Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Web et presse

  • Tweet Westeros

    Pin it!

    Chaque dimanche soir, les fans de Game of Thrones (@GameOfThrones) se rassemblent sur Twitter pour discuter des retournements de situation, des dernières aventures des personnages, pour partager leurs mêmes et autres gifs, et live-tweeter avec la communauté. Chaque saison de #GameOfThrones génère des millions de Tweets. En 2016, Game of Thrones a été la série la plus discutée sur Twitter et dans le Top 10 des tendances sur Twitter  - c’est d’ailleurs la seule série télé dans ce top.

    Alors que la saison 7 a commencé hier soir aux États-Unis et que le premier épisode traverse l’Atlantique pour arriver ce soir sur les écrans français, Twitter a analysé Game of Thrones sur sa plateforme. En 2017, dans le monde, il y a eu 13,8 millions de Tweets à propos de la série. Le 21 juin, jour de la sortie de la seconde bande-annonce, a été le jour où il y a eu le plus de Tweets postés.

    Twitter a créé une carte interactive avec tous les personnages de Game of Thrones représentés par des flocons de neige connectés selon les relations entre les différents protagonistes. En cliquant sur un flocon, vous avez un résumé du moment le plus important pour ce personnage (le moment qui a suscité le plus de tweets) et l’épisode durant lequel a eu lieu ce moment fatidique - attention aux spoilers...

    Les épisodes ayant suscité le plus de conversations sur Twitter sont, dans l'ordre :

    - The Winds of Winter (saison 6 - épisode 10 - diffusé le 26 juin 2016*
    - The Red Woman (saison 6 - épisode 1 - diffusé le 24 avril 2016*
    Battle of the Bastards (saison 6 - épisode 9 - diffusé le 19 juin 2016*
    - Mother’s Mercy (saison 5 - épisode 10 - diffusé le 14 juin 2015*
    - Home (saison 6 - épisode 2 - diffusé le 1er mai 2016*

    *Dates de diffusion aux Etats-Unis

    De tous les personnages de la série, quels sont ceux dont on a le plus parlé sur Twitter pendant la saison 6 ?

    - Jon Snow
    - Daenerys Targaryen
    - Sansa Stark
    - Arya Stark
    - Hodor

    Quelles célébrités de la galaxie Game of Thrones sont les plus suivies ?

    - Maisie Williams (@Maisie_Williams)
    - Sophie Turner (@SophieT)
    - George R. R. Martin (@GRRMspeaking)

    Pour ceux ne pouvant être devant leur écran dimanche soir et ne souhaitant pas se faire spoiler le début de la nouvelle saison, Twitter permet de masquer certains tweets dans les timelines en fonction de mots-clés. Plus d’explications dans ce Tweet ou via le Centre d’Assistance.

    https://interactive.twitter.com/winter-is-here
    @GameOfThrones

  • Cet @ete

    Pin it!

    Allier le plus visuel des réseaux sociaux à la bande dessinée va tellement de soi que personne n’en avait eu l’idée auparavant. Cet été, Arte profite d’Instagram pour proposer Été, un roman graphique que les internautes pourront découvrir quotidiennement, à raison d’une planche publiée chaque jour, ainsi que vidéos.

    Les auteurs de cette création, Thomas Cadène, Camille Duvelleroy, Joseph Safieddine et Erwann Surcouf, proposent une histoire ancrée dans notre époque, celle d’un couple parisien, Olivia et Abel, très amoureux et décidés à se lancer dans un défi pour tester la résistance de leur couple. Pendant deux mois, ils couperont tout contact entre eux, qu’il soit physique ou virtuel.

    Évidemment, au stade de cette chronique, il est impossible pour le bloggeur d’en dire plus.

    Il ne vous reste plus qu’à vous connecter cet été sur l’Instagram de la web-BD Été, sur le compte Instagram proposé par Arte.

    Été, du 29 juin au 25 août 2017, Instagram, @ete_arte

  • Le philosophe aux plateaux

    Pin it!

    À quelques jours du Tour de France, Libération publie le portrait d’un coureur atypique de la Grande Boucle. Guillaume Martin, grimpeur normand de 24 ans de l’équipe belge Wanty-Groupe Gobert, peut en effet au mieux incarner l’image du "sportif intello", lui qui a signé il y a trois ans un mémoire de Master 2 en philosophie au sujet détonnant : Le sport moderne : une mise en application de la philosophie nietzschéenne ? Le journaliste Pierre Carrey consacre deux pages à ce sportif de haut niveau peu connu du grand public et qui semble incarner l’idéal du mens sana in corpore sano.

    L’ancien étudiant en philosophie à Nanterre, aujourd’hui coureur professionnel aux résultats encourageants (18e du dernier Dauphiné Libéré), fait bien mieux qu’endosser le rôle d’"intello du peloton" – un cliché utilisé il y a quelques décennies au sujet de Laurent Fignon, sous prétexte que le double vainqueur du Tour était titulaire d’un bac, aimait lire et… portait des lunettes. Guillaume Martin assume et revendique sa passion pour la philosophie : il cite Nietzsche, son auteur fétiche, pour parler du sport moderne, et en premier lieu du cyclisme professionnel. Comme le rapporte Pierre Carrey, au début du XXe siècle le sport est venu remplacer la religion après cette "mort de Dieu" proclamée par le "philosophe au marteau". Guillaume Martin considère que "La pensée de Nietzsche offre une nouvelle relation au corps et au sport, différente de l’héritage judéo-chrétien."

    Voilà donc l'auteur d'Ainsi parlait Zarathoustra convoqué pour permettre au sport de retrouver des "fondamentaux" sportifs, bien loin des travers connus des compétitions modernes (professionnalisation, dopage, financiarisation, nationalisme et comportements haineux du supporter). Le sport doit retrouver son essence profonde – et nietzschéenne : plaisir de la confrontation pacifique, désir d’affirmation de soi, dépassement de soi pour devenir un Surhomme (et non pas une "mutant" dopé aux produits de synthèse) : "Il nous a semblé que la philosophie de Nietzsche pouvait permettre de penser le sport de manière plus authentique que ne le permet la morale qui le gouverne de nos jours".

    Féru de philosophie, de savoirs et de culture autant que passionné par son sport, Guillaume Martin n’oublie pas de prévoir pour les trois semaines de la Grande Boucle de s’alimenter en livres, que le journaliste énumère : Informatique céleste de Mark Alizart, 2000 ans d’Histoire gourmande Patrice Gélinet, un récit de voyage dans les Rocheuses au début du XIXe siècle et Les Affinités électives de Goethe.

    Singulièrement, aucun ouvrage philosophique n’accompagnera les soirées du cycliste philosophe durant le Tour de France. Philosophe et écrivain car, pour brouiller encore plus les pistes, le sportif se fait aussi homme de lettres et dramaturge. Il vient d’écrire une pièce de théâtre, Platon VS Platoche, bien entendu sur son sujet de prédilection, avec en guest-star Socrate et Diogène.

    Pas de quoi cependant désarçonner ce sportif talentueux, à quelques jours du début du Tour. Guillaume Martin entend bien mettre entre parenthèses pendant quelques jours la chose philosophique contre guidons, plateaux ou dérailleurs. Cycliste perché ? Le grimpeur de la Wanty-Groupe Gobert a ce mot plein d’esprit : "Moi, nietzschéen ? N’est-ce pas contre-nietzschéen que de se dire nietzschéen ?"

    Pierre Carrey, "Guillaume Martin, le Nietzsche dans le Guidon", Libération, 27 juin 2017

  • La revanche littéraire des damnés de la terre

    Pin it!

    Un étonnant buzz a dévoilé une réalité peu connue de la superpuissance chinoise. Au printemps dernier, la bloggeuse chinoise Fan Yusu a fait sensation en publiant sur son blog son récit I am Fan Yusu (le texte traduit en anglais se trouve sur ce lien).

    Originaire du centre de la Chine, cette fille de paysans a quitté il y a 25 ans sa région pour chercher du travail à Pékin. Le mirage de la capitale aimante la jeune femme, qui travaillait dans les champs dès l’âge de 12 ans, mais la désillusion n’en est que plus rude. Ce qui l'attend c'est la misère, l'exploitation et des conditions de vie désastreuses. Fan Yusu appartient à cette armée de migrants chinois venus chercher du travail dans les principales villes industrielles du pays. Elle a choisi les mots pour faire partager son expérience.

    L’ancienne paysanne du Hubei n’est que la partie émergée de ces damnés de la terre, pauvres, exploités, et dont la fragile planche de salut pourraient bien venir de la littérature… et de la poésie.

    Ouvriers et nourrices le jour, poètes et bloggeurs la nuit. Le site Literary Hub parle dans un article de Megan Walsh paru le 1er mai 2017 de cette revanche de Chinois migrants, défavorisés et souvent désespérés. Après des heures de travail sur la chaîne, bien souvent pour des multinationales, trop heureuses de trouver des employés à moindre coût, il reste peu de portes de sortie pour ces femmes et ces hommes qui attendaient bien autre chose que des cadences infernales, des conditions de travail déplorables ou des supérieurs hautains et méprisants. Le soir, c’est sur des téléphones portables ou des ordinateurs, sur des blogs ou sur les réseaux sociaux, que ces migrants racontent leur quotidien, leur désespoir et une autre facette du mirage économique chinois. Fan Yusu raconte ainsi son passé de nounou : Je devais souvent me lever la nuit pour m’occuper du bébé… Je ne pouvais m’empêcher alors de penser à mes propres filles. Faisaient-elles des cauchemars, la nuit, sans leur mère à leurs côtés ? Sanglotaient-elles ? Il m’arrivait souvent de pleurer. Heureusement, […] personne n’était là pour le remarquer.

    À lire le récit de Megan Walsh dans Literary Hub, qu’il est loin le temps où le régime communiste chinois prenait le plus grand soin des ouvriers, considérés comme le fer-de-lance du régime hérité de Mao ! Depuis Deng Xiaoping, la Chine a fait sa mue et s’est transformée en monstre économique. Megan Walsh cite un jeune migrant, Xie Xiangnan, qui "établit une comparaison entre la glorieuse image de Lénine à la tribune, issue de ses souvenirs d'écolier, et ces hordes de misérables paysans qui débarquent à la gare ferroviaire de Canton en portant toute leur maison dans des sacs en plastique, comme autant de paquets d'explosifs..." (trad. Courrier International, 15 juin 2017).

    La journaliste américaine s’arrête sur le poète migrant chinois le plus connu, Xu Lizhi. Il travaillait pour la firme de Foxconn, sous-traitant d’Apple. Le jeune homme de 24 ans est devenu la figure emblématique de ces travailleurs exploités lorsqu’il s’est suicidé en se jetant du 17e étage d’un bâtiment de son employeur. Xu Lizhi écrivait ceci, quelques mois avant sa mort : "J'étais comme un mort / Le couvercle du cercueil, lentement ouvert." La mort brutale de ce simple ouvrier, "ce poète qui est mort pour votre téléphone" comme l’a surnommé le magazine Time, a jeté une lumière crue sur ces prolétaires promis aux plus basses besognes.

    Singulièrement, c’est l’un des genres littéraires les plus confidentiels qui soient, la poésie, qui a contribué à dévoiler les destins de ces hommes et de ces femmes promis à la misère et au mépris. Alors que sortait en 2016 le documentaire Iron Moon de Wu Feiyue (inédit en France), l’homme de lettres Qin Xiaoyu rassemblait une compilation de poèmes à la fois littéraires et engagés (Iron Moon: An Anthology of Chinese Worker Poetry, traduit uniquement en anglais par Eleanor Goodman).

    Prenant la relève des réseaux sociaux (WeChat) ou des blogs, l’édition traditionnelle a fait de ces nouveaux esclaves du capitalisme, des héros autant que des voix puissantes. Celle de Xu Lizhi porte loin : "J'ai avalé le travail, / J'ai avalé la pauvreté des ponts-piétons avalés, / Avalé cette vie rouillée / Je ne peux plus avaler du tout."

    Qin Xiaoyu, Iron Moon: An Anthology of Chinese Worker Poetry,
    éd. White Pine Press, 2016

    "Chine, l’enclume des jours", in Courrier International, 15 juin 2017
    Megan Walsh, "The chinese factory workers who write poems on their phones",
    in Literary Hub

    Fan Yusu, I Am Fan Yusu, trad. anglaise
    "A Poem of Shame: In the Words of China’s Workers", in Hyperallergic, 22 avril 2017


  • Game of Thrones pour les nuls

    Pin it!

    Le compte à rebours a commencé pour les millions de fans de Game of Thrones. Il faudra attendre le 16 juillet 2017 pour découvrir la saison 7 de la série culte de fantasy, inspirée de l’œuvre de George RR Martin.

    Première mauvaise surprise pour celles et ceux qui suivent les aventures de Tyrion Lannister, Daenerys Targaren ou Jon Snow, cette saison ne comportera que 7 épisodes (au lieu de 10). Et comme une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule, une saison supplémentaire, encore plus courte, viendra clôturer la saga, sans doute courant 2019.

    Au terme du 73e épisode, les amateurs de GOT devraient découvrir qui pourra s’asseoir sur le Trône de Fer, si les Marcheurs Blancs vont venir conquérir le monde des mortels, et surtout quels héros survivront.

    Pour une révision générale de l’univers de GRRM et tout savoir – ou presque – sur les grands et petits secrets de la série de fantasy, le magazine Ciné Série Saga propose ce mois un hors-série de 80 pages, avec spoilers inclus.

    Game of Thrones, saisons 7, HBO, à partir du 16 juillet 2017

  • Mimpe-moi

    Pin it!

    Parmi les centaines de réseaux sociaux existant, un a retenu notre attention. Il s’agit de Mimpe, téléchargeable aujourd’hui sur l’Apple Store, et bientôt sur Android.

    La première de ses particularités est qu’il est l’œuvre d’un très jeune entrepreneur, comme la nouvelle économie en produit depuis la naissance de l’informatique. Le créateur de Mimpe, Maxime Payage, a vingt ans et déjà une expérience de six ans dans le développement. On lui dit une dizaine de jeux vidéos. Son dernier en date, Floyd the Leprechaun, est sorti il y a deux ans, alors que le jeune entrepreneur était étudiant en Maths Sup.

    Maxime Payage voit cependant déjà plus loin, comme il le dit lui-même : "C'est lors de la "pause estivale" entre les 2 années de prépa que j'ai décidé de faire une pause dans le développement de jeux (pour des raisons justifiées) afin de me concentrer sur un projet que j'avais en tête depuis longtemps, faire un nouveau type de réseau social."

    Un nouveau réseau social ? Pour quoi faire ? Le créateur de Mimpe a imaginé son application en ciblant d’abord ses utilisateurs potentiels. Mimpe ne concurrence pas les Facebook, Instagram et autres twitter : il vise à devenir un réseau social spécialisé dans l’art, la culture et les loisirs. Et c’est pour cela que Bla Bla Blog s’y intéresse. "Ce qui différencie vraiment Mimpe des autres est son contenu. Il y a aussi la présence de Mimpenger au sein de Mimpe, un service de messagerie instantanée qui permet d'échanger direct avec le Mimpeur du post qui vous intéresse", dit encore Maxime Payage.

    Lancé en décembre dernier, après un an et demi de travail, Mimpe fonctionne comme une plate-forme de partage, intuitive, interactive et à vocation culturelle. Le "mimpeur" ne sera pas dépaysé avec ces fonctionnalités classiques sur les réseaux sociaux : publications de textes, photos et vidéos, partages, recherches grâce au système de hashtags, commentaires et messagerie.

    Mimpe pourrait bien devenir un outil à la foi spécialisé et très utile. Il ne reste plus à Maxime Payage qu’à jouer des coudes pour faire sa place dans un milieu trusté par des groupes déjà bien installés. Mais après tout, Mark Zuckerberg n’a-t-il pas créé Facebook dans une chambre d’étudiant ?

    Mimpe, sur l’Apple Store

  • Futurophilie

    Pin it!

    Le magazine Beaux-Arts continue son aventure dans le neuvième art, en proposant un hors-série passionnant sur la bande dessinée de science-fiction. Après la BD érotique, paru l’an dernier, c’est un autre genre qui est mis à l’honneur par le prestigieux magazine d’art, un genre populaire, souvent considéré de haut, mais à l'influence considérable. "La bande dessinée de S.F. a contaminé les blockbusters du cinéma contemporain, de Star Wars à Blade Runner en passant par le futur Valérian de Luc Besson. Les petits Français n’y sont pas étrangers. Dans les années 1970 et 1980, les bibliothèques des studios hollywoodiens étaient remplies de numéros de Métal Hurlant" dit à ce sujet Vincent Bernière dans son éditorial.

    Il est vrai que ce hors-série de Beaux-Arts fait la part belle à la science-fiction dessinée tricolore : Les Pionniers de l’Espérance de Roger Lécureux et Raymond Poïvet, Les Naufragés du Temps de Jean-Claude Forrest et Paul Gilon, Valérian et Laureline de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières, Lone Sloane de Jacques Lob, Beanjamin Legrand et Philippe Druillet, L’Incal d’Alejandro Jodorowsky et Moebius, La Trilogie Nikopol d’Enki Bilal et Le Transperceneige de Jacques Lob, Benjamin Legrand et Jean-Marc Rochette.

    Bien entendu, BD et SF font aussi bon ménage qu’il n’est possible, pour une raison évidente : avant le développement des effets spéciaux au cinéma – et leur corollaire, les effets numériques –, la bande dessinée était un médium sans nul autre pareil pour donner la vie à des mondes imaginaires et des univers extraordinaires.

    Les auteurs du magazine datent la naissance de la BD de SF française à l’immédiate après-guerre, avec la parution des Pionniers de l’Espérance de 1945 à 1973. L’élégante et futuriste saga de Roger Lécureux et Raymond Poïvet, de par sa longévité exceptionnelle, va marquer un nombre considérable d’auteurs. Parmi ses héritiers figure Les Naufragés du Temps de Jean-Claude Forrest et Paul Gilon. Un large public va se laisser conquérir par ce space opera somptueux, palpitant et sexy. Ce chef d’œuvre, aussi magistral soit-il, n’aura pas autant d’influence que l’épopée de Valérian, l’agent spatio-temporel et de la "jeune et jolie sauvageonne Laureline", "une anti Barbarella." Les aventures de ce couple, berçant entre réalisme et fantaisie, sont si marquantes que l’oeuvre de Christin et Mézières est présente jusque dans la mythique saga Star Wars.

    Les lecteurs français de Beaux-Arts découvriront une figure légendaire de la BD de SF : L’Éternaute des Argentins Héctor Oesterheld et Victor Solano López. Cette histoire d’un pays tombé dans l’apocalypse suite à la chute d’une neige mortelle donne des sueurs froides, mais pas pour les raisons que l’on pense. L’Éternaute devient un personnage emblématique et politisé lorsqu’en 1976 ce héros, créé en 1957, reprend du service. Nous sommes en pleine dictature argentine et les militaires prennent très au sérieux cette bande dessinée de science-fiction allégorique et engagée. Considéré comme un opposant, le scénariste Oesterheld est poursuivi avant d’être arrêté et de disparaître en 1977. Auparavant, il a dû vivre les enlèvements et les morts atroces de ses quatre filles, non sans avoir choisi de terminer malgré tout l’épisode de la série mythique entré dans la culture argentine.

    En parlant de ce scénariste ayant donné sa vie pour son œuvre et ses idées, il faut souligner la place que Beaux-Arts donne aux scénaristes de BD, insuffisamment mis en avant : Roger Lécureux, Jean-Claude Forrest, Pierre Christin, Brian K. Vaughan ou Alejandro Jodorowsky. Il est rappelé que Jacques Lob est à ce jour le seul scénariste à avoir reçu le Grand Prix du Festival d’Angoulême, en 1986.

    Déconsidérée, méprisée ou ignorée, la science-fiction dessinée a trouvé dans le prestigieux magazine d’art un précieux soutien.

    Les Secrets des chefs d’oeuvre de la BD de science-fiction, Beaux-Arts,
    hors-série, février 2017, 154 p.

  • Les aventures de l’art

    Pin it!

    La série web est un genre en plein développement. La FRAC Aquitaine s’en est emparée pour proposer un programme court sur Internet consacré à l’art contemporain, La Conquête de l’Art.

    Trois épisodes de trois à quatre minutes, basés sur les collections de la vénérable institution régionale, répondent à ces questions : faut-il être cultivé pour apprécier une œuvre d’art ? Une œuvre d’art doit-elle être belle ? Faire de l’art demande-t-il du travail ?

    Le but affiché par la FRAC Aquitaine est de s’attaquer aux poncifs sur l’art contemporain et de parler des œuvres emblématiques de l’art moderne et classique.

    La FRAC Aquitaine se fait médiatrice culturelle et vise un large public. La websérie est destiné autant à être vue sur tous les écrans, seul ou en famille, dans les écoles, en fac, dans les structures médico-sociales, socio-culturelles et socio-éducatives, comme par les associations culturelles et sociales. Le support animé accompagnera des expositions nomades organisées par la FRAC Aquitaine en région.

    Historiens de l'art et auteurs (Camille de Singly et Sophie Poirier), graphistes (Cizo des Requins Marteaux Éditions) et développeurs web (Matthieu Felder / Poivre vert Productions) se sont alliés pour ce projet créé avec le soutien de la Région Nouvelle-Aquitaine (via le programme Aquitaine Cultures Connectées) et la DRAC Nouvelle-Aquitaine.

    La Conquête de l’Art, réalisé par Stéphane Soulié, Frac Aquitaine

  • Ère de l’information ou ère de la crédulité ?

    Pin it!

    Le dossier que la revue Pour la Science consacre à la désinformation sur les réseaux sociaux est de ceux que l’on souhaite promouvoir. L’enquête menée par l’équipe de chercheurs italiens menée par Walter Quattrociocchi au Laboratoire de sciences sociales computationnelles à Lucques (école MIT des hautes études) s’est intéressée à la manière dont sont diffusées les informations fausses et les théories conspirationnistes les plus aberrantes. Les exemples en la matière ne manquent pas : traînées de condensation d’avions destinées à manipuler le climat voire les populations (chemtrails), liens entre vaccins et maladies, attentats du World Trate Center, l’alunissages d’Apollon 11 en 1969, et cetera. Ces théories fumeuses ne pourraient être qu’anecdotiques si l’on oubliait leur influence parfois désastreuse : l’affaire du "Pizzagate" en pleine élection américaine, imaginant un réseau de pédophilie auquel aurait été liée Hillary Clinton, a contribué à perturber l’électorat américain particulièrement volatile.

    L’équipe de Walter Quattrociocchi a passé à la moulinette plusieurs millions de données d’internautes italiens entre septembre 2012 et février 2013, alors que ce pays était en pleine campagne électorale : un contexte idéal pour étudier à la loupe les comportements de citoyens lorsqu’ils sont en présence de sources classiques, alternatives et politiquement influentes.

    L’article du magazine scientifique rappelle qu’Internet a révolutionné la manière dont mes citoyens sont informés – et mésinformés. Trois facteurs fondamentaux expliquent la désinformation. L’analphabétisme fonctionnel, tout d’abord, qui est cette incapacité à comprendre un texte : cela concerne près de la moitié des Italiens ou Français âgés de 16 à 65 ans. Un autre facteur est le "biais de confirmation", autrement dit la propension que nous avons à rechercher des informations qui viennent étayer et confirmer nos goûts et nos préjugés. Le dernier facteur est celui, inédit depuis la naissance des réseaux sociaux type Facebook ou Twitter, d’une information numérique directe, sans contrôle ni vérification préalable avant diffusion. Ce dernier facteur est considéré par nombre de spécialistes comme une menace particulièrement dangereuse, ce qui fait dire ceci à Walter Quattrociocchi : "On fait souvent l’hypothèse que l’être humain est rationnel, mais l’étude quantitative de ces phénomènes indique plutôt le contraire" !

    La première conclusion de l’étude sociologique montre que les trois sources étudiées (classiques, alternatives et politisées) ont, dans leur propagation et leur diffusion (nombre de likes, de partages ou de commentaires) des statistiques similaires. Autre similitude : la polarisation des internautes sur les sources d’actualité qu’ils ont l’habitude de suivre. Autrement dit, une personne suivant des actualités scientifiques réagira peu ou pas du tout à des sources alternatives – et inversement. Une première distinction apparaît lorsqu’il s’agit d’étudier les trolls, ces messages parodiques dont l’objectif est de perturber volontairement une discussion (par exemple, la mise en relation de la fièvre Ebola avec des photos de chatons). Il apparaît que ces trolls suscitent d’abord des réactions de la part des internautes suivant les sources d’informations alternatives : "Parmi les 1279 utilisateurs classés comme une orientation bien définie, 55 % de ceux qui ont cliqué "J’aime" sur les trolls considérés sont des amateurs de sources alternatives, contre 23 % et 22 % respectivement pour les amateurs de sources classiques et de mouvements politiques." Walter Quattrociocchi pointe du doigt un paradoxe frappant : "Les internautes les plus attentifs à la prétendue manipulation perpétrée par les médias orthodoxes sont les plus enclins à interagir avec des sources d’informations intentionnellement fausses." Dit autrement, les pourfendeurs de la manipulation sont aussi ceux les plus enclins à être manipulés !

    Mais qu’est-ce qui différencie les sources d’information scientifiques et celles provenant de médias alternatives ? La première est que l’information scientifique fait référence à des travaux et des auteurs précisément tracés. Par contre, les articles conspirationnistes s’appuient sur des machinations secrètes, ourdies par des individus puissants mais jamais clairement identifiés. D’autre part, alors que les sources scientifiques s’appuient sur des faits empiriques, ceux appartenant à la sphère conspirationniste trouvent des explications simples – pour ne pas dire simplistes – à des phénomènes complexes. Internet, on le sait, est une caisse de résonance formidablement puissante et est un véhicule efficace, pour le meilleur, mais aussi pour le pire (voir à ce sujet le graphique Matteo Pavanati au sujet des complots diffusés sur Facebook).

    Comment désintoxiquer et empêcher la diffusion de fausses informations ? Walter Quattrociocchi considère qu’essayer de convaincre que les chemtrails (les fumées d’avion dangereuses) n’existe pas est vaine. L’interaction des utilisateurs d’une même sphère est si présente que tenter de convaincre un conspirationniste produit l’effet inverse de celui recherché. D’une manière générale, chacun tendra à ignorer tout ce qui ne conforte pas leur propre préjugé ("biais de confirmation"). De plus, précise le chercheur italien, plus une discussion sur un post est longue plus elle aboutira à "une dégénérescence négative."

    Dans ce même dossier de Pour la Science, Gérard Bronner, professeur de sociologie à l’université Paris-Diderot salue les travaux de ses confrères italiens comme les analyses, confirmant d’autres études sociologiques. S’agissant des moyens d’empêcher la mésinformation et la désinformation, il compare l’attrait pour le conspirationnisme avec la croyance à des mouvements sectaires, ajoutant que s’affranchir d’une secte est toujours possible, "sous les coups de boutoir de la réalité." Oui, dit-il, il convient d’apporter la contradiction face à des visions du monde simplistes et erronées, même si c’est un travail de longue haleine. L’entreprise est d’autant plus ardue lorsque des hommes de pouvoir comme Donald Trump parviennent à réveiller "des préjugés enfouis" chez des électeurs : le manichéisme, la peur ou la croyance en solutions simplistes. On sait que le Président américain s’est habillement servi de médias alternatifs sur les réseaux sociaux pour diffuser des informations susceptibles de déstabiliser son adversaire démocrate. Walter Quattrociocchi a cette conclusion frappante : "Ne faudrait-il pas cesser de parler de l’ère de l’information et parler plutôt de l’ère de la crédulité ?"

    Walter Quattrociocchi, "Désinformation sur les réseaux sociaux",
    in Pour la Science, février 2017, pp. 20-32

    Page Facebook Complots faciles pour briller en société

    © Matteo Pavanati

  • Cherche communicateur Star Trek, neuf ou peu servi, pas sérieux s'abstenir

    Pin it!

    Spotern : Voilà un site qui devrait fortement intéresser pléthore de professionnels mais aussi de fans, nourris et marqués par des œuvres cultes telles que Star Wars, Harry Potter, Le Prisonnier ou Le Seigneur des Anneaux.

    Disons-le d'emblée : limiter Spotern à une plate-forme pour fanbase est limitatif. En réalité, ce site mi-communautaire mi-commercial pourra être utile à quiconque voudra faire sensation auprès de ses amis, ses collègues ou encore sa famille, et tout passionné désireux de s'offrir un accessoire ou vêtement légendaire.

    L'univers de Spotern est celui de la télévision ou du cinéma. Vous rêvez de porter la veste en cuir d'Han Solo dans l'épisode VII de Star Wars ? Le site vous conduira vers la boutique en ligne Sky Seller qui propose une réplique vendue pour la modique somme de 168 $. Envie de vous replonger dans Autant en Emporte le Vent ? Vous pouvez vous offrir pour 44 $, chez Museum Replica, le "chapeau barbecue" de Scarlett O'Hara. Plus proche de nous, les fameux gants en cuir de Ryan Gosling dans Drive vous coûteront 44,50 £ chez Woords of Shropshire. Fans de Star Trek, la réplique du mythique communicateur – en Bluetooth – vous reviendra pour la bagatelle somme de 149,50 $ sur le site de Shop Star Trek ou 52,56 $ chez Amazon : avec ça, les les possesseurs du dernier iPhone pourront se rhabiller.

    Et si vous cherchez désespéramment la toupie d'Inception, une réplique de la bague de Gatsby / Leonoardo di Caprio, le blouson de Marty McFly (Retour vers le Futur) ou une copie du globe terrestre dans Le Dictateur, vous pouvez encore faire appel à la communauté de Spotern. Le site promet d'être une caverne d'Ali Baba pour fans de séries autant que pour accessoiristes, stylistes, cinéphiles ou cosplayers de tout poil.

    Grâce à un système participatif, les membres de la communauté peuvent créer un "spot" afin de signaler le site marchand vers lequel un objet culte peut être acheté – avec une commission à la clé.

    Mieux que Le Bon Coin, Spotern promet d'être le site des aficionados de tout poil. Au fait, qui a un communicateur Star Trek chez lui ?

    http://www.spotern.com

  • Quand la science-fiction chinoise s’éveillera

    Pin it!

    Je sais ce que vous allez dire : s'inspirer, pour le titre de cette chronique, de l’ouvrage d’Alain Peyreffite, Quand la Chine s’éveillera... le monde tremblera, est facile. Pourtant, cette accroche illustre parfaitement la "longue marche" de la république sino-communiste pour s’installer dans des domaines où elle était jusque-là absente, sinon invisible. Et parmi ces domaines, il y a la science-fiction. À bien y réfléchir, quoi d'étonnant dans un pays où la conquête spatiale est devenue depuis quelques années l'une des priorités du pays de Mao ?

    Un roman illustre cette intrusion dans la SF. En publiant le premier tome de sa saga Le Problème à trois Corps, le romancier Liu Cixin ne se contente pas de rafler une pléthore de récompenses (les Nebula Awards ou Xing yun, et surtout le Prix Hugo) : il donne à la science-fiction chinoise une reconnaissance mondiale et contribue à renouveler ce genre. L’auteur n’en est pas à son coup d’essai. En 1989, en pleine révolution avortée – et sanglante – de Tien-an-men, Cixin avait écrit Chine 2185, roman cyberpunk chinois interdit mais distribué sous le manteau. La revue spécialisée Perspectives chinoises, dans un numéro consacré à la science-fiction chinoise (Fictions utopiques et dystopiques en Chine contemporaine, 2015), y voit un ouvrage fondateur, à la fois engagé, inventif et provocateur, "au carrefour du roman politique fantastique et de la science-fiction." Le premier tome du Problème à trois Corps prend avec un contre-pied passionnant la question de la survie planétaire : dans une galaxie lointaine, la civilisation trisolarienne vit ses derniers temps. Elle met en place un plan pour venir coloniser une planète habitable, la terre. L’engouement pour ce cycle en trois volumes a secoué le petit milieu de la SF et promet de ne pas retomber car une adaptation cinéma est déjà en préparation.

    Justement, parlons ciné et SF. Le numéro de décembre 2016 de Mad Movies, le magazine spécialiste du cinéma fantastique, présente un dossier éloquent sur l'interventionnisme et l'influence de la Chine à Hollywood, y compris dans le domaine du cinéma fantastique et dans la science-fiction. Le journaliste Alexandre Poncet parle des enjeux économiques énormes comme des règles que les décideurs chinois imposent aux blockbusters. Les créateurs du Ghostbusters version 2016 ont appris à leur dépend qu'on ne met pas impunément en scène des fantômes dans le pays de Confucius. De même, le comité de censure communiste a passé à la moulinette des superproductions comme Suicide Squad ou Terminator Genesys. Les producteurs américains ou européens font le dos rond face à un pays au marché gigantesque et au pouvoir économique indéniable. Mad Movies cite par exemple le rachat par le groupe chinois CIH de 75 % des parts de Framestone, spécialiste des trucages (Gravity, Harry Potter ou Les Gardiens de la Galaxie). En 2016, Wanda Group a acquis pour 3,5 milliards de dollars Legendary Entertainment, producteur de Pacific Rim, Jurrasic World ou encore la dernière trilogie Batman. Quant à Marvel, il fait les yeux doux au public chinois en lui offrant une version longue d'Iron Man 3 – agrémentée d'une séquence en mandarin. Serions-nous dans une époque charnière ? On peut sans doute le penser : après "les premiers flirts" et la phase d'interventionnisme économique, la Chine pourrait bien jouer des coudes pour imposer sa griffe dans la SF – et le cinéma en général. Le film le plus cher du cinéma chinois, La Grande Muraille, avec Matt Damon dans le rôle principal, sort d'ailleurs en ce moment. Dans la science-fiction, la production n'en est qu'à de timides débuts. Fin 2016, est sorti Mad Shelia, furieusement pompé sur le tout dernier Mad Max. Un frémissement qui pourrait être annonciateur d'autres productions.

    Mais l'autre audace de la SF chinoise pourrait bien venir d'un autre domaine : l'Internet. L'un des succès les plus étonnants est l'auteur à succès Tang Jia San Shao (Zhang Wei, pour l'état civil), qui a reçu le coup de force de devenir millionnaire grâce à la publication sur le net de ses romans de fantasy. Son secret ? Vendre les droits de ses créations et de ses contenus (un concept chinois inédit, l'IP) pour le cinéma, la télévision ou le gaming. Les revenus directs de la consultation en ligne de ses œuvres ne représentent que 2 à 3 % de ses revenus. Mais la stratégie juridico-artistique de cet auteur de 35 ans lui permet aujourd'hui de drainer autant de revenus qu'un Stephen King ou qu'un George RR Martin, excusez du peu ! Et voilà l'ambitieux écrivain en ligne, auteur d'œuvres à succès dans son pays (Douluo Dalu ou Child of Light, quasi inconnues en Europe) rêvant de bâtir un empire à la Disney. Rien que ça ! En attendant, Tang Jia San Shao est le visage de cette littérature en ligne, souple, populaire, interactive mais aussi parfois frustrante. L'écrivain chinois admet en effet que beaucoup de romans proposés sur Internet sont des œuvres incomplètes. Tang Jia San Shao ne cache toutefois  pas sa satisfaction d'avoir su faire de sa passion pour l'écriture un tremplin qui pourrait l'amener loin. Lorsque la science-fiction et la fantasy chinoise s'éveilleront, celui-ci pourrait bien en être l'une des figures de proue.

    SinoSF, blog consacré à la science-fiction chinoise
    Liu Cixin, Le Problème à trois Corps, éd. Actes Sud, 2016
    Brice Pedroletti, "Premier du genre", in Le Monde, 11 novembre 2016
    "Mad in China", in Mad Movies, décembre 2016
    Amy Qin, "Making Online Literature Pay Big in ChinaMaking Online Literature Pay Big in China", in New York Times, 11 novembre 2016
    Wuxiaworld.com

     

  • Pour en revenir à Eddy Bellegueule

    Pin it!

    La journaliste Catherine Vincent propose dans Le Monde daté du 11 décembre 2016 le portrait éloquent d’Edouard Louis, né Eddy Bellegueulle, ancien fils de prolétaire, issu d’une famille pauvre picarde et devenu en quelques années un des jeunes intellectuels les plus en vue de l’époque.

    Cette trajectoire hors du commun, Edouard Louis l’a retracée dans son premier ouvrage, En finir avec Eddy Bellegueule (2014), un phénomène d’édition (300 000 exemplaires vendus) autant qu’un ouvrage polémique en raison de la manière dont l’auteur décrivait sans fard ses premières années dans le modeste village d’Hallencourt. L’ancien gamin promis à une carrière dans un supermarché ou dans une chaîne d’usine se dévoile autant qu’il décrit l’existence d’habitants oubliés de tous : les conditions de vie indigentes de sa famille, la violence omniprésente, l’abandon de classe, le mépris pour la vie culturelle, la difficulté de se sortir d’un milieu défavorisé ou l’homophobie. Cette homophobie devient l’un des sujets principaux du récit d’Edouard Louis qui commente ainsi les crachats qui lui étaient lancés : "Ils ont été comme un acte de naissance. Ces crachats disaient : « Voilà donc ce que tu seras. Tu es un pédé, tu es différent, et tu seras conditionné par ça. »"

    Les lecteurs du premier roman écrit par le futur docteur en sociologie se souviennent de ces pages hallucinantes où les portraits cruels d’habitants côtoient des scènes d’une rare crudité. L’autofiction du jeune écrivain a fait pousser des cris d’orfraie à plusieurs membres de sa famille comme aux habitants de la cité. Rarement un artiste n’a été aussi loin dans le portrait d’un milieu largement oublié et qu’il a décidé de fuir. Une fuite qui a signé la mue salvatrice d’un jeune homme avide d’accomplissements personnels et intellectuels : cela passera par des études dans un lycée d’Amiens, par l’ENS, par des rencontres avec des personnes d’un milieu plus favorisé, par la rage d’apprendre, mais aussi par une transformation physique et par un changement de nom. Eddy Bellegueule, le gamin incompris et méprisé d’Hallencourt, devient Edouard Louis, l’intellectuel parisien admiré et reconnu. "Je leur avais dit que désormais, je m’appelais Edouard, et ça se passait très mal. « Eddy », c’est le nom que m’a donné mon père : j’étais son premier fils, et il était fou des films et des séries américaines – de l’Amérique en général."

    Autofiction polémique, En finir avec Eddy Bellegueule est aussi la porte ouverte sur des damnés d’une terre picarde et des oubliés des temps modernes. En cela, le premier livre d’Edouard Louis est salvateur et d’un engagement qui sonne juste : "Quand vous parlez des classes populaires, on attend de vous que vous évoquiez l’entraide, la bonne humeur, la solidarité… Mais la solidarité en question, elle existe surtout entre hommes blancs et hétérosexuels ! Les autres souffrent. Cette violence est produite par la domination, et celle-ci est si puissante qu’elle impose aux dominés de la reproduire."

    Un an plus, tard, Edouard Louis sort son deuxième ouvrage, Histoire de la Violence. Le lecteur avait quitté Eddy Bellegueule, sur les chemins d’une résurrection sociale ; il retrouve l’ancien fils de prolétaire picard victime d’un viol dans les beaux quartiers et devant expliquer ce fait divers à la policde, à ses amis et à sa sœur Clara. Voilà l’écrivain contraint de raconter une expérience douloureuse, tombée depuis dans la rubrique des faits divers. Le crime sordide est décrit dans une langue aux multiples circonvolutions. L’auteur ressasse les heures traumatisantes de son agression à coup de flash-back, de monologues et de va-et-vient d’une langue à l’autre : celle de son enfance picarde et celle de son éducation parisienne. Deux langues qui parviennent difficilement à rendre compte de l’histoire de cette violence : "Quand j'écris je dis tout, quand je parle je suis lâche", dit l’auteur. Eddy avait quitté une vie marquée par la violence dans son premier ouvrage ; voilà que, tel un retour du refoulé, cette violence rattrape son alter-ego Edouard, insidieusement, inconsciemment, impitoyablement : "La ruse de la violence est d’être la plupart du temps invisible. Elle se répète de manière tellement systématique qu’elle n’est plus perçue, elle devient normale, elle devient « la vie ». C’est la question de Bourdieu : pourquoi y a t-il si peu de révolte dans un monde si violent ?"

    Edouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule, éd. Seuil, 2014, 203 p.
    Edouard Louis, Histoire de la Violence, éd. Seul, 2016, 229 p.
    "Edouard Louis : Trump et le FN sont le produit de l’exclusion", Le Monde, 11 décembre 2016

  • L'entraîneur et le philosophe

    Pin it!

    Fascinant et déstabilisant Leonardo Jardim : c’est lui que le journal Le Monde choisit de portraitiser ce week-end dans ses pages Sports.

    Arrivé comme entraîneur de l’AS Monaco en juin 2014, Jardim doit, à l'époque gérer une période compliquée pour une équipe de football que certains voyaient jusqu'alors comme un concurrent sérieux du PSG. Las, le club de la Principauté de Monaco est contraint de se serrer la ceinture sous peine d’être taclé par l’UEFA dans son programme de "fair play financier". Voilà donc Leonardo Jardim, successeur de l’emblématique Claudio Ranieri, obligé de gérer la nouvelle politique sportive de son club. Et on ne donne pas cher à l’époque de ce coach, ancien entraîneur à l’Olympiakos Le Pirée et au Sporting Lisbonne pour ses principaux faits d’arme.

    L’ambitieux projet de son Président, le milliardaire russe Dimitri Rybolovlev reposaient sur des joueurs clés, James Rodriguez Radamel Falcao en premier lieu, dont le club est obligé de se séparer. Jardim gère cette période de vaches maigres avec un aplomb et un savoir-faire étonnants. Grâce à une pépinière de jeunes joueurs talentueux (Anthony Martial, Djibril Sidibé ou Kylian Mbappé), l’obsession de la stabilité et surtout le travail sur le terrain, celui qui était surtout connu pour son accent français à couper au couteau - souvent, du reste, égratigné par Le Petit Journal - finit par ne plus faire rire personne.

    Son succès inespéré contre Arsenal en Ligue des Champions en février 2015 fait grincer quelques dents. Au début de la saison 2016-2017, le club du Rocher prend de l’assurance, parvient à battre le grandissime favori, le PSG, et se hisse à une troisième marche méritée du podium. En Ligue des Champions, le club de Jardim joue crânement sa chance au point d’être premier de son groupe devant Tottenham que le club retrouvera cette semaine.

    Rémi Dupré est l’auteur dans Le Monde de ce portrait attachant d’un entraîneur atypique. Modeste, déterminé, empathique avec ses joueurs et concepteur d’une "méthode écologique" : "Tu peux tuer tout le système de ton équipe avec trop de travail physique. C’est la même chose si tu veux changer le biotype d’un joueur de qualité… C’est comme si tu voulais changer le PH d’une rivière." Et le journaliste de s’arrêter sur celui qui demeure l’influence de l’entraîneur de football : le philosophe Edgar Morin. Dans l’intelligence du jeu et du coaching, nul doute que Leonardo Jardim a placé la barre très haut. Mardi, Tottenham pourrait bien faire les frais d’un entraîneur portugais longtemps moqué et d’un philosophe de 95 ans.

    Rémi Dupré, "Le football selon Jardim", Le Monde, 19 novembre 2016

  • Pompe le Mousse, Jennifer Hart Wohoho et les autres

    Pin it!

    Twog s’est donné pour mission de sélectionner les tweets les plus percutants du célèbre site de microblogging. Un sacré travail quand on pense aux millions de messages quotidiennement mis en ligne, pas souvent pertinents, la plupart du temps d’une grande platitude mais parfois très bien vus.

    Twog propose en ce moment en librairie une compilation des pépites de Twitter. Les Perles de Twog c'est un choix de 400 tweets qui, en 140 caractères maximum, proposent une vision décapante et souvent pleine d’esprit de faits d’actualité (politique, sport, cinéma, show-business ou télévision) comme des vicissitudes de la vie quotidienne (les enfants, la santé, le travail, les vacances, la nourriture, la vie à deux ou le sexe).

    Les auteurs de ces aphorismes, réflexions et autres calembours se nomment Pompe le Mousse, KwesMat, Jennifer Hart Wohoho, Laura de B., Monsieur le Prof, Sale Con ou… La Mort. Derrière ces pseudonymes (parfois de jolies trouvailles) se cachent des auteurs anonymes au talent véritable, capables, dans le langage concis de Twitter, de trouver le bon mot, la phrase assassine ou de vraies réflexions hilarantes qui frappent juste et là où ça fait mal.

    Ainsi, sur le mariage gay : "L’Irlande dit oui au mariage homosexuel. On a désormais le droit de mettre des bâtons dans les roux" (funcorporation™) ; sur la science : "Quand ils disent « planète habitable », ça veut dire qu’il y a du wifi, des bières et pas de socialistes ?" (legrugru) ; sur la télévision : "Si vous avez la recette du bonheur, gardez-la… Ce connard de Lignac est capable de la déstructurer et de foutre des courgettes dedans" (DrStrangeLOL™) ; sur le sport : "La France, ce pays où avoir des problèmes avec la justice ne t’interdit pas de te présenter aux élections mais t’interdit de jouer au foot" (Olive M) ; sur la politique : "Sarkozy, c’est quand même le seul mec qui a passé plus d’examens après que pendant ses études" (Pompe le Mousse) ; sur nos problèmes de santé : "Plus je déprime et plus j’achète de la lingerie. Je suis au 36e dessous" (Jennifer Hart Wohoho) ; sur les voisins : "La Fête des voisins, ou l’occasion de mettre des visages sur des bruits" (La Mort) ; sur l’informatique : "- J’ai un problème avec mon ordinateur. - Quel système d’exploitation ? - … euh, le capitalisme, comme tout le monde" (Bk) ; sur le sexe : "Être cougar, c’est subir quelqu’un qui bosse sur son mémoire pendant que toi tu la perds…" (Laura de B.).

    Ces 400 perles sont à déguster et, pourquoi pas, à ressortir en société : effets garantis ! Allez, une dernière pour la route : "Les mots me manquent. Je vais leur écrire" (Lionel Liptique).

    http://twog.fr
    Les Perles de Twog, 400 Fous-Rires en 140 caractères
    éd. Hachette, 189 p. 2016