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rimbaud

  • Rimbaud, sors de ce corps

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    MoonCCat serait sans doute la meilleure définition du musicien rock : dur, fragile et provocateur. Il avait été question de lui sur ce blog, à l’occasion de la sortie de son précédent album L'Absinthe, un vibrant hommage aux décadents du XIXe siècle que sont Charles Baudelaire, Oscar Wilde, Edgar Allan Poe ou Thomas Lovell Beddoes.

    Pour son dernier opus, sorti fin 2017, MoonCCat, sans doute le plus dandy des musiciens actuels, propose une lecture musicale, pop et rock, d’un autre poète maudit, Arthur Rimbaud. Bateau Ivre, c’est l’adaptation sombre, moderne - et lofi - de cinq textes classiques : Le Bateau Ivre, Le Dormeur du Val, Une Nuit d'Enfer, Première Soirée et Rêvé pour l'Hiver.

    MoonCCat fait oublier le Rimbaud académique enseigné dans les salles de classe. Il redevient cet artiste maudit, incompris et aux textes vibrants. Le Bateau Ivre est une ballade à la Noir Désir, sombre et désespérée et que l’on croirait enregistrée dans un caveau de Saint-Germain, sombre et enfumé : "Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes / Et les ressacs et les courants : je sais le soir, / L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes, / Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir !"

    Tragique et romanesque est le célébrissime Dormeur du Val, que MoonCCat interprète avec rage et sans tricher : "Les parfums ne font pas frissonner sa narine ; / Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine, / Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit."

    Le musicien slame le poème en prose Une Nuit en Enfer, adapté avec fidélité pour traduire le cri de désespoir du poète : "J’ai avalé une fameuse gorgée de poison. – Trois fois béni soit le conseil qui m’est arrivé ! – Les entrailles me brûlent. La violence du venin tord mes membres, me rend difforme, me terrasse. Je meurs de soif, j’étouffe, je ne puis crier."

    Artistes maudits

    Première Soirée séduit particulièrement pour le choix d’un magnifique et sombre chant d’amour. Accompagné de Delphine M., MoonCCat en propose une relecture rockabilly, non teintée d’humour noir : "Elle était fort déshabillée / Et de grands arbres indiscrets / Aux vitres jetaient leur feuillée / Malinement, tout près, tout près. / Assise sur ma grande chaise, / Mi-nue, elle joignait les mains. / Sur le plancher frissonnaient d'aise / Ses petits pieds si fins, si fins." Une vraie belle réussite. 

    Arthur Rimbaud sort de son image classique grâce enfin au dernier titre, Rêvé pour l’hiver : "L'hiver, nous irons dans un petit wagon rose / Avec des coussins bleus. / Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose / Dans chaque coin moelleux."

    MoonCCat démontre encore une fois qu’il est un musicien à la fois rare et audacieux, dans la lignée de ces autres artistes maudits de la fin du XIXe et du début du XXe siècle – et récupérés depuis par l’académisme littéraire. Hommage à Rimbaud, Bateau Ivre est aussi une relecture gothique, élégante et inédite de joyaux poétiques. Des joyaux empoisonnés, "dangereux et sensationnels" comme le dit lui-même le musicien, et qui invitent à " l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !"

    MoonCCat, Bateau Ivre, 2017
    http://www.moonccat.com

    "C’est le plus dandy des albums"

  • Fishbach, jamais rien vu d'aussi mortel

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    Je vous préviens, Fishbach ne va pas vous laisser indemne. Son premier EP éponyme, sorti il y a un peu plus d'un an, est un mélange de d’électro-rock nerveux et de pop survitaminée. Dans la grande veine de ses aîné(e)s des années 80, l'artiste originaire de Charleville-Mézières ne craint pas de saturer ses titres de guitares saturées et de laisser sa voix puissante se noyer dans des torrents de synthétiseurs, tel le chant amoureux, sombre et gothique Tu vas vibrer : "Tu vas vibrer / comme un chien dans une caisse".

    La jeune chanteuse, que certains comparent déjà, pour son énergie déployée, à Catherine Ringer - certains ont même cité Jeanne Mas - pioche dans la new wave, ce mouvement musical que l'on pensait à tort disparu corps et âme depuis la fin des années 80.

    La musicienne a un talent indicible pour construire des morceaux à la mélodie imparable, à l'image de Mortel : "Jamais rien vu d'aussi mortel que ces tirs au hasard / Je viendrai demain aux nouvelles à la lueur du phare."

    Béton mouillé a une complexité follement séduisante : une ligne mélodique joliment travaillée et une architecture musicale faisant se croiser des chœurs vaporeux, la voix androgyne de la chanteuse, des boîtes à rythme sèches et puissantes et des synthétiseurs aux sonorités 80's.

    Reparlons années 80, justement, avec cette reprise hallucinée d'un titre de Bernard Lavilliers, Night Bird – intitulé, pour l'occasion, Night Bird (Petit Monstre). Le talk-over (parlé-chanté) dans le morceau original (voir le clip de Bernard Lavilliers sur ce lien) laisse place chez Fishbach à de l'électro-pop dans la droite lignée du poème mélodique et psychédélique de l'auteur d'Idées noires. Le Night Bird de Fishbach s'affranchit du texte d'origine aux multiples méandres ("Petit monstre pourquoi m'as-tu aimé / Je t'ai cherchée sans le savoir, / Je t'ai trouvée sans le vouloir, / Le sang est beau lorsque il est frais / Je connais la nuit de ta mort...") mais propose la même lecture musicale brute et sombre. Lavilliers peut se féliciter d'avoir été une telle source d'inspiration.

    Il semblerait que Fishbach prenne une autre dimension avec son prochain album, À ta Merci, qui sortira le 27 janvier prochain. En attendant, le premier titre, Y crois-tu ?, s'annonce déjà comme un tube en devenir, aux accents rimbaldiens : "Je t'ai vu t'avais l'air de plaire / Je t'ai bu la nuit dans la mer / Tu n'as vu en somme / Que de beaux ébats / Le reste tu t'en cognes." La native de Charleville-Mézières est plus que jamais à suivre. Dans la suite de ce nouveau disque, elle sera en concert à la Cigale le 14 mars prochain.

    Fishbach, Fishbach, EP, Entreprise, 2015
    Fishbach, À ta Merci, Entreprise/Sony Music, 2016
    http://ffishbach.tumblr.com