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Parlons de La petite garce. On aime ou on déteste, et par dessus tout on trouve cela drôle, déplacé, voire vulgaire.
Bla Bla Blog, lui, admire ce sens du "dérap-art" contrôlé. Nous avions déjà parlé de La brodeuse masquée qui avait fait du loisir créatif le plus sage qui soit une vraie philosophie alliant déco, trash et humour noir. Pourquoi ne pas faire le focus sur cette artiste singulière ?
La petite garce sévit principalement sur Internet et les réseaux sociaux. Son dada c’est la déco vintage, les détournements d’objets du quotidiens chinés un peu partout. Et surtout des punchlines et des messages plus engagés qu’ils ne paraissent : "Mariée au premier ringard", "Ni Dieu ni mec !", "Mon papa à moi est un gangster !"
Du fin fond de la Nièvre, La petite garce assume complètement son sens de l’à-propos, ses messages féministes et aussi... l’art de ne pas se prendre au sérieux.
Les ouvrages consacrés à l’art et à l’interprétation de chefs-d’œuvre sont légion. Bla Bla Blog en a d’ailleurs chroniqués plusieurs. Cette publication récente des éditions Larousse a deux particularités : son format de poche d’abord et son choix de peintures et d’artistes parfois peu connus ensuite. On oubliera donc La Joconde, La jeune fille à la perle, Guernica ou Le déjeuner sur l’herbe.
Si l’on croise dans l’ouvrage de Liz Rideal les noms de Monet, Cézanne, Titien ou Ingres, ce sont souvent des tableaux peu connus qui intéressent l’autrice. D’ailleurs, elle ne s’appuie que sur 50 œuvres, ce qui est à la fois peu et suffisant.
Alors, oui on trouvera dans ce petit livre Les Ménines de Vélasquez, le Portrait d’Adèle Bloch Bauzer de Klimt ou L’Atelier du peintre de Courbet. Cependant, ce qui intéresse Liz Rideal c’est moins d’offrir un manuel des plus grands chefs-d’œuvre de la peinture occidentale que de proposer des clés de lecture. On parlerait presque de vade-mecum qui allie l’efficacité à la pertinence.
L’ouvrage est scindé en deux parties, en plus d’une courte introduction et d’annexes (glossaire, index, bibliographie). La première partie est consacrée aux "Fondamentaux du langage pictural". Des notions parfois oubliées et qui sont pourtant capitales : les formes et les supports, les matériaux, la composition, les styles, les techniques et les symboles. Bizarrement, une partie sur l’autoportrait est incluse dans cette section.
On en regardera plus une motte de beurre de la même façon
La deuxième partie, la plus longue, est consacrée à 50 œuvres, par ordre chronologique et par thème (portraits, paysages, œuvres narratives, natures mortes et abstraction). Chaque tableau est présenté puis détaillé visuellement en deux pages en faisant ressortir les détails les plus remarquables, et parfois les moins évidents. Le lecteur ou la lectrice découvrira par exemple les reflets discrets mais éloquents dans le Portrait Louis-François Bertin par Ingres. La Tempête de neige en haute mer de Turner permet de saisir le chaos et les formes presque abstraites d’un des plus grands paysagistes de l’histoire. On s’arrêtera aussi avec curiosité mais aussi malice sur la Vénus au miroir de Titien qui nous a réservé des surprises dans ce portrait de 1555.
Le choix des artistes peut surprendre. Beaucoup sont anglais ou américains (George Bellows, Sir John Everett Millais, John Hogarth, Sargent ou Whistler), relativement peu de peintres français du XIXe siècle, et encore moins de tableaux médiévaux. Ce choix est paradoxalement une grande force du livre, en comparaison des autres ouvrages de cette nature, car le lecteur ou la lectrice pourra découvrir des artistes moins connus, des femmes aussi (Anne Vallayer-Coster, Helen Frankenthaler, Pat Steir ou la formidable Zinaïda Serebriakova, trop brièvement évoquée). Voilà l’autre qualité de ce livre : nous ouvrir à des artistes dont on parle moins.
Bref, voilà une ouverture inédite vers les beaux-arts. Parions enfin qu’après la lecture de cet ouvrage et la découverte de l’art de la nature morte chez Antoine Vollon, on en regardera plus une motte de beurre de la même façon.
Gérard Julien-Dalvy, intellectuel et spécialiste de l’art est aux manœuvres de ces 100 énigmes de la peinture (éd. Hazan), un épais livre de beaux-arts sorti en 2018. Au menu de son ouvrage ? Près de mille ans de peinture, à travers des œuvres connues pour beaucoup (La Joconde, Les Ménines, Guernica ou Le déjeuner sur l’herbe) et pour beaucoup méconnues. Ainsi, on connaît Bosch pour Le jardin des délices mais moins pour l’Escamoteur. Les non-spécialistes découvriront tout autant La Sainte-Famille de Bronzino, pas forcément l’artiste le plus connu, à l'instar du Parmesan (l'artiste, pas le fromage !) ou de Pontormo.
Une première observation : les œuvres de La Renaissance ou de la période classique – beaucoup de peintures italiennes, d’ailleurs – constituent le gros du corpus de Gérard Julien-Dalvy. L’art moderne et contemporain a droit à une portion congrue – voilà pour la faiblesse (la seule, sans doute) de cet ouvrage.
Ce sont les énigmes qui intéressent l’auteur, et quand on parle d’énigmes disons qu’il s’agit souvent de lectures pointues et passionnantes sur des tableaux, bien plus complexes qu'on ne le pense.
Choix mystérieux de tel ou tel sujet, détails cachés, influences
Choix mystérieux de tel ou tel sujet (Le portrait du bouffon de Fouquet), détails cachés (Le Triptyque du Jugement dernier d’Hans Memling), influences (Guernica) et origines (le Portrait d’un vieillard avec son petit-fils de Domenico Ghirlandaio), le lecteur ou la lectrice fera de bien belles découvertes – ou redécouvertes. On peut penser au rare autoportrait d’Albrecht Dürer ou à La Vierge au chardonneret de Vinci que le lecteur ou la lectrice va sans doute redécouvrir.
La lecture de Gérard Julie-Dalvy passionne dans sa science de retrouver le sens profond d’un chef d’œuvre, à l’instar de L’Amour sacré et l’Amour profane du Titien. Impossible également de ne pas s’arrêter longuement sur le tableau de Pontormo, Joseph en Égypte. Les peintures choisies par ce spécialiste passionné frappent par leur originalité : le Double portrait du même Pontormo, l’Autoportrait au miroir convexe du Parmesan. On sera tout autant frappé par ces peintures singulières comme le saisissant Portrait d’une vieille femme de Quentin Mazssys, la représentation du suaire de Turin par Francisco de Zurbaran (La Sainte Face) ou notre préféré : Le Tableau retourné d’un certain Cornelius Norbertus Gijsbrechts, un tableau de 1670 mais dont la modernité saute aux yeux.
Nous avons eu un coup de coeur pour Pauline Brideron, aka Pol's.
Cette artiste originaire de Gien et travaillant non loin de là à Cerdon, a créé un univers singulier. Son truc ? Les vieilles cartes et atlas, des documents tombant vite dans le caduc au fur et à mesure des transformations géopolitiques.
L’artiste déniche dans des vide-greniers, des brocantes et même dans des écoles ces cartes d’une autre époque. Elle en fait le support d’œuvres incroyables, le plus souvent marines : trois-mâts XIXe, pieuvres surgissant des eaux, personnages fantastiques et autres manifestations semblant sorti tout droit d’un roman de Jules Verne. Et sous nos yeux ébahis, surgissent des pays à la fois familiers et extraordinaires, entre onirisme et steampunk !
Pauline Brideron est ce week-end à Saint-Dyé (41), dans le cadre de l’exposition "Art pluriel", avec ses consœurs et confrères VDV (photographe), Corinne Benedek (peintre), Emilie Chartier (art-thérapeute), Nicole Gil, (sculptrice) et Éric Diot (photographe).
En mars 2026, la Galerie Vallois présente "Womanakwa", le nouveau projet du duo MansAmo. Réalisées en apnée, ces photographies subaquatiques mettent en scène des figures en métamorphose et réinventent un panthéon contemporain, nourri de mythologies internationales.
Les figures qui traversent "Womanakwa" s’alimentent de mythologies diverses. Le vodun, des traditions d’Afrique de l’Ouest, des sources grecques et égyptiennes apparaissent comme des réservoirs de formes et de récits — non pas pour citer, mais pour activer : activer des archétypes, des gestes, des puissances, des “rôles” symboliques. Ce panthéon ne cherche pas la cohérence savante. Il cherche l’efficacité poétique : faire sentir que le sacré n’a pas disparu, qu’il s’est déplacé. Que des divinités “oubliées” peuvent survivre autrement, sous d’autres formes, dans une autre grammaire.
Le projet se déploie au-delà des photographies, enrichies par la vidéo, des oeuvres textiles et des textes.
MansAmo est le duo formé par Mansara et Amaury Voslion. Leur travail croise image, musique, texte et performance, et se construit dans une logique de projets, de mises en scène et de formes hybrides.
"Womanakwa — MansAmo" Galerie Vallois (35 rue de Seine, Paris 6e) Du 5 au 28 mars 2026, lundi–samedi, 10h–13h / 14h–19h https://www.galerie-vallois.com
À quelques semaines des fêtes, voilà un livre qui mériterait amplement de figurer dans les emplettes du Père Noël.
Ce sont les éditions Larousse qui proposent 500 Chefs d'œuvre à la loupe, un passionnant et précieux panorama de l’histoire de l’art, allant des premières créations préhistoriques (La dame de Willendorf, La salle des Taureaux de Lascaux) aux artistes les plus contemporains, certains encore vivants, que ce soit l’Anglais Franck Bowling et ses larges coulures de peintures vives, le Ghanéen El Anatsui et ses créations mixtes ou le célébrissime et néanmoins mystérieux Banksy, présent avec sa Jeune fille au ballon qui avait fait le buzz lors d’une récente vente aux enchère.
On sera gréé aux auteurs des chroniques présentes dans l’ouvrage d’avoir fait preuve d’esprit synthétique et d’efficacité dans la présentation des plus grands chefs d’œuvres de l’histoire de l’art. La peinture est archi-dominante dans ce beau livre généreux.
Les auteurs ont voulu, en une seule page et parfois deux (pas plus), expliquer les principales caractéristiques de créations aussi remarquables que La jeune fille à la perle de Vermeer, La Naissance de Vénus de Botticelli, Les Nymphéas de Monet ou Guernica de Picasso. On imagine le choix cornélien des auteurs et autrices devant choisir souvent une seule œuvre, voire deux, rarement plus, dans le parcours de génies incontournables.
L’objectif est de mettre en avant des secrets de compositions ou des détails que l’on n’imagine souvent pas. Beaucoup connaissent la révolution du sfumato chez Léonard de Vinci. On découvrira aussi le fascinant double portrait des époux Arnolfini de Van Eyck pour ses perspectives et les subtilités des traits. Raphaël est également mis à l’honneur dans plusieurs tableaux, dont la riche scène de L’École d’Athènes, moderne avant l’heure. Pour un tel ouvrage, l’observation des natures mortes (Zurbaran, Clara Peeters ou Giovanna Garzoni) est un vrai plaisir, grâce au rendu des photographies. Le livre ne laisse pas de côté l’abstraction et sait expliquer avec pertinence l’intrusion de visions modernes dans l’art.
On fondera complètement à la vue de LaJeune fille dansant, un bronze indien datant d’il y a plus de 4 000 ans
Par ailleurs, des doubles pages thématiques sont consacrées au paysage, aux nus, aux autoportraits, à l’art religieux ou encore à la peinture d’histoire.
Mais là où l’ouvrage est un vrai plus c’est lorsqu'il met en avant d'e œuvres peu connues, dans des régions du monde autres que l'Europe ou les Etats-Unis (Afrique, Océanie, Asie et Amérique précolombienne) et d’artistes femmes laissées pendant des siècles dans l’ombre. On fondera complètement à la vue de La Jeune fille dansant, un bronze indien datant d’il y a plus de 4 000 ans. On découvrira des artistes féminines mises à l’honneur, que ce soit la Chinoise Guan Daosheng au XIVe siècle, Catharina von Hemessen durant La Renaissance ou encore l’impressionniste Eva Gonzalès (le superbe Jeune Fille au réveil). Impossible non plus de ne pas évoquer un incroyable médaillon de l’artiste Gluck (on ne parle pas ici du compositeur), se représentant de profil avec Nesta Obermer (1936). Une vraie déclaration d’un amour interdit et un cri de revendication. En proposant ce superbe livre, Larousse revient à ses classiques autant qu’il contribue à dépoussiérer l’histoire de l’art.
Le peintre John Singer Sargent est largement méconnu en France. Voilà pourquoi le livre de l’historienne d’art Sandrine Andrews tombe à pic (Sandrine Andrews, John Singer Sargent, éd. Larousse), tout comme l’exposition qui est consacré à Sargent au Musée d’Orsay jusqu’en janvier 2026. Mais qui est donc ce peintre dont la notoriété aux États-Unis a été et reste encore aujourd’hui exceptionnelle, mais qui est pourtant si discret par chez nous ? Pour le savoir, Sandrine Andrews propose une découverte passionnante d’un homme que l’on compare à Whistler pour sa célébrité comme pour son apport esthétique.
Il convient de rappeler tout d’abord que nous fêtons cette année le centième anniversaire de la mort du peintre, né en 1856. Ses jeunes années de formation sont d’autant plus marquées par la révolution impressionniste que le garçon, né et élevé dans une famille bourgeoise et éduquée (son père est chirurgien et sa mère une musicienne et aquarelliste), voyage fréquemment en Europe – il est d’ailleurs né à Florence. Ses talents sont précoces. En atteste un croquis bluffant de vues montagneuses alors qu’il n’a que 14 ans.
Sargent fait ses gammes en Italie, comme le montre le magnifique portrait de Rosina Ferrara (Portrait d’une fille de Capri). Cette petite huile sur carton, exposée à Denver, n’est que le premier exemple de ce qui va faire la notoriété du peintre : les portraits, et notamment des portraits de femmes : El Jaleo, La dame à la rose et surtout le stupéfiant et saisissant portait de Madame X (ou Madame Gautreau).
En Europe, c’est à Paris que le jeune homme s’arrête. Il découvre Le Louvre, côtoie le milieu culturel de la capitale (que l’on pense à Gabriel Fauré qu’il portraitise avec succès), se ballade au jardins du Luxembourg et fréquente les concerts de l’Orchestre Pasdeloup. Il côtoie aussi ses homologues français, dont son ami Claude Monet.
Madame X
D’où vient alors la désaffection chez nous de ce peintre à la fois élégant et sensible ? Peut-être, justement, à ce portrait de Madame X, injustement boudé et moqué lors de sa présentation. Sargent choisit de préférer d’autres horizons : l’Italie, donc, mais aussi l’Espagne (Marie Bulloz Pailleron), le Maroc (Fumée d’ambre), avant une escale en Angleterre. Là, sa peinture subtile se prête parfaitement bien aux scènes de jardins et de genres. Son talent dans le portrait se trouve en plus confirmé (l’étonnant et préraphaélite portrait de l’artiste Ellen Terry en Lady Macbeth). Puis, enfin, les États-Unis où, définitivement, la notoriété de Sargent dans les portraits explose, au point qu’il se plaint de trop en faire. La dernière étape, qui n’est pas la moins étonnante, est son choix de revenir en Europe en pleine Première Guerre Mondiale afin de croquer et de témoigner des ravages du conflit. Il meurt quelques années plus tard, auréolé d’un prestige incroyable – aux États-Unis…
Cet ouvrage de Sandrine Andrews est une formidable découverte d’un peintre oublié dans nos latitudes. Un livre richement illustré qui ne pourra que compléter une visite de l’exposition que lui consacre Orsay.
Parlons de la galerie Oana Ivan Gallery. Située au 93 rue du Faubourg Saint-Honoré, à Paris, cet écrin tourné vers l’art, a ouvert ses portes en janvier de cette année. Après une première exposition autour de l’artiste visionnaire Peter Knapp, c’est sur le photographe Gilles Bensimon qui a les honneurs de la galerie parisienne. Il ne reste que quelques jours pour la découvrir.
Gilles Bensimon reste une figure marquante du magazine Elle. Il a lancé l’édition américaine en 1985, avant d’en devenir le directeur créatif. Il a photographié toutes les icônes de son époque : Linda Evangelista, Naomi Campbell, Cindy Crawford, Madonna, Charlize Theron ou Gisele Bündchen.
Photographe des femmes, mais surtout pour les femmes
Photographe des femmes, mais surtout pour les femmes, il a libéré l’image du corps féminin sans jamais en faire un objet. Il a profondément réinventé la façon de photographier la femme : ni icône figée ni simple muse, mais partenaire d’une vision créative. Son œuvre est une ode à l’allure, à l’intimité, à l’instant.
"Ce sont les femmes qui m'ont tout donné", dit-il. Pour lui, un portrait doit être une découverte, garder une part d’ombre. Son ambition : faire "des photos hors du temps, mais qui disent aussi quelque chose de l’instant". Une quête qu’il poursuit avec une exigence sans relâche, souvent teintée de doute : "Je ne suis jamais entièrement satisfait de mes photos". C’est peut-être cette insatisfaction qui le pousse à aller toujours plus loin, à photographier encore, à ne jamais s’arrêter. Lorsqu’on lui demande quelle est sa photo préférée, il répond : "C’est celle que je ferai demain".
Exposition "Gilles Bensimon", du 12 septembre AU 8 novembre 2025 O.I, Oana Ivan Gallery 93, rue du Faubourg Saint-Honoré 75008 Paris https://www.galleryoanaivan.com