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Livres et littérature

  • Voyages poétiques

    Une anthologie de poésies est sortie en fin d’année 2021 aux éditions Caractères. Encore une, direz-vous. Nombreuses sont les maisons d’éditions qui ont réservé leur catalogue à un genre capital dans la littérature. Sauf que, cette fois, le mot "mondiale" vient souligner la démarche du magazine créé en 1950 par l’auteur, poète et éditeur d’origine polonaise Bronisław Kamiński, avec Jean Tardieu, Jean Follain et André Frénaud.

    Cette  Anthologie de la Poésie mondiale mérite que l’on s’y intéresse : "372 poètes de 96 pays en deux volumes (842 pages). Un bouquet de visions, d’images, de graphies, d’alphabets, de poèmes du monde entier présentés par ordre alphabétique d’auteurs, accompagnés de biographies, dessins, gravures, collages", annonce l’éditeur. L’anthologie pourra également surprendre par son choix de mettre à côté d’odes, de versets ou de chants poétiques, des slogans ("Soleils", en mai 68), mais aussi des textes en prose, à l’instar d’Achani de l’Allemand Peter Altenberg.  

    À côté d’auteurs et auteures que les Français connaissent – Francis Picabia, Georges Perec, le Portugais Fernando Pessoa (Bureau de tabac et autres poèmes) ou l’Irlandais James Joyce (Musique de Chambre) – le lecteur du coffret découvrira des noms, des œuvres mais aussi des cultures dont il est généralement peu familier : l’Inde (Sri Aurobindo), le Pérou (Alejandro Calderón), la Roumanie (Mircea Cărtărescu), Haïti (Georges Castera), le Népal (Laksmīprasād Devkotā), le Groenland (Nakasuk), l’Afghanistan (Abdolbâri Djahâni), la Bulgarie (Plamen Doynov), sans oublier la Chine (Xingjian Gao) ou le Japon (Gôzo Yoshimasu).

    L’Anthologie des éditions Caractères a fait le choix de donner toute sa place à des auteur·e·s vivant·e·s et même jeunes

    La poésie aztèque a elle aussi sa place, tel ce "Chant à la louange des chefs". Il faut aussi souligner la présence de figures quasi inconnues de ce côté-ci de l’Europe, comme les Ouïgour Chimengul Awut ou Ghojamuhammet Muhammet, des présences qui ont toute leur importance alors que ce peuple est persécuté par le régime communiste chinois. Le recueil présente aussi un texte rare issu des traditions indiennes en Amérique du Nord ("Nez-Percé").

    Outre le Français d’origine chinois François Cheng mis à l’honneur dans le double recueil, il faut noter la place singulière laissée à Ben, le graphiste et peintre moderne prenant les atours du poète maniant l’autodérision telle une arme : "Ben tu es un con. / C’est des blagues / Je suis le type le plus fantastique dont vous avez jamais entendu parler". Un autre Français, beaucoup moins connu, a sa section : Bruno Durocher (À l’image de l’homme).

    L’Anthologie des éditions Caractères a fait le choix de donner toute sa place à des auteur·e·s vivant·e·s et même jeunes, à l’instar de la néerlandaise Radna Fabias (Habitus), l’Éthiopien Alemou Tebeje, la Néo-Zélandaise Selina Tusitala Marsh ou l’excellente Cubaine Zoé Valdès.

    En proposant cette Anthologie passionnante, c’est autant un voyage littéraire qui est proposé qu’un voyage tout court. 

    Nicole Gdalia, Sylvestre Clancier et Jean Portante, Anthologie de la Poésie mondiale,
    éd. Caractères, 2 vol., 2021, 842 p.

    https://www.editions-caracteres.fr

    Voir aussi : "Complètement baba de bulles"

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  • Les tribulations d’un Allemand en France 

    Ces chroniques d’un Allemand en France, Douce Frankreich de Frank Gröninger (éd. AlterPublishing), sont un hommage appuyé autant qu’un récit amoureux pour un pays – la France – à la fois attirant, fascinant, mais qui est aussi mal compris, sinon mal aimé. Qui peut le mieux en parler que précisément un étranger, qui a aujourd’hui la double nationalité ? L’auteur, Frank Gröninger, cite à ce sujet cette phrase de Kurt Tucholsky : "Un Allemand, il faut le comprendre pour l’aimer ; un Français il faut l’aimer pour le comprendre".

    Frank Gröninger appartient à cette génération d’Allemands qui a connu les bouleversements des relations franco-germaniques : les traumatismes de la seconde guerre mondiale font encore partie des souvenirs familiaux, souvent avec des non-dits perturbants, et que les premiers voyages dans les années 80 d’un jeune homme dans ce "pays mystérieux" ne sont pas sans attirer méfiances, surprises et incompréhensions. Il est aussi de la génération ayant connu la chute du Mur de Berlin, la réunification et la construction européenne derrière le couple politique franco-allemand et le mandat d’Angela Merkel.

    Depuis les premiers voyages scolaires jusqu’à l’installation définitive d’un citoyen européen né de l’autre côté du Rhin, Frank Gröninger relate ses découvertes de cet étrange pays qu’est la France, qui se targue d’être le pays du cinéma (tout en considérant que les classiques se limitent parfois aux Gendarme de Louis de Funès, aux Bronzés ou au Père Noël est une Ordure), un pays en retard dans le tri des déchets, un pays où "tous les français sont un peu pharmaciens/médecins dans l’âme", le pays des bises et des grèves ("Même dans un pays bordélique comme l’Italie ça n’existe pas !"). Le pays aussi où la nourriture est aussi importante que le sexe ("Ça me faisait rire car on se moque toujours des Allemands qui manqueraient de spontanéité et qui veulent tout planifier et pour le sexe les Français auraient-ils besoin d’un plan ? Il y a même des « films de cul ». Bizarre."). Et puis, il y a cette étrange relation entre Allemands et Français, faite de méfiance, d’incompréhension, mais aussi de fascination et de réelle sympathie. 

    L’Europe, les classes sociales, les mariages, les femmes, la culture, La mélancolie ou le cul

    Les chroniques de Frank Gröninger, chronologiques, ne dressent pas le parcours de l’auteur mais préfèrent s’arrêter sur ses rencontres au cours de ses 40 ans de vie entre la France et l’Allemagne : du jeune homme au pair lorsqu’il était étudiant à l’enseignement à Sciences Po Paris comme appariteur, l’ENA, au lycée Henri IV (avec un Un voyage eu Europe de l’Est pas forcément très glorieux pour la prestigieuse école) et son travail de traducteur à l’Assemblée nationale, au Conseil d’État, dans des écoles de commerce, à Matignon, au Ministère de l’Économie, au Ministère de l’Agriculture et au Ministère des Affaires étrangères où il exerce toujours, comme il l’explique au début de son livre.

    "Grâce à mes cours j’ai eu très vite un accès à « la France d’en haut », la France des grandes écoles, des concours…", dit-il. Pour autant, Frank Gröninger a aussi côtoyé la France dite "normale", celle des entreprises privées, des milieux populaires, des communautés immigrées où il a exercé comme "prof interculturel". Il témoigne, non sans émotion : "Je décidai de leur apprendre comment les préjugés naissent et qu’eux (et moi aussi) en avaient également. Ils venaient tous du 93, du « neuf trois », et avaient tous plusieurs « bagages » à porter."

    Il parle aussi de cette "France qui n’existe plus, une France du passé, celle de Juliette Gréco, de Georges Moustaki, de Bardot et de Brassens."

    Ces chroniques sont un peu moyen de faire passer quelques messages de tolérance et de compréhension entre les peuples : "Vous devez être conscients de l’image qu’on a de vous pour en jouer ou la contredire par vos gestes." Il y a encore cette remarque fort bien vue sur les incompréhensions encore présentes entre les deux pays anciennement ennemies : "Les Français pensaient que les Allemands n’avaient pas de savoir-vivre et ne pensaient qu’au travail. Les Allemands prenaient les Français pour des latins pas très sérieux qui arrivent en retard et veulent d’abord un café."

    Douce Frankreich est un témoignage sur les liens indéfectibles entre deux pays anciennement ennemis, mais aussi un livre plein d’espoir, en ce qu’il montre que des traumatismes nationaux peuvent être surmontés. Le lecteur s’arrêtera par exemple avec intérêt sur une expérience de professeur qui s’est avérée délicate pour Franz Gröninger : Comment enseigner l’allemand dans une école juive lorsqu’on est précisément le premier Allemand y enseignant depuis la seconde guerre mondiale ?

    300 pages ne sont pas de trop pour parler avec piquant, humour, mais aussi parfois sévérité, des préoccupations et des caractéristiques de la France et des Français d’aujourd’hui : la nationalité française, l’Europe, les classes sociales, les mariages, les femmes, la culture, La mélancolie ou le cul... Voilà qui rend sans doute notre pays si fascinant et étrange. Voilà aussi pourquoi Franz Gröninger a choisi d’en faire sa deuxième patrie : "Quoi qu’il advienne je resterai toujours « l’Allemand » aux yeux de la majorité des gens. Cela ne me gêne pas, car je suis conscient d’être assis « le cul entre deux chaises » pour parler français."

    Frank Gröninger, Douce Frankreich, éd. AlterPublishing, 2021, 296 p.
    https://www.alterpublishing.com/fr/douce-frankreich.html
    https://www.facebook.com/Douce-Frankreich-111189097816428

    Voir aussi : "Amitié franco-allemande"

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  • Tout le portrait craché de sa mère

    Les Réponses, le premier roman d’Elizabeth Little (éd. Sonatine), commence de manière singulière : Jane Jenkins, à peine trente ans, vient de sortir de prison après 10 ans d’enfermement pour le meurtre de sa mère, la respectée et respectable millionnaire Marion Elsinger. Un vice de procédure a permis à l’ancienne people de sortir prématurément de cellule, mais elle devient aussi l’une des personnes les plus haïe d’Amérique, notamment par Trace Kessler, un blogger qui a promis de la renvoyer en prison. Aussi n’a-t-elle d’autre choix que de fuir incognito grâce à son avocat Noah Washington.  

    L’ancienne prisonnière choisit cependant de fausser compagnie à son ange-gardien et de se rendre par ses propres moyens dans le Dakota du Sud : témoin d’un échange de sa mère avec un inconnu quelques heures avant sa mort brutale, elle trouve la trace de la petite ville d’Ardelle où elle pourrait bien trouver une certaine Tessa qui aurait un rapport avec sa défunte mère. Après un périple de quelques jours, elle arrive dans une région marquée par la conquête de l’or et qui est dominée par quatre familles. La clé du meurtre de sa mère pourrait bien se trouver dans cette ville où se déroule un festival local. Jane Jenkins s’y présente en historienne spécialisée afin d’intégrer la petite société notable.

    Cette enquête criminelle devient au fil des pages une quête identitaire  

    Pour son premier roman, Elizabeth Little frappait fort, avec ce thriller dense et cruel. Une fille de riche devenue matricide, puis détenue, part à la recherche de réponses sur le crime de sa mère : est-elle ou non coupable ? Elle-même n’en est pas vraiment certaine. Cette enquête criminelle – son enquête – devient au fil des pages une quête identitaire. Car la ville d’Ardelle et son double, la cité abandonnée d’Adeline, ont leur lot de secrets – souvent, du reste, des secrets de famille – et des faits divers que la police et la population se sont hâtées de cacher.

    Jane Jenkins, l’ancienne enfant gâtée de Californie et ex-prisonnière découvre une Amérique rurale inconnue et, partant, ses propres origines. Elle y découvre un milieu où tout le monde côtoie tout le monde. Les notables y font régner leurs influences, parfois avec cynisme et les habitants ne rêvent souvent que de fuir leur pays natal, en vain.

    Elizabeth Little a construit son personnage avec soin, grâce à une écriture racée : écrit à la première personne, Les Réponses montrent une jeune femme construite par une éducation bancale, cultivée par ses lectures à l’ombre et que 10 ans de prison ont rendu cyniques. Les hommes, en particulier, ne sont pas épargnés : lâches, sournois, sexistes, quand ils ne sont pas purement et simplement criminels, ils font figure de cibles favorites pour une auteure qui marquait là son entrée remarquée dans les lettres américaines.

    Je vous parlerai bientôt du dernier roman d'Elizabeth Little.

    Elizabeth Little, Les Réponses, éd. Sonatine, 2015, 448 p.
    https://www.lisez.com/livre-grand-format/les-reponses/9782355843204
    https://www.elizabeth-little.com/home

    Voir aussi : "Le top de Bla Bla Blog pour 2021"

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  • Le top 10 de Bla Bla Blog pour 2021

    Une année 2021 très riche se termine : cinéma, musiques, livres, expositions, séries ou publicité. Bla Bla Blog ne s’est jamais rien refusé dans son désir de chroniquer ces artistes, ces créations et ces œuvres qui contribuent à enrichir notre vie culturelle. 317 articles ont été publiés cette année.
    Quels sont ceux qui ont le plus buzzé ? Comme les années précédentes, voici le top 10 de cette année.

    10 Au salon avec Chopin et Haley Myles

    C’est avec bonheur que l’on retrouve à la 10e place la pianiste classique Haley Myles pour un enregistrement des Nocturnes de Chopin qu’elle avait d’abord joué pendant le Grand Confinement

    Haley Myles.png"S’il est un répertoire classique archi-interprété, il est possible que les Nocturnes de Frédéric Chopin (1810-1849) tiennent le haut du pavé. La pianiste Haley Miles en propose une version intimiste et passionnante. Avec son projet musical "Chopin Nocturne Project", la pianiste installée à Lyon a choisi d’enregistrer un nocturne différente chaque vendredi de février à juin 2021. L’album – son deuxième – a suivi presque naturellement, après un enregistrement record en trois jours…"

    LA SUITE ICI…

    9 Vous revoilà, Gens de France

    Une réédition de l’ouvrage culte Gens de France fait une entrée surprise dans le classement de notre Top 10.  Voici un rappel pour cette réédition à marquer d'une pierre blanche.

    Vous revoilà gens de France.png"En ce mois de juin, ressort en librairie le mythique Gens de France et d'ailleurs de Jean Teulé. Il avait été publié une première fois à la fin des années 80, avant de connaître une réédition il y a un peu plus de 15 ans (éd. Ego Comme X).
    C’est aujourd’hui les éditions Fakir qui proposent de découvrir ou redécouvrir cet album, l’ultime album graphique de Jean Teulé, avant que celui-ci ne se lance avec succès dans le roman…"

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    8 Adrineh Simonian comme à la maison

    Attention les yeux ! Lorsque nous avons appris que la chanteuse lyrique Adrineh Simonian faisait une reconversion pour le moins osée dans le porno, avec un sérieux sens de l’engagement, il paraissait nécessaire de lui consacrer un article. Cela méritait assurément une étonnante chronique, particulièrement remarquée cette année.

    Arthouse Vienna.jpg"Cette information est sortie de manière relativement confidentielle il y a une dizaine de jours.
    Nous apprenions que la mezzo-soprano autrichienne Adrineh Simonian a choisi une reconversion inattendue, passant de l’univers feutré et bienséant de l’opéra pour celui, plus sulfureux du porno... féministe..."

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    7 Henintsoa, un jour ce sera elle

    En septième position, nous trouvons la chanteuse d’origine malgache Henintsoa, qui se faisait remarquer fin 2020 et en tout début d’année 2021 pour plusieurs titres. 

    Henintsoa.png"Coup de projecteur en ce début d'année sur Henintsoa, une des nombreuses espoirs de la jeune scène francophone.
    Celle-ci nous vient de Madagascar, même si si c’est à Paris qu’elle a fait ses premières armes, après être arrivée en France à 18 ans pour poursuivre des études supérieures. La chanson et sa voix l’ont fait sortir du lot, comme le prouvent  quelques concours de chants remportés (La truffe d'argent, Plus de talents ou la Moog Academy)…" 

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    6 Arbres-danseuses à Toulon

    Une exposition à Toulon a fait parler d’elle : elle a eu lieu cette année à la galerie Simona de Simoni et présentait des œuvres de Patricia Tozzi-Schmitzer. Il s'agit de la seule chronique sur une exposition classée dans le Top 10 de Bla Bla Blog. 

    Arbres danseuses.jpg"C’est à Toulon que l’on trouve la galerie Simona de Simoni, située en face de la Porte d’Italie. Celle qui en est l’initiative est Aliénor de Cellès, dont nous avions déjà parlé sur Bla Bla Blog. Cette artiste passée par le stylisme, la mode et les costumes de scène a choisi la peinture comme terrain d’expérience et de création. Le dernier exemple en date est celui de la galerie qu’elle a fondée au cœur de la Préfecture du Var…"

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    5 Cabaret batave

    En fin d’année, Bla Bla Blog vous faisait découvrir le nouveau show-woman de Martineke Kooistra. Un anniversaire, ça se fête. L’artiste d’origine néerlandaise le faisait en spectacle, avec un sérieux sens d’humour, tout en faisant découvrir le cabaret batave. 

    Cabaret batave.png"Martineke Kooistra célèbre son demi-siècle, et elle ne le fait pas à moitié !
    Cela se passe au Théâtre Essaïon les dimanches à 17 heures 30 jusqu’au 16 janvier 2022.
    Venu des Pays-Bas, l’artiste propose un show mariant le one-woman-show, le stand-up et le tour de chant, dans son univers très à elle…" 

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    4 "J’incarne en quelque sorte « la maîtresse d’école »"

    On aime Flore Cherry pour ses engagements, les événements qu’elle organise et son actualité artistique. Elle arrive au pied du podium de cette année, grâce à une interview menée à l’occasion de la dernière édition du salon de la littérature érotique.

    Flore Cherry.png"Flore Cherry a accepté de répondre aux questions de Bla Bla Blog à propos de son actualité. Il y a, pour commencer, sa pièce de théâtre Le plus beau jour (de votre vie). Mais il y a aussi le salon de la littérature érotique, de retour le 28 novembre, salon qu'elle organise avec la foi du charbonnier. Ou de la charbonnière. 
    Bla Bla Blog – Bonjour, Flore. Journaliste, rédactrice, entrepreneuse, animatrice, auteure… On ne t’arrête plus… A ce sujet, préfères-tu écrivain, écrivaine ou auteure ?  

    Flore Cherry – Je préfère que mon interlocuteur choisisse son propre vocabulaire, surtout. Si pour lui, un écrivain est une femme, c’est OK. Mais j’ai une petite corde sensible pour auteure. Avec un joli -e…"

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    3 La vie commence à 40 ans

    En troisième position du classement de cette année, la chanteuse Andrea Ponti prouve qu’il est toujours temps de faire le buzz. Elle se place remarquablement sur le podium de cette année. Cette médaille de bronze permet de refaire parler d'elle. 

    Andrea Ponti.png"Repérée sur les réseaux sociaux l’an dernier durant le Grand Confinement, Andrea Ponti sort cet été son single "Il était temps", composé et écrit par François Welgryn et William Rousseau.
    Ce marque la naissance d’une interprète qui, à quarante ans, se lance dans la chanson. "Enfin j’ose et je réalise mon rêve en me sentant tellement épanouie dans cette nouvelle aventure que je souhaite la plus aboutie possible. Enfin, comme jamais auparavant je me sens alignée, centrée, complète… à ma place", explique-t-elle…"

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    2 Thomas Pourchayre : "Je digère beaucoup de choses, et j'en oublie beaucoup"

    Une interview arrive en seconde position. Elle concerne Thomas Pourchayre, un auteur que nous avions chroniqué pour son dernier ouvrage, Ève et l’Ange. Pour l’interview qu’il nous a accordés, il fait partie des grandes vedettes de 2021. Mérité, bien sûr !

    Thomas Pourchayre.png"Après avoir parlé du singulier conte Ève et l’Ange de Thomas Pourchayre, nous avons voulu en savoir plus sur l’auteur. Il a accepté de répondre à nos questions.
    Bla Bla Blog – Bonjour, Thomas Pourchayre. Vous sortez aux éditions Abstractions un nouveau livre, Ève et l’Ange. Peut-on dire qu’il s’agit d’un ouvrage hybride ? 
    Thomas Pourchayre – Ah... ! "Récit / nouvelle" ou "poème" ? Je crois qu'il a une unité, ce texte. Il est très homogène dans sa forme, même si elle est effectivement spéciale. Mon roman en cours, par différence, est fait de fragments de différentes natures : on peut dire qu'il est hybride. Mais Ève et l’Ange, à mes yeux, devrait être vu comme relevant d'un genre à part, rare mais pas inédit. Il est peut-être plus proche du conte, même si son style est singulier pour un conte. Bref, renonçons aux classifications !…"

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    1 "Différenciation de la vitesse d’évolution intellectuelle"

    Et la grande gagnante des chroniques de Bla Bla Blog est une chronique inattendue sur - et c'est une nouveauté depuis que notre Top 10 existe ! - une publicité... Elle a été voulue par EDF et conçue par l’agence BETC/Havas. La vénérable entreprise publique a choisi de suivre Eva, croustillante et irrésistible looseuse magnifique. Un énorme coup de cœur, assurément !

    Differenciation de la vitesse.png"Parlons pub avec cet excellent spot proposé par EDF et l’agence BETC/Havas Paris, Eva et Violette. Le film a été réalisé par Réalité, de l’agence Big.
    La vénérable entreprise nationale d’électricité choisit l’humour et le contre-pied pour parler de son énergie vertueuse ("97 % sans CO2, grâce au nucléaire et aux énergies renouvelables")…"

    LA SUITE ICI...

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    Voir aussi : "Top 10 Bla Bla Blog 2020"

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  • Jésus, l'inconnu le plus célèbre du monde

    Parmi les figures majeures de l’histoire mondiale, celle de Jésus tient une place à part. Personnage-clé, homme fascinant mais à la carrière brève (au plus, trois années d’activités publiques qui ont attiré les foules), n’ayant jamais eu de pouvoir public ni laissé d’écrits directs, Jésus est le personnage de l’Antiquité le plus connu, avant même Socrate dont il partage certains traits communs. L'histoire de Jésus est aussi relativement bien documentée, avec des textes nombreux pour un homme de cette époque.

    Roland Hureaux, dans son essai Jésus de Nazareth (éd. DDB), revient aux sources principales que sont les Évangiles. L’auteur le fait avec rigueur, bien loin des lectures plus ou moins révolutionnaires qu’en ont fait avant lui d’autres essayistes. Disons-le : l’étude de Roland Hureaux, en choisissant de ne s’arrêter que sur les quatre Évangiles synoptiques (Luc, Mathieu, Marc et Jean), et en laissant de côté les écrits apocryphes, ne pouvait pas s’éloigner de la vision traditionnelle de celui qui a bouleversé l’histoire de l’humanité.

    De la même manière, le linceul de Turin se voit redéfini comme pièce à conviction, comme il l'il l'a été pendant des siècles, en dépit des analyses qui en ont été faites au carbone 14. L’auteur s’en explique d’ailleurs, comme il justifie son choix, à quelques exceptions près, de ne pas s’attarder sur les écrits apocryphes (Évangiles de Thomas, de Philippe, de Judas ou de Marie, Le Rapport de Pilate à l’Empereur ou Le Livre de la Résurrection), qu’il estime, sinon peu fiables du moins (trop) tardifs et souvent sous influence de la gnose, lorsqu’ils ne sentent pas "l’esprit romancé" (Histoire de l’Enfance de Jésus).

    C’est aussi l’occasion pour  Roland Hureaux de poser la question de l’appartenance ou non de Jésus aux Esséniens

    Là où Roland Hureaux se montre passionnant et novateur c’est dans son tableau d’Israël au Ier siècle : les généalogies de Jésus, ses parents, sa naissance (qui est assez peu discutée aujourd’hui, à savoir en -4) et surtout la société et la politique de l’époque. L’écrivain met aussi en perspective la carrière de Jésus avec les écrits de l’Ancien Testament qui auraient annoncé sa venue. Le lecteur de 2021 découvrira les mouvements politico-religieux de cette époque : pharisiens, zélotes, sadducéens, esséniens et tous ces groupes inféodés ou non à l’envahisseur romain. C’est aussi l’occasion pour  Roland Hureaux de poser la question de l’appartenance ou non de Jésus aux Esséniens. Sa réponse pourrait bien surprendre aux entournures.

    Après un portrait de l’homme Jésus, dont les qualités sont développées, suit une partie importante sur sa prédication, assez courte comme nous l’avons dit. Plutôt que la chronologie, l’essayiste préfère prendre des thématiques en s’appuyant sur de nombreux extraits des quatre Évangiles : le retour aux lois juives, la sagesse, les paraboles ou la place de l’argent. Une autre question, complexe, est posée : quel Messie Jésus est-il ? Une autre partie est consacrée aux miracles, sans toutefois que l’auteur ne tranche sur leur véracité ou non, pas plus qu’il ne le fera plus tard en parlant de la résurrection.

    Plus étonnant, Roland Hureaux s’arrête sur le personnage de Paul, qu’il identifie dans une des scènes. L’organisation de Jésus est également décrite avec soin dans un long chapitre, faisant clairement apparaître un embryon de mouvement organisé.

    Les deux dernières parties de l’ouvrage, en se consacrant à l’arrestation et à l’exécution de Jésus, font clairement apparaître les responsabilités des notables juifs comme des Romains, dont la cruauté est soulignée et mise en perspective. L’arrêt brutal de la prédication de cet homme mystérieux qu’est Jésus fait dire ceci à Roland Hureaux : "Que Jésus ait été trahi par un des siens [Pierre] puis abandonné par tous ses apôtres sauf un [Jean], montre d’abord la fragilité de l’œuvre qu’il avait tenté d’édifier au cours des quelques mois de sa vie publique". Lorsque Jésus est exécutée, de la pire manière qu'il soit, le mouvement de prédication qu'il a initié semble promis à disparaître. On connaît la suite.

    Roland Hureaux, Jésus de Nazareth, roi des juifs, éd. Desclée de Brouwer, 2021, 576 p.
    https://www.editionsddb.fr/livre/fiche/jesus-de-nazareth-roi-des-juifs-9782220092034

    Voir aussi : "La disparition d’un curé de campagne"
    "Dante, voyage au bout de l'enfer"
    "Approcher Marie Noël"

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  • Les sports urbains en beau livre

    Larousse propose pour cette fin d’année un très beau livre que les fans de sports, et plus spécialement de sports urbains, vont absolument vouloir pour leur bibliothèque. FISE, Le meilleure des sports urbains est un album collector d'une belle qualité.

    La vénérable maison d’édition Larousse propose, sous la direction de Carine Girac-Marinier une présentation du Festival International des Sports Extrêmes (FISE) suivie d’une sélection de 125 photographies spectaculaires captées en France, en Europe et dans le monde.

    Les sports extrêmes concernent le BMX Freestyle Park et flatland, le skateboard, le Mountain Bike, le roller freestyle, la trottinette, le Parkour, le wakeboard ou le breaking.

    On voyage, on frissonne et on transpire pour ces athlètes, sportifs souvent méconnus, qui défient les lois de la gravité dans des prestations toutes aussi impressionnantes les unes que les autres. 

    On voyage, on frissonne et on transpire pour ces athlètes qui défient les lois de la gravité

    En 1997 Hervé André Benoit encore étudiant et passionné de sports de glisse, décide de créer le FISE dans le cadre de son projet de fin d'année. L'événement fait une entrée très remarquée dans le monde des sports alternatifs avec près de 100 riders et 35 000 spectateurs présents durant 3 jours consacrés aux sports urbains dits "extrêmes". En 2014 le concept s'internationalise en prenant la forme d'une tournée mondiale dénommée FISE World Series.

    La tournée du FISE commence à Montpellier avant de se poursuivre à Hiroshima au Japon, à Edmonton (Canada) et se termine à Chengdu en Chine. Le BMX Freestyle Park a fait son apparition aux JO de Tokyo en 2021, avec une épreuve masculine et une épreuve féminine.

    L’ouvrage collectif proposé par les éditions Larousse est un moyen de découvrir ces sports extrêmes et urbains, via des photographies intenses et captant au plus près l’exploit de ces athlètes hommes ou femmes, à la fois casse-cous, techniques et passionnés. 

    FISE, Le meilleure des sports urbains, éd. Larousse, 2021, 208 p.
    https://www.editions-larousse.fr/livre/fise-le-meilleur-des-sports-urbains-9782036013834
    https://www.fise.fr/fr

    Voir aussi : "Des héros à l’infini"

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  • L’érotisme en littérature à l’honneur le week-end prochain

    Il y a quelques jours, pour une interview accordée à Bla Bla Blog, Flore Cherry nous avait parlé du Salon de la littérature érotique qu’elle organise tous les ans depuis 2016.

    Cette année marque le retour de la 5e édition (la crise sanitaire est passée par là) d’un événement qui met à l’honneur, et de manière sexy, la littérature.

    Ce salon a été pensé comme un lieu de rencontres avec des auteurs tout autant qu’un univers qui incite le participant à s’impliquer et à devenir lui-même acteur de l’événement par des défis d’écriture érotique (chaque auteur possède sa propre contrainte), des happenings, des animations, des conférences-débats et des cadeaux à gagner.

    Cette année, le salon peut se targuer d’avoir pour invitée vedette Maïa Mazaurette. La chroniqueuse chez Quotidien (TMC), France Inter et au Monde a fait de la sexualité son sujet de prédilection dans tous ses écrits. Elle est considérée aujourd’hui comme la journaliste sexo n°1 en France.

    Le salon peut se targuer d’avoir pour invitée vedette Maïa Mazaurette

    Parmi les autres invitées de marque, mentionnons aussi Dora Moutot, créatrice du compte @tasjoui (500k abonnés), et pionnière des comptes sexo sur Instagram. Son livre Mâle-baisées s’est très vite hissé en tête des ventes françaises. Bebe Melkor-Kadior est une performeuse et afro-féministe qui a signé avec Balance ton corps un manifeste pro-sexe qui est très vite devenu une référence pour toutes celles qui tiennent à user de leur corps comme elles l’entendent.

    Vous l’aurez deviné, ce sont les femmes qui sont les voix puissantes de l’érotisme aujourd’hui, ce que Flore Cherry confirme en interview. Parmi les autres artistes, mentionnons aussi Ivo Da Silva, Valérie Hervo, Rita Perse, Julie-Anne de Sée, Soisic Belin, Chloé Saffy, Zoé Vintimille, Eva Delambre, La rockeuse Julia Palombe, Sonia Saint-Germain, Vera Mar ou Manon (@lecul_nu).

    Le public pourra assister à des conférences et des débats autour des conseils pour écrire des livres érotiques (Emmanuel Jay de l’Atelier Eros, Eva Delambre ou Anne Hautecoeur et Sophie Rongiéras, éditrices à La Musardine), réfléchir sur l’aspect politique et social de l’érotisme (Bebe Melkor Kadior, Dora Moutot, Lucile Bellan, Julia Palombe) ou encore faire le plein de sextoys avec Quentin Bentz du spécialiste Lelo.

    Rendez-vous est pris donc pour aller faire un tour au salon littéraire le plus sexy du monde.

    Salon de la littérature érotique, La Bellevilloise, 19-21 rue Boyer, Paris 20e 
    Dimanche 28 novembre 2021, de 15Hà 21H
    https://www.facebook.com/events/910758633131686

    Voir aussi : "J’incarne en quelque sorte « la maîtresse d’école »"
    "Polissonne, mais pas que"
    "Le salon le plus sexy du monde s’apprête à débarquer à Paris"

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  • Thomas Pourchayre : "Je digère beaucoup de choses, et j'en oublie beaucoup"

    Après avoir parlé du singulier conte Ève  et l’Ange de Thomas Pourchayre, nous avons voulu en savoir plus sur l’auteur. Il a accepté de répondre à nos questions.

    Bla Bla Blog – Bonjour, Thomas Pourchayre. Vous sortez aux éditions Abstractions un nouveau livre, Ève et l’Ange. Peut-on dire qu’il s’agit d’un ouvrage hybride ? 

    Thomas Pourchayre – Ah... ! "Récit / nouvelle" ou "poème" ? Je crois qu'il a une unité, ce texte. Il est très homogène dans sa forme, même si elle est effectivement spéciale. Mon roman en cours, par différence, est fait de fragments de différentes natures : on peut dire qu'il est hybride. Mais Ève et l’Ange, à mes yeux, devrait être vu comme relevant d'un genre à part, rare mais pas inédit. Il est peut-être plus proche du conte, même si son style est singulier pour un conte. Bref, renonçons aux classifications !

    BBB – Pourquoi ne pas avoir choisi la voix du roman et vous être mis en danger dans ce conte moderne ? 

    TP – Parce que chaque œuvre prend sa forme, et celle-ci a vraiment pris joyeusement celle-là. Cela faisait quelques temps que je faisais des haïkus d'humour noir avec un ange pour personnage. Cette histoire est un haïku qui a eu envie de respirer un peu plus longtemps que les autres (rires)... sans aller tout de même jusqu'au roman. Eve et l'Ange est un peu une nouvelle ; ce qui caractérise la nouvelle, c'est la chute, et la chute de l'Ange, cela fait sens. Tout cela est si cohérent (rires).

    BBB – Ève et l’Ange commence de manière prosaïque avec le départ d’une jeune femme – Eve – du domicile de son père – que l’on ne nomme pas mais que l’on identifie bien. C’est une lecture finalement très patriarcale de la Genèse. Est-ce ainsi que vous l’avez toujours considérée – patriarcale ?

    TP – J'ai une distance certaine avec la religion et j'espère aussi avec le patriarcat... par contre je suis plutôt joueur. Je prends des éléments, je les "échappe" de leur cadre comme je les éloigne des références du lecteur. La dose d'ironie n'en est que plus grande. Tout cela est à prendre hors du champ religieux, vraiment, et en même temps je reconnais avec jubilation le caractère ambivalent de mes choix : cela renforce le pied de nez ! La scène initiale installe les choses. Tout cela est très actualisable hors des tableaux classiques de la religion ou du patriarcat, il me semble : un parent veut le meilleur pour sa progéniture, espère un petit ange qui volette au-dessus de son chemin, espère lui apprendre tout le nécessaire en espérant ainsi influencer positivement sa vie, ou au moins son début... Mais en réalité on ne maîtrise pas grand-chose de ce qui arrive et toute tentative de contrôle amène tôt ou tard à une échappée. Là, la jeune femme s'échappe dès le démarrage, et finalement très en douceur.  

    BBB – Il y a cette Eve, une figure féminine incroyable d’aplomb, très libre aussi. Bien différente finalement de l’Eve de la Genèse. Comment l’avez-vous imaginée ? 

    TP – Les deux personnages se sont façonnés ensemble dans le dialogue. Par jeu, envie, tentation, mais par rejet aussi, car chacun a une certaine idée préconçue de ce qu'il lui faut...  C'est effectivement très différent de l'Eve de la Genèse, née de la côte d'Adam ! Ici ils sont l'un pour l'autre comme la poule et l’œuf !

    BBB – Vous prenez au mot l’expression "sexe des anges". D’où vous est venue l’idée de faire intervenir un ange dans votre récit ? Que représente-t-il ? 

    TP – Il y a un double point de départ. D'une part le sujet de la gravité, on y reviendra plus loin... Mais on conçoit assez simplement que l'ange est un personnage idéal pour la défier, cette gravité, quoiqu'elle représente ! L'autre point de départ ce sont mes jeux d'écriture, mes haïkus d'humour noir qui me venaient depuis un certain temps. 

    "Cette histoire est un haïku qui a eu envie de respirer un peu plus longtemps que les autres"

    BBB – Vous pratiquez l’art du télescopage dans votre manière de conter votre historie : textes sacrés, scènes réalistes, surréalisme également. On vous imagine nourri à beaucoup d’influences. Lesquelles ? 

    TP – Je digère beaucoup de choses, et j'en oublie beaucoup... Mais je suis persuadé qu'il en reste toujours une trace au fond de moi, sans que je puisse la décrire ! Je suis très loin des textes sacrés à titre personnel, je n'ai qu'un lien avec la religion. Il n'est pas anodin, même s'il est très distancié. C'est l'architecture. J'ai toujours été fasciné par les constructions religieuses, notamment de la période romane. Dans une église romane je me sens spirituellement libre (c'est beaucoup moins vrai dans les périodes ultérieures). Et puis si vous commencez à regarder les détails architecturaux, les motifs... vous découvrez surtout de l'humain. Telle ou telle figure, chimère ici ou là, mettent en scène un réel très prosaïque à côté de représentations qui relèvent parfois du surréalisme avant l'heure.  Au-delà, je vais dire que je me nourris beaucoup, avec autant de tendresse que d'énervement, du quotidien. Et évidemment, je révère Boris Vian et Beckett. Je ne sais pas ce qui rejaillit le plus ici.

    BBB – Le sous titre de votre livre est "La gravité négociable". Quelle est cette négociation dont vous parlez ? 

    TP – Ah ! Je suis très heureux que vous me questionniez là-dessus. Je resterai un peu elliptique pour pas être rasoir et moraliste. Montesquieu disait que "la gravité est le bonheur des imbéciles". La gravité est une des composantes les plus agaçantes du grand théâtre de l'époque, et de toutes les époques. Sans oublier notre petit théâtre intérieur. On est si grave avec soi-même, parfois... La gravité est quelque chose de factice, c'est une posture pour mimer l'émotion, le respect, la hauteur, l'importance, le pouvoir. Une façon de négocier avec les mirages... pardon pour le jeu de mots, mais je ne le crois pas illégitime ici. Là, je suis passé de sujet de la gravité tout court au sujet de la gravité terrestre, puis de la gravité terrestre à l'attraction des corps... On paraît s'éloigner du sujet initial mais la métaphore en garde quelque chose, il me semble. L'ange est la figure idéale pour démontrer à quel point la gravité est un artifice, voyez : même un ange prend plaisir à tomber, mais aussi à remonter. C'est sa façon de négocier. Sans mirage. Cherchons l'élévation autant que la chute. Ce sujet de la gravité, je m'en aperçois, est assez présent, chez moi. Mon premier recueil*, sur un tout autre sujet, partait d'une posture assez grave en regard du monde saturé dans lequel nous vivons... pour tout désosser.

    BBB – Pouvez-vous nous dire comment vous travaillez avec votre éditeur mais aussi avec l’illustrateur, Jean-Christophe Stauder, qui a conçu la couverture de l’ouvrage ? 

    TP – J'ai connu Quentin (mon éditeur) dans le cadre d'un projet qui lui tient à cœur, de longue date maintenant : un recueil collectif pour commémorer les événements de Stonewall aux US, emblématiques des luttes de la communauté LGBT. J'y ai participé. Finalement il a décidé de se lancer aussi dans l'aventure de la création d'une maison d'édition, d'y publier cette anthologie, et en parallèle il a fait l'erreur de me demander des manuscrits (je l'entends rire d'ici en lisant ces lignes).  Jean-Christophe c'est tout différent. Il m'a contacté dans le cadre d'un projet que je mène avec des amis... la création d'une  maison d'éditions un peu particulière**. Il avait été séduit par le projet, se proposait comme illustrateur si toutefois nous avions l'intention d'y avoir recours. Quand Quentin m'a dit « banco » pour Eve et l'Ange, il m'a demandé de réfléchir à la couverture... et je n'ai pas réfléchi longtemps : j'avais vu le travail à l'encre de Jean-Christophe, et c'était une évidence absolue. Je l'ai contacté, lui ai fait lire mon texte... Il a dit « banco » aussi. Jean-Christophe m'a fait beaucoup de propositions très séduisantes mais celle qui a atterri finalement en couverture présentait un parfait équilibre et un écho très précis au moment de la rencontre d'Eve et de l'Ange, au début de l'histoire.

    BBB – Quels sont prochains projets après ce livre ? 

    TP – Je suis très chanceux et occupé. Il y aura dans quelques semaines, toujours aux éditions Abstractions, un recueil de poésie assez consistant. Il s'appelle Du Chaos et de la bonne Digestion des Choses. Il traite, pour faire court, de l’ego et du passage à l'acte. Je finis un roman, aussi, en prenant mon temps... Et j'ai par ailleurs quelques pistes d'écriture, dont une avec l'artiste Juliette Choné. Sinon, comme je l'indiquais j'amorce une vie d'éditeur associatif et furtif. Les éditions du Facteur Galop publieront leurs trois premiers livres à semer en cette fin d'année, et l'intention est de relancer la machine assez vite ensuite pour publier une seconde série de publications. Pour finir, je me suis lancé avec une amie, Julie Renauld, dans un podcast littéraire*** ; j'ai été un peu le cobaye, on a enregistré les premiers épisodes autour de textes à moi. Ça a permis de se caler, de trouver le ton. On commence maintenant à s'ouvrir à d'autres auteurs (Florentine Rey et bientôt Estelle Dumortier). Mais ça va, j'ai encore un peu de temps pour dormir...

    BBB – Merci. 

    TP – Merci !

    * Le Dernier Livre du Monde, éditions Gros Textes
    ** Les éditions du Facteur Galop, www.editionsfacteurgalop.org
    *** Rue Poivre, www.ruepoivre.com 

    Thomas Pourchayre, Ève et l’Ange ou la Gravité négociable,
    éd. Abstractions, 2021, 63 p.

    www.editions-abstractions.com

    Voir aussi : "Un ange passe"
    "Ça caille les belettes"

    Illustration : Jean-Christophe Stauder, La Beauté sort du chaos, créée pour Ève et l’Ange ou la gravité négociable,
    encre du Japon et lavis. 15 cm x 20 cm. 2021

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