Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

contemporain

  • Élise Bertrand : "Il ne faut pas cesser d’être curieux"

    contemporain,musique contemporaine,élise bertrand,elise bertrand,adele charvet,adèle charvet,emmanuelle demuyter,raphaël sévère,raphael severe,nathanaël gouin,nathanael gouin,les métaboles,les metaboles,léo warynski,leo warynski,piano,pianiste,violon,violoniste,clarinette,maeterlinck,victor hugo,claude roy,sully prudhomme

    @ReneMayerCohen

    Bla Bla Blog avait parlé du dernier album d’Élise Bertrand, Talisman. Une nouvelle preuve du talent dingue de la compositrice et violoniste. Nous avons voulu la rencontrer et l’interroger. Voilà une occasion rare de mettre à l’honneur la musique contemporaine.

    Bla Bla Blog – Bonjour Élise. Vous faites partie des compositrices et des musiciennes très en vue. Comment décririez-vous votre parcours ? Et d’abord, la musique a-t-elle toujours été une évidence ?
    Élise Bertrand – À tout instant la musique a été une évidence, étant donné sa présence dans ma vie depuis toujours. Un piano à queue était installé à la maison, avec une famille qui avait instauré un climat musical et mélomane dans lequel j’ai baigné dès l’enfance. Mon apprentissage de la musique a commencé par le piano à 5 ans, puis le violon à 8 ans et enfin la composition, en autodidacte, par le biais de l’improvisation à 11 ans. Je ne me souviens pas d’avoir appris à lire et à écrire avant d’apprendre à lire la musique. C’est sûrement le cas, malgré tout, mais d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours joué et écouté de la musique, et c’est cela qui crée un vrai lien, intime avec cet art. Lorsque l’on est enfant, la notion de profession ne se situe évidemment pas au même niveau que lorsqu’on est jeune adulte, surtout dans une branche comme la musique. Je dirais que mon parcours s’est alors développé d’une façon très naturelle, et surtout, très diversifiée, par la pratique à la fois de deux instruments, mais aussi du chant, de la culture musicale etc… ce qui est une chance.
     
    BBB – Parmi vos professeurs, il y a eu Nicolas Bacri. Je crois qu’il a eu une grande importance dans votre carrière. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur lui. Que vous a-t-il apporté ?
    EB – J’ai rencontré Nicolas Bacri à l’âge de 14 ans, lorsque j’étais étudiante au CRR de Paris, en violon. Nous jouions en orchestre l’une de ses œuvres, et à la fin d’une des répétitions, je suis allée le voir simplement en expliquant que je composais depuis trois ans, toute seule, de mon côté. Il m’a prise très au sérieux malgré mon si jeune âge et m’a proposé de lui envoyer mes esquisses, ce que j’ai fait, sans pour autant m’attendre à une quelconque réponse de sa part. Mais moins d’un mois après, il m’avait répondu, intrigué et encourageant, en me proposant de travailler ensemble par sessions, lorsqu’il viendrait à Paris. C’est ce que nous avons fait pendant un peu moins de six ans. J’ai aussi été officiellement son élève au CRR de Paris où j’ai obtenu un DEM de composition musicale, avant d’entrer en cursus d’écriture supérieure au CNSM. Cette formation avec Nicolas a été un soutien très important. Je pouvais compter sur lui, son exigence, son intégrité, son soutien. Lorsque l’on a 14 ans, c’est très important. Il est l’un des premiers à avoir cru en moi, et cela aussi, donnait des ailes. Nous avons travaillé certaines fois très rapidement, certaines fois de manière beaucoup plus approfondie les pièces que je composais. Je lui montrais toutes mes pièces. La plupart du temps il ne proposait aucune modification, ou seulement de minimes détails. C’étaient en réalité la démarche de la forme et la pratique du contrepoint qui l’intéressaient davantage. Vers mes vingt ans, j’ai progressivement ressenti le besoin de prendre mon envol. Cela s’est fait naturellement, et entre temps d’autres personnalités ont été marquantes dans mon parcours, je pense notamment à Thierry Escaich qui était mon professeur de fugue au CNSM, ou à Guillaume Connesson dont la science de l’orchestration est inépuisable.

    BBB – Vous venez de sortir votre deuxième album, Talisman. Le nom d’un album n’est jamais choisi par hasard. Cela veut-il dire que ce nouvel opus, ce « talisman » tient place particulière pour vous ?
    EB – Toutes les pièces que l’on compose ont un sens particulier pour nous, selon le moment de notre vie où on les écrit, le destinataire de l’œuvre, l’instrument pour lequel l’on compose... Un attachement chaque fois différent s’opère. Du Poème pour piano au sextuor vocal Ce qui dure, mon talisman musical et intime s’est peu à peu créé. La sélection de pièces que j’ai souhaité mettre en perspective sous le prisme de l’élocution sonore – la parole des instruments, la parole des voix humaines – et de l’univers plus abstrait du langage, comprend mes deux cycles pour voix et piano : Trois mélodies sur des poèmes d’Eluard pour soprano et piano, Âme de Nuit pour mezzo-soprano et piano ainsi que Ce qui dure pour sextuor vocal a capella. En miroir, trois pièces instrumentales à dominante poétique que sont le Poème pour piano, la Sonate-Poème pour violon et piano et Psalmodie pour trio avec clarinette. Première œuvre de ma production alliant le violon et le piano, mes deux instruments, la Sonate-Poème révèle le plus intime de ma personnalité, comme une genèse à ma Sonate pour violon seul et ma pièce pour piano Dans les abysses de lumière. Ces deux dernières pièces, inséparables dans mon esprit et jumelles de chronologie, m’offrent un retour à l’intimité de l’écriture pour mes deux instruments de prédilection, compagnons de chaque jour. La maîtrise du violon et du piano m’a donné un accès immédiat à la réalisation instrumentale de mon imaginaire sonore. En m'incitant à composer ce qu'au violon comme au piano j'aurais plaisir à jouer, l'instrumentiste en moi venait compléter et façonner la partition au fur et à mesure de son écriture.

    "J’ai toujours aimé dénicher des pépites en poésie, tout comme en musique d’ailleurs !"

    BBB – Comment s’est porté votre choix des artistes qui vous accompagnent dans cet opus ? D’ailleurs, est-ce vous qui les avez approchés ?
    EB – Le choix des interprètes a été une évidence car pour plusieurs pièces, les musiciens du disque étaient également les dédicataires (Adèle Charvet pour Âme de Nuit, Raphaël Sévère et Nathanaël Gouin pour Psalmodie, Emmanuelle Demuyter pour les Mélodies, Les Métaboles et Léo Warynski pour Ce qui dure). Je souhaite leur exprimer toute ma gratitude pour leur confiance, leur travail, leur sensibilité…

    BBB – Avez-vous senti qu’ils étaient intimidés de jouer vos pièces devant vous et avec vous ?
    EB – Absolument pas et heureusement ! Il y a une relation de confiance et d’estime mutuelle qui a créé un climat à la fois sain et très agréable durant les répétitions et l’enregistrement. Pour plusieurs des pièces du disque, les musiciens avaient déjà chanté/joué en concert les partitions qu’ils allaient enregistrer pour mon disque, ce qui les aidait aussi à se sentir dans une plus grande intimité avec les pièces en question. La sensation de vécu, particulièrement pour la musique d’aujourd’hui, est extrêmement importante et permet de pouvoir mieux s’approprier la pièce.

    BBB – La poésie tient la première place dans cet album. Pouvez-vous dire comment vous avez choisi les textes que vous avez mis en musique ? Je pense en particulier à Claude Roy et Sully Prudhomme, deux auteurs pas forcément les plus connus.
    EB – J’ai toujours aimé dénicher des pépites en poésie, tout comme en musique d’ailleurs ! Explorer des répertoires méconnus est une passion depuis plusieurs années. Je dirais que c’est le même goût teinté de curiosité qui me pousse à découvrir des auteurs moins connus et à voir en eux le potentiel d’être mis en musique. Claude Roy entrait dans la thématique de la nuit pour le cycle Âme de Nuit, tandis que Ce qui dure est depuis longtemps l’un de mes poèmes favoris, alliant la simplicité du discours à la profondeur du sens donné à la vie qui s’écoule. Récemment, j’ai mis en musique la Prière d’Antonin Artaud pour soprano et orchestre (de nouveau avec Emmanuelle Demuyter). Cette fois-ci, le surréalisme du poète a été extrêmement inspirant pour moi, notamment du point de vue du climat général de la pièce et de l’orchestration. Cette poésie à la fois fervente, mystérieuse, dont la supplique s’adresse peut être à Dieu, invite le lecteur (et l’auditeur) dans une quête de sens. Nécessité vitale - presque une question de survie - dans des œuvres comme L’Ombilic des limbes ou Le Pèse Nerfs, l’écriture d’Artaud s’apparente à une tentative désespérée de se reconstruire intérieurement.

    BBB – Musicalement, on sent chez vous une grande audace et beaucoup d’influences se mêlant : le romantisme, la Seconde école de Vienne, la musique française du début du XXe siècle mais aussi la musique sacrée (on pense à Duruflé). Quels compositeurs ou compositrices et quelles œuvres vous inspirent ?
    EB – Je ne dirais pas qu’il y a une influence assumée de certains compositeurs en particulier pour ensuite composer… mais je crois cependant en l’impact sur notre esprit de certaines œuvres pour lesquelles on éprouve de la fascination. L’état euphorique et profondément bouleversé à la fois, une sorte d’état de transe - après avoir écouté pour la première fois la Walkyrie, Wocceck ou Le Roi Roger de Szymanowski, le 3e Quatuor de Schnittke, la Chaconne de Gubaïdulina, le Concerto pour orchestre de Bartok, La Vengeance de Médée de Barber, ou encore la suite Scythe de Prokofiev - provoque une montée d’adrénaline, une force puissante qui prépare à la fois l’esprit et le corps à composer, tel un besoin irrépressible. La plupart du temps, cependant, je compose en dehors de ces moments précis et recrée en moi, pour la pièce que j’écris, cet état très spécifique extrêmement porteur.
     
    BBB – Après la sortie de votre premier album, Bla Bla Blog avait parlé de vous comme d’une "ultra moderne romantique". Est-ce que ce qualificatif vous convient ?
    EB – Tout à fait ! Le romantisme n’est pour moi aucunement associé à une époque ou un langage en particulier. Il est un désir de rester fidèle à ce que l’on est, à ce que les êtres ont de plus cher, de plus profond et de sincère. En musique, cela se traduit selon moi au travers du lyrisme, de l’harmonie et de la ligne mélodique.

    BBB – Que pourriez-vous dire aux personnes hésitant à aller vers le répertoire contemporain que l’on dit souvent exigeant ?
    EB – Je crois que l’être humain n’est pas spontanément enclin à explorer l’inconnu et sa zone d’inconfort, quel que soit le domaine. C’est pourtant dans ces zones de frontière ou même au-delà des frontières de notre "territoire" de connaissance que l’on se rencontre soi-même, que l’on s’éprouve, par la tolérance, la curiosité, l’engagement. Pour aborder le répertoire contemporain d’un point de vue musical, il me semble pertinent d’écouter les grandes œuvres du début du XXe siècle et les différents chemins esthétiques qu’elles ont engendré. Les ramifications stylistiques au cours du XXe siècle sont si nombreuses et les évolutions des compositeurs tout au long de leur vie parfois très impressionnantes ! Je crois surtout qu’il ne faut pas cesser d’être curieux.

    BBB – Quels sont vos projets pour cette année et pour les années qui vont suivre ? Des concerts ? Des festivals ? Un autre album ?
    EB – Beaucoup de concerts et de commandes prévus pour la suite de 2026 et 2027, en effet! Dans l’actualité immédiate, nous enregistrons avec Gaspard Thomas notre premier disque de sonate qui sortira en février 2027 sur le label Évidence Classics.

    BBB – Sur Bla Bla Bog, nous aimons bien interroger nos invité·e·s sur leurs goûts. Quels sont vos plus gros coups de cœur, en matière de musique, bien sûr, mais aussi côté lecture, films, séries ou expositions ?
    EB – En matière de musique, j’en ai cité quelques uns plus haut dont la liste ne saurait jamais être exhaustive ! J’aime énormément lire et je citerais trois auteurs qui me touchent particulièrement, Gabriel Garcia Marquez, Hermann Hesse et Romain Gary dont je lis actuellement Les Enchanteurs. Chacun à leur manière, ils accèdent par une sensibilité à fleur de peau à la fantaisie, tantôt sombre, rêveuse ou ironique, mais chaque fois avec une imagination hors norme. Côté septième art, je suis très sensible aux films historiques ; ils nous plongent dans la réalité avec un grand sens artistique. Je pense notamment aux films Apocalypse now, Mission, Invincible ou bien La Liste de Schindler. Les films futuristes-dystopiques tels que Blade Runner en sont le versant opposé. C’est quelque chose que j’aime aussi beaucoup découvrir. Quant aux expositions, j’ai si peu de temps que j’ai une préférence pour ce qui m’inspire le plus en composition, donc l’art contemporain, bien sûr ! Chaque fois que j’ai quelques jours dans une nouvelle ville, j’essaie de prendre le temps d’aller au musée d’art contemporain ou moderne. Je garde notamment un souvenir émerveillé de l’exposition Anselm Kiefer/Paul Célan au Grand Palais en 2022.

    BBB – Merci, Élise. 

    Élise Bertrand, Talisman, NoMadMusic, 2026
    https://www.nomadmusic.fr/fr/album/talisman
    https://elise-bertrand.fr
    https://www.facebook.com/elise.bertrand.35
    https://www.instagram.com/elise.musician

    Voir aussi : "Élise Bertrand, de l’ombre à la lumière"
    "Qu’elles caractères…"

    "Élise Bertrand, ultra moderne romantique"

  • Chants d’amour, chants mystiques

    Alex Nante est au centre de l’album Souffles I – Anima (B.records) proposé par l’Ensemble Écoute dirigé par Fernando Palomeque, avec l’incroyable et envoûtante soprano Clara Barbier-Serrano.

    C’est du reste le mot "envoûtant" qui caractérise le mieux cet opus enregistré en juillet 2025 à la Fondation Singer-Polignac. Pour les 10 ans de l’ensemble Écoute, le compositeur Alex Nante a été mis à l’honneur. À cette occasion, l’auditeur ou l’auditrice fera très certainement la rencontre de ce compositeur argentin né en 1992.

    La première œuvre de l’album, Anima, a été créée l’an dernier à l’occasion de ce live. La première partie, Ave Shakti. s’ouvre sur un chant lumineux, amoureux et presque religieux dans son essence. Il est porté, comme d’ailleurs les autres mouvements, par la voix cristalline de Clara Barbier-Serrano. L’Ave est suivi par le court et mystérieux Parvati, me entrego. Anima se dévoile comme une œuvre méditative (Interludio místico - Corazón del silencio) mais non moments plus sombres (La realidad de Maya). L’opus d’Alex Nante séduit par sa profondeur mais aussi sa gravité (La luz de Sophia). L’ensemble dirigé par Fernando Palomeque interprète sans ostentation les huit parties courtes (la plus longue ne dépasse pas les trois minutes trente). Les chants écrits par Alex Nante pour une femme désirée, Pavarti, sont des chants d’amour et mystiques (Pavarti libérame) prenant la forme de prières et d’invites à l’élévation de l’esprit (Anima eterna, Pavari, brillas).

    Alex Nante démontre ici son envergure de compositeur

    La deuxième pièce date de 2019. Las Noches de las Piedras – "Les noces de pierres" – est une courte pièce en quatre mouvements pour flûte, clarinette, piano, violon, violoncelle et vibraphone. Une vraie musique de chambre donc, au service de chants funèbres. Il semble que les fantômes planent au-dessus de cette œuvre onirique (Lulinoso, potente). Elle se fait carrément inquiétante dans le mouvement Come un sogno, rubato, irregolare, avant le tout aussi étrange Flessibile, poco rapsodico.

    En 2020, le compositeur argentin écrivait ses Huit Scènes (Ocho Escenas). Huit pièces donc, de durée variable, de quelques dizaines de secondes à plus de six minutes). L’Ensemble Écoute propose de les découvrir ou redécouvrir dans cet enregistrement live. Alex Nante démontre ici son envergure de compositeur, capable d’éclats lumineux et musicaux (Luminoso, flessibile), mais aussi de moments recueillis (Devoto), de pages sombres (le long et pathétique Austero, profondo), de jouer des rythmes (Energico, vigoroso), jusqu’à se nouer des rythmes anciens, telle cette gigue géniale (Giga mistica). L’auditeur ou l’auditrice sera tout autant fasciné par le mouvement poignant Austero, come un canto degli antenati, dans lequel l’ensemble dirigé par Fernando Palomeque impose les silences, les pauses et les suspensions. La partie Sognando, poco rubato est tout aussi recueillie et inondée de mystère. La "scène" Quasi patetico, teatrale termine cette pièce passionnante en lorgnant du côté de la Seconde École de Vienne, avec expressionnisme et, justement, théâtralité. Un pied dans le XXe siècle, un autre dans le XXIe siècle, donc.

    La quatrième œuvre d’Alex Nante, A Subtele Chain, est particulièrement importante pour le compositeur. Écrite en 2023, elle a été révisée en 2025. On est heureux de revoir Clara Barbier-Serrano dans les quatre mouvements, Brahma, Music I, Nature, Music II et l’onirique Hymn/The Bell. La soprano sert avec brillance l’univers magique du compositeur argentin. Sa voix plane avec un tel bonheur qu’elle semble irréelle. Alex Nante peut se targuer d’avoir été servi par des interprètes brillants. Lumineux et indispensable.

    L’album de b•records est illustré par l’artiste Sophie Eun Sun Huh.

    Alex Nante, Souffles I – Anima, Ensemble Écoute dirigé par Fernando Palomeque,
    avec Clara Barbier-Serrano (soprano),  b•records, 2026
    https://www.b-records.fr/disques/souffles-i---anima
    https://www.instagram.com/p/DUslklzE5BF
    https://alexnante.com/fr

    Voir aussi : "Trip en Écosse"
    "Élise Bertrand, de l’ombre à la lumière"
    "20, 21"

  • Élise Bertrand, de l’ombre à la lumière

    La musique contemporaine est toujours une aventure autant qu’une parenthèse enchantée. À cet égard, Élise Bertrand ne pouvait choisir meilleur titre que Talisman pour son deuxième album. Voilà un coup d’éclat autant qu’une confirmation après son premier opus, Lettera Amorosa. Nous avions aussi parlé de son récent concert à Gien (Loiret).

    Accompagnée de ses ami⸱e⸱s – Adèle Charvet, Emmanuelle Demuyter, Raphaël Sévère, Nathanaël Gouin, le groupe Les Métaboles et Léo Warynski – la compositrice et violoniste (mais aussi pianiste) propose une sélection de ses pièces de musique de chambre. Pour certaines, la musicienne se met elle-même à l’archer et au clavier.

    L’opus 17, Dans les abysses de lumière, avec Nathanaël Gouin au piano, résonne comme un chant à la fois funèbre et plein d’espoir. Pudeur, intimité et inquiétude se croisent, non sans des éclats de lumière et des silences éloquents. À l’audace d’écriture d’Élise Bertrand vient répondre le jeu précis et expressif au piano de Nathanaël Gouin. Oui, semble nous dire la compositrice, on peut encore proposer des pièces exigeantes comme celle-ci.

    Talisman offre une large place à la poésie. Il y a, pour commencer, l’opus 12, Âme de nuit. Dans l’esprit musique française du XXe siècle, la mezzo-soprano Adèle Charvet, accompagnée de Nathanaël Gouin au piano, propose trois adaptations de poèmes de Maurice Maeterlinck (1862-1949), Claude Roy (1915-1987) et Victor Hugo (1802-1885). Les espoirs vains, les attentes déçues et les absences constituent le cœur d’Âme chaude, un poème de Maeterlinck tiré des Serres chaudes. La littérature française, la tradition de la mélodie française et la musique contemporaine se rejoignent dans cette première partie d’Âme de nuit. La voix d’Adèle Charvet plane avec onirisme mais aussi une pudique douleur. On peut remercier Élise Bertrand d’avoir su débusquer La Nuit, un extrait des Poésies de Claude Roy, journaliste et écrivain devenu rare. Et l’on constate les parentés entre Maeterlinck et Roy, le dernier se montrant plus parnassien qu’on ne le pensait de prime abord : "Après l’aube la nuit tisseuse de chansons / s’endort d’un songe lourd d’astres et de méduses / et les jambes mêlées aux fuseaux des saisons / veille sur le repos des étoiles confuses."

    La nuit, le silence, la méditation, le sommeil et la nature source de méditation. On retrouve ces thèmes dans Nuits de juin de Victor Hugo ("L’été, lorsque le jour a fui, de fleurs couverte / La plaine verse au loin un parfum enivrant ; / Les yeux fermés, l’oreille aux rumeurs entrouverte, / On ne dort qu’à demi d’un sommeil transparent...") Troisième auteur, troisième poésie, troisième époque mais la même cohérence et intelligence de composition.

    Talisman offre une large place à la poésie

    Élise Bertrand, au violon, vient accompagner Nathanaël Gouin pour sa Sonate-Poème, opus 11. Trois mouvements, Aria-Allegro, Nocturne et Finale, constituent cette pièce écrite comme un chant de vie et de mort. Le violon vient pleurer l’absence, la douleur mais aussi l’impérieux désir de danser au-dessus du vide (Aria-Allegro). Le violon se fait onirique dans le Nocturne. Il semble même flotter tel un ectoplasme gémissant, avant un Finale explosif mettant la vie comme le grand vainqueur de ce poème musical.

    Poésie encore avec l’opus 5, l’œuvre la plus "ancienne" (pardon, "précoce") de la jeune compositrice. Elle a été créée le 29 mars 2019 lors de la demi-finale du 27e Concours International de Piano d’Épinal. Ce Poème est une œuvre pour piano au néoromantisme de notre époque (d'ailleurs, Bla Bla Blog avait malicieusement intitulé le premier article consacré à la musicienne : "Ultra moderne romantique"), tout en assumant ses liens de cœur avec la musique française du début du XXe siècle.

    Décidément, le deuxième album d’Élise Bertrand est placé sous le signe de la littérature et de la poésie. Une preuve supplémentaire avec ses Trois mélodies sur un thème d’Eluard, opus 9. Cette fois, Élise Bertrand est au piano, accompagnant Emmanuelle Demuyter. Dans Ta bouche aux lèvres d’or, le chant de la soprano, léger et mystérieux, revivifie la mélodie française que l’on pensait disparue depuis des décennies : "Souvenirs de bois vert, brouillard où je m'enfonce / J'ai refermé les yeux sur moi, je suis à toi". Élise Bertrand fait allier avec justesse néoromantisme et contemporain, en s’emparant de grands textes (J’ai fermé les yeux). Emmanuelle Demuyter est sa partenaire idéale : onirisme, détachement, pudeur. Sa voix en tension hypnotise littéralement (Ordre et désordre de l’amour).

    On a plaisir à écouter Élise Bertrand au violon interpréter la courte Sonate pour violon seul, opus 16, en trois mouvements et sans indication de tempo. La musicienne semble marcher sur les pas de ses aînés, ceux de la seconde école de Vienne (Schoenberg, Berg, Webern) : audace dans l’écriture, expressivité, rythmes hypnotiques (III) et tensions extrêmes. Une facture contemporaine qui fait le grand saut entre les premières années du XXe siècle et 2026.  

    La Psalmodie, opus 20 voit surgir la clarinette miraculeuse de Raphaël Sévère, en trio avec Élise Bertrand au violon et Nathanaël Gouin au piano. Cette pièce de chambre s’écoute comme une prière, sombre et pathétique. La magie opère dans ce morceau qui prend son temps, comme s’il s’agissait pour la compositrice d’une déambulation dans une lande inquiétante.

    Un dernier poème vient conclure l’album. Et, surprise, il s’agit de Sully Prudhomme (1839-1907). On l’a peut-être oublié mais il fut, en 1901, le premier lauréat du Prix Nobel de Littérature. Élise Bertrand a choisi d’adapter en musique le poème Ce qui dure (op. 31). Le groupe Les Métaboles, dirigé par Léo Warinski, l’interprète. Impossible de rester insensible à cette version pour six voix mixtes qui vient nous parler du temps qui passe et de la jeunesse disparue : "Nous ne voyons plus sans envie / Les yeux de vingt ans resplendir, / Et combien sont déjà sans vie / Des yeux qui nous ont vus grandir !" Moderne et épurée, mélodieuse et pudique, cette pièce s’écoute avec recueillement, telle une œuvre grégorienne… et laïque tout à la fois.

    Finalement, la plus grande audace d’Élise Bertrand n’est-elle pas à la fois la simplicité et l’art d’amener le contemporain là où on ne l’attendait pas ? 

    Élise Bertrand, Talisman, NoMadMusic, 2026
    https://www.nomadmusic.fr/fr/album/talisman
    https://elise-bertrand.fr
    https://www.facebook.com/elise.bertrand.35
    https://www.instagram.com/elise.musician

    Voir aussi : "Qu’elles caractères…"
    "Élise Bertrand, ultra moderne romantique"

  • Siqian Li: "'Voyage among Fragments' is an album about transformation, memory, and different worlds speaking to one another"

    Bla Bla Blog was captivated by pianist Siqian Li, author of a debut album, Voyage among Fragments. An eclectic work, ranging from classical to contemporary, including French songs. This choice intrigued us and made us want to meet Siqian Li. She was kind enough to answer our questions.

    Bla Bla Blog – Hello, Siqian Li. Could you briefly introduce yourself? Where do you come from, and how would you describe your musical journey so far?
    Siqian Li – I come from Chongqing, a beautiful mountain city in southwest China, where my musical journey first began. Since then, that journey has taken me across several countries and very different artistic worlds, from my early training in China to my years of study in the United States and the United Kingdom. Each place has shaped me in a different way. Looking back, my path has never felt like one straight line, but rather a series of encounters, places, and discoveries that have gradually formed the musician I am today.

    BBB – You present a very international album in which French artists hold a prominent place. Maurice Ravel naturally comes to mind first. It seems to me that the general public has been rediscovering this composer in recent years. Doesn’t Ravel appear more modern than we might think?
    SL – Yes I agree. I think Ravel can sound much more modern than people first imagine. We often associate him with elegance, refinement, and colour, which are all true, but beneath that there is also an extraordinary precision and a kind of emotional ambiguity that feels very contemporary. His music is never sentimental in an easy way; it is controlled, clear, and often slightly unsettling, even when it is beautiful. That is part of why he still speaks so strongly today. In a work like La valse, for example, you hear not only brilliance and sophistication, but also instability, tension, and transformation, and that makes him feel very close to our own time.

    BBB – Your album also features, more surprisingly, Charles Trénet. Why did you choose these popular standards of French songs ?
    SL – What drew me first was simply how mesmerised I was when I discovered this set of arrangements. Weissenberg takes Trénet’s chansons and transforms them with such imagination, wit, and pianistic brilliance, while somehow preserving their freshness and spontaneity. That immediately fascinated me. Choosing them for the album was also a conscious way of moving away from a fixed idea of how a classical album should sound. I wanted the repertoire to feel alive, surprising, full of character, and instantly engaging.

    BBB – Pianists are known to be particularly fond of the 19th-century Romantic repertoire — Chopin, Brahms, or Schumann. Yet you did not make that choice. You even seem to favour piano transcriptions. Could you tell us more about the artistic choices behind this album’s programme?
    SL – I have deep love and respect for the great 19th-century piano repertoire, but I didn’t feel the need for my first album to enter directly into a space that is already so richly and magnificently documented. Rather than asking what a debut album is expected to include, I wanted to ask what repertoire felt most truthful to my artistic voice at this moment. Transcriptions became central for that reason: at their best, they are not secondary versions, but re-imaginings that give familiar music a second life and reveal new colours, textures, and perspectives. That felt deeply connected to the spirit of Voyage among Fragments, an album about transformation, memory, and different worlds speaking to one another. So the programme grew from that idea: not from a desire to avoid tradition, but from a wish to engage with it in a more personal and living way.

    "More Chinese musicians are no longer seen only through the lens of virtuosity"

    BBB – Twentieth-century music is also represented, notably with George Gershwin’s Rhapsody in Blue. It is less frequently performed in its solo piano version than with orchestra. What were the main challenges in interpreting this work?
    SL – I’ve performed both versions, and the solo piano version is actually more challenging in some ways, because you have to hold the entire sound world of the jazz orchestra under your hands: you’re responsible not only for the virtuosity, but also for the colour, rhythm, and sheer vitality of the piece. So technically it asks for enormous control and imagination. But that is also what makes it so enjoyable to play. Precisely because everything is in your hands, there is a tremendous sense of freedom: you can shape the pacing, the swing, and the contrasts very directly, almost as if you are becoming both pianist and orchestra at once.

    BBB – You introduce us to some lesser-known composers — Franz von Vecsey, Nicolas Dalayrac, as well as your compatriot Wang-hua Chu. Why did you choose to include them in your programme? Do they share something in common?
    SL – Although they come from very different worlds, each of them brings a voice that feels distinctive, intimate, and slightly off the expected path, and that was important to me. I wanted the programme to include not only familiar landmarks, but also works that might surprise the listener and open another emotional space. Dalayrac brings simplicity and tenderness, Vecsey a bittersweet elegance, and Wang-hua Chu a direct connection to my own musical roots. So what they share is not style, but a certain sincerity and individuality — each adds a different fragment to the journey of the album.

    BBB – You are originally from China, a country that seems increasingly central to the future of classical and contemporary music — one thinks of Lang Lang or Yuja Wang. What is your perspective on this? And first of all, what do you think is the “secret” behind China’s ability to train such remarkably talented musicians?
    SL – It is a difficult question, I think there is no single “secret.” China has a very strong culture of discipline, dedication, and respect for serious study, and that creates an environment where young musicians can build an extraordinary technical foundation very early. But technique alone is never enough. What matters just as much is how that foundation later opens into imagination, individuality, and a deeper artistic voice. I think what is exciting today is that more and more Chinese musicians are no longer seen only through the lens of virtuosity, but as artists with very distinct personalities and perspectives. For me, that is the most important development: not simply producing excellent pianists, but musicians who can contribute something personal to the global musical conversation.

    BBB – What are your upcoming projects? A new album? Concert performances?
    SL – I definitely hope to continue making albums, when the idea has had time to mature properly and feels artistically convincing. For me, recording has to grow out of a clear inner concept rather than simply becoming the next project. Alongside that, I’d love to explore more chamber music collaborations and more cross-cultural or cross-genre projects, where different artistic languages can genuinely meet. Concert performances will, of course, remain central, but I’m especially excited by the idea of building programmes and collaborations that open new spaces for dialogue and imagination.

    BBB – Bla Bla Blog always enjoys discovering the tastes of the artists we meet. Could you tell us about your recent favourites — in music, of course, but also in books, exhibitions, films or series? 
    SL – Apart from classical music, my listening has been moving between very different worlds (Jazz, R&B, Pop etc.), though I’ve realised I probably have quite an old soul in my musical taste. I always return with great pleasure to artists like Art Tatum, Herbie Hancock, Eugen Cicero, Keith Jarrett, and Joan Baez, amongst others. More recently, I’ve also been very drawn to the cellist Abel Selaocoe, whose music has such rawness, freedom, and authenticity. Outside music, I’m deeply interested in ceramic art, not only as a viewer but also as a maker, which has become an important parallel practice for me. In books, I’m currently finishing Nightingale, and I’m generally drawn to historical fiction as well as more philosophical writing, such as Viktor Frankl’s Man’s Search for Meaning. In visual art, I especially love the installations at the Bourse de Commerce – Pinault Collection in Paris; that kind of immersive, atmospheric contemporary art speaks to me strongly. And in films or series, I tend to gravitate toward historical dramas and psychological thrillers.

    BBB – Thank you. 

    Siqian Li, Voyage among Fragments, Sagitta Musica. 2026
    https://www.siqian-li.com
    https://www.facebook.com/siqianpianist 
    https://www.instagram.com/siqianpianist 
    https://www.youtube.com/@siqianpianist 

    Also : "Siqian Li : 'Le grand répertoire pianistique du XIXe siècle ? je n’en ressentais pas le besoin !'"
    "Notre cœur fait Boum!"

    "Qu’elles caractères…"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

  • Siqian Li : "'Voyage among Fragments' est un album sur la transformation, la mémoire et le dialogue entre différents mondes"

    Bla Bla Blog avait eu un coup de cœur pour la pianiste Siqian Li, auteure d’un premier album, Voyage among Fragments. Un opus éclectique, allant du classique au contemporain, en passant par la chanson française. Voilà un choix qui nous a intrigué et nous a donné envie de rencontrer Siqian Li. Elle a eu la gentillesse de répondre à nos questions.

    Bla Bla Blog – Bonjour, Siqian Li. Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ? D’où venez-vous et quel est votre parcours ?
    Siqian Li – Je viens de Chongqing, une magnifique ville montagneuse dans le sud-ouest de la Chine. C’est là que mon parcours musical a débuté. Depuis, ce parcours m'a mené vers plusieurs pays et vers des univers artistiques très différents, de ma formation initiale en Chine à mes études aux États-Unis et au Royaume-Uni. Chaque lieu m'a façonné. Rétrospectivement, mon chemin n'a jamais ressemblé à une ligne droite, mais plutôt à une succession de rencontres, de lieux et de découvertes qui ont progressivement contribué à faire de moi la musicienne que je suis aujourd'hui.

    BBB – Vous proposez un album très international et où les artistes français ont une place de choix. On pense d’abord à Maurice Ravel, bien sûr. J’ai l’impression que le grand public redécouvre ce compositeur depuis quelques années. Ravel n’apparaît-il pas plus moderne qu’on ne le croit ?
    SL – Oui, je suis d'accord. Je pense que Ravel peut paraître bien plus moderne qu'on ne l'imagine au premier abord. On l'associe souvent à l'élégance, au raffinement et à la richesse des couleurs, ce qui est tout à fait vrai, mais il y a aussi, sous cette apparence, une précision extraordinaire et une sorte d'ambiguïté émotionnelle qui résonne profondément avec notre époque. Sa musique n'est jamais sentimentale de façon facile ; elle est maîtrisée, limpide et souvent légèrement troublante, même lorsqu'elle est belle. C'est en partie pour cela qu'il résonne encore si fortement aujourd'hui. Dans une œuvre comme La Valse, par exemple. On perçoit non seulement de la brillance et de la sophistication, mais aussi de l'instabilité, de la tension et une transformation, ce qui la rend très proche de notre temps.

    BBB – Dans votre album, il y a aussi, ce qui est plus étonnant, Charles Trénet. Pourquoi avez-vous choisi ces standards populaires de la chanson française ?
    SL – Ce qui m'a d'abord séduit, c'est la fascination que j'ai ressentie en découvrant ces arrangements. Weissenberg s'empare des chansons de Trénet et les métamorphose avec une imagination, un esprit et une virtuosité pianistique exceptionnels, tout en préservant leur fraîcheur et leur spontanéité. J'ai été immédiatement conquise. Les choisir pour l'album était aussi une manière délibérée de m'éloigner d'une conception figée de ce que devrait être un album de musique classique. Je souhaitais que le répertoire soit vivant, surprenant, plein de caractère et immédiatement captivant.

    BBB –  On sait que les pianistes raffolent du répertoire romantique du XIXe siècle (Chopin, Brahms ou Schumann). Or, vous n’avez pas fait ce choix. Vous semblez même préférer des adaptations au piano. Pouvez-vous nous expliquer vos choix dans le programme de cet album ?
    SL – J'éprouve un profond amour et un grand respect pour le grand répertoire pianistique du XIXe siècle, mais je ne ressentais pas le besoin, pour mon premier album, de m'inscrire directement dans un espace déjà si richement et magnifiquement documenté. Plutôt que de me demander ce qu'un premier album est censé contenir, je voulais me demander quel répertoire résonnait le plus fidèlement avec ma voix artistique à ce moment précis. Les transcriptions sont devenues centrales pour cette raison : pour les meilleures, ce ne sont pas de simples versions secondaires mais des réinterprétations qui donnent une seconde vie à une musique familière et révèlent de nouvelles couleurs, textures et perspectives. Cela me semblait profondément en phase avec l'esprit de Voyage among Fragments, un album sur la transformation, la mémoire et le dialogue entre différents mondes. Le programme s'est donc développé à partir de cette idée : non pas d'un désir d'éviter la tradition, mais d'une volonté de l'aborder d'une manière plus personnelle et vivante.

    De plus en plus de musiciens chinois ne sont plus perçus uniquement sous l'angle de la virtuosité

    BBB – La musique du XXe siècle est présente avec notamment la Rhapsody in Blue de George Gershwin. Elle est moins jouée pour piano seul que pour orchestre. Quelles ont été les difficultés dans l’interprétation de cette œuvre ?
    SL – J'ai interprété les deux versions, celle pour piano solo est en réalité plus exigeante à certains égards car il faut maîtriser tout l'univers sonore de l'orchestre de jazz : on est responsable non seulement de la virtuosité, mais aussi de la couleur, du rythme et de la vitalité même de la pièce. Techniquement, cela demande donc une maîtrise et une imagination considérables. Mais c'est aussi ce qui la rend si agréable à jouer. Précisément parce que tout repose entre vos mains. On éprouve une immense liberté : on peut modeler le tempo, le swing et les contrastes de manière très directe, presque comme si l'on devenait à la fois pianiste et orchestre.

    BBB – Vous nous faites découvrir des compositeurs peu connus. Je pense à Franz von Vecsey, Nicolas Dalayrac mais aussi à votre compatriote Wang-hua Chu. Pourquoi avoir choisi de les inclure dans votre programme ? Ont-ils un point commun ?
    SL – Bien qu'issus d'univers très différents, chacun apporte une voix singulière, intime et légèrement décalée, ce qui était essentiel pour moi. Je souhaitais que le programme comprenne non seulement des morceaux incontournables, mais aussi des œuvres susceptibles de surprendre l'auditeur et d'ouvrir un nouvel espace émotionnel. Dalayrac apporte simplicité et tendresse, Vecsey une élégance douce-amère, et Wang-hua Chu est en lien direct avec mes propres racines musicales. Ce qu'ils partagent n'est donc pas un style, mais une certaine sincérité et une individualité – chacun contribuant à l'histoire de l'album par une fragmentation unique.

    BBB – Vous êtes originaires de Chine où semble se dessiner l’avenir de la musique classique et contemporaine. On pense à Lang Lang ou Yuja Wang. Qu’en pensez-vous ? Et d’abord, dites-nous quel est le secret de ce pays qui parvient à former des musiciens et musiciennes aussi talentueux et talentueuses ?
    SL – C'est une question complexe, et je pense qu'il n'existe pas de "secret" unique. La Chine possède une culture très forte de la discipline, du dévouement et du respect pour les études sérieuses, ce qui crée un environnement où les jeunes musiciens peuvent acquérir très tôt des bases techniques exceptionnelles. Mais la technique seule ne suffit jamais. Ce qui compte tout autant, c'est la manière dont ces bases s'ouvrent ensuite à l'imagination, à l'individualité et à une expression artistique plus profonde. Ce qui est passionnant aujourd'hui, c'est que de plus en plus de musiciens chinois ne sont plus perçus uniquement sous l'angle de la virtuosité, mais comme des artistes dotés de personnalités et de perspectives bien distinctes. Pour moi, c'est là l'évolution la plus importante : non pas former d'excellents pianistes, mais des musiciens capables d'apporter une contribution personnelle au dialogue musical mondial.

    BBB – Quels sont vos projets ? Un futur album ? Des concerts ?
    SL – J'espère bien sûr continuer à enregistrer des albums, lorsque l'idée aura eu le temps de mûrir et qu'elle me semblera artistiquement convaincante. Pour moi, l'enregistrement doit naître d'un concept intérieur clair et non pas simplement devenir un nouveau projet. Parallèlement, j'aimerais explorer davantage de collaborations en musique de chambre et de projets interculturels ou intergenres, où différents langages artistiques peuvent véritablement se rencontrer. Les concerts resteront, bien sûr, essentiels, mais je suis particulièrement enthousiaste à l'idée de concevoir des programmes et des collaborations qui ouvrent de nouveaux espaces de dialogue et d'imagination.

    BBB – Bla Bla Blog aime connaître les goûts des personnes qu’il rencontre. Pouvez-vous nous parler de vos derniers coups de cœur en matière de musiques (bien sûr !), mais aussi de livres, d’expositions, de films ou de séries ?
    SL – Hormis la musique classique, mes écoutes oscillent entre des univers très différents (jazz, R&B, pop, etc.), même si je me rends compte que mes goûts musicaux sont sans doute assez classiques. Je reviens toujours avec grand plaisir vers des artistes comme Art Tatum, Herbie Hancock, Eugen Cicero, Keith Jarrett et Joan Baez, entre autres. Plus récemment, j'ai également été très attirée par le violoncelliste Abel Selaocoe, dont la musique est d'une telle intensité, d'une telle liberté et d'une telle authenticité ! En dehors de la musique, je m'intéresse profondément à l'art de la céramique, non seulement en tant que consommatrice, mais aussi en tant que créatrice, une pratique parallèle importante pour moi. Côté lecture, je termine actuellement Nightingale [de Kristin Hannah] et je suis généralement attirée par les romans historiques ainsi que par les écrits plus philosophiques, comme Découvrir un sens à sa vie de Viktor Frankl. En art visuel, j'apprécie particulièrement les installations de la Bourse de Commerce – Collection Pinault à Paris ; ce type d'art contemporain immersif et atmosphérique me touche profondément. Et au cinéma ou en série, j'ai tendance à privilégier les drames historiques et les thrillers psychologiques.

    BBB – Merci. 

    Traductions : MHC et BC
    Demain, retrouvez sur ce site l’interview originale en anglais de Siqian Li.

    Siqian Li, Voyage among Fragments, Sagitta Musica. 2026
    https://www.siqian-li.com
    https://www.facebook.com/siqianpianist 
    https://www.instagram.com/siqianpianist
    https://www.youtube.com/@siqianpianist

    Voir aussi : "Notre cœur fait Boum!"
    "Qu’elles caractères…"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

  • 20, 21

    C’est vers la Région Centre Val de Loire qu’il faut tourner les yeux et les oreilles pour découvrir la pianiste ukrainienne Svetlana Andreeva, lauréate de la 16e édition du Concours international de piano d'Orléans 2024. Elle a par la suite effectuée une tournée en 2025 dans cette Région – Orléans, Montargis, Blois, Tours, Vierzon pour ne citer que quelques villes. Mysteria était le nom de cette tournée. C’est aussi celui de son premier album (chez b.records), tout entier consacré aux compositeurs du XXe et XXIe siècle. L’opus a été enregistré au Conservatoire de Chinon, avec le soutien de l'association Maison Henri Dutilleux - Geneviève Joy, Rencontres et création musicale.

    Mystérieux Leoš Janáček (1854-1928) qui commence ce programme avec sa suite Dans les brumes. Le cycle du compositeur tchèque peut être qualifié de néoromantique. Il se pare d’accents folkloriques et d’innovations musicales contemporaines. Janáček, de par sa singularité, est considéré depuis une soixantaine d’années comme une figure majeure de la musique contemporaines. Pas étonnant que Svetlana Andreeva l’ait inclus dans son programme. Les quatre mouvements du cycle semblent se répondre dans une synergie aussi séduisante que dépaysante (l’Andante qui ouvre la pièce). Le compositeur de tchèque se joue du rythme, sans jamais laisser de côté la mélodie (le délicat Andantino). Les notes semblent s’échapper d’elles-même. La pianiste les dompte, les ramène sans cesse sur le droit chemin, avec un mélange de douceur et d’assurance (Molto Adagio). Il y a une profonde mélancolie dans cette œuvre de 1912, à la fois moderne en dépit de son âge et attachante – comme du reste l’homme qui l’a écrite.

    Dans ce programme, on passe presque naturellement à Alexandre Scriabine (1871-1915). Il est présent avec la  Sonate pour piano n°7 op. 64, singulièrement intitulée Messe blanche. Elle a été écrite en 1912, dans les dernières années du compositeur. Mysteria, le titre de l’album de Svetlana Andreeva sied à merveille au musicien russe, personnalité exceptionnelle et fantasque autant qu'artiste prolifique. Il a écrit cette Messe blanche comme une pièce mystique et a-religieuse. Elle est composée d’un seul mouvement, l’Allegro, déroulant sous une forme atonale les tourments intérieurs d’un homme et un artiste considéré aujourd'hui comme un jalon majeur de la musique du XXe siècle. Sa Messe noire, la Sonate pour piano n°9 op. 68 vient lui répondre. En un seul mouvement également, elle sonne différemment : d’une noirceur mystérieuse, elle semble ramper, insidieuse, tel un mal couvant sous les cendres. La pianiste ukrainienne sait donner sa place aux silences et aux inquiétantes respirations.

    Nous sommes réellement en plein mysticisme dans ce passionnant opus

    Nous sommes réellement en plein mysticisme dans ce passionnant opus. Il faut rappeler que le mystère était, au Moyen Âge, un théâtre religieux destiné aux fidèles. Et c’est ainsi que Svetlana Andreeva a conçu son album : comme une authentique œuvre théâtrale. Il est de nouveau question de mysticisme avec l’œuvre d’un compositeur bien vivant, Thierry Escaich (né en 1965). Le compositeur français a écrit Les litanies de l’ombre en 1991. La pianiste fait un grand bond dans l’histoire tout en restant cohérente dans son choix. Ni laïque ni complètement religieuse, cette pièce est marquante dans la carrière de Thierry Escaich. L’architecture robuste de ces Litanies, influencées par le répertoire grégorien, laisse toute sa place aux rythmes et aux élans. Tourmentée et à l’écriture moderne et désarçonnante, l’œuvre est aussi profondément mystique, comme si le bien et le mal s’affrontaient dans un combat eschatologique.    

    Il n’est pas très étonnant que Svetlana Andreeva ait choisi de proposer la suite Masques de Karol Szymanowski (1882-1937). Le compositeur polonais l’a écrite entre 1915-1916 pendant son séjour en Ukraine où il est né. Les trois pièces de Szymanowski, Schéhérazade, Tantris le bouffon et Sérénade de Don Juan laissent à entendre l’influence de Debussy, mais aussi de Stravinski dans son approche moderne des grands mythes. Svetlana Andreeva se fait délicate et lumineuse dans ces pièces oniriques et mystérieuses justement ! Comme Janáček, le néoromantisme se fait moderne et contemporain, sans jamais trahir le goût pour le folklore et la culture de ses pays – la Pologne et l’Ukraine.

    Place, pour terminer, à la plus jeune compositrice de ce programme (et la seule femme aussi), à savoir Aigerim Seilova. Née en 1987, la musicienne kazakh peut se targuer de bien belles récompenses. Svetlana Andreeva joue Blackout, une pièce pour piano et électronique. Une alliance détonante et d’une folle modernité, par deux artistes expatriées et vivant toutes les deux en Allemagne. La pianiste ukrainienne dialogue avec les sons et les boucles d’une pièce intériorisée et nerveuse. Le mystère est là, total et séduisant, déstabilisant et culotté. Hyper-moderne aussi. Svetlana Andreeva passe de l’ombre à la lumière. Chouette !

    Mysteria, Svetlana Andreeva (piano), b•records, 2025
    https://www.b-records.fr/disques/mysteria
    https://svetlana-andreeva.com
    https://svetlana-andreeva.com

    Voir aussi : "Point de bascule"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

  • L’autre Reine des Neiges

    Le compositeur et chef d’orchestre Christophe Sturzenegger propose en ce début d’année un album à la fois néoclassique dans la forme, très visuel mais aussi d’une autre époque. À la tête de l’Orchestre de la Suisse Romande, il propose chez Klarthe deux œuvres singulières et donnant le sourire autant au des étoiles dans les yeux : Le Colibri et La Reine des Neiges dans deux versions.

    Le Colibri a été écrit par Christophe Sturzenegger et Elisa Shiva Dusapin pour la scène, devenu livre primé, BD puis, ici, musique. L’album de Klarthe en propose une version de concert, n’enlevant en rien l’aspect onirique de cette œuvre d’une vingtaine de minutes. Colibri est l’histoire initiatique de deux adolescentes, Lotte et Célestin, en train de sortir de l’enfance, non sans douleurs ni deuils.    

    Christophe Sturzenegger a mis en musique ce texte en choisissant le relief, la couleur et une facture néoclassique, donnant à l’ensemble la forme d’une pastorale made in  Switzerland et de notre époque pour ne rien arranger (Célestin). L’auditeur ou l’auditrice reconnaîtra dans Célin un patchwork d’œuvres bien connues, que ce soit de Charlie Chaplin ou d’Howard Shore (Le Seigneur des Anneaux). Hommage et revisite assumée et orchestrée avec gourmandise par l’Orchestre de la Suisse romande dirigée par son compositeur himself. Voilà qui donne d’emblée à cet album une facture immédiatement familière.

    Le compositeur suisse porte son regard vers le répertoire classique et ses brillants aînés, comme le prouve le Fugato, en forme d’hommage à Bach mais aussi au répertoire romantique ou postromantique. Le nom de Prokofiev vient indéniablement en tête dans ce même Fugato. La noirceur du court Lento, expressif, suivi d’une petite suite (Lotte 1, 2 et 3), touchantes et brèves déambulations, vient appuyer le récit faussement léger léger du Colibri, avant un Final aux accents oniriques et printaniers.   

    Une facture immédiatement familière

    Le Colibri fait figure d’apéritif avant la pièce maîtresse de l’enregistrement, en l’occurrence deux  versions de La reine des neiges. Christophe Sturzenegger l’a écrite avec Jean Mompart. Précisons que l’opus a connu le succès deux ans avant la sortie du classique en dessin animé de Disney. Rappelons à ce sujet que La Reine des Neiges a d’abord été un conte d’Andersen racontant l’aventure de Gerda, une enfant courageuse partie libérer son amie Kay, prisonnière de la redoutable Reine des Neiges.

    Christophe Sturzenegger a écrit la musique de cette histoire. La facture allie néoclassicisme, néoromantique et contemporain, non sans des rappels d’airs et de rythmes folkloriques. La Reine des Neiges ne s’interdit pas des mouvements brefs. Ainsi, le joueur et étrange Troll fait 26 secondes, telle une apparition fantastique venue surprendre l’auditeur ou l’auditrice. Un troll qui revient plus loin dans une facture plus contemporaine – mais tout aussi brève.

    Tout aussi court, le mystérieux et mélancolique passage Kay et Gerda est contrebalancé par le naturalisme des Rives glacées ou dans le Vol de corneilles dans lequel Christophe Sturzenegger semble faire surgir le très beau paysage de sa Suisse natale. On est décidément loin de cette Reine des Neiges fantasmée de Disney !

    Qui dit musique de scène dit expressivité, ce que Le Prince Intelligent ne manque pas. Quel caractère ! On entre aussi bien dans la Taverne des Brigands que dans le somptueux palais de la Reine des Neiges, après un court Voyage en forme de libération. L’oeuvre se termine par ces instants mélodieux de Retrouvailles puis un Final qui est un retour au pays – suisse, où la nostalgie de cette aventure n’est pas absente.    

    Le second enregistrement de cette Reine des Neiges est la version racontée, évidemment sur la musique de Christophe Sturzenegger. Une manière de redécouvrir, grâce au texte de Jean Mompart, la version d’Andersen.  

    Musiques de scène – Christophe Sturzenegger, Le Colibri – La Reine des Neiges,
    Orchestre de la Suisse Romande dirigée par Christophe Sturzenegger, Klarthe, 2025

    https://klarthe.com/index.php/fr/musiques-de-scene-christophe-sturzenegger-detail
    https://christophesturzenegger.com
    https://www.facebook.com/christophe.sturzenegger
    https://www.instagram.com/christophe_sturzenegger

    Voir aussi : "Point de bascule"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

  • Notre cœur fait Boum!

    Une découverte peut en cacher d’autres. Il y a d’abord la pianiste chinoise, Siqian Li qui sort en ce moment son premier album solo, Voyage among Fragments (Sagitta Musica). Découvertes aussi de compositeurs et d’œuvres rares adaptées pour piano dans un programme à la fois rare et audacieux.

    On ne sera pas si surpris que cela de trouver Maurice Ravel et sa Valse. Or, elle est proposée ici dans une version pour piano, adaptée par Alexander Korsantia. Une vraie claque ! Siqian Li s’empare avec un mélange de virtuosité, de grâce et d’élégance de ce morceau écrit après la première guerre mondiale. Moins hommage à la valse viennoise que vision sombre d’une Europe anéantie sous les bombes, cette œuvre frappe par sa modernité comme par son extrême noirceur, comme si des danseurs et danseuses valsaient au-dessus d’un abîme.

    Toujours aussi aventureuse, la pianiste chinoise propose une majestueuse Romance de Nicolas Dalayrac (1753-1809), un compositeur français méconnu qui devrait pourtant être célébré car il a participé à l’élaboration en France du droit d’auteur… Mais passons. Sa Romance, extraite de son opéra-comique Nina ou la Folle par amour, a été adaptée par le pianiste polonais Ignaz Friedman (1882-1948). Il en a fait un morceau néoromantique (l’œuvre originale date pourtant de 1786). Siqian Li caresse les touches pour proposer cette pièce délicate que l’on découvre avec plaisir.

    Cela fait depuis longtemps que le classique sort des sentiers battus et se frotte au répertoire populaire pour lui donner un autre éclat. La preuve avec ces adaptations par Alexis Weissenberg (1929-2012) de standards de Charles Trenet. La pianiste chinoise affirme aussi son sens du swing… autant que son amour pour le répertoire français. L’auditeur ou l’auditrice découvrira sans doute le délicat et nostalgique Coin de rue, le fringant et jazzy Vous oubliez votre cheval ou le nostalgique En avril à Paris. On fond carrément pour la transcription du célèbre Boum!, plus jazz que jamais et que Siqian Li prend un réel plaisir à proposer. Vous qui passez sans me voir, autre standard de Trenet, devient, sous les doigts de la pianiste, une pièce néoromantique, voire onirique. Avec pudeur, la musicienne fait passer les tourments d’un homme seul qui voit passer un amour disparu. Il semble entendre la voix du Fou Chantant : "Vous qui passez sans me voir / Sans même me dire bonsoir / Donnez-moi un peu d'espoir ce soir…" Ménilmontant vient conclure ces adaptations au piano de Trenet comme s’il s’agissait d’une miniature colorée et enlevée. 

    Le sens du swing

    Franz von Vecsey (1893-1935) était un compositeur hongrois. Sa Valse triste, nous rappelle le livret de l’album, est un joyau du répertoire pour violon. Or, c’est au piano que Siqian Li propose cette pièce, dans une adaptation de György Cziffra. L’interprète nous fait pénétrer dans cet univers romantique, plein de nostalgie et de grâce.  

    Nous parlions de répertoire populaire avec Trenet. Siqian Li propose un autre tube, cette fois d’un compatriote, Wang-hua Chu. Jasmine Flower Fantasia est une magnifique découverte. Ce morceau aux ornementations orientales et au délicat naturalisme n’est pas dénué de couleurs debussyennes. Onirique, néoromantique mais aussi intimement chinois, cette fantaisie musicale a le parfum (de jasmin) de ces découvertes inoubliables.

    Plus classique, la Rhapsody in Blue de George Gershwin est proposée par Siqian Li dans une version pour piano seul. On ne soulignera jamais assez les qualités de virtuosité qu’il faut pour s’attaquer à ce classique qui a su marier aussi bien classique et jazz. La pianiste chinoise s’y ballade avec la même aisance que sa compatriote Yuja Wang que nous avions chroniqué il y a peu pour un concert filmé. Les versions pour piano solo de la Rhapsody in Blue sont suffisamment rares pour ne pas goûter cette version jamais écrasante, alliant expressivité, sens du swing, encore, et moments de grâce.

    Charles Gounod vient conclure ce programme avec sa Méditation sur le premier Prélude de J.S. Bach, extrait du Clavier bien tempéré. Un retour au classique, avec une pièce devenue culte. Siqian Li propose une pièce aérienne, laissant de côté la virtuosité. Il est vrai que c’est aussi la voix de Gounod qui se fait entendre. Et aussi celle d’une pianiste qui a frappé fort dans un premier album à la fois personnel et intelligent.

    Siqian Li, Voyage among Fragments, Sagitta Musica. 2026
    https://www.siqian-li.com
    https://www.facebook.com/siqianpianist
    https://www.instagram.com/siqianpianist
    https://www.youtube.com/@siqianpianist

    Voir aussi : "Yuja Wang, de main de maîtresse"
    "Une route de la soie"
    "Hanni Liang et les voix (féminines) du piano"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !