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Bla Bla Blog

  • Au cœur de l’Europe

    L’enchantement dont il est question nous vient du hautboïste Philippe Tondre et de la pianiste Danae Dörken. Dans un enregistrement de Klarthe, le duo nous propose un programme venu de compositeurs de l’Europe de l’Est. Voilà pour l’explication du titre.

    Les deux noms les plus connus sont le Hongrois Antal Doráti (1906-1988) et le Tchèque Bohuslav Martinů (1890-1959). Philippe Tondre présente ainsi cet album : "Avec Eastern Enchantment, j'achève une trilogie discographique qui m'a conduit à travers les grandes traditions musicales allemande et française, et qui me mène aujourd'hui au cœur du répertoire slave et hongrois. Cet album n'est pas une simple continuité, c'est une déclaration de passion, d'intensité et de cette profondeur saisissante qui caractérise la musique de cette région."

    De Dorati, on retient surtout sa carrière de chef d’orchestre. Pour autant, il a aussi composé, des œuvres qui sont par ailleurs de plus en plus jouées. Parmi ces pièces, il y a ce Duo Concertante pour hautbois et piano, assez tardif dans sa carrière (1983).

    Philippe Tondre et Danae Dörken prennent à bras le corps cette pièce de musique de chambre plongeant dans l’âme slave. Cette expression un peu bateau illustre en tout cas la densité, les excès, la passion et les hauts et bas des deux mouvements. Les rythmes alternent, se répondent, faisant appel tour à tour à la déclaration amoureuse, aux tourments intérieurs, à l’apaisement ou à la nostalgie. Au hautbois intense et expressif du franco-britannique Philippe Tondre vient répondre le piano joueur et complice de sa pianiste germano-grecque Danae Dörken. Le Molto Vivace a je ne sais quoi d’oriental dans ses accents, des accents même rieurs par moment. Le hautbois donne à ce morceau contemporain une immédiate sympathie, en particulier dans la partie lente. Le folklore et le moderne se répondent dans une belle symbiose.

    Découverte tragique

    Pavel Hass (1899-1944) est une vraie découverte. Une découverte en réalité tragique car ce compositeur tchèque et juif, élève de Leoš Janáček, a été déporté pendant la seconde guerre mondiale, puis déplacé dans le sinistre camp-ghetto de Theresienstadt, avant d’être assassiné dans une chambre à gaz d’Auschwitz en décembre 1941. Il avait 45 ans. Philippe Tondre et Danae Dörken proposent sa Suita pour hautbois et piano opus 17, composée entre 1939 et 1941. Des années sombres évidemment, comme le sont les trois mouvements Furioso, Con fuoco et Moderato. Les deux instrumentistes donnent à entendre un compositeur remarquable, relativement peu joué et poignant dans son expressivité. L’auditeur ou l’auditrice trouvera cependant un peu d’élan de vie, cette vie qui ne demande qu’à s’épanouir dans les ténèbres. Il faut toute la finesse et la subtilité de Philippe Tondre et Danae Dörken pour apporter de la couleur et de la lumière dans cette pièce comme hors du monde (Moderato).

    Autre découverte, autre Tchèque, le compositeur Klement Slavický (1910-1999). On peut remercier Philippe Tondre et Danae Dörken de nous proposer sa Suita pour Hautbois et Piano. Composée entre 1956 et 1960, elle illustre le chemin artistique d’un musicien s’emparant du folklore de son pays pour le faire entrer dans la modernité. Il y a cette Pastorale mystérieuse dans laquelle semblent planer des ombres bienfaisantes. Il y a ensuite ce Scherzo, rythmé et dansant, à la fois diabolique et entêtant. Il y a aussi ce mouvement Triste (Molto Tranquillo), servi par le hautbois dont Philippe Tondre tire mille couleurs, des plus pures aux plus inquiétantes. Saluons aussi la pianiste Danae Dörken capable d’accompagner sans s’effacer, d’imposer sans écraser et de faire surgir des accents inédits au détour d’une mesure, d’une note. La Suita de Slavický se termine avec une singulière Bacchanale Rustico. Enlevée, pour ne pas dire échevelée, elle offre à l’auditeur ou l’auditrice une page lumineuse et joyeuse. Cela sonne comme une fête païenne et slave, nourrie par le folklore morave cher au cœur au compositeur tchèque.

    L’enregistrement se termine avec le Quatuor pour hautbois, violon, violoncelle et piano H. 315 de Bohuslav Martinů. L’influence du compositeur tchèque a été considérable. Influencé par la musique française du XXe siècle – Ravel, Dukas mais aussi Debussy – il a su faire son chemin grâce à l’apport du folklore de son pays. L’harmonie est là, à l’exemple de ce quatuor que proposent Philippe Tondre et Danae Dörken, accompagnés par la violoniste Sarah Christian et le violoncelliste Maximilian Horning. Martinů est un compositeur très apprécié dans le milieu classique et contemporain. On le comprend aisément à l’écoute de cette pièce de musique de chambre écrite en 1947. Un enchantement venu, là encore, du l’est de l’Europe. 

    Eastern Enchantment, Philippe Tondre (hautbois), Danae Dörken (piano),
    Sarah Christian (violon) et Maximilian Horning (violoncelle), Klarthe, 2026

    https://www.klarthe.com/index.php/fr/eastern-enchantment-detail
    https://www.philippetondre.com
    https://danae-doerken.com

    Voir aussi : "À la recherche de Philippe Malhaire"

  • Plume à l’eau

    L’enfant de la mer de Mathieu Le Berre est à ranger aussi bien dans la catégorie jeunesse, que dans le conte illustré, le roman d’initiation et la poésie. Avec en plus des conseils de l’auteur en fin d’ouvrage car, en terminant cette histoire de fillette apprivoisant l’océan, on commence, en quelque sorte, un autre livre.

    Explication. Plume est une "enfant de la terre", littéralement. La mer est un monde qui lui est inconnue et que Grand Cormoran invite à découvrir. Voilà donc la gamine chevauchant son corps emplumé, d’abord dans l’élément aérien, puis à la découverte des animaux marins. Elle y rencontre Cornemuse, "un phoque musicien, dodu et joyeux". Il lui apprend l’art de flotter et ne de pas paniquer dans l’eau. Plus tard, c’est Marin, un grand dauphin, qui l’initie à la nage. Torpille, "une petite loutre farceuse", lui enseigne ensuite l’art de la planche, avec agilité et sans peur. Néry, le cachalot, lui parle de respiration et de l’apnée. Après un passage dans l’île tahitienne de Coco, la sage et exploratrice tortue, Plume retrouve enfin Grand Cormoran qui lui enseigne comment plonger.

    Accordance

    Voilà pour ce conte qui interroge petits et grands sur la manière d’apprivoiser un élément fascinant et qui continue à susciter néanmoins de multiples peurs. Et c’est là qu’il faut parler de l’auteur de l’ouvrage, Mathieu Le Berre.

    Breton familier de l’océan, il a été maître-nageur avant de se consacrer à ce très beau projet à la fois artistique et pédagogique. Car il est bien question de pédagogie dans la dernière partie de L’enfant de la mer. L’auteur y développe ses conseils et aussi sa philosophie au sujet de l’élément marin, une philosophie qui porte un nom : "L’accordance". Il s’agit de découvrir l’élément liquide en acceptant de s’y laisser accueillir.

    Mathieu Le Berre dispense quelques conseils aux parents afin que, dès l’âge de trois ans, l’enfant se laisse porter par l’eau, lui rappelant d’où il vient. Le respect du milieu aquatique et en particulier des animaux qui le peuplent est fondamental. L’écrivain et illustrateur parle de "sagesse" mais aussi de liberté ("mouvement libre") pour apprivoiser ses peurs, la respiration étant un outil fondamental contre cela. Voilà un livre que beaucoup de parents seront bien inspirés de se procurer afin de préparer leur enfant à la nage.

    Et, the last but not the least, L’enfant de la mer est aussi un véritable beau livre aux illustrations somptueuses. 

    Mathieu Le Berre, L’enfant de la mer, Les êtres de l’eau et le secret de l’accordance, 2025, 148 p.
    https://mathieuleberre.fr/lenfant-de-la-mer
    https://www.facebook.com/mathieuleberre.fr
    https://www.instagram.com/mathieu.leberre
    https://www.linkedin.com/in/mathieu-le-berre-b11a95387

    Voir aussi : "Forçat en eau libre"

  • Trop belle pour toi

    Après Revenge que Bla Bla Blog avait publié il y a quelques temps, modeste mais déjà prometteur premier long-métrage de Coralie Fargeat, sorti en 2017, voilà que la réalisatrice française a récidivé avec The Substance, un impressionnant drame SF tourné aux États-Unis.

    Mieux, elle met en scène deux actrices en vue : la star Demi Moore et la déjà charismatique Margaret Qualley qui s’est révélée dans Once Upon a Time… in Hollywood mais aussi la formidable série Maid. Un gros budget donc pour Coralie Fargeat, avec le danger que la réalisatrice ne perde pas son âme et ne soit écrasée par les deux vedettes, bien plus connues qu'elle. Rien de tel heureusement.

    Dans The Substance, Elisabeth Sparkle assume à fond ses cinquante ans (au moment du début du film, elle vient de passer ce cap) grâce à son physique athlétique, sa forme éblouissante et sa santé. Elle anime une émission d’aérobic jusqu’au jour où son producteur la met à la retraite pour la remplacer par une animatrice plus jeune qu'il s'apprête à caster. Elisabeth trouve la solution grâce à un médicament miracle. La fameuse substance est injectable et garantit que son usager ou usagère retrouvera en elle "sa meilleure version". La nouvelle ex star de télé donne naissance à Sue, une Elisabeth plus jeune qui la remplace au pied levé. Mais gare aux effets secondaires.

    Demi Moore fait une performance exceptionnelle

    Avec The Substance, Demi Moore a montré qu’elle restait non seulement une très bonne actrice mais qu’elle savait aussi prendre des risques artistiques dans un film très engagé et qui ne ménage pas l’artiste.

    Revenge parlait de viol et de vengeance d’une jeune femme martyrisée. The Substance parle également du corps convoité et malmené des femmes et du scandale de ces artistes condamnées à la "retraite" en raison de leur âge par des producteurs et financiers – souvent des hommes, donc. Elisabeth fait partie de ces victimes impitoyablement écartées et mises à la retraite au profit de femmes plus jeunes.

    Un long-métrage féministe, donc, mais avec le parti-pris de la SF et de l’horreur. Pour ce rôle de présentatrice télé quinqua contrainte à un remède – dangereux – digne d'un apprenti sorcier, Demi Moore fait une performance exceptionnelle. Elle accepte la transformation de son corps jusqu’à l’extrême. Son alter ego Margaret Qualley joue à la perfection la starlette sublime mais bientôt prise dans un  piège diabolique. Même sentence, même dépravation du corps et finalement même conclusion, jusqu’à la dernière image symbolique et écoeurante d’un Hollywood pathétique.

    The Substance , disponible sur Prime Video, n’est certainement pas à mettre devant tous les yeux mais il reste un film passionnant par une réalisatrice qui confirme, après The Revenge, qu’elle est à suivre absolument. On a déjà hâte de voir son prochain film. 

    The Substance, body horror franco-américano-britannique de Coralie Fargeat,
    avec Demi Moore, Margaret Qualley et Dennis Quaid, 2024, 141 mn, Amazon
    https://metrofilms.com/film/the-substance
    https://www.primevideo.com
    https://www.instagram.com/coralie_fargeat

    Voir aussi : "Une louve pour l’homme"
    "Dans la dèche"

  • Sur de bons rails

    Les deux compositeurs à l’honneur dans le dernier album du Quatuor Zaïde chez NoMadMusic sont Steve Reich (né en 1936) et son cadet Bryce Dessner, né quarante ans plus tard. Deux générations différentes donc, deux Américains aussi, et qui partagent un ADN commun.

    Le Quatuor Zaïde, à savoir les violonistes Charlotte Maclet et Leslie Boulin Raulet, l’altiste Céline Tison et la violoncelliste Juliette Salmona s’attaquent d’abord au chef d’œuvre de Reich, Different Trains. Sorti en 1988, son succès a été immédiat, autant auprès de la critique que du public. Le maître de la musique répétitive américaine dépoussiérait un milieu avec l’art de mêler audace et accessibilité au grand public. Steve Reich entendait renouer avec l’harmonie en la poussant dans ses derniers retranchements, grâce à des boucles musicales que les artistes électroniques ne cessent aujourd’hui d’utiliser.

    Different Trains puise également ses références dans le répertoire classique. Une pièce en trois mouvements sobrement intitulées America - Before the War, Europe - During the War et After the War. Comme le livret de l’album de NoMadMusic le rapporte, le compositeur contemporain, de confession juive, interroge son identité, le hasard de sa naissance (que serait-il devenu, lui, l’enfant juive né en 1936, s’il était né en Europe ?) et sa relation personnelle avec les trains. Le petit New-Yorkais a en effet beaucoup voyagé en train du domicile paternel au domicile maternel, et inversement, après le divorce de ses parents.

    Une version tendue, extraordinairement moderne, en dépit de son âge

    Different Trains est une œuvre inoubliable et bouleversante que l’on découvre ou redécouvre grâce au Quatuor Zaïde. Des voix enregistrées, celles de survivants et survivantes de la Shoah, croisent les cordes mais aussi des sifflements de train. Cela donne une version tendue, extraordinairement moderne, en dépit de son âge – presque quarante ans.

    La présence de Bryce Dessner est une évidence, tant lui et Reich semblent appartenir à la même famille. Mais qui est, au juste Dessner ? Surprise : ce musicien est l’un des principaux membres du groupe de rock The National. Il est également compositeur de plusieurs BO (The Revenant, Les Deux Papes ou Train Dreams).  Voilà qui prouve qu’aux États-Unis, les compositeurs classiques et contemporains n’ont pas peur des passerelles avec d’autres genres musicaux. Et ça, Bla Bla Blog valide à 200 % ! Bryce Dessner a composé en 2021 le ballet Impermanence. Le Quatuor Zaïde a choisi de proposer Pulsing, tiré de cette œuvre de 2021, inspirée de l’incendie de Notre-Dame de Paris.

    Dans Pulsing, le compositeur nord-américain fait se rencontrer les boucles mélodiques répétitives "reichiennes" et l’influence folk et pop, à travers cette musique de chambre qui fait de l’urgence et de la tension les moteurs principaux. On ne pourra que saluer la grande technicité, l’énergie et la symbiose des quatre musiciennes pour cette interprétation majeure. À ne pas rater !

    Quatuor Zaïde, Reich, Different Trains & Dessner, Pulsing, NoMadMusic, 2026
    https://www.nomadmusic.fr/fr/album/reich-%C2%B7-dessner
    https://www.quatuorzaide.com/fr
    https://www.facebook.com/quatuor.zaide
    https://stevereich.com
    https://brycedessner.com

    Voir aussi : "Monographie à plusieurs"
    "Élise Bertrand : 'Il ne faut pas cesser d’être curieux’"

  • Le Triangle d’or

    Les Cramés de la Bobine présentent à l'Alticiné de Montargis le film Le Triangle d'or. Il sera visible du 2 au 8 septembre. Soirée débat le mardi 8 septembre à 20H30.

     Pour gagner sa vie, Laura accepte un emploi au service de Souria. Installée dans un hôtel particulier du triangle d’or par son amant, un riche prince saoudien, Souria vit dans l’attente de ses visites. Tandis que Laura doit s’adapter à cet univers de luxe démesuré et de surveillance constante, un lien fragile se tisse entre les deux femmes. Mais Laura pressent qu’un danger pèse sur Souria et que cette cage dorée pourrait bien se refermer sur elles deux.

    Le triangle d’or, drame français de Hélène Rosselet-Ruiz
    avec Malou Khebizi, Soundos Mosbah et Ziad Bakri, 2026, 90 mn

    Scénario : Hélène Rosselet-Ruiz, Pauline Guena
    https://www.cramesdelabobine.org/spip.php?article5241

    Voir aussi : "Demain"

  • Takata takata, voilà les Dassin

    Voilà un album qui sent bon et la nostalgie, et l’hommage. Il est aussi une invite à ne pas oublier Jo Dassin, l’un des artistes les plus populaires de la scène française, disparu trop tôt en 1980, à l’âge de 41 ans. C’est Julien Dassin, son fils, qui prend le micro pour reprendre les grands tubes de son père.

    L'Amérique Live USA est la captation de lives lors lors de la dernière tournée de Julien Dassin aux États-Unis, entre New-York, Miami, Los Angeles, Chicago, Seattle et San Francisco. "C’était plus qu’un concert... c’était une rencontre entre deux générations et deux continents" a expliqué le chanteur, dont l’émotion est palpable lors de ces revisites forcément singulières.

    L’auditeur ou l’auditrice retrouvera les grands tubes de Jo Dassin, que ce soit L’Amérique – bien sûr –, Les Champs-Élysées, Salut les amoureux ou L’été indien. Ajoutons à ce sujet que le regretté artiste franco-américain n’a jamais été oublié, si l’on pense au titre Dans les yeux d’Émilie résonnant jusque dans des stades, plus de quarante ans après sa disparition.

    Pas de trahison chez Julien Dassin mais l’envie de retrouver la source de ces chefs-d’œuvre : l’acoustique, une voix simple et, parfois, des lectures légèrement différentes, à l’exemple de Salut les amoureux, aussi mélancolique que l’original mais sans cette fausse légèreté propre à Jo Dassin.

    Des chansons qui auraient pu paraître des bluettes sans aspérité sont devenus des classiques incontournables

    Ce qu’apporte Julien Dassin c’est une redécouverte incroyable de succès passés à la postérité. Il y a une magie certaine : comment des chansons qui auraient pu paraître des bluettes sans aspérité sont devenus des classiques incontournables (Le pain au chocolat, Et si tu n’existais pas) ?

    On peut saluer la fidélité de Julien Dassin au répertoire de Jo Dassin, jusqu’à l’intonation de certains passages (À toi). Pour L’Été indien, le chanteur assume le talk-over ("Tu sais, je n'ai jamais été aussi heureux que ce matin-là / Nous marchions sur une plage un peu comme celle-ci / C'était l'automne, un automne où il faisait beau / Une saison qui n'existe que dans le Nord de l'Amérique"), avec sa propre personnalité, celui d’un homme de 2026, en gardant l’esprit du tube de 1975 – mais aussi son orchestration.

    Cet enregistrement public est bienvenu, tant le répertoire de Jo Dassin est un hymne aux autres, à l’humanité et bien sûr à l’amour (Il était une fois nous deux). L’amour, justement, est chanté avec joie et légèreté (Et si tu n’existais pas) et même les séparations ne sont pas si graves que cela (Ça va pas changer le monde).

    Après le cinéaste Jules Dassin (on l’oublie souvent), le chanteur Jo, donc, voici Julien Dassin, le représentant de la troisième génération d’une dynastie, bien loin d’être tarie. Chic.

    Julien Dassin, L'Amérique Live USA, FGL Productions, 2026
    https://juliendassinofficiel.com
    https://www.facebook.com/JulienDassinStory
    https://www.instagram.com/juliendassin

    Voir aussi : "Glamour western"

  • Trois actes et deux interludes

    Oui, un roman en trois actes. L’Illusionniste d’Édouard Jousselin (éd. Rivages) commence par suivre un écrivain, Étienne Pois. Un intellectuel parisien installé, reconnu, mais qui se sent dans une impasse. Aussi a-t-il décidé de traîner dans un de ces hôtels de la côte atlantique, sans âme mais bien tenu. Le lecteur ou la lectrice vont par la suite comprendre que, derrière ce séjour, il y a aussi une obligation contractuelle, qui va d’ailleurs faire l’objet d’une série de séquences d’une belle causticité.

    En attendant, dans cet hôtel de l'Atlantique, Étienne Pois observe la clientèle, sympathise – un peu –, se ballade et remarque surtout une réceptionniste, Charlotte, qu’il aborde puis drague sans réel espoir. La solitude devient finalement la seule compagne de l’écrivain qui finit par se persuader que son séjour sera au cœur de son nouveau texte, une pièce de théâtre. Fin du premier acte.

    Le deuxième suit cette fois Charlotte, notre réceptionniste. C'est une vie bien différente que la sienne. La jeune femme travaille en horaires décalés, cohabite avec son compagnon Christian dans une vie sans réels projets, sans réels envies, bref une existence morne et sans réelle aspérité, à l'image de l'hôtel où elle travaille. La solitude encore, jusqu’à ce que lui parvienne le courrier d’un ancien client de l’hôtel.

    Vous avez deviné : il s’agit d’Étienne Pois. L’écrivain l’invite à Paris pour y découvrir sa dernière pièce, intitulée La réceptionniste. Charlotte hésite et finit par prendre le TGV pour Paris. Charlotte quitte pour quelques heures sa vie triste pour se découvrir dans une pièce de théâtre. Fin du deuxième acte.

    Fascination, manipulation, mensonges et toxicité

    Le troisième et dernier acte s’intéresse à la relation entre Étienne et Charlotte, entre fascination, manipulation, mensonges et toxicité. Un jeu du chat et de la souris dont nous tairons bien entendu le final.

    Édouard Jousselin se joue du lecteur et de la lectrice dans un roman passionnant, tendu et aux multiples faux-semblants : l’écrivain paumé et morose, la réceptionniste morne et professionnelle jusqu’au sourire de bon aloi. L’illusion est reine dans ce roman à la double voix et qui est aussi un hommage au théâtre et à la puissance de la fiction. Dans le même temps, Édouard Jousselin règle quelques comptes au microcosme parisien, en particulier dans le troisième acte justement intitulé "La tragédie".

    L’écriture précise et sèche de l’auteur fait de ce roman un livre hyper-moderne, parlant de solitude, de l’importance des apparences jusque dans cet hôtel aseptisé, de l'art dans ce qu'il peut avoir de creux, sinon de destructeur, de la création au service de la consommation et du mal couvant sous un vernis respectable. 

    Édouard Jousselin, L’Illusionniste, éd. Rivages, 2026
    https://editions-rivages.fr/catalogue/lillusionniste-021584
    https://www.facebook.com/edouard.jn

    Voir aussi : "De bonnes nouvelles de Déborah Creff"

  • L’éternel retour

    Bla Bla Blog ne pouvait pas oublier le très grand film de cet été, l’adaptation de L’Odyssée d’Homère par Christophe Nolan. Sacré défi que d’adapter le chef d’œuvre antique, archiconnu mais finalement pas tant lu que cela, tant ce grand poème en grec ancien fait figure de monument classique réservé aux spécialistes ou aux lectures scolaires.

    Et pourtant, le réalisateur de Tenet, de plusieurs Batman ou d’Oppenheimer pourrait bien rendre Homère incroyablement in. La faute aussi à Matt Damon, dans le rôle d’Ulysse, le héros rusé, bien décidé à rentrer chez lui, sur l’île d’Itaque pour rejoindre sa femme Pénélope et son fils Télémaque. Son voyage va durer 10 ans. Entre-temps, notre héros grec, aura vaincu un Cyclope, provoqué Poséidon, sauvé ses compagnons marins des griffes – porcines – de Circé, navigué de Charybde en Scylla et aura résisté aux tentations de Calypso.

    Au bout du compte, qu’avons-nous ? Un chef d’œuvre !

    Au bout du compte, qu’avons-nous ? Un chef d’œuvre, d’autant plus admirable que le réalisateur britannique a opté pour un tournage avec les outils les plus modernes – la caméra Imax – mais en optant pour des effets spéciaux analogiques – les gnangnans pro-IA apprécieront !

    On saluera également Nolan pour la fidélité de l’adaptation – même si elle est certes imparfaite, en raison de la densité du livre d’Homère. Les lecteurs et lectrices de L’Odyssée retrouveront dans le film la construction du poème grec. On avait par exemple oublié que le récit commençait par la recherche de Télémaque pour retrouver son père.

    Tom Holland joue à la perfection le rôle du jeune homme aimant, en lutte contre les prétendants de sa mère. Anne Hattaway, toujours excellente, louvoie avec amour et ruse, persuadée que son mari va revenir. Beaucoup connaissent la fin : le naufrage final, Argos, le chien fidèle et la bataille finale contre les prétendants.

    L’Odyssée a maintenant son adaptation. Un chef d’œuvre, répétons-le.

    L’Odyssée, péplum de Christopher Nolan,
    avec Matt Damon, Christopher Nolan, Tom Holland, Anne Hathaway,
    Robert Pattinson, Charlize Theron, Lupita Nyong'o et Zendaya, 2026, 173 mn

    https://www.universalpictures.fr/micro/odyssey

    Voir aussi : "Au trente-sixième dessous"