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Bla Bla Blog

  • An Obi-Wan Story

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    Han Solo va bientôt faire l’objet du troisième spin-off de Star Wars (sortie prévue le 25 mai 2018). Et déjà, une question se pose : quel sera l’objet du prochain spin-off de la célèbre saga après un épisode IX prévue pour fin novembre 2019.

    Vous allez me dire que c’est aller vite en besogne, puisque ce projet de film exploitant l’univers de George Lucas nous amène quand même après 2020. Les fans de Star Wars sont pourtant bel et bien au taquet. De nombreux commentaires de fans ont déjà parlé de possibilités de spin-offs de Boba Fett, de Maître Yoda ou d’Obi-Wan Kenobi.

    Aujourd’hui, c’est ce dernier qui est à la corde pour être le protagoniste principal d’un film qui lui serait consacré. Le hors-série de Tout Savoir Arts & Média consacré à Star Wars nous donne quelques informations, non-vérifiables et surtout très hypothétiques, sur ce projet intéressant mais aux multiples questions.

    Ewan McGregor prêt à rendosser le rôle d’Obi-Wan

    Qui d’abord pour incarner Obi-Wan ? Après Alec Guiness dans la deuxième trilogie (Un Nouvel Espoir, L’Empire contre-attaque et Le Retour du Jedi), puis Ewan McGregor dans le rôle d’Obi-Wan jeune, c’est ce dernier qui serait pressenti pour ré-endosser un rôle qui avait apporté un vrai plus à la première trilogie (La Menace Fantôme, L’Attaque des Clones et La revanche des Siths). Retrouver l’acteur anglais dans le casting serait d’autant plus séduisant que l’action pourrait se passer entre l’épisode III et l’épisode IV.

    Près de quinze ans après le tournage de La Revanche des Siths, Ewan McGreggor endosserait le rôle d’Obi-Wan, vieilli du même nombre d’années que son personnage. Dans Un Nouvel Espoir, le maître Jedi devenu légendaire est caché sur la planète Tatooine, à quelques lieues du jeune Luke Skywalker dont il assure la protection discrète.

    Reste à savoir si les scénaristes pourraient trouver les ressorts suffisants d’une intrigue, sur une planète où le fils de Dark Vador a été caché sans que le secret ait été éventé. La logique voudrait que pendant cette retraite, il ne se passe pas d’événements notables. D’ailleurs, pendant ce laps de temps, Obi-Wan a disparu des radars et sa réapparition tient du miracle.

    L’autre grand point d’interrogation tient à la fabrication du film. Plusieurs réalisateurs sont pressentis pour tourner ce spin-off : Steven Daldry (Billy Elliot, The Hours, The Crown), Sam Esmail (la série Mr Robot), voire Gareth Edwards qui avait été aux manettes de Rogue OneMais tout cela ne sont que conjectures, même si ce projet semble prendre forme.

    Tout Savoir Arts & Média, hors-série Star Wars, janvier 2018
    "Boba Fett, toute une saga"

  • Danser et aimer parmi les survivants

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    Hans Jonas se demandait s’il était possible de croire en Dieu après Auschwitz (Le Concept de Dieu après Auschwitz, éd. Rivages, 1994). Le récit de Marceline Loridan-Ivens pose cette autre question : peut-on aimer après avoir été déporté ? Et surtout comment aimer ? C’est le thème de son témoignage, L’Amour après (éd. Grasset).

    Un petit mot d’abord sur cette auteure dont le nom de famille ne devrait pas laisser les cinéphiles indifférents. Marceline Loridan-Ivens était en effet la compagne de Joris Ivens, le documentariste d’origine néerlandaise surnommé "le hollandais volant", et qui a travaillé avec elle sur plusieurs films, dont Le 17e Parallèle, Comment Yukong déplaça les Montagnes ou Une histoire de Vent.

    Il est d’ailleurs question de lui dans L’Amour après, ce récit se voulant en effet comme un hommage au grand amour de Marceline Loridan-Ivens.

    Un hommage mais pas que : après un accident qui l’a laissée aveugle, l’auteur suit en effet le fil de ses souvenirs et parcourt ses archives, dont principalement sa correspondance. Le lecteur trouvera finalement assez peu de pages sur la déportation. Elle en avait parlé précédemment dans son récit, Et Tu n'es pas revenu (éd. Grasset). Bien entendu, il est question de quelques faits marquants survenus dans les camps, traumatisants pour la jeune adolescente de 15 ans, perdue au milieu de femmes. Une de ces femmes apparaît dans le récit : Simone Veil, droite, belle et forte, avec qui Marceline Loridan-Ivens ramènera une amitié pour la vie : "Maintenant qu’elle n’est plus là, je sens bien que je pleure à l’intérieur. Je l’ai dit au cimetière : nous nous sommes rencontrés pour mourir ensemble."

    Maurice Merleau-Ponty, Edgar Morin, Georges Perec et Joris Ivens

    L’Amour après s’interroge sur la manière dont la narratrice a appris à vivre parmi les hommes, au milieu des hommes et avec des hommes : "La survivante avait raté ses deux tentatives de suicide, c’est la preuve qu’une part d’elle voulait vivre."

    Marceline Loridan-Ivens fait appel à ses souvenirs pour inviter des hommes qui l’ont marquée, et parmi eux quelques figures célèbres : Joris Ivens bien sûr, mais aussi Maurice Merleau-Ponty, Edgar Morin, Georges Perec et bien sûr Joris Ivens. C’est assez singulièrement que le Saint-Germain-des-Prés que l’on connaît, celui de l’insouciance d’après-guerre devient un théâtre où, en creux, se dessinent les traumatismes de la seconde guerre mondiale.

    C’est avec un sens du combat hors du combat que Marceline Loridan-Ivens est parvenue à survire, vivre et aimer, nons sans mal. Et finalement dompter un passé indicible.

    Marceline Loridan-Ivens et Judith Perrignon, L’Amour après, éd. Grasset, 2018, 157 p.

  • Toutes les musiques du 92 que l’on aime

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    Le Département des Hauts-de-Seine lance l’appel à projets de la 4ème édition du PAPA (Parcours d’Accompagnement à la Professionnalisation des Artistes), un dispositif de soutien et d’accompagnement des musiques actuelles pour les artistes issus du territoire des Hauts-de-Seine. Il permet aux groupes des Hauts-de-Seine développant des projets artistiques aboutis d’être repérés par la filière professionnelle grâce à un programme sur mesure.

    Les groupes sélectionnés par un comité de professionnels bénéficient d’une aide financière de 3 000€ à 8 000€ pour développer leur projet, d’un accompagnement d’un an par un "tuteur", professionnel qui va aider aux choix stratégiques et faciliter la visibilité du projet au sein de la filière et d’une visibilité au sein du festival Chorus, dont il avait déjà été question sur Bla Bla Blog) et du Labo Chorus.

    Accompagnement sur mesure

    Les artistes soutenus participent également aux projets d’éducation artistique et culturelle déployé par le département en direction des collégiens (le dispositif Éteignez Vos Portables) et des séniors (Culture 3.4).
    Après Stamp, Gunwood, Dusk Totem et Tiwayo en 2016 ; ainsi que Jahneration, Livingstone, Einleit et Soulya en 2017, ce sont Jinx Fishh Pool et Monterosso qui sont accompagnés en 2018. Ces artistes sont maintenant pour la plupart sur de bons rails, avec des albums sortis ou en préparation ainsi que des tournées dans de grandes salles.

    Depuis le 15 janvier 2018, le Conseil départemental des Hauts-de-Seine lance un appel à projets pour la 4ème édition du dispositif de soutien et d'accompagnement des musiques actuelles. Les artistes intéressés ont jusqu'au 8 avril 2018 pour candidater.

    Chorus - PAPA

  • Surtout pas d’excuses entre nous

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    Nous avions déjà parlé du grand retour d’Adrienne Pauly en ce début d’année. Dix ans après sa découverte (J’veux un Mec, L’amour avec un con), la chanteuse revient avec son second album, À vos Amours.

    Le temps passé aurait-il changé l’artiste ? Allait-elle nous proposer l’opus d’une femme assagie, sinon installée ? Dieu nous en garde. C’est l’Adrienne Pauly que nous connaissions qui revient, une Adrienne Pauly à fleur de peau, sarcastique et aussi passablement énervée. Un régal, qui nous console de ses dix années de silence musical.

    À vos Amours ce sont des titres rock et cash, à l’énergie irrésistible. Mais ne s’agit-il que de cela ?

    Prenez Tout l’monde s’éclate : ce joyeux hymne à la fête se transforme en constat plus amer que dans l’ivresse du lâcher prise, la frustration et la solitude ont souvent le dernier mot : "Tout l’monde est là / Tout l’monde / À part moi / Tout l’monde chante / Tout l’monde s’enchante / Mon cœur se marre bien."

    À ce premier titre caustique succède le formidable J’veux tout j’veux rien. Adrienne Pauly se lâche dans un morceau aux accents punk rock qui ne laisse rien passer : "Seule ou mal accompagnée / J’ai jamais su décider / L’ivresse ou la vérité / J’ai jamais su trancher / Si on s’aime ou pas / Si on l’fait ou quoi ? / Décide toi même / Et fin du problème."

    En dix ans, Adrienne Pauly n’a rien perdu de sa férocité ni de son humour. Elle tranche dans le vif dans l’une des belles réussites de son album, L’Excusemoihiste, son premier single sorti il y a quelques mois. La chanteuse fait le portrait sans concession d’une femme effacée, timide et soumise : "C’est une excusemoihiste / Une désolée c’est triste / Qui me dit toujours pardon / Excuse-moi. / Une excusemoihiste qui ne veut pas déranger / Et qui vit sa vie sur la pointe des pieds."

    "T’es un génie / J’crois qu’c’est clair / Tout le monde le sait / C’est super..."

    Les femmes ne sortent pas indemne des charges d’une artiste qui a fait de l’insolence et de l’humour et du second degré une vraie arme. Quelle Conne est par exemple le portrait des filles Gucci, "celles qui enterrent leur cerveau." Dans Comme un truc qui déconne, cette fois c’est un homme qui a droit aux charges d’Adrienne Pauly, dans un titre pop à la mélodie entêtante : "Y’a comme un truc qui déconne / Chez toi / Y’a comme un truc qui résonne mal chez toi / Dans ton miroir c’est le trou noir / Dès qu’tu apparais / Tu disparais." Et toujours cet humour noir : "Pose ce couteau / Tu vas t’blesser / Lâche ce sac / Tu vas t’étouffer… / T’es un génie / J’crois qu’c’est clair / Tout le monde le sait / C’est super..."

    Un thème est au centre du deuxième album d’Adrienne Pauly : l’amour et les relations hommes-femmes, que l’artiste résume ainsi dans Chanson d’Am... : "Va-t-en reviens : / La vie, l’amour : c’est ça"/ L’amour l’amour / C’est long c’est court / L’amour toujours / C’est bon c’est lourd." Dans ce slow rockabilly , il est question d’une chanson d’amour jouée un soir de solitude. Une jolie femme fait de cette "love song" un plan drague auquel elle s’accroche à mort. "Si tu veux on pleure / Si tu veux on danse / J’ai pas d’vocabulaire / Moi je sais faire : Ouais ouais ouais / Mais si tu crois qu’ça peut le faire / Si tu veux j’reste avec toi toi toi."

    Le morceau Les Amours passionnelles est, quant à lui, un appel sexy à l’amour immodéré et sans question ("Maintenant / Comme des Bêtes / Maintenant / Viens on s’emmêle"), auquel vient répondre le délicat et mutin titre qui le suit fort opportunément, La Bête qui est en Moi : "La bête qui est en moi / Est revenue me voir / la bête qui est en toi / Dans mon miroir je la vois."

    Juste un Moment clôt de manière atypique un album rock et désenchanté. Adrienne Pauly interprète sur des instruments acoustiques un tendre et pudique chant d’amour pour sa mère : "Comme autrefois, maman / C’est moi la petite / Dans le noir du couloir, maman / Je t’attends vite / Ton armoire pleine de fringues / Des talons pour marcher / Une clope en guise de flingue / Un coup de rouge / Et je m’en vais te retrouver. / On se voit si peu / On se parle si peu."

    La rockeuse Adrienne Pauly prouve qu’elle reste, derrière sa carapace de femme au caractère bien trempé, une artiste passionnée, intrigante et hypersensible. L'écouter c’est l’adopter.

    Adrienne Pauly, À vos Amours, Choï Music, 2018
    https://www.adrienne-pauly.com
    En concert à Paris le 19 mars, à La Maroquinerie
    "Adrienne Pauly, toute excusée"

  • Il sera beaucoup pardonné à David Lachapelle

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    C’est un très bon livre, je dirais même plus très bel objet qui m’est tombé entre les mains cet hiver : la magnifique anthologie consacrée à David Lachapelle (Lachapelle Lost+Found, éd. Taschen).

    Dans un coffret luxueux, le photographe américain, l’une des idoles de la pop culture, propose quelques-uns de ses meilleurs clichés, dans un format de livre finalement peu adapté à une bibliothèque lambda.

    C’est bien là le seul point faible de cet ouvrage impressionnant d’un artiste qui continue de portraitiser notre époque, de la sublimer dans ses mises en scènes travaillées mais aussi d’habiller et de déshabiller quelques-unes des personnalités les plus emblématiques de la culture pop : Miley Cyrus, Nicki Minaj, Pharell Williams, Katy Perry ou Kanye West.

    La patte de David Lachapelle est aisément identifiable : décors luxuriants, couleurs acidulées, poses surjouées et un sens de l’humour second degré mâtiné d’une bonne dose d’érotisme. La vie, la mort, le sacré, le profane, le sexe, le moderne, la Renaissance, les expressions de pâmoison et de douleur, le surréalisme ou l’exhibition se télescopent dans une anthologie luxueuse, provocatrice et joyeuse.

    Doit-on cependant étiqueter David Lachapelle comme un photographe simplement hype, cool et pop ? Le catalogue Lost+Found promet que non.

    Les personnages sexy, nus, huilés, maquillés à outrance et aux poses aussi improbables que celles des statues grecques maniéristes sont transportés dans des décors et des situations baroques.

    Une anthologie luxueuse, provocatrice et joyeuse

    Baroque : le mot est lâché. Car Lachapelle ne craint ni la démesure, ni le clinquant, ni le sens du symbolisme pour parachuter ses modèles, connus ou moins connus, dans des scènes volontairement surchargées : Pamela Anderson alanguie dans une chambre d’adolescente miteuse (21 Forever, 2000), Lady Gaga dans une position inconfortable entre mer et ciel, à la fois allongée et debout, entourée de bouquets de magnolias et d’un fauteuil roulant (Life Alert, 2009), Lana del Rey en mariée déversant du vin rouge derrière un invité christique, sale et ivre (Newlyweeds, 2017), Chris Rock posant tout sourire avec une une kalachnikov dans une photo de famille irréelle (Gun Control And Casserole, 2008), Britney Spears inconsciente dans une baignoire (A Wirld-Famous Singer Drowns In Hotel Bath. Party Goes On As Planned For Floors Below, 2003) ou Julian Assange en gourou (Wikileaks, 2017).

    David Lachapelle est aussi connu pour ses compositions géantes et largement influencées par l’iconographie religieuse : une Pietà (1986), des représentations de Vierges enfermées dans des boules de verre (Mother Mary Comes To Me, 2016), Carmen Carrera en Eve dans le paradis de la Genèse (There Once Was A Garden, 2014), une chapelle (sic) rococo (A Prayer For My Friends, 2016), une représentation du déluge (Deluge, 2006) ou l’apocalypse revisité (Decadence, 2007).

    Photographe ami des stars et à l’esthétique exubérante, David Lachapelle s’avère singulièrement tout autant un témoin ironique de notre époque qu'un artiste engagé. Plusieurs œuvres s’attaquent ainsi à notre société de consommation (Boulevard Of Broken Dreams, 2015), à la folie du star-system (Britney Spears posant pour Toxic Fame en 2003), la politique (le saisissant portrait d’Hillary Clinton en 2010), l’environnement avec ces paysages d’usines (la série des Lanscapes en 2013) ou, plus étonnant chez lui, l’exploitation de l’Afrique (The Rape Of Africa, 2009).

    Photographe exaltant, surdoué et attachant, David Lachapelle a fait du détournement d’iconographies classiques et de son irrévérence vis-à-vis du sacré une œuvre inestimable et unique. Rien, que pour cela, il lui sera beaucoup pardonné.

    David Lachapelle, Lost+Found, éd. Taschen, 2017, 279 p.
    http://www.lachapellestudio.com

    © David Lachapelle


  • Qui va tango va sano e lontano

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    Au Café Gran Tortoni, en plein cœur de Buenos Aires, un jeune homme attend d’être reçu par un maestro du tango afin de devenir son élève. En attendant ce rendez-vous qui va changer sa vie, Mina, une serveuse et danseuse, le prend son son aile en lui présentant les personnages gravitant autour d’elle, dans un café tout entier dévolu à la plus sensuelle des danses.

    Le tanguero novice découvre et écoute ces histoires argentines, comme autant de récits d’initiation.

    Des récits d'initiation

    Dans les 110 pages d’une BD entièrement consacrée au tango, Philippe Charlot et Winoc mettent en image des destins incroyables : dans les années 30, un acteur trouve le succès puis le malheur grâce à un texte révolutionnaire de Jorge Luis Borges ; sur la Plaza de Mayo, un payador, troubadour et chanteur de tango, débarque de la pampa pour défier Carlos Gardel ; un autre chanteur raconte dans quelles circonstances il a gagné un concours hors du commun organisé par une certaine mademoiselle Magdalena ; il est également question d’un bandonéon apporté par une jolie factrice d’accordéon, d’un danseur doué mais désargenté empêtré dans une histoire de vol et d’amour, d’un flirt hors du temps entre deux retraités et d’un fantôme errant dans les salles du Gran Café Tortoni.

    Les amoureux du tango adoreront cette bande dessinée au scénario envoûtant. Les autres se laisseront transporter par ces histoires dont le fil conducteur est une danse et une musique, et qui invitent à écouter ou réécouter le Volver de Carlos Gardel : "Volver con la frente marchita / Las nieves del tiempo platearon mi sien / Sentir que es un soplo la vida / Que veinte años no es nada."

    Philippe Charlot et Winoc, Gran Café Tortoni, tome 1, éd. Bamboo, 2018, 110 p.

  • Les bonnes fées de Sarah Lancman

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    De bonnes fées semblent s’être penchées au-dessus du berceau de Sarah Lancman, qui nous offre en ce moment son troisième album, À Contretemps. La Parisienne n’est pas une inconnue puisqu’elle avait obtenu en 2012 le premier prix du Concours International Shure Jazz Vocal au Festival de Montreux, non sans faire l’admiration du président du jury de l’époque, Quincy Jones : "She’s truly a great new voice for jazz," avait-il déclaré, dithyrambique.

    Sarah Lancman confirme dans son dernier opus être cette grande voix du jazz, capable de captiver, d'émouvoir et de faire chavirer. À Contretemps a cette simplicité et cette efficacité des meilleurs disques de crooners, à l’exemple du premier titre Don’t loose me. La voix suave et colorée de l’artiste sert des chansons originales qu’elle a composée seule ou en collaboration avec le plus français des pianistes italiens, Giovanni Mirabassi. Cette présence, avec celle du jazzman nippon Toku, fait d’À Contretemps un album très international, enregistré en Thaïlande, et aux multiples influences : américaines, françaises, asiatiques et même brésiliennes (Tout bas).

    Sarah Lancman nous ballade du côté de Broadway lorsqu’elle interprète en duo avec le trompettiste et chanteur japonais Toku le langoureux Love me just your way ou le très swing I wan’t your love, repris d’ailleurs en fin d’album dans une version japonaise.

    Une convaincante héritière de Michel Legrand

    À côté de cette incursion du côté des crooners américains, Sarah Lancman s’impose comme une convaincante héritière de Michel Legrand. Elle est au texte et au micro pour les délicates chansons Ça n’a plus d’importance, On s’est aimé (écrit en collaboration avec Francis Lalanne) et Choro pour les amants éternels.

    Dans la veine des comédies musicales de Jacques Demy, Sarah Lancman fait passer les sentiments amoureux dans tous ses états : la passion ("Ils se sont vus, ils se sont plus / Devenus amants d’un jour, / Amants toujours aimantés, même éperdus, / Perdus dans l’envie de vivre, / Cet amour qui enivre", Choro pour les Amants éternels), la nostalgie ("On s’est aimés quand on s’est vus / On s’est aimé à cœur perdu / Passent les jours et les saisons / Avec amour avec passion," On s’est aimé), la fantaisie ("« Je » aime à travers toi / Et « Tu » m’aimes en hors-la-loi / Les mots, la vie, le charme, les joies, / Passent les jours, passe l’émoi," Conjugaison amoureuse) ou les regrets ("Si nous n’étions plus amants maudits, / Sans rêve et interdits, / Est-ce qu’on s’aimerait encore et encore, / Corps à corps / Cœur à cœur et encore / est-ce qu’on changerait les choses ?," Ça n’a plus d’importance).

    Giovanni Mirabassi, découvert en France en 2001 avec son album Avanti !, fait ici merveille : comme compositeur musical de titres dignes des Demoiselles de Rochefort tout d’abord, mais aussi comme pianiste capable tout autant de grâce, de chaleur que de virtuosité (Ça n’a plus d’importance). Le jazzman italien, récompensé en 2002 par une Victoire de la Musique, et qui a aussi produit cet album, ne déçoit pas, tant l’osmose avec Sarah Lancman paraît évidente. Il nous offre notamment le très convaincant blues claptonien, Wrong or right ? (Sarah blues), avec Toku à la trompette.

    Sarah Lancman est aux manettes de A à Z dans le morceau qui donne son titre à l’album, À contretemps, preuve que l’artiste multiplie les talents : "Le temps des amants se moque du genre humain / Il n’aime qu’au présent / Et se fout du lendemain / Les saisons défilent / Le quotidien futile / On s’aime à contretemps." La voix caressante, toute de spleen et de grâce, porte une chanson que l’on se plaît à écouter et réécouter, encore et encore.

    Chanteuse surdouée, jazzwoman incandescente, compositrice talentueuse et musicienne que l’on rêverait de voir un jour en duo avec Michel Legrand, Sarah Lancman offre avec À Contretemps l’une des plus belles surprises musicales de ce début d’année.

    Sarah Lancman, À contretemps, Jazz Eleven, 2018
    https://www.sarahlancman.com
    https://www.giovannimirabassi.com
    http://toku-jazz.com

  • Le super pouvoir des femmes invisibles

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    Les femmes ont relevé la tête ces derniers mois et ne sont plus prêtes à accepter n’importe quoi. À la faveur de l’affaire Weinstein, le "Balance ton porc" est devenu un hymne de révolte féministe largement médiatisé. Un hymne qui ne doit cependant pas faire oublier une catégorie de femmes invisibles : les comédiennes de plus de 50 ans. Elles sont aujourd’hui défendues au sein de l’AAFA (Actrices et Acteurs de France Associés), avec la commission AAFA-Tunnel de la comédienne de 50 ans.

    Ce collectif rappelle que les femmes constituent la plus grande proportion d’artistes-interprètes de 20 à 35 ans, mais autour de 50 ans ce sont les hommes qui sont majoritaires. Aujourd'hui, d’après l’INSEE, une Française sur deux a plus de 50 ans. Or, cette majorité réelle dans la vie est traitée comme une minorité invisible dans les fictions. Alors que la démographie confirme d’année en année la part de plus en plus grande des femmes de plus de 50 ans dans la société, les fictions sont exposées à la probabilité inverse. Qu’on se le dise : les personnages féminins ne vieillissent pas ; ils disparaissent des écrans.

    "À partir de 50 ans, les femmes développent un super pouvoir : elles deviennent invisibles. Surtout à l’écran !", ironise Anne Le Ny (Télérama mai 2014). Dit autrement, passé un certain âge, pour une femme, les chances de pratiquer le métier de comédien devient de plus en plus ardu. Peu de branches professionnelles supporteraient cette double discrimination basée sur le sexe et l’âge, sans se voir aussitôt cloué au piloris. Pas le milieu du spectacle qui semble accepter sans ciller le tunnel promis aux comédiennes de plus de 50 ans.

    Née en décembre 2015, la commission AAFA-Tunnel de la Comédienne de 50 ans s'est donnée comme premier objectif  de lever l'omerta, c'est à dire de rendre visible l'invisibilité des femmes de 50 ans dans les fictions.

    Le tunnel promis aux comédiennes de 50 ans et plus

    Un combat minoritaire et réservé à une niche de la population ? Marina Tomé répond par la négative : "Notre réalité professionnelle est en effet le reflet d’une image des femmes, stéréotypée, préjugée ou ignorée, portée par les fictions. Elle est aussi le reflet de ce que vivent les femmes dans la société en général : même plafond de verre, mêmes inégalités sociales, salariales et même condescendance a priori pour ce qu’une femme crée, fait ou produit. Que l’on soit caissière, chercheuse au CNRS ou artiste, c’est pareil."

    La commission AAFA-Tunnel de la comédienne de 50 ans se mobilise en premier lieu pour appeler un chat un chat : nommer ce tunnel et cette double discrimination "c’est déjà sortir de la solitude et de la remise en question personnelle."

    Ce collectif entend également collecter des études sur ce sujet comme des expériences vécues, en France comme à l’étranger afin de communiquer et de sensibiliser l’opinion.

    Dans l’univers impitoyable du spectacle, cette commission entend peser de son poids pour faite bouger les lignes auprès des institutions, des professionnels et des médias.

    Un lobby féministe est sans nul doute en train d’émerger pour donner de la voix et mettre de nombreuses professionnelles sur le devant de la scène.

    http://aafa-asso.info/tunnel-de-la-comedienne-de-50-ans

    Elles sont où ?” n°1
    Elles sont où ?” n°2
    Elles sont où ?” n°3
    Mannequin Challenge 2017

  • Abi Lomby : "Travailler avec LaShawn Daniels a été comme une évidence"

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    C’est une jeune artiste de la RnB qui monte, qui monte, qui monte. Abi Lomby a lancé l’automne dernier son premier single, Lose No Sleep, écrit – excusez du peu – avec LaShawn Daniels. Nous en avions déjà parlé sur Bla Bla Blog.

    Lose No Sleep continue de faire son petit bonhomme de chemin sur Internet comme sur les radios, avant d’autres projets. Et il n’est pas impossible que la voix d’Abi Lomby devienne bientôt incontournable, en France comme aux États-Unis où l’artiste vit une partie de l’année.

    Abi Lomby a accepté de répondre aux questions de Bla Bla Blog pour mieux la connaître.

    Bla Bla Blog – Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

    Abi Lomby – Je suis franco-américaine, j’ai 21 ans, je vis entre Paris et Los Angeles. Je suis une fille nature, qui aime la vie, rire, partager des bons moments avec mes proches et mes amis, bref s’amuser et bien sûr chanter !

    BBB – Racontez-vous votre rencontre avec LaShawn Daniels.

    AB – Un moment qu’on n’oublie pas ! Je me suis retrouvée face à un grand Monsieur de la musique. Je me suis sentie à l’aise instantanément et travailler ensemble a été comme une évidence ! 

    BBB – Que saviez-vous de lui auparavant ?

    AB – Je connaissais tous ses tubes, écrit pour tous ces grands artistes (Michael Jackson, Whitney Houston, etc.). Autant vous dire combien j’étais impressionnée !

    BBB – Comment avez-vous travaillé avec lui ?

    AB – Vous l’avez compris, tout s’est passé comme si on se connaissait déjà ! Il est d’une infinie gentillesse. Il m’a tout de suite prise sous son aile, entraîné par ma détermination !

    BBB – Avec quels autres artistes avez-vous collaboré ?

    AB – Amir bien sûr ! Une première et merveilleuse aventure ! Lui aussi, si gentil, si rassurant, un peu comme un grand frère !

    "Travailler avec BigFlo et Oli serait incroyable !"

    BBB – Vous vivez entre les États-Unis et la France. Racontez-nous justement cette vie particulière et, j’imagine, excitante. 

    AB – J’ai effectivement cette grande chance. Je suis née aux USA. Depuis mon plus jeune âge, je navigue entre LA et Paris. Je profite de ces deux cultures si différentes, qui m’ont ouvertes à tant de styles musicaux.

    BBB – Quelles sont vos influences musicales ? De quels artistes vous sentez-vous proches ?

    AB – Elles sont multiples. J’aime particulièrement le RnB, et le rap US ! Je me retrouve dans The Weeknd, Drake, Cassie... 

    BBB – Avec quel artiste français souhaiteriez-vous travailler ? 

    AB – Je pense tout de suite à BigFlo et Oli. Ces deux frères ont une telle plume ! Travailler avec eux serait incroyable ! 

    BBB – Quelle est la prochaine étape de votre carrière après le single Lose No Sleep ? Un album ?

    AB – Un deuxième single et mon album arrivent dans les mois à venir ! 

    BBB – Des concerts et une tournée sont-ils prévus prochainement ?

    AB – On y travaille ! J’espère pouvoir très vite partir à la rencontre du public, c’est vraiment sur scène que j’ai envie de m’exprimer ! 

    BBB – Merci pour vos réponses.

    Abi Lomby, Lose No Sleep, InterConcerts, 2017
    "A voice is born"

  • Rimbaud, sors de ce corps

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    MoonCCat serait sans doute la meilleure définition du musicien rock : dur, fragile et provocateur. Il avait été question de lui sur ce blog, à l’occasion de la sortie de son précédent album L'Absinthe, un vibrant hommage aux décadents du XIXe siècle que sont Charles Baudelaire, Oscar Wilde, Edgar Allan Poe ou Thomas Lovell Beddoes.

    Pour son dernier opus, sorti fin 2017, MoonCCat, sans doute le plus dandy des musiciens actuels, propose une lecture musicale, pop et rock, d’un autre poète maudit, Arthur Rimbaud. Bateau Ivre, c’est l’adaptation sombre, moderne - et lofi - de cinq textes classiques : Le Bateau Ivre, Le Dormeur du Val, Une Nuit d'Enfer, Première Soirée et Rêvé pour l'Hiver.

    MoonCCat fait oublier le Rimbaud académique enseigné dans les salles de classe. Il redevient cet artiste maudit, incompris et aux textes vibrants. Le Bateau Ivre est une ballade à la Noir Désir, sombre et désespérée et que l’on croirait enregistrée dans un caveau de Saint-Germain, sombre et enfumé : "Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes / Et les ressacs et les courants : je sais le soir, / L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes, / Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir !"

    Tragique et romanesque est le célébrissime Dormeur du Val, que MoonCCat interprète avec rage et sans tricher : "Les parfums ne font pas frissonner sa narine ; / Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine, / Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit."

    Le musicien slame le poème en prose Une Nuit en Enfer, adapté avec fidélité pour traduire le cri de désespoir du poète : "J’ai avalé une fameuse gorgée de poison. – Trois fois béni soit le conseil qui m’est arrivé ! – Les entrailles me brûlent. La violence du venin tord mes membres, me rend difforme, me terrasse. Je meurs de soif, j’étouffe, je ne puis crier."

    Artistes maudits

    Première Soirée séduit particulièrement pour le choix d’un magnifique et sombre chant d’amour. Accompagné de Delphine M., MoonCCat en propose une relecture rockabilly, non teintée d’humour noir : "Elle était fort déshabillée / Et de grands arbres indiscrets / Aux vitres jetaient leur feuillée / Malinement, tout près, tout près. / Assise sur ma grande chaise, / Mi-nue, elle joignait les mains. / Sur le plancher frissonnaient d'aise / Ses petits pieds si fins, si fins." Une vraie belle réussite. 

    Arthur Rimbaud sort de son image classique grâce enfin au dernier titre, Rêvé pour l’hiver : "L'hiver, nous irons dans un petit wagon rose / Avec des coussins bleus. / Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose / Dans chaque coin moelleux."

    MoonCCat démontre encore une fois qu’il est un musicien à la fois rare et audacieux, dans la lignée de ces autres artistes maudits de la fin du XIXe et du début du XXe siècle – et récupérés depuis par l’académisme littéraire. Hommage à Rimbaud, Bateau Ivre est aussi une relecture gothique, élégante et inédite de joyaux poétiques. Des joyaux empoisonnés, "dangereux et sensationnels" comme le dit lui-même le musicien, et qui invitent à " l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !"

    MoonCCat, Bateau Ivre, 2017
    http://www.moonccat.com

    "C’est le plus dandy des albums"

  • Cinquante nuances de spleen

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    C’est le spleen dans tous ses états que nous propose Guillaume Poncelet dans son album solo « 88 ».

    Le musicien surdoué aux collaborations multiples (Claude Nougaro, Stevie Wonder, Ben L’Oncle Soul, Mc Solaar, Joyce Jonathan ou Ayo) propose un premier opus étincelant, mélancolique et dans une veine minimaliste. Il faut chercher du côté du groupe Rachel’s (Music for Egon Schiele) pour trouver la trace d’un tel album moderne piochant du côté de la musique de chambre, de la pop comme du courant minimaliste.

    « 88 » déroule seize titres aux troublantes sonorités, tour à tour délicates, sombres ou oniriques. Album instrumental, à l’exception notoire des deux derniers morceaux (Last Breath et Mon terroir), cette œuvre de Guillaume Poncelet offre une vaste gamme de sons, de nuances et d’influences pour offrir un tout cohérent et passionnant.

    La sonate Morning Roots peut rappeler le répertoire de Michael Nyman, avec ce minimalisme assumé, à l’instar d’Iceberg ou d’Après, renvoyant, eux, au courant répétitif américain. Le mystérieux morceaux Duty séduit par ses touches debussyesques, lorsque les titres Homo Erectus, Le Cahier ou L’Ennui évoquent l’écriture mélodique de Yann Tiersen.

    Minimalisme, pop et musique de chambre

    Guillaume Poncelet ne craint pas de faire appel à l’électronique dans l’aérien Reverse. Quant à Teano, c’est l’une des très belles réussites musicales de cet album : une invitation au voyage grâce à d’intelligents, puissants et bouleversants accords orchestraux.

    Aussi à l’aise dans le jazz que dans le répertoire contemporain, Guillaume Poncelet propose de passionnantes compositions de free jazz que François Jeanneau n’aurait pas reniées : le délicat Gus Song ou cet hommage à la Nouvelle Vague qu’est Au Bout du Souffle.

    Il faut également saluer l’audace du crépusculaire Derrière la Porte, le charme automnal d’Othello ou le nostalgique, onirique et langoureux The Two Of Me.

    « 88 » se termine avec deux exceptions notables : les titres vocaux Last Breath, avec le musicien néerlandais Thomas Azier (célèbre en France pour ses collaborations avec Stromae) et Mon Terroir, un slam de Gaël Faye, auteur en 2016 du Goncourt des Lycéens Petit Pays.

    Guillaume Poncelet, pianiste exceptionnel, nous offre avec « 88 » plus qu’un album spleen : un compagnon pour nos journées et nos nuits. Un véritable ami pour ainsi dire.

    Guillaume Poncelet, « 88 », Blend, 2018
    https://guillaumeponcelet.bandcamp.com
    En concert au Centquatre-Paris (104), 13 février 2018 (complet)

  • Que d'eau

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    Alors que les inondations se poursuivent en région parisienne et en Normandie, avec une Seine devenue indomptable, rappelons-nous qu'il y a moins de deux ans, à l'instar de la Marne et de l'Oise les inondations avaient touché l'affluent du Loing. 

    Plusieurs villes avaient été durement touchées, dont Nemours, Moret-sur-Loing et Montargis. Nous en avions parlé sur Bla Bla Blog.

    Hors-série Inondations à Montargis

  • La seconde bataille de Verdun

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    Cette seconde bataille de Verdun fut celle engagée par Fernande Herduin en 1920, dans les ors et les couloirs feutrés des palais de la République.

    Quatre ans plus, tôt, en pleine guerre, son mari le sous-lieutenant Gustave Herduin est fusillé pour désertion Verdun, sans aucun jugement . Contre toute attente, le soldat a cependant eu droit aux honneurs de la France à titre posthume pour ses faits d’armes antérieurs. Insuffisant, réclame la veuve Herduin qui réclame la vérité et la justice pour une exécution au cœur du gigantesque champ de bataille de Verdun.

    Un silence honteux

    Ne trouvant qu’un faible écho à ses revendications, la jeune femme se lance, épaulée par son avocat, dans une nouvelle guerre des tranchées contre une classe politique hypocrite et une administration militaire muette. En portant plainte pour meurtre, la Fernande Herduin parvient à faire du bruit dans Landerneau. Bientôt s’ouvre une nouvelle bataille de Verdun, judiciaire et politique cette fois.

    Cette affaire est mise en textes et en images par Jean-Yves Le Naour et Marko Holgado qui signent avec cette histoire édifiante le troisième tome d’une série sur Verdun, après Avant l’Orage et L’Agonie du Fort de Vaux.

    Les auteurs relatent dans un album à la facture classique l’histoire des fusillés pour l’exemple comme le silence honteux qui s’ensuivit. De ce point de vue, l’histoire de la veuve Herduin est celle d’une lanceuse d’alertes avant l’heure, obsédée par la réhabilitation de l’honneur de son mari. L’histoire est centrée sur ce personnage féminin solide et pugnace, en guerre dans une France encore traumatisée par les massacres de la Grande Guerre.

    Jean-Yves Le Naour et Marko Holgado, Verdun, Les Fusillés de Fleury,
    éd. Grand Angle, 2018, 47 p.

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  • Loup, où es-tu ?

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    Nous avions laissé Thierry Berlanda au Nigéria avec Naija (éd. Du Rocher), un sombre et beau thriller d’anticipation dans lequel il était question de crimes sordides, de capitalisme et de manipulations génétiques. Cette fois, c’est à Sancerre, au cours du XVIe siècle, que l’écrivain et philosophe français a situé l’intrigue de son dernier roman L’Orme aux Loups (éd. De Borée).

    En plein règne d’Henri III, Fondari, un montreur d’ours itinérant, débarque avec son animal dans la petite ville du Berry, déchirée par les luttes intestines entre le seigneur des lieux et son bailli, et surtout traumatisée par les terribles guerres de religion.

    Quelques heures après l’arrivée du voyageur et de sa bête, une fillette disparaît, avant un premier meurtre. Ce n’est que le début d’une série sanglante. Le coupable est tout trouvé, d’autant plus que l’animal a disparu. Le montreur d’ours est donc arrêté. Un jeune homme intervient pour lui apporter son soutien : il s’agit du fils du comte de Sancerre, Joachim Bueil. Les deux hommes se lient dans une course à la montre épique.

    Polar historique pendant les guerres de religion

    Dans son polar historique, Thierry Berlanda réussit le tour de force de nous surprendre et de nous faire voyager dans un monde à la fois sombre, inquiétant et digne des contes et légendes. Le personnage du montreur d’ours est bien entendu le principal supplément d’âme du livre. Parler des guerres de religions et de ses conséquences est l’autre bonne idée de cet ouvrage : la série de conflits épouvantables qui ont ensanglanté l’Europe au XVIe siècle vient exacerber les animosités du fascinant bailli Danlabre, du comte Bueil et du curé Jacquelin.

    Thierry Berlanda, philosophe autant qu’écrivain, délaisse l’action brute au profit d’une intrigue intelligente et rondement menée où se mêlent politique, manipulations et religions, le tout dans une langue finement travaillée. La vérité saura, comme il se doit, surgir grâce à la sagacité d’un bailli caractériel, insupportable de roublardise et à la réputation sulfureuse.

    Pari réussi donc pour ce polar d’à peine 200 pages, intelligemment mis en scène dans une France minée par les guerres de religion.

    Thierry Berlanda, L’Orme aux Loups, éd. De Borée, 2017, 196 p.
    "Naija ou mutations en chaîne"

  • Laissez-vous conter

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    Bla Bla Blog s’est laissé séduire par une revue qui a fait des contes et des légendes son sujet d’enquêtes et de quêtes. C’est du reste les quêtes initiatiques qui sont le sujet d’un passionnant hors-série de Contes & Légendes.

    La revue spécialisée nous replonge dans un domaine à la fois familier et inattendu. Car à côté de sujets plutôt pointus, comme une étude de la géographie du sacré, la découverte du peuple africain des Sénoufos ou les pratiques thérapeutiques des sorciers, le lecteur se plongera avec un plaisir enfantin, voire régressif, dans des mondes familiers de son enfance : Cendrillon, le Petit Chaperon Rouge ou le Petit Poucet.

    La conteuse Isabelle Genlis nous parle d’Andersen et de La Petite Théière, une de ses histoires, sans doute pas la plus connue. La chroniqueuse en dévoile les secrets et les interprétations : "La vie ne tient qu’à un fil, qu’Andersen manipule en marionnettiste habile, en maître du genre."

    Un domaine à la fois familier et inattendu

    L’histoire de Cendrillon est non seulement également décortiquée par Bernadette Bricout, professeure de littérature orale à l’université Paris-Diderot, mais aussi reproduite dans la célèbre version de Charles Perrault. Un bon moyen de découvrir ou relire un texte fondamental de la littérature et voir autrement Cendrillon, "une vieille avant l’heure." Le Petit Chaperon Rouge, La Belle au Bois Dormant, Barbe Bleue (adaptée en 2009 pour la première par une femme, Catherine Breillat, comme nous le rappelle Jack Zipes), La Petite Sirène ou le Petit Poucet ont également droit à leur focus.

    Mais Contes & Légendes s’arrête aussi sur d’autres cultures et d’autres histoires, toujours en rapport avec la nature et les quêtes initiatiques : Le Conte du jeune Homme Saule et Kaguya Himé, la fille du coupeur de bambou (Japon), une légende amérindienne sur la légende des peaux (Canada), la recherche par un homme des arbres dans un monde où ils n’auraient pas existé (Vietnam) ou les contes enchantés des pays slaves.

    La Bretagne, terre mystérieuse aux légendes extrêmement riche est traitée, est également abordée par le musicien Gérard Lomenec’h qui s’intéresse à la place de la forêt. Les ethnologues Yvonne Verdier et Geneviève Massignon se posent quant à elle cette question : Que sont venues faire les filles perdues en forêt ?

    Les amateurs de contes, à l’origine de la fantasy moderne, seront dans cet élément avec cet hors-série de Contes & Légendes passionnant.

    Contes & Légendes, hors-série "Contes – La nature, une quête initiatique", janvier 2018