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contemporain

  • Violoncelles confinés

    Le violoncelle est à l’honneur avec le documentaire signé par le Duo Brady, Et le violoncelle dans tout ça ? Le violoncelle, mais aussi la musique en général, un secteur bien mal en point depuis l’apparition d’un certain virus chinois.

    Cela fait un an que le monde entier semble avoir retenu son souffle : des pans entiers de la société et de l’économie ont été mis en veille en attendant le retour de jours meilleurs. Le monde de l’art a été particulièrement impacté. Le 14 novembre 2020, au cœur du second confinement, 12 violoncellistes et plusieurs techniciens se sont rencontrés au Lavoir Moderne Parisien pour témoigner sur la manière dont ils vivent leur travail et leur art.

    Le film s’articule autour de trois questions posées : "L’impact de l’arrêt des concerts", "Et la culture dans tour ça ?" et "« Un temps donné ?"

    Pour répondre au premier point, au-delà de l’aspect matériel et financier, les musiciens et musiciennes avouent leur désarroi : "On a du mal à se projeter", dit l’une d’elle. L’ingénieure du son Anaïs Georgel déplore n’avoir travaillé que sur un seul concert en un an. Et même si le système d’intermittence du spectacle permet au moins de tenir financièrement, reconnaît Louis Rodde, les conditions des artistes sont de plus en plus compliquées.  

    "Et la culture dans tour ça ?" À cette question, les musiciens parlent de son importance capitale, comme du manque flagrant de concerts, de représentations, de rencontres avec le public mais aussi avec leurs homologues, "ce qui ne sera jamais compensé par le distanciel." La question de faire de l’art en pleine crise sanitaire s’avère être un problème insoluble. Michèle Pierre, du Duo Brady, avoue son dépit, certes avec le sourire : démarcher devient vite autant fastidieux que décourageant et, ajoute son acolyte  Romain Chauvet, les cours à distance ont pu être amusants lors du premier confinement, mais ils finissent par ne plus faire rire personne, quand ils ne découragent pas.  

    Violoncelliste et fromager

    La question "Un temps donné ?" s’interroge sur la manière de mettre à profit ces périodes de confinement, sans spectacles, sans cours en présentiel et sans interventions publiques dans les écoles ou les hôpitaux :  le temps doit être mis à profit pour s’arrêter de courir et ne plus être dans le stress, réagit Amandine Robilliard. Cet état d’esprit était présent pendant le Grand Confinement de Printemps. Les artistes interrogés reconnaissent aussi que cette période hors-norme peut être un moyen de "forger le son" de son instrument, de travailler sur un répertoire, de créer… voire de s'essayer au chant !

    Des plages musicales ponctuent ces entretiens montés de manière dynamique : Le chant des oiseaux de Pablo Casals par Justine Metral du Trio Metral,  la Suite pour violoncelle de Cassado, (3e mouvement) par Romain Chauvet et Bach, évidemment, par Amandine Robilliard. Côté création, le documentaire permet de découvrir  NH,, une création du Duo Brady ainsi qu’une improvisation afro-brésilienne par Olivier Schlelgelmilch. Louis Rodde, du trio Karenine, interprète de son côté Henri Dutilleux et sa première des Trois Strophes sur le nom de Sacher, tandis qu’Ela Jarrige s’attaque à la première suite de Benjamin Britten.

    L’un des beaux passages du film est un trio de Chloé Lucas (contrebassiste), Gauthier Broutin (violoncelle baroque) et Agnès Boissonnot (viole de gambe), trois des quatre membres du quatuor Cet Étrange Éclat, avec une délicate sonate de Francesco Geminiani.

    Et le violoncelle dans tout ça ? parvient à déjouer le piège de l’apitoiement. Pour preuve, ce focus sur Frédéric Deville, violoncelliste parisien free-lance et… fromager. Il présente l’une de ses créations, Eurydice, un morceau mélancolique et traversé d’espoir tout en même temps.

    Le spectateur découvrira avec plaisir et émotion cette bande de musiciens, partageant en commun l’amour de leur instrument, de leur art, et l’envie de  "jouer avec les copains".  Ce qu’a permis cette rencontre du Lavoir Moderne.

    Duo Brady, Et le violoncelle dans tout ça ?, réalisé par Michèle Pierre et Paul Colomb
    Interviews conduites par Guillaume Ulmann,
    documentaire français, 2020, 50 mn

    http://www.duobrady.com
    https://www.facebook.com/duobrady

    Voir aussi : "Le trio Sōra vous souhaite un joyeux anniversaire, M. Beethoven"
    Hors-série Grand Confinement

    Photo : HL MMOSCONI - Documentaire Duo Brady

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  • Top 10 Bla Bla Blog 2020

    Cette foutue année 2020 se termine, et, comme de coutume en ce début janvier, il est temps de faire le bilan.

    Pour Bla Bla Blog, l’année a été particulièrement riche avec très exactement 380 chroniques parues cette année, soit plus d’une par jour. 2020, on s’en doute, a drainé beaucoup de surprises – souvent très bonnes – et a mis à l’honneur des dizaines d’artistes et d’œuvres, avec une très large part consacrée à la musique – qui est pour autant quasi absente du classement.

    Quelles sont les chroniques ayant fait le plus gros buzz. Roulement de tambour, avant de découvrir le podium. Commençons pas le…

    N°10 et un "Gros big up pour Clémence Pouletty" !
    Elle est jeune, elle est brillante, elle est douée et elle fait vivre la culture sur sa chaîne Youtube. Elle, c’est Clémence Pouletty, la première influenceuse de ce classement annuel. Elle ouvre en beauté un top 10 très éclectique et riche en surprises.

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    Extrait : "Focus aujourd’hui sur la chaîne Youtube d’une passionnée de littérature, de philosophie ou de cinéma : voilà qui ne pouvait qu’intéresser Bla Bla Blog. Clémence Pouletty partage ses lectures avec insouciance mais aussi avec une sacrée qualité à vulgariser des sujets parfois ardus : L’amour et Sartre, L’art d’avoir toujours raison de Schopenhauer ou L’art d’être heureux du même Arthur…"

    N°9 : "Ton univers impitoyable"
    Quelle plaisir de voir à cette 9e place une chronique publiée en janvier 2020 sur des très grandes séries télé, Succession. Du grand art grâce à la famille Roy, aussi riche et puissante que complètement dégénérée. C’est glaçant, impitoyable, passionnant, servi par des acteurs et actrices multiprimés, et pour Bla Bla Blog, Succession fait partie des chroniques les plus lues.

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    Extrait : "Succession, dont une troisième saison est prévue pour l’été 2020, est une plongée dans les arcanes d’une multinationale mêlant médias, divertissements et communication. Un univers impitoyable, pour reprendre le générique de Dallas, une autre série, certes datée, mais qui faisait elle aussi d’une famille richissime américaine un lieu d’affrontement autour de l’argent, du pouvoir, des ambitions et des rancœurs. Plus intense, plus âpre, plus cruelle et et plus passionnante que la série culte des années 80, Succession est une tragédie familiale autant qu’un tableau d’une Amérique pervertie, amorale et empoisonnée par l’argent…"

    N°8 : "Rencontre avec Elle sans Lui"
    C’est l’une des rares musiciennes présente dans ce classement, et il s’agit d’une interview. Derrière le duo Elle&Lui se cache une seule artiste, Lana. Nous l’avons interrogée. Elle vous a plus qu’intéressés puisque la chanteuse, pour son nouveau single ("Fleur de sel") se classe en 8e position.

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    Extrait : "Cette chanson c’est le début d’une très belle aventure pour moi! Je voulais vraiment créer un titre good vibes. Je trouve qu’on en manque cruellement! Du coup je vous propose un son super ensoleillé! L’idée c’était vraiment de créer un titre qui ferait danser les gens, qui amènerait un peu de paillettes dans leurs vies quoi !…"

    N°7 : "Matt et brillant"
    Muriel Matt décroche une très belle 7e place. C’est aussi la découverte d’un talent hors pair que plusieurs centaines de lecteurs de Bla Bla Blog ont découvert. Pas de doute : même en 2020, la peinture continue de bouger et de nous émerveiller. La preuve en images. 

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    Extrait : "L’univers de Muriel Matt sonne comme une évidence. Découvrir ses peintures c’est, à vrai dire, comme retrouver un monde que l’on pensait disparu. Que ce soit pour ses animaux, ses couples, ses nus ou ses abstractions, l’œuvre de cette artiste, qui nous vient de la région nantaise, assume totalement ses influences de la période moderne, et en premier lieu Picasso, Matisse (Nus), Cocteau ou Miro (la série des Bubbles). Excusez du peu…"

    N°6 : "Galerie virtuelle chez Cyril Guernieri"
    Le Grand Confinement de Printemps, et celui qui l’a suivi en fin d’année, a été un désastre pour des millions de professionnels ou d’amateurs des arts. Bla Bla Blog a choisi de consacrer un hors-série "Grand Confinement" pour mettre à l’honneur musiciens, écrivains et galeristes. Parmi ceux-ci, Cyril Guernieri, exposant au 29, rue Mazarine, à Paris. Il vous a passionné. Normal.

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    Extrait : "Les galeries d'art étant fermés en ce moment, Bla Bla Blog vous invite à découvrir en ligne une exposition virtuelle proposée par la Galerie Cyril Guernieri. Jean-Daniel Bouvard et Marc Dailly y sont à l'honneur…"

    N°5 : "Emmanuelle Jary, au four et au moulin"
    Belle surprise que cette 5e place, consacrée à une influenceuse, youtubeuse et passionnée de gastronomie ("C'est meilleur quand c'est bon"). Une bien belle découverte de Bla Bla Blog, à laquelle des centaines de lecteurs ont adhéré. 

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    Extrait : "Je me disais il y a peu cela faisait quelques mois que je ne vous avais pas parlé de gastronomie. D’où cette chronique aujourd’hui, qui s’intéresse à un site culinaire, C’est meilleur quand c’est bon. Cette chaîne Youtube a été créée il y a trois ans par Emmanuelle Jary. Elle est aux manettes de ces vidéos de quelques minutes, toutes dédiées à la bonne bouffe, aux restaurants, aux bistrots et autres troquets. Les métiers traditionnels sont tout autant mis à l’honneur : traiteurs, poissonniers, bouchers, épiciers, et bien sûr cuistots…"

    N°4 : "Galerie virtuelle de Patricia LM"
    La photographe Patricia LM est une nouvelle fois à l’honneur avec une 4e position qui nous réjouit. Le confinement de printemps et la fermeture des galeries a poussé Bla Bla Blog à ouvrir son blog à des expositions virtuelles, qui certes ne remplaceront jamais les vraies galeries, mais qui en tout cas montrerons que nous n’oublions pas les artistes qui font bouger l’art. Comme Patricia LM, que l’on adore !

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    Extrait : "C'est à une photographe talentueuse que nous ouvrons cette galerie virtuelle. Patricia LM avait accordé une interview à Bla Bla Blog. En attendant de pouvoir admirer ses créations, cette chronique va vous donner envie d'entrer dans son univers coloré et sensuel…"

    N°3 : "La Suisse est un pays chaud"
    Chaud, chaud, chaud pour cette 3e place largement méritée, avec une chronique sur le document sulfureux d’Adeline Lafouine, Fais-le bien et laisse dire (éd. Tabou). C’est aussi le seul livre classé cette année dans notre top 2020. Une plongée dans le parcours d’une femme sans aucun complexe, et qui nous prouve que la Suisse peut être un pays vraiment très, très torride.

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    Extrait : "Scandale à tous les étages pour ce témoignage à ne pas mettre entre toutes les mains : son auteure, Adeline Lafouine, propose avec Fais-le bien et laisse dire (éd. Tabou) un document assez exceptionnel à plus d’un titre. Il commence par une affaire dont la Suisse dite "vertueuse" se serait bien passée. Nous sommes en août 2014 lorsque la presse à scandale déniche un selfie sexy posté sur le compte Twitter d’une inconnue, mariée et mère d’un enfant. Elle se fait surnommer Adeline Lafouine…"

    N°3 : "Rock’n’roll, rouflaquettes, chrome et pin-ups en Bourgogne"
    Sur la deuxième marche du podium, nous voyons singulièrement apparaître Vintageland, un de ces événements populaires qui a échappé en partie aux fourches caudines de la crise sanitaire. Ça se passait en Bourgogne, et Vintageland proposait une plongée dans l’Amérique prospère des 30 Glorieuses. Gros coup de nostalgie, à bien des égards. Et un grand bravo à Vintageland.

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    Extrait : "Voyage dans le temps garanti cet été en Bourgogne avec le Vintageland, dont les organisateurs promettent ni plus ni moins qu’une immersion dans les années 50 à 80. Pour tenir cet engagement, du 31 juillet au 4 octobre, des animations sont proposées, mêlant cinéma, concerts (la troupe Abba story, le groupe Woodstock spirit, les Satin Dolls Sisters ou les Vagabonds), cabarets, arts forains et défilés de voitures anciennes, afin de revivre ce que l’on est tenté d’appeler avec du recul « les années insouciantes »…"

    Et pour finir, le grand n°1 est : Benjamin Schmit, "On est sérieux quand on n’a pas 17 ans"
    Le tout jeune musicien d’électro marseillais proposait avec "Uptown Funk Ben Remix" tout son talent. Des milliers de lecteurs de Bla Bla Blog l’ont découvert ou redécouvert : on ne peut que lui souhaiter le même succès dans sa carrière qui ne promet que le meilleur. Il est cette année le grand numéro 1 de Bla Bla Blog. Sur 380 chroniques parues, c’est réellement remarquable !

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    Extrait : "L’école marseillaise du rap commence à être connue, moins celle de l’électro. Elle est pourtant très active : pour preuve, cette chronique sur Benjamin Schmit, jeune DJ de 16 ans, bien décidé à faire sa place sur cette scène exigeante. Le remix du titre "Uptown Funk" s’inscrit dans la veine french touch, avec ce qu’il faut de sophistication et de trouvailles sonores pour un morceau dansant, à la fois funk, house et électro : "Faire danser les gens, c’est avant tout les réunir et les voir sourire", commente ainsi le jeune musicien, biberonné aussi bien aux tubes de Céline Dion ou Boney M qu’aux artistes plus de sa génération – Dua Lipa, Lil Nas X ou The Week-end…"

    Terminons par ces chroniques à succès écrites avant 2020, qui ont continué à drainer cette année un nombre important de lecteurs et lectrices : "Union TV : un nouveau média pour une nouvelle révolution sexuelle", "Le petit monde d’Élodie Suigo", la série d’articles sur Deborah de Robertis, et "Où es-tu, Berry ?"

    https://www.facebook.com/leblablablog
    Voir aussi :
    "Le top 10 de Bla Bla Blog pour 2019"

    Photo de couverture : Patricia LM

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  • La tête dans les étoiles

    Encore quelques jours pour supporter ce nouveau confinement. Et quoi de mieux, pour se changer la tête qu’une exposition virtuelle, comme celles que Bla Bla Blog a présenté ces dernières semaines.

    La vénérable institution de La Poste a choisi elle aussi ce moyen pour son exposition temporaire "Rêver l’Univers", en visite virtuelle de 20 minutes, directement depuis chez soi. Cet événement, prévu du 2 septembre 2020 au 10 janvier 2021, bien sûr été bouleversé par la crise sanitaire. En attendant une réouverture des musées d'ici quelques semaines.

    13 artistes contemporains français et internationaux - Nicolas Baier, Patrick Bailly-Maître-Grand, Philippe Baudelocque, Dominique Blais, Thomas Brummett, Hugo Deverchère, Félicie d’Estienne d’Orves, Laurent Fort, Marina Gadonneix, Julien Mauve, David Spriggs, Vladimir Skoda et Anaïs Tondeur – proposent une immersion dans l’infinité de l’univers. La visite est proposée par Céline Neveux, commissaire de l’exposition, et ponctuée des interventions exclusives de 5 des artistes exposants : Anaïs Tondeur, Hugo Deverchère, Vladimir Skoda, Dominique Blais et Marie Gadonneix.

    En attendant de découvrir l’exposition réelle, il reste cette visite virtuelle, à travers des œuvres aux titres éloquents : "Météorite 3", "Multivers", "Lune et l’autre", "Infinities", "Soleil éternel" oun Cosmorama".

    "Devant la splendeur de ce qui se situe au-delà du monde qui nous enveloppe, se pressent une finalité suprême […] C’est que le sublime a vocation à l’universel : il n’élève pas seulement, il unit en profondeur" écrit justement Baldine Saint Girons dans le catalogue de l’exposition.

    Musée de la Poste, "Rêver l’Univers", exposition virtuelle
    https://www.museedelaposte.fr/rever-lunivers-lexposition-devoilee

    Voir aussi : "Ex pop"

    Julien Mauve, "Greetings from Mars #20", 2015, impression jet d’encre sur papier Fine Art mat, 80 x 120 cm, collection de l’artiste
    © Julien Mauve

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  • Michel Haillard virtuel

    Il était question sur Bla Bla Blog, il y a quelques semaines, de l’exposition de Michel Haillard à La Cartonnerie.
    Avec la crise sanitaire, l’artiste a choisi de s’adapter en proposant au public de découvrir ou redécouvrir son exposition à travers une visite virtuelle plus vraie que nature.

    Figure atypique de l’art contemporain, Michel Haillard se décrit comme un "créateur d’univers." Ébéniste, tapissier, recycleur, amoureux de la nature et des animaux, il fait de ses œuvres des objets à la fois baroques, tribaux et organiques : un homme honorant le vivant, avec cet humour, cette technicité et cet enthousiasme qui sautent aux yeux.

    L’ancien étudiant à l’École Supérieure des Arts Modernes créé des meubles aux noms évocateurs, puisant à différentes sources et différentes cultures : commodes "Karabosse", fauteuils "Platon" ou trônes "Perro." Les matériaux utilisés sont tout autant hétéroclites : bois, cornes et peaux (passées par les douanes, dont le permis CITES garantie la traçabilité), pierres précieuses et semi-précieuses, bronze, verre et bien d’autres éléments détournés. L’artiste est à la redécouverte des origines de l’homme, qui n’est rien s’il ne respecte pas son écosystème. Michel Haillard entend ainsi remettre le sauvage et l’art premier au cœur de la création contemporaine. Il nous rappelle que, chaman, animiste, prêtre ou devin, l’homme célèbre le dieu animal depuis la nuit des temps.

    À la limite de la transe, Michel constitue une collection de pièces uniques à partir de grelots, ronds de serviettes, jouets, plumes ou dents de cochon sauvage… De tous ces objets et matières sont nés des parures de sorciers, des couvre-chefs "coiffinés", des masques, des lampes féeriques et autres
    moulins de prière, que le Prince de New York exhiberait assis sur son trône d’alligator vermillon.

    Cet univers et cette œuvre incroyable est à découvrir dès aujourd’hui. Et puisque, crise sanitaire oblige, les galeries sont fermées, c’est sur Internet que l’artiste propose de faire une visite virtuelle de sa dernière exposition.

    Incroyable, unique et passionnant.

    Michel Haillard, exposition virtuelle
    "Danse avec les gnous, ou le rire du pangolin – Objets magiques made in confinement"
    https://jevisite.art/le-rire-du-pangolin.html
    http://www.michel-haillard.com
    http://www.lacartonnerieparis.com

    Voir aussi : "Michel Haillard, made in confinement"
    "Païenne à Paris"

    © Michel Haillard

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  • Michel Haillard, made in confinement

    On ne l’a sans doute pas assez dit, mais il est probable que le "Grand confinement" que nous avons connu cette année pourrait bientôt devenir d’ici peu un mouvement, sinon un genre à part entière.

    La nouvelle création de l’artiste et designer Michel Haillard y aurait toute sa place. Baroque, facétieux, dénicheur d’influences venues aussi bien de l’art africain que du baroque européen, Michel Haillard propose avec "Danse avec les gnous" un vernissage et une performance qui seront à découvrir ce jeudi 8 octobre à partir du 18 heures à La Cartonnerie (Paris XIe).

    Cet événement, que l’artiste a aussi intitulé, non sans malice, "Le rire du pangolin – Objets magiques made in confinement", précède une exposition d’œuvres imaginées pendant le confinement, exposition qui sera visible jusqu’au 11 octobre, toujours à La Cartonnerie.

    "J’ai vécu ce moment particulier comme une retraite, considérant uniquement mes ressources propres, ou sales ! Ainsi est née de l’accumulation d’objets de l’atelier cette collection qui nous ouvre d’autres espaces, d’autres mondes, ceux de la magie, qui fonctionne réellement pour qui se laisse guider par sa fantaisie et son cœur dans un grand éclat de rire," commente Michel Haillard.

    Cet univers incroyable et bourré d’humour est à découvrir à La Cartonnerie de toute urgence.

    Exposition de Michel Haillard
    "Danse avec les gnous, ou le rire du pangolin – Objets magiques made in confinement"

    Vernissage/performance avec Richard Laillier le jeudi 8 octobre à partir de 18h.
    Exposition du 9 au 11 Octobre 2020
    La Cartonnerie, 12 rue Deguerry 75011 Paris
    Les vendredi 9 octobre de 15h à 20h, samedi 10 octobre de 15h à 20h
    et dimanche 11 octobre de 15h à 18h
    http://www.michel-haillard.com
    http://www.lacartonnerieparis.com

    Voir aussi : "Mathias Mareschal, de retour de résidence"

    © Michel Haillard

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  • Gerhard Richter, sans le dire

    Il s’agit au préalable de définir ce que peut être cette publication des éditions Saint-Simon, L’œuvre sans auteur.

    Évidemment, le livre de Florian Henckel von Donnersmarck renvoie au film du même nom, sorti il y a deux ans, et dont il est le réalisateur (on lui devait auparavant La Vie des Autres, archi récompensé). Une adaptation donc, et par Florian Henckel von Donnersmarck lui-même, qui a signé le scénario du long-métrage.

    Scénario, roman, adaptation : en vérité, nous avons affaire ici à un objet littéraire hybride, qui échappe à la sécheresse du genre scénaristique, tout en adoptant son efficacité et la force des dialogues. Le lecteur, qui n’a pas vu le film (ou du moins les films, puisque le long-métrage allemand était en deux parties), trouvera dans la version écrite de L’œuvre sans auteur ce qui s’en rapproche le plus.

    Mais il existe également une autre particularité dans L’œuvre sans auteur qui rend le roman, mais aussi le film, remarquable. En fin de livre, dans l’entretien que Florian Henckel von Donnersmarck a accordé au journaliste Thomas Schultze, l’écrivain, scénariste et cinéaste explique la genèse de cette œuvre qui est indissociable de la vie du peintre Gerhardt Richter, même si son nom n’est jamais cité. Henckel von Donnersmarck raconte que l’idée de raconter le début de sa carrière, commencée en RDA quelques années après la fin de la seconde guerre mondiale, n’a été rendue possible par Richter qu’à condition que les noms des personnages soient changés et que les tableaux du peintre ne soient pas utilisés. Le cinéaste précise que pour le tournage de son long-métrage, ce sont d’autres toiles qui ont été spécialement utilisées, grâce à des élèves de Richter lui-même.

    Scénario, roman, adaptation : en vérité, nous avons affaire ici à un objet littéraire hybride

    "Un récit inspiré de personnages réels", est-il précisé dans le roman publié par les éditions Saint-Simon. Kurt Barnety est Gerhardt Richter, l’une des plus grandes figures de la peinture du XXe et du XXIe siècle. Elizabeth May est Marianne Schönfelder, sa tante internée puis exécutée comme malade mentale pendant le IIIe Reich. Carl Seeband est Heinrich Eufinger, gynécologue, chirurgien, membre de la SS et impliqué dans le programme d’euthanasie à grande échelle mis en place par le régime nazi. Il deviendra plus tard le beau-père de Richter, après le mariage de ce dernier avec sa fille Elizabeth ou Ellie (Ema Eufinger dans la vie réelle).

    Voilà pour les protagonistes de cette histoire allemande, dans lequel les grandes tragédies du XXe siècle, les traumatismes de la seconde guerre mondiale, les histoires familiales et l’art se percutent de plein fouet.

    Karl est un artiste jeune et très doué lorsqu’il commence à Dresde un cursus dans les beaux-arts. Nous sommes à la fin des années 40 et l’Allemagne est scindée en deux pays : la RFA occidentale et la RDA communiste, où le peintre prometteur doit s’adapter à l’académisme et au réalisme soviétique. Quelques années plus tôt, sa tante Elizabeth lui faisait découvrir l’art moderne (dit "dégénéré"), avant d’être internée et tuée en raison de sa schizophrénie. À Dresde, Kurt rencontre une jeune femme dont il tombe amoureux. Elle s’appelle Elizabeth, elle aussi, et elle est la fille de Carl Seeband, l’un des responsables du programme qui a envoyé à la mort des centaines de milliers de malades mentaux. Mais ça, Kurt l’ignore. Par amour pour Ellie, il se fond bon gréé mal gréé dans cette famille au lourd passé. Et lorsque son beau-père décide de quitter la RDA pour la RFA en raison d’une enquête soviétique sur les anciens criminels de guerre nazis, Kurt le suit pour ne pas quitter Elizabeth. Il arrive dans un nouveau pays et doit trouver sa voie artistique.

    Ce passionnant itinéraire personnel autant qu’artistique est aussi une histoire d’amour se heurtant aux souffrances du passé. Grâce au choix littéraire de Florian Henckel von Donnersmarck, L’œuvre sans auteur se lit d’une traite et a l’immense intérêt de pousser à découvrir l’œuvre de Gerhardt Richter. L’un des plus grand peintres vivants, sans aucun doute.

    Florian Henckel von Donnersmarck, L’œuvre sans auteur,
    Le destin tragique d’une famille allemande
    Trad. Olivier Mannoni, éd. Saint-Simon, 2019, 167 p.

    http://www.editions-saintsimon.com/livres/oeuvre-sans-auteur
    http://diaphana.fr/film/l-oeuvre-sans-auteur
    https://www.gerhard-richter.com

    Voir aussi : "Sage et libre comme un poisson rouge"

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  • Camille Pépin, sans coup férir

    En ce 21 juin, honneur à un genre musical discret mais particulièrement passionnant : le contemporain. Et pour cette chronique, je vous ai déniché non pas une mais deux œuvres de Camille Pépin, qui s’est imposée en quelques mois comme une compositrice incontournable, à la faveur de deux albums à découvrir : Chamber Music (2017) et The Sound of Trees (2020).

    La musique contemporaine française était depuis des décennies prisonnière d’une image engoncée dans des théories et des habitudes : le sérialisme, l’aléatoire, le spectralisme, la méfiance pour l'harmonie et plus généralement les querelles de chapelle. Mais la voilà qui prouve avec Camille Pépin  (mais aussi d'autres compositeurs et compositrices) que la musique contemporaine française peut être harmonique et immédiatement attachante, sans renier pour autant à son audace formelle (le jeu de sonorités, l’apport de cultures différentes, l’influence du courant répétitif américain) comme à la paternité revendiquée avec les grands compositeurs occidentaux – Mahler, Debussy, Ravel ou Messiaen sont les grandes figures qui viennent en tête de prime abord pour ces deux opus.

    Camille Pépin avait 27 ans lorsqu’elle a proposé Chamber Music (NoMadMusic), des pièces de musique de chambre au souffle intense, et qui sont jouées par l’Ensemble Polygones, avec la mezzo-soprano Fiona McGown, la violoniste Raphaëlle Moreau et la violoncelliste Natacha Colmez-Collard.

    L’album débute avec Lyrae, une œuvre dominée par des violons implacables et torturés. Un mouvement plus lent qui scinde le morceau en deux est marqué les influences du courant répétitif américain, renvoyant à Steve Reich ou aux œuvres de Philip Glass par le Kronos Quartet, mais avec ce lyrisme tout français.

    La pierre angulaire de l’opus est Chamber music : 18 mouvements souvent très courts, ayant pour fil conducteur des cordes omniprésentes, un piano délicat et la voix mezzo-soprano de Fiona McGown, déclamant des vers de jeunesse de James Joyce (1909). Il y a une très grande cohérence dans ces pièces de Chamber Music qui sont des chants amoureux, mystiques et expressionnistes d’une très grande pureté.

    Raphaëlle Moreau est au violon pour une autre pièce, Indra : place cette fois à une musique robuste et même brutale, soutenue par des cordes tendue et nerveuses. Tout aussi sombres, les trois mouvements de Luna (Luna, Aurora et Sol) sont des mondes à eux tout seuls : des cauchemars peuplés d’êtres mystérieux et fantomatiques (Luna), parfois aériens et féeriques (Aurora), mais toujours inquiétants, menaçants et brutaux (Sol). L’album se termine avec la pièce Kono-Hana, qui semble nous réveiller d’un mauvais rêve pour nous projeter dans un univers zen, grâce au violoncelle métaphysique de Natacha Colmez-Collard.

    Compositrice incontournable pour les années à venir

    C’est pour The Sound Of Trees que Camille Pépin a reçu en début d’année une Victoire de la Musique, dans la catégorie "Compositrice de l’année". Cette pièce a été enregistrée avec l’Orchestre de Picardie dirigé par Arie van Beek par NoMadmusic. Elle est sortie quelques jours seulement avant le Grand Confinement.

    Pour cet album, à la fois audacieux, atypique et classique, Camille Pépin côtoie Claude Debussy et Lili Boulanger et s’installe déjà comme une compositrice incontournable pour les années à venir.

    The Sound Of Trees, ce sont six mouvements qui sont des hommages à la nature et aux arbres, et dont les titres renvoient aux mille et une transformations des saisons : "Paisible, boisé", "Plus lumineux, irisé", "Céleste, planant", "Entêtant, tournoyant, hypnotique", "Apaisé, boisé" et "Mystérieux, flottant."

    Autant naturaliste qu’expressionniste, Camille Pépin et l’Orchestre de Picardie, dirigé par Arie van Beek, nous entraînent dans un environnement à la fois proche de nous et féerique ("Paisible, boisé"). Mais c’est aussi un monde qui sait avoir sa part de violence ("Plus lumineux, irisé") ou de mystère ("Céleste, planant"). Olivier Messiaen avait su faire des chants d’oiseaux des pièces contemporaines merveilleuses, passionnantes et déroutantes. Camille Pépin, elle, donne vie aux arbres vivants, pluriels et colorés ("Entêtant, tournoyant, hypnotique"). The Sound Of Trees passionne par cette place laissée à la méditation ("Apaisé, boisé") et à une forme d’hommage grave à la nature ("Mystérieux, flottant").

    L’album se termine avec trois morceaux classiques, très cohérents dans leur choix. Un Hommage à Rameau et un Mouvement tirés des Images pour piano de Claude Debussy d’abord, et deux mélodies de Lili Boulanger d’autre part (D’un soir triste et D’un matin de printemps). Camille Pépin entend ainsi marcher sur les traces de géants et de géantes de la musique. Voilà qui promet de futures œuvres passionnantes, sans coup férir.

    Camille Pépin, Chamber Music, Ensemble Polygones, NoMadMusic, 2019
    Camille Pépin, The Sound of Trees, Orchestre de Picardie,
    direction Arie van Beek, NoMadMusic, 2020

    https://www.camillepepin.com
    https://www.facebook.com/camillepepincompositeure
    https://www.nomadmusic.fr/fr/label/artistes/camille-pepin

    Voir aussi : "Boulez, le maître au marteau"
    "Joue-la comme Proust"

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  • Jordane Tumarinson et les petites histoires de son enfance

    C’est peut-être un détail pour vous, mais dans la jungle musicale qu’est l’Internet, Jordane Tumarinson fait partie de ces artistes non seulement à découvrir mais à suivre pour les prochaines années.

    L’univers artistique de ce compositeur est bien en place, comme nous l’avions déjà dit dans la chronique de son précédent album, Terra incognita. Son nouvel opus, Petites histoires de mon enfance, est assez court : un peu plus de 30 minutes, mais tout de même composé de 13 titres, qui sont autant de fenêtres ouvertes en toute discrétion sur un monde apaisé (Imagine), onirique (La place pour rêver) ou consolateur (Swich).

    Comme son titre l’indique, Petites histoires de mon enfance est complètement imprégné de nostalgie (Le défilé des sentiments, Imagine ou Sous les peupliers blancs). Le morceau qui donne son nom à l'album est écrit comme une comptine, un morceau admirable de construction harmonique, rieur et joueur, à l’instar de cet autre titre, La tête en l’air.

    Le travail de composition de Jordane Tumarinson est à souligner et à saluer : les harmonies et les mélodies prennent une place centrale, à l’instar du joyau qu’est Les trésors de Jérémie, juste, fin et d’une belle concision.

    Le compositeur fait aussi, comme pour ses créations précédentes, le pari du néoclassique (La place pour rêver ou Swish) mais aussi du minimalisme (C'était aujourd'hui) pour dérouler ses plages de piano que l’on pourrait qualifier de romantiques, voire debussyennes (Entre deux nuages).

    Ah, si j’ était cinéaste que je recherchais mon compositeur de BO…

    Musique autant naturaliste qu’impressionniste (Les trésors de Jérémie), à l’exemple de l’onirique De liane en liane, Jordane Tumarinson assume le choix de l’harmonie et de la mélodie pour un album très personnel (Ambiance dimanche).

    Au piano, le compositeur et musicien alterne jeux de rythme (Les trésors de Jérémie, Sous les peupliers blancs), variations (La place pour rêver), textures sonores (De liane en liane) et mélodies irrésistibles (Petites histoires de mon enfance, La tête en l’air). Car le compositeur, également pianiste, ne fait pas d'esbroufe ou de virtuosité inutile. Il reste dans la nuance, la délicatesse et la subtilité (La place pour rêver, Le complexe de Néandertal).

    On rêve de réentendre Jordan Tumarinson dans une meilleure prise de son, digne de son très grand talent ou, mieux, sur grand écran comme compositeur d’une bande originale de film. À ce moment de cette chronique, vous savez ce que je vais vous dire : "Ah, si j’ était cinéaste que je recherchais mon compositeur de BO..."

    Jordane Tumarinson, Petites histoires de mon enfance, 1631 Recordings, 2020
    https://www.tumarinson-composer.com
    https://www.facebook.com/jordanetumarinsoncompositeur
    https://www.instagram.com/jordanetumarinsoncomposer

    Voir aussi : "Jordane Tumarinson en terre inconnue"

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  • Complètement perché

    Amateurs de musique perchée – dans tous les sens du terme –, le nouvel album de Manuel Adnot est fait pour vous.

    Le guitariste et compositeur, accompagné par le Macadam Ensemble dirigé par Étienne Ferchaud, propose avec Amor infiniti un de ces opus à la fois hors du temps, étrange et magnétique. Mais aussi sacrément ambitieux !

    Une sorte de polyphonie du XXIe siècle, traversant plusieurs époques : l'Antiquité, le Moyen Âge, la Renaissance, le classicisme mais aussi le contemporain. Prenez le premier titre World Light : les voix éthérées et mystiques guident jusqu’à l’extase les cordes gracieuses et subtiles de Manuel Adnot, jusqu’à ce qu’il convient de nommer un vrai feu d’artifice musical.

    La conception de cet opus et le travail musical méritent toute notre admiration !

    Les trouvailles d’Amor infiniti, album atypique jusque dans la longueur de ses quatre titres (deux morceaux dépassent les 20 minutes), surfe sans cesse entre l’archaïsme (World Light), le religieux (Iceland -Stay still) et la pop-folk (We Will Meet The Sun).

    La conception de cet opus et le travail musical méritent toute notre admiration ! Manuel Adnot et le Macadam Ensemble utilisent chaque nuance de corde et chaque subtilité de voix pour aboutir à une architecture musicale de très haute volée. L’album mérite de faire date dans sa manière de mêler méditation et musique des sphères (Le titre Amor infiniti a d’ailleurs été inspiré du essai de l’astrophysicien et écrivain vietnamo-américain Trinh Xuan Thuan, Désir d'infini).

    Souveraineté du vide, qui, lui, renvoie à un livre de Christian Bobin, frappe par son ambition : les notes sont gracieusement maintenues par des voix aériennes, avant d’être ponctuées par de longs silences, comme pour leur donner du sens. Manuel Adnot unit de la plus belle des manières l'universel et l'humain, ce que le musicien commente avec les mots de Yasunari Kawabata : "Et la Voie lactée, dans une sorte de rugissement formidable, se coula en lui."

    Manuel Adnot et Macadam Ensemble, Amor infiniti,
    Fo Féo Prod / Caroline International, 2020

    https://www.facebook.com/manueladnotsolo

    Voir aussi : "World music progressive avec Aziz Sahmaoui & University Of Gnawa"

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  • Mao est un chanteur lyrique

    Créé en 1987, l’opéra Nixon in China de John Adams est devenu légendaire grâce à l'une de ses premières scènes spectaculaire : sur un célèbre morceau symphonique et harmonique, l'avion présidentiel américain Air Force One atterrit sur scène. Il est accueilli par une délégation chinoise, chargée de conduire le Président Nixon (James Maddalena) vers le leader communiste Mao Zedong (Robert Brubaker). Cette rencontre historique de 1972 est devenue, il y a trente ans, un opéra majeur. Le compositeur américain John Adams est à la baguette pour la version qu’il a dirigée au MET de New York en 2011. Non content de mettre en scène un moment phare de l’actualité mondiale autant que la rencontre de deux personnalités exceptionnelles, John Adams réalise un chef d’œuvre qui a frappé de stupéfaction le monde lyrique.

    Pour cette version de 2011, c’est Peter Sellars qui est chargée de la mise en scène, avec un luxe d’inventions visuelles pour faire de ce moment d’histoire et de cet opéra contemporain une fable sur la politique et sur l’idéologie.

    Au cours du premier acte, c’est un Mao vieillissant que rencontre le Président américain. Dans cinq ans, le Grand Timonier va disparaître mais "l’empereur communiste" apparaît comme un fantôme, dans un palais peuplé d’ennemis, de soupçons et de souvenirs. Autour du vieux chef, une cour est affairée et déjà tournée vers l’avenir, la diplomatie jouant un rôle à la fois trouble et majeur ("La nuit, tous les diplomates sont gris").  

    Mao fait sa première apparition dans une bibliothèque inquiétante. Il est porté par trois jeunes femmes en tenue de soldat. Cette scène inaugure un spectacle mêlant scènes réalistes et moments hallucinés, dans une intrigue mêlant géopolitique, diplomatie et sens de l’histoire. Janis Kelly, dans le rôle de Pat Nixon, apporte ce sens de la vanité. Dans l’acte II, la femme de Richard Nixon visite les rues de Pékin et part à la rencontre des gens du peuple. John Adams fait d’elle, non plus la first lady mais une déesse ou, mieux, la réincarnation d’une Antigone moderne, au milieu du décor fantasmagorique de l’éléphant.

    John Adams fait du voyage diplomatique de Nixon en Chine une composition de tableaux baroques, par exemple avec par exemple ce ballet cauchemardesque dans la deuxième moitié de l’acte deux. En mettant en scène une représentation du Détachement Rouge des Femmes de Jiang Qing, alias madame Mao (Kathleen Kim), le compositeur fait un sort aux dictateurs et politiciens cyniques de tout poil, avec une mention spéciale pour Henry Kissinger (excellent Richard Paul Fink). La femme de Mao tient le rôle principal de cette farce cauchemardesque, dans le rôle de l’échanson d’une dictature grossière et violente. La mise en scène de Peter Sellars puise largement pour cette séquence dans le style pompier caractéristique des peintures de propagande communiste : soldats révolutionnaires traditionnels, drapeaux rouges, paysages majestueux en hommage au milieu paysan et gestes expressifs.

    L’acte III voit le retour symbolique de l’Air Force One. Mais cette fois c’est Mao qui descend d’un escalier escamotable pour rejoindre le peuple, en traversant son propre portrait. La mégalomanie du despote, stigmatisée avec une grande puissance, n’est pas traitée sans humour ("Hit it, boys!"). Ballets, postures décalées des personnages et décor irréel servent au déboulonnage du Grand Timonier. Zhou Enlai (Russell Braun), qui tient un rôle majeur tout au long de l’opéra, incarne la voix de la conscience politique chinoise. L’opéra crépusculaire s’achève avec les envolées suppliantes de celui qui a été à la fois le plus fidèle allié et le plus grand adversaire de Mao.

    Opéra crépusculaire, Nixon in China est aussi un formidable moment musical qui a fait entrer le courant répétitif américain, révolutionnaire à son époque, dans un autre univers.

    John Adams, Nixon in China, dirigé par John Adams,
    avec Russell Braun, Ginger Costa-Jackson, Teresa S. Herold,
    Tamara Mumford, Janis Kelly, Richard Paul Fink
    Robert Brubaker, Kathleen Kim, Haruno Yamazaki et Kanji Segawa,
    mise en scène de Peter Sellars,
    éd. Nonesuch, The Metropolitan Opera, 2011, 177 mn
    "Zhou, en avant la révolution"

  • Énergiquement fluide, intensément paisible

    Le monde de Jihee Han c'est le paysage, des paysages que la jeune artiste présente à la galerie Vincent Lécuyer dans le 7e arrondissement, jusqu'au 28 janvier.

    N'allez pourtant pas penser que ces paysages sont ceux d'une nature réelle ou que Jihee Han se fait peintre environnementale : "Je ne peux pas dire que mon sujet soit la nature que l’on voit. Nombre d’artistes qui ont pris le parti d’exprimer le monde invisible empruntent également à la nature. Aussi, ce que l’on identifie comme la nature dans l’art, ne concerne souvent pas la nature environnementale, mais un univers insaisissable qui réfléchit le paysage intérieur”, affirme-t-elle.

    Il faut certainement chercher son influence du côté de l'abstraction lyrique, et vers quelques illustres pairs – Pierre Soulages (Fort obscur encore, 2015), Cy Twombly (Light Blue 2016) et surtout Zao Wou-Ki (Untitled, 2015). L'essence de la peinture de Jihee Han ce sont ces paysages fantasmagoriques et comme sortis de monde imaginaires. C'est en cela, sans doute, que l'artiste parle de "paysages intérieurs", capables de venir caresser et apaiser le regard du spectateur.

    L'artiste d'origine coréenne impose indéniablement sa patte dans un genre, la peinture de paysages, qui semblait ne plus rien avoir à nous dire. Elle peut faire surgir des apparitions minérales grâce à ses touches épaisses d'acrylique, d'un gris argenté. Sur des fonds blancs translucides, les rochers surgissent telles de délicates collerettes (Paysage incomplet, 2016) ou bien flotter sur des étendues aqueuses, irréelles et apaisantes. Les montagnes sont des vitraux bleutés aussi fragiles que des cristaux (Mountains, 2016 ou Isolated island, 2013). Dans ces paysages d'un autre monde, l'élément liquide est omniprésent, que ce soit dans les majestueuses cascades de glace aux rideaux évanescents (Dedans et au-delà, 2016), dans ses banquises légères de Light Blue (2016), dans la neige (Énergiquement paisible, 2015), ou dans ces chutes d'eau "cézaniennes" de Cascade (2016).

    Fort obscur encore (2015) renvoie au noir de Soulages. Dans First Rock (2015), un étrange monolithe à la matière grise impose sa présence massive et évidente. L'eau est encore là, coulant en filets sur les parois du roc. Il est encore question d'éléments liquides dans un tableau sans titre de 2015 : l'artiste y délaisse le blanc – sa couleur fétiche – au profit d'un paysage de vagues, à la frontière entre le réalisme et l'abstraction. L'influence de Zao Wou-Ki semble tomber sous le sens.

    Les peintures de Jihee Han évoquent, comme elle le dit elle-même, "la fluidification d’un monde qui flotte." L'artiste ne parle pas d'environnement ou de nature à protéger mais d'univers mystérieux à la fois proches et lointains.

    Jihee Han, à la galerie Vincent Lécuyer
    34, rue de Lille
    75007 Paris
    Du lundi au samedi de 10 heures à 19 heures
    http://www.hanjihee.com
    http://www.parisartistes.com/jihee-han

    © Jihee Han

  • De la brosse comme prolongement du geste de l’artiste

    expo_20160922_03-1024x665.jpgIl avait été question sur Bla Bla Blog de Luca Simonini, à l’occasion de sa précédente exposition à la galerie Art En Transe Gallery. L’artiste faisait une incursion dans la danse, son univers fétiche, grâce à des œuvres immortalisant des empreintes de mouvements chorégraphiques.

    En ce moment et jusqu’au 21 octobre, à la galerie New Image (Paris 3e), Luca Simonini nous parle encore d’empreintes et de traces dans sa dernière exposition, "Coups de Pinceau", une série consacrée aux brosses. La brosse, a priori simple instrument de l’artiste, est en effet au centre d’une passionnante production dont la cohérence et le message méritent d’être soulignés et commentés.

    Luca Simonini expose quelques-uns de ses outils de travail telles de précieuses reliques, encadrées, suspendues ou reproduites à la manière d’œuvres sacrées. Le bloggeur ferait un raccourci s’il résumait cette entreprise autour de la brosse comme d’un ready-made inspiré des accumulations d’Arman : Luca Simonini n’est en effet pas, ici, dans l’imitation. "Coups de Pinceau" parle d’abord du travail de l’artiste, de cette banale brosse vue comme le prolongement du geste de l’artiste. Luca Simonini prend le parti de sacraliser et d’esthétiser cet objet. Dans plusieurs triptyques, la brosse est mise en scène dans une nudité impressionnante, cristallisant du même coup le geste artistique avec une économie de moyens qui est à souligner.

    Mais le spectateur peut voir autre chose dans ces brosses de toute nature. Sans doute est-il aussi question de vanité. Regardez ces brosses suspendues ou leurs empreintes à l’encre de Chine, semble nous dire l’artiste. Qu’y voyez-vous ? Pas simplement des reliques ou des souvenirs passées à l’ombre d’un atelier mais aussi des figures allégoriques ou anthropoïdes : brosses de toutes tailles fragiles et suspendues, brosses comme fossilisées reproduites sur toile ou sur papier marouflé, brosses alignées telles des os humains.

    Luca Simonini fait de la brosse non seulement le prolongement du geste de l’artiste mais aussi une vanité contemporaine, humanisant de simples brosses : une bouleversante création, un coup à l’âme.

    "Coups de Pinceau, Luca Simonini"
    Galerie New Image, 31 rue des Tournelles, 75003 Paris
    Jusqu’au 21 octobre 2016

    © Luca Simonini

  • La rue est à eux

    street art,graffeur,graffes,tags,contemporain,pop art,marie maerten,thimothée chaillou,nunca,jean-michel basquiat,samo,slinkachu,jr,bansky,jean faucheur,keith haring,invaders,miss.tic,monsieur chat,ernest pignon-ernest,cool earl,phase2,eva62,flint 707,seen,pisadores,5 pointz,taz,cy twombly,jean dubuffet,jackson pollock,zoo project,vitché,videoman,cédric bernadotte,ash,bleck le rat,corn-bread,déboulonneurs,diuf,el mac,barack obama,sheppard fairey,guerilla girls,olivier kosta-théfaine,laidy aiko,louis pavageau,ligne rouge,jérôme mesnagerIl faut lire la préface de 100 Artistes du Street Art, signée par Paul Ardenne ("Street Art, la rue est à nous !") pour comprend l’importance et la spécificité du street art, un mouvement mal aimé, dénigré et moqué : ses pourfendeurs l’accusent d’avoir fait du saccage urbain un moyen d’expression underground. Le dernier exemple en date étant le procès intenté par la SNCF contre l'auteur de Monsieur Chat.

    Voilà qui est sévère, et Paul Ardenne n’écarte pas ce discours critique d’un revers de main. Plutôt que de dresser un tableau chronologique de cet art de la rue, le maître de conférences en histoire de l’art à l’université d’Amiens, et aussi collaborateur pour les revues Art Press et Archistorm, se fait analyste précis et pertinent du street art. Il esquisse les origines d’un mouvement culturel foisonnant, de ses courants hétéroclites, de quelques figures majeures comme des problématiques culturelles, sociales, politiques ou juridiques d’un art engagé et, au départ, clandestin : "L’art de la rue stricto sensu, ce sont (…) toutes les formes d’expressions qui se moulent dans le tissu urbain et au contact direct du spectateur."

    Art intrusif, urbain (la plupart du temps, en tout cas), gratuit, entaché d’une réputation subversive, le street art est indéniablement entré dans une période de légitimité : un certain nombre d’artistes issus de cette mouvance voient de prestigieux musées publics ou privés leur ouvrir leurs portes.

    Quelles sont les origines du street art ? Né en Occident dans les années 60 (les artistes ont pour pseudonymes Cool Earl, Julio204, Phase2, Eva62 ou Flint 707), cette forme de création est en réalité bien plus ancienne. Paul Ardenne rappelle que les premières formes d’expressions artistiques étaient les grattages de surfaces ou les marquages à l’encre naturelle de surfaces rupestres durant le paléolithique. Le street art serait donc un mouvement culturel aussi vieux que l’homme, même si les bombes aérosols mises sur le marché dans les années 60 ont remplacé les empreintes de mains ou les reproductions de buffles à Lascaux ou Chauvet.

    Dans la deuxième moitié du XXe siècle, l’affirmation et le développement du street art, aussi critiqué soit-il (ou parce qu’il est critiqué et subversif ?) est spectaculaire. Il prend son essor dans les villes de la côte est des États-Unis avant de s’étendre en quelques années aux autres grandes cités occidentales, avec d’autant plus de vigueur que se propagent les grandes crises planétaires, pétrolières, économiques, sociales ou écologiques.

    À ses débuts, rappelle Paul Ardenne, l’expression graphique de ces artistes d’un nouveau genre est avant tout narcissique : le graffeur est dans une course à la visibilité. En taggant son blaze, lui - ou sa bande (le crew) - entend s’approprier en son nom propre l’espace urbain, jusqu’au recouvrement ("pourrissement") de l’espace public (Seen).

    Loin d’être le désœuvré dont on voudrait l’affubler, l’artiste de rue serait avant tout cet activiste utilisant la transgression pour faire de la rue un musée à ciel ouvert (une TAZ, ou Temporary Authonomy Zone), voire un lieu de vie où se mêlent musiques, danses, performances… en toute illégalité (5 Pointz, au Queens, New York).

    Cette illégalité, voire le vandalisme, n’est pas caché par Paul Ardenne dans sa préface. Il en fait d’ailleurs une véritable problématique, la plupart de ces artistes de la rue ayant assumé d’emblée d’être marginalisés.

    Art démocratique s’il en est, sans exigences académiques a priori (ce qui n’exclut pas les influences de brillants noms comme Jackson Pollock, Jean Dubuffet ou Cy Twombly), le street art a fait et fait toujours l’objet de tensions entre graffeurs et institutions publiques (Paul Ardenne cite justement le cas des pisadores à São Paulo). Pour autant, l’intégration, pour ne pas dire l’adoubement, d’artistes de rues à de grandes institutions publiques – que ce soit Jean-Michel Basquiat, Ernest Pignon-Ernest ou JR – est presque aussi ancienne que cet art lui-même. Des espaces dédiés sont concédés par les autorités pour les graffeurs – souvent du reste pour les canaliser – alors que des grands musées proposent d’ouvrir leurs galeries à ces créateurs venus de la rue.

    Le cœur de cet ouvrage paru aux éditions de la Martinière est la présentation de 100 artistes (ou groupes d’artistes) incontournables. Ils sont classés par ordre alphabétique, de "5 Pointz" à "Zoo Project" et se voient consacrés équitablement deux pages, une de texte, l’autre d’illustrations.

    Grâce à ces 200 pages, le lecteur peut se faire une idée d’un mouvement sans frontières, hétéroclites et aux approches parfois diamétralement opposées.

    Quelques noms connus ressortent : Bansky, Jean Faucheur, Keith Haring, Invaders, JR, Miss.Tic, Monsieur Chat, Ernest Pignon-Ernest ou Jean-Michel Basquiat (alias SAMO).

    Les 100 portraits brossés laissent voir la diversité de parcours chez des artistes que l’on a souvent caricaturés comme des vandales détériorant l’espace public. En réalité, ces artistes, souvent cachés derrière d’obscurs pseudonymes, ou bien œuvrant dans des collectifs plus ou moins influents, peuvent être d’authentiques avant-gardistes, prouvant que le street art ne doit pas se limiter à ces tags tracés en catimini sur des wagons abandonnés ou à des façades défigurés par des blazes.

    L’art urbain, nous disent les auteurs, Marie Maertens, Paul Ardenne et Thimothée Chaillou, peut être d’une très grande technicité et conceptuellement très élaboré, lorsqu’il ne renvoie pas à des influences artistiques reconnues : le land art (JR), le minimalisme (Slinkachu), l’art brut (Nunca), le folklore (Vitché) ou la vidéo (Videoman).

    Finalement, la richesse du street art dépasse, et de beaucoup, le phénomène populaire des tags, qui font tout de même l’objet d’une double page. Les créations conceptuelles de l’art urbain sont d’une richesse qui n’a pas à pâlir de la comparaison avec d’autres courants ou artistes de l’art contemporain : les interventions de Cédric Bernadotte, les peintures à la bombe monumentales d’Ash, les travaux au pochoir pop art de Bleck le Rat, les graffes de Corn-Bread, les actions engagées des Déboulonneurs, les affiches sophistiquées de Diuf, les fresques d’El Mac, les portraits emblématiques de Barack Obama par Sheppard Fairey, les peintures pointillistes (à la bombe!) de Jean Faucheur, les détournements féministes des Guerilla Girls ou ceux de Zevs, les petits personnages reconnaissables entre tous de Keith Haring, les collages monumentaux de JR, les installations minutieuses à base de tessons de bouteilles d’Olivier Kosta-Théfaine ou l’univers iconique de Miss.Tic.

    Citons aussi les détournements de panneaux routiers par le collectif roumain Monotremu, les intrusions urbaines de Monsieur Chat, les poupées mangas de Laidy Aiko, les tressages au scotch rouge de Louis Pavageau (alias Ligne Rouge), les personnages éthérés de Jérôme Mesnager, la performance spectaculaire d’Alexandre Orion dans les tunnels de São Paulo, les interventions d’Ernest Pignon-Ernest, les coulures de Quick, les phrases barrées en police Verdana de Rero, les créations complexes de SAMO (Jean-Michel Basquiat), les jeux de piste de Taki 183, les travaux au scotch de Tape Art ou les grattages monumentaux de Vhils et Zhang Dali.

    Le guide ne met pas sous silence l’une des plus étonnantes réalisations du street art, l’Underbelly Project. Il s’agit d’une vaste exposition secrète dans les sous-sols de New-York. Une station de métro abandonnée a été confiée à des centaines d’artistes. Sorte de "Lascaux contemporain", l’Underbelly Project est destiné à être vu par les spectateurs… des siècles futurs : "Un acte de mémoire, comme un acte d’amour sans attente de retour", commente Paul Ardenne au sujet de ce projet spectaculaire et inédit.

    Un monde underground est dévoilé dans ce livre rigoureux et de qualité. Au terme de la lecture de cet ouvrage collectif, le lecteur ne verra plus de la même manière les tags qu’il croisera au coin de la rue.

    Marie Maertens, Thimothée Chaillou et Paul Ardenne, 100 Artistes du Street Art,
    éd. La Martinière, 2011, 236 p.
    "Qui veut la peau de Monsieur Chat ?"

  • Une Fleur pour l’Orage nu

    fleur offwood,zaza fournier,yvan cassar,steve reich,berg,webern,shoenberg,contemporain,smartinesJ’avais parlé sur ce blog de la Sonate de Vinteuil et du concours de création musicale et digitale organisé par NoMadMusic dans le cadre du festival Normandie Impressionniste ("Joue-la comme Proust"). La composition du vainqueur sera d'ailleurs jouée par l'Orchestre de l'Opéra de Rouen-Normandie sous la direction d'Yvan Cassar, ce 15 septembre à l'Opéra de Rouen, en clôture du festival Normandie Impressionniste.

    Ce n’est pas le premier coup d’essai de NoMadMusic, un label musical qui s’est spécialisé dans l’innovation web (la "musique augmentée") et la création musicale. Bla Bla Blog fait un retour en arrière avec un autre concours qui, fin 2015, a mis en partenariat NoMadScore, Orange et la Philharmonie de Paris. Le principe ? Un concours d’arrangements musicaux à partir de samples orchestraux (cordes, cuivres et bois) et de la voix de Zaza Fournier.

    En janvier dernier, le prix du jury a été décerné à Fleur O., alias Fleur Offwood (Fleur Dupleich pour l'état civil), pour une création originale de 2:17, L’Orage nu.

    La jeune musicienne a fait le choix d’une composition audacieuse, offrant une pièce de musique de chambre contemporaine que le Kronos Quartet n’aurait pas renié : les leitmotivs entêtants, inquiétants et teintés de naturalisme (l’auditeur peut être transporté à la campagne en été, un jour d’orage) semblent faire le pont entre le sérialisme viennois du début du XXe siècle (Schoenberg, Berg et Webern) et le courant répétitif américain, une influence que la musicienne revendique en faisant référence au compositeur contemporain Steve Reich.

    L’Orage Nu est une courte pièce culottée et lumineuse, d’une belle maîtrise. Elle prouve du même coup qu’on aurait tort de voir la musique d’aujourd’hui cantonnée à la pop, au rock ou au folk.

    Fleur Offwood a pour elle un parcours de musicienne d’une grande richesse : auteure, compositrice et interprète, elle s’est également intéressée à la musique électronique il y une dizaine d’années. Son parcours artistique a suivi de multiples voies : chansons, musiques de films, bandes sons publicitaires, remixes ou spectacles avec notamment le duo des Smartines . Et aussi, depuis peu, la musique de chambre contemporaine, via un concours national qui l’a récompensée de ce prix du jury mérité.

    Une vraie chercheuse musicale, à suivre de près.

    NoMadMusic : les compositions
    Le site de Fleur Offwood
    Studio 6/49
    Les Smartines
    "Joue-la comme Proust"

  • Baigneuse sortant des eaux

    Regardez cette photo devenue culte dans l'art contemporain. Qu'y voyons-nous ? Sur ce cliché de la photographe néerlandaise Rineke Dijkstra, une jeune fille est saisie un jour de baignade. L'adolescente, en maillot de bain une pièce, se tient figée face à l'objectif, devant une plage déserte, un paysage aux contours imprécis, une mer agitée et un ciel grisâtre. Elle a l'apparence d'une adolescente frêle et timide. Sur sa peau blanche, des marques de bronzage se devinent et quelques mèches de cheveux s'agitent au vent. Son sourire est énigmatique et sa pose cambrée comme empruntée. À quoi pense-t-elle ? Son regard bleu soutient celui du spectateur sans rien dévoiler de l'expression de cette plagiste.

    Qu'est-ce qui a bien pu faire la postérité de ce cliché, le premier d'une longue série qui a mené la photographe Rineke Dijkstra sur des plages d'Europe et d'Amérique du Nord, sur les traces de jeunes baigneuses comme celle-ci ? Le modèle, une adolescente comme il en existe des millions d'autres dans nos contrées, n'est pas mise en valeur pour sa plastique et le cliché est dénué de tout érotisme.

    La scène racontée par Rineke Dijkstra est banale : la jeune baigneuse photographiée le 26 juillet 1992 sur une plage de Pologne (Kołobrzeg) aurait tout aussi bien pu être photographiée de nos jours, sans qu'aucun détail ne change. Alors d'où vient alors l'irrésistible attraction de cette scène ordinaire si elle ne vient ni du modèle ni de l'histoire racontée ? Peut-être justement à son intemporalité et à son classicisme.

    Classique, justement, est le sujet choisi par Rineke Dijkstra : une scène de bain. À ceci près que les artistes passés ont souvent représenté leur modèle nue et le plus souvent dans des poses érotiques. Tel n'est pas le cas, comme nous l'avons dit, pour cette photographie de 1992.

    naissancedevenus.jpgUne peinture est d'ailleurs emblématique de cette tradition : La Naissance de Vénus de Boticelli. Cette peinture profane représente un personnage mythologique, Vénus, sortant des eaux sur une coquille Saint-Jacques géante. Sous une pluie de roses, elle est accueillie sur une plage par, à sa droite, Zéphyr et sa femme Chloris, la déesse des fleurs, et à sa gauche par une des trois Heures personnifiant le printemps. L'observation de l’œuvre de Botticelli remet en perspective la photographie de Rineke Dijkstra. La fascination pour cette baigneuse polonaise prend ici tout son sens : l'adolescente polonaise en maillot une pièce, c'est Vénus.

    La similitude des deux modèles est flagrante : la pose déhanchée des personnages à la peau blanche, les boucles de cheveux agités par le vent, la main gauche posée sur une cuisse, jusqu'aux pieds de cette baigneuse polonaise reprenant dans un mimétisme troublant la posture de la Vénus renaissante. L'adolescente gracile devient sous l’œil de la photographe néerlandaise une jeune déesse, au milieu d'un paysage désert lui aussi "très renaissance" : l'effet vaporeux de la plage et de la mer n'est pas sans rappeler la technique du sfumato, chère à Léonard de Vinci.

    La jeune baigneuse de Rineke Dijkstra, vue et interprétée sous l'angle du tableau du tableau de Botticelli, devient une œuvre d'art fascinante et, du même coup, un classique de la photographie contemporaine.

    Dans le cadre du Festival Normandie Impressionniste, Rineke Dijkstra est une des artistes invitées par la Frac Haute-Normandie pour l’exposition "Portrait de l'artiste en Alter" à Sotteville-lès-Rouen, du 28 avril au 4 septembre 2016.

    Rineke Dijkstra, Kołobrzeg, Pologne, 26 juillet 1992
    Sandro Botticelli, La Naissance de Vénus, 1486, Florence, Galerie des Offices
    "Portrait de l’artiste en alter", FRAC Haute-Normandie, Sotteville-lès-Rouen
    du 28 avril au 4 septembre 2016, du mercredi au dimanche de 13H30 à 18H30, entrée libre

    © Rineke Dijkstra