord, qui en a eu l’idée ?
    Robin Ducancel – L’Idée est née de ma rencontre avec Raphael Merlin, chef d’orchestre et fondateur de l’orchestre, cycliste au quotidien. Je suis producteur musical et passionné de vélo. En 2020 Raphaël me propose de reprendre en main l’orchestre. J’ai alors envie d’imaginer des tournées des territoires sur le temps long, qui relient les théâtres aux villages, en autonomie, à vélo ! L’idée est encore embryonnaire avant l’arrivée du Covid. Passée la sidération de ne plus pouvoir jouer de musique en salle, c’est étrange mais la pandémie nous libère; dans un contexte exceptionnel on sent que c’est le moment d’être audacieux, on crée donc ensemble "Accordez vos vélos !" Retrouver le chemin des concerts, du dehors, une manière simple d’aller vers les gens, les habitants, les rencontrer chez eux, à vélo, dans un cadre qu’ils connaissent et qui n’est pas forcément associé à la musique, jouer dans leur quotidien, dehors ou dedans, souvent gratuitement, plusieurs fois par jour, à l’école, à l’Ehpad, à l’école de musique, dans des gymnases, en bord de rivière, tout est possible dès lors que la rencontre a lieu, sans prérequis musicaux ! 
    2025, année héroïque ! J’avais envie d’un projet qui traverse les Hauts de France, défis hors norme, la plus longue tournée qu’ils aient organisé, 1 mois, 450km, 40 concerts, un enfer du Nord ?

    BBB – 30 villes étapes, 40 concerts et 450 km parcourus à vélo ! C’est un peu Jacques Anquetil dans la peau de Yehudi Menuhin. Ou plutôt de Pogacar dans celle de Anne-Sophie Mutter… pardon, de Pierre Fouchenneret. L’idée n’est-elle pas de prouver que le musicien classique n’est pas le meilleur ennemi du sportif ? 
    RD – C’est ce qui est épatant avec les membres de cet orchestre. Ils sont à la fois d’excellents musiciens, des camarades qui s’épaulent pendant 4 semaines de tournée, des cyclistes capables de parcourir entre 20km et 70km par jour en plus des concerts et de grands curieux qui aiment aller vers les nombreuses personnes qu’ils rencontrent chaque jour. Il semblerait que pédaler avant de jouer leur fait le plus grand bien, leur permet de respirer, d’être inspirés, de créer des liens humains forts entre eux dont on perçoit les effet sur scène.

    "Comblés et infiniment reconnaissants que tout ces moments aient pu exister"

    BBB – Ce projet a débuté le 8 mai dernier. Quel bilan pouvez-vous en faire ?
    RD – Je peux déjà dire que si la tournée s’arrêtait maintenant nous serions à la fois comblés et infiniment reconnaissants que tout ces moments aient pu exister… On travaille pendant pratiquement deux ans pour faire exister un tel projet, on en vient à oublier pourquoi on le fait, ça parait abstrait, et puis à la première note jouée, aux premiers enfants qui chantent pour vous accueillir dans leur école, on frissonne et on se souvient que c’est pour cela que l’on se donne tout ce mal, que c’est la vie, que c’est essentiel, existentiel, qu’il ne faut surtout pas arrêter de se réunir, de s’émouvoir ensemble, de se connecter à quelque chose qui nous dépasse, qui remet parfois tout en perspective, vous fait oublier vos soucis, attise votre curiosité et votre appétit pour la découverte. C’est un beau cadeau que l’on se fait ! J’aimerais partager tant d’anecdotes, de rencontres qui m’ont émues !

    BBB – Après avoir suivi la trace du mythique Paris-Roubaix, n’avez-vous pas comme projet de suivre une autre classique, voire un Tour ? 
    RD – Les idées de parcours ne manquent pas ! Si ça ne tenait qu’à moi j’aimerais à la fois que l’on sillonne de nouvelles régions, que l’on fasse un grand Tour de France mais aussi l’on réédite les tournées déjà accomplies, telles de vraies classiques cycliques ! Ce sont parfois des sollicitations que viennent les idées de parcours. Avis aux collectivités territoriales, festivals, associations et théâtres, contactez-nous, parlez-en à vos voisins, préparez un budget ou des pistes de financements et parlons-en ! 

    BBB – Merci à vous et bon courage – sans produit interdit, s’il vous plaît !

    "Accordez vos vélos !", Orchestre Les Forces Majeures 
    Du 9 mai au 8 juin 2025
    https://www.forcesmajeures.fr

    Voir aussi : "Ophélie Gaillard : "« Un amour peut-être encore plus fort ! »"

    Crédit photographique : © DR

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