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Après la femme de ménage, voilà une nouvelle profession mise au centre de celle qui est devenue depuis peu une grande star du polar. Freida McFadden s’intéresse à une psychologue dans son roman justement nommé La Psy (éd. City et J'ai lu). Elle s’appelle Adrienne Hale, vit (ou plutôt, a vécu) dans une vaste et luxueuse maison isolée et est considérée comme une référence dans sa spécialité. Ce que le lecteur ou la lectrice va découvrir c’est que cette femme froide et calculatrice a aussi des secrets, au centre de ce roman.
Lorsque le livre commence, Tricia et son mari Ethan, jeunes et séduisant couple de New York est parti visiter la demeure de la psy, l'ancienne propriétaire. Lorsqu’ils y arrivent, en plein hiver, il neige à flocons. Les voilà obligés d’y passer la nuit. Bientôt, Tricia se rend compte qu’il se passe des choses étranges dans la maison. Pourraient-ils être surveillés ? Et par qui ? Et pourquoi ? En fouillant la maison d’Adrienne Hale, Tricia découvre aussi une pièce secrète. La psychologue y a rangé les enregistrements de ses patients et patientes, tous et toutes plus inquiétants les uns que les autres.
Freida McFadden lorgne évidemment du côté de Stephe King et de Shining
L’autrice américaine joue sur les nerfs à travers cet étrange thriller construit comme un huis-clos. Elle alterne des scènes du premier séjour claustrophobique du sémillant couple de Manhattan avec des retranscriptions d’enregistrements et des chapitres où la psychologue relate les mois précédents l’arrivée de Tricia et Ethan.
Pour cette histoire se déroulant dans un manoir isolé par la neige, Freida McFadden lorgne évidemment du côté de Stephen King et de Shining. D’ailleurs, c’est un exemplaire du livre qui ouvre la porte du cabinet secret de la psy.
Les critiques de la romancière ne la ménagent pas au sujet des personnages jugés parfois trop stéréotypés. Or, singulièrement, c’est sans doute là la force du roman. Une psy insupportable mais qui se fait prendre au piège d’un patient. Une jeune mariée a priori terne mais qui cache elle aussi ses secrets et son mari, Ethan, beaucoup moins lisse qu’on ne le croie. Ajoutez à cela des personnages secondaires déroutants. Tout cela donne un roman parfait : un page-turner idéal, à dévorer et avec une fin qui peut déstabiliser mais qui est diablement maligne… dans tous les sens du terme.
Lorsque l’on parle variations et piano, un compositeur et une œuvre vient immédiatement en tête : Bach et ses Variations Goldberg. Un thème et trente variations écrits en 1740, devenus célèbres lorsqu’un certain Glenn Gould choisit de les interpréter en 1955 puis en 1981, donnant à cette œuvre longtemps restée discrète un opus fondamental dans le répertoire de Bach.
Le compositeur et pianiste Håkon Skogstad nous vient de Norvège et lorgne largement du côté de ces Goldberg Variations. Il s’est fait remarqué et a été récompensé pour son travail sur la musique de tango. Le voici avec un opus plus intime et qu’il présente ainsi : "24 Variations for Piano est, dans une large mesure, le reflet de qui je suis en tant que pianiste et compositeur — façonné par les influences qui m’ont construit. Je pense que l’œuvre peut être appréciée par petites touches, mais je crois aussi qu’elle révèle quelque chose de particulièrement spécial à ceux qui prennent le temps de l’écouter du début à la fin."
On oublie bien vite les Variations Goldberg, tant cet opus a sa propre identité. La ligne mélodique du thème principal est d’une grande simplicité, toute en concentration, voire en hésitations. Le compositeur scandinave choisi non sans audace d’inclure la toute première variation en la mineur dans le premier morceau (Main Theme and Variation N°1 in A minor).
La grande difficulté du genre est de décliner un air en des variations aussi différentes que possibles, et aux durées souvent courtes (ainsi, la joueuse Variation N°17 en la bémol majeur dépasse à peine les 50 secondes). Håkon Skogstad se plie à l’exercice sans faillir et en variant les tonalités mineures et majeures. La maîtrise est là (Variation N°2 en do dièse mineur ou la néo-romantique Variation N°5 en ré bémol mineur). Mais sans poésie, quel serait l’intérêt ? Voilà le pianiste et compositeur debussyen dans sa Variation N°3 en si majeur, avant de revenir vers ses premières amours, le tango (Variation N°4 en mi mineur), un genre cher à son cœur et qui l’a fait connaître.
Des variations aussi différentes que possibles
On parlait d’intimisme et de simplicité en parlant du thème. Håkon Skogstad aime la pureté comme le prouve la sixième Variation (en sol dièse), mélancolique et nostalgique.
Il y a du jazz dans la Variation en si bémol majeur, et même du Gershwin : du rythme, du swing, bref de la joie de vivre. C’est ce que l’on aime dans cet opus : une cohérence et en même temps une variété qui fait que l’auditeur ou l’auditrice pourra écouter ensemble ou séparément chaque morceau, selon son humeur. À la tristesse infinie de la huitième variation (sol mineur) viendra répondre l’étrange Variation N°9, entre onirisme et vitalité toute stravinskienne. Il y a parfois de la légèreté (la jazzy Variation N°15 en ré mineur), vite contrebalancée par la funèbre seizième Variation en fa dièse mineur).
Grâce à Håkon Skogstad le contemporain devient immédiatement proche, presque un ami (Variation N°10 en mi bémol majeur). Le compositeur norvégien revient vers le tango avec la Variation N°11, un nuevo tango sombre, bien différent du mouvement suivant, plus classique, aux couleurs qu’Erik Satie n’aurait pas renié (Variation N° 12 en mi majeur).
Saluons les palettes de couleurs, justement, que parvient à tisser Håkon Skogstad (Variation N°13 en fa mineur). L’auditeur ou l’auditrice se laissera séduire par la délicate quatorzième Variation (en mi bémol mineur), néoromantique dans l’âme et à l’esprit tango. Néoromantique comme l’est la Variation N°18 en do mineur, épurée et bouleversante.
Håkon Skogstad a grandement été nourri par le répertoire pour piano des XIXe et XXe siècle, que ce soit Debussy, nous le disions (Variation N°19 en sol bémol majeur), mais aussi le répertoire russe dans ses expressions exacerbées (Les N°22 et 23). Sans oublier un esprit pop (l’orientale Variation N°20 en fa majeur) ou la musique traditionnelle norvégienne. Le compositeur précise que pour la vingt-et-unième Variation, il s’est inspiré d’un air folklorique norvégien.
La vingt-quatrième et dernière Variation conclut en douceur un album néoclassique aux multiples couleurs musicales. Une jolie réussite.
Étrange essai. Un essai mêlant allègrement la vulgarisation historique – ce qui n’est pas un gros mot, loin s’en faut –, mais aussi une réflexion contemporaine sur l’identité et une forme de tribune qui pourrait vite déstabiliser le lecteur ou la lectrice. Reconnaissons cependant à l’auteur, Nicolas Delange, une bonne connaissance historique alliée à un certain enthousiasme, le coach professionnel n’étant pas très loin derrière. Tel est l’objet du livre de Nicolas Delange, Découvrons-nous gaulois (autoédition).
Au point de départ de son essai, découpé en six parties, il y a le constat que la civilisation gauloise est d’autant plus méconnue qu’elle a largement été critiquée par ses ennemis et envahisseurs, les Romains. Les Gaulois n’ayant laissé aucun texte original, c’est la voix de l’ennemi (et en premier lieu, Jules César, dans La Guerre des Gaules) qui a écrit sur eux. Pas très objectif tout ça. Nicolas Delange entend corriger – un peu – cette injustice. Voilà pour la première section historique, section dans laquelle l’auteur assume de prendre des libertés. Pour preuve, il "corrige" les dénominations des époques couramment admises – "Moyen Âge", "Renaissance" et "Ancien Régime" – pour leur préférer les termes d’"Âge des Royaumes", "Âge des découvertes" et "Grandes Royautés" pour "Ancien Régime". Un choix qui peut piquer les yeux, mais passons.
Finalement, en parlant de la Gaule pré-romaine, la section qui n’est pas la moins intéressante, c’est un peu – ou beaucoup – de la France dont parle Nicolas Delange, au risque de la fantasmer. Car, redisons-le, pour longtemps encore cette civilisation fascinante nous restera largement méconnue, d'où évidemment des interprétations;, pour ne pas dire des approximations lorsque l'on parle de cette civilisation importante. Cette Gaule mystérieuse et riche, aux paysages divers que l’on trouve encore aujourd’hui, a autant été victime de la jalousie et de la cupidité de son voisin transalpin (traumatisé également par le sac de Rome par Brennus en 390 avant notre ère) que jalousée. Nicolas Delange insiste sur l’importance de l’oralité chez les Gaulois, avec une place prépondérante donnée aux druides et l’absence volontaire de l’écrit. Résultat : les Gaulois sont restés muets sur leur propre histoire.
"Nos ancêtres, les Gaulois"
Il reste heureusement ces sources ennemies romaines, un ennemi au sujet duquel l’auteur ne se montre pas des plus tendre. La figure du Gaulois et de la Gauloise retrouve du panache sous la plume de Nicolas Delange : guerrier redoutable pouvant se battre nu pour effrayer ses ennemis, inventeurs géniaux (la cote de maille, la serpe, le tonneau, le briquet ou le fer à cheval), l’appétence pour la mode, un monde respectueux de la nature, bref un "génie gaulois" qui a pu surprendre et terroriser Jules César et ses prédécesseurs et successeurs. Certes, on est plus dans le registre de l'interprétation ou du fantasme que de l'analyse scientifique.
Depuis le XIXe siècle, rappelle Nicolas Delange, le mythe français du Gaulois a largement été utilisé par les autorités françaises (le fameux "Nos ancêtres, les Gaulois"). Au XXe siècle, la figure d’Astérix a popularisé le Gaulois – certes, jusqu’à la caricature. Au point d'oublier tout de même que la France est largement le fruit de mélanges de populations et de cultures différentes, bref d'hybridations.
Après trois parties placées sous le signe de l’Histoire et de la civilisation antique, voilà que le livre devient un essai sociologique et, à certains égards, politique et idéologique. Il interroge notre méconnaissance de la civilisation gauloise et invite à faire un peu plus de place à cette culture pour l’ériger en fondation. L’auteur parle, non sans raison, d’un "dénigrement", que les recherches archéologiques plus ou moins récentes ont toutefois permis de pondérer. D’essai historique, ce livre s’hybride en ouvrage engagé mais aussi en une réflexion sur ce que sont les "mythes" pour une nation. À quoi servent-ils ? Comment naissent-ils ? L’auteur trouve sept conditions pour avoir de tels mythes.
Finalement, c’est bien de "roman national" dont il est question ici, avec les Gaulois en héros et fondateurs. Voilà qui fait de ce livre commençant comme un essai historique et qui se transforme en un plaidoyer dont on ressortira soit convaincu, soit indifférent, soit dubitatif, soit agacé, soit franchement réticent. Bref, tout sauf un livre tiède.
Nicolas Delange, Découvrons-nous gaulois, 2026, 306 p. https://www.nicolasdelange.fr https://www.instagram.com/decouvronsnousgaulois
Les éditions des Festivals de Cannes ne sont pas toujours mémorables. Pour celle de 2024, citons tout de même le formidable et détonnant Substance de Coralie Fargeat, le grand succès qu’a été L’Amour ouf de Gilles Lelouche et le toujours attendu Jacques Audiard avec Emilia Pérez. Côté déception pour les critiques, il y a eu le Megalopolis de Coppola et les quasi "abonnés" David Cronenberg (Les linceuls) ou Paolo Sorrentino (Parthenope). Et au milieu de cette sélection finalement variée et de qualité, la palme d’or a été attribué à un réalisateur américain jusque-là discret, Sean Baker, pour un long-métrage, Anora, bien plus remarquable qu’on ne pourrait le croire a priori.
Anora, ou "Ani", est une strip-teaseuse et escort girl sévissant dans un de ces clubs branchés de New-York, fréquentés notamment par des clients russes. Cela tombe bien, la jeune femme parle couramment cette langue. Justement, une nuit le fils d’un jeune oligarque russe, aussi insouciant que sympathique, la réclame. Entre les deux, la rencontre tarifée bascule dans la complicité, puis dans un mariage décidé sur un coup de tête. Une strip-teaseuse mariée à un fils à papa ? C’est mal connaître les parents de ce dernier, bien décidés à faire annuler cette union.
Sean Baker a mis la barre très haut
La vraie surprise de l’édition 2024 de ce Festival de Cannes explique qu’Anora ait reçu la Palme d’or. Car cette histoire moderne d’une Cendrillon moderne et olé-olé promet bien des surprises. Et de bonnes surprises. Il y a d’abord l’actrice principale, Mikey Madison Rossberg, tour à tour séduisante, mystérieuse, drôle, aguicheuse et bouleversante. Elle crève l’écran dans le rôle pas si simple d’une escort girl soudainement prise au piège d’un gamin immature, expansif et soudainement lâche. Il faut du tempérament pour porter à bout de bras cette comédie douce-amère – et à vrai dire, plus amère que douce.
On pourra être plus réservé sur le personnage insupportable joué par Mark Eydelshteyn. Cela dit, il faut de la justesse pour incarner ce fils d’oligarque russe, enfermé dans une prison dorée. Son mariage à Las Vegas devient un piège qu’il est incapable d’assumer. Or, Sean Baker se montre particulièrement malin est dans le parti-pris du scénario comme de la mise en scène. Le film de mafia – russe – devient une comédie avec le parrain arménien Toros et ses deux hommes de main, dont Igor. Tarrantino aurait fait de cette histoire tordue un jeu de massacre. Pas ici. En ne choisissant pas la facilité, Sean Baker a mis la barre très haut. Anora reste une love story à la fois osée, déjantée, sans pour autant cacher son vrai message d'une aventure gâchée. Et si finalement, à l’image de la scène du magasin de confiserie dévasté, Anora ne racontait pas l’histoire de la fin d’un rêve et la mort définitive de l’innocence ?
Anora, comédie dramatique américain de Sean Baker, avec Mikey Madison Rossberg, Mark Eydelshteyn et Iouri Borissov, 2024, 138 mn https://www.netflix.com/fr/title/81952362
Les Amours du poète est la traduction française des Dichterliebe de Robert Schumann, au cœur d’un enregistrement Klarthe de Romain Guyot à la clarinette et de Chloe Mun au piano. Ces deux là font le choix du Romantisme, avec trois pièces du compositeur allemand : ces Dichterliebe, donc, mais aussi les Fantasiestücke op.73 et les Trois Romances op. 94.
Les Fantasiestücke de 1849 ouvrent ce programme en trois mouvements. Le compositeur allemand est au faît de sa maîtrise. Il écrit d’ailleurs cette pièce en seulement deux jours, en février 1849, une année fastueuse s’il en est. Le Romantisme domine la scène musicale. Un Romantisme au cœur de cet opus, tout à, tour mélancolique (le mouvement Zart mit Ausdruck), léger et joueur (Lebhaft, leicht) et passionnée, pour ne pas dire exubérant (Rasch mit Feuer).
Cette même année 1849, Schumann donne naissance à ses Trois Romances pour hautbois et piano (Drei Romanzen, op. 94) que le compositeur offre, dit la petite histoire, à Clara Schumann en guise de cadeau de Noël. La clarinette de Romain Guyot étincelle dans cette pièce d’une jolie subtilité (Nicht schnell). Le sens mélodique de Robert Schumann est irrésistible (Einfach, innig). Au piano, Chloe Mun sait donner des teintes et des nuances avec un talent d’autant plus remarquable que ces trois romances donnent une grande importance à la clarinette. Le livret de l’album précise par ailleurs que le piano utilisé est un Becker 1900, celui-là même que Rachmaninov avait fait venir de Saint-Pétersbourg.
Les fameux Amours du poète opus 48 sont de quelques années antérieures. Dichterliebe a été écrit comme un cycle de seize , d’après des poèmes de l'écrivain romantique allemand Heinrich Heine. Cette année-là, Robert Schumann se marie avec son grand et célèbre amour, la pianiste Clara Wieck, future Clara Schumann.
Cadeau de Noël
Bien qu’ils soient destinés à une voix masculine, ces lieder sont joués ici pour clarinette et piano. Les chants sont en général courts, voire très courts – de trente secondes à quatre minutes et demi. Des morceaux denses, donc, et d’une grande richesse où l’amour entre les deux tourtereaux semble être omniprésent (Im Wunderschönen Monat Mai). La clarinette de Romain Guyot apporte des nuances et des sensibilités touchantes (Ich will meine Seele tauchen ou le virevoltant Ein Jüngling liebt ein Mädchen). Le Romantisme se fait même naturaliste dans ce superbe "paysage musical" qu’est le lied Im Rhein, im heiligen Strome ("À Cologne, la ville sainte, / La cathédrale au front serein / Reflète sa gothique enceinte / Aux flots majestueux du Rhin") ou l’avant dernier lied Aus alten Märchen winkt es ("Les vieux contes charmant nos veilles / Parlent en langage ingénu, / D’un beau pays, plein de merveilles, / Qui reste à la terre inconnu"). Pour autant, le cœur des Dichterliebe est justement celui, amoureux, du musicien, parfois ostentatoire (Ich grolle nicht), parfois délicat (Und wüssten's die Blumen), parfois joyeux, par exemple dans cette noce improvisée (Das ist ein Flöten und Geigen, "De ma belle aujourd'hui c'est la noce") ou avec gravité, comme si le musicien pressentait la fin de son idylle (Ich hab' im Traum geweinet, "En pleurant j’ai rêvé, ma belle, / Que la mort éteignait tes jours"). Robert Schumann semble restituer tous les affects de cette période, y compris la nostalgie (Hör' ich das Liedchen klingen, "Quand j'entends cet air qu'autrefois").
Le sens de la mélodie reste l’un talents géniaux de Schumann (Am leuchtenden Sommermorgen). Romain Guyot et Chloe Mun – surnommée non sans affection "la nouvelle Clara" – dialoguent avec intelligence dans ces Amours du poète – ou plutôt du musicien. Il a fait de cette pièce en forme d’hommage et de présent à Clara Schumann une belle déclaration (Allnächtlich im Traume, "Chaque nuit je revois tes charmes / Dans un rêve où tu me souris; / Je tombe à genoux, et mes larmes / Vont arroser tes pieds chéris").
Les Dichterliebe se termine avec le chant le plus long (quatre minutes trente). Die alten, bösen Lieder parle de la fin inéluctable de son amour ("Chants d’amour, tourments de mon âme, / Espoirs trompés, rêves en deuil, / La tombe est là qui vous réclame ; /– Que l’on m’apporte un grand cercueil !"). Pas de doute, nous voilà au cœur de ce grand Romantisme, si justement joué par le duo clarinette-piano. Les sentiments éclatent au grand jour, d’autant plus violents et passionnés qu’ils ont face à eux une mort que l’artiste doit affronter en la regardant bien en face : "Ce grand cercueil est nécessaire ; / Car, apprenez que sans retour / Dans sa nuit profonde il enserre / Et ma souffrance et mon amour !" Gloups.
Barbara et Heli sont amoureux et heureux. Clowns professionnels, ils savent rire de tout et mènent une vie joyeuse avec leurs 2 enfants. Quand un accident emporte Héli et les enfants, Barbara doit trouver un nouveau chemin. Portée par les souvenirs qu’elle chérit, elle prouve que l’amour ne meurt jamais et qu’il faut toujours oser embrasser la vie. Meilleure actrice et meilleur scénario au Austrian Film Award 2026
Seule la vie, drame allemand d’Adrian Goiginger avec Valerie Pachner, Robert Stadlober, Stefanie Reinsperger, 2026, 121 mn Scénario : Senad Halilbašić Titre original : Vier minus drei https://www.cramesdelabobine.org/spip.php?article5273
Comme l’indique le titre du dernier album de Liat Cohen, Valse (chez Indésens), la valse est à mise à l’honneur grâce à des adaptations délicieuses à la guitare.
L’auditeur ou l’auditrice reconnaîtra sans nul doute le premier morceau, au point de le fredonner et de le garder en tête pour la journée, mais peu connaîtront son titre – Tico-Tico brasilerinho – et encore moins les noms de ses auteurs, Zequinha de Abreu (1880-1935) et Waldir Azevedo (1923-1980), tous deux réputés internationalement pour ce tube.
Il n’en est pas de même pour le chef d’œuvre d’Ástor Piazzolla (1921-1992), Libertango. Cette danse hypnotisant, électrique mais aussi sombre, a donner au compositeur argentin une renommée exceptionnelle. On parle souvent, à juste titre de cette réinvention du tango argentin (tango nuevo) en parlant de ce morceau. Il faut aussi ajouter que Piazzolla a écrit Libertango en 1974 alors qu’il est en exil en Italie, en raison de la dictature dans son pays d’origine. Ce titre doit être entendu comme un hymne à la liberté, à la vie et à l’art, d’où son titre, Libertango. Piazzolla est également présent dans sa Primavera Portena Tango, extrait de ses Quatre saisons de Buenos Aires (Cuatro Estaciones Porteñas). Plus que jamais, le tango se trouve revigoré dans cette pièce faisant se mêler classique, traditionnel, contemporain et jazz.
Liat Cohen choisit la simplicité dans ses interprétations, y compris dans le morceau La Negra d’Antonio Lauro, compositeur vénézuélien (1917-1986). Cette pièce délicate a été écrite en 1976 pour sa nièce Armita. On retrouve le même musicien dans deux Valses Venezolanos, les n°2 et 3, typiques de son pays et très populaires.
Agustín Barrios Mangoré (1885-1944) est méconnu de ce côté-ci de l’Atlantique. Guitariste salvadorien, il a composé et enregistré des centaines de pièces pour guitares, dont sa magnifique Valse op. 8 n°4, élégante composition mêlant classique, romantisme et folklore et sa Primavera Valse entraînante et séduisante.
D’Heitor Villa-Lobos (1887-1959), on retient surtout ses formidables Bachianas Brasileiras – notamment la cinquième. Or, si le compositeur brésilien est présent c’est pour un autre morceau, à savoir sa Valse-Chôro. Elle est extraite de sa Suite populaire brésilienne n°3. Composée pour la guitare solodu de son pays, cette œuvre importante fait se réconcilier la musique populaire de son pays (les chôros) et le classique.
Partons au Mexique, avec Manuel María Ponce (1882-1948), ayant beaucoup écrit pour la guitare. Liat Cohen propose une Valse de ce compositeur emblématique du Mexique.
Retour ensuite en Europe avec le plus ancien des compositeurs de l’album, à savoir l’Espagnol Fernando Sor (1778-1839). Ses Valses n°1 et 4 sont d’une facture classique d’une belle élégance, nous dirions même toute mozartienne.
Sonnerie pour les téléphones Nokia
Grosse satisfaction de découvrir Francisco Tárrega (1852-1909), lui aussi espagnol et lui aussi en plein XIXe siècle. La guitariste nous propose sa Grande Valse, jouée avec amour et tendresse. Il faut ajouter que ce compositeur est l’un des grands musiciens ayant contribué à faire entrer cet instrument populaire dans le répertoire classique. Mieux, Tárrega est devenu, malgré lui, un compositeur pop puisque l’un des thèmes de sa valse a été utilisé comme sonnerie... pour les téléphones Nokia ! Il faut absolument découvrir ce singulier morceau entré dans notre quotidien, alors que son auteur est quasi inconnu...
Le nom de Tansman est cité en couverture de l’album, à l’égal de Piazzolla. C’est dire l’importance que lui porte Liat Cohen. Né en Pologne et naturalisé français, Alexandre Tansman a vite trouvé dans Paris sa patrie d’artiste, grâce à des soutiens comme Ravel, Bartók, Gershwin, Honegger, Prokofiev, Roussel, Schönberg ou Stravinsky, excusez du peu ! De confession juive, la seconde guerre mondiale le voit contraint à l’exil aux Etats-Unis, ce qui ne l’empêche, pas à l’instar de son compatriote Karol Szymanowski, d’allier classique et contemporain. Qui dit Polonais et valses dit forcément Chopin. Et pourtant, Tansman s’empare lui aussi de cette danse traditionnelle pour en faire, ici à la guitare, un genre d’une grande modernité (la courte Valse Caprice et la mystérieuse et envoûtante Valse Romantique).
Au milieu de ce lot de compositeurs d’Amérique latine, il faut citer un Français, Roland Dyens (1955-2016). profondément influencé par la musique brésilienne et argentine. Son morceau le plus connu est le Tango en skaï. L’opus propose une autre pièce plus audacieuse, Fuocco, où le compositeur fait se rejoindre classique, contemporain et pop dans une virtuosité démentielle. Il faut aussi ajouter que Roland Dyens a été classé par le magazine Guitarist parmi les 100 meilleurs guitaristes mondiaux, tous styles confondus. On devine son importance pour Liat Cohen et son indispensable place dans l'opus.
L’album se clôt avec un compositeur contemporain, Nikita Kochkine (né en 1956). Guitariste et compositeur renommé, il est l’auteur d’une pièce emblématique de son répertoire, Usher's Waltz, inspirée par la nouvelle d'Edgar Allan Poe, La Chute de la maison Usher. Liat Cohen l’a choisi pour terminer son opus sur une note moderne. Lumineux.
Débarrassons-nous tout de suite d'un sujets qui pourrait fâcher : les éditions Calmann-Lévy puis Le livre de poche ont choisi pour Cadres noirs, le roman de Pierre Lemaitre sorti il y a déjà 15 ans un titre et des couvertures qui laissent à désirer. Pour le dire autrement, Cadres noirs aurait mérité un meilleur titre et le visuel est, en toute subjectivité, absolument atroce. Et Le livre de poche n’a pas fait beaucoup mieux.
Voilà pour la grosse faiblesse de ce remarquable thriller, adapté pour la télévision par Arte, mais hélas plus disponible en replay. Mais parlons du roman de Pierre Lemaitre qui nous offre un thriller d’autant plus incroyable qu’il propose au lecteur ou à la lectrice une série de surprises et de contre-pieds.
Trois parties composent cette histoire d’un DRH, Alain Delambre, mis à la porte comme un malpropre, après des années de bons et loyaux services pour une grande entreprise. Et pas facile de rebondir lorsque l’on est quinquagénaire. Au moment où le récit commence, le voilà contraint à un petit boulot payé une mystère et harcelé qui plus est par un petit chef. Alain est pourtant un battant, bien décidé à ne pas se laisser faire et surtout à ne pas accepter de voir enterrer ses ambitions professionnelles. Or, une société répond à un de ces nombreux CV. Voilà Alain candidat sérieux à un poste de responsable RH. Mais pour cela, il va devoir se plier à un test d’un nouveau genre : une fausse prise d’otages.
Jeu de massacre
Avec cette histoire de cadre au chômage engagé dans une opération aussi tordue que dangereuse, Pierre Lemaitre tire à boulets rouges sur la face la plus sombre du libéralisme : cynisme, violence assumée, candidats que l’on utilise sans vergogne (il y a Alain, bien sûr, mais aussi Olenka, aussi discrète que fondamentale dans cette sombre opération), dirigeants tout puissants et leurs petits chefs soumis. Face à eux, il y a ces perdants, que ce soit Alain, Charles, le SDF magnifique, et bien sûr la propre famille du DRH.
Pour Nicole, sa compagne, et ses deux filles, Mathilde et Lucie, Pierre Lemaitre réserve ses pages les plus émouvantes, car ce sont aussi elles les victimes collatérales de cette histoire de résurrection professionnelle qui va se terminer comme un jeu de massacre. Un jeu où les derniers pourraient bien être les premiers, et vice-versa.
Un brillant thriller, à découvrir absolument, par un très grand auteur. Mais je ne vous apprends rien.