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polar

  • Maigret et les jeunes filles perdues  

    Sorti cette année et disponible en ce moment sur Canal+, "le" Maigret de Patrice Leconte avec Gérard Depardieu était attendu au tournant à plus d’un titre. D’abord parce qu’un film de notre Gégé national est toujours un événement. Ensuite parce qu’une adaptation d’un Georges Simenon réserve très souvent des surprises, tant l’écrivain belge a bâti une œuvre exceptionnelle parvenant à fouiller l’âme humaine derrière le vernis de polars et d’enquêtes policières. Et puis, il ne faut pas oublier que Patrice Leconte, après son succès populaire des Bronzés, est parvenu à amadouer les critiques grâce au superbe Monsieur Hire, qui était déjà une adaptation d’un roman de Simenon. Ici, Patrice Leconte s’est attaqué à un autre livre, Maigret et la Jeune Morte, sorti en 1954.

    Sous le titre sobre Maigret, Depardieu endosse le célèbre commissaire parisien du 36 Quai des Orfèvres. Nous sommes dans les années 50. Une jeune femme sans identité a été retrouvée morte sur la Place Vintimille. Elle portait une luxueuse robe de soirée mais aucune pièce d’identité. Le policier commence une enquête peu ordinaire à la recherche d’abord du nom et de l’adresse de cette jeune femme mineure.

    Quant à Depardieu, il campe un Maigret avec une économie de moyens

    Des esprits chagrins ont pu regretter l’adaptation impeccable mais froide et académique de cette énième adaptation de Maigret. Mais que n’aurait-on dit à l’inverse d’une relecture biaisée d’une œuvre de l’auteur belge ? Et puis, soyons juste : Gérard Depardieu incarne un Maigret incroyable, sombre, puissant et d’une noirceur bouleversante. C’est à l’image de cette période post-seconde guerre mondiale, ce qui n’empêchait pas la bonne société parisienne de rire et de s’amuser. Que l’on pense à Jeanne, convolant en juste noce avec le "bien né" Laurent.

    Patrice Leconte respecte à la lettre le contrat moral qui le lie à Simenon, quitte à laisser dans l’ombre les personnages secondaires – si on excepte les formidables Betty (Jade Labeste) et Jeanine (Mélanie Bernier).

    Finalement, l’intrigue policière compte moins que le souffle tragique, pour ne pas dire métaphysique de cette histoire de jeune fille morte et quasi oubliée.  

    Quant à Depardieu, il campe un Maigret avec une économie de moyens. Le spectateur aura longtemps en tête la silhouette massive, l’imperméable ample et le chapeau vissé du tenace commissaire. L’affiche très réussie nous renvoie de manière subliminale, avec ce clin d'œil à la "ligne claire", du côté de la Belgique de Simenon et d’Hergé. Le film se termine sur cette image du policier déambulant dans les rues pavés de Paris et croisant une de ces nombreuses jeunes Provinciales, déracinées et perdues.   

    Maigret, polar franco-belge de Patrice Leconte, avec Gérard Depardieu,
    Jade Labeste, Mélanie Bernier, Clara Antoons, Pierre Moure, Aurore Clément,
    Anne Loiret, Bertrand Poncet, Élizabeth Bourgine, Hervé Pierre
    et André Wilms, 2022, 88 mn, Canal+

    https://www.canalplus.com/cinema/maigret/h/18144538_40099
    https://www.unifrance.org/film/52648/maigret

    Voir aussi : "Sombres pensées"

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  • Méchant coup de blues

    Revoilà Sylvain Gillet dans un polar dont il a le secret. Avec Venenum (éditions Ramsay), l’auteur montargois mène tambour battant un récit sombre à souhait.

    Le héros de ce polar est familier des lecteurs de Sylvain Gillet puisqu’il s’agit du guitariste de blues Abel Diaz. Lorsque commence le récit, le musicien, aussi usé qu’un animateur télé sorti de l’ORTF et blasé qu’un fils à papa obligé de diriger la boîte familiale avec des biftons plein les poches, se trouve embarqué dans une croisière au long cours qui tourne court, justement.

    Notre musicien de blues a été recruté avec trois autres confrères pour des représentations sur flot. Leur public ? Des salariés d’une multinationale biomédicale qui a offert à ses salariés – pour la plupart, des visiteurs médicaux – un voyage corporate. Voilà donc notre gratteux embarqué dans une drôle de galère, car son confrère et vieil ami Orville Montgomery est retrouvé mort. L’accident semble évident, mais pas pour Abel. Son pote amerloque vaut bien une petite enquête. 

    On peut remercier d’emblée Sylvain Gillet d’avoir pensé à faire un sort au monde des visiteurs médicaux

    On peut remercier d’emblée Sylvain Gillet d’avoir pensé à faire un sort au délicieux et très éthique monde des visiteurs médicaux et de ses labos à l'éthique aussi large qu'un string de Brésilienne dans un tripot de Copacabana. L’auteur ne fait pas dans la dentelle lorsqu’il épingle ces léviathans et autres avortons du néolibéralisme. Le CEO Léon Tusk est croqué avec férocité et un plaisir certain, faisant aussi de ce PDG à mi-chemin entre Bernard Tapie et Donald Trump un suspect idéal autant qu’une victime collatérale.

    Pour pimenter ce polar, une intrigue parallèle est tricotée aux petits oignons autour de meurtres de prostituées entre Bourges et Montargis. Les deux histoires vont bien entendu se rejoindre.

    Venenum se veut un polar décomplexé, avec un héros solitaire que l’écrivain avait mis en scène dans une précédente enquête (Ludivine comme Édith). Sa guitare Linda – douée de paroles – s’avère une compagne très "attachiante". Un autre personnage, humain et – court – sur pattes fait une réapparition : l’agent artistique Max Malakian, déjà présent dans Commedia Nostra.

    Abel Diaz parviendra bien entendu à résoudre (presque) seul cette énigme retors. Le bluesman finira vengé mais finalement pas si indemne que ça. Sale temps pour les artistes sur le retour. 

    Sylvain Gillet, Venenum, éd. Ramsay, coll. Polar, 2020, 308 p.
    https://sylvain-gillet.fr
    https://www.facebook.com/sylvain.gillet.372

    Voir aussi : "Les actrices rêvent et se couchent tard la nuit"
    "Du talent à mort !"
    "Décollement de la routine"

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  • Espagne, année 0

    Le thriller espagnol fait des vagues, à telle enseigne que l’on peut deviner dans les prochaines années un réel engouement, à l’image des polars venus du froid. Mais nous n’en sommes pas encore là. En attendant, intéressons-nous à un film passé complètement sous les radars et qui vaut pourtant son pesant de cacahuètes.

    The Replacement a choisi l’année 1982, date fondamentale pour l’Espagne post-franquiste, sur le point d’élire le premier gouvernement démocratique et socialiste. Un tournant, un an après le coup d’état manqué d’une junte nostalgique de Franco, mort 7 ans plus tôt. 1982 est également l’année de la coupe du monde de football, compétition dont les Français se souviennent… C’est cette année que débarque à Dénia, sur la Costa Brava, Andrès. Ce policier, aussi taiseux que mû par un idéalisme qui lui a sans doute coûté sa mutation, débarque sur ce port apparemment paisible avec femme et enfant.

    Arrivé à son poste, il rencontre ses collègues, dont Columbo, un policier antipathique, abîmé par le tabac et l’alcool. Andrès découvre qu’il remplace un collègue mort d’une overdose. Rapidement, les opérations de surveillance de la police autour de villas luxueuses le troublent. Mais Colombo lui demande de ne pas faire de vague. 

    Óscar Aibar gratte le vernis de la société espagnole post-franquiste

    Des vagues, il va pourtant y avoir, grâce à Andrès (Ricardo Gómez) mais aussi Columbo (le formidable Pere Ponce). Dans une facture classique – le flic bad boy et le vieux policier bourru se lancent dans une enquête borderline – Óscar Aibar gratte le vernis de la société espagnole post-franquiste. 40 ans de dictature fasciste ne s’effacent pas d’un trait de plume, est-il rappelé, comme le montre une scène du bar au cours de laquelle le salut fasciste réapparaît très vite.

    En situant son récit au début des années 80, le spectateur peut se délecter des reconstitutions historiques : vêtements, coiffures, voitures, mobiliers... et omniprésence de la cigarette. Le réalisateur a la bonne idée de donner à l’histoire le cadre de la coupe du monde de football (mais pas la fameuse demi-finale France-Allemagne…).

    Le cœur du récit est un épisode passé sous silence : celle d’une Espagne devenue un asile pour des centaines d’anciens officiers nazis. The replacement est tiré d’une histoire vraie, ce qui donne au film un trouble supplémentaire. Seul bémol : Óscar Aibar ne joue pas toujours dans la subtilité.

    En tout cas, le message transmis par le cinéaste, après un dernier retournement, a le mérite de sonner comme une alarme : après la disparition d’une génération persécutée, le mal est prêt à revenir et à frapper de nouveau. Nous voilà prévenus.  

    The replacement, thriller historique espagnol d’Óscar Aibar,
    avec Ricardo Gómez, Vicky Luengo, Pere Ponce, Joaquín Climent
    et Susi Sánchez, 2022, 117 mn, VOD, Canal+

    https://www.canalplus.com/cinema/the-replacement/h/17689951_40099

    Voir aussi : "Amour, musique, matelas et autres contrariétés"

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  • Jusqu’à ce que la mort nous sépare

    Le point fort de The Trip, petit film de série Z venu de Norvège, est bien évidemment son actrice principale : la star internationale Noomi Rapace. À la réalisation, on retrouve le cinéaste norvégien Tommy Wirkola qui avait déjà fait tourner l’actrice suédoise dans l’excellent Seven Sisters.

    Pas de science-fiction ici, ni de dystopie, mais un thriller sanglant, sans autre prétention que de susciter tour à tour frissons et rires grâce à un humour noir ne s'embarrassant pas de précautions. 

    Ce n’est pas le grand amour, loin de là, entre Lars et Lisa. Lui, réalisateur et scénariste dévoyé dans des séries télés minables et elle, actrice abonnée aux petits rôles, ont vu leur couple se désagréger petit à petit. Un week-end est pourtant organisé dans la maison familiale de Lars, au bord d’un lac en Norvège. Un moyen pour eux de se retrouver et de se ressourcer ? Les apparences sont trompeuses : en réalité, Lars et Lisa ont décidé chacun de se débarrasser de l’autre. Mais leur plan capote complètement quand débarquent des criminels, des vrais, en fuite. Lars et Lisa vont devoir se serrer les coudes pour se tirer d’un mauvais pas. 

    Mille et un moyens de trucider son voisin… y compris à la tondeuse à gazon

    Inutile de trouver dans The Trip la trace d’un quelconque message, hormis une mise en abîme à la fin du film. Tommy Wirkola embarque les deux anti-héros, loosers magnifiques et se trouvant une âme de meurtriers amateurs, dans un enfer où rien – ou presque ne leur sera épargné. Le spectateur apprendra d’ailleurs mille et un moyens de trucider son voisin… y compris à la tondeuse à gazon.

    Noomi Rapace est parfaite dans ce petit polar où les influences de Quentin Tarantino ou Robert Rodriguez sont bien entendu évidentes : sens de la répartie, scènes à la fois baroques, sanglantes et bourrées d’humour, sans oublier ces méchants à la gueule mémorable.

    The Trip est un divertissements sanglant que l’on regardera au deuxième ou troisième degré. Et pour les nombreux fans de Noomi Rapace, il est bien entendu immanquable.   

    The Trip, thriller norvégien de Tommy Wirkola, avec Noomi Rapace, Aksel Hennie, André Eriksen, Christian Rubeck et Atle Antonsen, 2021, 108 mn, Canal+
    https://www.canalplus.com/cinema/the-trip/h/16818464_50001

    Voir aussi : "Flukt, alors !"

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  • Tout le portrait craché de sa mère

    Les Réponses, le premier roman d’Elizabeth Little (éd. Sonatine), commence de manière singulière : Jane Jenkins, à peine trente ans, vient de sortir de prison après 10 ans d’enfermement pour le meurtre de sa mère, la respectée et respectable millionnaire Marion Elsinger. Un vice de procédure a permis à l’ancienne people de sortir prématurément de cellule, mais elle devient aussi l’une des personnes les plus haïe d’Amérique, notamment par Trace Kessler, un blogger qui a promis de la renvoyer en prison. Aussi n’a-t-elle d’autre choix que de fuir incognito grâce à son avocat Noah Washington.  

    L’ancienne prisonnière choisit cependant de fausser compagnie à son ange-gardien et de se rendre par ses propres moyens dans le Dakota du Sud : témoin d’un échange de sa mère avec un inconnu quelques heures avant sa mort brutale, elle trouve la trace de la petite ville d’Ardelle où elle pourrait bien trouver une certaine Tessa qui aurait un rapport avec sa défunte mère. Après un périple de quelques jours, elle arrive dans une région marquée par la conquête de l’or et qui est dominée par quatre familles. La clé du meurtre de sa mère pourrait bien se trouver dans cette ville où se déroule un festival local. Jane Jenkins s’y présente en historienne spécialisée afin d’intégrer la petite société notable.

    Cette enquête criminelle devient au fil des pages une quête identitaire  

    Pour son premier roman, Elizabeth Little frappait fort, avec ce thriller dense et cruel. Une fille de riche devenue matricide, puis détenue, part à la recherche de réponses sur le crime de sa mère : est-elle ou non coupable ? Elle-même n’en est pas vraiment certaine. Cette enquête criminelle – son enquête – devient au fil des pages une quête identitaire. Car la ville d’Ardelle et son double, la cité abandonnée d’Adeline, ont leur lot de secrets – souvent, du reste, des secrets de famille – et des faits divers que la police et la population se sont hâtées de cacher.

    Jane Jenkins, l’ancienne enfant gâtée de Californie et ex-prisonnière découvre une Amérique rurale inconnue et, partant, ses propres origines. Elle y découvre un milieu où tout le monde côtoie tout le monde. Les notables y font régner leurs influences, parfois avec cynisme et les habitants ne rêvent souvent que de fuir leur pays natal, en vain.

    Elizabeth Little a construit son personnage avec soin, grâce à une écriture racée : écrit à la première personne, Les Réponses montrent une jeune femme construite par une éducation bancale, cultivée par ses lectures à l’ombre et que 10 ans de prison ont rendu cyniques. Les hommes, en particulier, ne sont pas épargnés : lâches, sournois, sexistes, quand ils ne sont pas purement et simplement criminels, ils font figure de cibles favorites pour une auteure qui marquait là son entrée remarquée dans les lettres américaines.

    Je vous parlerai bientôt du dernier roman d'Elizabeth Little.

    Elizabeth Little, Les Réponses, éd. Sonatine, 2015, 448 p.
    https://www.lisez.com/livre-grand-format/les-reponses/9782355843204
    https://www.elizabeth-little.com/home

    Voir aussi : "Le top de Bla Bla Blog pour 2021"

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  • À double détente

    La nouvelle série française de 13e Rue, J’ai tué mon mari, commence de manière assez classique pour un thriller : Anna (la formidable Erika Sainte) est arrêtée après avoir fait disparaître son mari. Nous sommes en Charente-Maritime. Cette mère d’un petit garçon doit se justifier de la scène de lutte chez elle et d’avoir été vue sur un pont après avoir jeté un corps dans une rivière. Anna ne peut nier les évidences et avoue qu’elle a tué son mari après une dispute violente. Lorsqu’elle est déférée devant une juge, la meurtrière apprend qu’en réalité son mari est innocent et que son fils est menacé. Elle décide de s’évader.

    Une femme au-dessus de tout soupçon accusée de meurtre. Un disparu qui ne l’est pas vraiment. Un complot pervers. Ce sont des thématiques assez classiques, avec un autre sujet abordé, qui constitue la double détente du récit : les violences conjugales. Les créateurs ont choisi de ne pas la traiter frontalement, préférant les flash-back et des saynètes peu démonstratives mais tout aussi choquantes (la fête d’anniversaire, épisode 5).

    Syndrome de Stockholm à l’envers

    J’ai tué mon mari s’intéresse moins à la disparition de Manuel qu’au parcours mental de son héroïne, mère de famille ordinaire se transformant en une Nikita perdue dans les couloirs du palais de justice. Là est justement le point fort de cette série qui fait de la fuite impossible et d’une prise d’otage improvisée le cœur du récit. Il est captivant de voir Anna se débattre pour chercher à comprendre les secrets de son mari et les raisons du complot ourdi contre sa famille. Les scénaristes, malins, ont mis sur sa route Lucas, un otage avec qui elle partage des journées claustrophobiques, au point d’en faire un complice et d’expérimenter un syndrome de Stockholm à l’envers.

    Impossible enfin de parler de J’ai tué mon mari sans évoquer Thiphaine Daviot, dans le rôle de Caldera, policière décalée, tour à tour perspicace, brouillonne, pugnace et souvent à l’ouest. L’humour vient éclairer cette série et cette histoire de mort, de violence et de perversité.

    Cela se passe sur la chaîne 13e Rue en ce moment.

    J’ai tué mon mari, mini-série policière française de Sophie Dab,
    Rémy Silk Binisti, Lucie Fréjaville et Justine Kim Gautier,
    d’après une idée originale d’Henri Debeurme,
    avec Erika Sainte, Antoine Gouy et Tiphaine Daviot, saison 1, 6 épisodes, 2021, 13e Rue

    https://www.13emerue.fr/jai-tue-mon-mari

    Voir aussi : "Des balles aux prisonniers"

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  • Marseille, côté nord, côté sombre

    Succès surprise de cette fin d’été, le polar de Cédric Jimenez, Bac Nord, a véhiculé son lot de polémiques, polémiques à mon avis bien peu à la hauteur de ce polar musclé comme seuls les Américains savent en proposer.

    Sauf que nous sommes en France et à Marseille, et plus précisément dans ces quartiers nord de sinistre réputation : trafics de drogue, omniprésence de gangs en lutte perpétuelle pour la conquête de nouveaux territoires, immeubles laissés à l’abandon et police déclarée non grata.

    C’est cette police qui, justement, intéresse Cédric Jimenez, à la réalisation et au scénario (avec Audrey Diwan) d’un film d’action bien entendu mais aussi et surtout d’une charge contre un territoire largement abandonné par l’État et dont des policiers vont devenir des bouc-émissaires.

    À la tête de ces policiers, il y a Grégory Cerva, interprété par Gilles Lelouche, véritable taureau, sanguin, les nerfs à vif et rendu fou par la frustration de voir des petits et des grands dealers faire leur business au nez et à la barbe des autorités. Il est accompagné de Yassine (Karim Leklou), futur papa rêvant d’une vie installée avec sa compagne Nora (la toujours remarquable Adèle Exarchopoulos). Pour compléter le trio, il faut citer Antoine (François Civil), jeune policier n’ayant peur de rien et qui va contribuer à dynamiter la dynamique de cette équipe peu ordinaire.

    Brûlot implacable

    Les trois flics sont doués dans leur manière de se fondre dans le paysage et de côtoyer les petits malfrats capables de leur donner les clés pour coincer les gros trafiquants. Lorsque la hiérarchie, et en premier lieu le préfet, demande qu’un gros coup soit fait dans les fameux quartiers nord, l’équipe de  Greg croit avoir l’entière liberté pour commencer son travail d’infiltration et de pêche au renseignement. Une jeune toxico accepte de les aider, en échange de plusieurs kilos de drogue. Les trois policiers acceptent : un coup de filet d’envergure en est la récompense.

    Inspiré d’un fait divers, Cédric Jimenez déploie l’aventure de trois ripoux d’abord obsédés par la chasse à des voyous qui ont décidé de faire la loi dans des quartiers abandonnés. La scène au cours de laquelle Greg et ses confrères sont empêchés de suivre une voiture est à cet égard éloquente. Le réalisateur a beau écrire en ouverture de son film qu’il n’a pas souhaité juger ni faire une œuvre engagée, il reste que Bac Nord est un manifeste cinglant s’attaquant à l’abandon des autorités et aux dérives d’une société laissée entre les doigts de mafias toutes puissantes. La scène centrale d’intervention de forces de police, véritable armée entrant dans des territoires abandonnées, marquera longtemps le spectateur.

    Hasard du calendrier, Bac Nord est sorti alors que des faits divers ensanglantaient ces quartiers marseillais, poussant le Président de la République à s’y rendre plusieurs jours. Preuve que ce polar nerveux et sombre, dont l’histoire est inspirée d’un fait divers survenu il y a déjà 9 ans, est toujours d’actualité.

    Bac Nord, polar français de Cédric Jimenez, avec Gilles Lellouche, Karim Leklou, François Civil
    et Adèle Exarchopoulos, 2020, 104 mn
    https://www.canalplus.com

    Voir aussi : "La bête doit mourir"

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  • Sombres Pyrénées

    sylvain matoré,roman,thriller,polar,pyrénées,crime,écologie,spUn personnage inattendu domine le polar de Sylvain Matoré, À l’abri du mal (éd. Le Mot et le reste) : c’est la nature et en particulier le massif pyrénéen.

    L’intrigue se passe dans un coin reculé de cette région, dans la vallée de la Himone où coule la Lisette. On sera bien en peine de trouver trace de ce cours d’eau sur Google Maps, mais à vrai dire ce n’est pas ça le plus important.

    Au milieu de la nature sauvage, une usine a été construite, une forge devenue un atelier de tissage puis, au XXe siècle une entreprise spécialisée dans le lait, Laely. Pour ses activités, les rejets toxiques sont devenus monnaie courante, des pratiques illicites mais faites en toute discrétion. Jusqu’au jour où le cadavre d’une femme est retrouvé sur la rive de la Lisette, non loin de l’usine en question. Sur le corps de la jeune femme, en sous-vêtements déposés non loin de là, on découvre des traces de brûlures au troisième degré. Les soupçons se portent très vite sur l’entreprise agroalimentaire, et en particulier sur son directeur, le cynique et ambitieux Jean-Paul Lanteau.

    L’enquête, menée par la gendarmerie locale et deux agents vaillants mais peu habitués à ce genre d’affaires, font monter la pression sur l’industriel et le personnel de l’usine dont Abdel, un employé parti refaire sa vie dans les Pyrénées après quelques sales coups et un tour en prison de quelques années. Le coupable idéal. Sauf que ce dernier, ainsi que sa compagne Mélanie ne s’en laissent pas conter. Persuadés que c’est du côté de la direction de Laelys qu’il faut chercher la cause de la mort, ils montent une opération punitive contre celui-ci grâce à un autre couple, Marco et Angèle. 

    Simenon pyrénéen

    À partir de la découverte d’un corps trouvé au pied d’une usine, une "malfaisante", Sylvain Matoré s’intéresse aux habitants d’un village perdu : un notable industriel, un ouvrier venu de la région parisienne au passé peu reluisant, un couple de baltringues, sans compter tous ces personnages secondaires pris volontairement ou non dans une histoire mêlant crimes, écologie, vengeance et pulsions.

    En Simenon pyrénéen, Sylvain Matoré semble se désintéresser du meurtre de cette jeune femme qui, "à première vue… s’était baignée au mauvais endroit, au plus mauvais des moments." Son attention se porte plutôt sur la petite société de ce coin enclavé. Les habitants, nous dit l’auteur, sont d’abord dépendants de cette nature impressionnante, pour ne pas dire intimidante : "Les constructions humaines sont plus modestes, mais l’harmonie et l’équilibre y règnent, conséquences du respect des habitants pour la nature… Ici, les hommes n’ont jamais eu la prétention de faire une compétition de la beauté avec la nature, ils savent que ce serait perdu d’avance".

    La mort de cette jeune femme est d’autant plus un choc dans ce village peuplé de gens modestes qu’il semble que la cause en soit une usine, construite comme un défi à la nature.

    On peut lire À l’abri du mal comme un polar écologique, un sous-genre en vogue en cette période où l’environnement est dans tous les esprits. Sauf que Sylvain Matoré brouille les pistes en passant d’un personnage à un autre : la mort d’une jeune femme innocente devient le prétexte à une opération de pieds nickelés qui va vite montrer ses limites, pour ne pas dire qu'elle va s'avérer vaine et destructrice à bien des égards.

    Personne n’est réellement à sauver dans cette histoire dense et crépusculaire où "les cols et les pics se tirent la bourre". Face aux éléments, aux montagnes, à une rivière insaisissable et à une vallée semblant vivre en autarcie, l’homme se révèle dans toute sa cruauté, son égoïsme, ses penchants et, finalement, son animalité naturelle.     

    Sylvain Matoré, À l’abri du mal, éd. Le Mot et le reste, 2021, 312 p.
    https://lemotetlereste.com/litteratures/alabridumal
    https://www.facebook.com/lemotetlereste

    Voir aussi : "Le prix de la misère"

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