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bretagne

  • "Le bon vieux temps ? Non, merci. J’en viens"

    Cette phrase cinglante est lancée par Jean Rohou, le co-auteur de Fils de Ploucs (éd. Ouest-France). Clara Vialletelle est au dessin pour l’adaptation en BD de ce témoignage sur une Bretagne aujourd’hui disparue.

    Sans nostalgie ni misérabilisme, Jean Rohou raconte les premières années de sa vie. Né en 1934 à Plougourvest dans le Finistère, non loin de Landivisiau, l’enfant d’ouvriers agricoles est au coeur des traditions et des us et coutumes de son pays isolé. Comment vivait-on dans cette campagne bretonne ? Quel était le poids des traditions ? Quels étaient les lieux de vie ? Que mangeait-on ? Comment s’habillait-on ? Comment se passaient le travail, les loisirs et les grands événements comme les mariages ou les fêtes locales ?

    Jean Rohou raconte ses souvenirs et ses réflexions en les mêlant à des portraits de personnes, proches ou non, croisés dans ses jeunes années. Parmi ces figures centrales, figure en bonne place la mère de Jean, Anastasie "Dynamique, agile, intelligente".  Ce pilier de la cellule familiale va prendre une place considérable au début de la seconde guerre mondiale. Le destin de cet homme, devenu universitaire et écrivain, est riche de récits éloquents, telle que la mort d’un grand-père pendant la Grande Guerre.

    Un pari osé pour cette jeune illustratrice de 26 ans. 60 années la séparent de Jean Rohou

    Fils de Ploucs avait fait l’objet d’un récit en trois tomes, parus entre 2005 et 2016. Le roman graphique de Clara Vialletelle devrait être le premier volume d’une saga passionnante sur un Breton au cœur du XXe siècle. Évidemment, un tel projet littéraire n’est pas sans évoquer l’œuvre de Pierre-Jakez Hélias, Le Cheval d’Orgueil. Jean Rohou se montre singulièrement sévère à son sujet : "C’est un conteur : le travail des conteurs est de raconter des histoires ! Mais celui-là prétend décrire la réalité."

    Pour illustrer Fils de Ploucs, c’est Clara Vialletelle qui s’est frottée au jeu. Un pari osé pour cette jeune illustratrice de 26 ans. 60 années la séparent de Jean Rohou. C’est dire que le projet littéraire et graphique est aussi une histoire de passage de mémoires : "L’histoire occupe une grande place. C’est même un personnage principal, puisque l’intérêt est de nous montrer comment on vivait à cette époque, comment on travaillait dans le milieu rural", dit-elle. Suite à ce constat, la dessinatrice, connue pour une première BD prometteuse parue en 2018 (C'est décidé, je pars en Inde), s'est appuyée sur les rares images d'archives et a fait appel à la mémoire de Jean Rohou. "Dans un souci de véracité", elle a finalement choisi de réduire sa palette, habituellement très colorée, pour ne conserver que quelques tons qui mettent en lumière l'aspect austère et pourtant bien réel de cette enfance en Bretagne dans les années 1930.

    C’est passionnant, instructif, émouvant. À découvrir absolument, en attendant la suite du récit de Jean Rohou.

    Jean Rohou et Clara Vialletelle, Fils de Ploucs,  éd. Ouest-France, 2021, 142 p.
    https://editions.ouest-france.fr/fils-de-ploucs-t2-poche-9782737354571.html
    https://claravialletelle.wordpress.com
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Rohou
    https://www.facebook.com/claravialletellepro

    Voir aussi : "Frohe Weihnachten, Giulia"

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  • L’Yelle du Verseau

    Il ne faut pas que l’on s’y trompe. Derrière sa facture noire (que ce soit la pochette, les thèmes et jusqu’aux morceaux "Noir" ou "Peine de mort"), L’Ère du Verseau est un majestueux et coloré album. Un vrai hymne à la vie, à la liberté et à l’amour ("Je t’aime encore"). Yelle prouve ainsi, à l’instar du peintre Pierre Soulages que le noir peut être une vraie couleur lumineuse.

    Yelle ouvre avec cet opus une ère importante dans sa carrière. Qu'on le sache aussi : l'artiste bretonne est plus connue à l’étranger qu’en France, avec des tournées mondiales qu'elle" évoque dans "Interpassion" ou dans "Mon beau chagrin" : "Il est sept heures du matin / À l'aéroport de Mexico / Nous avons joué hier, enfin tout à l'heure / Et nous jouerons ce soir à Miami / Puis Orlando, puis Atlanta / Et ainsi de suite, jusqu'à San Diego… / On arrive / On vient vous voir / On sait que c'est vous / Qui nous déplacez".

    Yelle, chanteuse à l’aura grandissante, fait le choix de chansons mixés à un électro-pop inventif ("Vue d’en face") et elle sait surprendre à chaque titre : rythmes sophistiqués ("Émancipense", "Karaté", "OMG!!!"), voix tendue ("J’veux un chien") ou bien veloutée ("Roméo"), apports de sons orientaux (le formidable "Menu du jour"), humour ("Ici et maintenant"), sans compter le travail sur des textes ramassés et d’une efficacité redoutable (l’immanquable et le désormais célèbre "Noir").

    Yelle semble avoir écrit et chanté son album comme un tout à la fois cohérent et parsemé de contre-pieds et de surprises : le dansant et drôle "Karaté" ("Comment t'es sur le tatami quand t'es pas caché, quand t'as pas d'amis") côtoie une balade amoureuse amère ("Je t’aime encore"), quand la musicienne ne se fait pas chanteuse engagée et féministe : c’est "Émancipense", mot-valise en forme d’hymne à la liberté ("Aime en silence / Ce que tu penses / Émancipense / Ce que tu danses").

    Yelle semble avoir écrit et chanté son album comme un tout à la fois cohérent et parsemé de contre-pieds et de surprises

    Oui, Yelle brouille les pistes grâce à sa spontanéité et de sa folle inventivité. À cet égard, "Menu du jour", l’un des meilleurs morceaux de l’opus, surprend par son audace musicale autant que textuelle ("Dispensez-moi de tous ces bras / Le long des corps, je ne les vois pas / Délicatesse contre mes fesses / Empresse-moi de tes dix doigts"). Plus étonnant encore, dans "Vue d’en face" la Briochine se glisse dans la peau d’une jeune femme désœuvrée ("Je m'ennuie dans mon salon") et pour qui l’aventure commence en face, chez les voisins qu’elle observe en catimini et en toute illégalité ("Comme elle est belle vue d'en face / On voit les gens qui s'enlacent / Je me suis perdue dans vos intimités / C'est tous les jours que je suis intimidée / Autour de moi tout s'efface / J'ai oublié mes ennuis"). Pas besoin d’invitations, chante Yelle avec un mélange d’aplomb et de candeur : " Je tourne en rond et je me noie dans vos vies / Moi dans le noir je m'efface".

    L’auditeur trouvera singulièrement dans le morceau phare de l’opus, "Noir", le titre le plus rythmé, le plus joyeux et même le plus coloré de L’Ère du Verseau. Il n’y a qu’à écouter le début du morceau : "Elle, sourire jusqu'aux oreilles / Même quand rien ne va plus / On la dit sympathique / Rien, jamais aucun problème / Même quand tout ne va plus / Elle est belle, elle est chic / Résolution en millions de couleurs / Rayon de soleil et bonne humeur". Un morceau à écouter en plein volume si vous avez l’âme grise.

    C’est encore de vie, d’amour et de générosité dont il est question dans le mal nommé "Peine de mort" : "On abolit la peine de mort / On n'abolit pas les couleurs / T'as voulu planter le décor / J'ai voulu calmer ta douleur".

    L’Ère du Verseau est un album optimiste, libératoire et cathartique d’une jeune femme qui se cherchait, comme elle le chante dans "Un million" : "Un million de vies cachées / dans mon angle mort / À l'abri je sors, je m'ignorais." N’est-ce pas un message adressé à celles et ceux en mal de vivre et de bonheur ? "J'attends le moment / Le moment où ça casse / Ici et maintenant / Mais pour l'instant ça passe" ("Ici et maintenant").

    Aucun doute : Yelle entre indubitablement dans une nouvelle ère. Il sera maintenant difficile à la scène française de faire sans elle.

    Yelle, L’Ère du Verseau, Idol, 2020
    https://yelle.fr
    https://www.facebook.com/yelleofficial

    Voir aussi : "Clou en plein cœur"

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  • Enki Bilal fait du bruit dans Landerneau

    Jusqu’au 29 août, la Fondation Leclerc propose à Landerneau, dans l’ancien couvent des Capucines, sa grande rétrospective sur Enki Bilal.

    La passion d’Édouard Leclerc pour la bande dessinée est proverbiale : que le fonds d’art contemporain mette à l’honneur le créateur des Phalanges de l’Ordre noir (1979), de Bug (2017-2021) ou de La Femme Piège (1986) n’est donc pas franchement une  surprise. Ce qui l’est moins est le parti pris de décortiquer l’œuvre du dessinateur en faisant le choix d’un parcours non pas chronologique mais thématique : "L’humain", "La ville", "Le cosmos" ; "La machine", "L’animal", "La violence", "La géopolitique", "La métamorphose", "L’intimité". L’analyse formelle technique de son œuvre fait l’objet de quatre autres espaces : "Le dessin" "La composition", "La couleur" et "La grisaille".

    Le spectateur de l’exposition est d’emblée frappé par la palette des moyens d’expression d’Enki Bilal : la bande dessinée et le dessin, bien entendu, mais aussi le scénario, la peinture (les acryliques de La Tétralogie du monstre ou l’installation Inbox à la Biennale de Venise de 2015), le cinéma (Bunker Palace Hôtel, Tykho Moon et Immortel (ad vitam)), sans oublier des incursions dans le théâtre (le Roméo et Juliette d’Angelin Preljocaj ou La Nuit juste avant les Forêts de Bernard-Marie Koltès).

    Le spectateur de l’exposition est d’emblée frappé par la palette des moyens d’expression d’Enki Bilal 

    La BD est au cœur de l’exposition proposée à Landerneau. Planches originales, crayonnées et couvertures sont d’autant plus saisissants que chaque case peut être isolée et regardée comme un tableau autonome. Que l’on pense aux espaces consacrés aux Phalanges de l’Ordre noir (1979) ou à La Croisière des oubliés (1975). L’exposition s’attache également à mettre en valeur le travail de composition et de montage autant que le soin qu’il met dans la colorisation de ses planches (le bleu et le rouge pour l’essentiel).

    Le travail d’Enki Bilal est par ailleurs indissociable de ses origines yougoslaves et de sa réflexion sur la chute du communisme, préambule aux multiples déflagrations géopolitiques (Partie de chasse, 1983). L’univers de Bilal est celui de sociétés sombres et violentes (le gris est omniprésent). Même dans des civilisations aux technologies avancées, l’humain est cet être nomade obligé de survivre quitte à se métamorphoser et s’hybrider (32 décembre, Animal’z). Il reste cependant cet infime espoir que tout n’est pas perdu, ce qu’illustrent ces personnages féminins et ces couples soudés dans l’amour.

    Cette passionnante exposition est enrichie d’extraits de films (Metropolis, Orange Mécanique ou Blade Runner) et d’œuvres de Gustave Doré, d’Antoine Bourdelle et même une toile de Francis Bacon. Preuve qu’Enki Bilal a su, comme beaucoup, mettre la bande dessinée à un niveau d’excellence. 

     Expo "Enki Bilal", jusqu’au 29 août 2021
    Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la Culture
    Les Capucins, 29800 Landerneau
    https://www.fonds-culturel-leclerc.fr/En-cours-Enki-Bilal-642-21-0-0.html
    http://bilal.enki.free.fr

    Voir aussi : "Un conte de Bilal"
    "En première ligne"

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  • Lignes de fuite

    Retour aux sources pour MØSI – si tant est que le duo originaire de Quimper les ait jamais perdues. Pour leur dernier album Noble dans la défaite, sorti en mai dernier, et après plusieurs années au Québec, c’est en Bretagne que MØSI a fui et posé ses bagages et ses guitares pour un opus très rock. Les frères Marien et Melen Joly signent là un album âpre, musclé mais aussi engagé.

    Car l’engagement, MØSI n’en manque pas, à l'exemple de "Sol Main", un titre mystérieux qui cache en réalité un hommage aux millions de victimes de l’esclavagisme : "La traite, le code et les réserves / La canne à sucre, les coups de fouet / Je ne veux pas oublier".

    Engagement encore en faveur de la planète et de l’environnement dans le morceau "Le bourdon malade" où le duo breton se montre à la fois féroce et désillusionné : "Nous vivons une époque formidable / Je ne vous fais pas un dessin… / À chaque siècle son cycle noir, noir comme la peste / Noir comme la suie, noir comme le carbone que l'on rejette".

    "À nos plumes d'infinies lignes de fuite / Il faudra continuer à faire face"

    Dans cet album rock noisy aux influences lo-fi ne manquent ni les riffs de guitares ni les effets larsen, donnant à l’opus une facture brute à l’image du séduisant "Alaska" ou de l’étonnant et imparable "Sous la pluie Les Deux Sèvres".

    L’album faussement aride et cinglant de MØSI cache en réalité derrière son rock implacable une poésie inspirée et désespérée ("La défaite s’annonce / Mais j’y jette tout mon corps / Il n’y a guère que le temps qui soit compté / Et pour tromper le temps / Comme le font les éléphants / J’ai inventé un sort / Pour dénuder l’aurore / Quand la nuit s’évapore / Je prends la part des anges",  "La part des anges"), lorsqu’elle ne se fait pas mélancolique lorsque le duo parle de son pays dans son dernier single, "Octobre" : "Mon pays ce n'est pas un pays, c'est la pluie / C'est la terre qui nous nourrit / C'est les nuits à l'eau de vie / Pour foutre la paix au ruisseau".

    Nobles dans la défaite, les frères Joly le sont sans doute, mais ils entendent aussi ne perdre ni leur âme ni leurs combats ni leurs origines : "Nous guettions mille après mille / L'horizon et son encre de sel / À nos plumes d'infinies lignes de fuite / Il faudra continuer à faire face."

    MØSI, Noble dans la défaite, Terre Ferme/Inouïe distribution, 2021
    https://www.facebook.com/mosiband
    https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%98SI

    Voir aussi : "À cause des garçons"
    "Le club des cinq sous acide"

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  • On the road again

    Avec Atlas, le premier EP du duo Morgane & Jeff, nous voilà dans les terres légendaires du sud étasunien.  "Dance In My Mirror" sent bon la country grass, les paysages du sud américain, les danses au soleil de Géorgie mais aussi l’amitié et l’amour.

    Le duo français – dans le civil, Morgane Gaudin et Jeff Mailfert – sait brouiller les pistes avec "Feuille de route". Non, ce n’est pas une resucée de la country américaine que propose l’opus mais  bien une relecture européenne – et même française – dans lequel le voyage prend l’allure de quête philosophique et métaphysique : "Et le temps file, / Tout se dessine à l’encre de nuit / Sous cette lune, nos pensées errantes / Tout se fige…"

    Bien entendu, le retour vers le sud profond américain n’est jamais loin, à l’image d’"Aneth", le portrait lumineux d’une jeune femme bourlingueuse, rêveuse et heureuse.

    Ode à la liberté

    "Rêve de grand" est un titre folk et plus mélancolique. Morgane & Jeff y content les rêves de l’enfance. Le besoin de voyage affleure dans chaque titre de ce joli EP, à l’instar du morceau "On The Train", à la pop-folk sixties, sentant bon le feu de bois sur une plage californienne un soir d’été indien.

    Finalement, c’est une ode à la liberté que ce mini-album de 6 pistes, qui n’étonne pas au vu de la carrière de ce groupe né à Vannes, en Bretagne. Morgane & Jeff  jouent ensemble depuis maintenant quatre ans. Après la restauration d'un van Volkswagen de 1986, ils sont partis dans trois tournées françaises, une autre de 15 dates en Asie et des scènes prestigieuses comme le Bus Palladium, Réservoir, La Bellevilloise ou le New Morning. En raison de la disette de concerts, il reste cet EP pour les découvrir ou redécouvrir. 

    Duo attachant et attaché aux racines pop-folk américaines ("Keep Your Warm"), Morgane & Jeff séduisent par leur sens de l’harmonie et la qualité exemplaire d’un EP que vous prenez plaisir à écouter et réécouter.

    Morgane & Jeff, Atlas, EP, CSB Records, 2021
    https://www.facebook.com/MorganeetJeff

    Voir aussi : "Qui connaît Roxane Arnal ?"

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  • Laura Perrudin en perspective

    Dès l’ouverture de Perspectives & Avatars, le 3e album de Laura Perrudin , l’auditeur sait que la musicienne va nous entraîner dans un chemin rarement emprunté.  "The W World", qui introduit le 3e opus de l’artiste rennaise annonce une pop inventive, alliant jazz, chanson et musique électronique, parfois survitaminée ("Major Allegory Of Norm").

    L’artiste dit s’appuyer sur un concept d'écriture où chaque chanson est un personnage, un avatar. Elle est accompagnée de featurings qui élèvent d’un niveau supplémentaire son projet musical : Krismen, Mélissa Laveaux, Ian Chang, Clément Lemennicier, Becca Stevens, Emel Mathlouthi, Dylan James, a Low Woodwind Trio, sans oublier Philippe Katerine.

    Dans le droit "Fil" de Camille, Laura Perrudin choisit à la fois l’inventivité et la classe, sachant aussi bien manier l’audace que la délicatesse ("Light Players"), sans mégoter sur des moments planants.

    Elle ose même le trip-hop dans "Follow Stone", qu’elle développe avec la participation décalée et sarcastique de Philippe Katerine ("Push Me"), dans une critique de la société contemporaine avide de notations et de réseaux sociaux : "Grade ? Grade ? Grade ? Give a grade ! Give a grade ! / Push me ! Push me ! Push me ! Push me ! Push !… Un ressenti ? / Une petite note ? / Pousse moi ! / Pousse mon bouton ! / Content ? Mi-content ? / Mi-pas-content ? / Pas content ?"

    Pour "Well, They Lied", Laura Perrudin fait le choix d’une pop-folk planante : "Evil tough blue in the sky / Just to think I'm gonna die /  Under that light that's so tight", alors que "Game Over" fait figure de titre urbain et hip hop (et même trip-hop), cinglant et sombre, grâce au flow endiablé de Krismen et Ian Chang.

    Dans le droit "Fil" de Camille

    Dans "From One Dark Side To Another", nous voilà dans un titre lui aussi planant - et électronique, pour un vrai voyage intergalactique. "Country Townie Bird" est un titre électro folk lui aussi éthéré et léger, porté autant par la voix de Laura Perrudin que par celle de son nouvel invité, Clément Lemennicier.

    Le timbre de voix de Laura Perrudin semble s’enrichir autant que devenir de plus en plus virtuose au fur et à mesure de l’album, avec le bien nommé "MetaSong", dans lequel la Rennaise surfe élégamment sur la vague de Camille. La chanteuse rennaise est en featuring avec Emel Mathlouthi ("Am I supposed to be beautiful? / Am I supposed to mean something? / Am I supposed to be understood? / Or just to be entertaining?").

    "Le refuge de la couleur" est le seul morceau en français. Interprété avec Morgane Houdemont sur un magnifique texte aux teintes parnassiennes : "J'habille le monde et ses confins / Mais chaque nuit j'épargne la lune / Mais me le direz-vous enfin / Une couleur, en suis-je une ?"

    Mais arrêtons-nous deux secondes sur "Something To Lose", avec Dylan James & a Low Woodwind Trio. Ce morceau électro et rap, mâtiné de sons d’un autre monde, est une revisite du conte de La Fontaine "Le Chien et le loup", et une réflexion sur la dialectique de la liberté et de la prospérité : "- So they keep you fastened ? / You can't run where / you want to run ? / - Not always but never mind. / Follow me and unwind / But I was already far / With all my reborn reason / Venerating again / The deep dry greedy taste / Of my sacred freedom".

    "Sacred freedom." "Liberté chérie" : c’est tout le message de ce titre autant que d’un album d’une très belle créativité. 

    Laura Perrudin, Perspectives & Avatars, Laurent Carrier Diffusion, 2020
    https://www.lauraperrudinmusic.com
    https://www.facebook.com/lauraperrudin
    https://ffm.to/perspectives-avatars

    Voir aussi : "Qui connaît Roxane Arnal ?"

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  • 47°52’34’’N 3°55’04’’O

    Derrière ce titre énigmatique se cache un très joli livre largement illustré, consacré à une ville dont nous avez déjà parlé sur Bla Bla Blog : Concarneau

    En ces temps moroses, pourquoi ne pas faire un voyage géographique et aussi temporel dans cette petite cité balnéaire du Finistère ?

    Avec cette monographie faite d’illustrations anciennes – pour l’essentiel des cartes postales – Jean-Yves Le Lan et Michel Briant proposent dans leur ouvrage Le Concarneau d’autrefois (Groix Editions & Diffusion) de rendre hommage à la ville et aux habitants.e.s de la cité née sur "l’île de Conq" au XIe siècle – un lieu qui lui donnera son nom.

    Les lecteurs et lectrices allergiques à l’Histoire ne seront pas assommées par les faits et les événements. Deux pages simplement retracent 1000 ans d’une cité largement modelée par la marine et la pêche.

    Qui dit Concarneau dit Festival des Filets Bleus

    Les familiers de Concarneau voyageront dans des lieux bien connus : la Ville Close, le plus ancien lieu et aussi le plus touristique (né au VIIe siècle sur les fondations d’une abbaye, nous disent les auteurs), le port, le quartier de La Croix, le centre-ville (les habitués s’arrêteront quelques instants sur une vue de L’Amiral, le restaurant cher à Simenon) et les multiples plages. On apprend aussi que Benoîte Groult avait une villa face à la Plage des Dames.

    À cela s’ajoutent d’autres sites moins connus : le château de Keriolet, non loin de la ville ainsi que plusieurs manoirs remarquables (Moros, Stang-ar-Lin), des hôtels, dont le Grand Hôtel de Cornouailles, l’étonnant menhir de Beg-Meil et tous ces lavoirs et fontaines qui ont marqué la vie des habitants autrefois.

    Une section est consacrée bien entendu à la mer et à ses activités : port de pêche, navigation, pêche ou conserveries.

    Enfin qui dit Concarneau dit Festival des Filets Bleus, un événement culturel plus que centenaire créé au départ pour venir en aide aux familles touchés par la disparition de la sardine. Ce festival, mélange singulier de fête traditionnelle et de manifestation pop, est mis à l’honneur dans les dernières pages de l’ouvrage. Les reproductions de cartes avec ces Bretonnes et Bretons en costume d’époque renvoient bien entendu aux éditions du festival concarnois, chaque mois d’août. 

    Jean-Yves Le Lan et Michel Briant, Le Concarneau d’autrefois, Groix Editions & Diffusion, 2018, 107 p.
    https://www.coop-breizh.fr/9008-le-concarneau-d-autrefois
    https://www.groix-editions.com/product-page/le-concarneau-d-autrefois

    Voir aussi : "Bouées, sardines et jolies poupées"

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  • Lorsqu’un François en cache un autre

    Avec Le Manuscrit de Quimper, le premier roman de François Lange, ancien policier reconverti en écrivain de polar historique, nous voilà dans une atmosphère sombre et une intrigue rocambolesque qui ne sont pas sans rappeler la série Vidocq. Sauf que, cette fois, l’histoire se déroule non pas durant le premier Empire puis la restauration mais en 1858, durant les premières années du règne de Napoléon III. Quant au protagoniste, l’inspecteur François Le Roy, il exerce non pas à Paris mais en Bretagne. Voilà pour camper ce roman publié par les éditions Palémon.

    Le manuscrit de Quimper est cet objet qui est au cœur d’une histoire sur fond de conspiration mais aussi de vols ourdis par une troupe insaisissable. Lorsqu’un antiquaire est retrouvé sauvagement assassiné chez lui, l’émoi est à son comble chez les notables mais aussi les autorités locales, la préfecture en tête.

    Un exutoire

    L’inspecteur Fañch Le Roy – dont on devine que l’auteur, qui porte le même prénom que son héros, a mis beaucoup de lui-même – est chargé de retrouver le ou les criminels. Bientôt, il apparaît qu’un étrange manuscrit, qui conduit tout droit à une société secrète, pourrait être la solution de ce mystère. Et pendant ce temps, il y a aussi cette affaire de vols à grande échelle : une autre épineuse affaire à régler au cœur de la Bretagne bigoudène.

    Roman historique se déroulant durant le Second Empire, Le Manuscrit de Quimper est un agréable polar régional, dans un pays que François Lange connaît bien. À bien des égards, ce roman – le premier que l’auteur a écrit, et qui a bien failli rester dans un tiroir –, était un exutoire lorsqu’il exerçait comme officier de police : " Je l’ai commencé en 2005. J’ai ressenti le besoin d’écrire en raison d’une mésentente avec la procureure de la République en poste à l’époque," dit-il dans une interview pour Côté Quimper. Redécouvert 13 ans plus tard, Le Manuscrit de Quimper est finalement publié et devient le premier tome d’une série sur ce policier pugnace, courageux et dévoué qu’est François Le Roy, avec "ce même regard transparent et apparemment vide de tout sentiment."

    François Lange, Le Manuscrit de Quimper, éd. du Palémon, Quimper, 2018, 189 p.
    https://www.palemon.fr
    Page Wikipédia de l’auteur

    Voir aussi : "La femme est l'avenir de l'homme planqué"

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