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schumann

  • So romantic

    Les Amours du poète est la traduction française des Dichterliebe de Robert Schumann, au cœur d’un enregistrement Klarthe de Romain Guyot à la clarinette et de Chloe Mun au piano. Ces deux là font le choix du Romantisme, avec trois pièces du compositeur allemand : ces Dichterliebe, donc, mais aussi les Fantasiestücke  op.73 et les Trois Romances op. 94.

    Les  Fantasiestücke de 1849 ouvrent ce programme en trois mouvements. Le compositeur allemand est au faît de sa maîtrise. Il écrit d’ailleurs cette pièce en seulement deux jours, en février 1849, une année fastueuse s’il en est. Le Romantisme domine la scène musicale. Un Romantisme au cœur de cet opus, tout à, tour mélancolique (le mouvement Zart mit Ausdruck), léger et joueur (Lebhaft, leicht) et passionnée, pour ne pas dire exubérant (Rasch mit Feuer).    

    Cette même année 1849, Schumann donne naissance à ses Trois Romances pour hautbois et piano (Drei Romanzen, op. 94) que le compositeur offre, dit la petite histoire, à Clara Schumann en guise de cadeau de Noël. La clarinette de Romain Guyot étincelle dans cette pièce d’une jolie subtilité (Nicht schnell). Le sens mélodique de Robert Schumann est irrésistible (Einfach, innig). Au piano, Chloe Mun sait donner des teintes et des nuances avec un talent d’autant plus remarquable que ces trois romances donnent une grande importance à la clarinette. Le livret de l’album précise par ailleurs que le piano utilisé est un Becker 1900, celui-là même que Rachmaninov avait fait venir de Saint-Pétersbourg.

    Les fameux Amours du poète opus 48 sont de quelques années antérieures. Dichterliebe a été écrit comme un cycle de seize , d’après des poèmes de l'écrivain romantique allemand Heinrich Heine. Cette année-là, Robert Schumann se marie avec son grand et célèbre amour, la pianiste Clara Wieck, future Clara Schumann.

    Cadeau de Noël

    Bien qu’ils soient destinés à une voix masculine, ces lieder sont joués ici pour clarinette et piano. Les chants sont en général courts, voire très courts – de trente secondes à quatre minutes et demi. Des morceaux denses, donc, et d’une grande richesse où l’amour entre les deux tourtereaux semble être omniprésent (Im Wunderschönen Monat Mai). La clarinette de Romain Guyot apporte des nuances et des sensibilités touchantes (Ich will meine Seele tauchen ou le virevoltant Ein Jüngling liebt ein Mädchen). Le Romantisme se fait même naturaliste dans ce superbe "paysage musical" qu’est le lied Im Rhein, im heiligen Strome ("À Cologne, la ville sainte, / La cathédrale au front serein / Reflète sa gothique enceinte / Aux flots majestueux du Rhin") ou l’avant dernier lied Aus alten Märchen winkt es ("Les vieux contes charmant nos veilles / Parlent en langage ingénu, / D’un beau pays, plein de merveilles, / Qui reste à la terre inconnu"). Pour autant, le cœur des Dichterliebe est justement celui, amoureux, du musicien, parfois ostentatoire (Ich grolle nicht), parfois délicat (Und wüssten's die Blumen), parfois joyeux, par exemple dans cette noce improvisée (Das ist ein Flöten und Geigen, "De ma belle aujourd'hui c'est la noce") ou avec gravité, comme si le musicien pressentait la fin de son idylle (Ich hab' im Traum geweinet, "En pleurant j’ai rêvé, ma belle, / Que la mort éteignait tes jours"). Robert Schumann semble restituer tous les affects de cette période, y compris la nostalgie (Hör' ich das Liedchen klingen, "Quand j'entends cet air qu'autrefois").

    Le sens de la mélodie reste l’un talents géniaux de Schumann (Am leuchtenden Sommermorgen).  Romain Guyot et Chloe Mun – surnommée non sans affection "la nouvelle Clara" – dialoguent avec intelligence dans ces Amours du poète – ou plutôt du musicien. Il a fait de cette pièce en forme d’hommage et de présent à Clara Schumann une belle déclaration (Allnächtlich im Traume, "Chaque nuit je revois tes charmes / Dans un rêve où tu me souris; / Je tombe à genoux, et mes larmes / Vont arroser tes pieds chéris").

    Les Dichterliebe se termine avec le chant le plus long (quatre minutes trente). Die alten, bösen Lieder parle de la fin inéluctable de son amour ("Chants d’amour, tourments de mon âme, / Espoirs trompés, rêves en deuil, / La tombe est là qui vous réclame ; /– Que l’on m’apporte un grand cercueil !"). Pas de doute, nous voilà au cœur de ce grand Romantisme, si justement joué par le duo clarinette-piano. Les sentiments éclatent au grand jour, d’autant plus violents et passionnés qu’ils ont face à eux une mort que l’artiste doit affronter en la regardant bien en face : "Ce grand cercueil est nécessaire ; / Car, apprenez que sans retour / Dans sa nuit profonde il enserre / Et ma souffrance et mon amour !" Gloups. 

    Robert Schumann, Les amours du poète,
    Romain Guyot (clarinette) et Chloe Mun, piano, Klarthe, 2026

    https://www.klarthe.com
    https://www.chloemun.org
    https://www.instagram.com/chloejmun
    https://www.facebook.com/p/Romain-GUYOT

    Voir aussi : "Au cœur de l’Europe"

  • Honneur aux dames

    Il est probable que les noms de Mel Bonis, Amy Beach, Amanda Röntgen-Maier, Rebecca Clarke et Dora Pejačević ne diront rien à la plupart des auditeurs et auditrices. Clara Schumann, Nadia et Lili Boulanger un peu plus. Ces compositrices oubliées font l’objet d’un passionnant album de compilation, Ladies First (Indésens) interprété par deux autres femmes, la violoniste suisse Rachel Kolly et la pianiste indo-américaine Pallavi Mahidhara.

    Voilà qui est à la fois audacieux et pertinent, tant il est indispensable de sortir de l’enfer de l’oubli ces musiciennes – parce qu’elles étaient justement musiciennes - et pas musiciens.

    On tombe d’emblée sous le charme de la Sonate en si mineur d’Amanda Röntgen-Maier (1853-1894). Disparue prématurément à l’âge de 41 ans, cette violoniste et compositrice suédoise, reconnue à sa juste valeur, a du, comme beaucoup de femme de cette génération, mettre fin à sa carrière publique. La Sonate pour violon date de 1878. Elle a 25 ans et prouve la grande maîtrise d’une pièce tendue, solide et aux lignes mélodiques irrésistibles (Allegro). Le mouvement lent Andantino a cette facture néo-romantique surfant sur les influences de Robert Schumann, Félix Mendelssohn ou Brahms. Plus enlevé est l’Allegro molto vivace, et néanmoins emprunt de nostalgie.

    Mel Bonis (1858-1937) est une compositrice française, toujours très peu jouée et enregistrée. Elle a pourtant laissé un catalogue de près de 200 œuvres. Sa Pièce n° 2, avec ici l’Allegretto non troppo, Op. 84 est présentatrice des influences de la musique française de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. L’influence de Gabriel Fauré et de Debussy est évidente dans cette pièce de 1910 néo-classique, saluée par Saint-Saens qui alla jusqu’à s’étonner… qu’une femme puisse écrire si bien. Le violon de Rachel Kolly et le piano de Pallavi Mahidhara font planer une lumière étrange sur court mouvement.

    On peut remercier Rachel Kolly et Pallavi Mahidhara d’avoir pris leur "bâton de pèlerin"

    La notoriété de Clara Schumann (1819-1896) n’est plus à faire ; mais que ce fut long et dur, tant son mari Robert lui a fait de l’ombre. Ses Trois romances pour violon et piano op. 22 sont proposées. Le romantisme est roi dans cette œuvre datant de 1855.

    Amy Beach (1867-1944) a connu la gloire comme interprète dans son pays, les États-Unis, mais aussi en tournée en Europe. On la découvre ou redécouvre ici dans une Romance, son opus 23 dédiée à la violoniste Maud Powell. Nous sommes en 1893 et les artistes américaines sont encore très marqués par les influences du vieux continent. Très bientôt, ils ou elles parviendront à imposer leur propre langage. En attendant, nous voilà avec une romance à la facture néo-romantique, élégante et délicate, qui a fait le succès de la musicienne, et que Rachel Kolly et Pallavi Mahidhara interprètent avec un plaisir visible.

    Dora Pejačević (1885-1923) est une vraie belle découverte. Cette compositrice croate a beau avoir appartenu à l’aristocratie austro-hongroise (elle était comtesse), elle est, à sa façon, une révolutionnaire – oubliée, hélas, en raison de son sexe. Elle a baigné dans un milieu intellectuel particulièrement revigorant – Ibsen, Thomas Mann, Rilke, Kierkegaard ou Nietzsche. Voilà qui forge un caractère, un tempérament et un langage ! Elle a aussi été une interprète ayant couru les salles de spectacle dans toute l’Europe. Sa Sonate pour violon n° 2 "Slavique", op. 42 date de 1919. Elle a en fait été écrite en 1917, en pleine première guerre mondiale, au cours de laquelle l’artiste s’est courageusement engagée comme ambulancière. Dora Pejačević n’entend pas se laisser enfermer dans un style. Le romantisme côtoie l’expressionnisme. Au rythme dansant de l’Allegro, qui n’est pas dénué de noirceur ni d’éclats de passion voire de colère, répond une sorte de chant funèbre qu’est l’Andantino, lancinant et implacable par moment, souvent bouleversant dans cette pièce qui nous parle surtout de la fin d’un monde et d’une époque. Rappelons que nous sommes à l’époque durant la Grande Guerre. Même le dernier mouvement Allegro molto vivace, vif et rythmé, ressemble à une danse macabre, d’une grande modernité – comme d’ailleurs l’ensemble de l’opus. Sacré pari et bonne idée pour Rachel Kolly et Pallavi Mahidhara que d’avoir eu l’idée de proposer cette formidable musicienne qui mériterait d’être plus présente en concerte et en album.

    Nadia Boulanger (1887-1979) et sa sœur Lili Boulanger (1893-1918) n’ont pas été oubliées, tant ces deux femmes (la seconde est morte prématurément à l’age de 24 ans) sont des exceptions en musique classique. Elles ont été admirées, sont toujours jouées et ont eu une influence majeure dans la musique du XXe siècle. Rachel Kollu a adapté pour violon et piano la pièce Soleils couchants de Nadia Boulanger datant de 1905. Nous sommes en pleine Belle Époque. Le symbolisme et le néoromantisme imprègnent cette pièce mystérieuse. Il s’agit d’une mise en musique d’une pièce de Verlaine. On y devine des accents impressionnistes et debussyens, interprétés avec subtilité par  Rachel Kolly et Pallavi Mahidhara.

    Toujours dans une veine néoromantique, l’auditeur ou l’auditrice se laissera bercer par sa Nocturne de 1911 et l’alerte Cortège de 1914, quelques années après sa mort qui a laissé inconsolable sa sœur Nadia.

    L’album se termine par une dernière découverte, en l’occurrence la compositrice anglaise Rebecca Clarke (1886-1979). La pièce Midsummer Moon date de 1926. Il faut saluer sa modernité, sans pour autant que le classicisme soit balayé. Une grande mélancolie règne sans cette œuvre. Rebecca Clarke était une altiste reconnue comme altiste géniale et a tourné en Europe et dans le monde. Voilà une artiste farouchement éprise de liberté, ce que l’on devine à l’écoute de ce morceau semblant faire la synthèse entre romantisme debussyen et expressionnisme. En trois mots : indépendance, audace et génie.

    On peut remercier Rachel Kolly et Pallavi Mahidhara d’avoir pris leur "bâton de pèlerin" pour donner une chance à ces consœurs que l’on fini, comme elles par aimer.

    Elles méritent d’entrer dans le répertoire aussi naturellement qu’une mélodie de Fauré, une ballade de Brahms ou une suite de Debussy. 

    Ladies First, Bonis – Schumann – Beach – Boulanger,
    Rachel Kolly (violon) et Pallavi Mahidhara (piano), Indésens Calioppe, 2026

    https://indesenscalliope.com/boutique/ladies-first
    http://rachelkolly.com
    https://www.facebook.com/rachelkolly
    https://www.pallavimahidhara.com
    https://www.facebook.com/pallavimahidharapianist

    Voir aussi : "Brahms doublement suisse (et même triplement)"

     
     
     
     
     
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  • Monographie à plusieurs

    Partons à la découverte d’un compositeur d’aujourd’hui, en l’occurrence Laurent Lefrançois. Nord Sud, proposé par Indésens, propose un parcours d’un univers musical, à la fois moderne et solidement appuyé sur des références qui se nomment Schumann, Bach, Scarlatti… ou Léo Ferré. Voilà qui ne fera pas fuir les curieux et curieuses de création contemporain.

    Nord Sud est le nom de la pièce onirique qui ouvre l’album éponyme. Ce poème symphonique est d’une belle densité, puisant ses influences aussi bien chez Debussy, Ravel ou Satie que dans le jazz ou le répertoire contemporain. Cela donne un paysage sonore vif et vivifiant aux multiples facettes. Alerte par moment, léger dans d’autres, avec des éclats de lumières et des instants sombres, il semble que Laurent Lefrançois traverse un pays du nord au sud, justement, et accepte de se perdre. Tel a été d’ailleurs l’objectif de Laurent Lefrançois pour cet opus crée en 2022 en Australie : "Il s’agissait pour moi de relier les musiciens par-delà la distance". Le Quatuor Parisii sert parfaitement, et avec gourmandise même, cette ambition.  

    Le compositeur normand, né en 1974, est présent comme comme adaptateur de pièces classiques. Commençons par l’Opus 70 de Robert Schumann, avec en particulier cet Adagio aux couleurs chaudes et vibrantes. Le Romantisme prend un nouveau lustre avec cette version pour clarinette, alto et piano – au départ écrit pour cor et piano par le compositeur allemand.  Patrick Messina (clarinette), Marie Fraschini (alto) et Fabrizio Chiovetta (piano) s’acquittent avec délicatesse et tendresse de cette pièce pour lui donner une nouvelle facture romantique.

    L’auteur de Jolie Môme aurait adoré !

    Autre arrangement, celui de la Sonate K466 en fa mineur de Domenico Scarlatti, écrite à l’origine pour violon et violoncelle. Laurent Lefrançois a choisi de la proposer pour flûte (Magali Mosnier) et clarinette (Paul Meyer). Le duo final est bien différent de la pièce d’origine, comme le reconnaît le compositeur et adaptateur français, mais elle acquiert aussi un magnétisme indubitable.

    L’auditeur ou l’auditrice s’arrêtera sûrement sur le choix le plus audacieux de l’album, mais tellement bienvenu ! Il s’agit d’une version pour musique de chambre du Temps du tango de Léo Ferré. L’auteur de Jolie Môme aurait adoré ! Certes, les mots du poète sont absents ; par contre, le chanteur est présent et son génie de mélodiste éclate grâce à cette version, se terminant par les dernières mesures sur ondes Martenot, comme dans le titre original d’ailleurs.

    On oublie souvent Buxtehude et son influence capitale sur le répertoire classique, et en particulier sur Bach. Laurent Lefrançois lui rend hommage dans Sample Bux, une pièce pour accordéon (avec Pascal Contet) et clarinette (de nouveau, Paul Meyer). On est dans une pièce se jouant de beaucoup de styles, que ce soit le baroque, le classique, le contemporain, jusqu’à la pop. "J’ai extrait des ‘séquences’ que j’ai reliées entre elles et ‘samplées’ à la manière d’un DJ", explique Laurent Lefrançois dans le livret.

    Jean-Sébastien avait fait 400 kilomètres à pied pour rencontrer Buxtehude, le plus grand organiste de l’époque. On sait l’influence qu’eut ce dernier sur celui qui allait dominer pour longtemps la musique. Il paraissait logique que Bach soit présent, via ici des extraits du Clavier bien tempéré, la Prélude et l’envoûtante Fugue en sol mineur BWV 863, complétées par un Interlude et un Postlude composé par Laurent Lefrançois, complétant et enrichissant plus que n’écrasant son brillant aîné. Le principal apport de cette section est l’instrumentation pour musique de chambre, grâce au quatuor formé d’une flûte (Magali Mosnier), d’un cor anglais (Laurent Deckler), d’une clarinette basse (Renaud Guy-Rousseau) et d'un basson (avec la formidable Lola Descours, dont nous avions déjà parlé sur Bla Bla Blog).

    Retour à une composition originale de Laurent Lefrançois avec son Sextuor Mode. Retour aussi et surtout à une pièce contemporaine d’une belle vivacité, comme une mécanique bien huilée. Cet opus date de plus de vingt ans, déjà. C’était l’œuvre d’un musicien dont l’ambition et le talent étaient déjà évidents. Voilà qui clôt à merveille ce que le compositeur nomme une "Monographie à plusieurs". Bien vu.   

    Laurent Lefrançois, Nord-Sud, Indésens Calliope, 2026
    https://www.facebook.com/lefrancoiscompo/?locale=fr_FR
    https://indesenscalliope.com/boutique/nord-sud

    Voir aussi : "Amitié franco-allemande"
    "Basson, toi mon ami"

  • Lacunes comblées par Fleur Strijbos

    L’album Lacunes mérite d’être sous nos radars pour au moins deux raisons. Tout d’abord, il donne à découvrir deux artistes belges talentueuses, la soprano belge Fleur Strijbos, actuellement en résidence à la Chapelle Musicale Reine Élisabeth, accompagnée de la pianiste Babette Craens. Ensuite pour la programmation choisie : de la musique romantique et contemporaine mais aussi et surtout des œuvres classiques belges. On est bien d’accord pour dire que le répertoire classique et contemporain de nos voisins et amis flamands et wallons est peu connu de ce côté-ci de la Meuse. Voilà une lacune en partie réparée.

    Fleur Strijbos ouvre largement sa programmation à la musique contemporaine, avec en premier lieu Anton Webern. Il y a ce lied expressionniste et sombre chant d’amour Heimgang in der Frühe. Wagner n’est pas loin dans cette mélodie allemande du XXe siècle tirée des 8 Frühe Lieder (1901). Elle propose d’autres mélodies extraites cette fois des Fünf Lieder, no. 3 (1908). Il y a le Himmelfahrt et le Nächtliche Scheu : "Timidement, du banc de nuages, / Le rayon de lumière jaillit / De la main pâle de la lune et se répand sur la campagne, / Apaisant toute ma flamme… / Entends-tu, ô cœur ? / Les vagues murmurent : / 'Embrasse-moi, embrasse-moi !' / Et de toute ma force timide, / Je t'embrasse, ma bien-aimée."

    Commence très vite le cœur de cet opus, à savoir le focus sur des compositeurs belges. Parlons, pour commencer, d’une découverte, celle de Piet Swerts (né en 1960). Ce compositeur belge que ses compatriotes ne pouvaient pas oublier est présent avec sa mélodie Si ta fraîcheur, extrait de son cycle Les roses. Il s’agit de l’adaptation musicale d’un poème traduit de Rainer Maria Rilke : "Si ta fraîcheur parfois nous étonne tant, / Heureuse rose, / c’est qu’en toi-même, en dedans, / Pétale contre pétale, tu te reposes".

    Il est de nouveau question d’une rose dans le lied de Schumann, Meine Rose. De ce romantisme pur jus, Fleur Strijblos et Babette Craens en font une délicieuse sucrerie. Schumann fait sans nul doute partie du panthéon de la chanteuse si l’on en croit la programmation de ce premier album avec plusieurs extraits  du cycle Sechs Gedichte von N. Lenau und Requiem, op. 90 : "Meine Rose", donc, mais aussi "Einsamkeit", "Kommen und Scheiden", "Der Schwere Abend" et le "Requiem".

    Une lacune en partie réparée

    Arrêtons-nous un instant sur cette merveille qu’est Die Sennin, un autre lied de Schumann, lui aussi extrait des Sechs Gedichte und Requiem et qui se passe cette fois dans le… far west : "Belle cowgirl, chante encore une fois / Ta chanson dans la vallée, / Pour que les falaises s'éveillent à / Ta voix joyeuse." ("Schöne Sennin, noch einmal / Singe deinen Ruf ins Tal, / Dass die from Felsensprache / Deinem hellen Ruf erwache").

    Voilà qui est une transition parfaite vers un air américain, celui de Samuel Barber. L’esprit européen est là, néoromantique et touchant. La soprano propose également un autre compositeur américain, Aaron Copland et son Old Poem.

    Les compositeurs belges restent le fil conducteur du programme, que ce soit Alain Craens (1957), avec Droomballade, une page sombre et expressionniste. On découvrira sans doute également le compositeur belge August De Boeck (1865-1937) et ses deux pièces, Frissons de fleurs et Crépuscule, dans le plus pur style musique française et néoromantique. Un jeune compositeur est enfin mis à l’honneur, Noah Senden (Il pleure).

    Fleur Strijbos inclut une pièce de Richard Strauss. Compositeur génial, transition quasi parfaite entre le XIXe siècle romantique et le XXe siècle turbulent. Le Die Nacht op. 10, composé après la mort de son ami poète Ludwig Thuile, parle de la nature et de la nuit, miroirs des tourments d’une âme tourmentée par la mort inéluctable et par la nostalgie.

    Fleur Strijbos, Lacunes, avec Babette Craens (piano), Etcetera2026
    www.fleurstrijbos.com
    www.instagram.com/fleurstrijbos
    https://www.pietswerts.com

    Voir aussi : "Amitié franco-allemande"

  • 1842, année romantique

    "1842" aurait pu être le titre du dernier coffret de b.records, Collection Schumann. Cet enregistrement consacré à la musique de chambre de Robert Schumann s’intéresse à quatre œuvres de jeunesse du compositeur allemand. Nous sommes en 1842 et Schumann ne s’est pas encore essayé aux quatuors, se limitant surtout à des opus pour piano et voix. Cette année 1842 entre dans l’histoire de la musique romantique.

    L’enregistrement proposé est la captation d’un concert donné par le Quatuor Strada à l’Auditorium de la Cité de la Musique et de  la Danse à Soissons, les 3 et 19 avril 2024. Le Quatuor réunit Pierre Fouchenneret et Ayako Tanaka au violon, Lise Berthaud (alto) et François Salque (violoncelle).

    Ce coffret Robert Schumann débute avec le 1er Quatuor à cordes op. 41 dont l’introduction soyeuse et vibrante annonce un mouvement harmonique et harmonieux, mais non sans l’expressivité romantique de Robert Schumann (Andante expressivo) ni une allégresse certaine (Allegro). Écrit en 1842 (Robert Schumann a 32 ans), ce Quatuor op.41 illustre l’état d’esprit de son auteur. Il vit une période heureuse, ce qu’illustre encore le deuxième mouvement Scherzo – Presto – Intermezzo vivifiant auquel s’attaque le Quatuor Strada avec enthousiasme. Même l’Adagio n’est ni triste ni funèbre. Mélancolique et beethovénien, il ressemble à une douce déclaration d’amour. Le Presto, vif comme un torrent sauvage, vient conclure un premier Quatuor typique de cette année 1842 placée sous le signe de la musique de chambre schumanienne.

    Toujours en 1842, le compositeur allemand écrit son deuxième Quatuor à cordes op. 41. L’Allegro vivace a la légèreté de ces œuvres insouciantes. Le Quatuor Strada s’y promène avec une bonheur. Le charme de l’Andante quasi variazioni réside dans sa manière d’avancer pas à pas, avec un sorte de nonchalance joueuse. Le mouvement suivant, Scherzo – Presto, le plus court de ce coffret, garde cette insouciance et cette joie de vivre, si caractéristique de la musique de chambre schumanienne de cette période. Tour aussi alerte, l’Allegro molto vivace vient clore le Quatuor à cordes n°2 ainsi que le premier CD du coffret.

    "Ils me ravissent jusque dans le moindre détail"

    Le 3e Quatuor à cordes commence par une somptueuse déclaration d’amour tout en romantisme. N’est-ce pas à Robert Schumann amoureux – de Clara Wieck, future Madame Schumann – dont nous avons à faire dans le premier mouvement Andante ? Les frères Fouchenneret précisent d’ailleurs dans le livret que le trio de quatuors ont été offerts à la musicienne et compositrice pour ses 23 ans qui a su apprécier la valeur de cette création : "Ils me ravissent jusque dans le moindre détail", lui dit-elle. Pour l’Assai agitato, Robert Schumann semble se démultiplier dans une partie virtuose, enlevée et à la construction savante. On se pose sur l’Adagio, plus sobre avant un Finale Allegro molto vivace, enlevé, capricieux et joueur, mais non sans élan amoureux et romantique, avec une ligne mélodique irrésistible.

    Le Quintette pour piano et cordes op. 44 vient compléter ce programme. Théo Fouchenneret au piano rejoint son frère Pierre, toujours avec le Quatuor Strada. Composé lui aussi en 1842, le Quintette en mi bémol majeur est devenu un des exemples les plus éclatants de la musique romantique, suscitant d’ailleurs l’admiration, entre autres, de Wagner himself. L’Allegro est "brillante", mené tambour battant grâce notamment au piano de Théo Fouchenneret. Arrêtons-nous un instant sur le second mouvement In modo d’una marcia, un poco largamente. C’est tout le génie de Schumann qui s’exprime dans cette partie plus sombre – sinon funèbre – et dans lequel le compositeur sort des sentiers battus. Le romantisme se pare de modernité dans ce séduisant et frappant mouvement nimbé de mystères, comme annonciateur de sombres dangers. Avec le Scherzo Molto vivace, c’est un Schumann jeune et alerte qui s’exprime dans un mouvement relativement court, et en tout cas efficace. Le Quintette et le coffret se termine avec un Finale allegro ma non troppo au solide tempérament. Il vient clore une œuvre essentielle chez Schumann et, par là, une année 1842 à marquer d’une pierre blanche.  

    Robert Schumann, Quatuors et quintette pour piano et cordes,
    Quatuor Strada et Théo Fouchenneret, b•records, 2025

    https://www.b-records.fr
    https://www.theofouchenneret.com
    https://pierrefouchenneret.com/quatuor-strada

    Voir aussi : "Romantique et métaphysique Schumann"

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  • À Beethoven, l’humanité reconnaissante

    Peu connu mais archidoué, virtuose et romantique (son look sur la pochette d’album finit de nous convaincre), le pianiste Nikolay Khozyainov revient cet année avec un nouvel opus, Monument to Beethoven (Rondeau Production). Pourquoi, d’ailleurs, cette expression ? Il faut revenir aux années 1830-1840, soit quelques années après la mort du compositeur allemand. Franz Liszt entreprend de rendre hommage à son illustre aîné en faisant bâtir une statue à Bonn. Robert Schumann, Félix Mendelssohn et bien entendu Liszt sont sollicités pour composer des œuvres directement inspirés du répertoire de Beethoven, et en particulier de l’Allegretto de sa Symphonie n°7.

    Ce sont ces morceaux créés ad hoc que Nikolay Khozyainov a choisit d’enregistrer, en commençant par l’Allegretto originel, ici transcrit au piano par Liszt. C’est à un Everest que s’attaque le pianiste, dont la virtuosité n’écrase jamais la puissance dramatique ni la densité. Les respirations sont les bienvenues et viennent insuffler ce souffle que l’on appellera plus tard romantisme. Beethoven a fait de cette marche funèbre un mouvement allegretto, comme pour se jouer de la mort et donner à ce deuxième mouvement le pouvoir de la vie. Nikolay Khozyainov la rend dans un mélange d’ardeur, de passion et de gravité.

    Suit Robert Schumann avec ses Études en forme de variations sur un thème de Beethoven. 15 variations, rarement de plus d’une minute 30, s’approprient le thème principal de l’Allegretto de la 7e de Beethoven en variant les tempos, du Moderato au Prestissimo, en passant par le Passionato.

    Nikolay Khozyainov s’empare de cette œuvre rare de Schumann en prouvant le panel de son jeu, y compris des variations les plus sombres (Ohne Titel n°5) ou les plus techniques (Presto n°6). Schumann fait œuvre d’une grande liberté dans son appropriation du thème original (A11. Legato teneramente), ne s’empêchant pas des revisites franchement épatantes (B4. Ohne Titel) et transformant la marche funèbres en chants populaires (B5. Cantando), voire d’une singulière modernité (B7. Ohne Titel). Ces études se terminent de la plus belle des manière, avec la variation la plus longue de l’opus, tout en pudeur et en légèreté. Bref, un bel hommage à Beethoven. 

    Un bel hommage à Beethoven

    Plus courtes, les Variations sérieuses de Felix Mendelssohn Bartholdy prennent à la fois plus de liberté et plus de gravité avec l’Allegretto de Beethoven. Le Thema et les Variations balancent entre la luxuriance et romantisme fou.

    Beethoven est de retour avec une transcription par Liszt du lied An die ferne Geliebte ("À ma bien aimée"). L’histoire retient qu’il s’agit du premier cycle de lieder de l’histoire de la musique. Il est difficile de rester insensible à ce court morceau dont le pianiste rend toute la profondeur et toute la justesse sentimentale.

    La Fantaisie, op. 17 de Robert Schumann a ceci de particulier qu’elle fait partie des œuvres majeures du compositeur allemand. Cet opus autonome, en trois parties, n’a figuré que tardivement dans le programme hommage à Beethoven – en réalité les deux derniers mouvements – pour la souscription destinée à la construction de son monument à Bonn. La Fantaisie est au départ une déclaration à Clara Wieck, future Clara Schumann. Nikolay Khozyainov s’en empare avec délectation. Il y a du Beethoven dans la puissance évocatrice du 2e mouvement et la richesse de l’opus devient un envol du romantisme dans le dernier mouvement.

    Nikolay Khozyainov ne pouvait terminer ce Monument à Beethoven autrement que par une création, car il est lui-même compositeur. Avec son morceau Petals of Piece. Son hommage au compositeur allemand est aussi un chant de paix que lui avait commandé l’ONU en novembre 2022. dans cette œuvre contemporaine et post-romantique, c’est avec gravité que l’instrumentiste russe lance ses "Pétales de la Paix". Plus que jamais d’actualité pour cet artiste résolument engagé pour le pacifisme. 

    Nikolay Khozyainov, Monument à Beethoven, Rondeau Production, 2024
    https://www.nikolaykhozyainov.com
    https://www.bs-artist.com/pages/communication

    https://www.rondeau.de

    Voir aussi : "Beethoven, Intégrale, Première"

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  • Top 10 de Bla Bla Blog en 2024

    Comme chaque année, Bla Bla Blog propose son top 10 des publications phares de cette année, celles qui ont fait le buzz et celles qui sont les plus populaires. Comme souvent, elles sont représentatives de Bla Bla Blog, le site des découvertes culturelles et artistiques. Qu’y trouve-t-on dans ce florilège ? Rimbaud et son actualité poétique autant que technologique (certes très critiquable !), de la musique avec du jazz (très bien représenté) mais aussi Gabriel Fauré dont nous fêtions en 2024 les 100 ans de sa mort. La chanson et la pop ne sont pas en reste, pas plus qu’une série télé que nous avons trouvé formidable ! Et pour épicer le tout, du sexe, avec un roman à ne pas mettre entre toutes les mains… Bref, il y a de tout pour faire un monde, et c’est très bien comme ça. 

    10/ "Un sacre pour Bobbie"

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    Les influences de Bobby s’appellent Joni Mitchell, Dolly Parton ou Bob Dylan. Un opus en anglais où la pop (Last Ride, Back Home) fait la part belle à la country, à l’instar du morceau Losing You qui ouvre ce délicieux album ou encore le formidable et enlevé The Sacred In The Ordinary qui lui donne son nom…"

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    9/ "Du classique, et que ça jazze !"

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    L’opus commence par un véritable tour de force. En l'occurrence, Gabriel Fauré et son Requiem en mode jazz, avec une "Introduction" et un "Kyrie", moins funèbre que sombre et mélancolique. On peinera à retrouver l’aspect liturgique de ces premières Impressions. L’"Agnus Dei" sonne comme un chant d’amour paisible, avec des improvisations au piano qui ont toute leur place. Le lyrisme du "Libera Me" originel est plus intimiste et personnel dans cette revisite. Plus paisible aussi. Une vraie libération, aurions-nous envie d’écrire. Les connaisseurs de Fauré et de son Requiem peineront sans doute à reconnaître l’œuvre originale, en particulier dans cet extrait, léger et rafraîchissant…"

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    8/ "Fauré, cent ans après toujours jeune"

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    En cette année Fauré (le compositeur est mort en 1924), Laurent Wagschal consacre une intégrale de ses œuvres pour piano. Pauline Bartissol le rejoint dans ses enregistrements consacrés au violoncelle et au piano. Au programme, les deux Sonates op. 109 et 117 pour violoncelle et piano et des pièces de musiques de chambre devenues universelles, à savoir la Sérénade op. 98, la célèbre Élégie op. 24, la Romance op. 69, la naturaliste pièce intitulée Papillon op. 77 et la délicieuse Sicilienne op. 78…"

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    7/ "Rimbaud, le vrAI du faux"

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    C’est sur les années 1870-1875 que se concentre la biographie de Luc Loiseaux, Rimbaud est vivant (éd. Gallimard), c’est-à-dire de son premier séjour à Paris – qui se termine en prison – jusqu’au décès de Vitalie, la jeune sœur de Rimbaud. Ce deuil marque aussi la fin de sa carrière littéraire…"

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    6/ "Regarde Andrea Ponti"

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    Son parcours personnel et artistique singulier lui a permis de créer des projets musicaux passionnants et attachants.

    L’artiste avait accordé une interview exclusive à Bla Bla Blog pour parler de son passé, de ses influences et de son actualité…

    Son actualité en cette fin d’été 2024 c’est un nouveau single, Regarde.

    Pour ce titre, la chanteuse s’est entourée des compositeurs Igit (Voila de Barbara Pravi) et Jonathan Cagne (Summer Body" d’Helena)..."

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    5/ "Haro sur Onfray"

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    Depuis le temps que le philosophe Michel Onfray truste les plateaux télé et propose sa "bonne parole", il fallait bien que quelques voix discordantes vienne susciter la polémique. C’est le cas avec cette Libre réponse à Michel Onfray proposé par les éditions Artège.

    Ce n’est pas un mais plusieurs ouvrages qui intéressent le philosophe et théologien Matthieu Lavagna : Traité d’Athéologie (2005), Décadence, Vie et Mort du Christianisme (2017) et Anima (2023). Le tort de Michel Onfray ? Affirmer que Jésus n’a jamais existé, ni plus ni moins, et que sa vie n’est jamais qu’un mythe. C’est la "thèse mythiste", très ancienne, pour ne pas dire datée. Dès la préface, Matthieu Lavagna cogne, et dur..."

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    4/ "Nuit et lumières chez les Schumann"

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    Le troisième est Albert Dietricht, compositeur du premier mouvement Allegro. Les trois amis écrivent en 1853 cette sonate au nom étrange mais plein de sens : F.A.E. pour Frei Aber Einsam ("libre mais solitaire"). Elle a été offerte cette année-là au violoniste Joseph Joachim. Ce dernier l’a d’ailleurs joué, tout comme Clara Schumann…"

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    3/ "Les quatre fantastiques"

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    Elle se nomme Les Invisibles et se présente comme une passionnante saga policière. Nous suivons un groupe de quatre enquêteurs du Nord, sous la direction du commandant Darius. Il est secondé par l’expérimentée et râleuse Marijo, la jeune lieutenant fraîchement recrutée surnommée Duchesse, sans oublier Ben, un autre lieutenant, père de famille exemplaire capable de jouer des poings en cas de besoin.

    Ces quatre-là ont une semaine pour identifier des morts anonymes, surnommés des "invisibles". Une chasse à l’identité qui devient vite une course à l’assassin..."

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    2/ "Ma préférence à moi"

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    Son autrice, Éva Delambre fait partie de ces noms fameux de la littérature érotique, jamais aussi à l’aise que lorsqu’elle interroge des thèmes de la soumission et de la BDSM.

    Plurielles nous propose une plongée plus vraie que nature dans un milieu vivant dans la discrétion.

    Éva Delambre en profite pour le désacraliser et de le faire découvrir, parfois dans toute sa crudité…"

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    1/ "Jazz-songs"

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    L’opus commence dans le mystère et la mélancolie avec la reprise des Passantes le classique de Brassens, sur un air de jazz épuré, chanté par Mélanie Dahan, une vraie revisite jazz. "Je veux dédier ce poème / À toutes les femmes qu'on aime / Pendant quelques instants secrets".    

    On sera sans doute un peu plus décontenancée par cette Jolie Môme, moins espiègle que la version de Léo Ferré. On a là une promenade germanopratine et joyeuse propre à autant éclairer les cœurs que la Jolie Môme originelle, avec en plus les improvisations d’Antoine Delaunay…"

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    Voir aussi : "2014-2024 : Top 10 de Bla Bla Blog"
    "Top 10 de Bla Bla Blog en 2023"

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  • Nuit et lumières chez les Schumann

    C’est par une œuvre collective que commence cet enregistrement d’œuvres de Robert Schumann pour violon et piano. La Sonate F.A.E. nous vient de deux figures majeures du romantisme – Brahms (pour le troisième mouvement "Allegro (Scherzo)" et Schumann pour les deuxième et quatrième mouvements, "Intermezzo" et "Finale". Le troisième est Albert Dietricht, compositeur du premier mouvement "Allegro". Les trois amis écrivent en 1853 cette sonate au nom étrange mais plein de sens : "F.A.E." pour "Frei Aber Einsam" ("libre mais solitaire"). Elle a été offerte cette année-là au violoniste Joseph Joachim. Ce dernier l’a d’ailleurs joué, tout comme Clara Schumann.

    Nous avions parlé il y a quelques semaines du "Scherzo" enregistré par Rachel Kolly et Christian Chamorel. Dans l’album Robert Schumann et son univers, proposé par Indésens, Yann Passabet-Labiste au violon et Bertrand Giraud au piano proposent les quatre mouvements de cette sonate, écrite avant que la maladie ne fasse taire Robert Schumann. Le compositeur vit une période tragique avec la mort de son jeune fils Emil en 1847, celle de son ami Felix Mendelssohn la même année et avant la détection d’une maladie mentale chez Ludwig, un autre de leur fils. Schumann vit particulièrement douloureusement cette période. La dépression succède à des crises d’angoisse et des hallucinations. Voilà pour le tableau de cette période sombre à nulle autre pareil. Autant dire que cette Sonate F.A.E. fait figure de petit miracle musical. 

    Saluons le premier mouvement "Allegro" d’Albert Dietricht, d’une belle richesse ornementale, servi qui plus est par des interprètes jamais en baisse de régime. Il s’agit du mouvement le plus long de la sonate (plus de douze minutes et demi). Avouons cependant qu’après cette romantique entrée en matière, on s’arrêtera particulièrement sur le court "Intermezzo" que Robert Schumann a annoté en allemand : "Bewegt, doch nicht zu schnell". La douleur déchire cette partie. Le piano de Bertrand Giraud se met légèrement en retrait pour laisser s’exprimer le violon de Yann Passabet-Labiste, sans jamais que le violoniste ne fasse preuve de pathos. Vient répondre la fougue et la verve de Johannes Brahms, le disciple et admirateur, qui en est au début de sa carrière. Les Schumann sont sa famille de cœur et Clara Schumann restera son amie et amour jusqu’à ses derniers jours.

    Cette fois, piano et violon viennent se répondre avec bonheur. La vigueur est là, mais aussi la passion et la tendresse. On est presque heureux de retrouver Robert Schumann dans un "Finale" au tempo vif, comme si le compositeur meurtri par trois années sombres revenait à la vie. Magnifique coup d’éclat que cette dernière partie qui prend par moment l’allure de marche décidée grâce au violon diabolique de Yann Passabet-Labiste.   

    La vigueur est là, mais aussi la passion et la tendresse

    Schumann, ses amis et sa famille pourrait s'intituler l'opus. C’est Clara Schumann qui poursuit le programme, avec ses trois Romances op. 22. Ecrites elles aussi en 1853, elles ont été, tout comme la Sonate F.A.E., dédiées au violoniste Joseph Joachim. L’esprit romantique souffle sur ce que l’on pourrait appeler une sonate pour piano et violon en trois mouvements, "Andante molto", "Allegretto ; Milt zartem Vort" et "Leidenschaftlich schnell". L’auditeur y lira de douloureuses plaintes, alors que le mari de Clara est pourchassé par ses démons intérieures ("Andante molto"), sentiments que vient nuancer la deuxième romance "Allegretto", mais non sans ce sens du spleen que parviennent à rendre le duo de musiciens et en particulier le violon de Yann Passabet-Labiste. Le "Leidenschaftlich schnell" prouve, s’il en était besoin de le démontrer, que Clara Schumann est au sommet d’un art musical, à l’égal au moins de Robert Schumann auquel elle a survécu quarante ans.     

    Autre Romances, celles de Robert Schumann, justement. Son opus 94 a été composé pour son épouse en 1849. Destinée pour le piano et le hautbois, elle est régulièrement jouée, comme ici, pour le violon et le piano. Une immense tristesse, que le violon de Yann Passabet-Labiste rend particulièrement bien, se dégage dans le "Nicht Schnell". "Simple, affectueux", indique la deuxième romance. Il est vrai qu’une relative légèreté est évidente, bien que la mélancolie ne soit pas absente. Un sentiment de vide se dégage encore plus de la dernière romance "Nicht Schnell", au mouvement pourtant "Moderato". Il y a ces légères mais réelles ruptures, rendant cette partie bien plus tragique qu’elle n’en a l’air.

    L’enregistrement se clôt avec la Sonate n°3 en la mineur. Composée par Robert Schumann en 1836. Il a 26 ans. Elle a l’impétuosité de la jeunesse (le premier mouvement allegretto "Ziemlich langsam") et cet évident souffle épique, porté par les deux interprètes décidément bien inspirés. Suit un "Intermezzo" plus court (deux minutes et demi), lent, gracieux et romantique, avant le "Scherzo" ("Lebhaft") enlevé et aux nombres pièges dont se tirent brillamment Yann Passabet-Labiste et Bertrand Giraud. Dans le "Finale", Robert Schumann termine par un ensemble de morceaux de bravoure, porté par des mélodies ardentes, pour ne pas dire enflammées. Nous sommes dans une période marqué par une union des plus compliquées entre Clara et Robert Schumann, avec toujours le romantisme en bande-son.   

    Robert Schumann et son univers, Yann Passabet-Labiste (violon) & Bertrand Giraud (piano), Indésens Calliope Records, 2024
    https://indesenscalliope.com/boutique/robert-schumann-son-univers
    https://www.bertrandgiraud.net
    https://www.facebook.com/yann.passabetlabiste

    Voir aussi : "Brahms doublement suisse (et même triplement)"

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