En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.
Focus sur un titre électro-pop. Lorsque l’été pointe le bout de son nez, Bla Bla Blog aime lorgner du côté de ce genre musical.
Le duo français Lightmotive propose en ce moment son nouveau single Ooh Aah. Les vagues de synthé, la rythmique, les guitares et la voix nous ramènent quelque part vers les années 2000.
Insouciance, danse et légèreté. C’est ce qu’il nous fallait. Motivés !
Quatre œuvres composent cet album consacré à Philippe Malhaire, avec la pianiste Fanny Prandi en véritable maître de cérémonie. Du haut de ses quelque 40 ans, le compositeur peut se targuer d’une œuvre déjà prolifique. Dans l’album Clartés obscures, les éditions Klarthe ont choisi de proposer des pièces pour musique de chambre, à savoir sa Suite mineure pour piano, Une Petite Plaisanterie pour voix et piano, la singulière Cathédrale, incroyable œuvre pour piano à quatre mains et une Suitepour violon et piano.
Dès les premières notes de sa Suite mineure, datée 2023, l’auditeur ou l’auditrice devine qu’il va entrer dans un univers singulier, une Confusion des Temps comme le titre la première partie. Compositeur contemporain, Philippe Malhaire refuse l’aplomb musical. Il va mezza-voce dans un paysage quelque part entre Debussy, Satie (Le Parfum de la fée ou l’oriental Rindu). Satie fait d’ailleurs partie de son panthéon. Voilà qui prouve l’esprit d’indépendance du compositeur.
Écouter cette Suite c’est se balader dans une période indistincte, entre la fin du XIXe et la première moitié du XXe siècle. Alfred Schnittke, trop oublié, fait également partie de ses musiciens fétiches. Sauf que nous sommes bel et bien après 2020. Fanny Prandi interprète avec tact La Milady, une pièce empreinte d’une grande nostalgie – et modernité. On peut parler d’une forme de romantisme, mais ce serait un romantisme nourri des désastres du XXe siècle et des angoisses de ce millénaire commençant. La nudité de l’énigmatique et inquiet Orgueil du Scorpion frappe comme une évidence. Fin d’un Homme est plus que crépusculaire ; c’est une marche funèbre. Le piano se fait écrasant et désespéré. Il remplit l’espace et donne à entendre un compositeur décidément à découvrir. La Suite mineure se termine avec L’Ombre souveraine, une dernière partie moins spectaculaire, contrairement à ce que dit le titre, qu’épurée et finalement noble et d’une grande dignité.
Satie… Tiens, hasard ?
La Petite Plaisanterie a été écrite en 2024 pour mezzo-soprano et piano. Cette mélodie déploie sa complainte, un texte extrait d’une nouvelle éponyme de Tchekhov traduit du russe par le compositeur himself. Récit d’une déclaration d’amour sous la neige. Souvenirs, souvenirs… Philippe Malhaire s’empare ici d’un genre assez rare : celui de la mélodie qui a pourtant eu son moment de gloire dans le répertoire de musique française de la fin XIXe et du début du XXe siècle. Cette adaptation sobre d’un texte littéraire rappelle un exercice similaire du siècle dernier : le Socrate, d’après Platon (Le Banquet, Phèdre, Phédon) par... Satie ! Tiens, hasard ?
Composée en 2020, Cathédrale se présente comme un ensemble de 7 préludes pour piano à quatre mains. Voilà qui ne peut que séduire. L’auditeur ou l’auditrice se laisseront happer par une construction sonore imposante – une cathédrale musicale, donc. On pense à Volée, qui ouvre l’opus. Philippe Malhaire semble poser ses yeux en hauteur, avec respect (Statuaire, Nef, le coloré et impressionnant Abside). Il met en musique, comme rarement avant lui, ces constructions humaines honorant (le recueilli Prière) autant que défiant le Dieu qu’elles sont sensées représenter. Le livret de l’album insiste à juste titre sur les influences de la polyphonie médiévale (Tombeau de Machaut), preuve que le compositeur contemporain entend bien tracer son chemin vers le modernisme sans jamais abandonner en cours de route ses aînés. Cathédrale, derrière sa nudité apparente, brille de mille éclats. A-t-on déjà entendu mis en musique, à l’instar de Vitraux, la lumière de ces lieux majestueux ?
On parlait de Satie. L’influence du compositeur français est au centre de la Suite pour violon et piano. Aucun doute à l’écoute de ces titres éloquents : Humoresque, Malinconia, Trance, Invenzione et Catarsi. Comme pour les autres pièces de l’album, Philippe Malhaire choisit la concision pour ces mouvements faussement futiles (Humoresque). On dirait que tout l’esprit de l’auteur des Gymnopédies est là : irrévérencieux, libre (Trance), attachant mais aussi hypersensible, voire tragique (Malinconia), entre classicisme et modernité, à l’instar du formidable Invenzione, dans lequel Jean-Sébastien Bach aurait été téléporté dans une autre dimension. Malin, séduisant et aussi diablement audacieux.
Voilà une affaire – Que dis-je ? Un scandale – que la majorité ne connaît pas. On ne saurait qualifier de simple fait divers le meurtre du journaliste martiniquais André Aliker survenu le 12 janvier 1934. Voilà le sujet du passionnant essai de Marc Hédrich, De l'affaire Aubéry à l'affaire Aliker(éd. Michalon). Il faut en préalable parler de l’auteur, écrivain et surtout président de cour d’assise à Fort-de-France. Autant dire que Marc Hédrich connaît bien ce sujet. Le lecteur ou la lectrice devinera dans les pages de cet essai historique le regard du juriste autant que du citoyen engagé.
Mais de quoi s’agit-il au juste ? Nous sommes en 1934. Si la France métropolitaine au bord de la crise de nerf, avec une IIIe République critiquée et une dépression violente, la Martinique ne va pas mieux. Elle est encore une colonie française, dans les mains des békés, ces familles souvent blanches dominant la vie économique, sociale, politique et judiciaire. Les inégalités sont criantes et les petits arrangements des dominants finissent par être insupportables.
Parmi les hommes forts de l’île, il y a Eugène Aubéry, un puissant industriel. Face à lui, il trouve un adversaire redoutable, le journaliste André Aliker, rédacteur en chef du journal martiniquais Justice. Les deux hommes se vouent une haine farouche, le premier voyant le second comme un empêcheur de tourner en rond, bien décidé à ne pas laisser le béké le plus célèbre de la Martinique faire ses affaires en toute impunité. Or, le 12 janvier 1934, le cadavre d’André Aliker est découvert sur une plage de Case-Pilote. Rapidement, une première certitude apparaît : le journaliste n’a pas pu se suicider. Les regards se tournent aussitôt vers Eugène Aubéry.
"Bizarreries" judiciaires
Telle une poupée russe, cette affaire criminelle en cache bien d’autres. Celle d’abord d’une magouille et d’une fraude fiscale qui peut coûter très chère à la famille Aubéry. Le journal Justice se fait "lanceur d’alerte" et, avec lui, André Aliker, journaliste engagé, représentant les citoyens pauvres. Il faut dire qu'il vient d’une famille nombreuse et modeste. Entre l’industriel colonial et le Créole communiste, l’affrontement est rude. Ce dernier est plus que menacé : il échappe de peu à la mort. Fin du premier acte.
Le deuxième est l’assassinat d’Aliker. Bien vite, des hommes de main sont arrêtés, des fusibles en réalité. Il est bien difficile de retrouver le commanditaire, bien que tous les regards se portent vers le château du Lamentin où se discutent discrètement les affaires du béké martiniquais. Vient se greffer un scandale dans un scandale – un juge corrompu –, un dépaysement du procès des Antilles… à Bordeaux. S’en suivront toute une série de "bizarreries" judiciaires, qui laissent l’auteur lui-même complètement baba, puis un dernier acte digne d’un polar.
Il fait lire le récit de cette affaire et de ces affaires dans l’affaire, ou comment un fait divers devient le révélateur d’une crise sociale profonde. Sur cette histoire oubliée, Marc Hédrich appelle à un "devoir de mémoire" et à ce souvenir que la République française a grandement été sali par sa justice coloniale.
On ne le dira jamais assez : l’énorme talent d’Isild Le Besco dépasse très largement le cadre du cinéma et de la télévision. Comédienne, elle est aussi scénariste, écrivaine, peintre et, ici, parolière. Elle propose ici Les mots, un album entier mis en musique par Andréel dont nous avions déjà parlé ici.
Les fameux Mots d’Isild Le Besco c’est d’abord un album de retrouvailles avec des amies et copines de l’artiste parisienne, que ce soit Josiane Balasko, Sandrine Bonnaire, Judith Chemla, Marianne Denicourt ou la regrettée Émilie Dequenne. La chanteuse et autrice peut se vanter d’avoir trouvé des partenaires entièrement investies dans un opus de chansons françaises poétiques, délicates et à la grande mélancolie.
Quelle bonne idée que de proposer cet album acoustique (et souvent voix-piano) dans lequel la musique d’Andréel vient servir avec délicatesse sans écraser les mots d’Isild Le Besco !
Dans Tu sais mon bonheur, Josiane Balasko s’adresse au bonheur, comme au compagnon d’une vie ("Alors aime moi, aime moi enfin, / Allons vivre ensemble, moi et toi / Un homme, une femme, mais qui respecte / Mon âme, ma joie, et mon bonheur").
On ne peut qu’être ému à l’écoute des Murs de notre maison, un morceau interprété par Émilie Dequenne, décédée l’an dernier. Ce titre à la facture jazzy, à la cruauté feutrée, parlant de départ difficile pour une autre vie, est aussi un chant de départ ("J’ai dit au revoir aux murs de notre maison. / Ils ont tout vu, tout retenu, / Les arbres ont pleuré, je les entendais"). Il est question d’une autre habitation dans Ma maison c’est toi, interprétée par Sandrine Bonnaire. Il s’agit cette fois d’une belle déclaration d’amour, un amour certes tardif mais "essentiel" : "Une vie, j'ai vécu bien assez de temps pour comprendre / que l'essentiel était resté loin de moi. / Cette vie où j'ai pu tant donner d'amour et apprendre / ce qui m'importe le plus c’est toi". Encore une fois, c’est la simplicité guitare sèche et voix qui séduit dans ce joli titre à la simplicité touchante.
La chanteuse et autrice peut se vanter d’avoir trouvé des partenaires entièrement investies
Judith Chemla est, comme Isild Le Besco, une artiste qui aime se frotter à la chanson. Rien d’étonnant donc à ce qu’on la retrouve dans le Nos livres qui dansent. La musique, les notes et les mots sont au cœur d’un texte poétique qui dit l’amour, qui dit la séduction, qui dit aussi les mystères de nos pensées souvent pudiquement tues : "La nuit les mots s’échappent, certains jouent du piano. / D’autres dansent encore, ils vont s’imprégner ailleurs."
Une très grande mélancolie imprègne l’album d’Isild Le Besco. Les auditeurs et auditrices seront touchés par le titre Au sommet de la montagne. Maria de Medeiros y raconte l’amour, les blessures du passé et, finalement, la consolation : "Vous et moi sommes ensemble et plus rien d'autre ne nous importe que nous. / Nous allons marcher à la montagne jusqu'aux sommets et nous nous endormirons."
Isild Le Besco chante à son tour dans le titre éponyme de l’opus : "Des mots courent en moi / Voyagent si loin / Tous ces mots que j’entends / Tous ces mots qui soignent" (Les mots). Elle s’y découvre autrice, hypersensible et poétesse. Elle parle de blessures mais aussi de rencontres avec elle-même, de réconciliation et d’amour. Voyager, marcher, tracer son chemin et surtout quitter les êtres toxiques pour se retrouver. Marianne Denicourt le chante elle aussi dans J’ai traversé, avec une fausse légèreté ("Je suis devenue une femme / Et la grâce m’accompagne / Simplement parce que je suis moi-même"). Il y a encore de l’introspection dans L’Abondance, avec la formidable Laëtitia Eïda, mélancolique, nostalgique et à la voix veloutée. Avec, là encore, la recherche de la liberté et du sens intérieur.
L’album se termine par un morceau plus léger mais tout aussi poétique, peut-être l’un des meilleurs de l’opus. Il s’agit du titre Où l’on s’est rencontré, interprété par Léonor Graser. Il y est question d’amour, de rêverie, de l’attente de l’autre, des étreintes et, finalement de bonheur. Idéal pour terminer un album touchant, à découvrir absolument.
Les Cramés de la Bobine présentent à l'Alticiné de Montargis le film Le Garçon qui faisait danser les collines. Il sera visible du 24 au 30 juin. Soirée débat le mardi 30 juin à 20H30.
Ahmet, 15 ans, grandit au milieu des montagnes de Macédoine, où il garde les moutons de son père tout en prenant soin de son petit frère. Mais lui, ce qui le fait rêver, c’est la musique. Entre les attentes de son entourage et ses envies d’ailleurs, Ahmet pourra-t-il un jour suivre son propre chemin ?
Le Garçon qui faisait danser les collines, drame Croate, Macédonien, Tchéque et Serbe de Georgi M. Unkovski avec Arif Jakup, Agush Agushev, Dora Akan Zlatanova, 2026, 99 mn Titre original : DJ Ahmet https://www.cramesdelabobine.org/spip.php?article5225
Mendelssohn, pour piano. "OK", me direz-vous. Rien de très marquant. Sauf qu’il s’agit ici de Fanny Mendelssohn (1805-1847). Une femme donc, proposée et même célébrée par le label Présences compositrices. Cette Mendelssohn-là est la sœur de Felix. Peu connue, elle a été pourtant une pianiste de renom. Elle peut se targuer d’une œuvre abondante, quoique peu publiée de son vivant – son père, mais aussi son frère, voyaient sans doute mal une compositrice capable de faire de l’ombre à Felix Mendelssohn. Inconcevable de la part d’une femme pour l’époque.
La pianiste Marie Vermuulin nous la fait découvrir à travers le cycle pour piano Das Jahr, proposé par Présences compositrices. Cette fameuse "année", c’est 1841 durant laquelle cet opus fut composé, soit six ans avant la mort de l’artiste. L’œuvre est composée de douze pièces, comme les douze mois de l’année – elles portent d’ailleurs leur nom. Un Choral (Nachspiel) vient compléter ces douze sections.
Le romantisme fait la part belle à la nature comme reflet des passions humaines. Autant dire qu’on est en plein dedans. Que l’on pense à ce lugubre Janvier (Januar. Ein traum), joué adagio . Marie Vermeulin séduit d’emblée avec l'Adagio ("quasi una fantasia, presto"), suivi par un Février (Februar), joué scherzo et presto. Il y a une sorte de joyeuse impatience, comme si la compositrice voulait hâter le cours du temps, traverser l’hiver et arriver au printemps.
Le recueillement frappe aux oreilles dans la partie März. Pas de printemps ensoleillé et réconfortant mais un Andante mélancolique. Fanny Mendelssohn exprime des tourments intérieurs tus pudiquement, la tête ailleurs et pas forcément vers la nature qui s’éveille. La pianiste laisse la place aux silences et à la retenue, non sans quelques éclats, avant un mois d’avril plus léger, plus frais et en forme de caprice (April. Capriccioso. Allegretto, allegro). Nous sommes au cœur du printemps. Marie Vermeulin s’y ballade avec insouciance, à la suite de son aînée (Mai, Frühlingslied. Allegro vivace e gioioso). Il faut souligner que l’art de Fanny Mendelssohn s’épanouit dans cette partie, prouvant qu’elle est une musicienne majeure de l’époque romantique.
Une compositrice capable de faire de l’ombre à Felix Mendelssohn
En revisitant la sérénade pour son mois de Juin (Juni. Serenade. Larghetto), la compositrice fait preuve d’une certaine audace : sens de la mélodie, rythme, expressivité, le tout servi par une pianiste au jeu tour à tour alerte, concentré, mélancolique, sombre et faussement léger.
Étrange Juillet (Juli). Il est joué lui aussi comme une sérénade, avec une profonde langueur (Larghetto), comme si la chaleur ardente venait écraser l’auditeur ou l’auditrice, avant un mois d’août aux couleurs estivales (August. Allegro, tempo di marcia, allegro assai), sur un rythme de marche.
Le début de l’automne est idéal pour refléter l’esprit romantique (September. Am flusse). Il faut une certaine virtuosité pour jouer ces vagues mélodieuses, aux sacs et ressacs mélancoliques. Octobre (Oktober) est plus joyeux, presque insouciant. Novembre prend des couleurs automnales, et même vives si l’on écoute November joué allegro. Pas de tristesse ici mais la chaleur d’un âtre rassurant, jusque dans le début d’un hiver apaisant (Dezember). Il y a pourtant un je ne sais quoi de nostalgique dans cette dernière partie des quatre saisons. Un sombre, bachien et court Choral (Nachspiel) vient conclure l’œuvre.
Au final, on se dit que Das Jahr déploie une panoplie de teintes, de rythmes et d’atmosphères, à l’image des sentiments qui peuvent nous assaillir pendant les douze mois d’une année – la joie, la tristesse, la déception, l’espoir ou l’inquiétude. Voilà qui prouve tout le talent de Fanny Mendelssohn que Marie Vermeulin nous fait découvrir avec cœur, intelligence et infiniment de persuasion.
Le Café philosophique de Montargis proposera son prochain rendez-vous le vendredi 26 juin à la Médiathèque de Montargis, à 19 heures. Le sujet de la soirée portera sur cette question : "Expliquer est-ce justifier ?"
Voilà un sujet qui touche autant la science que l’éthique. Mais qu’entend-on par expliquer ? Et par justifier ? Ces notions sont-elles complémentaires ou opposées ? Une explication peut-elle, à elle seule, servir de justification ?Quels sont les risques de confondre explication et justification ? La science, qui a pour but d’expliquer, est-elle toujours neutre ? Et doit-elle l’être ?
Ce sont autant de questions qui pourrons être débattues lors de la prochaine séance du Café philosophique de Montargis. Rendez-vous à l’Atrium de la Médiathèque de Montargis pour ce débat le vendredi 26 juin 2026 à 19 heures.
Lionel Langlais sort son cinquième album, sobrement intitulé…Lionel Langlais. Un "non-titre" comme la marque d’une envie de se montrer tel qu’il est. On pourrait en effet qualifier cet opus comme une envie de se livrer tout au long des dix titres.
Lionel Langlais, l’esbroufe à tout prix n’est pas son truc. Il en est à "des années lumières", pour reprendre le titre de son premier extrait sur un couple qui ne se comprend pas, lui les pieds sur terre, elle tête en l’air "qui dérive à des années lumières", déjà ailleurs, qui "ne voit pas".
La générosité et la douceur sont évidentes chez cet artiste attentif au travail sur les textes, à l’exemple du sensible De l’autre côté au sujet des migrants et des exilés. Engagé donc, mais toujours avec finesse.
Arrêtons-nous un instant sur l’un des meilleurs titres de l’album, In extremis. Lionel Langlais est visiblement attaché à ce morceau qu’il propose dans une deuxième version. On suit l’histoire d’une rencontre amoureuse, interdite et sulfureuse entre un homme et une femme mariée. Cette confession flirtant avec le talk-over matiné d’électro-rock, est à écouter et déguster, comme la bande-son d’une love story venimeuse.
Plus soft, Amende honorable s’écoute comme les aveux sur un rythme country-blues d’un homme pour ses "mots pas gentils, les gestes sans tendresse", ses "chagrins sans cause", les "lâches abandons" et toutes ses colères. Le chanteur le confesse : "Je suis impardonnable / Je sais / Je plaide coupable / je fais amende honorable".
Love story venimeuse
Il y a du Alain Chamfort dans cette manière de s’attacher à une écriture pop-littéaire faussement simple. Saluons au passage le parolier Quentin Lamotta qui n’est pas le dernier à donner un supplément d’âme à cette production impeccable. On pense à L’amour sans âme, efficace dans sa manière d’assumer un amour d’autant plus sublime qu’il est simple et sans questionnements : "Tant qu’à faire terre à terre / L’amour sans âme je préfère… Jouer solo / Piano piano".
L’auditeur ou l’auditrice s’arrêtera avec étonnement sur ce titre incroyable qu’est En beauté, avec ces vagues synthétiques d’ouverture comme venues d’outre-tombe. Mort, renaissance, méditation, mélancolique : Lionel Langlais exprime avec spleen son besoin de beauté, de vie et de liberté.
Le chanteur surprend dans ce cinquième album faussement sage, cohérent certes mais aussi coloré. Ainsi, dans Dessine un rond, il se veut critique de son époque : l’argent, les routines, l’angoisse, la maladie, bref le "vertige", il invite au magique et à se raconter des "histoires anciennes" pour se sortir d’un monde qui, finalement, ne change pas. Réflexion contemporaine encore avec La ville étrange qui dépeint un monde rêvé et fantasmé, la ville apparaissant une nouvelle mythologie ou, du moins un mirage.
Sur un rythme pop-folk, Lionel Langlais apparaît comme le bon pote, doux, rassurant, sage et sensible (Faudrait pas désespérer les anges). Voilà qui donne à cet opus l’apparence d’une invitation à une calme lucidité. Un joli moment de fraîcheur, à l’exemple d’Amour et moi qui vient clore l’opus sur piano et voix.