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Articles et blablas

  • Le S3NS du jazz d’Ibrahim Maalouf

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    Après une incursion séduisante d’Ibrahim Maalouf dans la musique classique, avec la Levantine Symphony, boudée par certains ayatollahs du jazz mais réellement séduisante, voici Ibrahim Maalouf de retour avec S3NS. Un onzième album résolument jazz cette fois, qui prouve une fois de plus que le trompettiste franco-libanais est déjà en train de marquer l’histoire de ce genre.

    L’album s’ouvre sur Rosa Blanca qui, après une entrée délicate et mélancolique, se déploie avec générosité et luxuriante, grâce au featuring d’Harold López-Nussa. Un titre auquel vient répondre, plus loin dans l’opus, le tout aussi coloré et fantasque N.E.G.U., avec cette fois Alfredo Rodriguez.

    "Luxuriance" : le mot est trouvé pour qualifier un opus à la fois classique dans sa facture (orchestre de cuivre, rythmes enlevés, couleurs de jazz band, rythmes latinos) et d’une réelle maîtrise – mais on n’en attendait pas moins d’Ibrahim Maalouf. Luxuriance mais aussi audace car, de la même manière que Maalouf était entré dans le classique, en y apportant ses influences jazz et orientales, le trompettiste ne dédaigne pas plus la fusion, à l’exemple du canaille Na Na Na où viennent se rejoindre free jazz, manouche, pop et électro dans un joyeux fatras qui vient narguer les bien-pensants d’un jazz sous naphtaline.

    Un joyeux fatras qui vient narguer les bien-pensants d’un jazz sous naphtaline

    Le trompettiste fait feu de tout bois, ne s’interdisant pas de se nourrir de pop-rock, à l’exemple de l’attendrissant et mutin Happy Face, ou de proposer des architectures musicales faisant se concentrer l’électronique et le cuivre, dans S3NS, le titre qui a donné le nom à l’album. Pour Harlem, en featuring avec Irving Acao, nous voici, bien sûr, au cœur de New York, dans un morceau au funk assumé. La trompette d’Ibrahim Maalouf cavale toute bride apparue dans les quartiers bigarrés et colorés de la Big Apple. Harlem ce n’est pas juste un titre jazz virevoltant : c’est aussi une vraie scène cinématographique, au point qu’on l’imagine bien faire les honneurs d’une bande originale de film.

    Le musicien franco libanais s’offre le luxe de s’allier avec Roberto Fonseca pour Gebrayel, un titre latino à souhait, à la joyeuse exubérance mais non sans des respirations mélancoliques et bouleversantes. Bouleversantes comme le sont les sonorités et la facture de All I Can’t Say, dans lequel la trompette vivante d’Ibrahim Maalouf se déploie, langoureuse, lyrique et romanesque, avec des accents orientaux. Il semble que pour S3NS, Ibrahim Maalouf propose un album bien plus intériorisé qu’il n’y paraisse. Le titre qui termine l’opus, Radio Magallanes, nous parle de solitude et de repli à l’écart des autres, à l’instar de cette terre chilienne proche de l’Antarctique. Après la chaleur méditerranéenne, voilà pour terminer le froid du pôle sud, pour un opus qui nous a fait cavaler aux quatre coins du monde. Un vrai album qui fait S3NS, quoi.

    Ibrahim Maalouf, S3NS, Mister Ibe, 2019
    En concert, le 23 novembre au Zénith de Dijon
    Le 24 novembre au Zénith de Nancy
    Le 30 novembre à l’Opéra Garnier de Monte-Carlo
    Le 1er décembre au Dôme de Marseille
    Le 8 Décembre au Zénith Sud, deMontpellier
    https://www.ibrahimmaalouf.com
    https://www.facebook.com/ibrahim.maalouf

    Voie aussi : "Ibrahim Maalouf, déjà un classique"

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  • Accusé Molière, levez-vous !

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    Voilà 400 ans que Molière berce l’histoire de la littérature française. Celui qui est un auteur classique, entré dans tous les manuels scolaires, est sans doute aussi, paradoxalement, celui qui est le moins académique et le plus vivant. Commentées avec passion, ses pièces gardent leur fraîcheur et toute leur pertinence.

    Qu’une pièce, justement, se penche sur "le cas Molière", voilà qui ne peut que susciter notre intérêt. Si nous parlons de "cas Molière" c’est qu’une théorie troublante s’est peu à peu dévoilée depuis le début du XXe siècle : la plupart des grandes pièces de Molière seraient, en réalité, écrites par Corneille. Et si le plus grand monument du théâtre français était une vaste imposture ? C’est en partant de cette idée que Julien Delpech (auteur et interprète et seul en scène Ça aurait pu commencer comme ça !, toujours en tournée) a imaginé Molière, L’Imposteur ?

    En 1998, François Martin, professeur de Français à la retraite, décide de partir en Inde dans le cadre d’une mission humanitaire. Un séisme détruit la région et on perd la trace du professeur. Un an plus tard, le fils de François, Victor, désormais orphelin, reçoit un cahier du notaire de sa mère. En découvrant ce manuscrit, ce sont de lourds secrets qui sont dévoilés, et parmi eux il y a une imposture littéraire.

    Aurions-nous tous été tous dupés ? Molière serait-il cet imposteur que Pierre Louÿs avait cru démasquer ? Qu’importe, répond en substance Julien Delpech : même si Molière n’est pas l’auteur de ses pièces, il reste un personnage majeur. Sans Jean-Baptiste Poquelin, Molière n’existe pas et sans Jean-Baptiste Poquelin, Corneille reste Corneille.

    Molière, L’Imposteur ?, proposé par la jeune compagnie Gaîté Production, ne cache pas son ambition artistique : cette enquête historique et littéraire s’étalant sur trois époques et sur plusieurs siècles, elle est interprétée par cinq comédiens et comédiennes endossant pas moins de 25 rôles.

    Alors, Molière est-il l’auteur de L’Avare, de Tartuffe ou du Bourgeois Gentilhomme ? Au public de le découvrir avec cette étonnante pièce, qui entend dévoiler une vérité sur le plus énigmatique, sans doute, des génies français.

    Molière, L’Imposteur ? de Julien Delpech
    Avec Julien Delpech, Paul Morel, Héloïse Werther, Pierre Delcambre et Prune Roussillon
    Compagnie Gaîté Production
    Théo-Théâtre, Paris, 15e

    Du 13 octobre au 22 décembre 2019, le dimanche soir à 19H
    http://www.lesptitsmolieres.com

    Voir aussi : "Seul en scène entre amis"

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  • Polissonne, mais pas que

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    Cette année encore, Bla Bla Blog ouvre ses colonnes au salon de la littérature érotique. Il aura lieu à La Bellevilloise le dimanche 24 novembre 2019 de 15 heures à 21 heures.

    Genre à la marge s’il en est, la littérature érotique est pourtant un genre qui a su largement se dépoussiérer ces dernières années. Polissonne, dévergondée, sexy : la littérature érotique c’est cela, mais pas que... Et c’est cette littérature aux multiples visages que proposent les organisateurs de ce salon pas tout à fait comme les autres.

    Flore Cherry, que Bla Bla Blog avait chroniquée l’an dernier, est aux manettes de cet événement qui décline l’érotisme littéraire à toutes les sauces, pour en faire un moment qui promet d’être passionnant, divertissant, engagé… et bien sûr amoureux.

    Bien entendu, les auteures et auteurs de romans érotiques et d’essais sur la sexualité auront une place de choix au cours de ce salon : Camille du compte Je m'en bats le clito, Brigitte Lahaie, Nomi Jolinomi, Virginie Girod, Lucile Bellan, Olivier Liron, Caroline Michel, Ève de Caudalie (elle présentera en avant-première son dernier ouvrage, Troublante excitation), Marc Dannam ou Guenièvre Suryous, que nous avions chroniquée sur ce blog. Lors du salon, Aurélien Fache et Cathline Smoos viendront avec leur dernier ouvrage Pussy Talk, une œuvre qui mélange érotisme et nouvelles technologies. À ne pas manquer également, le Prix de la nouvelle érotique sera remis par Laslo Sardanapale.

    Anne Hautecoeur sera également présente pour parler de l’aventure de La Musardine, une des rares librairies spécialisées dans la littérature érotique à Paris.

    Parmi cette vingtaine d’auteurs, les femmes tiendront une place de choix. Beaucoup de féministes ont fait de la littérature érotique un vrai champ de réflexions sur la sexualité et sur les rapports hommes-femmes, sinon d’expérimentations, comme le prouvent les conférences proposées par le salon du 24 novembre : la lecture d’un extrait de Féministe pour Homme de Noémie de Lattre et d’un autre de Julie Palombe, En attendant l’accouchement, un débat de Wyylde portant sur la question "Quel discours sur la sexualité libre en 2019 ?" et une conférence de Franck Spengler, "La New Romance, l’écriture érotique des femmes ?"

    Le public pourra participer à des défis d'écriture érotique et découvrir des stands et des animations insolites (écoute érotique au casque par Audible et sa collection Libido, le tarot des fantasmes par My Sweet Fantasy, des sextoys par Lelo, etc.)

    Parce que la littérature érotique n’entend pas se limiter à la polissonnerie, une visite à ce salon est sans aucun doute l’un des événements à suivre le week-end prochain.

    Salon de la littérature érotique, 4e édition
    La Bellevilloise, le dimanche 24 novembre 2019, de 15 heures à 21 heures.
    https://www.facebook.com/events/636334693561774
    Avec le soutien de Lelo, Wyylde et Audible

    Voir aussi : "Le salon de l’érotisme sous le regard des modèles d’Alex Varenne"

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  • Chaud, fort et bon

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    Et si Haylen était la future grande voix de la soul ? Cette question très sérieuse mérite d’être posée après l’écoute de son premier EP, Out Of Line, sorti il y a un an et que je ne découvre qu’aujourd’hui. Mais mieux vaut tard que jamais, pas vrai ?

    Les cinq titres de son opus, d’une belle homogénéité et faisant se rencontrer pop, rock, jazz et soul, marquent sans doute la naissance d’une vraie crooneuse.

    Le sens du spectacle, la chanteuse et guitariste parisienne l’a, sans aucun doute : meneuse de revue au Crazy Horse, Haylen a également arpenté la scène de l’American Tours, nous apprend le magazine Rolling Stones dans son numéro de septembre 2019, sans compter un passage par The Voice en 2016.

    Mais revenons à ce premier EP, qui est à sa manière un hymne à la beauté et à l’amour. La voix veloutée de la chanteuse délivre une pop rock langoureuse et chaleureuse (Don’t Give Up). Dans ce mini album, en anglais pour l'essentiel, Haylen propose ausi un titre en français, Encore Une Nuit, délicat et mélancolique chant d’amour : "Encore une nuit / Qui ne t'invente pas / Encore une nuit / Seule Dans ce grand lit froid / Les larmes ont séchées sur mon visage / Depuis ce dernier baiser trop sage / Cette histoire dissimulé / Vaut le coup de doux moment comme captivé / Enivré dans la chaleur de tes bras / Ceux qui me seraient fort ce matin là."

    Le funk langoureux de Little Star est porté par une voix qui vient s’épanouir dans des volutes. Plus érotique encore, Out Of Line, qui donne le nom à l’EP d’Haylen, se déplie avec des accents de danse nuptiale, sur des sons débarrassés de tout artifice, comme si la musique se mettait à nu elle aussi : "All alone one more time / On my own with a broken heart / Tears sweaping the boulevard / Lord hear me I'm praying the stars / Everytime I walk out of line / Out of line."

    Si le slow pouvait revenir hanter les pistes de danse et rapprocher enfin les corps, c’est sans doute sur cet album d’Haylen que l’on jetterait son dévolu, et en particulier sur le dernier titre, Good Things. Chaud, fort et bon ! : "You can call me a dreamer / But no one can stop me tonight / in this world so strange / We all have to play the same game / And I can't imagine what it would be / A place without darkness and misery."

    Violon, guitare, saxo et voix puissante : rien de trop pour faire de la chanteuse anglaise une passionnante crooneuse à suivre avec passion.

    Haylen, Out Of Line, BackBeat Records, 2018
    https://haylenofficiel.bandcamp.com/releases
    https://www.facebook.com/haylenofficiel

    Voir aussi : "Comme un air de Motown"

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  • Dernières nouvelles de l’enfer

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    Hellina-Scythe-Visuel-1000pxl-rvb.jpgL’enfer est pavé de mauvaises intentions, et dans le cycle de BD Hellina & Scythe, on peut compter sur la reine Scythe, l’adjuratrice Hellinao ou la princesse consort Maelstrom pour mettre au pas des armées de démones et les envoyer ad patres. Le livre regroupe les quatre premiers épisodes de Hellina Scythe parus entre janvier et mai 2017. La saga d’érotico-fantasy propose un univers sombre à souhait peuplé de succubes sexy et athlétiques : de vraies super héroïnes en sorte, peuplant un enfer "grandiose, froid, magnifique, horrible et solitaire." Ce dont il est question dans ce très beau volume, proposé par les éditions Tabou, est ni plus ni moins qu’une nouvelle mythologie mettant en scène Cerbère, Hadès ou Perséphone, mais aussi des personnages inventés de toute pièce : Aurélie la Gardienne de la Rivière des Chagrins, Hellina, la maîtresse des enfers ou la non moins sculpturale reine Scythe.

    Dans Hellina & Scythe, la première nouvelle graphique du volume, avec Pat Shand au scénario et Gabriel Andrade au dessin, nos deux guerrières, au service de Lucifer, goûtent cinq siècles d’accalmie sur terre, occasion parfaite pour batifoler dans "la première crypte venue." Mais leur longue nuit d’étreintes est troublée par le raid d’une armé conduite par Forneus, la reine du Quadrant de l’Armoise du dernier cercle – excusez du peu : la reine folle, "connue pour sa collection d’oiseaux morts et sa tenue faite de ses propres cheveux", est venue leur faire la nique. Elle vient renverser l’enfer – Lucifer pour le dire autrement. Une nouvelle guerre commence contre une adverse retorse, guerre qui menace de plonger la terre dans une redoutable apocalypse. Hellina et Scythe organisent la résistance en mettant en place une armée de démons avant de descendre en enfer afin d’affronter la reine folle.

    Dans l’histoire suivante, Nekrotika et Maelstrom (au scénario, Doug Meiers, William A . Christensen et Mark Seifert, et au dessin Juan Jose Ryp), il est question d’un combat singulier entre deux démones pour devenir princesse consort et se disputer les faveurs de la reine. Ce duel entre les deux prétendantes va vite prendre une tournure d’une tout autre ampleur.

    Les amours saphiques sont aussi des transcriptions au féminin des amitiés viriles antiques

    Dans le moins convaincant Sythe & Maelstrom (William A . Christensen et Mark Seifert au scénario et Rick Lyons au dessin), il est question précisément de la rencontre entre la reine Sythe et celle qui sera sa future princesse consort Maelstrom. Cette dernière est passée entre les mains d’un autre ennemi de Lucifer, l’archidiable Béset.

    Pour le très réussi Les Origines de Hellina, en trois parties, Doug Meyers et Loren Hernandez content le destin éloquent de l’humaine Sandra Lords, une éternelle femme victime de toutes les exactions pactisant avec le mal pour devenir la maîtresse des enfers, avant de rejoindre plus tard les rangs de Scythe.

    Voilà le programme réjouissant de ce volume mettant en scène des diablesses s’entre-déchirant pour le contrôle des enfers dans des guerres sans merci. Des guerres où les humains sont réduits au rang de pantins fragiles et finalement guère mieux que ces démones qui les protègent à leur manière : "C’est Lucifer qui a ordonné que l’humanité soit doté du libre-arbitre pour la protéger des créatures voulant contrôler les esprits."

    Combats à mort, tueries, tortures, viols, éviscérations ou sang coulant à gros bouillons sont mâtinés d’une solide dose d’humour noir et bien entendu d’érotisme. Le cycle Hellina & Scythe est autant un plaisant divertissement sensuel et sanglant – à ne pas prendre bien évidemment au premier degré – qu’un réel projet artistique. Nos héroïnes imposent leurs forces et leurs désirs dans des mondes terrestres ou infernaux essentiellement masculins – si l’on excepte la première histoire mettant en scène la reine folle. Disons aussi que les viols ne sont pas moins importants que les émasculations, et les personnages masculins ont fort à faire pour imposer leur règne. Les amours saphiques de Scythe et Hellina sont représentées bien sûr comme des fantasmes pur jus – à l’instar de la centaine de couvertures reproduites – mais ce sont aussi des transcriptions au féminin des amitiés viriles antiques courantes dans la mythologie grecque, à l’instar d’Achille et Patrocle.

    Ce très bel album, qui n’est pas à mettre entre toutes les mains, se termine par plus de 50 pages et 112 couvertures d’albums de ce cycle : un mélange d’horreur, de mythologie, de dark fantasy et d’érotisme. Vous voilà prévenus.

    Pat Shand, Gabriel Andrade et Juan Jose Ryp, Hellina & Scythe
    éd. Tabou, 2019, 224 p.
    http://www.tabou-editions.com
    https://patshand.tumblr.com

    Voir aussi : "Plans à Troie"

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  • Les mondes rêvés de Zimmer

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    Dans son album éponyme, Zimmer propose une électro revenant à ses sources, celle de Jarre et de l’électro allemande (Physique, Dawn, Side of you), non sans une large place laissée à l’acoustique.

    C’est un opus faisant le pari d’une électro explorant les terrains de la pop (Make it Happen) – Daft Punk est passée par là – voire au disco et à la danse (Techno Disco). Wildflowers, avec la voix de Jarrah McCleary du groupe australien Panama, ose même chercher des influences venues d’extrême-Orient, voire des sons ouverts sur des mondes rêvées, comme des prières adressées à des esprits (Mayans, Thunder).

    L’auditeur y trouvera une musique planante et irrésistible (Dawn, Bai) grâce à des sons à la rythmique et aux mélodies minimalistes, à l’instar de Rey, le premier single sorti en juin dernier. L’électro de Zimmer est volontairement apaisée et revient aux fondamentaux : les machines dessinent une musique paradoxalement humaine et rassurante à la Petit Biscuit (Beast).

    Outre le morceau de bravoure qu’est Mouvement, envoûtant et à la simplicité évangélique, Zimmer utilise également des sonorités pop rock pour Thunder : rythme lancinant, pureté du synthétique et piano de retour sont au service d’un concerto du nouveau monde, entretenu par des rythmiques primitives.

    Landing est un atterrissage en douceur pour clore cet album à la fois universel et venu d’ailleurs

    Zimmer, Zimmer, Roche Musique, 2019
    En concert le 15 janvier à la Maroquinerie
    https://roche-musique.com

    Voir aussi : "Juste quelques minutes d’électro"

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  • Clap de fin pour le 42 heures pour un Court

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    La 13e édition du 42 heures pour un Court avait lieu ce week-end à Montargis du 8 au 10 novembre.

    Après 42 heures d’un triathlon vidéo, au cours de laquelle 8 équipes devaient imaginer, écrire, jouer, tourner et monter un film, ce dimanche avait lieu la projection des œuvres créées en un temps record et la remise des prix, après une longue délibération du jury, sous la houlette de Rémy Julienne.

    Sur huit équipes, sept ont finalement pu terminer dans les temps et proposer leur création qui devaient obéir à des contraintes de situation (mettre en scène la phobie, le hasard, la prédiction de l’avenir ou l’optimisme à toute épreuve), de 9thème (le chiffre 13), de lieu (huit lieux à Montargis étaient tiré au sort) et une dernière contrainte sur une citation de film tirée au sort.

    Le palmarès a particulièrement mis en lumière trois courts-métrages qui ont fait l’objet de discussions parfois passionnées, avec des trouvailles et des choix qui ont pu déconcerter voire enthousiasmer le jury.

    Le Chien d'Or a été remis au film Futur imparfait de l'équipe W Movie Machine, qui a également reçu le prix du public, à quelques voix près. Le jury a été séduit par la qualité du film comme par l’humour impertinent et les trouvailles au service d’un court-métrage engagé, mené tambour-battant.

    Le Chien d'Argent a été remis à Ready or not de l'équipe Novely Studio pour l’audace de son sujet très actuel et par le culot de ses créateurs.

    Le Chien de Bronze a été remis à Un message de l'équipe Rapace Prod pour avoir su traiter avec beaucoup d’intelligence, sans pathos et non sans humour le sujet difficile du deuil.

    Deux prix d'interprétation féminine ex-æquo ont été remis à Laurine Porcher pour son interprétation dans Ready or not dans lequel elle tient à bout de bras le court-métrage Mélanie Poiget pour son rôle de voyante hallucinée dans Un message.

    Le prix d'interprétation masculine a été remis à l’unanimité à Chris Surgiao, parfait dans son interprétation de looser magnifique à la Big Lebowski pour Futur imparfait.

    Le jury a tenu à ajouter trois prix spéciaux.

    Un prix du meilleur second rôle a été remis à la "jeune" et formidable Marcelle Bréchet pour Futur imparfait et son rôle incroyable de Sandrine Connor.  

    Un prix du meilleur scénario, qui a bluffé le jury, a été donné à Un message.

    Le jury a tenu également à décerner le prix de la meilleure musique à Ça roule, Jason de l'équipe La Compagnie Man Raie.

    C’est donc fini pour cette 13e édition de 42 heures pour un Court. À l’année prochaine pour le 14e rendez-vous de ce festival de cinéma.

    42 heures pour un Court avait lieu, du 8 au 10 novembre 2019
    http://www.art-et-culture-montargis.com/-42h-pour-un-court-.html
    https://www.facebook.com/Association-Art-et-Culture-Montargis-Officiel-375977162480565/

    Voir aussi : "Dans le jury de 42 heures pour un Court"

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  • La bibliothèque des auteur·e·s inconnu·e·s

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    david foenkinos,roman,imposture littéraire,bretagne,finistère,crozonC’est une imposture littéraire dont il est question dans Le Mystère Henri Pick (éd. Gallimard). Une imposture à vrai dire imaginaire mais qui n’a rien d’absurde, tant le roman de David Foenkinos paraît réaliste dans sa description du grand et du petit milieu des lettres. Rien ne manque dans ce roman énigmatique dans lequel l’auteur de La Délicatesse a certainement mis pas mal de moments vécus : une jeune éditrice ambitieuse, un écrivain qui rame à faire décoller sa carrière après un premier roman prometteur, un critique littéraire sur le déclin, quelques célébrités littéraires (Michel Houellebecq, Laurent Binet ou François Busnel) et bien entendu un mystérieux auteur nommé Henri Pick.

    L'histoire démarre à Crozon, dans une obscure bibliothèque municipale. Là, son responsable a décidé en 1992 de consacrer un rayon aux manuscrits oubliés, où des écrivains en mal de reconnaissance viendraient déposer leurs œuvres. Aucun comité de lecture pour ces textes refusés : son principe est celui de l’authentique Brautigan Library, créé au début des années 80 dans l’État de Washington.

    C’est dans cette bibliothèque de Crozon que Delphine Despero, éditrice chez Grasset et en vacances dans sa famille finistérienne, découvre ce qu’elle qualifie de "chef d’œuvre" : le livre, un roman, s’appelle Les Dernières Heures d’une Histoire d’Amour et a été écrit par un certain Henri Pick. Ce nom n’est pas inconnu des habitants de ce petit coin de Bretagne car cet homme très discret, décédé deux ans plus tôt, tenait une modeste pizzeria. Or, le manuscrit de cet Henri Pick s’avère intrigant puisque sa veuve ignorait jusqu’à l’existence de ce texte et apprend à l’éditrice qu’elle n’a jamais vu son mari écrire, et encore moins lire. En dépit de ce mystère, Delphine Despero est persuadé d’être en présence d’un nouveau Vivian Maier (1926-2009), du nom de ce photographe dont les clichés n’ont été découverts qu’après sa mort. "Pour Delphine, la comparaison avec Pick était justifiée. Il s’agissait d’un pizzaiolo breton qui, dans le secret absolu, avait écrit un grand roman. Un homme qui n’avait jamais cherché à publier. Cela intriguerait tout le monde, à coup sûr."

    Aussi célèbre et mystérieux que Salinger ou Thomas Pynchon

    Pour intriguer, le roman d’Henri Pick intrigue. La publication de son roman posthume devient un événement littéraire, que les éditions Grasset montent alimentent. Contre toute attente, la publication des Dernières Heures d’une Histoire d’Amour est un triomphe, alimenté autant par le bouche-à-oreille élogieux des lecteurs et des libraires que par les médias qui sont fascinées par cette histoire de pizzaiolo breton devenu aussi célèbre et mystérieux que Salinger ou Thomas Pynchon. Au milieu de cette folie littéraire, un homme est obsédé et dubitatif par l’histoire de ce roman rescapé de l’oubli : Jean-Michel Rouche, critique au Figaro littéraire, décide de mener l’enquête. Et ses pas le mènent, bien entendu, en Bretagne. Qui est réellement cet Henri Pick et est-il l’auteur de son best-seller ?

    Il fallait la malice, la sensibilité et la connaissance du milieu littéraire de David Foenkinos pour écrire l’histoire de cette découverte littéraire. L’auteur de Vers la Beauté choisit la comédie mais aussi l’enquête pour raconter un destin artistique et la mise sur le devant de la scène d’un modeste citoyen qui, en tant normal, aurait été oublié de tous. Mais cette histoire éditoriale et médiatique complètement folle (que l’on pense à la scène d’interview hilarante de François Busnel) est aussi celle d’hommes et de femmes qu’un simple roman transforme : l’ambitieuse et douée Delphine Despero, bien entendu, mais aussi son petit ami Frédéric, le critique littéraire Jean-Michel Rouche, la veuve et la fille de Pick ou la bibliothécaire de Crozon.

    Le Mystère Henri Pick garde la saveur d’un livre énigmatique jusque dans les dernières pages éclairant l’itinéraire d’un manuscrit qui su si bien bouleverser des millions de lecteurs. le roman de David Foenkinos a fait l’objet cette année d’une adaptation de Rémi Bezançon, avec Fabrice Luchini et Camille Cottin dans les rôles principaux.

    David Foenkinos, Le Mystère Henri Pick, éd. Gallimard, coll. Folio, 323 p. 2016
    @DavidFoenkinos

    Voir aussi : "David Foenkinos, son œuvre"
    "Beau et sombre à la fois"

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  • Clio, la fille en fusion

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    Avec Clio, de retour avec son deuxième album Déjà Venise, c’est la fusion parfaite entre chanson et électro. Les textes sensibles d’une fille, dont on sent la lave bouillonner, battent dans un rythme syncopé, à l’instar du premier titre, T’as vu, qui est le récit du retour d’une femme après, l’imagine-t-on, une grave crise de couple : "Allez ça va / Je suis là / J’ai fait des tours autour de la maison / Fumer beaucoup / Mouiller mes joues / toucher le fond / J’ai shooté dans tous les cailloux des horizons / Et je suis rentré à la maison." Ce récit teintée d’amertume et de mélancolie est aussi l’histoire d’une réconciliation autant que l’aveu d’un amour inconditionnel malgré tout : "Plus jamais ça / Mais t’as crois quoi ? / Q’j’allais pas rentrer ? / Q’j’allais me barrer ? / Q’j’en allais en allumer un mieux dans la rue d’à côté ? / Mais non t’inquiète pas / Y’a pas mieux que toi."

    L’ouverture de Déjà Venise porte l’empreinte d’un opus romantique et sensible (Nous perdre au Louvre), mais sans concession. Clio revendique être une femme amoureuse, à la couleur guimauve et au cœur d’artichaut : "Je tombe amoureuse tous les trois jours / Je crois que j’ai des facultés pour / Il doit y avoir par là-dedans des récepteurs assez puissants / Je tombe amoureuse tous les mardis / Et malheureuse le mercredi / Qu’est-ce que je deviens qu’est-ce que je deviens / Moi si j’ai plus de chagrin demain."

    Musicalement, Clio digère, pour son album très personnel, des influences électros (T’as vu), urbaines (Sur les horodateurs), mais aussi… cinématographiques (Les Horodateurs, Romy S.). Ne pourrait-on d’ailleurs pas parler de touche rhomérienne dans l’écriture du titre Au bar de l’oubli ? L’utilisation, au service de textes mélancoliques, de sons synthétiques et de boîtes à rythme ne sont pas sans rappeler les influences de Dominique A et surtout de Françoiz Breut (Des pas dans la neige). L’album de Clio, à la beauté incandescente, est d’abord une déambulation romanesque aux arabesques envoûtantes, à l’exemple de Tristan, dont le choix acoustique à la sombre mélancolie renvoie à Maud Lübeck  : "Toi tu m’as plu / Tu m’as bien plus / Bien moins que lui / C’est évident / Mais bien longtemps que lui…"

    "Dans mon histoire d’amour je serais Romy Schneider"

    C’est un périple amoureux que propose Clio, ou plutôt des allers-retours dans lequel la chanteuse confie ses incertitudes et ses valses hésitations : Partir ou rester ? Retenir l’autre si c’est encore possible ? Se réconcilier ? "Mais elle est faite ta valise / Dans ta tête c’est déjà Venise /Mais elle est faite ta valise / Il y a les cintres / Plus les chemises / J’aurais dû y penser avant / Laisse-moi partir devant" (Déjà Venise). Pour cette chanson, qui donne le tire album, Clio parle dans un parlé-chanté gainsbourien, de réconciliations : Venise peut autant être le point de fuite d’un amour moribond qu’un nouveau voyage sentimental.

    Voyage sentimental, donc, mais aussi musical, tant Clio apporte vraiment quelque chose de plus dans le paysage de la chanson française : on peut parler de vraie d’audace pour cet opus qui n’aurait pu être qu’un simple album personnel. La chanteuse apporte un grand vent de fraîcheur, à l’instar de son adaptation française de Porque te vas, qui fait vraiment sens : peu d’artistes auraient pu être autant légitimes dans la reprise de ce tube de 1976 qui vient se fondre complètement dans Déjà Venise.

    Clio, artiste en fusion dans les deux sens du terme, croque à la sanguine les petites et les grandes aventures amoureuses, les rencontres ordinaires et fondamentales comme les douloureux états d’âmes, sur une rythmique nerveuse. Le rêve amoureux, les retrouvailles et les nouvelles passions sont toujours possibles, nous dit en substance Clio : "Dans mon histoire d’amour je serais Romy Schneider."

    Clio, Déjà Venise, 2019, uGo&Play Label / Un Plan Simple, 2019
    https://www.facebook.com/cliofficiel

    Le 15 novembre : Le Ponant, Pacé
    Le 15 et le 22 novembre : Le Scénacle, Besançon
    Le 4 décembre : Centre Culturel, Le Haillan

    Voir aussi : "Une session avec Françoiz Breut"
    "La vie à deux avec Maud Lübeck"

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  • Dépend-il de nous d'être heureux ?

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    Logo simple.jpgLe café philosophique de Montargis proposera sa prochaine séance le vendredi 15 novembre 2019 à 19 heures au Belman (entrée : côté Hôtel de France). Les participants du café philo seront invités à débattre autour de cette question : "Dépend-il de nous d’être heureux ?"

    Le bonheur : voilà sans doute ce qui guide principalement nos vies. Vivre à l’abri du besoin, réaliser ses rêves, connaître l’amour et, pourquoi pas, la fortune matérielle : voilà des aspirations que plus d’une personne recherche. Mais qu’est-ce qu’être heureux, au juste ? Est-ce ma volonté qui permet l’accession à ce bonheur ou bien le hasard, autrui, voire une forme de déterminisme ? Une bonne santé, qui est la condition nécessaire mais pas suffisante de mon bonheur, n’est-elle pas conditionnée par des facteurs qui me sont souvent étrangers ? Désirer être heureux n’est-ce pas un combat perdu d’avance ? Nos désirs dépendent-ils de nous ? Être heureux est-ce répondre à mes désirs ou bien sont-ils, au contraire, les véhicules de mon malheur ?

    Ce sont autant de questions qui pourront être abordés lors de la séance du vendredi 15 novembre 2019, à 19 heures, au Belman.

    La participation sera, comme d’habitude, libre et gratuite.

    http://cafephilosophique-montargis.hautetfort.com

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  • Dans le jury de 42 heures pour un court

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    Le compte à rebours a commencé : plus que deux jours avant le début du marathon ciné qui attend les équipes en lice pour le festival 42 heures pour un court.

    Je serai dans le jury aux côtés de la chanteuse Stone, de l’auteur, compositeur et interprète Mario D'Alba, de l’auteure-illustratrice de nationalité franco-canadienne Natalie Fortier, du journaliste Jean-Louis Macé et des scénaristes Armelle Patron et Emmanuel Patron.

    Nous aurons la responsabilité de récompenser les meilleurs court-métrage de cette nouvelle édition de triathlon vidéo. La projection des films imaginés, écrits, réalisés, joués et montés ce week-end aura lieu le dimanche 10 novembre à 15H au Tivoli de Montargis.

    Autant vous dire que l’excitation est déjà là. Vivement dimanche ! 

    Festival 42 heures pour un court
    Du 8 au 10 novembre 2019
    http://www.art-et-culture-montargis.com

    Voir aussi : "L'édition 2019 du Festival "42 Heures pour un Court" se prépare"

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  • Girodet versus Géricault

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    Le moins que l’on puisse dire c’est que le Musée Girodet s’est fait désirer. Fermé en 2008 pour rénovations, qui étaient bienvenues, l’auguste établissement public de Montargis, consacré principalement au peintre néoclassique Anne-Louis Girodet-Trioson, a subi de plein fouet l’avanie de la crue historique de juin 2016, qui a contraint à la restauration de plusieurs milliers d’œuvres et, in fine, à retarder la réouverture du musée.

    Une réouverture qui a eu lieu il y a moins d’un an. Le Musée Girodet propose en ce moment sa deuxième exposition : "Girodet face à Géricault ou la bataille romantique du Salon de 1819" qui sera visible jusqu’au 12 janvier 2020.

    Qui dit Géricault dit Radeau de la Méduse, une œuvre que le musée ne pourra découvrir – hélas – qu’à travers une copie de d’Eugène Ronjat. Le tableau original, peint en 1819 par un Théodore Géricault âgé de seulement 20 ans, va marquer pour longtemps l’histoire de la peinture, à travers la représentation, avec un réalisme cru, d’un fait divers survenu en 1816 : le naufrage catastrophique et choquant de La Méduse, un navire royal que le capitaine et les officiels ont décidé d’abandonner laissant leurs 400 passagers à un sort tragique. Cette œuvre est présentée en 1819 lors du salon de peinture et de sculpture au cours de laquelle Girodet, que Géricault connaît et admire, présente Pygmalion et Galatée. Ce sont deux peintures bien différentes qui marquent également l’affrontement de deux courants : l’un néoclassique avec une scène mythologique, et l’autre romantique et historique, précurseur d’un mouvement qui fera date.

    Le Musée Girodet a choisi d’exposer 80 des peintures qui avaient été présentées il y a 200 ans, des peintures recouvrant bien des thèmes : histoire, portraits, paysages, scènes de guerre, allégories ou religion.

    200 ans plus tard c’est pourtant Le Radeau de la Méduse que l’Histoire a gardé en mémoire

    Le visiteur circule dans un musée restauré depuis peu, plus aéré, à la scénographie et à l’éclairage plus moderne. Le cœur de l’expo est la nef principale dans laquelle, face à la copie du Radeau de la Méduse, a été accrochée une scène représentant Pygmalion et Galatée. Girodet décrit ainsi son tableau d’une rare force allégorique : "Le lieu de la scène est dans l’endroit le plus retiré de la maison du sculpteur ; il y a fait transporter la statue dont il est épris, non loin de celle de Vénus. Au moment du prodige, une auréole brillante paraît sur la tête de la déesse, et une lumière surnaturelle se répand dans tout le sanctuaire et forme, avec la fumée des parfums, le fond du tableau, sur lequel se détache, avec une magie surprenante, la figure de Galatée."

    Conscient que ce chef d’œuvre sera son dernier (le peintre meurt cinq ans plus tard, la même année d'ailleurs que Géricault), Girodet est soulagé de voir sa toile remarquée. Un critique salue la maîtrise d’un artiste qui est déjà au crépuscule de sa vie : "Le tableau de Galatée, destiné, même avant qu’il fût commencé, pour le cabinet de M. le comte de Sommariva, tiendra, sans contredit, le premier rang parmi les productions modernes de nos meilleurs artistes" Le terme de "moderne" prend ici un relief particulier, car si le tableau de Girodet a été la grande peinture du salon de 1819 (avant d’être oubliée puis redécouverte en 1967), c’est pourtant Le Radeau de la Méduse que l’Histoire a gardé en mémoire.

    "Girodet face à Géricault ou la bataille romantique du Salon de 1819"
    Musée Girodet, Montargis
    Jusqu’au 12 janvier 2020
    http://www.musee-girodet.fr

    Voir aussi : "L’art d’enculer les mouches"

    Anne-Louis Girodet-Trioson, Pygmalion et Galatée (ou Pygmalion amoureux de sa statue), huile sur toile, 202 x 253 cm, Paris, musée du Louvre © Musée du Louvre, distr. RMN-Grand Palais/Angèle Dequier – prêt exceptionnel

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  • Bijou, bijou

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    loustal,fred bernard,bijou,diamantBellaciao : ce nom qui sonne comme le rappel d’un chant de résistance est aussi, dans la BD de Loustal et Fred Bernard, le diamant au centre de Bijou (éd. Casterman).

    Découvert en 1907 en Afrique du Sud par un obscur chercheur, la pierre précieuse, tour à tour bague, sautoir, puis de nouveau bague, va passer de mains en mains, puis de cous en doigts, traversant le siècle et des dizaines de pays, avant d’atterrir, par le plus grand des hasards, en possession de la seule personne qui pouvait en être propriétaire.

    Entre-temps, Bellaciao va connaître mille et une aventures : un aventurier amoureux, une aristocrate survivante du Titanic, une bourgeoise des années folles, l’actrice Greta Garbo, un mari volage et sa maîtresse, des voleurs et des voyous audacieux et plusieurs femmes hommes et femmes chanceux, généreux ou malchanceux.
    Bellaciao, ce joyau convoité et aimé, raconte à sa façon des destins individuels où se mêlent la chance, le destin, la convoitise mais aussi la grande histoire : la première guerre mondiale, l’entre-deux guerres, l’Occupation ou le 11 septembre.

    Les auteurs ont construit leur roman graphique à la manière d’un album illustré : deux vignettes par page, aucune bulle, un texte narratif court et efficace et des dessins naïfs aux couleurs chaudes.

    Avec Bijou, Loustal et Fred Bernard signent une BD qui, en parlant d’un objet précieux, racontent aussi toute la vanité de vies éphémères.

    Loustal et Fred Bernard, Bijou, éd. Casterman, 2019, 69 p.
    http://www.loustal.com
    https://www.casterman.com/Bande-dessinee/Catalogue/albums/bijou

    Voir aussi : "Une nouvelle nuit à Rome avec toi"

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  • Cuisine poétique

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    paul pariente,rose poullot-robin,cuisine,poésie,poèmes,vigan,georges blancBla Bla Blog avait parlé il y a quelques semaines de l’étonnant livres de recettes de Paul Pariente. Pour ses plats du pays viganais, le chef avait imaginé un livre atypique mixant recettes, dessins humoristiques… et slam. Une manière de réconcilier plats traditionnels et culture urbaine.

    Pour ce nouvel ouvrage, Paul Pariente, qui ne dédaigne jamais le risque, choisit cette fois d’allier cuisine et poésie traditionnelle, grâce à la collaboration de Rose Poullot-Robin.

    Cuisine en Poésie, qui a été préfacé par Georges Blanc, propose douze recettes de Paul Pariente que Rose Poullot-Robin illustre en vers. Pourquoi poésie et cuisine font si bon ménage ? Les auteurs le précisent grâce à deux courtes présentations se faisant écho l’une et l’autre : une histoire synthétique de la cuisine et une autre sur la poésie : "Voici aujourd’hui la poésie associée à des recettes de cuisine. Chaque poème les mets en valeur, profitez de ce moment unique pour apprécier l’œuvre du cuisinier mais aussi l’œuvre du poète !"

    Voilà qui est "judicieux", pour reprendre un mot de Georges Blanc, le chef étoilé de Vonnas. Et il est vrai que l’alliance entre les recettes de Paul Pariente (la tarte aux quatre saveurs du pays viganais, la blanquette de veau à l’ancienne, le feuilleté cévenol, le petit sablé du Vigan, le gratin du docteur Brochet, la tarte à la brandade de morue et au foie gras, la truite en papillote "André Chamson", la pomme reinette en baluchon, les artichauts à la gantoise, l’escalope des camisards, la tourte de poulet de Bresse façon "Rose Poullot-Robin" et l’étonnant lapin rôti à la sauce à la réglisse) trouvent un écho à travers les textes d’une poétesse et femme de lettres qui a su mettre des mots sur les saveurs d’un chef, un chef qui a choisi de prendre des chemins de traverse pour faire partager sa passion : "La joie illumine le visage gracieux / De ces chefs où le temps a perdu sa victoire, / Où la cuisine est pour eux un hymne à la gloire, / Créant une œuvre d’art aux subtiles couleurs, / Mêlant à son bouquet la beauté et la flaveur."

    Peut-être est-ce là, comme l’écrit Rose Poullot-Robin, "la recette d’une bonne journée."

    Paul Pariente et Rose Poullot-Robin, Cuisine en Poésie, autoédité, 2018, 56 p.
    https://twitter.com/pariente

    Voir aussi "Feu sur l'omelette de la Mère Poulard"

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  • Marie Noël, jour après jour

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    marie noël,poésie,poèmes,religion,dieu,solitude,christianisme,colette nys-mazureC’est l’une des très grandes femmes de lettres du XXe siècle – à l’égal d’une Colette, selon Montherlant – mais dont la renommée peine à s’imposer. Marie Noël est oubliée, et c’est injuste. Il faut dire aussi que cette auteure bourguignonne (comme Colette, d’ailleurs), n’aura jamais bougé d’Auxerre et a cultivé une forme de discrétion tout au long de sa vie ("Et quand tu m’écouterais, / Quand tu suivrais à mesure / Tous mes gestes, tous mes pas, / Par le trou de la serrure… / Tu ne me connaîtrais pas"), discrétion qui lui a survécu, hélas.

    Il est temps sans doute, de découvrir ou, pourquoi pas, de redécouvrir Marie Noël (1883-1967), récompensée en son temps de prestigieux prix (Académie Française, Société des gens de lettres ou Société des Poètes). Le Chant des Jours que publient les éditions Desclée de Brouwer, et dont le titre renvoie à ses Chansons, est une manière d’entrée en douceur dans une œuvre à la tonalité incomparable, tour à tour sombre, lumineuse, désespérée et aux éclats de lumière incroyables.

    La romancière et essayiste Colette Nys-Mazure a compilé dans cet ouvrage une sélection de textes, toujours très brefs, pour rendre Marie Noël accessible au plus grand nombre : "Quoi de mieux qu’un livre de poche lu par bribes dans le métro, l’avion, à la pause-café ou dans un lit d’hôpital, glissé sous l’oreiller à la place du téléphone ?"

    Le Chant des Jours c’est 365 jours avec Marie Noël, donc. Chaque mois de l’année correspond à une thématique abordée : la difficulté de se connaître soi-même, l’amour espéré et redouté, le repli et l’envol, la détresse et la confiance, la nature, les exigences de la création, le chez-soi, la solitude, le temps et la croyance. Une sorte d’almanach, donc, qui n’est pas sans rappeler cet autre : Almanach pour une jeune fille triste (2011, posthume).

    Le choix éditorial a été de proposer des textes extraits de poèmes s’étalant sur plusieurs jours, à l’instar de Ronde : "Mon père me veut marier, / Sauvons-nous, sauvons-nous par les bois et la plaine, / Mon père me veut marier, / Petit oiseau, tout vif te laisseras-tu lier ?" (7-12 juillet).

    L’humour et l’autodérision ("Je ris… Je me moque un peu de moi") est présent, sans pour autant que Marie Noël ne doute que l’écriture est ce qui la fait avancer, avec toujours le regard d’une femme croyante, pieuse (un procès en béatification est d’ailleurs en cours), mais d’une grande humilité.

    Le regard noëlien d’une femme rejetée, rappel d’un amour de jeunesse déçu

    Cette grande solitaire ("Il se fait tard. Personne ne viendra plus maintenant…") se confie via des textes denses, qui chantent le dépouillement, les autres ou la nature, autant que le malheur, le désespoir ou la mort, "entre révolte et acquiescement", comme le souligne Colette Nys-Mazure. Et avec toujours une importance laissée au sacré et à la foi. Les passages choisis pour les premiers jours de février renvoient ainsi au Cantique des Cantiques ("Mon bien-aimé descend la colline fleurie / De blé noir, / Très lentement par les champs pâles… C’est le soir"), mais cette fois avec le regard noëlien d’une femme rejetée, rappel d’un amour de jeunesse déçu ("Mon bien-aimé passa, voilé de rêverie, / L’âme ailleurs, / Sans rien me dire hélas ! Sans me voir, et j’en meurs"). L’amour apparaît chez elle comme un Souverain Bien inaccessible, et en tout cas pour lequel elle ne semble pas être destiné ("Dans l’Amour, si grand, si grand, / Je me perdrai toute / Comme un agnelet / Dans un bois sans route").

    Cet amour inaccessible et finalement cette solitude qui l’a pesée toute sa vie ("J’ai tellement besoin d’un ami que je l’invente"), on le doit sans nul doute à une éducation rigide, tiraillée entre un père philosophe, agnostique et dur ("- Va prier le soleil pour que mon champ prospère. / C’est ta dot qui mûrit dans nos blés. / Oui, mon père") et une famille pétrie dans une culture catholique extrêmement rigide ("Sommes-nous au couvent ?" demande-t-elle avec une ironie mordante) : une éducation qui est pour beaucoup dans le parcours personnel et artistique de Marie Noël ("Famille d’autrefois en province, composée de gens qui retombent – les femmes surtout – indéfiniment les uns sur les autres"). L’auteure parle également d’une des grandes déchirures de sa vie : la mort prématurée de son jeune frère Eugène en 1904 ("Sœur, la chanson d’amour que tu savais naguère, / Celle où passe un oiseau, chante-la… / Oui, mon frère" fait-elle dire à cet enfant qu'elle ne cessera jamais de pleurer).

    Artistiquement, le lecteur trouvera dans Le Chant des Jours des textes consacrés à son travail littéraire. Marie Noël l'appréhende comme une artisane à la recherche de la phrase parfaite, sans fioriture ("Ce que tu as dit en dix mots, tâche de le dire en sept. En trois si tu peux") mais aussi comme une poétesse en recherche perpétuelle ("Je voudrais retrouver le pays natal de ma poésie, le nid perdu de ma chanson").

    Femme de lettres importante, mais aussi croyante tourmentée, Marie Noël résume elle-même ce qui pourrait définir son œuvre : "J’ai toujours pensé que pour découvrir dans un poète la source subconsciente de sa Poésie, il n’était que de noter les mots qui reviennent le plus fréquemment, les plus involontairement dans son incantation. Chez moi j’ai trouvé : chemin, noir, perdu, pâle, seul…" Il est à cet égard frappant que ce ne sont pas des termes ayant trait à la religion ou à Dieu qu'elle choisit. Profondément croyante, Marie Noël n’en retira finalement que peu de réconfort : "Dieu n’est pas un lieu tranquille," écrit-elle pleine d'amertume dans un texte que le lecteur trouvera singulièrement à la date du 25 décembre.

    Marie Noël, Le Chant des Jours, textes choisis par Colette Nys-Mazure
    Ed. Desclée de Brouwer, 2019, 141 p.

    http://www.marienoelsiteofficiel.fr
    http://www.marie-noel.asso.fr
    http://www.colettenysmazure.be

    Voir aussi : "Ça caille les belettes"
    "Dante, voyage au bout de l'enfer"

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