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poésie

  • Nathalie Cougny, en adoration

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    Sur Bla Bla Blog, nous adorons Nathalie Cougny pour des tas de raisons : son caractère entier, son opiniâtreté, son engagement auprès de causes qui lui tiennent à cœur (le féminisme et la protection de l’enfance) mais aussi et surtout son travail d’artiste se jouant des barrières et des étiquettes. N’avait-elle pas présenté au Julia (Paris 3e) en décembre 2015 son roman Amour et Confusions… (éd. Sudarènes) dans le cadre d’une exposition de peintures et de photos, au cours de laquelle étaient accrochée ses propres toiles ? Plus récemment, c’est le théâtre que l’artiste a choisi d’investir, à travers Sex&love.com, une pièce abrupte et sincère – sur l’amour et les femmes, toujours.

    Nathalie Cougny est entière, sincère et sans artifice. La poésie tient pour cette raison une place essentielle dans sa vie comme dans son œuvre. Mais il s’agit d’une poésie proche de nous, sensuelle et au plus près des corps : "Ma poésie traite essentiellement du sentiment amoureux. Depuis des changements importants dans ma vie personnelle, je pose des mots en musique, celle des émotions du corps et de l’âme" dit-elle au sujet de son dernier ouvrage.

    Adoration (éd. Mon Petit Éditeur) entre dans le domaine de l’intime, celle "des coups de reins, des coups de rien. / Emmêlés dans cette jouissance en fusion." Nathalie Cougny s’est emparée de la poésie pour libérer ses propres tourments et s’interroger sur l’amour, le thème le plus traité en littérature. Nathalie Cougny prend à bras le corps ce sentiment universel : "Tu éclaires tous les contre-jours de ma vie", écrit-elle dans un élan qui ne saurait faire de distinction de genre et de sexe. Dans sa bouche, l’amour devient une religion envoûtante qui se joue de toutes les règles : "Délivre-moi du bien /Jusqu’à la défaillance."

    Les poèmes en vers ou en prose de Nathalie Cougny ne s’embarrassent pas de mièvreries. Ils sont racés, colorés, épanouis, et en même temps piquants comme autant de roses offertes en bouquets : "Je voudrais pleurer encore, de cet amour-là, / Qui me parlait en secret, pour ne rien me dire. / M'étrangler de tes silences, en liberté, / Égoïste, je les veux tous pour moi."

    Il est question de pulsions insensées et libératrices ("Je m’offre à ton emprise, / Comme une viande / À la belle charogne, / Léchant jusqu’à l’aube, / Ma cuisse, mon sexe et l’autre. / Profite, salive, viens !"), mais aussi de trahisons ou de fuites ("Tu n’as pas su m’habiller de tes souffrances. / Tu as pris le chemin de la fuite en instance"), avec ces mots qui savent happer le lecteur, le séduire, le désarçonner et se jouer de lui : "De ton âge à mon âge il y a deux pas, / Encore et encore, il n’y a qu’un pas. / Que dit ton corps à demi-mot ? / Un pas de plus, un pas de trop."

    C’est à pas feutré que l’auteure nous fait entrer dans ces intimités, telle cette "chambre blanche" qui a accueilli les étreintes de deux amants éperdus : "Nos mains désinvoltes, offertes aux instants, : Qui ont tout pris de ton corps, de mon corps. / Caresses sur caresses, langues curieuses, / Assoiffées de désir, puis nos souffles, chauds."

    Un grand souffle chaud balaie ce recueil. Il respire de vies et d’envies : "Au risque de me perdre, je fais ce voyage, / De mon corps à ton corps, sans aucun bagage, / J’approche ma bouche de tes envies, / Tu es cette sublime et divine rêverie." Nathalie Cougny a choisi de faire de ces amours-là une matière littéraire et libératrice – qui fait du bien.

    Nathalie Cougny, Adoration Poésie libre et sensuelle, inclus : (Ta) Plénitude – Carnet amoureux, éd. Mon Petit Éditeur, 2017
    https://www.nathaliecougny.fr
    "Mes hommes"
    "En corps troublé"
    "Homo errectus on ligne"

    Photo © Walt27

  • Ivre de vers et d’alcool

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    Le lecteur français trouvera dans Sur l’Écriture (éd. Au Diable Vauvert), passionnant recueil de lettres de Charles Bukowski, l’un des meilleurs moyens de découvrir l’un des plus grands poètes américains des cinquante dernières années. Dans sa postface, Abel Debritto parle de cette anthologie comme d’une "photographie très nette de l’humeur de Bukowski à cet instant précis."

    La correspondance de l’auteur de Women ou des Contes de la Folie ordinaire commence en 1945. Le jeune Henry Charles Bukowski, tout juste 25 ans, s’adresse avec un certain culot à la revue Story qui vient de lui refuser un de ses textes : "Si jamais vous aviez besoin d’un lecteur de manuscrit en plus, n’hésitez pas à me faire signe. Je ne trouve aucun boulot nulle part, donc autant m’adresser directement à vous."

    Cette première lettre donne le ton d’un recueil nous faisant pénétrer dans le quotidien autant que dans l’esprit d’un homme à la dérive qui sera toute sa vie obsédé par l'alcool, les femmes ("Les femmes sont meilleures que nous. Tout autant qu'elles sont... Les femmes ne sont pas conçues pour le mal. Les hommes le sont"), les courses de chevaux, mais surtout l’écriture. Artiste maudit, écrivain dans la dèche et peinant à vendre ses textes, Charles Bukowski s’accroche désespéramment à un idéal littéraire : "L’écriture est juste le résultat de ce qu’on est devenu jour après jour au fil des ans… C’est une vie qui se passe de toute considérations morales et mortelles" écrit-il le 27 mars 1986.

    Le lecteur suit le long chemin qui le mène du statut d’écrivain pauvre, maudit et ignoré, "avec ses bouffées de spleen, des envies de suicide, des rêves avinés" à celui d’idole de la contre-culture américaine. Dans sa correspondance, Bukowski parle de son admiration pour Céline, Kafka, Dostoïevski ou John Fante (lettres du 31 janvier 1979 et du 2 décembre 1979). Par contre, il ne se prive pas de se montrer critique et féroce contre quelques-uns de ses contemporains, dont Ernest Hemingway, Karl Shapiro ou Allen Ginsberg. La route est longue vers le succès. Elle est ponctuée par les excès de toute sorte, et en premier lieu l’alcool. On est également frappé par la légèreté avec laquelle il arrose les éditeurs de textes perdus dans la nature ("Je suis bordélique", avoue l’écrivain américain en août 1961, qui regrette de ne pas avoir le même sens de la méthode que son ex femme Barbara Fry) ou de dessins formidables récupérés par des graphistes sans scrupule (l’histoire de l’enseigne de Texaco dans la lettre d’avril 1962).

    La reconnaissance vient avec la parution plus ou moins régulière de poèmes :"Un peu vieux pour débuter en poésie : j’ai eu 38 ans", avoue-t-il non sans morgue. Nous sommes en 1958 et Bukowski parvient à placer des histoires et à réveiller les critiques, souvent peu élogieuses pour ses textes underground. Bukowski défend en 1960, avec sa langue verte, sa conception d’une littérature âpre, indépendante et rigoureuse : "La plupart des merdes ‘modernes’ sont des coquilles vides… Il y a des faux-poètes dans toutes les écoles." Bukowski se voit en écrivain rigoureux, en marge et autant critique envers ses contemporains de la beat generation que pourfendeur de l’american way of life, lui qui a multiplié des dizaines de métiers avant de se consacrer corps et âmes à l’écriture. Une écriture souvent noyée, du reste, dans l’alcool : "La bouteille et les poèmes sont parfois les seuls alliés pour surmonter une mauvaise passe" (6 juillet 1988).

    Car l’écriture est bien ce qui motive l’homme. Une écriture sincère, spontanée, ancrée dans la vérité ("Je ne retravaille pas mes poèmes") et qui n’est pas sans virulence lorsqu’il est question des éditeurs frileux, des directeurs de magazine hautains, des fans, des critiques ou des confrères écrivains. À ce sujet, le lecteur s’arrêtera sans doute plus longuement sur deux lettres d’août 1965 adressées à Henry Miller. L’écrivain, écorché vif, suicidaire et parfois insupportable (les Français se souviendront à ce sujet de ce personnage scandaleux véhiculée par la séquence culte de l’émission Apostrophe en 1978), se transforme en admirateur autant qu’en confrère devenu une référence contemporaine. Une étude critique de l’œuvre de Charles Bukowski paraît d’ailleurs peu de temps plus tard, en 1969.

    Avec la reconnaissance nationale et internationale, vient la période des scandales qui vont coller à la peau de Bukowski jusqu’à la fin de sa vie. Le 30 octobre 1970, il parle ainsi de la nouvelle Christ with Barbecue Sauce qui vient d’être publiée et qui traite de cannibalisme. Sa publication fait du bruit : "C’est une histoire drôle car elle peut s’appliquer à toutes les variables humaines dépourvues de culpabilité." Le 13 août 1972, il défend avec véhémence son œuvre face aux critiques d’Alta, poète et éditrice féminine : "Je me réserve le droit de créer librement selon ce que me dicte la réalité, l’humour ou même une lubie." Le 8 novembre 1973, face à une levée de boucliers de lecteurs réclamant la fin de publications de nouvelles de Bukowski, celui-ci réagit avec un mélange de dédain et de fierté. Il y parle de "révolution… dans les Arts" et se décrit comme "un récepteur, pas un penseur." Il ajoute ce commentaire : "La nature de mon travail dans l’ensemble n’est qu’une spéculation." Le 22 janvier 1985, c’est cette fois contre l’interdiction dans les librairies néerlandaises de son livre sulfureux  Contes de la Folie ordinaire que se dresse Charles Bukowski : "La censure est l’outil de ceux qui éprouvent le besoin de passer certaines réalités sous silence."

    Alors qu’il est dans la cinquantaine, Bukowski n’est plus cet écrivain maudit et fauché mais un auteur pouvant se permettre de négocier ses émoluments ("J’aime bien voir des $$$$ débouler dans ma vie"), sans pourtant perdre de vue ce qui est au cœur de sa vie : l’écriture : "C’est le miracle des miracles de gagner sa vie parle biais de la machine à écrire" (novembre 1970). Il écrit également ceci le 27 mars 1986 : "Et quand mon squelette reposera au fond du cercueil, si je dois y passer, rien ne pourra m’enlever le souvenir de ces nuis splendides, assis là devant cette machine."

    La lettre brève et touchante qui clôt le recueil est celui d’un auteur approchant de ses derniers jours. Presque cinquante ans plus tôt, Charles Bukowski tentait sans succès de publier des textes dans la revue Story. En février 1993, il voit trois de ses poèmes sélectionnés dans le magazine Poetry qui l'avait toujours snobé. L’écrivain, devenu célèbre et reconnu, ne cache pas sa joie : "Maintenant, voilà, je suis des vôtres… Merci, on peut dire que cette nouvelle année me gâte… Plus je vieillis, plus cette folie magique semble s’emparer de moi. Très étrange, mais je l’accepte."

    Charles Bukowski, Sur l’Écriture, éd. Au Diable Vauvert, 2017, 322 p.
    http://charlesbukowski.free.fr
    https://bukowski.net

  • La revanche littéraire des damnés de la terre

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    Un étonnant buzz a dévoilé une réalité peu connue de la superpuissance chinoise. Au printemps dernier, la bloggeuse chinoise Fan Yusu a fait sensation en publiant sur son blog son récit I am Fan Yusu (le texte traduit en anglais se trouve sur ce lien).

    Originaire du centre de la Chine, cette fille de paysans a quitté il y a 25 ans sa région pour chercher du travail à Pékin. Le mirage de la capitale aimante la jeune femme, qui travaillait dans les champs dès l’âge de 12 ans, mais la désillusion n’en est que plus rude. Ce qui l'attend c'est la misère, l'exploitation et des conditions de vie désastreuses. Fan Yusu appartient à cette armée de migrants chinois venus chercher du travail dans les principales villes industrielles du pays. Elle a choisi les mots pour faire partager son expérience.

    L’ancienne paysanne du Hubei n’est que la partie émergée de ces damnés de la terre, pauvres, exploités, et dont la fragile planche de salut pourraient bien venir de la littérature… et de la poésie.

    Ouvriers et nourrices le jour, poètes et bloggeurs la nuit. Le site Literary Hub parle dans un article de Megan Walsh paru le 1er mai 2017 de cette revanche de Chinois migrants, défavorisés et souvent désespérés. Après des heures de travail sur la chaîne, bien souvent pour des multinationales, trop heureuses de trouver des employés à moindre coût, il reste peu de portes de sortie pour ces femmes et ces hommes qui attendaient bien autre chose que des cadences infernales, des conditions de travail déplorables ou des supérieurs hautains et méprisants. Le soir, c’est sur des téléphones portables ou des ordinateurs, sur des blogs ou sur les réseaux sociaux, que ces migrants racontent leur quotidien, leur désespoir et une autre facette du mirage économique chinois. Fan Yusu raconte ainsi son passé de nounou : Je devais souvent me lever la nuit pour m’occuper du bébé… Je ne pouvais m’empêcher alors de penser à mes propres filles. Faisaient-elles des cauchemars, la nuit, sans leur mère à leurs côtés ? Sanglotaient-elles ? Il m’arrivait souvent de pleurer. Heureusement, […] personne n’était là pour le remarquer.

    À lire le récit de Megan Walsh dans Literary Hub, qu’il est loin le temps où le régime communiste chinois prenait le plus grand soin des ouvriers, considérés comme le fer-de-lance du régime hérité de Mao ! Depuis Deng Xiaoping, la Chine a fait sa mue et s’est transformée en monstre économique. Megan Walsh cite un jeune migrant, Xie Xiangnan, qui "établit une comparaison entre la glorieuse image de Lénine à la tribune, issue de ses souvenirs d'écolier, et ces hordes de misérables paysans qui débarquent à la gare ferroviaire de Canton en portant toute leur maison dans des sacs en plastique, comme autant de paquets d'explosifs..." (trad. Courrier International, 15 juin 2017).

    La journaliste américaine s’arrête sur le poète migrant chinois le plus connu, Xu Lizhi. Il travaillait pour la firme de Foxconn, sous-traitant d’Apple. Le jeune homme de 24 ans est devenu la figure emblématique de ces travailleurs exploités lorsqu’il s’est suicidé en se jetant du 17e étage d’un bâtiment de son employeur. Xu Lizhi écrivait ceci, quelques mois avant sa mort : "J'étais comme un mort / Le couvercle du cercueil, lentement ouvert." La mort brutale de ce simple ouvrier, "ce poète qui est mort pour votre téléphone" comme l’a surnommé le magazine Time, a jeté une lumière crue sur ces prolétaires promis aux plus basses besognes.

    Singulièrement, c’est l’un des genres littéraires les plus confidentiels qui soient, la poésie, qui a contribué à dévoiler les destins de ces hommes et de ces femmes promis à la misère et au mépris. Alors que sortait en 2016 le documentaire Iron Moon de Wu Feiyue (inédit en France), l’homme de lettres Qin Xiaoyu rassemblait une compilation de poèmes à la fois littéraires et engagés (Iron Moon: An Anthology of Chinese Worker Poetry, traduit uniquement en anglais par Eleanor Goodman).

    Prenant la relève des réseaux sociaux (WeChat) ou des blogs, l’édition traditionnelle a fait de ces nouveaux esclaves du capitalisme, des héros autant que des voix puissantes. Celle de Xu Lizhi porte loin : "J'ai avalé le travail, / J'ai avalé la pauvreté des ponts-piétons avalés, / Avalé cette vie rouillée / Je ne peux plus avaler du tout."

    Qin Xiaoyu, Iron Moon: An Anthology of Chinese Worker Poetry,
    éd. White Pine Press, 2016

    "Chine, l’enclume des jours", in Courrier International, 15 juin 2017
    Megan Walsh, "The chinese factory workers who write poems on their phones",
    in Literary Hub

    Fan Yusu, I Am Fan Yusu, trad. anglaise
    "A Poem of Shame: In the Words of China’s Workers", in Hyperallergic, 22 avril 2017


  • Cléo ou de jolis débuts (les filles, ça pleure sous vent)

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    PoesiedeCleo.jpgC'est par hasard que j'ai découvert La PoésieDeCléo, sur son compte Twitter @nothingbut66. L'artiste est également active sur Instagram. Il est de notoriété que l'Internet, et en particulier les réseaux sociaux, sont un vivier intarissable d'expressions artistiques. Le compte de Cléo (impossible de nommer autrement cet artiste bien mystérieuse qui a pris pour pseudonyme le nom d'une des neuf Muses) offre le meilleur d'un genre dénigré par le milieu éditorial traditionnel : la poésie. 

    Au fil des jours, voire des heures, et ce depuis 2011, l'auteure publie textes courts ("J'ai mis du rouge à lèvres Du noir à mes genoux Et puis des bottes Pour sauter dans les flaques"), haïkus, calligrammes ou aphorismes ("Je Tu Elle Les conjugaisons sont mortelles").

    Cléo se présente ainsi : "Je suis la fille des deux bouts J'ai de jolis débuts Et des fins élégantes Et puis entre les deux, rien... Que de l'ennui".

    Elle parle d'elle, avec sensibilité et non sans humour ("les filles ça pleure sous vent"). Elle partage ces petits riens dont il est question dans ses poèmes épurés ("Savez-vous qu'il ne se passe rien ? Il me semblait urgent de le dire !"), du quotidien banal, des contraintes. Prenez ce texte a priori anodin : "Ça ne se voit peut-être pas je suis hyper motivée pour bosser aujourd'hui! / Allez je m'y mets... / Zut... Y a plus personne / Y sont partis manger". Twitter regorge de ces brèves publications, simples annotations partagées jusqu'à la nausée. Or, ici, Cleo manie avec autodérision cet "exercice de style" en détournant ces statuts omniprésents sur les réseaux sociaux.

    Genre très en vogue, le haïku est aussi très présent sur le compte Twitter de Cléo :

    "J'avais ton ombre
    "Entre mon pouce et mon index
    "Je l'éclatais comme une noisette." 

    Illustrées par des photographies de l'auteur (sauf avis contraire), l'auteure met en musique un thème classique en littérature : l'amour. Ses phrases sèches sont des petites perles et le site de micro-blogging regorge de petites trouvailles, proches de la perfection :

    "J'ai fermé la couture
    "De ta bouche À l'agrafe
    "De ma robe en velours.
    "

    Elle y parle d'attachements et de détachements ("Qui se souviendra de nous quand nous ne serons plus là Qui se souviendra que nous avons été heureux"), de sensualité et de sexualité, tel ce texte : "Je me tenais debout / Accrochée à ton cou / Le ciel me fouettait / Les cuisses / Le remous était fort / (Le plaisir debout)."

    Il est aussi question d'attente, de désirs, de frustrations ("J'en ai marre qu'on se croise. Je voudrais qu'on se rentre dedans !") aussi de déceptions ("Que diras-tu Quand je te répondrai Que ta main me dérange Parce que ce soir J'écoute le noir").

    Cléo prouve que la poésie a encore toute sa place et qu'elle peut offrir le meilleur, lorsqu'elle est revendiquée avec pugnacité et sans esbroufe par des auteurs qui prennent aux tripes. 

    LaPoésieDeCléo sur Twitter: Nothingbut66
    LaPoésieDeCléo sur Instagram : Lapoesiedecleo
    http://iconosquare.com/lapoesiedecleo

  • Ça caille les belettes

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    QuatrebarbesEt si, au lieu de pavés, on s'intéressait à ces petits livres que l'on peut dévorer en moins d'une heure ? Et pourquoi pas un recueil de poésie ? Celui que je viens de découvrir fait partie de ces petites merveilles que l'on risque de ne pas oublier de sitôt. 

    Le troisième ouvrage de Marie de Quatrebarbes, La Vie moins une Minute, déringardise un genre littéraire par les thèmes comme par le langage utilisé. Trois parties composent ce recueil : "Ça caille les belettes", "Looping" et "Sinon violette". Il est question dans ces textes en prose de la vie dans ce qu'elle a de plus fragile et de plus vivifiante : "C'est beau parce que c'est déchirant / c'est peu parce que c'est déchirant", comme on peut le lire.  

    Des personnages historiques (le Marquis de Sade) ou de contes de fée ("Bonjour Barbe bleue, comment vous dire ?") sont appelés à la rescousse pour parler des peurs enfantines qui nous paralysent comme de la rencontre de l'amour, d'un homme, la création d'un couple dans ce qu'il a de plus fragile et de plus éphémère : "L'amour n'est pas une transaction / on ne fait pas monter les enchères".

    Dans la partie intitulée "Ça caille les belettes", les fulgurances oniriques percutent de plein fouet ces petites choses quotidiennes : la vie de tous les jours, le ménage, les magasins, l'enfance blessée, les questions a priori simples qui nous taraudent tous ("Comment faire pour vivre le moment présent ?... / Comment faire pour vivre sans l'amour de sa vie ? / Comment faire pour vivre ?..."), des questions répétées ad nauseam dans les revues féminines et que l'auteur recycle avec un mélange d'ironie et d'amertume.  

    Marie de Quatrebarbes est dans la fragilité permanente dans "Looping", une partie où l'enfance est omniprésente, construite et déconstruite par bribes, à coup de sensations, de souvenirs, d'images, de fulgurances surréalistes, sans oublier un langage d'une grande liberté : anglicismes, jurons, phrases suspendues ("My name is sheat and you suck / toutes les saveurs sont bonnes à prendre / toutes les saveurs du restaurant italien / vraiment que du bon" ou "Putain de merde / ça décapite cette histoire de bisous-bisous"). La vie est au bout de ce voyage intérieur et littéraire, comme le montre le dernier texte de cette partie : "Dans la cuisine, les poils courts / il passe tout seul l'aspirateur / est-ce que tu porteras mon nom ?").

    Dans la troisième partie, "Sinon violette", il est toujours question de vie, bien sûr, mais aussi d'amour et de sexe ("Le monde est sexe si j'avais su") . Mais ici, pas de mièvrerie comme la poésie peut souvent nous en offrir. L'auteure nous parle de souvenirs, de peurs enfantines (encore), de Ph neutres (sic), de sensations ("Elle, allongée sur la baquette arrière / en nage"), mais aussi de ces corps mis à contribution : "Tout se rassemble autour du membre / ça s'étire hors de moi comme un filet de bave / foutre un peu délétère..."). 

    Dans ce recueil, c'est un voyage au bout de la vie que nous offre Marie de Quatrebarbes, une jeune auteure au talent exceptionnel et qui n'a pas fini de faire parler d'elle. C'était bien ? C'était bon, on s'est régalé, merci.            

    Marie de Quatrebarbes, La Vie moins une Minute, éd. LansKine, 2014
    Editions LansKine


    Ambassadeur de la Jeune Création : Marie de Quatrebarbes par culture-gouv

  • "Iphigénie d'Europe"

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    Publication en septembre 2007 d'Iphigénie d'Europe, la première pièce de théâtre que j'ai publiée ; et en plus, ce n'est pas à compte d'auteur !

    Un livre plus que jamais d'actualité avec la crise financière et économique !

    Au départ d'Iphigénie d’Europe il y a eu un défi : celui d’écrire une pièce de théâtre burlesque en vers de douze pieds sur un sujet très actuel : le libéralisme économique et la mondialisation.

    Ce postulat de départ n’est pas si étonnant qu’il n’y paraît : les drames de Racine ou de Corneille n’ont-ils pas pour toile de fond une guerre ? Et aujourd’hui la mondialisation n’est-elle pas une forme de guerre, moins sanglante certes mais tout aussi brutale ?

    Le mythe de la Guerre de Troie a été choisi comme modèle pour cette tragi-comédie.

    Iphigénie d’Europe se déroule de nos jours dans une entreprise informatique. Achille, son président, se voit proposer la veille de son mariage avec Hélène une alliance avec un de ses concurrents Jan Patrocle. L’objectif est in fine de conquérir le marché chinois. Hésitant d’abord, Achille finira, sous la pression d’Hélène, par accepter une fusion amicale. Ce sera le départ d’une catastrophe qui balaiera sur son passage destins, rêves et espoirs. Emportés par la fièvre de l’argent et du pouvoir, à l’époque du libéralisme triomphant, chaque personnage montrera finalement son vrai visage : le visage de ce que l'on pourrait nommer "des animaux économiques" !

    a15d453a3620231c1f53ef51fb3733ef.jpgAu cœur de cette lutte, il y a aussi un double triangle amoureux – Achille-Hélène-Jan Patrocle d'une part et Hélène-Iphigénie-Ulysse d'autre part – triangle dans lequel l’argent est l’épicentre.

    Cette tragi-comédie est autant une réécriture de la Guerre de Troie qu'un hommage au théâtre, hommage où le pastiche n’est jamais très loin : de la tragédie classique au théâtre de l’absurde en passant par la comédie musicale, la poésie homérique, la création contemporaine (Joyce, Beckett ou Pinget), la danse ou la farce. Le chant épique côtoie la comptine et la lamentation amoureuse peut surgir après une déclaration des plus prosaïques, sur une recette de cuisine par exemple.

    Iphigénie d’Europe a été commencée en octobre 2003 et terminée en 2007.

    Iphigénie d’Europe est publiée chez Manuscrit.com