Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

bande dessinée

  • Survivre et faire l’amour

    Il y a 15 ans, bien avant que l’apocalypse ne soit devenu un thème à la mode, Riverstone sortait Ruines, sous le titre Evy en Ruines (Bédé Adult’). Les éditions Tabou rééditent ce livre, fruit de l’imagination d’un auteur ayant notamment sévi à Charlie Mensuel (L’Aspérouse, Alice).

    Ruines marque les esprits par ce choix de proposer un récit à la fois post-apocalyptique et érotique. Ni plus ni moins.

    Dans une ville dévastée par une "catastrophe hurlante" dont on ne sait rien, Evy, jeune rousse flamboyante, tente de survivre au milieu de ruines fumantes et de quelques êtres humains aussi déboussolées qu’elle – dont sa mère devenue folle ("La raison n’est plus de ce monde") : "Si ce n’est pas la « fin du monde » !? C’est quoi ? La guerre ?… C’est peut-être l’anarchie."

    Bientôt, venant du ciel, en parachute, apparaît un autre vivant qu’elle. Il se nomme Wally. Entre eux, l’instinct de survie fait rapidement place à une attirance irrésistible. Le fameux cliché "faire l’amour avant la fin du monde" prend ici une forme bien tangible, en dépit de l’apparition d’une troisième personne, une femme, Amilie.

    On verra dans ce récit érotico-apocalyptique une revisite du mythe de la Genèse, avec Evy/Eve et Wally/Adam en premiers êtres humains capables de repeupler la terre.

    Riverstone se surpasse dans un graphisme soigné que l'on croirait sorti tout droit d'un jeu vidéo hyperréaliste, avec une Evy sculpturale à la peau diaphane et un Wally robuste et à la virilité exacerbée. Le rendu des paysages de ruines sont frappants de réalisme.

    Une très belle BD autant qu’un objet d’art, à ne pas laisser entre toutes les mains.

    Riverstone, Ruines, éd. Tabou, 2020, 64 p.
    http://www.tabou-editions.com

    Voir aussi : "butineuse !"

    riverstone,bande dessinée,apocalypse,érotisme,sexe,post-apocalypse

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez, twittez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

    Suivez aussi Arsène K. sur Twitter et Facebook

  • Tarzan par Russ Manning

    Dans l’histoire de la bande dessinée, Tarzan, devenu également dans les années 30 un mythe du cinéma grâce à Johnny Weissmuller, est une véritable icône, souvent imitée mais jamais égalée, même si son aura a faibli ces dernières années. Cela dit, une question pertinente peut être posée : qui a jamais lu une des nombreuses aventures de Tarzan en bande dessinée ?

    Les éditions Graph Zeppelin proposent de revenir aux sources mêmes de l’homme-singe, grâce à la réédition de l’intégrale de ses récits en comic-strips (Edgar Rice Burroughs & Russ Manning, Tarzan, l’Intégrale, Volume 4 : 1974-1979, éd. Graph Zeppelin). Ce quatrième et somptueux volume propose les exploits de Tarzan et de son fils Korak par le scénariste et dessinateur Russ Manning, chargé de faire revivre de 1974 à 1979 le héros créé par Burroughs, décédé il y a tout juste 40 ans.

    Il faut lire la préface de Henry H. Franke III pour se rendre compte du défi qu’a demandé la création de strips quotidiens, à quoi se sont ajoutées pour le dessinateur des planches dominicales pour une autre saga légendaire, Star Wars. "[Aucun] autre strip d’aventures n’a suscité autant d’attention et de respect que mes strips de Tarzan ; sans parler des revenus de leurs réimpressions, qu’en a tirées ERB Inc… Aucun autre strip américain d’aventures n’a autant été réimprimé, sans parler de la fréquence à laquelle cela s’est fait, que Tarzan", a commenté Manning à la fin de sa vie. En vérité, son œuvre reste très lié à la créature de E.R. Burroughs. Décédé en 1981, Russ Manning aura travaillé en tout 12 ans sur Tarzan, jusqu’à la dernière histoire, singulièrement plus légère que les précédentes : Tarzan et les jeux d’Ibizzia. "Tout au long de sa carrière artistique, peu importent les hauts et les bas, Manning fut fasciné par le héros de la jungle créé par Edgar Rice Burroughs – le sang de Tarzan coulait dans les veines de Manning", écrit encore le préfacier.

    Ce quatrième et dernier volume de l’intégrale Tarzan propose neuf histoires qui peuvent être lues en continu, tel un véritable feuilleton populaire, ponctué de rebondissements incessants (à l’exemple du récit nerveux, Tarzan et la révolution de la jungle). Parce qu’il fallait ne pas perdre en route les lecteurs de l'époque, les aventures de Tarzan, de Jane et de de Korak ont moins été conçues comme des histoires séparées (si l’on excepte toutefois la première aventure, intrigante, Tarzan retourne à Castra Sanguinarius), que comme un récit unique se déployant librement au gré de l’imagination de Manning.

    Pin-ups glamours catapultées au cœur de la jungle

    Héros légendaire et intemporel, Tarzan n’en est pas moins, dans ce volume, un personnage inscrit dans une période précise, celle du milieu des années 70, avec des préoccupations et des messages modernes pour l’époque. Dans Tarzan dans la Vallée des Brumes, l’homme-singe est confronté à une mystérieuse brume lumineuse "qui modifie [les] cerveaux… Les instincts s’effacent..." Un sérieux problème environnemental en quelque sorte... Nkima, la sémillante jeune femme qui lui en parle, tient des propos typiques de ces années beatniks et peace and love  : "Bientôt, la brume lumineuse rayonnera sur le monde. Alors, les soldats et tout ce qu’ils représentent seront aussi obsolètes que les dinosaures !" Dans Tarzan et les émigrants, le récit sur fond d’affrontements entre autochtones et colons délivre un message environnemental, voire pacifiste – mais non teinté de racisme : "Ces fermiers sont des hommes rudes et bornés. Ils sont persuadés d’être dans leur droit pour préserver leurs récoltes ! Ce sera très difficile de les convaincre qu’ils sont dans l’erreur !" Il est encore question d'écologie dans Tarzan et les émigrants.

    Pour Tarzan et les insectes géants d’Opar, Manning propose une histoire trépidante qui mêle aventure, tensions sociales, fantastique et même science-fiction. Science-fiction encore avec Tarzan et la lune morte de Pellucidar, qui est un récit largement inspiré de Jules Verne, avec un voyage au centre de la terre peuplé de créatures extraordinaires ("Hommes-troglodytes de Lohar… Horribs montés sur de grands lézards… Guerriers montés sur de puissants mammouths… Tout cela sous le commandement de Von Horst et Jen-qua Reyna de Sari, juchés sur un Dinosaure !").

    Stylistiquement, Russ Manning respecte les canons d’Edgar Rice Burroughs, grâce à son coup de crayon précis et son sens du cadrage. Une place importante est également donnée aux héroïnes, souvent des pin-ups glamours catapultées au cœur de la jungle : elles s’appellent Luz (Tarzan et la Vallée des brumes), Lela (Korak et le lac sacré de Krackao), la reine Lâ ou la sauvageonne Nettle (Tarzan et les insectes géants d’Opar). Les féministes hurleront en découvrant ces représentations d’une autre époque : les femmes – à l’exception notoire de Jane – sont souvent représentées comme des personnages naïfs et falots, comme l’exprime la bouillante, courageuse et sexy Reyna : "Tu m’as dit que, dans ton étrange contrée, les hommes et les femmes jouent à des jeux excitants dans le noir !… Je savais que ça arriverait… Que Je serai assez bête pour être aussi douce et idiote… Que les autres filles…"

    Dans cette série d’histoires, il convient de s’arrêter sur la toute première, qui est sans doute la plus originale. Dans Tarzan retourne à Castra Sanguinarius, Russ Manning transporte malicieusement le roi de la jungle au cœur de l’empire romain. Le lecteur peut être surpris, tout comme Gino, un compagnon de Tarzan qui vient comme lui du XXe siècle : "J’y crois pas ! Il y a forcément une caméra cachée quelque part ! On tourne un film, n’est-ce pas ?!… Mais ils n’ont pas le droit de nous garder captifs. C’est interdit par la loi !" Tarzan se sortira bien entendu de ce piège spatio-temporel. Comme d’habitude.

    Edgar Rice Burroughs & Russ Manning, Tarzan, l’Intégrale,
    Volume 4 : 1974-1979
    , éd. Graph Zeppelin, 2020, 296 p.

    https://www.facebook.com/GraphZeppelin
    http://tarzan.org

    Voir aussi : "L’expérience Jimi Hendrix en concept album"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez, twittez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

    Suivez aussi Arsène K. sur Twitter et Facebook

  • Comics-19

    "Ressusciter n’est pas une mince affaire", cette phrase qui a donné le titre à la BD de Fiamma Luzzati (éd. Florent Massot), est cité par Violette, l’une des protagonistes de ces Petites et grandes histoires du Covid-19. Cette productrice de télé à la vie trépidante, et se croyant invulnérable, revient sur sa contamination par le Covid-19 et sur son hospitalisation, jusqu’aux portes de la mort. Une vraie résurrection comme elle le dit elle-même après coup, mais une résurrection douloureuse.

    Évidemment, seulement deux mois après la fin du Grand Confinement en France, il était impossible à Fiamma Luzzati de cerner tous les aspects de cette période marquante. Pour autant, l’auteure en saisit l’essentiel, avec ce caractère d’urgence jusque dans le coup de crayon.

    La vie, la maladie et la mort. Tel est le cœur de ces huit chapitres, qui sont autant des tranches de vie autour du Grand Confinement : la guerre contre la maladie ("«Il faudrait dire la vérité » : une étudiante en médecine face au Covid"), la peur, la manière de vivre le confinement, les méfiances réciproques entre les politiques et les citoyens, les séparations, les enfants ("Qui a peur du grand méchant virus ? Les enfants parlent du Covid-19"), les guerres de couples ("Le coronavirus tue le couple : comment s'immuniser"), les traumatismes, le deuil ("Covid-19 : mourir seul, rester seul - Le deuil impossible") le déni, la colère, le combat ou le fatalisme d’un combat perdu d’avance.

    En mandarin, "crise" se traduit aussi par "opportunité"

    On ne peut être que reconnaissant à Fiamma Luzzati d’avoir évité à la fois le pathos et l’angélisme dans ces chroniques qui sont autant de témoignages plus vrais que nature. On s’arrêtera par exemple sur ces planches consacrées à la crise sanitaire en Italie, lorsque la péninsule transalpine faisait figure de banc d’essai de tout ce qui s’est passé en Europe les semaines suivantes ( "Covid-19 en Italie : Une réanimatrice témoigne du cœur de la tourmente"). Un personnage rappelle aussi au passage qu’en mandarin, "crise" se traduit aussi par "opportunité." Toujours en Italie, c’est cette fois de déconfinement dont il est question dans le tout dernier chapitre ("Syndrome de Stockholm : Le bonheur de rester confiné à Rome"). Fiamma Luzzati met en scène une conversation entre trois Italiennes se plaignant qu’une de leur amie a choisi de rester chez elle. La situation leur permet de réfléchir sur les conséquences du confinement et surtout du déconfinement : "On assiste à un autre phénomène inédit avec le déconfinement : beaucoup de gens refusent de revenir à la vie d’avant… On finit par aimer sa geôle et ses geôliers."

    Un autre chapitre attirera sans doute l’attention : celui consacré à un sujet à ma connaissance jamais abordé : celui de l’autisme durant la crise sanitaire ("Si je craque tout le monde craque : l’autisme et le Covid"). Il est question d’Alima, une lycéenne qui se promène avec sa sœur autiste alors que ses parents sont tombés malades. Une poignante tranche de vie autour d’une jeune femme courageuse, se battant pour ne pas craquer.

    La littérature post-covid a sûrement de beaux gestes à vivre. Avant que nous soyons submergés par la littérature post-covid-19, la BD de Fiamma Luzzati se démarque comme une œuvre à la fois fraîche, sincère et frappant en plein cœur.

    Fiamma Luzzati, Ressusciter n’est pas une mince affaire,
    Petites et grandes histoires du Covid-19
    éd. Florent Massot, 2020

    https://www.lemonde.fr/blog/lavventura

    Voir aussi : "Aung San Suu Kyi et les bouddhistes extrémistes"
    Hors-série "Grand Confinement"

    © Fiamma Luzzati

    fiamma luzzati,bande dessinée,covid-19,confinement,déconfinement,italie,rome,coronavirus

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez, twittez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

    Suivez aussi Arsène K. sur Twitter et Facebook

  • L’art de la débauche

    Publiée en Espagne il y a 12 ans, la bande dessinée Les Saintes Eaux de Raúlo Cáceres nous est proposée par les éditions Tabou dans une version française de Myriam Lobo. Cet ouvrage atypique, baroque et sulfureux autant que subversif frappe par sa richesse graphique et scénaristique.

    Disons tout de suite que le sexe est l’alpha et l’oméga d’une histoire à la fois simple et complexe, déployée sur 24 chapitres et pas loin de 200 pages : un "voyage en pornographie sacrée", comme l’annonce la couverture du livre.

    Le docteur Melania Ricius, psychologue et sexologue de son état, reçoit en pleine séance disons échevelée, un appel vidéo d’une ancienne élève, Sara Guttiérrez, enseignante à Aguas Callientes, un village perdu de l’Estrémadure espagnole. Cette dernière lui fait part d’étranges phénomènes d’hystérie collective touchant les habitants de cette bourgade. Subitement, la connexion se coupe. Inquiète de ce silence autant qu’intriguée, Melania décide de se rendre elle-même à Aguas Callientes pour partir à la recherche de Sara mais aussi percer le secret de cette vague de folie transformant un tranquille coin espagnol en lupanar à ciel ouvert. L’enquête commence pour la sexologue, une enquête qui sera jalonnée de rencontres et de découvertes qui vont sérieusement secouer la spécialiste jungienne.

    Une bande dessinée au souffle et aux méandres incroyables

    Avec un humour grinçant, Raúlo Cáceres signe avec Les Saintes Eaux une bande dessinée au souffle et aux méandres incroyables. Grâce à ses dessins somptueux au très beau noir et blanc et à un scénario bien documentée et aux multiples tergiversations, l’auteur espagnol laisse aller son imagination et sa créativité folle pour une histoire mêlant enquête policière, récits mythologiques et religieux, critiques des superstitions, propos psychanalytiques et, bien entendu, orgies. Pour ces nombreuses scènes, le coup de patte du dessinateur fait merveille dans sa manière de représenter avec une débauche de détails les corps, les étreintes, les sexes et les échanges de liquides divers et variés.

    On suit le parcours tumultueux et pour le moins épuisant de Melania et de son ami Jacobo sans savoir où il nous mènera, tant le récit regorge de personnages tout aussi fantasques – et même fantastiques – les uns que les autres. Tout ce petit monde se croise, se côtoie, se toise et souvent copule dans un village isolé et inquiétant, symbole d’un monde tiraillé entre folklores, religions monothéistes et attirances pour d’anciens rires païens – qui peuvent être aussi caricaturaux que les idéologies qu’ils combattent.

    En ne se proclamant d’aucune chapelle et en faisant du sexe le cœur du récit, c’est là que l’auteur des Saintes Eaux se montre le plus subversif. Melania, l’héroïne solitaire n’ayant comme repère que la science psychanalytique, se fait finalement l’apôtre du Moi, se réconciliant avec lui-même et avec son corps : "Ce que la morale castratrice essaie de dissimuler n’est pas l’envie de baiser mais le joyeux besoin de ne pas arrêter de le faire."

    Pour public averti.

    Raúlo Cáceres, Les Saintes Eaux, Voyage en Pornographie sacrée
    trad. Myriam Lobo, éd. Tabou, 2020, 186 p.

    https://raulocaceres.es
    http://www.tabou-editions.com

    Voir aussi : "Ma sorcière mal aimée"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez, twittez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

    Suivez aussi Arsène K. sur Twitter et Facebook

  • L’expérience Jimi Hendrix en concept album

    Comment évoquer en images et en BD Jimi Hendrix ? Comment rendre sa mesure à une carrière fulgurante et à bien des égards révolutionnaire ? Car on a tendance à oublier que la carrière du guitariste et chanteur américain n’a duré que quatre années, au sein de son groupe The Jimi Hendrix Experience.

    Mattia Colombara (au scénario) et Gianluca Maconi (au dessin) proposent dans Jimi Hendrix-Requiem électrique un biopic sous forme de bande dessinée qui condense en 144 planches la vie de l’artiste né en 1942 à Détroit et mort à 27 ans après une surconsommation d’alcool et de calmants. Trop court sans doute pour développer tous les aspects de sa vie, mais suffisamment documenté pour proposer un récit qui a vocation à être "universel", comme le disent les auteurs. Les fans de Jimi Hendrix adoreront et les autres se passionneront pour la découverte ou redécouverte de celui qui est considéré comme l’un des plus grands musiciens et guitaristes du XXe siècle.

    Le lecteur replonge dans la vie brève mais passionnante d’un afro-américain, marqué par une vie familiale compliquée (il ne rencontre son père qu’à trois ans, après la démobilisation de celui-ci et la fin de la seconde guerre mondiale) et la découverte de la guitare à l’âge de quinze ans, qu’il apprend quasiment seul. Son début de carrière est chaotique : maigres cachets, petits clubs et groupes plus ou moins obscurs. Il finit par côtoyer quelques grands noms, avec plus ou moins de bonheur : Ike et Tina Turner, Little Richard ou Sam Cooke. Sa rencontre avec la mannequin Linda Keith lui permet d’approcher Chas Chandler, le bassiste des Animals, qui lui ouvre bien des portes.

    Une carrière marquée par la ségrégation et le racisme

    La suite, se sont d’autres rencontres – les Beatles, Paul McCartney et surtout Eric Clapton – mais surtout des concerts qui vont entrer dans les annales : les premières parties des concerts de Johnny Hallyday en 1966, le festival de Monterrey en 1967, Woodstock un an plus tard et l’Île de Wight l’année de sa mort, durant l’été 1970.

    Les auteurs ont choisi de s’approprier le nom du groupe du guitariste, pour proposer "un livre qui joue avec les règles de la bande dessinée comme Jimi jouait avec les structures musicales." Trois parties constituent cet album "concept", avec une introduction, un intermède (qui est aussi un hommage au 2001 : L’Odyssée de l’Espace de Kubrick) et un épilogue. Chacune des trois parties regroupe trois chapitres consacrés à des chansons de Hendrix : Woodoo Chile, Crosstown Traffic, Burning Of The Midnight Lamp, Castle Made Odf Sand, Fire, All Allong The Watchtower, Machine Gun, Hear My Train Coming et Woodoo Child (Slight Return). De ce point de vue, la lecture des notes des auteurs en toute de livre est intéressante pour comprendre leur démarche artistique. Au passage, l’ouvrage dépeint sans l’enjoliver cette période extrêmement riche, sans gommer ses travers : drogues, producteurs sans état d’âme et discrimination.

    Graphiquement, Gianluca Maconi a fait le choix du noir et blanc pour leur Jimi Hendrix-Requiem électrique. Un choix compréhensible, dans la mesure où la carrière de Hendrix a été marquée par la ségrégation et le racisme, y compris lorsque le chanteur était au sommet de sa gloire. Lors d’une interview, les auteurs lui font dire ce cruel constat : "Les blancs dansaient et s’amusaient en nous écoutant… Mais lorsque la musique s’arrêtait, on redevenait des déchets." Le message est poignant et renvoie bien entendu à une réalité toujours d’actualité. Il reste aujourd’hui son œuvre musicale exceptionnelle… et quelle guitare !

    Mattia Colombara & Gianluca Maconi, Jimi Hendrix-Requiem électrique
    éd. Graph Zeppelin, 2020, 144 p.

    https://www.facebook.com/GraphZeppelin
    https://www.jimihendrix.com/fr/biographie

    Voir aussi : "Clatpton, toujours debout"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez, twittez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

    Suivez aussi Arsène K. sur Twitter et Facebook

  • Merveilleuses artilleuses

    C’est un Paris littéralement fantastique qui sert de décor à Pierre Pevel pour le premier tome de la bande dessinée Les Artilleuses (éditions Drakoo) dont il a écrit le scénario.

    L’écrivain avait déjà fait de ce Paris des Merveilles une saga, cette fois en roman (Les Enchantements d’Ambremer en 2003, suivi de L’Elixir de l’oubli en 2004). Il parlait de la ville qu’il a créé de toute pièce en ces termes : "Imaginez des nuées d'oiseaux multicolores nichées parmi les gargouilles de Notre-Dame… Imaginez des sirènes dans la Seine ; imaginez une ondine pour chaque fontaine, une dryade pour chaque square… Imaginez le bois de Vincennes peuplé de farfadets sous les dolmens ; imaginez, au comptoir des bistrots, des gnomes en bras de chemises, la casquette de guingois et le mégot sur l'oreille… Imaginez de minuscules dragons bigarrés chassant les insectes au ras des pelouses du Luxembourg et happant au vol les cristaux de soufre que leur jettent les enfants… Imaginez une licorne dans le parc des Buttes-Chaumont ; imaginez la Reine des Fées allant à l'opéra dans une Rolls-Royce Silver Gost…" (Le Paris des Merveilles, Les Enchantements d'Ambremer). Pour en savoir plus sur Pierre Pevel, rendez-vous sur le site Fantasy à la Carte.

    C’est dans cette ville féerique que se situe le premier tome des Artilleuses. Nous sommes en 1911 dans un Paris steampunk. Kathhryn, Audrey et Louison sont des hors-la-loi recherchées par la police, et en particulier par la brigade des affaires féeriques. L’explication de cette attention toute particulière des autorités ? Parmi ces artilleuses figure une magicienne, une fée… et une morte. Dans le tome 1, mis en image et en couleur par Étienne Willem et Tanja Wenish, nos trois braqueuses dérobent un objet précieux, le sigillaire, pour un commanditaire, le faune Cristofaros.

    Trois pétroleuses

    Sauf que ce qui devait être une affaire juteuse rondement menée devient un piège. Et voilà Kathhryn, Audrey et Louison obligées de fuir, pourchassées tour à tour par une section policière inspirée des Brigades du Tigre, une machine volante que n’aurait pas renié Robur Le Conquérant, un homme mystérieux rôdant autour de la demeure du faune mais aussi les services secrets du IIe Reich et le sanguinaire colonel Eckermann, qui va vite se mettre en selle pour les prochains épisodes. Aidées du vieil Hugo Barillet, les trois héroïnes vont avoir fort à faire pour s’en sortir. Mais on peut leur faire confiance.

    Cette BD, écrite par Pierre Pevel, est sans nul doute un événement qui sera attendu par les fans de fantasy mais aussi de SF steampunk. Cet auteur a aussi fait de l’uchronie l’une de ses marques de fabrique (Les Ombres de Wielstadt, Grand prix de l'Imaginaire 2002 du meilleur roman). Il imagine son histoire dans un Paris fantasmagorique, avec une histoire mêlant science-fiction à la Jules Verne, voleurs (ou plutôt voleuses) dignes d’Arsène Lupin, magie féérique dans une ville qui en a vu bien d'autres et cavalcades que n’aurait pas reniées la bande à Bonnot. Au dessin, Étienne Willem adopte un coup de crayon rapide, faisant le choix de ne pas appuyer sur la féerie pour préférer l’action, mais aussi le sex-appeal de trois pétroleuses que l’on aura plaisir à suivre pour connaître le dénouement de leur aventure.

    Pierre Pevel, Étienne Willem et Tanja Wenish ; Les Artilleuses,
    Le vol de la sigillaire
    , tome 1, éd. Drakoo, 2020, 48 p.
    https://www.drakoo.fr/les-artilleuses

    Voir aussi : "Pierre Pevel", Fantasy à la carte

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez, twittez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

  • Dessine-moi un strip

    En cette période très particulière, une initiative de la Cité Internationale de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême s’avère particulièrement la bienvenue. Depuis le 6 avril, en partenariat avec le ministère de la Culture et le Centre national du livre (CNL), la CIBDI d’Angoulême propose aux Français de se mettre au dessin et à la BD grâce à l’opération "Toute la France Dessine !" Une opération qui s’inscrit dans le cadre de l’année de la bande dessinée.

    Les ambitions de la vénérable institution ? Rien de moins que "développer une meilleure connaissance de la BD et de ses codes tout en valorisant les pratiques amateurs."

    Chaque semaine, un strip de quatre cases sera mis en ligne sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Twitter et Youtube) avec le hashtag #ToutelaFranceDessine. Les deux premières cases seront dessinées par un auteur ou une autrice de BD. Elles constitueront le début d'une histoire qu'il s'agira de poursuivre en dessinant les cases vierges. Et ce sont les internautes qui s’en chargeront… Les participants auront juste à partager leurs créations sur les réseaux sociaux en mentionnant le hashtag #Toutelafrancedessine et en taggant le compte @2020annéeBD pour que l'on ne passe pas à côté de leur strip.

    Les meilleures contributions seront publiée chaque semaine sur les sites et réseaux sociaux partenaires de l’opération et exposée lors du prochain festival d’Angoulême, en janvier 2021.

    Les premiers auteur·e·s de l’opération "Toute la France Dessine !"sont sont Florence Cestac, marraine de l’Année de la Bande Dessinée, Jul, également parrain de l’Année de la bande dessinée et Giorgia Marras, autrice franco-italienne, ancienne résidente de la Maison des Auteurs à la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, Angoulême.

    Alors, tous à vos crayons, vos plumes et vos encres de chine : cette période de confinement s'y prête bien. Cette semaine, c'est Jul qui s'y colle.

    "Toute la France Dessine !"
    BD 2020
    https://www.bd2020.culture.gouv.fr/Actualites/toute-la-france-dessine

    Voir aussi : "Attache ta tuque ou le français dans tous ses États"

    Jul ©Jul