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Bla Bla Blog

  • Une autre prière pour Maria

    Oublions un instant Mahler pour mieux y revenir, grâce à ce singulier Chant de la terre pour Mahler, créée en résidence à la Fondation Royaumont et enregistré en live en novembre 2024.

    Jocelyn Miennel et Olivier Cadiot sont aux commandes de cet hommage d’aujourd’hui à une des plus bouleversantes œuvres qui soient. Revenons pour commencer à la suite romantique de six lieder. Composées entre 1908 et 1909, Les Chants de la terre de Gustav Mahler adaptent en musique des poèmes chinois qui sont devenus célèbres par la grâce du compositeur allemand qui traversait une période difficile à l’époque (mort de sa fille Maria de quatre ans, graves problèmes de santé et démission forcée de son poste de directeur de l'Opéra de la Cour de Vienne).

    Ce Chant de la terre pour Mahler (b.records) est composé de six parties, comme les lieder d’origine. Comment rendre actuel une œuvre vieille de plus d’un siècle et d’une autre époque, néo-romantique ? Surtout ne pas trahir l’essence des Chants de la terre. La Chanson à boire de la douleur de la Terre, d’après le poème de Li Bai, devient Douleur ("La terre est morte et je suis encore vivant"). Un mouvement faisant se rencontrer tonalités classiques, chants d’enfants, jazz (Adieu), vagues électroniques, boucles répétitives à la Steve Reich mais aussi esprit pop. Sans oublier les mots qui sont ceux d’Olivier Cadiot, ceux précisément de son livre Pour Malher (éditions P.O.L.). Le deuil est au centre de ce nouveau Chants de la terre, les créateurs considérant avec justesse que l’œuvre de Mahler est l’une des plus humanistes et des plus poignantes ("Je prends congé intérieurement de cette enfant adorée").

    Le deuxième lied du chant de la terre était inspiré du poème de Qian Qi, Le Solitaire en automne. La seconde partie de l’opus d'Olivier Cadiot et Jocelyn Mienniel  est sobrement intitulé Automne. Les mots d’Olivier Cadiot résonnent comme un chant chinois, bientôt rejoints par la voix de la mezzo-soprano Marielou Jacquard puis du récitant Jean-Christophe Quenon, sans doute plus néo-romantique que jamais.

    Réécriture

    On peut bien parler ici de "réécriture", comme le dit Fiona Monbet, ce qui ne veut pas dire que ces Chants de la terre tournent le dos au passé. Bien au contraire, grâce à cette composition faisant la part belle aux découpages et montages musicaux. La beauté surgit comme par magie, à l’instar de Jeunesse où la musique et le chant laissent largement leur place à la voix grave et habitée de Jean-Christophe Quenon. C’est là qu’il faut parler du texte d’Olivier Cadiot. L’écrivain s’est mis dans la tête de Gustav Mahler en jouant avec trois langues – allemand, anglais, français – et quelques échos d’idéogrammes. La musique est tout aussi complexe, alternant musique traditionnelle, orchestre classique, électronique, voix d’enfants et d’adultes. Cela donne paradoxalement une grande cohérence dans cette œuvre dirigée par Fiona Monbet. L’opus sombre par essence a des éclats lumineux que retranscrivent les créateurs (Beauté), ce qui n’enlève pas la douleur du récitant : "Moi, avec l’idéal, je prends des gants. Il me faut réapprendre à marcher et à me tenir debout".

    La douleur est-elle effaçable ? "Le courant m’emporte. Y a-t-il une pensée possible ?"… C’est ça, vraiment, la mort ?" Dans la quatrième partie Printemps, le beau cache mal la douleur, l’inquiétude ni la confusion des sentiments. Étonnant mouvement où le jazz se mêle au classique et aux formes les plus audacieuses du contemporain. Ce chant semble funèbre, hanté par des voix tour à tour angéliques et ectoplasmiques.

    C’est d’ailleurs le compositeur lui-même qui vient faire ses adieux à son "enfant adorée", dans une dernière partie (Adieu). Cet au revoir devient un long chant glacial rempli de mélancolie et de regret. L’innommable se fait musique mais derrière le départ définitif et injuste, il y a cette fragile lueur d’espoir : "Fais-moi un signe de bonheur. Que ma pensée lui fasse une vie plus belle". Gustav Mahler devient bien plus proche de nous, contemporains et contemporaines du XXIe siècle.

    Paul Lannes a illustré ce très bel album proposé par le label b•records, devenu maître dans l’enregistrement live. Une œuvre essentielle de notre époque. 

    Olivier Cadiot, Jocelyn Mienniel et Gustav Mahler, Le Chant de la terre – Pour Mahler, b•records, 2026
    https://www.b-records.fr/disques/lechantdelaterre-pourmahler
    https://www.facebook.com/jocemiennielmusic/?locale=fr_FR
    https://www.instagram.com/jocelyn_mienniel
    https://www.marieloujacquard.com
    https://www.facebook.com/fiona.monbet

    Voir aussi : "Fiona Monbet a plus d’une corde à son archet"
    "Chants d’amour, chants mystiques"

  • Hayat

    Les Cramés de la Bobine présentent à l'Alticiné de Montargis le film Hayat. Il sera visible du 4 au 10 novembre. Soirée débat le mardi 10 novembre à 20H.

    Contrainte à un mariage arrangé, Hicran s’enfuit de chez elle. Inquiété par sa disparition, son supposé fiancé Riza quitte son village pour Istanbul, à la recherche de celle qu’il n’a pas eu le temps de connaître. Face à la réalité d’un monde masculin qui veut la soumettre, Hicran s’abandonne à son destin qui ne cessera de la surprendre.

    Hayat, drame turc de Zeki Demirkubuz
    Avec Miray Daner, Burak Dakak, Cem Davran, 2026, 160 mn
    Scénario : Zeki Demirkubuz
    https://www.cramesdelabobine.org/spip.php?article5290

    Voir aussi : "Le Cinquième Plan de la Jetée"

  • Le Cinquième Plan de la Jetée

    Les Cramés de la Bobine présentent à l'Alticiné de Montargis le film Le Cinquième Plan de La Jetée. Il sera visible du 4 au 10 novembre. Soirée débat le lundi 9 novembre à 20H30, précédé du film La jetée de Chris Marker (28 mn)

    Le cousin de la réalisatrice, Jean-Henri, se reconnaît dans La Jetée de Chris Marker. Il est là de dos, avec ses parents sur la terrasse d’Orly dans le cinquième plan du film. Aucun doute, il reconnaît ses oreilles décollées. Et si c’est lui, il est le héros du film, enfant... Dominique Cabrera est immédiatement happée par cette enquête intime et historique ; quelle était la probabilité pour que Marker et les Cabrera choisissent ce même dimanche de 1962 pour se rendre sur la jetée d’Orly ?

    Le Cinquième Plan de la Jetée, documentaire français de Dominique Cabrera, 2025, 94 mn
    https://www.cramesdelabobine.org/spip.php?article5293

    Voir aussi : "Les Roches rouges"

  • Bizarre, Vanessa Philippe ? Mais non !

    Cela fait un bout de temps que Bla Bla Blog suit Vanessa Philippe.

    On aime sa pop électro-bricolo-rigolo, sa poésie se cachant derrière des titres faussement légers, en un mot sa personnalité qui fait d’elle une figure attachante de la scène française.

    La voilà de retour avec Bizarre, un titre électro-pop dans lequel l’artiste n’a qu’un seul leitmotiv qui nous concerne, je crois, tous et toutes : "Les gens sont bizarres".

    Vanessa Philippe est aux manettes de ce single à découvrir. Non contente d’avoir réalisé le clip, elle s’est payé le luxe de gagner le prix du Meilleur Clip au Festival New-York Movie Awards.

    Une autre raison de la découvrir.

    Vanessa Philippe, Bizarre, 2026
    https://www.vanessaphilippe.com
    https://www.facebook.com/vanessaphilippemusic
    https://www.instagram.com/vansphi

    Voir aussi : "Vanessa Philippe : Vérité, poésie et autodérision"

  • Marylin et la femme de chambre

    Les familiers et familières de Bla Bla Blog savent que Tatiana de Rosnay y tient une place particulière. Pour preuve un hors-série que nous continuons avec ce roman de l’autrice franco-britannique paru il y a deux ans.

    Poussière blonde (chez Albin Michel, et aujourd’hui au Livre de Poche), écrit en français, a la particularité de se dérouler pour l’essentiel aux États-Unis, dans les années 60, non sans un passage par la Californie en 2000 et la France en 1945. On ne parlera pas vraiment de nostalgie, Tatiana de Rosnay n’ayant pas connu les Sixties. Précisions cependant qu’elle parle du tournage des Désaxés (The Misfits) en 1961, l’année précisément de sa naissance. Hasard ?

    Lorsque le roman commence, en 2000, Pauline Bazelet, vétérinaire célèbre, se voit proposer par sa vieille amie Billy-Pearl de se rendre à Reno dans le Nevada ? La raison de cette invitation ? La destruction en grande pompe du Mapes, un hôtel devenu historique pour avoir accueilli une partie de l’équipe de tournage des Désaxés, dont Marylin Monroe qui tournait son dernier film – du moins le dernier achevé. Or, Pauline, dix-huit ans à l’époque, était femme de ménage. Elle se souvient de sa rencontre marquante avec l’actrice légendaire.

    Marylin Monroe

    Pour ce roman qui prend comme base des faits authentiques (le tournage d'un long-métrage culte), Tatiana de Rosnay installe tranquillement ses personnages : Pauline et sa mère fuyant la France pour débarquer toutes les deux dans le Nevada pour suivre un rêve devenu décevant pour sa mère Marcelle. Il y a aussi Doug, le beau-père aimant mais Pauline doit assumer une grossesse puis la naissance d’une petite fille après une aventure qui n’est pas sans rapport avec le Maples où elle travaille.

    Il faut atteindre la cinquantième page pour croiser, avec Pauline, Marylin Monroe, débarquant nue, sans gêne, dans sa suite d’hôtel. D’un côté, la jeune femme de ménage, exploitée, jeune mère se sentant coincée dans cette ville ; de l’autre l’actrice adulée, riche, respectée, travaillant sur un film appelé à devenir un chef d’œuvre. Mais aussi une star malheureuse, paumée, capricieuse et sombre. Entre les deux, peu de points communs, et pourtant les deux femmes se côtoient, s’apprécient, non sans susciter jalousie et curiosité lorsque les proches de Pauline découvrent l’amitié entre les deux. Cette relation va changer la vie de la femme de ménage.

    Tatiana de Rosnay propose un roman touchant qui nous offre en un seul livre une page d’histoire et de cinéma, le portrait d’une Franco-américaine paumée mais sur le point d’éclore mais aussi un portrait de la plus grande star du cinéma, émouvante et plus vraie que nature. 

    Tatiana de Rosnay, Poussière blonde, éd. Albin Mlichel, éd. Le Livre de Poche, 2024, 384 p.
    https://www.livredepoche.com/livre/poussiere-blonde-9782253251217
    https://www.tatianaderosnay.com
    https://www.instagram.com/tatianaderosnay
    https://www.facebook.com/tatianaderosnay

    Voir aussi : "Tatiana de Rosnay sur les pas de Daphné du Maurier"
    "Tatiana de Rosnay, ses œuvres"

  • Les Roches rouges

    Les Cramés de la Bobine présentent à l'Alticiné de Montargis le film Les Roches rouges. Il sera visible du 28 octobre au 3 novembre. Soirée débat le mardi 3 novembre à 20H30.

    Sur la Côte d’Azur, deux bandes d’enfants s’affrontent à leur jeu favori : sauter des rochers rouges de la Méditerranée. Géo, 5 ans à peine, découvre le temps d’un été un monde où l’amitié se mêle à la rivalité, et où les premiers élans du cœur deviennent source de tensions.

    Les Roches rouges, drame français de Bruno Dumont
    Avec Kaylon Lancel, Kelsie Verdeilles, Louise Podolski, 2026, 93 mn
    Scénario : Bruno Dumont
    https://www.cramesdelabobine.org/spip.php?article5289

    Voir aussi : "La Fille Condor"

  • Bla Bla Blog fait une petite pause cette semaine

    Bla Bla Blog fait une pause de quelques jours pour ces vacances d'automne, Halloween oblige.

    A bientôt !

    Photo : Pexels - PeopleByOwen

  • Où vient l’apaisement

    Quatre pièces orchestrales forment l’armature du dernier album consacré à Philippe Chamouard. Si cohérence il y a, elle est dans les voyages, déjà au cœur du bien-nommé Escales que nous avions chroniqué.

    L’Esprit de la nuit, nous explique le compositeur, a été inspiré par le philosophe confucéen Meng Tzu (372-289 av. JC). L’œuvre a été écrite en 1999 et révisée en 2024. Le premier mouvement est sombre et dominé par les percussions. Il y est question d’une nature soumise à rude épreuve. À cette partie chaotique, succède un mouvement tout aussi inquiétant. L’écriture personnelle de Philippe Chamouard prend ici tout son sens. Il fait se rencontrer des sonorités à la Stravinski et des influences orchestrales de John Adams et je ne sais quoi de naturalisme dans ces cordes inquiétantes et profondément humaines.

    Le contemporain se pare de néoromantisme à l’ouverture du troisième mouvement, Philippe Chamouard s’étant toujours refusé d’être enfermé dans une école, qu’elle soit tonale ou non. L’auditeur ou l’auditrice trouve un certain apaisement dans cette partie qui mène, dit le livret, "vers le chemin de la droiture", après les erreurs humaines contre la nature et la forêt. Ici, c’est Gustav Mahler qui semble avoir guidé la main du compositeur.

    "Vers le chemin de la droiture"

    Après la Chine, c’est le Japon que nous guide le Nuremberg Philharmonic Orchestra dirigé par Léo Warynski. Le Pavillon d’Or , inspiré du roman de Mishima, a été créé en 2013. Il n’a pas pris une ride. La faute à une écriture délicate mixant classicisme et musique traditionnelle nipponne, avec Mieko Miyazaki au koto. Philipe Chamouard nous parle ici de la culture japonaise, mais aussi de la tragédie qui a conduit à l’incendie du monuments sacré en 1950… par un moine bonze. Mishima en a fait un roman culte, Le Pavillon d'Or. C’est un monument méditatif qui nous est proposé dans cette pièce pleine de gravité. Derrière le calme et la paix, la menace est là, guidée par le koto à la fois sobre et majestueux.

    Mandala date de 2014 et nous propose, comme pour L’Esprit de la nuit, une méditation philosophique, cette fois d’inspiration bouddhiste. La facture est classique, solide, harmonique et tout aussi méditative que l’œuvre précédente.

    Habanera, écrite en 2024, sonne comme un hommage à Carmen. Il s’agit pourtant d’une pièce orchestrale, écrite, dit le compositeur, à l’occasion d’un voyage en Argentine. Il y a bien une nostalgie dans cette œuvre dansante écrite, au départ, pour le piano. Philippe Chamouard. Cette dernière pièce orchestrale conclue un beau et varié voyage musical dans lequel l’écriture du compositeur français frappe par sa diversité et sa liberté. 

    Philippe Chamouard, Quatre pièces pour orchestre,
    Nuremberg Philharmonic Orchestra dirigé par Léo Warynski, Indésens Calliope Records, 2026

    http://philippechamouard.fr
    https://indesenscalliope.com

    Voir aussi : "Escale contemporaine avec Philippe Chamouard"