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Afin d’obtenir un document d’état civil pour ses études supérieures, Marina, adoptée depuis l’enfance, doit renouer avec une partie de sa véritable famille. Guidée par le journal intime de sa mère qui ne l’a jamais quittée, elle se rend sur la côte atlantique et rencontre tout un pan de sa famille paternelle qu’elle ne connait pas. L’arrivée de Marina va faire ressurgir le passé. En ravivant le souvenir de ses parents, elle va découvrir les secrets de cette famille, les non-dits et les hontes…
Partons du côté du Royaume-Uni à la découverte d’une série en six épisodes de moins de quarante minutes, datant de 2019, déjà, et proposée par Arte. ,
Pure propose de suivre Marnie. Dans le premier épisode, l’étudiante sans job et sans le sou quitte le domicile parental pour rejoindre Londres. Envie d’indépendance et de voler de ses propres ailes ? Oui mais pas que.
Marnie a en effet un secret qu’elle dévoile très vite au spectateur grâce à la voix off. Elle est malade, atteinte d’un TOC peu commun et qui pourrait faire sourire : le "Pure O". D’où le titre de la série. De quoi s’agit-il ? Ce syndrome occasionne chez le patient qui en est atteint des pensées et des images sexuelles à tout moment de la journée.
Un TOC peu commun et qui pourrait faire sourire
Tout au long de la série, la jeune femme doit affronter ces parasites mentaux. Les créateurs ont réussi l’exploit de montrer le handicap de ces troubles, sans jamais tomber dans le vulgaire. Un exploit.
La série est à découvrir pour son immersion dans la jeunesse anglaise : la galère du travail et des petits jobs, les fêtes, les interrogations sur l’intégration sociale, le besoin d’autonomie, sans oublier la recherche de l’amour. Et, de ce point de vue, les ami.e.s de Marnie, que ce soit Charlie, Shereen ou Amber ne sont pas moins handicapés que notre Marnie, paumée dans une ville où elle trouvera malgré tout une autre famille.
Pure, série anglaise de Kirstie Swain, réalisée par Aneil Karia et Alicia Macdonald, avec Charly Clive, Joe Cole, Kiran Sonia Sawar, Niamh Algar, Anthony Welsh et Doon Mackichan, 2019, Arte https://www.arte.tv/fr/videos/RC-022411/pure
Une fois n’est pas coutume, Bla Bla Blog fait un petit détour par le rap.
Focus donc sur Kent-Zo. Cet artiste prolifique, propose avec Courage un nouveau titre. Le rappeur se définit comme "lyriciste". Voilà qui situe l’artiste proposant avec Courage, son dernier single : "Courage à toi qui te lèves avec l'envie / De tout recommencer sans douter / Que la vie t'appelle à vivre de belles / Et grandes aventures."
Altruiste, généreux et positif : voilà des messages qui méritent que l’on s’attarde sur Kent-Zo. À découvrir ou redécouvrir.
Moderne, David Delabrosse l’est. C’est d’ailleurs ce que dit le titre de son dernier album et du premier morceau de l’opus. "Ces mots modernes, ceux qui claquent", il les chante, de sa voix fragile, non sans ironie mais sans tourner le dos au passé.
Dans un Équilibre délicat, en featuring avec Denis Piednoir, le chanteur aux vingt ans de carrière propose justement un opus très actuel, riche des interrogations d’un homme d’aujourd’ui ("Footing ou yoga ?", "Hammam ou sauna ?", "Tu dors nu ou en pyjama ?"). Mine de rien, cela donne un album à la fois attachant et personnel, à l’image de cet autre extrait, On a beau se connaître, dans lequel David Delabrosse s’interroge sur son couple, ses failles, et ses erreurs ("On a beau se connaître on se trompe parfois / On a beau s’aimer on se prend plus dans les bras").
Intéressons-nous à Une grande lignée. Dans une facture alliant chanson française et électro-pop, le chanteur se retourne vers ses origines, non sans humour ("Valéry Giscard d’Estaing serait-il… mon grand-père ?") : la génétique, la prédestination, le poids du passé familial. En quinqua assumé, doué de "l’âge de raison", "plus zen" (l’excellent En cinquantaine) et surtout faisant le point, le musicien refuse pourtant de sacrifier le passé à la modernité ("Ne pas fouiller dans le passé / Sous peine d’y retrouver / Encore un plus grand merdier", Les bouts de cervelle).
C’est ce que l’on aime chez David Delabrosse : un artiste sans cesse tiraillé entre passé et modernité, prudent lorsqu’il s’agit de remuer les failles du passé, conscient aussi que l’on "vit nos vies comme des fantômes / Traversant les jours et les heures… Moi j’aimerais bien changer de film" (Comme des fantômes). Dans ce morceau, l’adulte qu’est David Delabrosse s’adresse à son fils, son "ado", lui demandant de ne pas aller trop vite ni trop loin, de rester avec lui et sa mère.
Et si cet album était une invite à rester enfant et ne pas grandir trop vite ?
Et si cet album était une invite à rester enfant et ne pas grandir trop vite ? C’est en tout cas le thème de la très belle chanson Peter Pan, dans lequel David Delabrosse parle de sa différence, de l’enfance mais aussi du besoin d’aventures. La solution ? Une vie en l’air : sauter ("salto avant salto arrière"), être léger, voir le monde de là-haut, "sentir le vent dans ses veines". Bref, être dans les nuages. Cette Envie de changer, en duo de nouveau avec Denis Piednoir, David Delabrosse, exprime encore le besoin d’"aller vers l’inconnu", rembobiner le film et changer de point de vue.
La vie en 2026, moderne, laisse un goût d’inachevé et aussi de nostalgie. C’est finalement un album très mélancolique que propose le chanteur (Ta story), mais généreux et altruiste ("Vas-y réagis / Faut pas rester comme ça blotti… T’es pas tout seul dans la vie").
La générosité n’est pas non plus non dénuée d’humour ni une certaine philosophie de vie. Est-on foutu lorsque l’on a cinquante ans ? Peut-on encore "commencer le judo et gagner les JO", "Doit-on faire son testament… Mettre un sweat à capuche en s’exprimant en verlan ?" La réponse est évidente et David Delabrosse clame sans envie de ne pas se laisser aller. Oui, c’est un Super Quinqua ! On le croit sur paroles.
Un vaste chantier de travaux publics en Afrique de l’Ouest. Horn, le patron, et Cal, un jeune ingénieur, partagent une habitation provisoire derrière les doubles grilles de l’enceinte réservée aux blancs. Leone, future épouse de Horn, arrive d’Europe le soir même où un homme qui s’est introduit par effraction surgit derrière les grilles. Il s’appelle Alboury. Il ne quittera pas les lieux tant qu’on ne lui aura pas rendu le corps de son frère, mort sur le chantier.
Le Cri des gardes, drame français de Claire Denis avec Isaach de Bankolé, Matt Dillon, Mia McKenna-Bruce, 109 mn, 2026 Titre original : The Fence Scénario : Claire Denis, Suzanne Lindon https://www.cramesdelabobine.org/spip.php?article5230
Les Cramés de la Bobine présentent à l'Alticiné de Montargis le film L'Affaire Abdallah. Il sera visible du 3 au 9 juin. Soirée débat le jeudi 4 juin à 20H30.
Le militant libanais Georges Abdallah a été incarcéré près de 41 ans en France. Ce résistant communiste pro-palestinien s’est vu affubler de l’étiquette ’’terroriste’’. À tort. Une incroyable fake news et de fortes pressions exercées par les États-Unis sur la France sont à l’origine de cette durée de détention hors-norme. À 74 ans, il a réussi à sortir de prison, debout, ses convictions politiques intactes.
Enregistré en septembre dernier à l’Auditorium Saint-Pierre-des Cuisines de Toulouse, ce programme n’entend pas être une énième intégrale des seize quatuors du compositeur né à Bonn. Trop simple. Là où l’ensemble nous prend à contre-pied est qu’il a choisi les quatuors de trois périodes différentes, associées à chaque fois à des compositeurs et des œuvres contemporaines pour mieux en cerner les influences. Intelligent.
Pour ce premier volet, la première période donc, c’est logiquement le Quatuor n°1 opus 18 qui est choisi. À l’époque, Beethoven avait reçu ce conseil du comte Waldstein, alors que le jeune compositeur se rendait à Vienne pour prendre des leçons auprès de Haydn : "Recevez des mains de Haydn l’esprit de Mozart." Voilà qui nous éclaire à la fois sur cet étrange sous-titre de l'album b.records comme sur le choix des deux autres œuvres : l’Adagio et fugue en ut mineur KV 546 de Mozart et le Quatuor à cordes en fa majeur op. 77 n°2 de Joseph Haydn.
Beethoven compose son premier quatuor en 1799. C’est une période charnière dans l’histoire européenne. Le Classicisme triomphe mais entame déjà son chant du cygne, bientôt relayé par le Romantisme que Beethoven va grandement faire naître. Mozart a disparu huit ans plus tôt. Son héritage est donc vivant et il n’est pas étonnant que son influence pèse sur Beethoven.
L’Adagio et fugue a été composé deux ans avant la disparition de Mozart. Il vit une période difficile et est certainement conscient de sa fin prochaine. L’auditeur ou l’auditrice sera saisi par cet opus crépusculaire, nerveux et même obsédant. Dans cette œuvre tardive classique, le compositeur autrichien n’essaie même pas de l’enrober de sucre ou d’en faire une pièce faussement légère. Composée au départ pour deux pianos, cet Adagio n’en devient, pour cette version pour quatuor, que plus tourmentée. Nous n’oserons pas parler ici de pré-romantisme.
Le plaisir se fait brut
Haydn ne pouvait pas être absent de cette triptyque. Beethoven lui doit beaucoup. Le Quatuor en fa majeur, le deuxième Opus 77, est une œuvre tardive de cet autre compositeur viennois. Il a été écrit sept ans avant sa mort en 1809. Le Classicisme est là, à la fois assumé et brillant. L’Allegro moderato rutile, mais non sans ruptures ni hésitations. Le Quatuor Dutilleux s’en empare avec vigueur. Quant au Menuetto, il nous transporte en plein XVIIIe siècle. Derrière ce mouvement aux teintes archaïques – celles d’une danse paysanne – on sent poindre à la fois la joie et la nostalgie d’une époque disparue. Guillaume Chilemme, Mathieu Handtschoewercker (aux violons), David Gaillard (alto) et Thomas Duran (violoncelle) rendent compte avec subtilité de cette partie menuet très classique dans sa facture mais annonçant aussi le passage vers autre chose.
Les mouvements lents – ici, un Andante – sont souvent des moments attendus dans des œuvres classiques. Elles font souvent l’essence d’une pièce. C’est le cas avec cet Andante passionnant. Haydn s’y livre avec sérénité et finesse, prouvant qu’à l’époque il est maître de son art. On comprend que Beethoven se soit pressé de le rencontrer pour travailler avec ce maître du Classicisme. Le quatuor d’Haydn se termine avec un Vivace vigoureux. Les cordes sont mises à rude épreuve dans ce finale d’une grande technicité, rugueux et où le plaisir se fait brut.
Et la question se pose : qu’est-ce que le jeune Beethoven allait faire de ces influences, après ces deux génies que furent Mozart et Haydn ? Réponse avec son premier quatuor datant de 1799 et publié deux ans plus tard. Ce Beethoven est encore pleinement inscrit dans le courant classique et fortement influencé par l’écriture de Mozart (Allegro con brio). Suit l’Adagio affettuoso ed appassionato. L’auditeur ou l’auditrice sera saisi par cette soudaine entrée dans un univers romantique. Le futur compositeur adulé s’écarte doucement de ses aînés pour se montrer sous un jour qui va bouleverser l’histoire de la musique. Les quatre amis du Quatuor Dutilleux interprètent ce mouvement avec un mélange de lyrisme et de recueillement. Le relativement court Scherzo, mais également le frais Allegro final n’oublient pas l’allant et la facture classique, comme si Beethoven montrait qu’il n’oubliait pas les leçons de Haydn, ni la postérité de Mozart.
Le Beethoven de ce XIXe siècle commençant est en train de fourbir ses armes de romantique. C’est bien ce que nous montre l’excellent premier volume du Triptyque Beethoven.
L’album de b•records est illustré par les artistes Julien Gobled et Chris Harnan.
Allez, parlons de nouveau de Freida McFadden qui nous avait cueilli à froid avec sa Femme de ménage. Les mauvaises langues diront que l’autrice américaine s’est trouvée un filon en dénichant ses inspirations dans le milieu professionnel car, après les aides à domicile et les psys, voilà le milieu professoral qui est mis à l’honneur dansLa prof (éd. City).
En l’occurrence, c’est un couple d’enseignant qui est ausculté avec malice. Elle, Eve, est professeure de mathématiques, exigeante avec ses élèves, sérieuse, mais aussi frustrée sexuellement qui a deux secrets péchés plus ou moins mignons, notamment son amour pour les chaussures. Son mari Nathanael, ou Nate pour les intimes, prof d’anglais aussi bien noté par ses collègues qu’apprécié par ses élèves, n’est pas insensible à Addie, une lycéenne de 16 ans à l’origine, un an plus tôt, de méfaits pas jolis, jolis… Cette relation toxique, Eve s’en méfie comme de la peste, et elle a bien raison.
Le roman ronronne d'abord comme un bon vieux diesel
Freida McFadden prend son temps pour laisser infuser son trio – bientôt rejoint par des personnages secondaires importantes. Le roman ronronne d'abord comme un bon vieux diesel, alternant des chapitres courts racontés par Eve, Nate et Addie.
L’autrice américaine n’est jamais aussi à l’aise que lorsqu’elle vent décortiquer la méchanceté humaine, les perversités et les secrets sagement gardés et qui finissent tôt ou tard par exploser. Et, soyons honnêtes, c’est ce qu’attend justement le lecteur ou la lectrice.
Comme pour ses opus précédents, le milieu du travail, la vie privée, les secrets de famille et les crimes commis par des gens ordinaires sont savamment dosés dans un roman qui, certes, ne révolutionnera pas la littérature mais qui fait le job. Un pur moment de plaisir… vicieux.