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pop

  • Sainte Rosalía

    Rosalía était de retour fin 2025 avec son deuxième opus, Lux. Attention les yeux et les oreilles ! Nous en parlons enfin sur Bla Bla Blog !

    À l’image de son premier morceau, Sexo, Violencia y Llantas, on est dans un univers bien différent de ses albums précédents. Parmi les 18 titres de l’opus, plusieurs sont un hommage à des femmes mystiques et inspirantes, chez lesquelles Rosalía voit ses modèles, que ce soit Hildegarde von Bingen, Thérèse d'Avila, Jeanne d’Arc (le recueilli hommage et chant d’adieu Jeanne) ou Claire d'Assise, non sans un petit tour du côté de l’Ukraine avec l’orthodoxe Olga de Kiev. De là à dire que la chanteuse espagnole s’est assagie ? Non ! Au contraire, elle assume à la fois son audace et son envie de rester fidèle à ce qu’elle croit. Elle ne veut pas choisir entre spiritualité et nourritures terrestres : "Si seulement je pouvais / Vivre entre les deux. / D'abord j'aimerai le monde, / Et ensuite j'aimerais Dieu" ("Quién pudiera / Vivir entre los dos / Primero amaré el mundo / Y luego amaré a Dios", Sexo, Violencia y Llantas).

    Rosalía serait-elle entrée dans les ordres ? Dieu merci, non ! Mais elle assume ce qu’elle est, avec le désir de ne pas se perdre. Dans Reliqua, la star espagnole se dévoile sans fard. Elle reste une femme intègre : "J'ai perdu ma langue à Paris. / Mon séjour à Los Angeles. / Les talons hauts à Milan. / Le sourire au Royaume-Uni. / Mais mon cœur ne m'a jamais appartenu. / Je le donne toujours" ("Perdí mi lengua en París / Mi tiempo en L.A. / Los heels en Milán / La sonrisa en U.K. / Pero mi corazón nunca ha sido mío / Yo siempre lo doy"). "Je serai ta relique", ajoute-t-elle. Une entité sacrée, donc. Sur des sons électros, Rosalía fait de cet opus pop une œuvre mémorable où se mêlent religions, péché originel, mysticisme, sans oublier le pouvoir féminin (Divinize).

    Dans Porcelana, l’artiste espagnole convoque la poétesse et intellectuelle japonaise Ryōnen Gensō, figure majeure de la culture nippone pour son travail auprès des pauvres. Sa foi, Rosalia la clame, dans un langage hyper-moderne et poétique, mêlant dans une audace incroyable sensualité et mysticisme, à l’instar de Mio Christo Piange Diamante, dans lequel elle chante et pleure son "ami" Jésus, en ajoutant que toujours elle le portera dans son cœur ("Piange, piange diamante / Mio Cristo in diamante / Ti porto, ti porto sempre").

    Album sur l’amour divin, Lux n’oublie pas l’amour humain, proclamé avec une ostentation toute baroque, et même baroque pop-rock, à l’instar de Berghain ("I'll fuck you till you love me", Berghain), un morceau où l’a rejoint brièvement Björk. Évoquons aussi le titre plus pop Dios Es Un Stalker, une déclaration d’amour enflammée ("Je n'aime pas m'immiscer divinement, mais aujourd'hui, je vais traquer mon chéri pour le faire tomber amoureux". Romantique et romanesque, oui (Sauvignon Blanc, La Rumba Del Perdón) ; pour autant, la chanteuse assume et revendique sa liberté : "Je ne serai pas ton autre moitié, / Jamais ta propriété. / Je serai à moi / Et libre" (Focu'Ranni). Voilà qui est bien dit et bien chanté !

    Rosalía serait-elle entrée dans les ordres ?
    Dieu merci, non !

    Mystique et métaphysique Rosalia ? Sûrement. Mais aussi inspirée, culottée et diablement créative, et dans les textes et dans les sons. Lux s’écoute comme un opus syncrétique et, à bien des égards, philosophique et poétique, à l’exemple du lumineux Magnolias qui clôt l'album ou du passage de La Yugalar : "Je trouve ma place dans le monde, / Et le monde trouve sa place en moi. / J'occupe le monde, / Et le monde m'occupe. / Je tiens dans un haïku, / Et un haïku occupe un pays" ("Yo quepo en el mundo / Y el mundo cabe en mí / Yo ocupo el mundo / Y el mundo me ocupa a mí / Yo quepo en un haiku").

    Ce qui n’empêche pas la star espagnole de proposer de petits diamants à la simplicité irrésistible. On pense au délicat La Perla, un des titres phares de l’opus, un texte à la fois étrange et métaphorique sur un ex, "voleur de paix… playboy et étoile filante". Les comptes sont réglés, et bien réglés, avec tact et poésie. On ne saurait rêver de rupture plus classe.

    Lux a été critiqué à sa sortie car déstabilisant pour beaucoup, au point d'en avoir fait fuir plus d'un et plus d'une. C'est dommage. Il faut prendre le temps d’entrer dans l'opus. Rosalia s’y livre, endossant plusieurs atours et désireuse de perdre l’auditeur ou l’auditrice. On pense à l’étrange et méditerranéen Novia Robot, commençant dans un monde robotique, en forme de condamnation d’une hypersophistication du monde pour finir par l’affirmation d’une jeune femme et artiste de ses certitudes en dépit de ses apparences qui peuvent être trompeuses : "Je m’habille pour Dieu, / Jamais pour vous ni pour personne d’autre, / Seulement pour mon Dieu" ("Guapa para Dios / Me pongo guapa para Dios / Nunca pa' ti ni para nadie / Solo guapa pa' mi Dios").

    Musicalement, Rosalia vient chercher ses influences du côté de la pop (la ballade Mio Christo Piange Diamante) mais aussi du classique (Berghain), du contemporain (Mio Christo Piange Diamante, encore), de rythmes flamenco traditionnels grâce auxquels elle s'est fait remarquer (Mundo Nuevo), du lyrique, de l’électro, de la musique urbaine et rap (le sensuel Porcelana), jusqu’aux sons arabes (La Yugular) ou au fado (le délicieux Memória, en featuring avec Carminho).

    Pour l'accompagner Rosalía s’est offerte l’Orchestre Symphonique de Londres, dirigé par Daníel Bjarnason. Ambitieuse et culottée donc, pour pouvoir offrir un album déjà classique et culte.

    Rosalía, Lux, Columbia, 2025
    https://www.rosalia.com
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    https://www.instagram.com/rosalia.vt

    Voir aussi : "Pas sage Ibère"

  • Cow-boy chamanique

    Étrange aventure musicale que nous propose Child Of Ayin. Elle commence avec le nom même de l’album, Top of the Sinaï. Où sommes-nous ? Au Moyen-Orient ou aux États-Unis ? Ou bien en France, puisque derrière le Child of Ayin se cache Jonathan Sellem, un artiste franco-américain nourri à la pop, au blues et à la country ?  

    Top of the Sinaï, c’est une traversée inspirée et inspirante, comme si un chaman avait ressuscité dans le grand ouest américain. Chaque morceau de l’opus, inspiré par la médiumnité et la numérologie (l’une des passions du musicien), est associé à un chiffre de 1 à 12. Puisque nous parlions d’influences, Hell Is Where The Angels Grow, avec ses voix féminines habitées, ressemble à la bande-son d’un western spaghetti. Évidemment, l’esprit d’Ennio Moriconne n’est pas loin.

    Pour Break The Curse, plus sauvage, le blues-rock nous entraîne toute bride abattue dans un ouest américain fantasmé, avec pour seul horizon la liberté contre la vacuité et l’épuisement (Burn out). La liberté mais aussi la soif de s’ouvrir intérieurement et au monde. "Le moment est venu pour moi de vivre pleinement, de vivre pleinement et de m'élever", dit-il en substance dans l’introspectif et éloquent Rise ("The time has come for, me to switch sides, and rise"). Dans cette revisite de l’âme et de la musique américaine, Child of Ayin assume tout, y compris le rock, y compris l’esprit cow-boy, y compris l’esprit american way of life, le tout avec un accent guerrier assumé et qu’on aura le droit de critiquer ("Walking walking like a hero, proud Amerca grow and grow bless the flag and the holy Lord, All America", Capitaliska).

    Médiumnité

    Qu’on se le dise, en dépit de ces paroles rageuses, le Franco-américain reste, à l’instar du regretté John Lennon, un rêveur (Dreamer like me) qui ne demande qu’à sortir de la misère de ce monde. Et on est bien obligés, cette fois, d’aller dans son sens, surtout avec un titre folk-blues enlevé. Et lorsqu’il chante, sur un rythme country, "écoutez-moi tous ! J'ai un remède : je peux faire sourire les gens grâce à la musique et à la poésie. Tout ce que vous avez à faire, c'est appeler mon nom !" (Call My Name), on a envie de le suivre à coup sûr. Qui a dit que la country en pouvait pas être fédératrice ?

    Cow-boy solitaire, affamé de grands espaces, Child of Ayin est tout autant un être inspiré, se voulant un chaman de notre époque (Make Me Sun), rêvant d’un nouveau monde, d’un nouvel ordre (sic) et d’une religion unissant chacun et chacune. C’est ce qu’il chante dans New World Under, un titre rock sacrément bien écrit et non sans visions prophétiques ou psychédéliques, comme on voudra ("I see thirteen crystal skulls, staring at the sun and the moon is looking back with a blood shot in the eye").

    Étonnant artiste et singulier premier album que celui-là. Child iof Ayin s’appuie sur des paroles riches et imagées, à l’instar de celles d’Eternal Child, puisant ses influences dans les traditions indiennes. Un grand écart quand on pense au guerrier et yankee Capitaliska. Et si, finalement, le musicien n’était ni méchant ni bon mais juste un poète mal dans son époque (Midnight) et qui trouvait dans la musique une fuite salvatrice ?    

    Parlons, enfin, de Mary, l’un des meilleurs morceaux de l’album, est une jolie déclaration d’amour folk pour cette Mary, "tombée du ciel" ("Swirl and spin Mary came down / fall from heaven, into my arms").

    Un sacré voyage.

    Child of Ayin, Top of the Sinaï, JJS Records, 2025
    https://www.childofayin.com
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    https://www.instagram.com/childofayin
    https://linktr.ee

    Voir aussi : "Devenir Andrea Ponti"

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  • Dahlia colorée

    Il y a de la soul chez Dahlia Dumont, mais de la pop-soul dopée à l’électronique, avec une énergie sans artifices (Betty II). C’est ce que l’on aime chez notre Frenchie, de retour avec son nouvel album de 12 titres, bien nommé Fantasia.

    Oui, Dahlia Dumont sait être fantaisiste, se jouant des rythmiques et des voix. La ballade Stalker, aussi classique soit-elle dans sa facture, réserve de jolies surprises, sous forme d’emprunts aux sons urbains, latinos, world et électros.

    Fantasia ne se prend jamais au sérieux. Qu’on se le dise. Le morceau Semi-Automatic Trinket (Take It!) est un vrai tour de force, et dans sa composition et dans son instrumentation, mixant flow américain et intrusion de l’accordéon. On n’oubliera pas non plus le rieur et fantasque Oblivion II, faussement je-m’en-foutisme mais réellement bien... foutu.

    L’auditeur ou l’auditrice tomberont sans doute sous le charme du sensible Sickmess qui nous envoie assurément du côté des influences afro-américaines, tout comme d’ailleurs le voyageur Crossing To Brookling.

    Le sacrément culotté Fantasia, qui donne son nom à l’opus, fait le choix du français et d’un texte sans fard ("Des fantasmes, je m’en méfie ! Des fantasmes, tellement envie !"). Freud aurait adoré ! Philippe Katerine aussi… A découvrir absolument !

    Freud aurait adoré ! Philippe Katerine aussi…

    On retombe en terrain plus familier, et néanmoins tout aussi passionnant avec le plus pop, Wishing Well. Dahlia Dumont nous prouve qu’elle est une nouvelle voix de la scène française à suivre, délimitant son univers, à mi-chemin entre le rock psychédélique des années 70 et les années 2020 riches des influences soul, jazz, urbaines et électros, mais aussi marquées par des préoccupations actuelles, dont féministes. On pensera, à ce sujet, à l’éloquent et poignant Consent.

    Le talent de Dahlia Dumont ne cesse d’étonner tout au long de la découverte de l’album. Que l’on pense au morceau Sentimental Reasons, reggae amoureux dopé aux vagues synthétiques. Enivrant et franchement bluffant, autant pour son orchestration que pour son travail mélodique.

    Ce qui n’empêche pas la chanteuse de savoir rester sur des chemins plus balisés – nous ne dirons pas plus sage – à l’exemple de sa ballade sous forme de confidence, The Walls, pour nous le meilleur titre de l’opus.

    On n’oubliera pas un passage par le jazz, période Juliette Gréco de Saint-Germain-des-Prés, avec le poétique et surréaliste L’Oppossum (Drops). Un joli bouquet de Dahlia, donc !

    Dahlia Dumont, Fantasia, Single Bel, 2025
    https://thebluedahliamusic.com
    https://www.facebook.com/dahliadumontmusic
    https://www.instagram.com/dahliadumontmusic

    Voir aussi : "Soleils"

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  • Melting-Pop

    Si on allait dans le jeu des comparaisons, on dirait qu’il y a du eighties dans le nouvel album d’Homme bleu, Dark Matter – après son premier opus remarqué en 2023, Le bal des crocodiles. Du noir donc, comme son nom l’indique. Du gothique même, qui nous ramène dans l’univers des Cure (I Ride, The Knife Within). Mais ces années 80 sont réactualisées à la mode 2025, avec des sons électroniques qui nous font dire que Daft Punk est passé par là (I Ride).

    Cette pop-rock rythmée accroche les oreilles, sans aucun doute, grâce à cette belle insouciance (Sleeping With My Boots On). L’artiste assume ses influences à chercher du côté de Joy Division, The Pixies et les Cure, donc. Pas de chichi dans ce très joli opus : on est dans un univers familier, avec des mélodies impeccables et une production musicale soignée (Eagle Eye).

    Homme Bleu nous entraîne dans un univers musical attachant, croisant pop (I Will Forget You), rock (The Life In Me), folk (Old Time Religion) et même funk (les premières mesures de This Mortal Bed. Un vrai melting-pop !

    Coup de cœur !

    L’homme en bleu se fait même inquiétant dans l’excellent Murder In Slow Motion. Je vous parlais de gothique plus haut.

    On se repose ensuite avec la jolie ballade Stolen Kiss. Le piano-voix décroche au milieu de l’extrait pour donner à cet univers sucré un je ne sais quoi d’onirique… et de spatial. Un des meilleurs morceaux sans doute de l’opus.

    Le titre qui donne son nom à l’opus, Dark Matter, sonne comme le plus ambitieux de l’enregistrement. Il apparaît dans la deuxième moitié du disque, semblant avancer masqué mais c’est pour mieux surprendre l’auditeur. Pas étonnant que le titre du morceau ait été choisi pour nommer l’album. Disons aussi qu’il y a du Bowie – le Bowie de la Trilogie berlinoise ou du Outside de 1995 – dans cet extrait incroyable de sensibilité et de créativité dans sa richesse musicale. Un vrai coup de cœur !

    Ne boudons pas notre plaisir dans cet album soigné alliant avec élégance et intelligence sons eighties et arrangements modernes (End Of Summer). You’re My Friend, qui clôt l’album, illustre cette rencontre entre époques. On applaudit.   

    Homme Bleu, Dark Matter, Teenage Kicks Production, 2025
    https://www.facebook.com/profile.php?id=1049521119
    https://www.instagram.com/hommebleuofficiel

    Voir aussi : "Magali Michaut sort de sa bulle"

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  • Denver, nous voilà !

    Pas besoin d’être un grand spécialiste pour deviner que c’est du côté de l’Amérique de la fin des années 60 et des années 70 que DNVR (prononcez "Denver", comme la ville) nous transporte.

    Dès les premières notes d’Alive de leur album éponyme, la voix veloutée d’Angy nous accroche. Ça groove, ça balance, ça sensualise, ça innerve. L’orchestration brillante – et acoustique – de DNVR ne gâche rien à l’affaire. On est là dans une belle production, plus Motown que le roi, à l’instar de l’irrésistible Milkshake ou de Down.

    La belle densité de l’album condensé en 8 titres se confirme avec Jealousy aux accents blues-rock – en vérité, plus rock que blues. Les sept Frenchies de ce joli premier opus avancent sans rougir dans une production impeccable donnant la part belle à la soul, en y additionnant ce qu’il faut de rock, de pop, de blues et aussi de jazz. On pense au jazz cool de Hope And Illusion, fondant comme un joli bonbon acidulé. Encore, une fois, le timbre et le métier d’Angie y sont pour beaucoup.

    On est définitivement persuadés que le groupe ne s’arrêtera pas en si bon chemin

    Le métier, les Sept de DNVR l’ont, eux qui ont tourné pour des dizaines de dates et qui risquent de ne pas s’arrêter en si bon chemin. À l’écoute de la délicieuse ballade Story, on est définitivement persuadés que le groupe ne s’arrêtera pas en si bon chemin. Preuve de leur ambition, ce premier album, enregistré à la Gare aux Musiques de Louviers, a été mixé par Arnaud Fradin, leader du groupe nantais Malted Milk, et masterisé à Los Angeles par Gerard Albo, ingénieur du son ayant travaillé avec Amy Winehouse.

    On parle d’influences musicales mais il ne faut pas oublier non plus que les DNVR proposent aussi un album riche de sensations et de vécus, parlant d’amour, de joie de vivre, d’espoirs amis aussi de séparations, avec une grande sincérité (Never Leave Me Again).

    Au final, voilà un très beau feu d’artifice (Fireworks), nous transportant dans une Amérique qui nous semble en 2025 bien lointaine. Que ce soit des Français qui la fassent revivre est à cet égard éloquent. Tant mieux pour nous. Tant mieux tout court.

    DNVR, DNVR, Youz Prod, 2025
    https://www.facebook.com/wearednvr
    https://www.instagram.com/wearednvr
    https://baco.lnk.to/MilkshakeSingle

    Voir aussi : "Comme un air de Motown"

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  • Lucia Micarelli a plus d’une corde à son arc

    Ce qui frappe d’emblée dans l’envoûtant album Anthropology c'est la voix de Lucia Micarelli. Be My Husband, qui ouvre son nouvel opus, est une reprise d’un standard jazz de Nina Simone, adaptation lui-même d’un chant traditionnel afro-américain, Rosie. Pour cette fois, l’artiste étasunienne abandonne son instrument fétiche, le violon, pour préférer une interprétation dépouillée voix-percussions. Audacieux et bouleversant.

    Elle se saisit plus loin de l’archer pour un air traditionnel roumain, Rustem, dans lequel la violoniste part dans une danse endiablée, offrant du même coup un aperçu de sa virtuosité. On sera captivé d’une autre manière par son interprétation incroyable d’une mélodie du compositeur élisabéthain Thomas Tallis (1505-1585). Sacrée découverte que ce Third Mode Melody ! On pourrait dire la même chose du traditionnel Very Day I’m Gone, chant de départ, chant de deuil et chant de l’exil bouleversant, interprété par une Lucia Micarelli, comme habitée : "Oh, the very day I′m gone / You will know what train I'm on / You will hear the whistle blow 100 miles / Hear the whistle blow 100 miles". Sans doute l’un de mes meilleurs titres de l’album.

    Après un passage par le jazz, tout en rythme et en sonorités du sud américain (1B d’Edgar Meyer) puis par la folk avec une reprise pudique de Both Sides Now de Joni Mitchell, c’est du côté du classique que l’on retrouve la musicienne et chanteuse. Place, en l’occurrence, à un monument de Jean-Sébastien Bach, l’Adagio de sa première Sonate pour violon en sol mineur BWV 1001. Vous me direz qu’il s’agit là d’un morceau incontournable, certes difficile et demandant une grande dextérité. Voilà qui illustre en tout cas à la fois la virtuosité et l’ouverture d’une musicienne s’attaquant à tous les registres de ses cordes – vocales… et celles de son violon, bien entendu.

    Un incroyable album pluriel qui rend Lucia Minarelli si attachante et si unique

    Lucas Micarelli ne pouvait pas ne pas explorer le répertoire contemporain. C’est chose faite avec le Duo pour violon et violoncelle (partie III) de Zoltán Kodály (1882-1967). N’oublions pas non plus sa version des Red Violin Caprices de John Corigliano, thème et variations composés pour le film Le violon rouge, film oscarisé en 1999 et tombé hélas dans un relatif oubli – si l’on excepte toutefois justement sa BO, devenue un classique.

    Parlons aussi de ces deux autres airs traditionnels que sont Black is the Color of My True Love’s Hair, une ballade écossaise bien qu’elle ait été aussi utilisée de l’autre côté de l’Atlantique dans les Chansons folkloriques anglaises des Appalaches du Sud de Cecil Sharp. L’album se termine avec le délicat Careless Love qui avait été immortalisé le siècle dernier par Madeleine Peyroux. L’artiste américaine s’empare de cette "ballade du XIXe siècle et de standard du Dixieland". Voilà qui achève de faire d’Anthropology un incroyable album pluriel, fascinant et qui rend Lucia Minarelli si attachante et si unique. On adore !

    Lucia Micarelli, Anthropology, Vital Records, 2025
    https://www.luciamicarelli.com
    https://www.facebook.com/luciamicarelli
    https://www.instagram.com/theloosh
    https://www.youtube.com/@LuciaMicarelliOfficial

    Voir aussi : "Altiera : ‘L’amour existe peut-être ailleurs, dans un autre univers, une autre dimension’"
    "Pas de pépin pour Julien Desprez"

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  • Lumio et le soleil

    Qu’on ne s’y trompe pas. En dépit des roulements rock de guitares entêtantes de Dust qui ouvre l’album Staring At The Sun, Lumio entend proposer un opus pop d’une fort belle facture. La voix caresse gentiment les oreilles, les mélodies ont été travaillées avec soin, le musicien ne se prive pas d’électronique et la prise de son est à saluer pour sa qualité et sa pertinence.

    Derrière Lumio, se cache Niko Gamet qui propose ici son nouvel opus, après deux albums sous son nom, Le signe du cœur en 2014 et Leaving Tomorrow en 2016. C’est naturellement vers les États-Unis que se tourne le regard du musicien, auteur, compositeur et interprète. Que l’on pense à ce double hommage à la Route 66 et au groupe mythique Guns N' Roses dans le morceau Road & Rose, d’une facture pop très actuelle.

    Nous parlions d’influence US. C’est de nouveau entendable avec Grateful, singulier retour vers les Beach Boys et son génial leader et inspirateur Brian Wilson car nous sommes clairement ici du côté de la Californie.

    L’art de surprendre et de prendre l’auditeur à froid

    D’invention, Lumio n’en manque pas, avec l’art de surprendre et de prendre l’auditeur à froid, à l’instar de By Your Side, avec cette guitare entêtante mêlée à des sons électroniques inquiétants, ce qui n’empêche pas le musicien de se laisser à de jolis titres pop. On pense au magnétique Nowhere derrière lequel se cache un artiste que l’on sent écorché vif ou encore à Rising Moon, sombre et poétique morceau s’agençant avec autant que précédant le tout aussi étrange Secretly. Nous sommes ici dans un esprit seventies lorsque les morceaux s’émancipaient joyeusement des règles commerciales pour créer des concepts albums.

    L’ambition est bien là, dans cet opus imaginé et conçu avec soin. La voix est feutrée et touchante et les inventions sonores parsèment l’enregistrement sans jamais le cadenasser (This Precious Day).

    Pour Another Life, Lumio fait le choix de la ballade et de la simplicité. Le musicien chante l’attente et la fatigue au cours d’une nuit où il espère un signe ("I wait for a sign that something’s gonna happen with us").

    Et si l’album n’était pas juste un appel à la méditation ? Voilà ce que l’on peut se dire à l’écoute de Staring At The Sun qui vient conclure l’opus. Un instant magique qui fait disparaître nos peurs, sécher nos larmes et rendre nos chants d’amour bien plus forts. 

    Lumio, Staring At The Sun, Hacienda Records, 2024
    https://lumioproject.com
    https://www.facebook.com/Lumioproject
    https://www.instagram.com/lumioproject

    Voir aussi : "Livralbum"

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  • Bowie, Paganini, Scarlatti et compagnie

    Il est absolument impossible d’être insensible au formidable dernier album d’Alexander Boldachev. Il s’agit du second volume de son projet musical Pop Meets Classical. Comme son nom l’indique, il s’agit d’une rencontre entre deux genres souvent considérés comme irréconciliables. D’un côté une musique populaire et souvent commerciale et de l’autre le classique, trop boudé et à tort considéré comme élitiste.

    Alexander Boldachev propose de les faire se rejoindre grâce à la harpe, son instrument fétiche. Son premier volume avait permis de mettre dans un même album Scorpions et Debussy, Red Hot Chili Peppers et Bach ou Nirvana et Rossini. Culotté. Voilà que le harpiste helvético-russe récidive avec un second volume pas moins audacieux et séduisant ! Simplement séduisant ? Non, enthousiasmant ! Au menu de ce programme, les Beatles, Sting, David Bowie, Queen et Michael Jackson mais aussi Scarlatti, Paganini, Brahms et Piazzolla. 

    C’est peu de dire que ces revisites sont des redécouvertes habillées d’un classicisme qui semble sans âge. Yesterday des Beatles a ainsi une facture Renaissance. Pour Shape of My Heart de Sting, Alexander Boldachev insuffle à ce titre mélancolique des percussions. L’auditeur reconnaîtra le fameux Space Oddity, moins interstellaire que mystérieux et onirique – au passage, le harpiste n’oublie pas le fameux compte à rebours. 

    Simplement séduisant ? Non, enthousiasmant !

    Plus que pour cette adaptation de David Bowie, on sera en droit de préférer la version originale du fameux Bohemian Rhapsody, moins rock-baroque que romantique.

    Parlons maintenant de la version harpe d’Earth Song de Michael Jackson. C’est là que l’on constate le génie de composition du "Roi de la Pop". Alexander Boldachev respecte les lignes mélodiques de ce morceau vieux déjà de 30 ans mais toujours actuel dans son message.

    Les compositeurs plus anciens ne sont pas en reste dans ce très joli album, prouvant que le harpiste connaît ses classiques. À côté de la délicate Sonate K466 de Dominico Scarlatti, véritable appel à l’amour, il y a ce véritable tube de Paganini, le Caprice n°24. Mais la vraie bonne idée de cet enregistrement c’est d’avoir ressorti le Recuerdos de la Alhambra de Francisco Tárrega que Mike Oldfield avait adapté au synthétiseur dans les années 80 pour la BO du film La déchirure (Étude).

    Outre le très bel Intermezzo n°2 de Brahms, on trouvera Astor Piazzolla et son Libertango. Alexander Boldachev respecte à la lettre le rythme et l’esprit de ce tango entré dans l’histoire de la musique et de cette danse.  

    Alexander Boldachev, Pop Meets Classical vol 2, Indésens Calliope, 2024
    https://indesenscalliope.com/boutique/pop-meets-classical-vol-2
    https://www.bs-artist.com/pages/communication

    https://alexanderboldachev.com

    Voir aussi : "Haydnissimo !"
    "Guitare et classique by Roxane Elfasci"

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