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• Hors-série Tatiana de Rosnay

  • Quelques pages de Tatiana de Rosnay sorties de l’exil

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    Il avait été question en début d’année d’un recueil de nouvelles en faveur des Restaurants du Cœur, auquel avait participé Tatiana de Rosnay. C’est d’un autre engagement de l’auteure franco-britannique dont il est question ici, cette fois pour l’Unicef.
    Pour la 3e année, le Livre de Poche s'engage en effet aux côtés d'Unicef au travers du recueil caritatif Exils. En France et dans le monde, des milliers d’enfants sont discriminés et ne peuvent accéder aux soins ou à l’école parce qu’ils sont migrants. Pour chaque livre acheté, 1,50 € sera reversé à l’Unicef qui aidera ces enfants réfugiés et migrants afin qu’ils puissent accéder à la scolarité.

    Parmi les auteurs de ces textes, des écrivains, des célébrités, M.A.G.I.C, un collectif de slameurs, et bien sûr Tatiana de Rosnay, qui nous intéresse et qui signe une nouvelle sur ce thème l’exil.

    Les mots qui sont ma Prison est un texte écrit à la première personne, en fait dix pages comme tirées d’un journal intime. De l’auteur imaginaire, on ne sait pas grand-chose, mise à part qu’il s’agit d’un garçon relatant le secret d’un "mur qui a poussé" autour de lui et d’une liberté qui, au fur et à mesure du temps s’effiloche.

    La surveillance est omniprésente et la seule camarade d’école qui veuille adresse la parole à ce "Petit Chose", une fillette nommée Ana, finit par ne pas lui adresser la parole. Mais il y a cette voisine, en face : le jeune auteur finit par entrer en contact avec elle.

    Les mots qui sont ma Prison est un texte à part dans la bibliographie de Tatiana de Rosnay : engagé, sombre et volontairement elliptique. Un manifeste en faveur de l’enfance, à lire pour une bonne cause.

    Tatiana de Rosnay, Les Mots qui sont ma Prison
    in Exils, Le Livre de Poche, Unicef, sortie le 9 mai 2019

    http://www.tatianaderosnay.com
    Unicef, recueil Exils

    Voir aussi : "Tatiana de Rosnay, son œuvre"
    "Tatiana de Rosnay engagée et attablée"

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  • T.A.M.A.R.A.

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    Tamara par Tatiana de Tatiana de Rosnay est atypique dans son œuvre à plus d’un titre. Tout d’abord, l’auteure de Sentinelle de la Pluie s’est associée pour l’occasion à Charlotte Jolly de Rosnay pour cet livre conçu à quatre mains, un livre qui plus est édité chez Michel Lafon – et non pas Héloïse d’Ormesson comme ses livres précédents. Autre particularité : c’est un essai que propose Tatiana de Rosnay. Pas franchement une nouveauté, après le brillant livre sur Daphne du Maurier, sorti il y a moins de cinq ans. Cette fois, c’est à Tamara de Lempicka (1899- 1980) que s’intéresse Tatiana de Rosnay.

    Quels points communs peuvent-ils exister l’auteure de Rebecca et la peintre emblématique des années folles ? Ces deux artistes, qui ont été toutes deux de grands voyageuses autant que des habituées des mondanités en Europe ou aux États-Unis, ont traversé le XXe siècle tourmenté sans jamais transiger sur leur liberté de femme. À leur façon – la Polonaise aristocrate devenue une immigrée en France après la Révolution russe et l’héritière britannique, fille d’un comédien victorien devenue une importante figure de la littérature anglaise – Daphne du Maurier et Tamara de Lempicka vivent de plein fouet les périodes tourmentées des deux guerres mondiales comme les grandes transformations sociales. L’une comme l’autre vont se battre pour leur émancipation.

    Tatiana de Rosnay propose un essai sensible sur celle qu’elle appelle fraternellement Tamara, et dont les lettres du prénom sont déclinés en six chapitres chronologiques : "T comme Talentueuse", "A comme Ambitieuse", "M comme Magnétique", "A comme Arrogante", "R comme Rebelle" et "A comme Artiste." Mais qui se cache derrière cette femme emblématique des années 20 et 30, dont les tableaux ont été redécouverts à la fin des années 70 ? Tatiana de Rosnay écrit ceci, sous forme d’adresse à cette peintre au parcours fulgurant : "Ton nom. Presque un nom de plume. Un nom de scène ? Un nom d’ensorceleuse. Un nom que tu écris fièrement en bas de tes œuvres. Qui se cache derrière l’image de perfection absolue que tu souhaites tant projeter ? "

    Une vraie vie romanesque

    Car il y a sans nul doute un mystère Tamara de Lempicka, dont la carrière ressemble à une comète brève mais éclatante. Après une enfance et une adolescence dorée entre Varsovie, la Côte d’Azur, Paris et Saint-Pétersbourg, la grande histoire oblige la jeune femme gâtée à venir se réfugier en France, avec sa fille Kizette et son mari. Ce mari, Tadeusz Lempicki, elle le traînera comme une âme en peine : l’ancien aristocrate habitué à la belle vie ne peut se faire à un train de vie modeste qui l’oblige à travailler. À l’inverse, Tamara de Lempicka trouve dans cet exil une nouvelle raison de vivre et des plaisirs qu’elle ne soupçonnait pas : l’art, les soirées littéraires, les fêtes démesurées et des relations sulfureuses, que ce soit avec des hommes ou des femmes. Une vraie vie romanesque, comme le souligne Tatiana de Rosnay. Mais c’est bien entendu la peinture qui est sa grande révélation.

    Celle qui possédait un réel talent avant son arrivée à Paris se lance dans la création, après une période de formation qui sera capitale dans l’élaboration de son style inimitable. En 1921, l’Académie Ranson, avec comme professeurs les Nabis Maurice Denis et Paul Sérusier, mais surtout la découverte d’autres artistes (Bronziono, Ingres, Albert Gleizes et surtout André Lhote) va lui permettre d’imaginer son propre chemin artistique.

    Dès 1922, Tamara de Lempicka peint ces portraits et ces scènes de groupes sensuelles, sophistiquées, mêlant réalisme, cubisme et influences renaissantes : Le Rythme (1924), Groupe de quatre nus (1925), Portait d’homme inachevé (1928), Mon portrait (1929), L’écharpe bleue (1930), Le Turban vert (1930), La jeune fille aux gants (1930), Adam et Ève (1931), sans oublier La Belle Rafaela de 1927.

    Une carrière fulgurante donc, faite de passions, de découvertes mais aussi d’excès, qu’un autre conflit, la seconde guerre mondiale, stoppe net. Avec son départ pour les Etats-Unis, Tamara de Lempicka disparaît des radars, jusqu’à sa redécouverte par le galeriste d’art Alain Blondel en 1972.

    Pour illustrer cet essai intime, Tatiana de Rosnay a fait le choix d’illustrations de la peintre mais aussi de photographies contemporaines de Charlotte Jolly de Rosnay. L’atmosphère des années folles est mise en scène à travers des clichés soignés, des portraits au noir et blanc somptueux mais aussi des gros plans collant au plus près du grain de pain des modèles. Cet essai sur Tamara de Lempicka se démarque des beaux livres habituels pour offrir l’éclairage sensible que voulait Tatiana de Rosnay.

    Tatiana de Rosnay et Charlotte Jolly de Rosnay, Tamara par Tatiana
    éd. Michel Lafon, 2018, 223 p.

    Voir aussi : "Tatiana de Rosnay, son œuvre"
    "Sur les pas de Daphnée du Maurier"
    "La naissance de la belle Rafaëla"

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  • Au cœur d’une femme

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    Paru chez Plon en 1998, avant de faire l’objet d’une réédition dix ans plus tard, Le Cœur d’une Autre est le troisième roman de Tatiana de Rosnay. Tout comme L’Appartement témoin, l’auteure s’intéresse à la quête d’un homme paumé, un anti-héros que le destin fait basculer dans une histoire hors-norme.

    Bruce Boutard est un antipathique et fieffé misanthrope, divorcé et à la vie sans aspérité autre que son fils Mathieu : "J'avais les habitudes lugubres d'une vieille fille ; ces vieilles filles velues à bouillottes qui se parlent seules à voix basse, qui portent des chaussettes de laine pour dormir et leur Damart même quand il fait chaud. Rien de tragique, pourrait-on dire. Rien d'extraordinaire. Cependant - hélas ! -, il s'avère que je suis un homme." Un être franchement antipathique que le lecteur va pourtant suivre avec passion.

    Suite à un malaise, Bruce apprend qu’il souffre d’une maladie du cœur et qu’il doit être greffé en urgence. Au bout d’une attente interminable, une bonne nouvelle arrive et Bruce reçoit un nouvel organe. De retour de l’hôpital, l’ancien homme acariâtre et misogyne se trouve changé, tant dans le caractère, que la sensibilité et les goûts. Un voyage en Italie avec son fils le convainc que son nouveau cœur l’a profondément transformé. Il parvient à connaître l’identité de la donneuse, décédée la veille de sa greffe. Elle se nommait Constance Delambre et semble maintenant revivre "à travers ce cœur transplanté." La vie du greffé est transformée à jamais. Bruce n’a désormais qu’une obsession : savoir qui est cette femme à qui appartenait son nouveau cœur, un cœur qui semble être possédé d’une mémoire.

    Une quête impossible

    C’est une quête de la vérité qui est au centre de l’histoire, une quête au départ impossible car, comme le rappelle l’auteure, le don d’organe est anonyme. Il fallait une astuce de romancière pour permettre à Bruce de se mettre en piste : la rencontre avec Joséphine – de nouveau une histoire de cœur – va s’avérer décisive.

    Comme pour L’Appartement témoin, c’est en Italie que se déroule l’enquête sur la piste de Constance, mais qui est aussi celle du peintre Paolo Ucello et d’un mystérieux tableau. C’est l’occasion pour Tatiana de Rosnay de proposer de belles pages sur l’artiste florentin, notamment cette description de La Bataille de San Romano : "C’était un grand tableau sombre aux teintes ocre et bistre, peint avec une vigueur candide et une rigueur des lignes qui me fascina. Intrigué par le tumulte discipliné de l’œuvre, la symétrie parfaite des lances et des plumes plantées dans les armets, il me semblait que je me trouvais transporté au milieu d’une bataille. J’entendais la clameur sourde d’une lutte, le choc de boucliers contre armures, les bruits métalliques des cuirasses, des épées, des glaives, les hennissements des chevaux enchevêtrés, harnachés de pourpre et d’or, dont deux gisaient au sol, l’un agonisant, l’autre figé par la mort… Derrière la violence de la bataille s’étirait un paysage tranquille; des vendangeurs travaillaient dans les vignes, et un chien poursuivait des lièvres à travers champs."

    Comme l’explique Tatiana de Rosnay dans la préface écrite en 2011 de ce roman, ce n’est pas un lieu qui déclenche l’intrigue mais "un cœur qui, en changeant de corps, va se remettre à palpiter dans une nouvelle poitrine, encore empreint d’émotions antérieures." La seconde préface de cette édition, de Joël de Rosnay, aborde le thème de la greffe sous le regard du scientifique : "Une greffe de cœur peut-elle changer la psychologie et le comportement d’une personne ?" se demande-t-il. Un début de réponse est donnée par l’épigénétique, poursuit-il : une discipline récente qui tendrait à montrer que la base du livre de sa fille Tatiana est loin d’être absurde.

    Le lecteur oublie rapidement les doutes sur les effets de ce nouvel organe et se laisse porter par cette histoire de "mémoire neuve" – pour reprendre un titre de Dominique A. Il suit les pas d’un Bruce transformé en vrai beau personnage romanesque, grâce à une mystérieuse donneuse qu’il n’aurait jamais dû connaître et qui lui a fait pourtant don du plus grand des cadeaux  : "Je lui dois la vie, et le goût de la vie. Comment lui dire merci, puisqu'elle n'est plus sur terre ?"

    Tatiana de Rosnay, Le Cœur d’une Autre
    éd. Le Livre de Poche, 1998, éd. Héloïse d’Ormesson, 2009, 282 p.

    http://www.tatianaderosnay.com

    Voir aussi : "Tatiana de Rosnay, son œuvre"
    "Premiers fantômes"

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  • Ça restera entre nous

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    Je vous avais parlé, il y a quelques mois, de Spirales, le roman hitchcockien de Tatiana de Rosnay sorti en 2004. À partir de cette semaine, Arte propose l’adaptation de ce thriller psychologique, feutré et cruel à souhait, sous le titre de Tout contre Elle.

    Hélène Dewallon (Astrid Whettnall), l’épouse enviée d’un notable et homme politique lyonnais quitte précipitamment l’appartement de son amant Sven après une rencontre amoureuse qui vient de se terminer dans le drame. Sven vient de mourir brutalement, terrassé par une attaque. Mais Hélène, dans sa fuite, a laissé ses papiers d’identité que récupère Alice Mercier (Sophie Quinton), la femme de ménage de Sven. Elle prend contact avec sa maîtresse pour les lui rendre. S’engage entre les deux femmes un jeu du chat et de la souris, sur fond de chantage, car Alice a des pièces compromettantes qui menacent de tout détruire dans la vie rangée et impeccable d’Hélène Dewallon. Voilà qui est d’autant plus fâcheux qu’Henri, son époux, se lance dans une ambitieuse campagne électorale.

    Relations empoisonnées, lutte des classes et un véritable supplice chinois

    Pour l’adaptation du roman de Tatiana de Rosnay, Gilles Tauran et Gabriel Le Bomin ont choisi de déplacer l’histoire de Paris à Lyon. On perd la ville familière de l’auteure franco-britannique au profit de lieux plus modernes, plus aseptisés et plus lumineux. Les personnages déambulent dans des maisons, des appartements ou des galeries moins claustrophobiques que dans le roman, à facture simonienne, mais tout aussi inquiétants. Couloirs, escaliers et jeux de miroirs concourent à accentuer le climat de malaise dans ce thriller psychologique.

    L’adaptation s’étend assez peu sur l’adultère d’Hélène. Je parlais dans ma chronique sur Spirales d’"accouplement sauvage" pour ce qui n’était qu’un one shot, un "moment d’égarement" dans un lieu sordide. Ici, la personnage principale est dans une relation adultère suivie, comme elle le confie à son amie Lucie (Aurélia Petit). Autre entorse au livre : il n’est plus question d’immigrés roumains ou d’un simple chantage financier mais de relations empoisonnées, de lutte des classes et d’un véritable supplice chinois entre une femme de la grande bourgeoisie et une modeste femme de ménage.

    Sophie Quinton est parfaite dans ce rôle de petite souris timide se transformant en véritable vampire mental. Impossible de ne pas parler non plus des deux piliers de ce film : Astrid Whettnall et le prodigieux Patrick Timsit jouent à merveille les notables bourgeois pris dans un drame prêt à tout faire exploser, y compris leur famille – l’autre thème cher à Tatiana de Rosnay. Celles et ceux qui auront lu Spirales découvriront une autre fin pour cette adaptation. Une raison de plus de découvrir Tout contre Elle film que propose Arte en replay jusqu’au 14 mai 2019.

    Tout contre Elle, thriller psychologique de Gabriel Le Bomin, avec Astrid Whettnall, Sophie Quinton, Patrick Timsit et Aurélia Petit
    Calt Production / Belga Productions / Noon / Arte, France, 2018, 88 mn

    Disponible en replay sur Arte du 9 avril 2019 au 14 mai 2019
    https://www.arte.tv/fr/videos/077293-000-A/tout-contre-elle

    Voir aussi : "Juste un moment d’égarement"

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  • Des nouvelles de Tatiana

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    Pour cette chronique, il ne sera pas question d’un mais de deux livres de Tatiana de Rosnay. Explication : Café Lowendal est la version enrichie d’Amsterdamnation (éd. Livre de Poche), deux recueils de nouvelles écrites entre 2009 et 2014. Par rapport à Amsterdamnation, Café Lowendal a été enrichi de quatre histoires : Un Bien fou, La Méthode « K », La Femme de la Chambre d’Amour et Café Lowendal, qui a donné son nom à la dernière version du recueil.

    Avec plus de 70 pages, Café Lowendal pourrait être qualifié de court roman, tant par sa longueur que par sa manière de laisser l’intrigue lentement infuser, en cinq chapitres aussi amers et addictifs que du café. Gabrielle Célas est une romancière qui voit débarquer dans sa vie Victoria. Elles ne se connaissent pas mais ont un point commun : un homme qu’elles ont aimé toutes les deux, Diego, mort accidentellement quelques années plus tôt. Au moment de leur rencontre, Victoria demande à Gabrielle des conseils au sujet d’un livre qu’elle s’apprête à écrire au sujet de leur amour commun. La romancière accepte, fascinée de pouvoir se replonger dans un passé encore frais. Mais en découvrant les brouillons et les notes plutôt médiocres de celle qui a partagé la vie de son ex, Gabrielle retrouve le goût de l’écriture et se décide elle aussi à s’inspirer de Diego pour son nouveau roman, qui va, contre toute attente, connaître un très grand succès. Un piège finit par se refermer sur elle.

    Cette première nouvelle porte en elle les gènes de Tatiana de Rosnay : l’importance des lieux – ce Café Lowendal, bien entendu, mais aussi la maison de village où Gabrielle Célas s’est isolée pour écrire son histoire –, les secrets indicibles et les morts toujours présents. L’auteure franco-britannique va jusqu’à inclure dans cette histoire de vengeance et de trahison un de ses personnages de roman, Nicolas Kolt, l’écrivain à succès d’À l’Encre russe (2013).

    Cette histoire sensible et romancée est somme toute moins personnelle qu'un texte singulier et biographique, traitant lui aussi de disparus et de lieux signifiants : La Tentation de Bel Ombre traite d’une aïeule, Amélie, une Rosnay installée à l’Île Maurice. L’obligation administrative de devoir "prouver" sa nationalité française oblige Tatiana de Rosnay à partir à la recherche de ses origines. Elle en vient à trouver la trace de cette Amélie, née en 1777 place des Vosges à Paris. La vie romancée de cette femme est décrite en quelques pages, avec son lot de questions et aussi la sensation que Tatiana de Rosnay pourrait bien en faire un roman dans les prochaines années, comme elle le dit elle-même dans les dernières lignes.

    Aussi amers et addictifs que du café

    Les recueils Café Lowendal, et dans une moindre mesure Amsterdamnation, proposent des histoires resserrées, pour ne pas dire minimalistes : le récit Amsterdamnation et cette escapade morne en Hollande qui vire au drame ordinaire, un autre séjour raté en vacances qui s’avérera beaucoup moins idyllique que prévu (Un Bien fou) ou cette histoire de drague sur fond de réseaux sociaux (Sur ton Mur).

    Ozalide est une histoire d’obsession d’une fan pour un écrivain, chez qui elle décroche un job de baby-sitter : un emploi rêvé qui lui permet d’ourdir un plan machiavélique et particulièrement décontenançant.

    Le lecteur s’arrêtera plus longuement sur ces histoires d’amour et de sexe qui font tout le sel des deux recueils sortis à un an d’intervalle. Il y a d’abord cette rencontre improbable, dans un lieu glauque, entre un veilleur de nuit et une femme de ménage, une rencontre soudainement éclairée par la grâce de la danse et de la musique (Dancing Queeen). On en viendrait d’ailleurs presque à rêver d’une adaptation ciné et télé. Tatiana de Rosnay nous étonne également avec La Méthode « K » : l’auteure de Boomerang propose une audacieuse nouvelle érotique mâtinée de science-fiction. Tout aussi inattendu est Constat d’adultère. Cette fois, la romancière se fait froide chroniqueuse en se mettant dans la peau d’une détective chargée de reportée fidèlement à un client, un romancier célèbre, la filature de sa femme adultère. Le constat d’adultère s’étale sur plus de quarante pages, quarante pages qui ne laissent planer aucun doute sur les secrets les plus inavouables de cette influente épouse : "Nous nous permettons de vous rappeler que certains textes provenant des SMS et des courriels sont dans un langage cru, voire ordurier, qui ne fait pas partie de notre vocabulaire habituel." Voilà qui a le mérite d’être clair.

    Café Lowendal se termine sur une nouvelle à la forte densité romanesque. La Femme de la Chambre d’Amour parle d’un lieu et surtout d’une rencontre sur fond de contrat littéraire. Mais l’intérêt de cette nouvelle réside d’abord dans la forme d’un récit construit comme une poupée russe. Pour résumer, Tatiana de Rosnay y raconte l’histoire de Roxane, minée par une séparation, parlant d’un client romancier ayant lui-même écrit sur cette femme de la Chambre d’Amour. Ces récits imbriquées apportent le lot de mystère et de romance dans un recueil aux mille nuances.

    Tatiana de Rosnay, Café Lowendal & autres Nouvelles, éd. Livre de Poche, 2014, 275 p.
    Tatiana de Rosnay, Amsterdamnation & autres Nouvelles, éd. Livre de Poche, 2013, 126 p.
    http://www.tatianaderosnay.com

    Voir aussi : "Tatiana de Rosnay, son œuvre"
    "Méfiez-vous des hommes"
    "Trahisons et cachotteries"
    "Sous l’eau"

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  • Premiers fantômes

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    Avec le recul, et au regard du parcours de Tatiana de Rosnay, il y a une certaine excitation à se pencher sur le tout premier livre de l’auteure franco-britannique, L’Appartement témoin (éd. Livre de Poche).

    Nous sommes en 1992 et le public découvre le roman d’une certaine Tatiana de Rosnay : un nom qui n’est pas inconnu et qui renvoie à son oncle Arnaud de Rosnay, figure légendaire de la planche à voile disparu en mer à l’âge de 38 ans, à l’épouse de ce dernier, Jenna de Rosnay, championne de planche à voile mais également mannequin, et surtout à Joël de Rosnay, scientifique et chroniqueur radio. Voilà donc la petite dernière, Tatiana de Rosnay, émergeant dans le milieu des lettres. Son premier roman contient en germe l’essentiel des thèmes que développera l’auteure par la suite : la mémoire des lieux, les disparus, la famille et ses secrets.

    L’Appartement témoin suit, dans des chapitres alternant le "il" et le "je", un homme approchant de la soixantaine. Divorcé et père de Camille, une jeune fille sur le point de s’émanciper, il porte un regard amer sur ses échecs passés et sur un avenir peu reluisant. Il choisit de déménager dans le lieu le plus impersonnel qui soit : un appartement témoin. "Il semblait fait sur mesure pour ceux qui vivent seuls, par choix, par nécessité ou destinée, et qui ne comptent qu’une brosse à dents au-dessus du lavabo."

    Un récit qui n’est pas tant celui d’une chasse aux fantômes que d'une reconstruction de soi

    C’est pourtant dans cet endroit, a priori sans passé, que le nouveau locataire voir surgir à plusieurs reprises deux fantômes : une jeune femme jouant du piano et une fillette à ses pieds. Abasourdi puis curieux, l’homme entreprend des recherches et découvre qu’à l’emplacement de son immeuble, une bâtisse plus ancienne abritait une pianiste, une certaine Adrienne Duval, disparue depuis. Par contre, sa fille pourrait bien être toujours vivante. Il découvre son prénom, Pamina – comme la personnage de La Flûte enchantée de Mozart. Une première piste conduit le locataire de l’appartement témoin jusqu’à New York, puis à Venise. L’homme décide de poursuivre son enquête, certain qu’elle changera sa vie.

    Est-il possible que des morts puissent vous donner des clés pour vivre ? Tatiana de Rosnay répond par l’affirmatif dans un récit qui n’est pas tant celui d’une chasse aux fantômes que d’une découverte de secrets enfouis et d’une reconstruction de soi.

    Cette reconstruction passe dans le roman par des rencontres inattendues, dont la sculpturale Iris Gapine, l’influente rédactrice en chef new-yorkaise Sharon Elizabeth Gardiner, l’ancienne mannequin Jessica Parker, Adrian Hunter, le fils de Pamina, la gouvernante Véronique Barbey, mais aussi Camille, la propre fille du locataire de l’appartement témoin qu'il semble redécouvrir.

    Nous parlions de l’importance des lieux. Outre cet appartement, l’enquête menée par notre homme le conduit dans des lieux que Tatiana de Rosnay prend plaisir à nous faire découvrir en nous prenant par la main : Paris, New York et surtout Venise. Car c’est dans cette cité italienne que s’achève cette quête improbable. Une quête complètement folle, faite de découvertes - dont celle de Mozart, qui n’est pas la plus anodine.

    Tatiana de Rosnay, L’Appartement témoin, éd. Livre de Poche, éd. Fayard, 1992, 313 p.
    http://www.tatianaderosnay.com

    Voir aussi : "Tatiana de Rosnay, son œuvre"
    "Elle s’appelait Anna"

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  • Méfiez-vous des hommes

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    Il a été question dans notre hors-série sur Tatiana de Rosnay de son recueil de nouvelles Le Carnet rouge. J’ai choisi de m’intéresser à la première version de son livre, paru en 1995 sous le titre Mariés et Pères de Famille (éd. Plon). Il s’agit du deuxième ouvrage publié par Tatiana de Rosnay après L'Appartement témoin, dont je vous parlerai très bientôt. L’auteure n’en est qu’au début de sa carrière. La consécration viendra douze ans plus tard, avec Elle s’appelait Sarah, faisant d’elle l’auteure de best-sellers que l’on connaît.

    Mariés et Pères de Famille contient neuf histoires qui seront repris dans Le Carnet Rouge, dans un ordre différent. Si je parle d’ordre, ce n’est pas anodin. Plon sous-titre ce recueil : Roman d’adultères. Un roman, vraiment ? D’emblée, la question se pose si ce choix ne vient pas d’un éditeur, plus désireux de présenter ce livre comme un "roman", un genre plus vendeur, que comme un "recueil de nouvelles" – ce que Mariés et Pères de Famille est.

    Mais passons. Il y a bien entendu le fil conducteur de l’infidélité qui relie ces onze histoires : des femmes trompées ou soupçonnées d’être trompées, et même parfois adultères elles-mêmes : un mari fréquentant des prostituées dans Le Bois, qui ouvre le livre, le fameux Carnet rouge, le journal d’une femme infidèle ou La jeune Fille au pair, une conversation entre deux amies à propos de leur mari respectif. Le lecteur du Carnet Rouge, paru en 2014, retrouvera ces autres nouvelles : La Lettre, Le Répondeur, Le Cheveu, Le Mot de Passe et Le "Toki-Baby". La Cassette vidéo a été remaniée jusqu’au titre pour devenir, neuf ans plus tard, La Clé USB – une concession à la modernité, dans un recueil assez classique dans la facture, si l’on pense par exemple au choix des prénoms utilisés (Jeanne, Marie, Eugénie, François ou Thérèse).

    Deux nouvelles rares

    Deux nouvelles rares sont présentes dans Mariés et Pères de Famille : L’Odeur et La Jalouse. Ces deux textes peu connus méritent que l’on s’y arrêtent. Le premier, L’Odeur, a la particularité d’être une courte pièce de théâtre en un acte et quatre scènes, réduit à trois personnages, un couple, Anne et François et leur fille Gabrielle. En rangeant les vêtements de son mari, souvent en voyage d’affaire, une femme y découvre une odeur étrange : celle d’un sexe de femme. C’est le début d’une scène de ménage acide, violente et non teintée d’humour noir. La deuxième nouvelle, La Jalouse, est la correspondance d’un homme singulièrement d’une fidélité à toute épreuve. Sans doute est-ce d’ailleurs la raison de la disparition de ce texte pour l’édition 2014 du Carnet rouge. Il s’agit d’une lettre d’adieu à sa femme, Eugénie, que ce mari s’apprête à quitter en raison de la jalousie maladive de cette dernière. Il raconte avec amertume le flicage quotidien d’une épouse persuadée qu’il la trompe à torts et à travers : avec une voisine, avec des amies communs, avec une ex ou avec des inconnues croisées par hasard.

    Les fans de Tatiana de Rosnay seront très certainement heureux d’avoir dans leur bibliothèque ce Mariés et Pères de Famille, un recueil de nouvelles, donc (et pas un roman comme l’indique faussement la couverture du livre), à la fois moderne dans son écriture et la thématique classique – l’adultère. Classique et diablement romanesque.

    Tatiana de Rosnay, Mariés, pères de Famille, Roman d’adultères
    éd. Plon, 1995, 182 p.

    http://www.tatianaderosnay.com

    Voir aussi : "Trahisons et cachotteries"
    "Juste un moment d’égarement"

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  • Tatiana de Rosnay engagée et attablée

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    2019 commence comme s’est terminée 2018 : avec notre grand dossier sur Tatiana de Rosnay. Depuis septembre, Bla Bla Blog a en effet choisi de chroniquer l’ensemble de l’œuvre de l’auteure franco-britannique.

    Le premier article de cette année portera sur sa plus récente création, qui est aussi une nouvelle, Trouble-Fête. Elle a été publiée dans le recueil collectif 13 à Table (éd. Pocket).

    Pour la quatrième année, Les Restaurants du Cœur et les éditions Pocket ont demandé à des écrivains de participer à un ouvrage dont les recettes sont reversées à l’association caritative. L’an dernier, de 3 à 4 millions de repas ("Un livre = 4 repas" est-il écrit en couverture) ont pu être distribués grâce au précédent opus. Cette saison, outre Tatiana de Rosnay, Philippe Besson, Françoise Bourdin, Maxime Chattam, François d’Epenoux, Eric Giacometti, Karine Giebel, Philippe Jaenada, Alexandra Lapierre, Agnès Martin-Lugand, Véronique Ovaldé, Romain Puértolas, Jacques Ravenne, Leïla Slimani et Alice Zeniter se sont attablés et mis au travail pour ce beau projet.

    Pour l'édition 2019 de cet ouvrage à vocation littéraire autant que caritatif, c’est sur le thème de la fête qu’ont planché ces 13 auteurs au grand cœur. Tatiana de Rosnay en fait le centre de sa nouvelle, dont les premières phrases semblent faire écho aux préparatifs de Mrs Dalloway dans le roman de Virginia Woolf.

    Un écho aux préparatifs de Mrs Dalloway

    Avec Trouble-Fête, nous sommes dans une histoire à l’atmosphère toute british. Margaux Smythe, une élégante et tyrannique quadra, prépare l’anniversaire de son mari anglais, Toby. Pour leur réception, tout doit être parfait et Margaux entend faire de cette fête un moment mémorable. Ces préparatifs sont aussi l’occasion d’un monologue intérieur au cours duquel cette bourgeoise se repasse quelques faits marquants de son existence, à commencer par sa rencontre avec son mari. mais elle revient aussi sur des secrets cruels qu’elle garde cachés derrière un vernis impeccable. Mais ce vernis va finir par craquer au cours de cette fête d’anniversaire.

    Les dissimulations, les secrets, la famille : Tatiana de Rosnay reprend ses thèmes favoris dans son texte court et cinglant. Margaux Smythe est insupportable. Le lecteur la suit dans sa course à la réussite d’une fête qui va signer finalement son échec. On la voit courir, s’agiter, serrer les mâchoires, se plaindre et singer la femme parfaite qui ne veut recevoir chez elle que pour paraître. Cette comédie sociale se termine en conte cruel. Quelques lignes suffisent à Tatiana de Rosnay pour ouvrir sous les pieds de cette bourgeoise a priori impeccable un gouffre vertigineux : celui de la culpabilité. Impitoyable, terrible et cruel. Superbement cruel.

    Tatiana de Rosnay, Trouble-fête, in 13 à Table, éd. Pocket, 2018, 284 p.
    http://www.tatianaderosnay.com
    Les Restaurants du Cœur
    Pocket

    Voir aussi : "Tatiana de Rosnay, son œuvre"
    "Trahisons et cachotteries"

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  • Couleur café

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    Un accident de circulation en plein cœur de Paris : voilà l’élément déclencheur de Moka, un roman que Tatiana de Rosnay a publié environ un an avant son best-seller Elle s’appelait Sarah. Moka a, par la suite, été republié chez Héloïse d’Ormesson.

    La victime est Malcom, un garçon d’une douzaine d’années qui, de retour chez lui un après-midi, se fait faucher par une voiture. Heureusement, des témoins étaient là et le véhicule est vite identifié : il s’agit d’une Mercedes d’une couleur café, moka, facilement identifiable : "J'ai écouté tout cela, cette voix inconnue qui grésillait dans mon oreille. Un accident. Malcolm. Délit de fuite. Je n'arrivais pas à poser les bonnes questions."

    La police apprend à Justine, la mère de l’enfant, qu’un couple était dans cette voiture et qu’une femme la conduisait. Pourtant, quelques jours après l’accident, l’enquête patine et Justine décide seule, puis avec le soutien de sa belle-mère anglaise, de partir à la recherche de cette automobile. Grâce au concours d’un policier, ses pas la mènent à Biarritz, alors même que Malcom est entre la vie et la mort.

    Avec Moka, Tatiana de Rosnay faisait une dernière incursion dans l’univers du roman policier : un drame, un ou des coupables, une enquête et une héroïne prête à tout pour découvrir la vérité, "comme un Petit Poucet désespéré, égaré sur un chemin de larmes." Les éléments sont bien là, tout autant que le rythme : il n’y a qu’à lire à ce sujet ces pages décrivant la traque de Justine au cœur de Biarritz ou encore la scène tendue dans le salon d’esthétique.

    Un état des lieux

    Moka échappe pourtant aux conventions du thriller, en dépit de l’écriture sèche et précise de l’auteure : l’enquête fait en effet rapidement place à l’introspection d’une femme passant en revue son existence : son couple, son mari, les grands secrets et les petites cachotteries, ses désillusions, son travail sa famille et sa belle-famille anglaise. Et puis, il y a la douleur d’une mère de famille, sur le point de perdre son enfant : "Être « en vie » : je comprenais à présent ce que cela voulait dire. Mais maintenant je savais que c’était la peur, la terreur, et les sensations les plus dures, les plus extrêmes, les plus aigües, les plus douloureuses qui véhiculaient cette vitalité inédite. Pas la joie. Pas l’amour. Pas la douceur. Pas la sérénité d’avant. Rien de ce que j’avais connu avant." Dans un roman aussi tendu, Tatiana de Rosnay ouvre des parenthèses lumineuses, voire cocasses, à l’exemple de la scène du parfum, d'autant plus absurde que Justine est à mille lieues de s’intéresser aux fragrances d’un parfum hors de prix.

    L’accident devient l’occasion pour cette femme de se transformer en enquêtrice mais aussi de faire un état des lieux de sa vie, au risque de remettre toutes les pendules à l’heure. "Comment les gens faisaient-ils pour tourner la page ? Les gens qui vivaient un malheur ? Les gens qui connaissaient le pire ? Comment faisaient-ils ? Peut-être qu'ils ne tournaient jamais la page. Peut-être que ces pages-là, les plus lourdes, les plus terribles, on ne les tournait pas. On devait apprendre à vivre avec. Comment ?" 

    Le voyage à Biarritz a tout d’un pèlerinage loin de Paris. C’est là aussi que cette mère de famille, anéantie par l’accident contre son fils, se lance dans une chasse, à la recherche de cette mystérieuse conductrice que des témoins ont vue. Sans dévoiler la fin ni l’issue de l’enquête, Justine dénouera l’histoire de cette voiture couleur café. Cette découverte sera aussi celle d’une autre femme, si différente et si semblable.

    Tatiana de Rosnay, Moka, éd. Héloïse d’Ormesson, 2016, 288 p.
    http://www.tatianaderosnay.com

    Voir aussi : "Tatiana de Rosnay, son œuvre" 
    "Je reviendrai te chercher"
    "Ne dors pas, ma belle"

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  • Trahisons et cachotteries

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    Parmi les onze nouvelles de Son Carnet Rouge, publié par Tatiana de Rosnay en 2014, neuf avaient fait l’objet d’un précédent recueil, Mariés, Pères de Famille (1995). Son Carnet rouge, titre bref et énigmatique – et qui est aussi celui d’une des histoires –, s’avère plus fidèle que Mariés, Pères de Famille. "Fidèle", comme le thème de ce recueil qui entend, contrairement à la précédente version, mettre les femmes au centre du jeu – et non plus les maris.

    L’adultère est décliné à travers neuf histoires tour à tour cruelles, cyniques, drôles ou tragiques. Les protagonistes de ces récits ? Le plus souvent des femmes, des mères de famille soit trompées (La Clé USB) ou suspectes d’être trompées (La jeune Fille au Pair), soit elles-même infidèles (Son Carnet rouge).

    Tatiana de Rosnay s’empare de ce sujet sulfureux, mais pas de la manière que l’on penserait : chez elle, pas d’idylles amoureuses, de cinq à sept ou de scènes torrides (si l’on excepte un passage cocasse dans « Toki-Baby ») mais des constats. Les personnages du Carnet Rouge sont au bord du vide plus que dans le brasier d’une relation sexuelle. Ce qui est en jeu est l’après, le bilan, les conséquences et, finalement, la responsabilité dans ces histoires de cachotteries et de trahisons.

    Dans la nouvelle qui porte le titre du livre, la découverte d’un journal intime met au jour la déliquescence d’un couple. Dans Le Bois, l’auteure suit un homme dans plusieurs de ses nombreuses aventures avec des prostituées, jusqu’à l’entrée en scène de l'épouse trompée. La Brune de la Rue du Ranelagh est cette mystérieuse femme qu’un mari visite régulièrement et dont son épouse apprend l’existence.

    La vie du couple subit de sérieux coups de canif

    La vie du couple subit, tout au fil de ses onze nouvelles, de sérieux coups de canif : il est d’abord question de mensonges, de dissimulations, de secrets, voire de mépris pour le pas dire de détestations et de haines ("Guy est irréprochable. Il est d’un ennui mortel. Que faire, à part le tromper, ce qui est le cas depuis belle lurette ?", Son Carnet rouge).

    Le retour de bâton est souvent terrible dans ces histoires de personnages cocufiés : ici, c’est la réaction d’une future "ex-femme" lors de la découverte d’un cheveu suspect (Le Cheveu) ; là, c’est la vengeance toute romanesque d’Hunter, une étudiante humiliée par un professeur pour le moins goujat (Le Mot de Passe). L’infidélité est terrible mais Tatiana de Rosnay a l’art d’en parler avec une sorte de détachement, voire avec un humour tout flegmatique, à l’exemple de la conversation entre Marie et Marguerite dans La Jeune Fille au Pair.

    On trouvera dans Hotel Room la marque de la romancière dans cette histoire de rendez-vous secret se transformant en drame insurmontable. Du beau suspense, comme Tatiana de Rosnay sait en faire dans ce recueil vif et acide.

    Tatiana de Rosnay, Son Carnet rouge, éd. Héloïse d’Ormesson, 2014, 190 p.
    http://www.tatianaderosnay.com

    Voir aussi : "Tatiana de Rosnay, son œuvre"
    "Juste un moment d’égarement"

     

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  • Elle s'appelait Anna

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    Il n'est pas exagéré de dire que La Mémoire des Murs (publié une première fois chez Plon en 2003, avant sa réédition chez Héloïse d’Ormesson cinq ans plus tard) peut être considéré comme le chaînon manquant entre Le Voisin (2000), un de ses thrillers psychologiques les plus percutants, et Elle s'appelait Sarah (2011), qui a fait passer Tatiana de Rosnay dans une toute autre dimension littéraire. La Mémoire des Murs, Le Voisin et Spirales (2004), font partie de cette trilogie noire hitchcockienne, définitivement close avec la sortie du succès international qu’est Elle s’appelait Sarah.

    Pourquoi "chaînon manquant" ? L'auteure rappelle dans sa préface datant de 2008 qu'elle a entrepris l'écriture de son best-seller sur la rafle du Vel D'Hiv sitôt la publication de La Mémoire des Murs – même si deux autres ouvrages se sont intercalés entre, Spirales et Moka. Dans La Mémoire des Murs un passage est singulièrement consacré à cet événement de l’Occupation lorsque Pascaline, le personnage principal, découvre le passé familial tragique de Rebecca, une des victimes du tueur en série évoqué : "Rue Nélaton. Il ne subsiste rien du Vél d'Hiv. C'est une annexe du ministère de l'Intérieur qui le remplace, une sombre bâtisse moderne qui mange tout un côté de la rue. En face, des immeubles anciens, datant de 1890, de 1910. Des immeubles qui ont tout vu de la rafle. Des immeubles qui devaient se souvenir. Il m'a semblé que les bâtisses dans mon dos exsudaient une tristesse indicible, et qu'il n'y avait que moi pour capter leurs stigmates. Il n'y avait que moi pour écouter et comprendre la mémoire des murs."

    Mais revenons à ce roman et son intrigue qui peut être définie comme une forme "d’archéologie du mal." Pascaline est une informaticienne brillante et bosseuse, fraîchement divorcée. Outre que cette séparation a laissé des traces indélébiles, elle la contraint à chercher un appartement. Elle en trouve un, a priori "parfait", mais qui, à l’instar de ce qui se passe dans Le Voisin, l’empêche de dormir. Elle apprend très vite que son angoisse est liée au logement qu’elle vient de louer : quelques années plus tôt, une jeune femme, Anna, a été violée et tuée par un tueur en série.

    Archéologie du mal

    Pascaline finit par quitter l’appartement, transformée et bouleversée. Elle se découvre, suite à une conversation avec sa mère, une hypersensibilité aux lieux : "J'ai toujours été attirée par les maisons, les appartements, leurs secrets,.leurs mystères. Comment, lorsqu'on entre dans un endroit, on peut s'y sentir merveilleusement bien ou, au contraire, horriblement mal. Je ne parle pas de fantômes, d'apparitions, simplement de la sensation puissante qu'une demeure peut exercer sur vous, malgré vous." Tourmentée par cette expérience, qui la renvoie à un lointain passé de son enfance, Pascaline entreprend une sorte de pèlerinage sur la trace des sept victimes du tueur en série : Anna, mais aussi Gisèle, Marie, Sabrina, Adeline, Olivia et Rebecca (un prénom qui renvoie bien entendu à la célèbre héroïne de Daphné du Maurier). L’informaticienne brillante et lucide - parce que "sans imagination," précise-t-elle - s’enfonce bientôt dans une quête sur le mal, au risque de sombrer elle-même dans la folie.

    Tatiana de Rosnay raconte dans la préface de La Mémoire des Murs sa propre expérience qu'elle a romancée pour ce thriller : "Un jour, j’ai su, par une voisine prolixe, qu’un tueur en série notoire, Guy Georges, avait assassiné sa première victime en 1991 dans un immeuble qui jouxtait pratiquement le mien… J’ai compris avec une sorte de stupéfaction horrifiée que quelqu’un vivait là, dormait là, dans ces murs marqués par le crime. Comment était-ce possible ?"

    Les lieux ne sont jamais neutres, ils transmettent le vécu de leur propriétaire, assène l’auteure au fur et à mesure de ses livres. Tatiana de Rosnay continue d’arpenter les rues de Paris sur les traces de femmes ordinaires confrontées à des tragédies indicibles, avec toujours en filigrane des lieux de vie. Pascaline est l’une de ces héroïnes malmenées par la vie mais aussi les hommes. Elle se transforme en investigatrice tourmentée et obsédée par les meurtres d’Anna et des autres, des meurtres aussi incompréhensibles que le crime contre l’humanité du Vel d’Hiv : "Comment se fabriquait le mal ? Dès la rencontre entre le spermatozoïdes et l'ovule? Dès l'embryogenèse ? dès la première heure, embusqué derrière le front plissé d'un nourrisson ? Ou venait-il plus tard, charrié par les pulsions de la puberté, du ressentiment, de la solitude ?"

    En se tournant vers Anna et les autres victimes, Pascaline interroge sa propre expérience tragique, son propre passé et ses propres deuils. Voilà qui rend La Mémoire des Murs cruel, bouleversant et d’une incroyable noirceur : "Les murs se souviennent, toujours."

    Tatiana de Rosnay, La Mémoire des Murs, éd. Héloïse d’Ormesson, 2008
    Le Livre de Poche, 2010, 153 p.

    http://www.tatianaderosnay.com

    Voir aussi : "Tatiana de Rosnay, son œuvre"
    "Ne dors pas ma belle"
    "Juste un moment d’égarement"
    "Je viendrai te chercher"
      

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  • Vous n’aurez pas ma maison et mes souvenirs

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    Rose, de Tatiana de Rosnay, est à la fois un livre à part dans sa bibliographie en même temps qu’un roman très cohérent par rapport au reste de son œuvre. À part car il s’agit – et c’est inhabituel chez elle – d’un récit historique se déroulant dans le Paris du Second Empire ; cohérent car l’écrivain franco-britannique continue de creuser ses réflexions sur l’importance des lieux et de la mémoire.

    Rose Bazelet est la narratrice de ce roman épistolaire. Elle s’adresse à son mari Armand, disparu quelques années plus tôt, alors que sa propre vie est en train de prendre un tour tragique. Nous sommes en 1869 et la capitale française est en train de vivre une transformation spectaculaire. De 1852 à 1870, le préfet de Paris, le Baron Haussmann, impose la modernisation de Paris : des rues et des immeubles anciens sont rasées au profit de boulevards aérés et rectilignes, des faubourgs sont absorbés faisant passer la capitale de douze à vingt arrondissements, la cité se dote d’un système moderne d’alimentation en eaux et égouts et des monuments sont construits (la gare de Lyon et celle du Nord, l’opéra Garnier, l'église Saint-Augustin ou la mairie du 13e arrondissement).

    Cependant, ces transformations voulues par Napoléon III ont leur côté sombre : des quartiers populaires entiers doivent être détruits, poussant des populations entières à l’extérieur de la ceinture parisienne ou dans des arrondissements éloignés. C’est cet aspect des travaux haussmanniens qui intéresse Tatiana de Rosnay dans son roman publié en 2011.

    À l’instar de Patrick Modiano, Tatiana de Rosnay s’est transformée en historienne et archéologue mentale

    Rose est le portrait d’une femme déterminée à ne pas quitter la rue Childebert, vouée à disparaître pour être absorbée par le boulevard Saint-Germain. "Jamais elle n’abdiquera" annonce en couverture l’éditeur. Cette veuve est en effet déterminée à préserver une demeure qui est bien plus qu’un lieu de vie : "Cette maison est mon corps, ma peau, mon sang, mes os. Elle me porte en elle comme j’ai porté nos enfants. Elle a été endommagée, elle a souffert, elle a été violentée, elle a survécu , mais aujourd’hui, elle va s’écrouler.C’est un combat à la David et Golitah que mène Rose, aidée de Gilbert, un misérable chiffonnier, et de la fleuriste indépendante et romanesque Alexandrine : sauver sa rue et sa maison des travaux du préfet Haussmann et, ce faisant, préserver cette mémoire des murs, un thème cher à l’auteur de Boomerang.

    Il n’est pas seulement question dans ce récit de nostalgie ou du refus de la modernité. La maison de la rue Childebert est importante pour la narratrice car c’est un lieu portant en lui des drames, un double deuil, des rêves mais aussi un événement secret (car il en fallait bien un dans ce livre de Tatiana de Rosnay!) que le lecteur découvrira dans les derniers chapitres. La question de "refaire sa vie" ailleurs, auprès de sa fille qui lui ressemble pourtant si peu, et trouver un peu de légèreté auprès de l’étonnante baronne de Vresse, n’a finalement aucun sens pour une femme qui n’a connu que sa demeure et sa rue, pour le meilleur et pour le pire.

    Pour parler de lieux disparus il y a 150 ans, à l’instar de Patrick Modiano, Tatiana de Rosnay s’est transformée en historienne et archéologue mentale. Celle qui prend plaisir à déambuler dans Paris, sa ville, part à la recherche de quartiers disparus. Elle fait naître ou renaître des lieux comme des personnages fictifs et imaginaires. Rose, c’est aussi la chronique de ces gens simples écrasés par la grande histoire et les puissants. Les grands événements (les trois glorieuses de juin 1830, la rencontre de Napoléon III et du Baron Haussmann et la transformation urbaine de Paris) rencontrent ces micro-événements qui font toute une existence (la naissance d’un enfant, la mort d’un autre et la destruction programmée d’une maison).

    Rose pourrait être un authentique roman écrit au XIXe siècle, d’autant plus que les références à cette époque jalonnent le récit, jusqu’au portrait cinglant du Baron Haussmann ("Le grain de sa peau légèrement mouchetée, son teint rougeaud, sa barbe drue et bouclée, son regard bleu et glacé. Il était large, un peu gras, avec des mains énormes.") Tatiana de Rosnay a pris le risque d’écrire un livre que l’on pourrait qualifier "d’anti-moderne" mais qui nous parle à nous, personnes du XXIe siècle, des lieux où nous vivons, des êtres que nous aimons et des morts que nous chérissons.

    Tatiana de Rosnay, Rose, éd. Héloïse d’Ormesson, 2011, 249 p.
    http://www.tatianaderosnay.com

    Voir aussi : "Tatiana de Rosnay, son œuvre" 
    "Complètement à l'ouest"
    "Modiano : l'anti-Le Clézio"

     

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  • Tatiana de Rosnay, ce sont ses fans qui en parlent le mieux

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    Tatiana de Rosnay est une auteure qui a su fédérer autour d’elle une communauté de fans et d’admirateurs. Pour ce dossier spécial, nous avons choisi d’interroger Mathilde, une de ses nombreuses fans. Pour mieux entrer dans l’univers de Tatiana de Rosnay, nous lui avons posé quelques questions auxquelles elle a bien voulu répondre. Mathilde est également bloggeuse (http://mathytistoire.blogspot.fr) et a été une auteure récemment primée pour un concours de nouvelles organisé par le site Aufeminin.

    Mathilde, bonjour. Merci de répondre à nos questions. Bla Bla Blog a commencé il y a quelques semaines un hors-série spécial sur Tatiana de Rosnay. Qu’en penses-tu ?
    C’est une excellente idée ! J’ai été ravie d’apprendre que Bla Bla Blog se lançait dans cette aventure. Ce blog a décidément bon goût !

    Et toi, quand as-tu découvert Tatiana de Rosnay ?
    Je crois que c’était en mai 2008. Dix ans, déjà ! Et la première rencontre hors des pages, à l’automne 2010, dans une librairie du 7e arrondissement de Paris, à l’occasion de la sortie de l’adaptation d’Elle s’appelait Sarah.

    Quel livre de Tatiana de Rosnay as-tu lu pour la première fois ?
    J’ai découvert Tatiana de Rosnay par La Mémoire des murs. Il m’a été offert pour mon anniversaire. Je ne connaissais pas encore l’auteure. J’aime les livres que l’on vous offre, que l’on a choisi pour vous parmi ceux présents en librairie. Un livre, c’est aussi une rencontre. Je pense que ça en dit beaucoup à la fois sur la personne qui a fait ce choix et aussi sur soi-même. Sans ce cadeau, je me dis que j’aurais peut-être pu passer à côté quoique je pense qu’un tel titre m’aurait un jour ou l’autre interpellée. Qui ne s’est jamais dit : "Ah, si les murs pouvaient parler… ?" Je me souviens l’avoir dévoré.

    Combien de livres d’elle as-tu lu à ce jour ? Tous ?
    Presque. J’aime bien garder le dernier en date quelques temps pour patienter avant le suivant. Il me reste donc à lire Tamara par Tatiana. Les chroniques de Bla Bla Blog écrites à l’occasion du dossier spécial m’ont donné envie de tous les relire tout en sachant que l’expérience ne sera pas la même. On aimerait parfois ne jamais avoir ouvert certains livres pour pouvoir les découvrir avec le regard de la première fois.

    Peut-on dire que tu es une inconditionnelle de cette auteure ?
    Ma bibliothèque me dit que oui ! Entre les romans, les recueils de nouvelles, les ouvrages collectifs, on peut difficilement nier les choses ! J’aime aussi dénicher d’anciennes éditions ; j’ai notamment trois éditions de Spirales, deux du Cœur d’une Autre, de La Mémoire des murs, du Voisin etc. Elles me sont très précieuses. L’ensemble occupe un niveau de ma bibliothèque. J’ai un léger problème avec les livres, impossible de me freiner. C’est à la fois une maladie et un remède. J’ai aussi une immense affiche du film Boomerang, mais quand je dis immense, je n’exagère rien. J’ai légèrement sous-estimé la taille d’une colonne Morris… Ça valide bien le côté inconditionnelle, non ?

    Qu’est-ce qui fait qu’on devient accro à Tatiana de Rosnay ?
    Comment ne pas l’être ? Pour ma part, j’ai été réellement bouleversée par Elle s’appelait Sarah. J’ai rarement autant pleuré en lisant et, pourtant je suis une vraie madeleine. Les larmes coulaient et gondolaient le papier. Ce livre fait partie de ceux que je n’oublierai jamais. Un véritable choc. C’est toutes ces émotions qui font que l’on devient accro. Au-delà de l’écrivain, il y a aussi la femme que j’admire pour son humanité, sa générosité, ses combats (Le Refuge, la ligue des auteurs professionnels, entre autres) et son humour. Tatiana occupe une grande place dans ma bibliothèque et dans mon cœur.

    "Ça ne se dit pas ça, si ?"

    Je ne connais rien sur Tatiana de Rosnay mais je voudrais la découvrir. Tu me conseillerais quel livre ?
    Comme on peut s’en douter, je parle de Tatiana de Rosnay autour de moi et on me pose alors cette question. Cela dépend bien évidemment du lecteur que vous êtes. J’ai souvent conseillé de commencer par Boomerang ou Spirales. Ce dernier est assez court et très efficace, je pense que c’est une bonne façon de découvrir l’auteure.

    Entre nous, il n’y a pas un livre qui t’a déçu chez elle ?
    Ça ne se dit pas ça, si ? Bon, j’ai tout de même une réponse à cette question. Non pas que je n’ai pas aimé Le Voisin, mais je l’ai lu au mauvais moment. Je voulais en faire mon premier livre de 2011 histoire de bien commencer l’année, mais la grippe s’est invitée et la fièvre me faisait délirer (ou alors, était-ce ce l’inquiétant Léonard Faucleroy qui agissait un peu trop ?) Étant très (trop) sensible aux bruits, cette histoire de voisin a encore fait monter la température. J’ai déjà eu envie de glisser le décret cité au début du roman dans quelques boîtes aux lettres… Je compte le relire très prochainement.

    Quels thèmes te touchent particulièrement chez Tatiana de Rosnay ?
    Je crois que ce sont les secrets et les non-dits familiaux qui me fascinent, lorsque le rideau se lève sur les ombres du passé et que les vies en sont bouleversées. Il y a aussi le fait que les personnages sont toujours très humains ; ils apparaissent avec leurs qualités, leurs forces, leurs fragilités et leurs failles.

    Y a-t-il un sujet que tu souhaiterais que Tatiana de Rosnay traite dans un de ses prochains livres ?
    J’aimerais beaucoup lire une autre biographie. Sur une célèbre actrice américaine qui ne cesse de fasciner le monde entier, par exemple. J’ai adoré celle consacrée à Daphné du Maurier dont je n’avais lu que quelques nouvelles auparavant. Il ne faut pas avoir peur d’y plonger même si l’on est plus habitué au roman. Je vois bien un roman avec une jeune héroïne très forte, un personnage proche d’Emma González. Je ne sais pas pourquoi. Et pourquoi pas un livre pour les enfants afin que les plus jeunes aient eux aussi la chance de la lire ? Ou un spin-off sur l’un des personnages rencontrés précédemment ? Un come-back d’Angèle Rouvatier [Boomerang] !

    S’il y avait un seul livre d’elle que tu emmènerais sur une île déserte, lequel serait-il ?
    Une île déserte soit, mais chaude ou froide ? Je préfère savoir, je suis météo-sensible. S’il fait chaud, j’imagine que la nostalgie de la pluie me donnerait envie de passer mon temps avec la famille Malegarde [Sentinelle de la Pluie]. Sur une langue de terre froide, je crois que Manderley For Ever serait parfait à condition d’avoir réussi à faire un feu au préalable.

    As-tu lu son dernier ouvrage sur Tamara de Lempicka ? Et si oui que pourrais-tu nous dire de lui ?
    Oui. Je n’ai pas pu m’empêcher de le parcourir sitôt acheté, mais je le lirai en profondeur plus tard. Le plaisir n’en sera que décuplé. Quelque chose me dit que ce "plus tard", ne saurait tarder… Découvrir le fruit du travail de Tatiana et de sa fille, Charlotte, est particulièrement émouvant.

    Si tu avais Tatiana de Rosnay devant toi aujourd’hui, que lui dirais-tu ?
    Comme j’ai toujours envie de dire mille choses, mais qu’à peu près 99% ne sortent pas, il ne reste souvent qu’un grand merci ce qui paraît bien peu face au bonheur de la lire !

    Merci, Mathilde, pour ces réponses.
    Avec plaisir.

    Pour illustrer cette chronique, Mathilde a choisi Drôle d'époque de Clara Luciani. Un excellent choix...

    http://www.tatianaderosnay.com
    http://mathytistoire.blogspot.fr
    Aufemin.com

    Voir aussi : "Tatiana de Rosnay, son œuvre"

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  • Juste un moment d’égarement

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    Il y a quelques chose du Voisin dans le Spirales de Tatiana de Rosnay (éd. Plon), un thriller psychologique écrit quatre ans plus tard. On peut même dire que Le Voisin, La Mémoire des Murs (2003) et Spirales font partie d’une trilogie noire dans laquelle des femmes ordinaires se débattent dans des lieux oppressants et où la mort rôde, menace et finit par frapper.

    Dans le Voisin, comme dans Spirales, il est question de deux femmes aux points communs frappants : deux mères de famille effacées et cloîtrées dans une existence morne, deux anonymes contraintes de se sortir d’un piège qui peut s’avérer fatale, deux personnes déconsidérées et catapultées dans des circonstances exceptionnelles. D’un côté, nous avons Colombe confrontée à un voisin bruyant et au-dessus de tout soupçon. De l’autre, nous avons son aînée de quelques dizaines d’années, Hélène, une quinquagénaire qui "ne se plaignait de rien. D’ailleurs, de quoi pourrait-elle se plaindre ? Son existence feutrée, calme, stable, ne lui apportait que des petites joies prévisibles, faciles à digérer".

    Voilà pour camper le personnage, propulsé en quelques minutes dans un véritable cauchemar. Aimantée par un inconnu qui l’alpaguée dans la rue, Hélène le suit dans un appartement sordide et fait l’amour avec lui : c’est un moment d’égarement qu’elle n’a jamais connu, un "accouplement sauvage, charnel dans lequel elle puisait une volupté frénétique". Cette parenthèse adultère, Hélène la considère comme une respiration dans sa vie trop calme et trop lisse. Une respiration qu’elle se promet de garder secrète, alors même que cette mère de famille, qui n’avait jamais dévié de sa rigueur, se demande si elle aura une suite ou non. La réponse à cette interrogation ne se fait pas attendre : son amant s’effondre, victime d’un malaise, et meurt sur le coup. Affolée, Hélène se hâte de se rhabiller et s’enfuit. Lorsqu’elle est de retour chez elle, et certaine que personne ne l’a vue, elle s’aperçoit qu’elle a oublié dans l’appartement son sac à main où se trouvent ses papiers.

    Un accouplement sauvage

    Spirales est, comme son titre l’indique, le récit d’un piège diabolique. L’auteure ausculte, telle une entomologiste, un être ordinaire se débattant pour sortir d’un labyrinthe. Tatiana de Rosnay tourne autour de son personnage avec la même empathie que dans Le Voisin. Le terme de thriller psychologique n’a jamais aussi bien porté son nom que dans cette histoire où la lutte pour retrouver sa vie d’avant se heurte à des considérations morales sur la responsabilité et le remord : "Le pli était pris. Quelque chose en elle s’était fortifié. Elle ne s’était pas effondré. Elle avait fait face. Elle avait incorporé la nouveauté comme un organisme avale un corps étranger et le fait sien. En elle, désormais, vivait une entité à part, une bride d’acier qui la faisait tenir".

    À l’instar d’Alfred Hitchcock dans ses propres films, Tatiana de Rosnay apparaît aussi dans une scène de café ("Un long visage fin, des cheveux cendrés… un regard de chat") et converse avec une Hélène aux abois. Hitchcockien : le terme fait complètement sens pour ce thriller psychologique digne de Daphné du Maurier, l’auteure de Rebecca et des Oiseaux. Dans la brève conversation qui a lieu entre Hélène et cette cliente plongée dans l’écriture, cette dernière adresse une leçon à la femme adultère qui s’est mise dans un sacré pétrin : "Le train lancé à toute vitesse. Le train de la vie. Comment l’arrêter ? Et bien, on ne peut pas. Ou alors on saute du train. Et c’est la fin."

    Cette invitation au combat et à assumer ses actes, Hélène l’assume à sa manière, au prix de mille efforts. La mère de famille bourgeoise et effacée devient une femme déterminée, jusqu’au dernier chapitre à la fois rempli de zones d’ombres et déstabilisant. Le Voisin se terminait par une sorte de renaissance ; dans Spirales, le lecteur y trouvera une fin presque aussi perverse que le parcours de cette femme qui a eu le malheur de succomber à un bref, intense mais fatal moment d'égarement.

    Tatiana de Rosnay, Spirales, éd. Plon, 2004, 200 p.
    http://www.tatianaderosnay.com

    Voir aussi : "Tatiana de Rosnay, son œuvre" 
    "Ne dors pas ma belle"
    "Tatiana de Rosnay sur les pas de Daphné du Maurier"

     

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  • Complètement à l’ouest

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    Je confesse bien volontiers un mauvais jeu de mot pour cette chronique sur Boomerang (éd. Héloïse d’Ormesson), un roman de Tatiana de Rosnay paru en 2009 qui navigue entre Paris et la Vendée.

    Antoine Rey, brillant mais stressé architecte parisien, peine à se remettre d’un divorce traumatisant. Malgré des relations plus apaisées avec son ex-femme Astrid, il lui faut gérer ses trois enfants, une vie sentimentale frustrante, un travail qui l’oppresse et un père tyrannique. Un week-end, il décide d’emmener sa sœur Mélanie à Noirmoutier, autant pour fêter son anniversaire que pour faire un break avec sa vie parisienne. Ce bref séjour leur permet aussi de renouer avec les souvenirs de leur enfance, et surtout de leur mère, Clarisse, une femme décédée alors qu’ils étaient jeunes. C’est à Noirmoutier que la famille Rey au grand complet a passé des vacances pendant plusieurs saisons. Mais un lourd secret secret entoure Clarisse, dont l’existence comme la disparition sont nimbés de mystère. Mais ce passé refait violemment surface lors de ce week-end. Lors du voyage de retour, la voiture que conduisait Mélanie fait une embardée. Au moment de l’accident, elle s’apprêtait à faire une révélation à Antoine. Mais à son réveil à l’hôpital, elle ne s’en souvient plus.

    Comme pour À l’Encre russe et Sentinelle de la Pluie, c’est l’existence d’un homme paumé qu’ausculte Tatiana de Rosnay. En revisitant ses souvenirs familiaux et en particulier ceux ayant trait à sa mère, c’est sur lui-même que se retourne Antoine. Le passé lui revient en pleine face, tel un boomerang. La tragédie prend peu à peu forme, transformant les silences et les non-dits assourdissants de ses proches – et en premier lieu ceux de son père et de sa grand-mère – en preuves implacables d’un véritable complot contre une femme exceptionnelle à tout point de vue.

    Le passé lui revient en pleine face, tel un boomerang

    Le lecteur suit avec passion un livre qui aurait pu être un énième thriller. Cela fait-il de Boomerang un roman ténébreux ? Non, car Tatiana de Rosnay – qui apparaît elle-même en filigrane dans la scène du TGV – a voulu d’abord bâtir une histoire sur la reconstruction, la réconciliation et, au final écrire une histoire d’amour, un thème assez neuf dans son œuvre.

    Une histoire d’amour ou plutôt deux histoires d’amour. En entreprenant son enquête familiale sur le secret que Mélanie s’apprêtait à lui révéler, Antoine, un homme tombé dans une routine morne d’homme séparé, découvre la puissance dévastatrice d’une passion qui aura finalement eu raison de sa mère. Par la même occasion, c’est une renaissance que lui offre celle-ci, comme un boomerang traversant les années : l’accident de Mélanie entraîne en effet la rencontre d'Antoine avec le très beau personnage d’Angèle – une envoûtante embaumeuse. Cette femme, travaillant parmi les morts, et tout aussi romanesque qu’Astrid, conduit un homme intérieurement dévasté et psychologiquement moribond parmi les vivants. 

    La réconciliation avec la vie et l’amour sera d'abord celle de la rencontre avec une mère qu’il ne connaissait finalement pas. Impossible de ne pas accrocher à cette quête dans laquelle le passé se rappelle à nous.

    Tatiana de Rosnay, Boomerang, éd. Héloïse d’Ormesson, 2009, 379 p.
    http://www.tatianaderosnay.com

    Voir aussi : "Tatiana de Rosnay, son œuvre"
    "Sous l'eau"
    "Des hommes, des eaux et des arbres"

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