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Bla Bla Blog

  • Politique cosmique

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    Au centre d’art contemporain des Tanneries à Amilly, l’exposition "L’éternité par les astres" propose au spectateur une immersion à la fois poétique, politique et cosmique, sous le regard d’Auguste Blanqui. Ce théoricien révolutionnaire est notamment l’auteur d’un ouvrage astronomique, L’Éternité par les Astres, écrit en 1871 lors de sa réclusion au château du Taureau dans le Finistère, après la Commune de Paris. C’est ce livre, une réflexion sur l’immensité de l’univers et sur l’intuition d’autres possibilités de vies biologiques et sociétales, qui est le fil conducteur d’une exposition comme hors du temps.

    Léa Bismuth, la commissaire d’exposition, a imaginé un parcours scientifique, artistique et cosmique pour faire écho à l’utopique Auguste Blanqui, présent grâce à un portrait (Jérôme Zonder, L’enfermé, 2017) et à plusieurs de ses citations.

    L’exposition des Tanneries, visible jusqu’au 27 août 2017, fait se télescoper des arts aussi différents que la photo, l’installation, la vidéo, la sculpture ou les textes révolutionnaires de Blanqui pour cheminer dans la pensée du révolutionnaire socialiste - aussi goûter à un peu d’éternité cosmique.

    Après le film de Rebecca Digne, Épure (2015), le spectateur traverse la verrière lumineuse des Tanneries. Il navigue au cœur des installations Vecteur d’Edouard Wolton (2017) et Astérisme (2014-2017) de Charlotte Charbonnel, une œuvre illustrée par le son des étoiles du Dr Jon M. Jenkins d’après la Mission Keppler de la NASA.

    Après cette entrée en matière dans un jour lumineux, le spectateur entre dans l’espace clos et sombre de ce qui constitue le cœur de l’exposition. Les yeux doivent s’habituer quelques instants à l’obscurité avant de s’immerger, comme au cinéma, dans le récit cosmique et révolutionnaire de Blanqui. Après le visionnage du film de Guy Debord, In girum imus nocte et consumimur igni (palindrome latin signifiant : "Nous tournons dans la nuit et sommes consumés par le feu", 1978), l’apaisement vient dans l’espace suivant, grâce aux captations numériques de Juliette Agnel (Nocturnes 2017).

    C’est une promenade nocturne autant qu’une conversation intemporelle qui conduit le spectateur d’espaces en espaces : l’installation sobre et puissante d’un végétal en suspension (Marie-Luce Nadal, Le Vain des Grâces, fragment d’une vendange, 2017), vidéos (Louis Hervé et Chloé Mallet, Spectacles sans objet, 2016), photographies (Auguste Blanqui), documentaires (Juliette Agnel, Quatre jours dans le chantier des Halles, 2011 et Rebecca Digne, Rouge, 2014), performances filmées (Mel O’Callagan, Ensemble, 2013), expositions d’objets (Edouard Wolton) et vitrines mêlant science et poésie (Jérôme Zonder, Nous tournons dans la nuit, 2017).

    Cosmologie et politique sont étroitement liés dans une exposition qui va comme un gant à l’espace à la fois austère et spectaculaire des Tanneries. Le révolutionnaire de 1871 Auguste Blanqui voit son œuvre se poursuivre. Elle interroge encore le spectateur de 2017 au sujet de la place de l’homme perdu dans les constellations. Inlassable, et souvent vainement, nous traçons son chemin au milieu de la nature. Nous balafrons le monde géologique (Quatre jours dans le chantier des Halles), nous transformons notre environnement (agriculture, industries). Nous nous imprégnons aussi de cette éternité proposée par l’univers, au point de lancer un appel à ces autres vies extra-terrestres dont l’ancien révolté de la Commune avait eu l’intuition (Astérisme). Voilà qui en fait un personnage d’une grande modernité, comme nous le rappelle une citation du Parti imaginaire : "Blanqui n’est pas un personnage historique, détrompez-vous. Il ne nous revient pas comme un fantôme du XIXe siècle, sauf à considérer qu’un siècle puisse traverser les âges. Blanqui est d’hier, d’aujourd’hui, de demain."

    "L’éternité par les astres", Les Tanneries, Amilly (45), du 22 avril au 27 août 2017,
    du mercredi au dimanche, de 14H30 à 18H, entrée libre

    http://www.lestanneries.fr

  • La vie sexuelle de Laura L.

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    Récit, roman, ou autofiction ? La catégorie du livre de Laura Lambrusco, Comment j’ai raté ma Vie sexuelle (éd. Act), importe sans doute moins que la facture décomplexée d’un ouvrage à la langue aussi verte qu’un gazon irlandais et aussi pétillant qu'un verre de lambrusco.

    En 14 chapitres, cette auteure qui n’a pas froid aux yeux dévoile tout de ses frasques amoureuses, de ses parties de jambes en l’air et de sa vie sociale régie par les petits boulots, les fins de mois difficiles et les amants et maîtresses de passage.

    A l’instar de Catherine Millet (La Vie sexuelle de Catherine M.), mais avec plus de légèreté et de verve, Laura L. ne cache rien du sexe dont elle a exploré les moindres recoins, dans toutes les positions et avec à peu près n’importe qui. Voilà qui fait d’elle quelqu’un de tout indiqué pour nous parler "sérieusement" du sujet le plus universel, le plus partagé mais aussi le plus caché : "La baise, l’amour, les pratiques bizarres, l’exclusivité sexuelle dans le couple, la bisexualité, l’homosexualité, la beauté, la branlette, l’enculage, le cocufiage, le mariage, les gosses, le boulot, les boîtes à partouze… et encore tout un tas de questions qui font chier, au fond, parce qu’elles dérangent l’ordre social plus que nous-mêmes."

    Et pour déranger, Laura L. en dérangera sans doute quelques-uns. D’abord par son style, un argot que la belle revendique : "L’argot, pour plein de choses, c’est mieux que le langage châtié, qui a parfois tendance à être un langage châtré." Cette langue assumée et travaillée à la Cavanna nous rend immédiatement familier cette bonne copine qui a décidé de ne rien cacher de ses fantasmes comme de ses coups d'un ou plusieurs soirs.

    L’auteure ne se contente pas de dresser un tableau de chasse de ses conquêtes masculines et féminines. Elle esquisse aussi quelques jolis portraits, tour à tout émouvants, singuliers ou pathétiques des hommes et des femmes qu’elle a croisés. Parmi ceux-ci, figure en première place Paulette, le rare personnage tragique de ce roman. Cette modeste caissière de supermarché est l’antithèse de Laura : quinquagénaire cataloguée comme "pas très jolie" mais au cœur d’or, fière et éprise d’idéal amoureux.

    Contrairement à Paulette, Laura s'écarte de ce destin tragique toute tracée. Elle n’est pas du bois dont on fait les femmes soumises, frustrées ou méprisantes pour ses contemporains. Elle aime le sexe, jusqu’à tenter les expériences les plus diverses : adultères en chaîne, lesbianisme, sodomie, escort-girl, boîtes de nuit ou strip-teases pour particuliers. Une vie sexuelle bien réussie en un sens… mais aussi ratée : en empruntant des chemins de traverse, notre Laura choisit en toute connaissance de cause la marginalité. Et même lorsqu’elle décide de suivre une "voie vertueuse", par exemple un modeste travail de secrétariat, "grâce à magnifique curriculum vitae, à peu près entièrement faux, mais qui reprenait point pour point ce qu’ils demandaient dans l’annonce", la belle expérimente une autre facette de la sexualité, glauque et scandaleuse, et qu’elle traite avec humour et férocité. Elle égratigne du même coup ces petits chefs qui pullulent en entreprise.

    Dans Comment j'ai raté ma Vie sexuelle, il est bien question de la "misère et grandeur" de cette vie faite de liberté mais aussi de solitude : Laura tire à boulet rouge sur la plupart des hommes qu’elle côtoie tout en se montrant en général bienveillante pour ses sœurs féminines, dont certaines ont d’ailleurs partagé un moment ou un autre son lit.

    Au final, Laura Lambrusco écrit dans les dernières lignes : "Voilà, vous savez tout et comment j’ai raté ma vie sexuelle. Et le reste aussi, ma vie professionnelle, affective, amoureuse, tout… Vous me trouvez pas humaine ? Très humaine ?" Cette ode à l’indépendance et à la liberté pourrait cependant se conclure par cette autre réflexion de notre bonne copine Laura, alors qu’elle vient d’abandonner son autoentreprise spécialisée dans le porno sur Internet au profit d'une carrière d’auteure : "Vous savez quoi ? Depuis, je suis heureuse et je me la coule douce." Une vie ratée ? Vraiment ?

    Laura Lambrusco, Comment j’ai raté ma Vie sexuelle, éd. Act, 2017, 126 p.
    http://www.editions-act.fr/lambrusco.html

  • Les candidats sur le divan

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    C'est Roland Barthes qui peut être invoqué lors de la lecture de ces cinq essais regroupés sous le titre Mythologie des Présidentiables de Francis Métivier (éd. Pygmalion). L'auteur de Mythologies est d'ailleurs référencé dans le texte qui est consacré à Marine Le Pen, dans une citation pour le moins peu flatteuse : "Dans son article sur « Poujade et les intellectuels », Roland Barthes considère Le Pen père comme le représentant principal d’une catégorie de racistes dite raciste selon « le Sang »"

    Dans la pléthore de textes sur une campagne présidentielle démente, le philosophe et écrivain Francis Métivier prend le parti d'analyser la posture et surtout les discours idéologiques des candidats, tant il est vrai, écrivait Roland Barthes, que "le mythe ne cache rien, sa fonction est de déformer, non de faire disparaître."

    Voilà donc cinq essais, à la fois pertinents, intelligents et drôles, consacrés aux cinq principaux candidats, François Fillon, Benoît Hamon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Francis Méthivier met volontairement de côté les programmes et les argumentaires politiques pour s'intéresser aux postures (mais aussi aux impostures) de ces hommes et de ces femmes promis à un destin exceptionnel.

    Il est loin le temps du "Président normal" conceptualisé par François Hollande il y a cinq ans. Pour cette élection étonnante, Francis Métivier dissèque chaque candidat pour en faire des mythes aux yeux de la société. Plutôt que de parler de programmes politiques, de représentations de la France ou de traces laissées dans l'histoire, il est plus juste de parler d'idéologies, de doxa et de discours.

    Francis Métivier passe au tamis ces hommes et ces femmes – dont le/la futur(e) président(e) – pour les portraitiser en personnages divins, semi-dieux, héros mythologiques ou véritables démiurges : François Fillon est "le chevalier blanc – bien noirci – de la morale", Benoît Hamon représente "la résurgence du mythe hippie", Marine Le Pen est "l’anti-Jeanne d’Arc », Emmanuel Macron "le nouveau Moïse" et Jean-Luc Mélenchon "le Zeus révolutionnaire." Rien que ça.

    Aux yeux de l'auteur, Fillon endosse le costume sur mesure (sic) du héros sans tâche devenu en quelques semaines un "Raspoutine des urnes", renversant complètement la grille de lecture de ce candidat malmené par les affaires. "Sa mythologisation l’a fait accéder à un piédestal et il refuse d’en descendre." Au cœur de sa démarche de poursuivre sa campagne contre vents et marées, il y a cette idée machiavélique que la realpolitik et le sens de l'État guident l'homme de pouvoir : "Un esprit sage ne condamnera jamais quelqu’un pour avoir usé d’un moyen hors des règles ordinaires pour régler une monarchie ou fonder une république." Mentir serait une vertu politique et une marque de virilité.

    Bien plus cruelle est l'analyse que Francis Métivier fait de Marine Le Pen, "l'anti-Jeanne d'Arc". Les vertus cardinales prônées par la candidate d'extrême-droite, prudence, tempérance, justice et courage cadrent assez mal avec le discours et la posture de la présidente du FN. Contre l'apocalypse sur terre et en France, la leader d'extrême-droite entend se dresser violemment contre un complot général : "Les étrangers qui ne réussissent pas et sont des prédateurs, les étrangers qui réussissent et prennent nos places." Un ennemi sans visage viendrait dénaturer "notre" France. Le salut viendrait des Le Pen : faire table rase du passé et refaire notre pays à notre image. "La France Le Pen, c’est Sun City, une senior transition, avec tout le confort auquel le bon Français de souche a droit, protégé par des vigiles et de hauts barbelés. Bref, une prison qui s’ignore." La filiation Jean-Marie Le Pen - Marine Le Pen est tout sauf anecdotique. Elle construit la mythologie familiale de la candidate, et les pièces rapportées (Bruno Gollnish, Gilbert Collard, Florian Philippot, et cetera) n'ont de fonctions que servir "le sang" des membres naturels du FN (Jean-Marie, Marine mais aussi Marion-Maréchal).

    Emmanuel Marcron, figure atypique de cette campagne décidément pas comme les autres, est présenté par Francis Métivier comme ce "dragueur de supermarché," d'abord habile à manager et à vendre : "La fin du discours de la porte de Versailles est éloquente (criez dans votre tête) : « Mais maintenant, votre responsabilité, c’est d’aller partout en France, pour le porter, et pour gagner ! Ce que je veux, c’est que vous, partout, vous alliez le faire gagner, parce que c’est notre projet ! »" Pour le reste, l'auteur pourfend le manque d'idées et de projets politiques à ce candidat surprise : "« Que m’est-il permis d’espérer ? » demandait Kant. Macron répond : du pouvoir et de l’argent." Emmanuel Macron serait un "évangéliste sans dieu", une rock-star et même, plus sévère, "un Hun, le Attila de la politique qui brûle par la parole les terres de la politique, sans être capable d’y faire repousser quoi que ce soit."

    Jean-Luc Mélenchon n'est pas plus ménagé par Francis Métivier. Se situant dans "la mythologie marxiste," le chef du principal parti d'extrême-gauche adopte une posture (ou imposture?) révolutionnaire : la veste mao, le triangle rouge inversé ( triangle maçonnique, triangle du déporté politique et rouge communiste) et le φ (phi) comme symbole de la France Insoumise. "Mélenchon est le héros caché d’une révolution inéluctable qui n’aura pas lieu. Les promesses vaines d’une vraie dictature du prolétariat, juste et fabuleuse, qui aurait réussi." L'auteur s'arrête longuement sur ce fameux φ et en analyse la portée symbolique particulièrement riche (la validation sur le bulletin de vote, la signification en grec ou le nombre d'or). Mélenchon revêt le costume d'un Zeus vengeur, colérique et tout puissant. "Il y a aussi l’écologie Mélenchon. Il s’est ajouté cette nouvelle fonction divine : faire la pluie et le beau temps." Cette omnipotence (symbolisée par ces fameux hologrammes des meetings) va jusqu'à un certain culte de la personnalité : "« Le média, c’est moi », déclare-t-il. Là encore, tel un dieu du polythéisme, il cumule les fonctions : il est à la fois la parole et le moyen de sa circulation. Une manière à la Trump de mépriser une presse pourtant indispensable."

    Dans cette galerie de candidats croqués férocement, Francis Métivier analyse Benoît Hamon avec une certaine bienveillance. Le candidat socialiste est l'idéaliste de service, l'homme de cœur et le "hippie" aventurier. Ce "baba-cool" en costume trois pièces "pense la politique" et regarde l'avenir avec une obstination qui suscite l'admiration de l'essayiste : "Le programme Hamon relève de la fabulation au sens de Bergson... Bergson écrit, dans Les Deux Sources de la morale et de la religion : « Demandons-nous quel était le besoin. Il faut remarquer que la fiction, quand elle a de l’efficace, est comme une hallucination naissante : elle peut contrecarrer le jugement et le raisonnement, qui sont les facultés proprement intellectuelles. » La raison politique est déprimante. La fabulation revigore." Le revenu universel pour tous et le cannabis légalisé relèvent d'une utopie nouvelle dans cette campagne comme pour un parti socialiste habitué à plus de pragmatisme. Là où Mélanchon est dans les gadgets de l'auto-consommation, Hamon est un poète autant qu'un philosophe idéaliste qui entend "faire planer" et rendre le "futur désirable". "

    Tous les candidats travaillent dans l’urgence et obéissent à la demande d’immédiateté, la dictature du « maintenant ». Les réponses et des mesures maintenant ! Tout le monde cède. Sauf Hamon. Il ne gagnera pas, alors autant qu’il soit cool."

    Francis Métivier, Mythologie des Présidentiables, éd. Pygmalion,
    5 essais de 30 p. chacun, 2017

  • Bouquet de Fleur

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    Pour une fois, le bloggeur n'a pas eu à se creuser longtemps les méninges pour trouver le titre de cette chronique qui est consacrée au dernier album de Fleur Offwood, Bouquet. Bla Bla Blog avait déjà chroniqué cette artiste à l'occasion d'une pièce de musique contemporaine, L'Orage nu. Le parcours hétéroclite de la musicienne surdouée (musiques de films, bandes sons publicitaires, électronique, remixes ou spectacles avec le duo des Smartines) s'enrichit avec cette fois un album de chansons à la fois classiques et aux multiples influences.

    Le premier titre, Mon amour, très easy-listening, accroche immédiatement l'oreille grâce à la voix claire, juvénile et ingénue de Fleur Offwood, et qui n'est pas sans rappeler Anaïs et son tube Mon Coeur Mon amour. Là aussi, il est question d'amour à distance : "Mais quand je désire dire / des mots pour te séduire / C'est contre ton oreille / Et dans le plus simple appareil."

    Libre Laura propose un dépaysant et touchant road-movie en Amérique du Nord. L'artiste trace le portrait d'une femme en révolte contre sa condition et en lutte pour sa liberté : "Elle a les cheveux courts parce qu'on les lui a tirés / Et elle se tient bien droite parce qu'on l'a agenouillée /Elle ouvre sa gueule parce qu'on la lui a fermée." Ce voyage folk à la Nick Drake est un trip social et un chant pour l'émancipation féminine : "Elle dévore des livres / Parce qu'on l'a illettrée / Et elle s'est trouvée /Parce qu'on l'a abandonnée / Elle arbore un grand sourire /Parce qu'on l'a fait tant pleurer."

    La musique de films est l'un des dadas de Fleur Offwood. La musicienne adresse un clin à Ennio Morricone avec la ballade Elle et Lui. Dans cet hommage aux westerns, rien ne manque : le cow-boy bourru et solitaire, la jolie et jeune captive, le motel tragique des amoureux, la soif de l'or, la mort de la douce innocente et le départ du héros au crépuscule.

    Le coup de maître de Fleur est sans doute dans Ici et Maintenant, une chanson minimaliste irrésistible et au texte finement ciselé : "Tout délaisser / Se dé-saler / Cramer sous le lait et la crème / glacée / Ici et maintenant / L'océan bleu / Le sable blanc / Hypersensible et indolent." On entre dans la vie d'un couple : "Jouir et se jouer des jours d'orages / Changer le on en nous / Le nous en je." Fleur Offwood parle des petits "malheurs qui passent" et finalement ne passent pas. Chacun pourra trouver chez lui des échos à ces petits coups de canif dans le quotidien – "se faire la gueule" : "Pourquoi ?"

    Chez Roberto Barr est la chanson la plus légère de cet album. Sur un air de samba, la chanteuse nous fait entrer par procuration dans le Brésil d'un certain Roberto Barr. Les descriptions colorées sont à l'avenant : "Une mamma géante et des angelots", "des crapauds qui jouent les princes avec leurs banjos", "des rayures flashy d'associations incroyables", "des tableaux multicolores." Mieux qu'une chanson, cette jolie carte postale est la meilleure des pubs pour la boutique Roberto Barr, dit Beto : "Bruxelles, rue Blas, 41".

    Dans Dilemme, l'auditeur pourra trouver l'influence de brillants aînés : Léo Ferré, mais aussi Serge Gainsbourg. On croirait entendre la voix de Jane Birkin dans ce titre à fleur de peau : "Un jour le paradis / Le lendemain l'enfer / Au matin on oublie / Et le soir le contraire / On se fuit on se suit / On s'est crû presque cuit / Sage comme des images / revenant d'un naufrage."

    L'art gainsbourien – mais un Gainsbourg des années 50 – est également présent dans "Tu me mot dis." Fleur Offwood, musicienne-caméléon se transforme en chanteuse de cabaret – porte-cigarette, boa et talons aiguilles inclus ? – pour un titre chaloupé et vintage. Les amoureux du calembour seront servis : "Je te maudis / A demi-mot / Je psalmodie / Ton nom / Dans mes litanies."

    My best f... Friend. Folk et enlevé, vient terminer en beauté un album chaleureux qui devient familier dès la première écoute. Bla Bla Blog s'était promis de suivre Fleur Offwood. Cette promesse tient toujours, plus que jamais.

    Fleur Offwood, Bouquet, Warner Chappell Music, printemps 2017
    "Une Fleur pour l’Orage nu"

  • Boba Fett, toute une saga

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    Depuis trois ans, les révélations annoncées, enterrées puis remises au goût du jour d’un spin-off autour de Boba Fett, personnage emblématique de Star Wars, pourraient à elles seules constituer une véritable saga.

    Petit retour en arrière. En 2015, en même temps que la sortie du Réveil de la Force, le premier volet de la troisième trilogie créée par George Lucas (dont la franchise a été achetée par Walt Disney en 2012 pour la modique somme de 4 milliards de dollars), le studio aux grandes oreilles dévoile que plusieurs spin-off parallèles à la saga seront produits dans les dix ans à venir.

    En 2016, le premier de ces films dérivés, Rogue One, sort sur les écrans. Il est consacré à la construction de l’Étoile de la Mort et au vol par un commando impétueux du célèbre plan, au centre de l’intrigue du premier volet de La Guerre des Étoile (Un  Nouvel Espoir) (1977). Un deuxième spin-off consacré à la jeunesse d’Han Solo sortira de son côté en mars 2018, avant que d’autres personnages ne fassent l’objet de films dédiés. Parmi eux, figurent Obi-Wan Kenobi et surtout Boba Fett.

    Et c’est là que les choses se corsent.

    Lorsque le projet d’un film consacré à ce personnage secondaire est dévoilé au public en 2015, de nombreux fans de Star Wars en salivent d’avance, d’autant plus que, selon Entertainment Weekly, le projet est déjà bien avancé. Boba Fett, chasseur de prime dont le seul fait d’armes est d’avoir capturé Han Solo à la demande de Dark Vador (L’Empire contre-attaque, 1980), faisait au départ partie de cette flopée de personnages secondaires qui n’avaient rien pour susciter le moindre engouement : costume terne, casque intégral sobre, pratiquement muet et sans rôle majeur. Ce clone attire malgré tout l’attention sur lui dans le deuxième opus de Star Wars, L’Attaque des Clones (2002). Boba Fett connaît une fin tragique : dans Le Retour du Jedi (1983), il est jeté vivant dans les sables de la planète Tatooine et meurt dévoré par le Sarlacc, en lieu et place de Luke Slywalker et consorts.

    Pour autant, ce personnage a priori ordinaire a été, contre toute attente, plébiscité par de nombreux fans de Star Wars. Son costume de chasseur de primes est régulièrement endossé lors de grandes messes consacrées à la saga intergalactique, à la grande surprise de George Lucas lui-même qui ne s’attendait pas à une telle longévité du personnage. Un personnage qui pourrait bien avoir un spin-off dédié.

    En 2015, le jeune réalisateur Josh Trank (Chronicle, Les 4 Fantastiques) se lance dans ce projet. Un teaser est réalisé et prêt à être présenté au public. Un synopsis est également dévoilé : "Une histoire sur les origines du chasseur de primes le plus célèbre de la galaxie. Boba Fett est un guerrier mandalorien qui a été formé par Jango Fett, sa figure paternelle, et qui est devenu un chasseur de primes célèbres dans toute la galaxie" (My Entertainment World). Mais cette "Star Wars Story" est abandonnée. Josh Trank jette l’éponge, pour désaccords, semble-t-il, avec les producteurs.

    Fin de l’histoire ? Non, car sitôt le départ de Josh Trank, les rumeurs sur Boba Fett continuent d’aller bon train, jusqu’à l’annonce il y a quelques jours qu’un spin-off consacré au célèbre chasseur de primes. Ce projet est donc bien dans les cartons. Le Journal du Geek nous en dit plus : "[Le film] mettrait en réalité en scène une équipe de chasseurs de prime avec Boba dans le lot… Une sorte de Suicide Squad dans l’univers Star Wars, en somme."

    La saga de ce spin-off risque bien de ne pas en rester là. De là à dire qu’elle se concrétisera sur grand écran, c’est une autre histoire.

    "Un spin-off sur Obi-Wan bientôt annoncé et un film sur Boba Fett :
    les folles rumeurs Star Wars du jour
    ", Journal du Geek, 31 mars 2017
    http://www.starwars-universe.com
    "Le réveil d'une épopée"

  • Exclusivité Bla Bla Blog : bla-bla avec Jacques Cheminade

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    Bla Bla Blog poursuit son dossier Présidentielles. Pour cette Chronique, nous avons interrogé Jacques Cheminade, président du parti Solidarité et Progrès et candidat à l'Elysée. Il a bien voulu se prêter à un questionnaire qui intéresse Bla Bla Blog : livres ou films préférés, dernier spectacle et exposition vus, acteur et musicien préféré, etc. Cette manière de mieux connaître les candidats est aussi un moyen de faire le focus sur les arts et la culture, des sujets bien trop discrets dans cette campagne électorale décidément atypique.

    Jacques Cheminade a répondu à notre portait chinois. L’intérêt d’un tel questionnaire est autant de donner à la personne interrogée un visage inédit en lui faisant parler de ses goûts qu’à faire des découvertes étonnantes.

    Le candidat de Solidarité et Progrès manifeste de prime abord des préférences culturelles plutôt classiques : Le Quart Livre de François Rabelais est cité comme livré préféré. Ce roman d’aventure mettant en scène un voyage de Pantagruel à l’autre bout du monde, est inspiré par les découvertes du Nouveau Monde.

    Parmi les autres références classiques figurent son auteur fétiche, Platon, "pour ses dialogues socratiques". La musique de chambre et Ludwig Van Beethoven sont évoqués comme respectivement style et compositeurs favoris, ce qui n’empêche pas l’homme politique de citer également le rappeur français Kery James. En peinture, c’est Rembrandt qui a les faveurs de Jacques Cheminade.

    présidentielles,président de la république,jacques cheminadeLe candidat sort des sentiers battus lorsqu’il est question de cinéma et de séries télé. Son film préféré ? Le Professeur de Violon de Sérgio Machado. Ce drame brésilien sorti en 2015 suit le parcours d’un violoniste doué qui, faute de pouvoir suivre une carrière rêvée dans un orchestre symphonique, choisit d’enseigner dans la favela d’Héliopolis à São Paulo.

    Alors que Jacques Cheminade parle de Lambert Wilson comme acteur favori, il choisit de nommer comme metteur en scène Stanislas Nordey. Cet homme de théâtre, peu connu du grand public, travaille au Théâtre national de Strasbourg. On lui doit notamment la mise en scène d’Incendies de Wajdi Mouawad au TNS, en 2016.

    Le candidat à la Présidentielle cite une fiction policière française pour sa série favorite : Capitaine Marleau (photo), réalisée par Josée Dayan, avec Corinne Masiero dans le rôle titre, et dont la première saison a été tournée et diffusée sur France 3 en 2015.

    Nous avons interrogé le candidat au sujet de la dernière exposition vue. Il nous a répondu en citant le Musée National du Liban. Le candidat fait référence au Musée national de Beyrouth. Ce lieu important de la vie culturelle libanaise renferme une importante collection archéologique de la Préhistoire à la période mamelouke, avec notamment des pièces phéniciennes et une remarquable collection des époques romaine et byzantine.

    La dernière pièce de théâtre vue par Jacques Cheminade est Résister c'est exister de Alain Guyard mis en scène par Isabelle Starkier pour le studio Herbertot, avec François Bourcier. Seul sur scène, le comédien incarne une quarantaine de personnages issus de la Résistance française pendant la seconde guerre mondiale.

    Grand lecteur de journaux et de magazine – bien qu’il n’en cite aucun – Jacques Cheminade est également un amateur et un auteur de poésie. N’avait-il pas indiqué à RTL à l’occasion du grand débat du 20 mars dernier qu’il s’y était préparé "en lisant de la poésie" ? A notre connaissance, le candidat n’a cependant pas publié de poésie, en tout cas à ce jour.

    Retrouvez ici le questionnaire complet, avec également la réponse in extenso à la dernière question : "Quelle politique culturelle envisagez vous de mener en cas de victoire aux Présidentielles ?"

    Le questionnaire complet de Bla Bla Blog, avec les réponses de Jacques Cheminade :

    Quel est votre livre préféré ?

    Le Quart Livre de Rabelais.

    Quel est votre auteur fétiche ?

    Platon pour ses dialogues socratiques.

    Quel film avez‐vous récemment vu au cinéma ?

    Le professeur de Violon, film brésilien de Sérgio Machado.

    Quel est votre acteur ou actrice favori ?

    Lambert Wilson.

    Quel metteur en scène admirez‐vous ?

    Stanislas Nordney.

    Quelle série suivez‐vous assidûment en ce moment ?

    Capitaine Marleau.

    Quel est votre style de musiques favori ?

    La musique de chambre.

    Quel est votre compositeur, musicien et/ou chanteur favori ?

    Beethoven et Kery James.

    Quel est votre peintre favori ?

    Rembrandt.

    Quelle est la dernière exposition que vous ayez vue ?

    Le Musée National du Liban.

    Quelle est la dernière pièce de théâtre ou spectacle que vous ayez vue?

    Résister, c'est exister (au studio Hébertot).

    Quel journal et/ou magazine lisez‐vous régulièrement ?

    Il y en a une dizaine...

    Pratiquez-vous vous‐même un art ?

    Oui, la poésie.

    Quelle politique culturelle envisagez vous de mener en cas de victoire aux Présidentielles ?

    Je soutiendra une culture de la découverte qui rende l'art au peuple, avec un budget de la Culture porté à 2% du PIB.

    http://www.cheminade2017.fr 

  • Naija ou mutations en chaîne

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    Naija, c’est le Nigeria, un pays vers lequel nous mène Thierry Berlanda, dans son thriller du même nom.

    Mais auparavant, c'est en France que débute Naija, avec comme point de départ une enquête policière à la facture faussement classique, et menée par un duo improbable.

    Jacques Salmon et Justine Barcella sont deux agents de la cellule ultra-secrète Titan. Lui est un vieux briscard rompu aux missions de barbouzes. Elle est une redoutable militaire cachant derrière son physique de mannequin une détermination à toute épreuve et une passion pour l'action.

    Lorsque ces deux là se rencontrent et font équipe, c’est pour se lancer dans un dossier épineux et particulièrement sensible. Le président d’une multinationale spécialisée dans l’agroalimentaire a été retrouvé sauvagement agressé puis jeté dans une bétaillère au milieu d'animaux. Nos agents très spéciaux sont chargés de dénouer ce qui s'apparente à une agression spectaculaire destinée à faire un exemple aux yeux du monde. Qui en est l'instigateur ? Que cache cet homme d'entreprise ? Qui tire les ficelles ? Salmon et Justine suivent la piste de trois mystérieuses femmes noires. L'enquête mène les deux limiers jusqu'à Marseille, avant que leur attention ne se porte sur le Nigeria. La résolution de cette affaire pourrait venir d'Histal, une multinationale prospère et tentaculaire, et de ses responsables, dont l'intrigant Seymour Silverstone.

    Dire que le roman de Thierry Berlanda réserve son lot de surprise est un euphémisme. Véritable page-turner, de fausses pistes en rebondissements, Naija se joue du lecteur en faussant la grille de lecture d'un thriller diablement malin et comme en perpétuelle mutation.

    Dès le début du roman, Thierry Berlanda nous place en terrain familier : une enquête, un crime sordide, un duo d'enquêteurs opposés, cyniques et pugnaces, un journaliste curieux et des secrets inavouables. Les premiers chapitres de Naija s'inscrivent dans la droite lignée du polar français "chabrolien" : notables et industriels englués dans une affaire qui les dépassent, petites frappes ou d'escrocs sans foi ni loi et dialogues incisifs à la Michel Audiard.

    Bientôt, à l'image des agents de Titan, le lecteur voit l'enquête suivre une piste inattendue. Déracinée de France, c'est au Nigeria que l'affaire va se jouer. Naija qui s'annonçait comme un polar à la Fred Vargas, prend une l'ampleur inattendue. Cette fois, il n'est plus seulement question de coups tordus, de secrets de petits-bourgeois ou de malfrats maîtres-chanteurs mais de crimes organisés à l'échelle planétaire et de manipulations scientifiques ahurissantes. Salmon et Justine pénètrent dans un univers inédit, au risque d'y laisser leur peau, et sans doute plus encore.

    Le lecteur est happé par ce thriller aux dimensions atypiques. Thierry Berlanda s'offre le luxe de passer, dans la deuxième partie de son ouvrage, du roman noir traditionnel au livre d'espionnage à la James Bond, avec son lot de criminels et de génies du mal. Comment ne pas voir dans la redoutable île Banana Island le fameux domaine du Dr No, avec Jacques Salmon en James Bond dans une situation désespérée et Justine en Ursulla Andress – en moins écervelée et plus cabotine ?

    Polar, puis roman d'espionnage, Naija mue de nouveau en livre d'anticipation, sur fond de manipulations génétiques et de nanotechnologies. L'Île du Docteur Moreau est comme transposée sur le continent africain, dans un pays chaud, contrasté et étouffant où les technologies les plus avant-gardistes et le capitalisme le plus débridé côtoient la misère la plus sordide. L'auteur a depuis plusieurs pages abandonné ses dialogues imagés à la Audiard pour une écriture à l'américaine, nerveuse et efficace, au service d'un message alarmant.

    Finalement, c'est en philosophe que Thierry Berlanda dresse le tableau d'une humanité cynique menacée par des sciences débarrassées de toute éthique. Un danger immense et terrifiant nous menace, nous prévient en substance l'écrivain qui conclue Naija sur le sol européen. Le dénouement de ce roman aux multiples mutations permet à l'auteur, dans les dernières pages, de prendre une nouvelle fois le lecteur à contre-pied, qui aura été manipulé jusqu'au bout par ce thriller mené tambour battant.

    Thierry Berlanda, Naija, éd. du Rocher, 431 p., 2017

  • GIF de campagne

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    Tous les candidats.gif

    Bla Bla Blog poursuit son dossier Présidentielles avec une ITW inédite très bientôt.

  • La vie sauvage

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    Un homme et une femme – lui, en costume des années 50 et elle, pieds nus et en robe couleur bleue ciel – marchent enlacés, amoureux et insouciants, en direction d’un champignon nucléaire. Cette photo-montage du premier EP de Wild Times annonce d’emblée un album sombre, sérieux et sans concession. Pari tenu : le groupe parisien Wild Times imposent un pop-rock tranchant, enthousiaste et abouti.

    The Wanderers, le premier titre qui donne son titre à l’album, déploie une détonante construction électro-rock au service d’un message désabusé sur nos temps sauvages. L’efficacité est là, évidente dès les premières notes. L’auditeur est happé par la mélodie irrésistible, par les voix puissantes et par les rivières de guitares comme aux plus belles heures du rock progressif de Yes et consorts.

    Les quatre garçons de Wild Times ont beau revendiquer l’émancipation de toute influence, il n’est pas absurde de trouver dans la voix du chanteur Antoine B. une parenté troublante avec Mike Jagger, notamment dans le deuxième titre, I.L.W.Y. Les quatre artistes chantent "cette envie furieuse de femme" dans un rock rugueux – voire lo-fi – après une introduction électro psychédélique.

    Le EP atterrit en douceur avec Season plus pop mais tout autant efficace. Wild Times jouent la carte de la sobriété dans un morceau planant et mélancolique.

    Le rock progressif anglais a sans doute trouvé de lointains héritiers : ces petits frenchies de Wild Times.

    Wild Times, The Wanderers, Wild Times Record, dans les bacs le 28 avril 2017

     

  • Tintin, back in the USSR

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    Tintin au Pays des Soviets a toujours fait partie de ces albums mythiques qu’un tintinophile se devait de posséder, au même titre que L’Alph-Art : un titre historique mais dont l’attrait de la lecture était peu évident. Les éditions Moulinsart et Casterman proposent de redécouvrir cette BD sous un nouveau format. 

    En 1929, Hergé, jeune dessinateur pour la revue belge du Petit Vingtième, créé le journaliste impétueux Tintin. Accompagné de son fidèle chien Milou, le jeune reporter part enquêter en URSS pour démystifier la Russie tombée dans le communisme depuis une douzaine d’années. Le voyage débute sous les plus mauvaises augures par un attentat provoquant la mort de 218 (sic) passagers d’un train. Pourchassés par la police politique de la Guépéou, Tintin et Milou traversent le pays à toute allure, bien décidés à dévoiler aux lecteurs du Petit Vingtième la réalité du communisme.

    Les familiers de l’album originel en noir et blanc redécouvriront Tintin au Pays des Soviets avec un œil nouveau. Les studios Hergé ont en effet colorisé cette première histoire de Tintin. Livre historique, cette BD devient une authentique aventure, certes datée et naïve, mais d’une nouvelle fraîcheur et à la lecture bien plus agréable que l'ancienne version en noir et blanc.

    Les fans de Tintin s’arrêteront avec délice sur la page 7 de ce premier album : le jeune reporter démarre en trombe au volant d’une décapotable, soulevant une mèche de ses cheveux. La fameuse houppe de Tintin se redresse. Elle ne retombera plus.

    Hergé, Tintin au Pays des Soviets, éd. Casterman, Moulinsart, 1929, 2017, 137 p.

  • Monstres et compagnie

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    A priori, on donnerait le Bon Dieu sans confession à ces deux auteures américaines, Marjorie Liu et Sana Takeda. Elles signent pourtant, l’une pour le scénario et la seconde pour le dessin, Monstress, une bande dessinée aussi cruelle et sanglante que somptueuse.

    Monstress, déjà qualifié aux États-Unis comme un roman graphique majeur et dont le premier tome vient de sortir en France aux éditions Delcourt. Dans la droite lignée de la dark fantasy, Marjorie Liu, qui a troqué sa robe d’avocat pour l’écriture, imagine un monde post-apocalyptique peuplé d’humains aux dons surnaturels, de chats à la fois sages bavards et soldats pugnaces, d’Anciens aux pouvoirs immenses, d’Arcaniques (ou "Sang-mêlés"), des êtres hybrides mi-humains mi-Anciens, sans oublier une confrérie humaine redoutable, l’ordre des Cumaea.

    Maika Demi-Lune, une toute jeune femme amputée d’un bras, se retrouve captive de ces nonnes-sorcières. Belles et redoutables, ces vampires d’un autre temps chassent les humains pour les manger et en extraire une étrange substance, le lilium.

    Maika parvient à s'extirper des griffes de Lady Atena et Lady Sophia, en compagnie de Kippa, un enfant-renard, et du chat maître Ren. Tout ce petit monde fuit les Cumaea. La garde des Inquisitrix, guidées par une mystérieuse Mère Supérieure, partent à la recherche de Maika mais aussi d'un objet sacré dérobé par la jeune fille dans un sanctuaire arcanique. Un autre danger sommeille et menace la jeune femme en fuite : un être à l'intérieur d'elle-même, en lien avec son passé sombre et mystérieux.

    Monstress est une étourdissante aventure baroque violente. Les auteurs de ce premier volume remarqué et remarquable (un tome 2 est sorti récemment aux États-Unis) élaborent un univers de dark fantasy puisant ses influences tous azimuts : mythologies occidentales, mangas, contes et romans classiques ou comics américains. Dans cette histoire de quête initiatique et de lutte entre bien et mal, Kippa et le chat Ren représentent des figures à la fois familières, drôles et touchantes, largement inspirées qui plus est des personnages de mangakas. Ainsi, Ren aurait toute sa place dans le bestiaire des Pokemons.

    Monstress déploie sur plus de 200 pages des univers à la fois sombres et oniriques, familiers et surnaturels, modernes et archaïques : geôles moyenâgeuses de Zamora, steppes dignes de la Mongolie, palais somptueux, laboratoires de savants fous, paysages sylvestres dignes de la Comté de Tolkien ou cités post-industrielles. Sans oublier la traditionnelle carte géographique, en fin de volume, présentant "le monde connu" où évoluent Maika et consorts. Les amateurs de fantasy se retrouveront en terrain connu.

    On doit à Sana Takeda le graphisme somptueux. Les cadrages comme les scènes de combats avec leur violence stylisée à la Game of Thrones, empruntent largement aux mangas. Précisons que l'illustratrice de Monstress est originaire du Japon. Le dessin est précis, riche et d'une grande puissance visuelle, rappelant la culture comics américaine. Monstress recycle dans cette bande dessinée de dark fantasy des archétypes traditionnels : la jeune héroïne aux pouvoirs inattendus, une quête dangereuse, des compagnons de voyage modérateurs sur le modèle de Sancho Panza, des génies du mal, des mystérieux anges-protecteurs et des monstres en veux-tu en voilà.

    L'autre grande originalité de ce premier tome vient du parti-pris scénaristique. Monstress, œuvre de deux femmes, est un un cycle féminin jusque dans ses propos. La société matriarcale décrite est celle d'un monde violent où l'asservissement est la règle. Peu de places sont laissés aux hommes, simples soldats ou pâles seconds couteaux. Reste pour la jeune héroïne à la recherche de sa liberté son étrange pouvoir encore sous-utilisé, ses astuces, son courage mais aussi la solidarité féminine.

    Marjorie Liu et Sana Takeda, Monstress, tome 1, L’Éveil, éd. Delcourt, 208 pages, 2017
    http://marjoriemliu.com
    http://sanatakedaart.tumblr.com

     

  • Un peu d'Utopia ce n'est pas trop demander

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    Un peu d'utopie ne fait pas de mal, n'est-ce pas ? En cette période électorale, peu de candidats nous en proposent.
    L'utopie, nous irons la chercher du côté de l'humanitaire, avec la bien nommée Utopia 56. Cette association se propose d'aider les réfugié de Calais. L'association est également active à Paris, au centre d’accueil Paris Nord, Porte de la Chapelle.

    Un collectif d'artistes, Céleste, Jean-Baptise Larché et Fleur Offwood (dans une prochaine chronique je vous reparlerai de cette musicienne, dont il avait déjà été question sur ce lien), a composé Cover You, un titre dont les dons sont directement versés à l'association Utopia 56. Cover You, en français "couvre-toi" ou "couvrez-vous" fait référence aux couvertures de survie, ces premiers biens offerts à ces hommes, ces femmes et ces enfants venus d'ailleurs. Une jolie et pertinente référence qui fait de ce morceau un véritable hymne en faveur des réfugiés.

    Musicalement, Cover You séduit par son savant mélange de pop et d'électro (mais "sans Auto-Tune", précisent les artistes), méditatif et planant. Le titre est d'ailleurs illustré par une photo aérienne ("céleste", comme le nom d'une des artistes).

    Soyons utopiques, disent en substance les artistes : faisons appel à l'altruisme de chacun. Ce n'est pas trop demander. Rendez-vous pour cela sur ce site : https://celestecoveryou.bandcamp.com/track/cover-you.

    https://celestecoveryou.bandcamp.com/track/cover-you
    http://utopia56.com/fr
    Une Fleur pour l'Orage nu

  • La France de Boucq

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    En cette période électorale, François Boucq propose, dans Portraits de la France, une série d'instantanés drôles et féroces de la France d'aujourd'hui. Plusieurs de ces planches ont fait l'objet de publications antérieures chez Fluide Glacial, des couvertures de San Antonio, des campagnes promotionnels ou bien des illustrations pour des journaux et des magazines.

    Chez Boucq, pas de langue de bois. La sociologie de notre pays se fait à coup de crayons, de traits d'humour et avec un sens de l'image plutôt bien vu. Dans la séquence Bistrosophie, les habitués d'un bar dissertent en compagnie de clients inhabituels (hippopotames et escargots) de l'homosexualité et du mariage gay. L'auteur égratigne du coup le discours traditionnel ayant cours dans les partis les plus à droite, FN inclus. Le chauvinisme n'est pas plus épargné dans ces pages où un VRP sexagénaire enthousiaste en tenue de léopard – un personnage récurrent de l'album – se propose de "remettre en état" un pays bien mal en point : "La France est plus qu'un territoire. C'est le creuset d'un esprit, un esprit tellement particulier, tellement original qu'il attise jalousie et convoitise..." L'aventurier constate que la France est une vraie jungle à cause de "ces primates" qui "tentent par tous les moyens de défiguer ce pays." Est-ce possible ? Oui. "Grâce à sa flexibilité, notre belle démocratie reprend sa forme initiale," promet notre commentateur.

    Plus engagé, le chapitre Une certaine décrépitude de la France propose une lecture plus politique du pays, à travers une compilation de dessins engagées. Ici, les derniers présidents de la République passent à confesse devant une Marianne, prêtresse de la Constitution. Là, François Hollande analyse avec sagacité la science du sondage devant notre VRP incrédule. Là encore, un médecin ausculte une marianne atteinte d'une "lepenite aigüe". Marine Le Pen est du reste brocardée un peu plus loin, drapée, elle et ses "petites vertus”, "dans les emblèmes de la République." Boucq se pose en croqueur virulent autant que moraliste, par exemple dans ses dessins en forme de fables animalières.

    Le chapitre Une Insécurité française s'arrête sur un sujet électoral récurrent en cette période électorale : l'insécurité. Insécurité ou violence ? Notre VRP en léopard se fait observateur et critique, par exemple lorsqu'il fait le lien entre l'invention du langage et celui des armes : "Notre planète bavarde, c'est même la plus bavarde du système solaire, on bavarde à travers les âges." Boucq radiographie ce syndrôme d'insécurité, susceptible de prendre plusieurs visages : la suspicion généralisée (un Père Noël est contrôlé par des policiers sur les dents), la méfiance ("Pourvu que ce soit un ami"), la violence ("Parlez-en avant qu'elle ne vous gagne"), la xénophobie et ces fameux binationaux apparus dans l'actualité récente.

    Contre ces maux récurrents, Boucq propose des "solutions bien hexagonales", déclinées sous formes de planches : "la solution du serrage de ceinture", chère à plusieurs candidats aux présidentielles, "la solution opiniâtre", "la solution dans le vent", "la solution pédago-généalogique", "la solution pédagocybernétique" ou la désopilante "solution galactique." À moins que ces solutions ne nous mènent "en péniche."

    Moins politique mais tout autant satirique, Boucq s'arrête sur quelques caractéristiques de notre France actuelle. Celle des gros d'abord (La France bien enveloppée). L'auteur caricature cette population pour mieux se moquer de l'exhortation divine (le dessinateur fait intervenir le Dieu de Michel-Ange) à s'incrire à un club sportif : "J'ai fait l'homme à mon image, c'est vrai !... Mais avec des zigotos comme toi, j'ai l'air de quoi, moi ?..." s'insurge le dieu de la Chapelle Sixtine face à un Français un peu enveloppé.

    La transition est toute trouvée pour le thème de la séquence suivante consacrée à la France sportive (Le Français, ce grand sportif). Le VRP en léopard revient dans une courte histoire au cours de laquelle un dialogue avec un ballon perdu dans la jungle est l'occasion d'épingler ce "nombril du monde" qu'est le sacro-saint ballon rond. La cible du dessinateur est le football, l'objet de toutes les attentions et de toutes les compromissions à travers la FIFA et l'organisation des coupes du monde. Le football n'est du reste pas le seul sport égratigné : rugby, cyclisme... et catch (sic) ne sont pas épargnés.

    Les vacances, passion nationale française, a droit à une série de planches à la fois tendres et cruelles : estivants libidineux, constructions de châteaux de sable morbides (une idée drôle et géniale du dessinateur) ou bodybuildeurs côtoyant des vacancières en topless ridiculisées.

    Ce voyage dans la France est sans doute la bande-dessinée engagée du moment et celle qui offre un contre-point des plus intéressants à la campagne présidentielle du moment.

    Boucq, Portrait de la France, Éd. İ, coll. Traits, 2017, 61 p.

  • Fils brisés

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    L'écrivain, philosophe et universitaire Serge Doubrovsky vient de s'éteindre à Paris, le 23 mars 2017, à l'âge de 88 ans. Sa disparition ne fera sans doute pas la manchette des journaux, c'est pourtant un artiste exceptionnel - mais aussi controversé - qui mérite d'être honoré. 

    On doit à Serge Doubrovsky l'invention du concept d'auto-fiction, avec ses romans fracassants, La Dispersion (1969), Fils (1977), mais surtout Le Livre brisé (1989). le très stoïque Bernard Pivot avait, lors de son émission Apostrophe (13 octobre 1989), accusé l'écrivain d'avoir provoqué la mort de la propre compagne de Serge Doubrovsky.

    Bla Bla Blog avait chroniqué cet ouvrage il y a plusieurs mois. Retrouvez cette critique sur ce lien. Et Découvrez ou redécouvrez une œuvre exceptionnelle et, comme l'écrit Michel Contat dans Le Monde, "une des entreprises littéraires les plus passionnantes de son époque." Les auteurs d'auto-fiction perdent leur père spirituel.  

    "Un livre comme une vie se brise"