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russie

  • RIP URSS

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    En 2005, Poutine annonçait que la chute de le l’URSS avait été la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle. On peut être, comme Christian Mégrelis, sceptique sur ce jugement. Il n’en reste pas moins vrai que la fin de l’Union soviétique au début des années 90 ne s’est pas accompagnée de "gigantesques holocaustes" ni d’un chaos meurtrier : l’empire le plus vaste de l’histoire couvrant 15% des terres émergées (45 fois la France) a sombré "sans qu’un seul coup de feu ait été tiré." Mais non sans mal, comme nous l’explique l’écrivain et ancien businessman.

    Pour conter ce virage géopolitique autant qu’idéologique, Christian Mégrelis a fait le choix de chroniques, de témoignages (ces "choses vues" du sous-titre), d’articles (les "intermèdes") et même d’une correspondance privée, avec cependant des lacunes, notamment sur la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, d’étonnants clashs ("Chirac et Mitterrand, vieux complices qui avaient franchi ensemble les marches du pouvoir en éliminant les plus compétents") ou des raccourcis critiquables ("[03/10/90] : Anschluss de la RDA par la RFA").

    Ce mélange classé par ordre chronologique constitue le récit plus vrai que nature de Naufrage de l'Union soviétique (Transcontinentale d'éditions) par un homme, amoureux de la Russie, qui se trouvait au bon endroit au bon moment, comme il le dit lui-même. Cet homme d’affaire français au CV long comme le bras commence la première partie de son livre ("Le voyage") par nous faire entrer dans ce qu’il appelle le "barnum", chargé dès 1989 de convertir en profondeur l’Union soviétique à l’économie occidentale et à la privatisation de pans entiers d’un pays moribond.

    La Perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev (qui est cette réforme socialiste de l’URSS) a rapidement son pendant économique : le fameux "Plan des 500 jours", auquel a participé Christian Mégrelis et qui a été accepté en août 1990 non sans difficulté par le parti communiste de l’époque : moins d’un an après la chute du Mur de Berlin, on acte donc dans l’empire soviétique le retour au capitalisme et une assistance technique européenne, qui va rapidement se transformer en une version "hard" téléguidée par les États-Unis et par un véritable apprenti-sorcier économique, Jeffrey Sachs.

    La suite, c’est un désastre à l’échelle d’un continent ("Tout le monde avait oublié le plan des 500 jours !") : le coup d’État manqué d’apparatchiks communistes à l’été 1991, l’arrivée au pouvoir de Boris Eltsine, la réforme ambitieuse de "l’économie soviétique en 500 jours" qui se transforme en dépravation à grande échelle et le règne des oligarques (Roman Abramovitch ou Mikhaïl Khodorkovski), mais aussi la pléthore de profiteurs prenant à leur compte la privatisation de pans entiers de l’économie du pays.

    Période grise

    Le rappel de cette période grise est l’occasion pour l’ancien homme d’affaire de brosser une histoire de la Russie mais aussi de la longue période communiste, "Aujourd’hui, les Russes sont unanimes pour dire que le communisme a été la pire imposture du XXe siècle." Christian Mégrelis en parle grâce au récit de ses voyages comme dans ces portraits hallucinants de hiérarques communistes se débattant dans une URSS crépusculaire dont ils sentent la fin. L’auteur se fait cinglant lorsqu’il parle de la manière dont le régime communiste a pu exister ("La grande illusion") et se construire grâce au Goulag et à ce qu’il convient de nommer "l’esclavagisme" à grande échelle. Sans parler des absurdités d’un régime que l’auteur décrit avec une ironie cinglante lorsqu’il décrit une série de voyages en Sibérie à Saint-Pétersbourg, dans l’Oural ("L’URSS construisait des routes pour les interdire au trafic…") ou dans ces anciennes républiques soviétiques se battant pour exister à l’ombre de la Russie.

    Plus que des récits de voyages ou d’expériences, Le Naufrage de l'Union soviétique peut se lire comme un plaidoyer pour une Russie que l’auteur appelle à respecter. Et le lecteur sera sans doute surpris de lire une défense plutôt rare de Vladimir Poutine : "Le premier dirigeant russe à se préoccuper du bien-être de ses concitoyens et du partage des fruits de la croissance depuis Alexandre II", après une présidence de Boris Eltsine jugée inapte. Christian Mégrelis rappelle qu’à contre-courant des démocraties occidentales, le pouvoir est jugé de manière plutôt positive par l’ensemble des citoyens, mais très sévèrement par les hommes et les femmes d’affaire, ce qui pose bien sûr des problèmes d’investissement dans le pays et de confiance dans son économie.
    Le Naufrage de l'Union soviétique fait partie de ces documents bruts d’un témoin et acteur de l’ombre qui est aussi un message en direction de la France et des Français, afin que la Russie ne serve plus de "punching-ball", malgré ses faiblesses. Respect donc : l’URSS est morte, vive la Russie !

    Christian Mégrelis, Le Naufrage de l'Union soviétique : Choses vues,
    éd. Transcontinentale d'éditions, 2020, 261 p.
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Christian_M%C3%A9grelis

    Voir aussi : "Tintin, back in the USSR"

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  • La Louve de Svetlana Trébulle continue son parcours fantastique

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    Bla Bla Blog a choisi de faire le focus sur un court-métrage, La Louve de Svetlana Trébulle, produit par Studio 313 et distribué par Origine films.

    Pour ce film, la cinéaste a été sélectionné au White Nights Film Festival de Saint-Pétersbourg. Ce n’est pas la première fois. La Louve a également concouru dans pas moins de 10 festivals, décrochant même une deuxième place au Feel The Reel International Film Festival.

    Le court-métrage de Svetlana Trébulle est une revisite à la fois réaliste et fantastique des contes pour enfants. L’histoire ? Victor, un jeune homme solitaire et réservé de 25 ans, est fasciné depuis toujours par l’héroïne d’un conte, La Louve, que lui lisait sa grand-mère quand il était petit. Un jour, il apprend qu’en Russie, plusieurs personnes ont trouvé la mort après avoir été attaquées par un loup. Détail curieux : on aurait aperçu une jeune fille avec l’animal, dans la forêt où le drame s’est produit.

    "C’est un film très personnel. Il parle de la force des contes, de la façon dont on peut parfois se perdre en préférant vivre dans une histoire plutôt que dans le monde réel" dit la réalisatrice dans une interview pour le magazine Perspective (novembre 2018). Elle ajoute ceci : "J’avais aussi envie de retrouver une partie de mon enfance à travers les illustrations de ces contes." C’est nourri des contes de son enfance et de ses traditions que la scénariste et réalisatrice d'origine russe s’est lancée dans l’aventure de La Louve, un court-métrage aux frontières du rêve et de la réalité, au croisement du passé, du présent et du futur.

    Retenez bien son nom : Svetlana Trébulle.

    La Louve, écrit et réalisé par Svetlana Trébulle
    Avec Ulysse Barbry, Natalia Pujszo, Liza Paturel, 23 mn, 2019
    Photographie : Laurent Ronsac
    Production : Nicolas Liberman, Studio 313
    Distribué par Origine films
    https://www.facebook.com/lalouve.lefilm
    https://www.instagram.com/lalouve.lefilm

    Voir aussi : "Dickens ou Poe ?"

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  • Chanter dans les forêts de Sibérie avec Jean-Baptiste Soulard

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    Jean-Baptiste Soulard propose avec Le silence et l'eau un de ces bijoux qui capte l'intérêt dès les premières notes. Sois le dernier, qui ouvre cet opus tout en acoustique et voix, est un hymne au voyage et à la solitude apaisante mais aussi aux récits lointains : "Sois le premier à me raconter ces histoires /Sois la première à m'en parler / Soi-disant qu'il nous console/ Terre d'asile mystérieuse/ Soir-disant ivre d'alcool/ Loin de l'enfer loin de nos doutes." L'ailleurs de Jean-Baptiste Soulard est au cœur de ce magnifique premier album, véritable consolation pour nous, sédentaires : un authentique voyage du départ vers le Grand Baïkal dans sa "station Baïkonour."

    Qu'on se le dise : Sylvain Tesson a son pendant musical : Jean-Baptiste Soulard s’est inspiré de Dans les Forêts de Sibérie pour imaginer un opus folk nomade et aventurier. À l'instar de l'auteur de La Panthère des neiges (éd. Gallimard), il parle de la nature brute, des voyages à la rencontre de soi-même et de la fuite de l'hypermoderne solitude. Mais aussi chantre de la Russie des terres, "refuges de cœur." Pour l'accompagner, Jean-Baptiste Soulard a invité des artistes comme J.-P. Nataf, Luciole, Blick Bassy, Raphaël Personnaz qui a joué dans le film Dans Les Forêts de Sibérie... et Bessa que l'on retrouve sur le premier extrait Grand Baïkal.

    En écho aux mots de Sylvain Tesson

    L’ex fondateur du groupe Palatine fait de son opus le carnet de voyage d’un aventurier et artiste à la recherche d’un silence salvateur et d’une nature fondamentale : "Isba, isba / Cabane d'asile / Isba m'en tombent les bras / Calme-moi d'avril" (Isba).

    Derrière l'âpreté de cet album un magnifique album, faisant écho aux mots de Sylvain Tesson : "Si on me demande pourquoi je me suis enfermé ici je répondrais que j'avais de la lecture en retard..." (Dans Les Forêts de Sibérie). Le Silence et l'Eau de Jean-Baptiste Soulard est à la fois un opus à la facture pop-folk drakienne et un authentique champ expérimental pour "une vie ralentie" (Asile). Autrement dit, une forme d’utopie pour l’abandon de la vie moderne au profit d'une nature brute.

    Comble chevalier est un titre pop plus sophistiqué sur le thème d'un serment à l'exil : la fuite vers le silence et la nature, comme un "emblème" (Cerbère), devient un acte noble et un combat. Le voyage dans les grandes plaines sibériennes ne sont pas pour autant des parties de plaisir : "Brûler brûler au fer rouge / brûler brûler au fer bleu / Il nous faut un seau d'eau pour éteindre l'incendie…" les piqûres d'insectes, la souffrance, les aléa climatiques : la beauté de la nature sait se faire payer chère, mais lorsqu'elle s'offre, elle sait être généreuse et lumineuse (Débâcle) et peut aussi proposer des rencontres humaines incroyables (Leur peau).

    Au fur et à mesure que l'album se déroule, l'album devient souriant et moins grave, comme si l'auditeur se trouvait en terrain familier (Les vents contraires, Respirer) : "Parvenir à respirer sans forcer le combat / Partir / Parvenir à décoller sans écarter les bras / Réussir."

    Fondamental, unique et majestueux.

    Jean-Baptiste Soulard, Le Silence et l'Eau, Horizon / Un Plan Simple / Sony, 2020
    https://www.facebook.com/soulard.jeanbaptiste

    Voir aussi : "Le Grand Paon est un animal de nuit"
    Voir aussi : "Et au milieu coule le Rhin"

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  • Gloire aux liquidateurs

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    C’est la série du moment, celle que la critique encense et qui est en passe de s’imposer devant des créations aussi populaire que Game of Thrones et Breaking Bad. Chernobyl, mini-série britannique et américaine, a pourtant tout pour rebuter : sujet sombre, réalisation austère, décors gris et visages quasi mortuaires. Le parti-pris classique et sérieux de Craig Mazin s’imposait, tant il est vrai que relater l’histoire de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl imposait un indispensable savoir-faire.

    Dans la nuit du 25 au 26 avril 1986, un test de sécurité à la centrale ukrainienne de Tchernobyl provoque la fusion du cœur du réacteur puis une explosion sans précédent contaminant une zone de plusieurs dizaines de kilomètres autour de la centrale. Dès les premiers jours, les autorités soviétiques sont complètement dépassées par cet événement majeur. Les morts et les contaminés se multiplient alors que les radiations, s’échappant toujours de la centrale éventrée, menacent de rendre l’Europe inhabitable pour des milliers d’années. Valeri Legassov (Jared Harris), scientifique renommé, est chargé de trouver des solutions inédites, en compagnie de Boris Chtcherbina (Stellan Skarsgård), vice-président du Conseil des ministres et chef du Bureau des combustibles et de l’énergie. Le Kremlin l'a chargé de diriger les opérations. Bientôt, des enjeux politiques – l’URSS en est à ses dernières années d’existence – dépassent les deux hommes, mus par le désir commun d’arrêter la catastrophe et de comprendre ce qui s’est passé.

    Les liquidateurs, les vrais héros de Tchernobyl

    Chernobyl est d’abord à saluer pour sa reconstitution historique, même si quelques aménagements scénaristiques (l’invention du personnage d’Ulana Khomyuk, joué par Emily Watson) ont été imaginés comme l’expliquent les auteurs. Pour le reste, la mini-série américano-britannique nous plonge dans cette catastrophe apocalyptique d'une manière plus vraie que nature : le sort des premières victimes, les opérations pour stopper la réaction nucléaire, les ravages physiques des radiations, l’évacuation des populations civiles ou les décontaminations à grande échelle. Des scènes incroyables et jamais montrées font de cette reconstitution une série plus terrifiante et hallucinante que n’importe quelle fiction : le travail des mineurs sur le site, le sort fait aux animaux abandonnées dans la zone interdite et le travail des liquidateurs, chargés de se relayer toutes les 30 secondes pour déblayer les gravats radioactifs. Ce travail titanesque, fait dans des conditions épouvantables, a fait de ces liquidateurs sans doute les vrais héros de Tchernobyl.

    Chernobyl assène enfin une impitoyable charge contre les autorités russes de l’époque. Le dernier secrétaire soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, a souligné que Tchernobyl avait sans doute constitué un coup de poignard mortel contre l’URSS. Trois ans plus tard, le Mur de Berlin tombait : ce n’était pas le fruit du hasard.

    Chernobyl, mini-série historique de Craig Mazin
    avec Jared Harris, Stellan Skarsgård et Emily Watson
    USA et Grande-Bretagne, une saison, cinq épisodes
    HBO, Sky Atlantic, actuellement sur OCS, 2019

    Voir aussi : "Mes parents étaient des espions communistes"

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  • 2018, année soviétique

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    Qu’on se le dise : après l’élection de Poutine et à l’occasion de la coupe du monde de football, l’année 2018 sera russe. À cela, il faut ajouter la sortie du dernier opus du plus "marxien" des duos français : les Soviet Suprem, auteurs de leur deuxième album, Marx Attack (sans "s", s'il vous plaît).

    Voilà donc nos communistes (enfin, sur le papier du moins), partis à l’assaut pour conquérir la planète musicale, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils ne lésinent pas sur les clichés de la révolution d’Octobre, les références à l’Armée Rouge ou sur un sabir comme venu de l’autre côté de l’Oural.

    Mais Soviet Suprem c’est aussi et surtout l’alliance de l’humour et de la musique slave au service d’un style musical inédit et d’un message humaniste : "Quand la musique mondialisée n’est plus qu’une soupe insipide qui martèle nos esgourdes a base de boom boom et de slogans bling-bling, il est temps de réhabiliter l’Internationale, de libérer la fête et de lâcher les chevaux cosaques dans la sono," annoncent nos deux Parisiens partis à la conquête de l’est et du reste de la planète, même si la superpuissance américaine n’est jamais très loin (Peaux Rouges).

    Marx Attack c’est de l’électro-rock à l’humour noir (Dikator de Dancefloor), pour ne pas dire un album potache (Post Soviet), quand il n'est pas franchement festif (Vladimir). Les Soviet Suprem ont aussi l’art du texte et du calembour,  : "Conquête de planète / Pas de plan sur comète / Attaquer le capital / A capella / Niet niet." On peut penser à Sanseverino dans cet art de recycler et de détourner sans arrières-pensées un répertoire ancien et de mixer rap et valse (Valse Soviet)… L’auditeur retiendra tout autant la reprise hilarante de T’as Le look Coco à la mode cosaque, avec une bonne dose de vodka.

    Moins marxistes-léninistes que trotskistes

    Derrière les propos caustiques, il y a de l’engagement dans Marx Attack (International). Le duo Soviet Suprem"réveille les morts," avec un son aussi festif que... nécrologique (Héros). La révolution russe (1917) est le fil conducteur tracé par le duo de Soviet Suprem, sans doute moins marxistes-léninistes que trotskistes ("On va conquérir la planète"). Cela n’empêche par nos Parisiens soviétiques de faire, avec Couic Couic, une parenthèse sur la révolution française et la guillotine.

    Sur cet album électro-rock au flow enlevé (Tsar Wars) et à l’orchestration travaillée avec soin (Russian Kiss), c’est sans doute Jules-Edouard Moustic qui en parle le mieux : " Il existe 37 mots de base pour désigner la précision du flow de "Soviet Suprem" : chantul, gorgoute, koulikoultouk, takoum et meulmeul en sont un bel exemple. Le renne des dancefloors aizoubanais "Ilastikol Kaklu" le répète dans toutes ses soirées (attention, c'est à lire à voix haute en imitant l’écho de la sono) : "Ouah ouah ouah ouah ouah, Soviet Suprem em em em em, Ok Ok, "Mars Attacktack tack tack tack" Mayor mazik planète nèt nèt nèt nèt. Une fois de plus, ce qui se fait de bien dans notre Pays, ce sont les autres qui en parlent le mieux. Ça me rend dingue."

    Soviet Suprem, Marx Attack, Wagram / Chapter Two Records, mars 2018
    http://www.sovietsuprem.com

  • Tintin, back in the USSR

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    Tintin au Pays des Soviets a toujours fait partie de ces albums mythiques qu’un tintinophile se devait de posséder, au même titre que L’Alph-Art : un titre historique mais dont l’attrait de la lecture était peu évident. Les éditions Moulinsart et Casterman proposent de redécouvrir cette BD sous un nouveau format. 

    En 1929, Hergé, jeune dessinateur pour la revue belge du Petit Vingtième, créé le journaliste impétueux Tintin. Accompagné de son fidèle chien Milou, le jeune reporter part enquêter en URSS pour démystifier la Russie tombée dans le communisme depuis une douzaine d’années. Le voyage débute sous les plus mauvaises augures par un attentat provoquant la mort de 218 (sic) passagers d’un train. Pourchassés par la police politique de la Guépéou, Tintin et Milou traversent le pays à toute allure, bien décidés à dévoiler aux lecteurs du Petit Vingtième la réalité du communisme.

    Les familiers de l’album originel en noir et blanc redécouvriront Tintin au Pays des Soviets avec un œil nouveau. Les studios Hergé ont en effet colorisé cette première histoire de Tintin. Livre historique, cette BD devient une authentique aventure, certes datée et naïve, mais d’une nouvelle fraîcheur et à la lecture bien plus agréable que l'ancienne version en noir et blanc.

    Les fans de Tintin s’arrêteront avec délice sur la page 7 de ce premier album : le jeune reporter démarre en trombe au volant d’une décapotable, soulevant une mèche de ses cheveux. La fameuse houppe de Tintin se redresse. Elle ne retombera plus.

    Hergé, Tintin au Pays des Soviets, éd. Casterman, Moulinsart, 1929, 2017, 137 p.

  • Bourreaux et victimes

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    Le bourreau.JPGUne auto-stoppeuse aux abois est recueillie par un automobiliste : voilà le début du Bourreau de Sergueï Belochnikov. La scène se passe près de Saint-Pétersbourg au début des années 90. Le lecteur comprend vite que celle qui se prénomme Olga a été victime d'un viol collectif. Elle trouve d'abord refuge et assistance auprès d'un ami et ancien amant, qui est aussi médecin. Après de premiers soins, il lui conseille de porter plainte et de se rendre à la milice, mais la jeune femme, journaliste-photographe, n'a qu'un seul objectif : se venger, par tous les moyens. Après une première traque de ses quatre agresseurs, Olga parvient à s'acheter le concours d'un parrain de la mafia russe. Puisque la vengeance est un plat qui se mange froid, la victime se transforme en bourreau. La machine à broyer ses tortionnaires est en marche, pour le meilleur et pour le pire.

    Ce polar russe, rugueux et implacable a été un peu oublié. Il est pourtant intéressant à plus d'un titre.

    D'abord par l'histoire proprement dite : celle d'une femme refusant de rester victime et choisissant de se faire justice elle-même, seule et contre l'avis de tous. Ensuite, par le portrait de l'héroïne : Olga est une femme attachante, une Russe émancipée sous la perestoïka, reconnue par ses pairs grâce à ses reportages (signalons au passage une incursion passionnante dans l'Afghanistan en guerre, au début des années 80). Elle se trouve plongée du jour au lendemain dans un cauchemar absolu – un viol au sujet duquel l'auteur prend subtilement le parti d'en dire le minimum. Or, ce cauchemar, la brillante jeune femme choisit de l'entretenir en s'acoquinant avec un mafioso inquiétant.

    Sergueï Belochnikov écrit ceci au sujet de son roman et du personnage principal : "Je ne considère pas Le Bourreau comme un roman policier... Il représente l'âme féminine russe, qui m'a attiré toute ma vie. Olga est une femme forte... Forte et indépendante. L'agression qu'elle subit lui donne un désir de vengeance aussi fort qu'elle."

    Je vois un autre intérêt dans ce roman : son traitement littéraire. L'auteur a astucieusement choisi de changer de narrateur à chaque chapitre, faisant de ce polar une oeuvre polyphonique et subjective.

    Sergueï Belochnikov, Le Bourreau, éd. France Loisirs, 1995, 320 p.