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Bla Bla Blog

  • Persona grata

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    Edgär c’est Simon & Garfunkel dopés à l’électro. Le duo français s’invite en persona grata dans un univers pop-folk revisité. Venus d’Amiens, Antoine Brun et Ronan Mézière, à la composition, se livrent dans une osmose de voix quasi parfaite et nous offrent un premier EP Persona, qui est à découvrir en ce moment.

    Dans le premier titre Two Trees, les musiciens nous offrent une ballade planante, au point que rarement l’expression "techno psychédélique" n’a aussi bien porté son nom. L’auditeur saluera la précision de ce premier morceau minéral, tout comme sa légèreté musicale. Les voix ne font qu’une, s’entremêlent et s’envolent dans des arabesques zen.

    On retrouve la même facture cristalline dans The Painter. La rythmique y est cependant plus soutenue. Les deux nordistes imposent un titre éthérée et aérien, avec chœurs, cordes et bien entendu ces deux voix venues d’ailleurs.

    Teacup est le retour à de la pop-folk plus traditionnel. Les ordinateurs sont partiellement remisés au profit d’une guitare sèche et des voix plaquées plus sobrement.

    Edgär c’est l’électro à visage humain : un duo venu d’ailleurs et une sorte de chaînon manquant entre Simon & Garfunkel et la scène électro française.

    Edgär, Persona, Elegant Fall Support, 2017
    En concert le 1er juin au Petit Bain, Paris, avec Vanished Souls et Pamela Hute

  • Prométhée déchaîné

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    Le philosophe Luc Ferry est aux manettes pour une passionnante collection sur la mythologie en bande dessinée. Voilà une excellente idée, qui vient confirmer l’engouement pour un genre inépuisable. Qui osera dire que les histoires de Zeus, Athéna ou les les Furies font partie des contes à dormir debout ? En réalité, elles ont beaucoup à nous dire. 

    Prenez Prométhée, ce géant enchaîné au sommet du Caucase, condamné pour l’éternité à voir son foie dévoré par un aigle le jour, avant de repousser la nuit. Son crime ? Avoir offert aux hommes le feu et la technique, au risque de faire de cette race l’égale des dieux.

    Avec un solide sens de la narration, et un grand soin dans le dessin, Luc Ferry, Clotilde Bruneau et Giuseppe Baiguera offrent une lecture moderne, rythmée et séduisante du cycle prométhéen. Assez naturellement, les auteurs n'ont n’a pas oublié d’y insérer le mythe de la boîte de Pandore, mettant du même coup en avant le frère de Prométhée, Épiméthée. "Anti-Prométhée" et personnage que les auteurs nous dépeignent en frère naïf, besogneux mais passionné, Épiméthée devient l’un des personnages phares du mythe : celui qui a en charge le peuplement de la terre et qui réussit tellement bien son coup qu'il met son frère au pied du mur en accaparant tous les attributs du règne animal. Il va être également à l’origine des calamités terrestres.

    L’exploit de cette BD est d’avoir rendu au mythe toute sa clarté et d’en faire un ouvrage à la fois accessible et séduisant. Une jolie promesse pour la suite de cette collection.

    Luc Ferry, Clotilde Bruneau et Giuseppe Baiguera, Prométhée et la Boîte de Pandore,
    éd. Glénat, 2016, 56 p.

  • Exclusivité Bla Bla Blog : rencontre avec le groupe Wild Times

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    Bla Bla Blog avait parlé sur ce site de Wild Times et de leur EP, The Wanderers. Nous vous proposons de découvrir les quatre garçons de ce groupe de rock au son irrésistible, rugueux et sans concession.

    Bla Bla Blog : Pouvez-vous vous présenter ?

    Antoine : 32 ans, je suis le chanteur de Wild Times. Augustin est mon petit frère donc ce groupe c’est aussi un peu une histoire de "bromance". Je suis réalisateur et c’est notamment moi qui ai réalisé le clip de notre premier single, The Wanderers.

    Pascal : j'ai 37 ans (le doyen du groupe !) je suis né à Marseille et fait mes études à Aix-en-Provence à l'ECV (Ecole de Communication Visuelle). J'ai un master 2 en communication visuelle et je m'occupe donc de l'image du groupe. Mon métier est créateur d'identité visuelle et travaille en free-lance. Je suis le bassiste du groupe Wild Times et je joue de la musique depuis mes 13 ans.

    Augustin : Moi j’ai 29 ans, je suis le plus jeune du groupe, au coude à coude avec Théo le batteur, mon but c’est de le dépasser mais ça ne va pas être simple... Pour ma part, je suis ingénieur du son, compositeur de musique, à l’image et guitariste dans Wild Times. Passionné par le son depuis toujours je travail à mon compte et a monté mon propre studio de musique. Je suis également diplômé d'un master en communication.

    Théo : Je suis Théo, le batteur du groupe, 29 ans et originaire de Paris, ville dans laquelle j’ai eu la chance de grandir et de rencontrer les membres du groupe. J’ai commencé la batterie après m’être essayé au piano et mettant rendu compte que cet instrument n’était pas ma vocation. En 2004, en internat dans un lycée, j’ai eu l’opportunité de pouvoir découvrir et pratiquer la batterie très régulièrement. Après quelques années et beaucoup d’indulgence de la part des mes premiers auditeurs, j’ai commencé à prendre du plaisir en jouant de cet instrument, pour finalement m’en passionner. En 2006, je rencontrais Augustin et Antoine, avec qui nous fondions Wild Times. J’ai fais des études d’ingénieur du son, pour finalement me diriger vers les métiers de la communication digitale, que je combine avec Wild Times.

    BBB : De quand date le groupe ? 

    Augustin : Wooo, depuis sûrement trop longtemps…

    Antoine: le groupe a eu différentes formation, même si le noyau est le même depuis le début. Mais en considérant qu’Augustin et moi jouons de la musique ensemble depuis notre enfance, le groupe ne date pas d’hier ! Non sérieusement, le groupe tel qu’il est aujourd’hui, dans sa composition et dans le message, la couleur que nous voulons partager, le groupe a trois ans environ. C’est à ce moment -là que nous nous sommes retrouvés pour poser les bases des premier morceaux estampillés Wild Times.

    BBB : A quelle occasion s’est-il formé ? 

    Antoine: Je crois que la première occasion que nous avons eu d’enregistrer quelque chose était un de mes courts-métrages pour lequel Augustin et Theo ont créé la bande originale. Puis, on a eu besoin d’y ajouter une voix et c’est moi qui m’y suis collé. Et, petit à petit, on ne s’est plus quitté.

    Théo : En 2006, Augustin et moi on s’est rencontrés au lycée, et on a décidé de jouer ensemble. Très vite est née une vraie envie de composer des morceaux et d’aller plus loin qu’un simple loisir. À la suite du court métrage, Augustin décide de proposer à Antoine de s’essayer au chant dans cet embryon de groupe. Quelque-chose se passe, on est bien ensemble, le travail nous passionne. Des morceaux maladroits naissent, l’envie de progresser est là. Un an plus tard, Pascal vient nous voir en concert, dans un petit bar à Oberkampf. Coup de cœur réciproque pour ce bassiste, qui décide de nous rejoindre. Wild Times est né.

    BBB : Quels ont été les premiers temps forts de ce groupe ?

    Augustin : J’ai rencontré Antoine le second jour de ma vie je pense, donc oui moment très fort !

    Antoine : non, moment très décevant et troublant pour moi, le jour de notre rencontre : j’ai du apprendre à "partager" et ça m’a pas trop fait kiffer.

    Théo : Plus sérieusement, en 2007, le groupe à migré à Bruxelles car Antoine partait suivre des études de cinéma. Pendant un an, nous avons bossé la musique nuit et jour, c’était fou !

    Antoine : Oui c’était un vraie chance pour nous. Nous avons vécu, l’année qui suivait, de beaux concerts aussi, notre meilleur souvenir pour le moment c’est peut être le Divan du Monde.

    Pascal : Oui le Divan du Monde c’était top, et notre dernière Flèche d’or aussi. C’était rempli, le public était vraiment super !

    BBB : Qu’avez-vous fait avant Wild Times ? 

    Antoine : Avant Wild Times, nous avions sorti un EP sous un autre nom, PHOTO, sur le label Sober & Gentle, notamment connu pour son travail sur Cocoon, Mother Of Two, Hey Hey My My ou encore les Kids Bombardos. C’était une super expérience et nous avions signé pour un album avec Sober. Mais malheureusement le label a subi la crise du disque et a dû mettre la clé sous la porte juste avant notre entrée en studio. On s’est donc retrouvés sur le carreau et on a dû prendre les choses en main pour que cet album puisse voir le jour. On a donc monté notre propre label, sobrement appelé Wild Times Record, et avons eu la chance de collaborer avec Antoine Gaillet, Freddy Lamotte et l’exceptionnel Florian Monchâtre. Sans eux on aurait rien pu faire. On leur doit tout.

    BBB : De quels artistes vous sentez-vous proches ?

    Pascal : Contre toute attente je ne vais citer aucun bassiste ni musicien, mais un courant artistique qui pour moi est le plus rock de tous : ce sont les dadaïstes. Leur anti-conformisme et leur vision de toutes les formes d'arts m'ont appris à aimer des choses diverses et variées, à critiquer et à me poser de vraies questions. Ce sont les papes de la liberté de la pensée, de la liberté de créer.

    Augustin : Tous les membres du groupe écoutent des choses éclectiques. Ça peut aller du jazz au métal en passant par le rock et le reggae. Notre musique s'inspire d'une somme d'artistes ou de groupes qui sont parfois aux antipodes les uns des autres. Ça ne nous fait pas peur, tant que c’est beau et que ça nous touche. Je pense que c’est ce qui fait de Wild Times un groupe en quelque sorte "transgenre" avec, avant tout, des choix sentimentaux assumés qui créaient une cohérence entre paroles et musique.

    Antoine: Je vais quand même citer celle dont je suis amoureux depuis toujours : PJ Harvey, qui pour moi est la quintessence de la pureté rock, de l’engagement, de la poésie.

    WILD_TIMES_BD_16.jpgBBB : Quelles sont vos influences musicales ? 

    Antoine: C’est toujours une question difficile… Well well well… Évidemment, il y a Radiohead qui met tout le monde d’accord et qui nous a bercé depuis notre adolescence. Évidemment, tout le rock des années 70 même si je dois avouer que c’est très rare pour moi d’en écouter en ce moment. Je suis d’avantage à la recherche de nouveaux sons. Parmi eux, entre autres, la prêtresse PJ Harvey dont les deux derniers albums sonnent comme rien d’autre. Ce sont des ovnis, un mélange de musique folklorique anglo-saxonne, de rock, de troubadours : indéfinissable. Sinon gros coup de cœur pour Royal Blood avec leur premier album, l’ensemble de la discographie d’Arcade Fire, Foals mais aussi les deux premier album de PVT, Portishead…

    Théo : Mes influences musicales sont très diverses. J’aime beaucoup l’électro minimale berlinoise, le dub, le rock, la pop, le classique. Si je devais emporter trois disques sur une île, je prendrai sans hésiter : Opus Incertum de High Tone, Hail to the thief de Radiohead, et An Awesome Wave d’ Alt-J.

    BBB : Quelle musique écoutez-vous en ce moment ? 

    Augustin : Pour ma part le dernier gros coup de cœur que j’ai eu c’est Balthazar, quand je dis coup de cœur, c’est assez fort. Ça n’arrive qu’une fois tous les deux ou trois ans. Sinon, actuellement j’ai écouté The Smiths ce matin ou découvert le dernier Phoenix.

    Théo : J’écoute beaucoup Angus & Julia Stone en ce moment, Balthazar et Foals.

    BBB : Avez-vous des auteurs ou des livres fétiches ? 

    Pascal : Mikhaïl Boulgakov, auteur Russe. J'ai lu toute son œuvre : c'est juste gigantesque, dont Le Maître et Marguerite que j'ai lu au moins six fois, et que découvre à chaque lecture. Un grand manifeste pour la liberté des artistes et un gros coup de gueule contre le conformisme.

    Antoine: le roman le plus dingue que j’ai lu c’est Roman avec Cocaïne d’Agueev, un auteur russe dont c’est le seul roman, et qu’il a écrit anonymement. C’est incroyable : l’histoire de la montée du soviétisme, en parallèle avec l’addiction croissante d’Agueev pour la cocaïne. Rien avoir avec Trainspotting ou des livres sur la drogue : c’est l’histoire de la Russie. J’aime beaucoup aussi André Gide, Les Faux-monnayeurs étant son chef d’œuvre. Agueev me fait beaucoup penser à lui. Ils ont la même façon de se livrer sans filtre, en total transparence, le meilleur comme le pire.

    BBB : Pouvez-vous nous parler de films, d'expositions ou de livres qui vous ont marqués ou qui influencent votre travail ?

    Antoine: Deux films m’ont particulièrement marqués et ont été réalisé par le maître des maîtres, Mikhaïl Kalatozov, un réalisateur russe beaucoup trop méconnu. Les deux films dont je parle et que tout le monde doit voir sont Quand Passent Les Cigognes et Soy Cuba. Vous l’aurez compris, j’ai un petit faible pour la culture russe. Pour vous encourager à voir les films de Kalatozof, dites vous que Scorsese et Kubrick lui doivent énormément.

    BBB : Merci les Wild Times pour vos réponses.

    "La vie sauvage"

  • Rodin, l'alchimiste des formes

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    Connaissons-nous vraiment Rodin ? Certainement oui pour ses œuvres les plus célèbres – Le Baiser, Le Penseur, Les Bourgeois de Calais ou La Porte de l'Enfer –, pour sa relation tumultueuse et passionnée avec Camille Claudel ou pour ses influences majeures sur la sculpture au XXe siècle. À ce sujet, Victoria Charles rappelle dans le très bel ouvrage qu'est Rodin, La sculpture nue (éd. Eyrolles) la portée artistique du sculpteur de Meudon sur les futurs travaux d’Ossip Zadkine, Pablo Picasso, Aristide Maillol ou encore Constantin Brancusi.

    Le génie de Rodin en fait un personnage majeur de l'art français à travers le monde. Sa carrière n'a pourtant pas été un long fleuve tranquille. L'auteure parle même d'un parcours laborieux. Cet itinéraire a commencé très tôt puisque Rodin, né en 1840, faisait preuve dès l'âge de 14 ans d'une solide aptitude au dessin. Sa formation suit les voies de l'académisme : auprès du sculpteur animalier Antoine-Louis Barye puis dans l'atelier d'Albert-Ernest Carrier-Belleuse, après une série de trois concours d'admission à l’École des Beaux-Arts, tous ratés ! Le jeune homme explore déjà les voies de la modernité, notamment lorsqu'il propose au salon de 1865 le masque de L'Homme au nez cassé (1863). Cette œuvre, dont Rodin était très fier, et qui était le fragment d'une statue cassée, est rejetée par le jury.

    Après avoir traversé l'Europe, le sculpteur se heurte aux critiques d'un milieu dubitatif sur son savoir-faire. Une première médaille en 1880, lors d'un salon, marque le point de départ d'une œuvre marquée par la virtuosité, l'expressivité et le réalisme.

    La reconnaissance officielle vient avec la commande publique de La Porte de l'Enfer, inspirée de La Divine Comédie de Dante. Victoria Charles consacre de nombreuses pages à cette œuvre imposante, influencée par la chapelle Sixtine de Michel-Ange, mais qui s’en démarque grâce à sa modernité inédite pour l'époque.

    La Porte de l'Enfer donne naissance à une sculpture autonome et majeure, Le Baiser (1884), qu'Auguste Rodin destinait au départ à l'imposante commande publique. L'autre œuvre issue de cette Porte est Le Penseur, que l'artiste avait nommé au départ Le Poète car elle était sensée représentée Dante en pleine méditation. Comme pour Le Baiser, Rodin en fait une statue indépendante en 1903.

    Victoria Charles consacre logiquement un chapitre à la relation enflammée entre Rodin et une de ses élèves, déjà géniale, Camille Claudel. Nous sommes en 1882. Elle a 18 ans, il en a 42. Il vit depuis 1864 avec Rose Beuret, qui est devenue très tôt son modèle. Avec Camille Claudel, la passion, la complicité et la reconnaissance mutuelle nourrissent deux géants de la sculpture : "Leur intense liaison agit sur l'art de Rodin, exaltant la mordante et coupable sensualité des figurines modelées pour la Porte de l'Enfer. Il donne à l'amour qui le consume les contours de certains de ses ensembles." L'auteure prend également pour exemple L'Éternel Printemps (1884) ou L'Éternelle Idole (1889). La fin de la relation entre ces deux géants de la sculpture en 1892 continue d'influencer Rodin : L'Adieu (1892), La Pensée (vers 1895) ou le très moderne Sommeil (vers 1890-1894).

    Rodin et les femmes : voilà un sujet à part entière que Victoria Charles n'omet pas de traiter. Hormis cette relation orageuse avec Camille Claudel, il y a le couple, atypique pour l’époque, qu'il forme avec Rose Beuret. Ils ne se marieront que l'année de leur mort, en 1917. La passion de Rodin pour les femmes transparaît dans ses œuvres : "À l'Hôtel Biron, Rodin passe presque tout son temps à dessiner. Dans cette retraite monastique, il se plaît à s'isoler devant la nudité de belles jeunes femmes et à consigner en d'innombrables esquisses au crayon les souples attitudes qu'elles prennent devant lui", écrit à l'époque Paul Gsell. Le sculpteur se permet tout ou presque avec ses modèles, nous apprend Victoria Charles dans le chapitre consacré à ses dessins érotiques  : "Pendant les séances de pose, Rodin demandait à ses modèles de se masturber, et quand elles étaient plusieurs, de s'étreindre, de s'entremêler et de se caresser mutuellement..." Le lecteur découvrira des œuvres picturales méconnues, exceptionnelles et d'une très grande audace. Les corps féminins sont saisis sur le vif, comme des "instantanés." La sensualité et le mouvement dominent ces séries de femmes inlassablement déclinées : aquarelles, collages, "femmes-vases" (1900) ou danseuses asiatiques (1907-1911).

    Les dernières années de Rodin coïncident aussi avec la première guerre mondiale. L’artiste est choquée par les désastres de la Grande Guerre. En raison du climat sombre, après sa mort en 1917 l’État s’oppose à des obsèques nationales : "C’est de cette façon que le plus grand génie du siècle, monument français à lui seul, est enterré par ses amis le 24 novembre 1917 dans le jardin de sa propriété de Meudon, auprès de sa femme." Reste la postérité de l’alchimiste des formes qui : grâce à Rodin, la sculpture vient de faire entrer d’une manière fracassante dans la modernité.

    Victoria Charles, Rodin, La sculpture nue, éd. Eyrolles, 2017, 190 pages
    Exposition "Rodin L’exposition du centenaire",
    au Grand Palais – Galeries nationales, 22 mars - 31 juillet 2017
    R
    odin, de Jacques Doillon, avec Vincent Lindon, France, 2017

  • Femmes d’Ouzbékistan

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    En juin 2015, la romancière Lyane Guillaume avait donné, à Montargis, une conférence sur l’Ukraine et présenté son roman Les Errantes – Chroniques ukrainiennes – devant un large public.

    Mercredi 24 mai, Lyane reviendra à Montargis pour une nouvelle conférence, sur l’Ouzbékistan (où elle a vécu quatre ans) à travers les femmes de ce pays. À cette occasion, elle dédicacera son nouveau roman, Mille et un Jours en Tartarie, paru en février dernier aux Éditions du Rocher.

    L’action se déroule à Tachkent, autour d’une table bien garnie pour célébrer la Journée internationale de la femme. Au fil des échanges animés entre six convives ouzbèkes et l’auteur, leur invitée, l’Histoire de ce pays lointain et mal connu se dessine, racontée un peu à la façon des Mille et une Nuits.

    Ce récit documentaire nous conduit tout au long d’une contrée appelée autrefois Tartarie, traversée par la mythique Route de la Soie. Il met en scène la réalité contrastée de l’Ouzbékistan moderne, à la fois terre d’Islam et ex-République soviétique, partagé entre traditions et modernité. Un pays laïque où les femmes doivent leur émancipation non seulement à la constitution soviétique mais aussi à quelques audacieuses devancières, comme la danseuse Tamara Khanoum, Nadera Begum, reine et poétesse, ou encore Bibi, l’épouse du redoutable Tamerlan…

    L’ouvrage est sélectionné pour le Prix Simone Veil qui sera décerné au prochain Salon des Femmes de Lettres.

    Librairie des Écoles – 24/05/2017 – 18 H
    18 rue de Loing – Montargis – Entrée libre

  • Galerie glaçante

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    Les lecteurs de Saint-Simon, François Bluche ou Pierre Goubert (Louis XIV et 20 millions de Français) peuvent bien faire la fine bouche devant la série Versailles : il n’en reste pas moins vrai que cette création française au casting international remet au goût du jour un personnage historique capital, et jusque-là souvent réservé aux manuels scolaires ou aux essais spécialisés.

    Avec Versailles, le Roi Soleil (Georges Blagden) a droit à un sérieux dépoussiérage. On est loin du téléfilm académique L’Allée du Roi de Nina Companeez (1995). Ici, la cour de Louis XIV est un lieu somptueux autant qu’un nid de vipères, où la duplicité et la cruauté le disputent au crime : luttes de pouvoir, exécutions, meurtres, manipulations, maîtresses ambitieuses ou mariages arrangés sont le quotidien d’une cour que le roi tente tant bien que mal de domestiquer.

    La galerie des glaces n’a jamais aussi bien porté son nom. Le roi est au centre des luttes intestines comme des ambitions de nobles, après la période de la Fronde (1648-1653). La galerie de personnages glaçants, orgueilleux et cyniques fait toute l’épaisseur de cette série. Et tant pis pour les approximations et autres raccourcis historiques.

    Parmi les protagonistes de Versailles, le frère du roi Philippe (Alexander Vlahos) continue de tenir une place importante. On le découvre marié contre sa volonté à un personnage étonnant et passionnant, la princesse Palatine (Jessica Clark). Quant à madame de Montespan (Anna Brewster), elle continue de tisser sa toile pour manipuler un roi plus vrai que nature.

    La saison 2 commence par l’épilogue d’un kidnapping dont nous éviterons de spoiler l’histoire et les enjeux. La cour évolue dans un château en pleine construction, fastueux mais aussi empoisonné, dans tous les sens du terme. Les dagues sont remisées au profit d’armes invisibles mais tout aussi redoutables. Pour ne rien arranger, la France de Louis XIV se démène dans une Europe en guerre. La mort n’a jamais été aussi séduisante et spectaculaire dans ce palais de marbres et de dorures.

    Versailles, série créée par Simon Mirren et David Wolstencroft, avec Georges Blagden, Alexander Vlahos, Tygh Runyan, Stuart Bowman, Anna Brewster, Evan Williams, Suzanne Clément, Catherine Walker, Elisa Lasowski, Maddison Jaizani, Jessica Clark, Pip Torrens, Harry Hadden-Paton et Greta Scacchi, France, 2017, en ce moment sur Canal+

  • 500

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    Bla Bla Blog vient de publier sa 500ème chronique en moins de trois ans.

    C'est l'occasion de revenir sur  cette aventure éditoriale autant qu'humaine qui a entraîné le bloggeur vers des horizons passionnants. Bla Bla Blog s'est fixé dès le départ un seul principe : la curiosité. Sortir des sentiers battus n'empêche pas de parler de sujets plus classiques. Ni élitiste, ni mainstream, Bla Bla Blog peut aussi bien parler du formidable mais méconnu groupe Carré-Court  que revenir sur David Bowie. Et faire découvrir le travail d'artistes comme Fanny de la Roncière ou la "pétillante" Laura Lambrusco n'empêche pas de parler de Tintin ou de Star Wars.

    Dans les prochaines chroniques, il sera ainsi question de l'étonnante et sulfureuse Stella Tanagra mais aussi du groupe Edgär, d'Oren Lavie que le public français commence à découvrir, ou encore de la série Versailles (à paraître samedi prochain).

    Et Bla Bla Blog sera également partenaire du deuxième épisode de l'événement parisien In The Mood For Art, Panic room/Art, en septembre prochain.

  • Covoiturage avec Gégé

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    De 2012 à 2016, le dessinateur Mathieu Sapin a suivi Gérard Depardieu du Portugal à la Russie, en passant par la Bavière. Il nous raconte cette rencontre et ces pérégrinations dans Gérard, Cinq années dans les pattes de Depardieu.

    Mieux qu'une biographie, cette bande dessinée suit les traces du Français vivant le plus connu à l'étranger, "avec François Hollande", comme l'ajoute malicieusement le dessinateur. Mais ça, c'était avant l'élection d'Emmanuel Macron à la Présidence de la République, le 7 mai dernier.

    Mais ne nous égarons pas, ou plutôt si, égarons-nous avec Mathieu Sapin dans ces pays où notre "Gégé national" a posé un moment ses valises : au Portugal pour les besoins d'un tournage (Le Divan de Staline), à Moscou pour respirer un peu de l'air slave, dans les campagnes françaises pour un documentaire fleuri sur la gastronomie ou tout simplement en goguette en Azerbaïdjan.

    Embarqué dans une série de voyages homériques à travers l'Europe, Mathieu Sapin devient le confident de l'acteur, un acteur qui se livre sans masque mais non sans ambiguïté.

    Certes, depuis que Gérard Depardieu s'est accoquiné avec Poutine, son image de provocateur a supplanté celle d'acteur exceptionnel. Mais c'est un troisième visage que nous offre l'auteur de Gérard, celui d'un homme cachant derrière son caractère volcanique et ses comportements d'ours un esprit d'une grande finesse : amateur d'art (son appartement parisien est un vrai musée), cultivé, gourmet tout autant que gourmand, ouvert aux cultures étrangères, hospitalier et généreux.

    C'est un portrait plus nuancé qu'il n'y paraît que propose cette bio dessinée, sous forme de carnet de voyage. Souvent drôle mais jamais caricatural, Gérard Depardieu se dévoile, au propre comme au figuré.

    Dans les dernières pages, Mathieu Sapin nous relate comment l'interprète de Cyrano a reçu les planches que le lecteur lira quelques temps plus tard. Depardieu houspille le dessinateur au sujet de tel ou tel propos qu'il dit n'avoir jamais tenu. Cependant, la star choisit cependant de laisser l'auteur maître de son œuvre. Une ultime séquence de très grande classe, en hommage à un artiste phénoménal, dans tous les sens du terme.

    Mathieu Sapin, Gérard, Cinq années dans les pattes de Depardieu, 2017, 160 p.

  • Frontières

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    Un petit mot d’abord sur le titre du roman de Ragnar Jónasson, Mörk (éd. De La Martinière). En islandais, mörk désigne la frontière ou la marche frontalière. Il est vrai que l’intrigue de ce polar venu du nord se situe à Siglufjördur, à l’extrême nord de l’Islande. Dans ce village proche du cercle polaire, un meurtre impensable a lieu. Alors que le pays est à la frontière entre l’automne et l’hiver, l’inspecteur Herjólfur intervient aux abords d’une maison abandonnée. Un coup de feu retentit. Le policier est abattu.

    Son collègue Ari Thór (déjà apparu dans son précédent roman Snjór) est chargé de l’enquête dans ce coin reculé et, jusque-là, paisible. Secondé par l’inspecteur Tómas, le crime de l’inspecteur Herjólfur pourrait bien être le révélateur de lourds secrets : celui de cette maison bien entendu, mais aussi ceux du maire Gunnar Gunnarsson, de sa collaboratrice Elín et de quelques notables de la région.

    Entre chien et loup, Mörk déploie à partir d’une intrigue policière a priori classique un ensemble de tableaux tragiques, ponctués par des extraits d’un journal intime qui viendra éclairer les circonstances du drame. À la frontière du polar et du roman intime, le livre de Ragnar Jónasson, multi-récompensé, nous murmure à l’oreille des histoires de vies brisées, de mensonges destructeurs, de cachotteries cruelles et de soifs de rédemptions.

    Mörk prouve aussi que le polar venu du froid a encore beaucoup à nous raconter.

    Ragnar Jónasson, Mörk, éd. De La Martinière, 326 p., 2017

  • C’est quoi ce pays ?

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    What The Fuck France est ce programme court présenté par le survitaminé Paul Taylor. Le comédien britannique, s’adressant aux spectateurs mais aussi à ses doubles français Jean-Pierre et Paul, épingle en moins de trois minutes les us, coutumes, habitudes et travers des Français : la cuisine, la mode, le café, les Césars, l’administration, la bise, la langue française, le romantisme ou le sacro-saint achat du pain.

    Dans la langue de Shakespeare, Paul Taylor énumère les trois raisons qui expliquent pourquoi ces spécificités sont stupides. Il nous explique pourquoi nous sommes des alcooliques refoulés, comment l’achat d’une baguette dans une boulangerie s’avère être un acte d’une grande gravité ou n'hésite pas à égratigner les Parisiennes – des "emmerdeuses". 

    Les 29 épisodes rythmées de What The Fuck France sont un délice d’humour, d’impertinence mais aussi de pertinence. Le comédien britannique n’est pas avare en punch-lines : "Le je t’aime bien est la pilule du lendemain du langage", "Il est plus difficile de comprendre la description d’un plat que de comprendre l’intrigue du film Inception" ou "Tu es tellement attaché à ta boulangère que tu es presque marié avec elle."

    Vous avez jusqu’au 24 juin pour découvrir sur Canal+ cette série hilarante... et française, of course.

    What The Fuck France de Paul Taylor et Robert Hoehn,
    réalisée par Félix Guimard, France, 2016, sur Canal+, jusqu’au 24 juin 2017

  • Mao est un chanteur lyrique

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    Créé en 1987, l’opéra Nixon in China de John Adams est devenu légendaire grâce à l'une de ses premières scènes spectaculaire : sur un célèbre morceau symphonique et harmonique, l'avion présidentiel américain Air Force One atterrit sur scène. Il est accueilli par une délégation chinoise, chargée de conduire le Président Nixon (James Maddalena) vers le leader communiste Mao Zedong (Robert Brubaker). Cette rencontre historique de 1972 est devenue, il y a trente ans, un opéra majeur. Le compositeur américain John Adams est à la baguette pour la version qu’il a dirigée au MET de New York en 2011. Non content de mettre en scène un moment phare de l’actualité mondiale autant que la rencontre de deux personnalités exceptionnelles, John Adams réalise un chef d’œuvre qui a frappé de stupéfaction le monde lyrique.

    Pour cette version de 2011, c’est Peter Sellars qui est chargée de la mise en scène, avec un luxe d’inventions visuelles pour faire de ce moment d’histoire et de cet opéra contemporain une fable sur la politique et sur l’idéologie.

    Au cours du premier acte, c’est un Mao vieillissant que rencontre le Président américain. Dans cinq ans, le Grand Timonier va disparaître mais "l’empereur communiste" apparaît comme un fantôme, dans un palais peuplé d’ennemis, de soupçons et de souvenirs. Autour du vieux chef, une cour est affairée et déjà tournée vers l’avenir, la diplomatie jouant un rôle à la fois trouble et majeur ("La nuit, tous les diplomates sont gris").  

    Mao fait sa première apparition dans une bibliothèque inquiétante. Il est porté par trois jeunes femmes en tenue de soldat. Cette scène inaugure un spectacle mêlant scènes réalistes et moments hallucinés, dans une intrigue mêlant géopolitique, diplomatie et sens de l’histoire. Janis Kelly, dans le rôle de Pat Nixon, apporte ce sens de la vanité. Dans l’acte II, la femme de Richard Nixon visite les rues de Pékin et part à la rencontre des gens du peuple. John Adams fait d’elle, non plus la first lady mais une déesse ou, mieux, la réincarnation d’une Antigone moderne, au milieu du décor fantasmagorique de l’éléphant.

    John Adams fait du voyage diplomatique de Nixon en Chine une composition de tableaux baroques, par exemple avec par exemple ce ballet cauchemardesque dans la deuxième moitié de l’acte deux. En mettant en scène une représentation du Détachement Rouge des Femmes de Jiang Qing, alias madame Mao (Kathleen Kim), le compositeur fait un sort aux dictateurs et politiciens cyniques de tout poil, avec une mention spéciale pour Henry Kissinger (excellent Richard Paul Fink). La femme de Mao tient le rôle principal de cette farce cauchemardesque, dans le rôle de l’échanson d’une dictature grossière et violente. La mise en scène de Peter Sellars puise largement pour cette séquence dans le style pompier caractéristique des peintures de propagande communiste : soldats révolutionnaires traditionnels, drapeaux rouges, paysages majestueux en hommage au milieu paysan et gestes expressifs.

    L’acte III voit le retour symbolique de l’Air Force One. Mais cette fois c’est Mao qui descend d’un escalier escamotable pour rejoindre le peuple, en traversant son propre portrait. La mégalomanie du despote, stigmatisée avec une grande puissance, n’est pas traitée sans humour ("Hit it, boys!"). Ballets, postures décalées des personnages et décor irréel servent au déboulonnage du Grand Timonier. Zhou Enlai (Russell Braun), qui tient un rôle majeur tout au long de l’opéra, incarne la voix de la conscience politique chinoise. L’opéra crépusculaire s’achève avec les envolées suppliantes de celui qui a été à la fois le plus fidèle allié et le plus grand adversaire de Mao.

    Opéra crépusculaire, Nixon in China est aussi un formidable moment musical qui a fait entrer le courant répétitif américain, révolutionnaire à son époque, dans un autre univers.

    John Adams, Nixon in China, dirigé par John Adams,
    avec Russell Braun, Ginger Costa-Jackson, Teresa S. Herold,
    Tamara Mumford, Janis Kelly, Richard Paul Fink
    Robert Brubaker, Kathleen Kim, Haruno Yamazaki et Kanji Segawa,
    mise en scène de Peter Sellars,
    éd. Nonesuch, The Metropolitan Opera, 2011, 177 mn
    "Zhou, en avant la révolution"

  • L’État a-t-il tous les droits?

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    Le café philosophique de Montargis fixe son nouveau rendez-vous le vendredi 12 mai 2017, à 19 heures,à   la   Brasserie  du Centre   commercial   de   la   Chaussée.   Pour   cette   nouvelle   séance,   les   participants débattront autour de cette question : "L’État a-t-il tous les droits ?"

    Cette question provocatrice entendra s’interroger sur les droits mais aussi les devoirs de l’État, qui est a priori la forme la plus évidente du pouvoir. Ce pouvoir peut prendre plusieurs formes – démocraties,monarchies ou totalitarismes – mais il reste que l’État incarne la loi. Il décide de ce qui est licite ou non et décrète les droits et les devoirs de chacun.

    L’État aurait-il donc tous les droits ? Comment définir l’État et d’où vient son pouvoir ? Quels sont les devoirs de l’État et quelles sont les limites de son pouvoir ? Ce sont quelques-unes des questions qui seront traitées au cours de cette séance du 12 mai, à partir de 19heures à la brasserie du Centre Commercial de La Chaussée de Montargis.

    La participation sera libre et gratuite.

  • Numéro un

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    D’abord il y a cette voix, immédiatement envoûtante : puissante, rocailleuse et sensuelle. Julie Crouzillac, la chanteuse du duo Carré-Court, appartient déjà à la sphère des interprètes dont il ne reste plus grand-chose pour accéder au cercle restreint des grandes interprètes, à l’instar des Adele ou des Amy Winehouse. Car c’est bien ces deux artistes qui viennent à l’esprit dès la première écoute du premier EP de Carré-Court, N°1.

    Mais n’allons pas vite en besogne et arrêtons-nous sur ce premier mini-album, réédité ces derniers jours et qui donne l’occasion de découvrir un duo archidoué, créé en 2014, et qui s’est produit l’année suivante au Printemps de Bourges avant d’être remarqué par Les Inrocks.

    Dans un univers musical dominé par l’électro et le rap, celui de Carré-Court penche du côté de la soul, du blues, du jazz et du rock à la Elvis Presley. Grâce à ces influences, le duo d’artistes nous prend par la main pour un voyage entre Londres et New-York, période sixties.

    De prime abord il pourrait être question de nostalgie dans ce premier disque: voix chaude et jazzy, instruments acoustiques, style vintage revendiqué. Mais aucune reprise n’est à relever chez ce duo originaire du Limousin, si on omet toutefois la récente et convaincante adaptation Ace of Spaces... de Motörhead – un morceau absent toutefois absent de ce premier disque.

    Dans N°1, Émilien Gremeaux signe les quatre morceaux de cet EP qu’interprète la "so british" Julie Crouzillac, au look à la Bardot et comme sortie des caveaux enfumés de Chelsea, sous le regard de Nico, Twiggy ou Cliff Richard. Le style est là, assumé, jusqu’au bout des bottes : easy listening mais jamais nostalgique. Ce disque nous amène dans un univers à la fois rare et familier. La voix à la Amy Winehouse accroche l’oreille dès les premières notes du premier titre When Somebody Says. Plus pop, I Don’t Care s’appuie sur la richesse de timbre de la Julie Crouzillac pour un titre âpre et déchirant. Baby You Don’t Mind nous prend par la main, dans un rythme rock savoureux, interprété par une chanteuse à la puissance vocale rare. Mais Julie Crouzillac excelle surtout dans I Said, qui clôt ce premier disque de Carré-Court. Peu d’interprètes seraient capables de maintenir à ce niveau de densité un titre relevé, riche et épicé. Les chœurs, les arabesques mélodiques et les instruments acoustiques servent à merveille une chanteuse engagée dans ce rock 'n' roll passionné, sombre et envoûtant.

    N°1 sonne comme la naissance d'un duo et en particulier d'une chanteuse dont la carrière risque d'éclairer quelques années le monde musical. Ce premier EP est à découvrir et à réécouter : fascinant, électrisant mais aussi trop court.

    Carré-Court, N°1, Hoozlab, 2016
    http://carrecourt.com
    http://hoozlab.com/fr


  • Incorrigible Marine

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    Rarement un parti politique n'aura été autant scruté que le Front National, a fortiori en cette période électorale. Marine Le Pen démasquée (éd. Livre de Poche), sorti en 2012, et résolument engagé, apporte un éclairage supplémentaire sur le parti d'extrême-droite français qui a su avec le temps devenir un acteur incontournable de la vie politique française.

    Le grand mérite de Caroline Fourest et Fiametta Venner est de répondre à cette question : après des décennies de gouvernance de Jean-Marie Le Pen, le Front National a-t-il changé avec la présidence de sa fille Marine Le Pen ? Le discours officiel de cette dernière laisse entendre que la "dédiabolisation" de son parti est une réalité et que le Front National est devenu un parti démocratique et "normalisé" à vocation populaire. Un parti devenu la troisième force politique française. Le FN martial, dangereux et arrogant serait-il une histoire ancienne, grâce à sa jeune dirigeante, a priori moins autoritaire et violente que son père ? Voire, répondent les deux journalistes : le Front national garde "le même logiciel", le "même code génétique" qu'il avait durant la présidence de Jean-Marie Le Pen. Il apparaît, au vu des témoignages et des faits collectés, que Marine Le Pen, sous couvert d'un discours laïc - qui d'ailleurs a fait bondir des historiques, Bruno Gollnish en tête, attachés à des valeurs chrétiennes, nationalistes, voire racistes - conserve la même volonté de continuer l'œuvre de son père.

    Montrer l'aspect clanique du parti d'extrême-droite n'est pas le moindre des mérites de cet essai. Car le Front National semble bien fonctionner en huis-clos où le népotisme et le favoritisme ne sont pas des vains mots. Les auteurs reviennent également longuement sur un aspect passé sous silence depuis l'arrivée de Marine Le Pen : le Front National aurait perdu ses éléments les plus sulfureux : nationalistes forcenés, nostalgiques de Vichy, skinheads, antisémites, révisionnistes de tout poil, voire païens néonazis. Erreur, répondent les journalistes ! Même si le "nouveau Front National" prend soin de ne plus apparaître sous ce visage, le parti d'extrême-droite n'a pas renié ces courants catholiques traditionnels, révisionnistes ou fascistes. Ils sont juste conviés à plus de discrétion. Au final, voilà un essai qui montre autant qu'il dénonce un parti d'extrême-droite dangereux et volontiers cynique : l'exemple du suicide d'une ancienne candidate FN - et escort-girl - est l'exemple sans doute le plus frappant.

    Caroline Fourest et Fiametta Venner, Marine Le Pen démasquée,
    Le Livre de Poche, 2012, 461 p.
    Site de Caroline Fourest

  • Qu’est-ce qu’un chef-d’œuvre ?

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    Voilà une question excellente, pertinente mais diablement ardue. Pourquoi est-ce un chef-d’œuvre ? (éd. de Noyelles) propose de répondre à cette interrogation en analysant 160 créations (80 tableaux et sculptures et 80 photographies) de toutes époques et de tout pays.

    Les auteurs, Andy Pankurst, Lucinda Hawsley (pour les peintures et sculptures) et Val Williams (pour les photographies) proposent de zoomer sur des œuvres exceptionnelles, des peintures de Lascaux aux portraits de Nan Golding (Nan and Brian in Bed, 1983), en passant par quelques joyaux de la Renaissance, les sérigraphies d’Andy Warhol ou les reportages photo d’Henri Cartier-Bresson.

    Il faut d’abord saluer le talent de synthèse des auteurs. En deux pages, dont une consacrée à la reproduction du chef-d’œuvre, les critiques expliquent en quelques mots les circonstances de ces créations, leurs caractéristiques exceptionnelles et y ajoutent une citation ainsi que des références d’autres œuvres similaires.

    Cette compilation en deux volumes et 448 pages, le choix a été fait de préférer une classification thématique à un découpage purement chronologique. Les ouvrages sont divisés en sections brèves et équilibrées : "expression", "beauté", "forme", mouvement", "drame", "histoire" ou insolite".

    Le lecteur retrouvera de nombreuses œuvres archiconnues (Le Radeau de la Méduse, La Joconde ou La Mère migrante de Dorothea Lange). Elles sont décryptées pour en capturer l’essence de ce qui fait d’elles des créations inédites et exceptionnelles. Mais ce très beau coffret renferme également des peintures et sculptures moins célèbres mais tout autant incroyables, bouleversantes ou révolutionnaires : l’étonnant autoportrait à l’âge de 13 ans d’Albrecht Dürer (1484), la gravure d’Hokusai, Le Rêve de la Femme à la Perle (1814), dont la puissance érotique et fantastique n’a rien perdu de sa force ou L’Étude d’un tronc d’Orme de John Constable (v. 1821), au réalisme bluffant.

    On peut saluer le choix des éditions de Noyelles de consacrer un volume entier de son coffret à l’apport de la photographie, omniprésente dans nos vies, mais pourtant si mal connue. Dans son introduction, Val Williams insiste sur la manière dont la photo a bouleversé notre vision du monde. Reportages d’actualités (Ernst Haas, série "Homecoming prisoners, Vienna", 1947), captations documentaires (Esko Männikkö, Kuivaniemi, 1991), témoignages sociologiques ou historiques (Lewis Hine, Sadie Pfeifer, fileuse de coton, Lancaster, Caroline du Sud, 1908), images de mode (Derek Ridgers, Helena, Sloane Square, 1982), créations autofictionnelles (Cindy Sherman) ou expérimentations à visées esthétiques (George Hoyningen-Huene, Plongeurs, 1930) invitent le lecteur à s’immerger dans des chefs d’œuvres photographiques inoubliables.

    Impossible de rester insensible devant les regards tendus de ce couple de teddy boys des années 70 (Chris Steele-Perkins, série "The Teds", 1976), de ne pas admirer la dignité de ce maçon allemand des années 20 (August Sanders, Hendlanger, 1928), de ne pas être hypnotisé par le profil de Lee Miller par Man Ray (1929), de ne pas frémir devant cette scène de guerre au Vietnam immortalisée par Larry Burrows (1966) ou de ne pas être troublé par l’apparition irréelle de cette baigneuse polonaise photographiée par Rineke Dijkstra (Kolobrzeg, Poland, 1992).

    Les auteurs de ce double volume ont réalisé un travail de vulgarisation nécessaire qui invite à la curiosité, avec intelligence et pertinence. C’est à la fois peu et énorme.

    Andy Pankurst, Lucinda Hawsley et Val Williams, Pourquoi est-ce un Chef-d’œuvre ?,
    éd. de Noyelles, deux volumes, 224 p. chacun, 2016
    "Baigneuse sortant des eaux"

    Cindy Sherman, Untitled Film Still #3, 1977, Museum of Modern Art, New York