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Cinéma

  • Épicé 

    Il ne faut jamais dire jamais. L’idée que la saga de Franck Herbert, Dune, soit inadaptable était devenue proverbiale. David Lynch lui-même, qui était pourtant venu à bout d’un premier opus, le mythique Dune de 1984, avait fini par désavouer un film mal-aimé, si ce n’est moqué. Le site Rockyrama a par ailleurs consacré un article sur les adaptations perdues de cette œuvre.

    Le réalisateur canadien Denis Villeneuve a sorti l’an dernier son Dune, un film d’autant plus attendu qu’il était une bouffée d’air frais – si j’ose dire – en pleine crise du Covid. Le premier film de sa saga – deux autres films sont déjà en préparation – se concentre sur le cœur de l’histoire : la planète Arrakis, un astre modeste dominé par le désert, dont le surnom a été tout trouvé : "Dune". Les Fremen, une peuplade du désert rétive à la domination impériale, cohabite avec des colons dans une guerre larvée où les indigène sont réputés indociles. Les Fremen se sont adaptés à Arrakis, redoutable par son environnement, ses températures extrêmes mais aussi les vers des sables qui y vivent. Dune est inhospitalière, dangereuse et inadaptée à l’homme.

    Elle a pourtant une richesse qui la rend incontournable : l’Épice. Cette substance rarissime, qui est capable de prolonger la vie comme de permettre les voyages spatiaux-temporels est uniquement présente sur Arrakis et l’Empire ne peut se permettre de se passer de son exploitation. L’empereur y envoie le Duc Leto de la Maison des Atréides, avec sa compagne Dame Jessica, membre de l’organisation Bene Gesserit, et son jeune fils et héritier, Paul. Leur armée les suit. Tout ce beau monde est chargé de reprendre en main l’exploitation de l’Épice à la suite d’une autre Maison, les Harkonnen. Mais rapidement, une évidence s’impose : il s’agit d’un piège. 

    Denis Villeneuve nous épargne dans "son" Dune de 2021 tout l’apanage de l’univers de Franck Herbert, et on l’en remercie

    Autant dire que pour ce nouveau Dune, Denis Villeneuve était attendu au tournant, lui qui s’était déjà attaqué à de la science-fiction dans ces deux précédents films, Premier Contact et Blade Runner 2049.

    C’est dire que le réalisateur canadien cochait beaucoup de cases. Il restait à bâtir une solide adaptation pour rendre compréhensible une histoire se déroulant en 10 191 et mettant en scène un empire galactique, des lignées d’aristocrates rassemblés en Maisons, une communauté féminine  aux pouvoirs religieux, ésotériques et politiques et de multiples autres  organisations redoutables permettant la survie d’un Empire puissant et étendu dominé par Padishah Shaddam IV.

    Denis Villeneuve nous épargne dans "son" Dune de 2021 tout l’apanage de l’univers de Franck Herbert, et on l’en remercie. 
    Ce premier Dune séduit d’abord par la puissance des images, l’inventivité des costumes, des décors et des vaisseaux et la découverte de la redoutable et convoitée Arrakis. L’histoire se veut aussi un récit initiatique, pour ne pas dire messianique, avec un jeune homme devant survivre après une attaque surprise.

    Timothée Chalamet, l’enfant-chéri d’Hollywood, endosse avec bonheur le rôle de Paul Leto, accompagné de la convaincante Rebecca Ferguson dans le rôle de Jessica. La presse s’est enthousiasmé sur la présence de Zendaya, l’autre (jeune) star du film. Mais il faut être honnête : elle n’apparaît qu’épisodiquement, dans les dernières minutes, ou alors sous forme de flash.

    Évidemment, Zendaya aura un rôle plus important dans le deuxième opus de la saga, prévue en 2023, et que l’on attend déjà avec impatience. En attendant, il y a ce premier Dune, à découvrir sur Canal+.

    Dune, film de science-fiction américano-canadien de Denis Villeneuve,
    avec Timothée Chalamet, Rebecca Ferguson, Oscar Isaac, Zendaya,
    Josh Brolin et Jason Momoa, 2021, 155 mn

    https://www.dunemovie.net
    https://www.canalplus.com/articles/cinema/dune-le-film-de-sf-au-format-xxl

    Voir aussi : "Les films que vous ne verrez jamais"

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  • Une nouvelle chance pour un Triomphe

    Donnant une nouvelle chance pour Un triomphe, cette comédie dramatique française qui, sans la présence de Kad Merad, aurait sans doute été aux abonnés totalement absents durant la période Covid, celle de sa sortie.

    Disons-le tout de suite : a priori, l’argument du film apparaît assez classique. Des reclus de la société, en l’occurrence des prisonniers, se voient proposer une chance de réinsertion grâce à un comédien qui leur propose de monter une pièce de théâtre. Retrouver la dignité grâce à l’art : une belle idée que le cinéma a déjà mis en scène, à l’instar des Virtuoses de 1996.
    Le spectateur va-t-il se trouver en terrain connu grâce un film certes généreux mais aussi sans réelle surprise ? C’est là où Emmanuel Courcol étonne son monde. 

    Un retournement inattendu

    Bien entendu, Kad Merad endosse avec le talent qu’on lui connaît le rôle d’Étienne Carboni, un artiste frustré, obligé de jouer les assistants sociales – croit-il – au lieu de s’adonner au seul métier qu’il aime : la scène. On apprend aussi que la plupart des acteurs qui jouent le rôle des prisonniers en réinsertion grâce au théâtre sont des amateurs.

    Le choix de la pièce choisie par Étienne Carboni n’est évidemment pas un hasard : En Attendant Godot de Samuel Beckett. Le choix de ce classique de la littérature contemporaine tombe à point nommé pour parler de l’absurdité du monde des prisonniers et leur attente en attendant la liberté chérie.

    Un Triomphe propose en guise de fin un retournement inattendu qui fini de braquer le projecteur sur l’acteur-formateur, avant de souligner que l’histoire a été inspiré par l’histoire authentique de Jan Jönson. Voilà qui donne un relief inattendu à cette excellente comédie.  

    Un triomphe, comédie dramatique française d’Emmanuel Courcol, avec Kad Merad, David Ayala, Lamine Cissokho et Marina Hands, 2020, 106 mn
    https://www.canalplus.com/cinema/un-triomphe/h/15465400_40099

    Voir aussi : "Alex Lutz remet le service"

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  • Régression obligatoire

    Allez, ne gâchons pas notre plaisir avec ce qui avait été annoncé comme l’un des films très attendus de 2022 et qui s’avère être d’ores et déjà un succès au box-office. C’est peu dire que ce Top Gun 2, fort opportunément nommé Top Gun : Maverick, comme pour marquer un peu plus l’empreinte du héros, Pete "Maverick" Mitchell, alias Tom Cruise, bien entendu, marque les esprits.

    Plus de 30 ans ont passé depuis le mythique Top Gun du regretté Tony Scott, qui mettait aux avant-postes les jeunes premiers, Tom Cruise, Kelly McGillis et Val Kilmer. Kelly McGillis est aux abonnées absentes pour ce deuxième opus. Val Kilmer reprend brièvement du galon dans un rôle crépusculaire et émouvant, en militaire exemplaire galonné. Quant à Tom Cruise, il est évidemment au cœur de l’intrigue, vieilli de trente ans, mais toujours aussi irrésistible.

    Contrairement à son ami Tom Kazansky "Iceman", Maverick n’a pas eu la carrière qu’il méritait. Pilote passionné, militaire légendaire, il est aussi peu apprécié de ses supérieurs que des fonctionnaires de la Navy qui lui font payer la légèreté de ses décisions (la séquence d’ouverture avec l’avion furtif promet de rester dans les annales).

    Une mise au placard lui est imposée : devenir instructeur à la célèbre école Top Gun. On lui donne par là-même une mission hautement dangereuse qu’il va devoir organiser avec une équipe de pilotes doués à entraîner. Parmi ces pilotes, il y a Bradley "Rooster" Bradshaw (Miles Teller), le fils de son ancien ami  Nick « Goose » Bradshaw, décédé pendant une mission à laquelle participait Maverick. 

    Le Tom Cruise de la saga Mission Impossible impose sa marque de fabrique

    Top Gun : Maverick fait partie de ces excellentes surprises, chose d’autant plus rare pour un gros blockbuster, a fortiori la suite d’un énorme succès. Il y avait aussi de l’attente pour celles et ceux qui avaient goûté au premier Top Gun, moins film d’action que romance improbable et duel à la testostérone entre les deux jeunes stars de l’époque, Tom Cruise et Val Kilmer. Avec une Kelly McGillis devenue une vedette internationale.

    Pour ce nouvel opus, Joseph Kosinski et Tom Cruise ont fait le choix de l’action, avec un peu plus de réalisme dans les scènes d’entraînement (on remarque la présence de Phoenix, pilote féminine, là où le Top Gun original accumulait les clichés sexistes).

    Le Tom Cruise de la saga Mission Impossible impose sa marque de fabrique dans la séquence de l’opération militaire, avec une dernière partie palpitante.

    Top Gun : Maverick reprend malgré tout quelques codes du premier opus : la scène du bar, l’instructeur débarquant par surprise, des jeunes pilotes un peu trop sûrs d’eux et bien entendu une histoire d’amour. Finie "Charlie". Cette fois c’est Penny, la patronne du célèbre bar, qui tombe (ou plutôt retombe) entre les bras de Pete "Maverick" Mitchell. Dans ce rôle, Jennifer Connelly fait plus que faire le job : elle irradie le film, pendant que son lover de pilote part s’occuper d’une nouvelle mission impossible.

    Voilà au final un Top Gun palpitant, un vrai moment de plaisir régressif. C'est obligé.

    Top Gun : Maverick, film d’action américain de Joseph Kosinski,
    avec Tom Cruise, Miles Teller, Jennifer Connelly, Jon Hamm et Val Kilmer, 2022, 131 mn

    https://www.paramountpictures.fr/film/top-gun-maverick
    http://www.tomcruise.com

    Voir aussi : "Alex Lutz remet le service"

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  • Alex Lutz remet le service

    En cette période consacrée à Roland Garros, et si l’on parlait tennis, avec ce film, Cinquième Set, sorti il y a deux ans, porté par Alex Lutz, le Catherine de la série Catherine et Liliane, devenu un acteur et scénariste césarisé avec Guy ?

    Pour Cinquième Set, c’est Quentin Reynaud qui le dirige, dans le rôle de Thomas Edison, un ex-prodige du tennis français qui décide à quarante ans de sortir sa raquette et de se mesurer aux cadors bien plus jeunes qu’eux. Il s’inscrit au tournoi de qualification de Roland Garros, bien décidé à montrer qu’il n’est pas fini.

    Un travail introspectif 

    On peut imaginer comment le cinéma américain tournerait cette histoire de come-back : un sportif fini se challenge en partant se mesurer avec de jeunes sportifs aux dents longues qui pourraient être ses enfants. Cela donnerait une épopée démonstrative aux obstacles innombrables, avec un happy-end très classique.

    Ici, Quentin Reynaud choisit de faire un travail introspectif sur un homme marié et jeune papa, ayant l’intime conviction de n’avoir pas réalisé son destin. La frustration pèse sur ses épaules, ce qu’Alex Lutz interprète avec justesse. D’autres réflexions sont évoquées : la pression des parents sur les jeunes sportifs, les échecs que l’on assume pas et le poids de la retraite.

    Le film se termine avec une dernière balle, dont la course finale ouvre plusieurs fins, avec une certitude : le parcours brillant du "vieux" tennisman à Roland Garros a finalement été son plus grand triomphe.

    Cinquième Set, drame français de Quentin Reynaud,
    avec Alex Lutz, Ana Girardot et Kristin Scott Thomas, 2020, 105 mn

    https://www.canalplus.com/cinema/5-eme-set/h/16336852_40099

    Voir aussi : "Solaris et son double"

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  • Projet Visser

    Parmi les succès surprises de Netflix, il faut citer la pourtant discrète série fantastique Archive 81. On comprend d’ailleurs pourquoi cette histoire abracadabrantesque a suscité un certain engouement, avec son délicieux goût nostalgique tournant autour de la culture pop, des séries télé et du cinéma fantastique.

    Oui, il y a du régressif dans ce récit nous entraînant sur les pas de Dan Turner, un professionnel reconnu dans la restauration de vieux films. Le voici engagé par une multinationale, la LMG, pour enquêter sur un lot de vieilles vidéos VHS des années 90 : à l’époque, en 1994 précisément, Melody Pendras, une étudiante en sociologie, enquêtait sur les locataires d’un immeuble le Visser, incendié avec tous ses habitants. La jeune femme a disparu, non sans entraîner avec elle le mystère sur cet immeuble.

    Une grosse dose de nostalgie

    Le Président de la LMG, Virgil Davenport, invite le spécialiste et restaurateur à travailler sur la restauration de ces cassettes dans un centre de recherche aux Catskills. Dan y découvre les vidéos tournées par l’étudiante 25 ans plus tôt. Un sentiment de familiarité commence à se saisir du jeune homme.

    Les ingrédients d’Archive 81 sont suffisamment riches pour intriguer : meurtres, disparitions, voyages dans le passé, ajoutez à cela une secte, des mondes parallèles, des personnages inquiétants et une grosse dose de nostalgie… La série de Rebecca Sonnenshine a des atouts certains. À cela s’ajoutent des influences du côté du cinéma et de la télévision : Shining, Solaris, Le Projet Blair Witch, voire la série Lost.  

    Archive 81 peut même être revu et revu pour jouer à déceler les clins d’œil innombrables. Bref, un bon moment autant que des frissons de bon aloi. 

    Archive 81, série fantastique et d’épouvante américaine de Rebecca Sonnenshine,
    avec Mamoudou Athie, Dina Shihabi, Martin Donovan et Matt McGorry,
    saison 1, 8 épisodes, Netflix

    https://www.netflix.com/fr/title/80222802

    Voir aussi : "Dans la dèche"

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  • Solaris et son double

    Parlons aujourd'hui de Solaris : un titre pour deux long-métrages adaptés et tournés à trente ans d’écart, respectivement par Andreï Tarkovski et Steven Soderbergh. Quelles sont les ressemblances et les différences ? Focus sur deux œuvres différentes mais tout aussi intéressantes l'une que l'autre, en dépit de la ligne narrative semblable.

    Sur un roman du Polonais Stanisław Lem, Solaris conte une mission spatiale autour de la planète imaginaire Solaris. D’étranges phénomènes se sont déroulés lors d’une mission scientifique : des morts suspectes, dont un suicide. Lorsque le scientifique est envoyé sur les lieux, il se trouve face à une apparition, sa compagne disparue des années plus tôt. Il semblerait qu’elle émane de la planète Solaris, puisant dans l’esprit humain pour réveiller et générer des êtres plus humains que nature.

    Le Solaris de Tarkovski, sorti en 1972, transcende le space-opera, à la manière du 2001 L’Odyssée de L’Espace de Stanley Kubrick. La référence n’est pas anodine : quatre ans après le chef d’œuvre américain, la Russie soviétique voulait proposer elle aussi un film de SF mémorable. Pari – presque réussi – même si le succès public n’a pas été celui de Kubrick.

    Message philosophique

    Disons aussi que Tarkovski s’intéresse moins à la SF qu’au message philosophique. Le cinéaste boudé par les officiels soviétiques ne parviendront jamais à s'attirer les bonnes grâces d'une Russie déjà sclérosée. Le futurisme de son Solaris apparaît comme un décor et une illusion au service d’un discours philosophique et métaphysique sur l’humanité, Dieu, le sens de la vie, mais aussi la culture humaine, les traditions, les souvenirs et le cheminement intérieur, lorsque Kris Kelvin rencontre Diane – ou plutôt son double extra-terrestre (la superbe et magnétique Natalia Bondartchouk). 

    Évidemment, le remake qu’en a fait Steven Soderbegh trente ans plus tard, n’a pas manqué d’être comparé avec l’œuvre de Tarkovski. Il y a des similitudes dans l’intrigue : une mission spatiale qui tourne mal, une série de drames dans l’espace et une apparition qui vient bouleverser le personnage principal, en l’occurrence Chris Kelvin, psychologue de son état, veuf depuis quelques années suite à un drame que Soderbegh met en scène dans le dernier quart du film.

    Au message philosophique du Solaris de Tarkovski, Soderbegh répond par un film hollywoodien, avec deux acteurs au glamour irrésistible, George Clooney, Natascha McElhone ainsi que des seconds rôles convaincants (Jeremy Davies et Viola Davis). Le Solaris de 2002 est riche de ses décors soignés et d’effets spéciaux magnifiques, qui n’écrasent cependant pas le film.

    Soderbegh s’est prudemment défendu de "refaire" le Tarkovski, préférant proposer une nouvelle adaptation du roman de Stanisław Lem. Le résultat est franchement probant, même si le message philosophique du cinéaste russe devient, dans le Solaris de 2002, un drame intime, jusqu’à une conclusion sous forme d’une porte ouverte vertigineuse. Une jolie réussite. 

    Solaris, science-fiction russe d’Andreï Tarkovski,
    avec Natalia Bondartchouk et Donatas Banionis, 1972, 90 mn, en DVD, MK2

    Solaris, science-fiction américaine de Steven Soderbergh, avec George Clooney, Natascha McElhone, Jeremy Davies et Viola Davis, 2002, 99 mn, en DVD, 20th Century Fox
    https://www.dvdclassik.com/critique/solaris-tarkovski
    https://www.leblogducinema.com/original-vs-remake/1-solaris-vs-solaris-96527

    Voir aussi : "2001 en 1968"

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  • Infirmière d’entreprise 

    Rouge, annonce le film de Farid Bentouli, sorti en pleine pandémie. Rouge comme les boues d'une entreprise déversées en toute impunité dans la nature. Rouge comme la couleur syndicale que porte fièrement le père de Nour qui vient d’être embauchée comme infirmière de l’entreprise où il travaille depuis des années. Rouge aussi comme la passion que va mettre la jeune femme dans une cause à la fois juste et difficile pour elle. Voilà une infirmière d'entreprise devenant lanceuse d'alertes.    

    C’est dans un hôpital que commence le récit de Rouge, un film de Farid Bentoumi inspiré d’une histoire vraie, celle de l’usine de Gardanne. Nour (Zita Hanrot, César 2016 du meilleur espoir féminin pour Fatima) fait face à une urgence dont le spectateur finira pas comprendre les tenants et les aboutissants, même s’ils n’occupent pas le cœur de l’histoire.

    La carrière de la jeune femme prend un virage à la fois imprévisible et rassurant pour elle : elle est recrutée dans une usine chimique où travaille son père, par ailleurs délégué syndical. C’est un retour pour elle dans la famille tout autant que la découverte d’un travail a priori moins stressant que celui d’infirmière hospitalière. Sauf que Nour découvre un secret bien gardé : celui du rejet de boues toxiques depuis des années. Une enquête est menée par une journaliste, avec qui l’infirmière prend contact, au risque de détruire l’équilibre familial. 

    La lutte est si âpre que Rouge prend l’allure d’un thriller à la Erin Brockovitch

    On connaissait Goliath et cette lutte contre une multinationale. Avec Rouge, nous voilà dans une histoire qui se passe à hauteur d’hommes et de femmes. Le spectateur suit Nour, une infirmière bouleversée par son ancien travail et qui reprend pied dans un nouveau poste, au milieu des siens. Il y a le père, le toujours excellent Sami Bouajila, en ouvrier engagé et dévoué à son entreprise. Il y a la sœur aimée (Alka Balbir) qui s’apprête à se marier. La découverte des petits arrangements d’une multinationale ressemble à une lutte du pot de fer contre le pot de terre. Il y a de l’héroïsme chez l’infirmière sensible et passionnée, remuée aussi par les témoignages recueillis par Emma (la formidable Céline Salette) et se trouvant du jour au lendemain dans le rôle de lanceuse d’alertes, sans le vouloir vraiment.

    Engagé, Rouge l’est, bien évidemment : écologie, capitalisme, libéralisme, pollutions, syndicalisme. Les sujets sociaux et économiques embrassés sont au cœur de l’histoire. Mais il y a aussi la trame familiale et sociale, avec ces ouvriers trimant juste pour vivre, faisant fi de leur santé et des conséquences sur l’environnement. La lutte, on le devine, est si âpre que le film prend aussi l’allure d’un thriller à la Erin Brockovitch. Avec une Zita Hanrot formidable de justesse.

    Les infirmières d’entreprise ont décidément trouvé leur héroïne, pour ne pas dire leur modèle.

    Rouge, drame social franco-belge de Farid Bentoumi, avec Zita Hanrot, Sami Bouajila, Céline Sallette,
    Olivier Gourmet et Alka Balbir, 86 mn, 2020

    https://www.advitamdistribution.com/films/rouge

    Voir aussi : "Nourrir son monde"

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  • Fantasmer et faire l’amour

    Les films à sketchs, un genre à part et considéré avec méfiance, peut vite tomber dans le piège de sketchs de qualités variables. Les fantasmes de Stéphane et David Foenkinos n’évite pas cet écueil, ce qui ne l’empêche pas d’être une œuvre à la fois osée, souriante et étonnante.

    Soulignons d’emblée le choix de la bande originale, choisie avec soin, avec notamment la découverte ou redécouverte de "Teach Me Tiger" d’April Stevens.

    Stéphane Foenkinos et son écrivain de frère, auquel Bla Bla Blog consacre un hors-série spécial, ont choisi un thème unique : le fantasme en amour.

    Évidemment, il aurait fallu au moins plusieurs saisons d’une série pour creuser ce sujet. Les frères Foenkinos ont fait le choix d’aborder des fantasmes parfois étonnants, qui sont le titre de chacun des six sketchs : "Ludophilie" avec Denis Podalydès et Suzanne Clément, "Dacryphilie" avec Nicolas Bedos et Céline Sallette, "Sorophilie" avec Ramzy Bedia, Joséphine de Meaux et Alice Taglioni, "Thanatophilie" avec Monica Bellucci et Carole Bouquet, "Hypophilie" avec Joséphine Japy et William Lebghil et "Autagonistophilie" avec Jean-Paul Rouve et Karin Viard. 

    "Être excité de ne plus faire l’amour"

    Les mauvais coucheurs reprocheront la place donnée aux couples hétérosexuels, si l’on excepte toutefois le duo à contre-emploi de Monica Bellucci et Carole Bouquet, dans le rôle de lesbiennes thanatophiles. Ce sketch, qui est l’un des plus impertinents du film, est aussi paradoxalement celui qui ne parvient pas à aller jusqu’au bout de son propos et qui finit par retomber comme un soufflet, hélas. Tel n’est pas le cas de "Autagonistophilie", dans lequel Jean-Paul Rouve et Karin Viard se donnent à 200 % dans une comédie interrogeant la vie privée, l’œil de la caméra et la pornographie, non sans une certaine candeur.

    Il faut d’ailleurs remarquer que l’autre sketch très réussi interroge lui aussi le sexe et l’acteur : dans "Ludophilie", Vincent et Louise font du jeu de rôle le cœur de leurs fantasmes en couple. c’est le théâtre qui va avoir le dernier mot dans cette étonnante histoire de métamorphose.

    À côté des histoires plus prudentes, mais non sans audaces que sont "Sorophilie" ("être excité par la sœur de l’être aimé") et "Hypophilie" ("être excité de ne plus faire l’amour", sic), il faut s’arrêter sur le couple que forment Nicolas Bedos et Céline Sallette. Dans le duo glamour, Lisa, magnifique, éblouissante, paumée et drôle, se découvre un émoi très particulier : les larmes de son compagnon ! L’idée est tellement bonne qu’elle aurait certainement mérité d’être développée dans un long-métrage. Mais c’est là toutes les limites des films à sketchs.

    Les Fantasmes de Stéphane et David Foenkinos, comédie française à sketchs, avec Denis Podalydès, Suzanne Clément, Nicolas Bedos, Céline Sallette, Ramzy Bedia, Alice Taglioni, Monica Bellucci, Carole Bouquet, Joséphine Japy, William Lebghil, Karin Viard et Jean-Paul Rouve, 2021, 102 mn
    https://www.unifrance.org/film/50916/les-fantasmes
    https://www.facebook.com/david.foenkinos
    @DavidFoenkinos

    Voir aussi : "Anti fiction"
    "Le derrière de la pop"

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