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contemporain

  • L’autre Reine des Neiges

    Le compositeur et chef d’orchestre Christophe Sturzenegger propose en ce début d’année un album à la fois néoclassique dans la forme, très visuel mais aussi d’une autre époque. À la tête de l’Orchestre de la Suisse Romande, il propose chez Klarthe deux œuvres singulières et donnant le sourire autant au des étoiles dans les yeux : Le Colibri et La Reine des Neiges dans deux versions.

    Le Colibri a été écrit par Christophe Sturzenegger et Elisa Shiva Dusapin pour la scène, devenu livre primé, BD puis, ici, musique. L’album de Klarthe en propose une version de concert, n’enlevant en rien l’aspect onirique de cette œuvre d’une vingtaine de minutes. Colibri est l’histoire initiatique de deux adolescentes, Lotte et Célestin, en train de sortir de l’enfance, non sans douleurs ni deuils.    

    Christophe Sturzenegger a mis en musique ce texte en choisissant le relief, la couleur et une facture néoclassique, donnant à l’ensemble la forme d’une pastorale made in  Switzerland et de notre époque pour ne rien arranger (Célestin). L’auditeur ou l’auditrice reconnaîtra dans Célin un patchwork d’œuvres bien connues, que ce soit de Charlie Chaplin ou d’Howard Shore (Le Seigneur des Anneaux). Hommage et revisite assumée et orchestrée avec gourmandise par l’Orchestre de la Suisse romande dirigée par son compositeur himself. Voilà qui donne d’emblée à cet album une facture immédiatement familière.

    Le compositeur suisse porte son regard vers le répertoire classique et ses brillants aînés, comme le prouve le Fugato, en forme d’hommage à Bach mais aussi au répertoire romantique ou postromantique. Le nom de Prokofiev vient indéniablement en tête dans ce même Fugato. La noirceur du court Lento, expressif, suivi d’une petite suite (Lotte 1, 2 et 3), touchantes et brèves déambulations, vient appuyer le récit faussement léger léger du Colibri, avant un Final aux accents oniriques et printaniers.   

    Une facture immédiatement familière

    Le Colibri fait figure d’apéritif avant la pièce maîtresse de l’enregistrement, en l’occurrence deux  versions de La reine des neiges. Christophe Sturzenegger l’a écrite avec Jean Mompart. Précisons que l’opus a connu le succès deux ans avant la sortie du classique en dessin animé de Disney. Rappelons à ce sujet que La Reine des Neiges a d’abord été un conte d’Andersen racontant l’aventure de Gerda, une enfant courageuse partie libérer son amie Kay, prisonnière de la redoutable Reine des Neiges.

    Christophe Sturzenegger a écrit la musique de cette histoire. La facture allie néoclassicisme, néoromantique et contemporain, non sans des rappels d’airs et de rythmes folkloriques. La Reine des Neiges ne s’interdit pas des mouvements brefs. Ainsi, le joueur et étrange Troll fait 26 secondes, telle une apparition fantastique venue surprendre l’auditeur ou l’auditrice. Un troll qui revient plus loin dans une facture plus contemporaine – mais tout aussi brève.

    Tout aussi court, le mystérieux et mélancolique passage Kay et Gerda est contrebalancé par le naturalisme des Rives glacées ou dans le Vol de corneilles dans lequel Christophe Sturzenegger semble faire surgir le très beau paysage de sa Suisse natale. On est décidément loin de cette Reine des Neiges fantasmée de Disney !

    Qui dit musique de scène dit expressivité, ce que Le Prince Intelligent ne manque pas. Quel caractère ! On entre aussi bien dans la Taverne des Brigands que dans le somptueux palais de la Reine des Neiges, après un court Voyage en forme de libération. L’oeuvre se termine par ces instants mélodieux de Retrouvailles puis un Final qui est un retour au pays – suisse, où la nostalgie de cette aventure n’est pas absente.    

    Le second enregistrement de cette Reine des Neiges est la version racontée, évidemment sur la musique de Christophe Sturzenegger. Une manière de redécouvrir, grâce au texte de Jean Mompart, la version d’Andersen.  

    Musiques de scène – Christophe Sturzenegger, Le Colibri – La Reine des Neiges,
    Orchestre de la Suisse Romande dirigée par Christophe Sturzenegger, Klarthe, 2025

    https://klarthe.com/index.php/fr/musiques-de-scene-christophe-sturzenegger-detail
    https://christophesturzenegger.com
    https://www.facebook.com/christophe.sturzenegger
    https://www.instagram.com/christophe_sturzenegger

    Voir aussi : "Point de bascule"

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  • Notre cœur fait Boum!

    Une découverte peut en cacher d’autres. Il y a d’abord la pianiste chinoise, Siqian Li qui sort en ce moment son premier album solo, Voyage among Fragments (Sagitta Musica). Découvertes aussi de compositeurs et d’œuvres rares adaptées pour piano dans un programme à la fois rare et audacieux.

    On ne sera pas si surpris que cela de trouver Maurice Ravel et sa Valse. Or, elle est proposée ici dans une version pour piano, adaptée par Alexander Korsantia. Une vraie claque ! Siqian Li s’empare avec un mélange de virtuosité, de grâce et d’élégance de ce morceau écrit après la première guerre mondiale. Moins hommage à la valse viennoise que vision sombre d’une Europe anéantie sous les bombes, cette œuvre frappe par sa modernité comme par son extrême noirceur, comme si des danseurs et danseuses valsaient au-dessus d’un abîme.

    Toujours aussi aventureuse, la pianiste chinoise propose une majestueuse Romance de Nicolas Dalayrac (1753-1809), un compositeur français méconnu qui devrait pourtant être célébré car il a participé à l’élaboration en France du droit d’auteur… Mais passons. Sa Romance, extraite de son opéra-comique Nina ou la Folle par amour, a été adaptée par le pianiste polonais Ignaz Friedman (1882-1948). Il en a fait un morceau néoromantique (l’œuvre originale date pourtant de 1786). Siqian Li caresse les touches pour proposer cette pièce délicate que l’on découvre avec plaisir.

    Cela fait depuis longtemps que le classique sort des sentiers battus et se frotte au répertoire populaire pour lui donner un autre éclat. La preuve avec ces adaptations par Alexis Weissenberg (1929-2012) de standards de Charles Trenet. La pianiste chinoise affirme aussi son sens du swing… autant que son amour pour le répertoire français. L’auditeur ou l’auditrice découvrira sans doute le délicat et nostalgique Coin de rue, le fringant et jazzy Vous oubliez votre cheval ou le nostalgique En avril à Paris. On fond carrément pour la transcription du célèbre Boum!, plus jazz que jamais et que Siqian Li prend un réel plaisir à proposer. Vous qui passez sans me voir, autre standard de Trenet, devient, sous les doigts de la pianiste, une pièce néoromantique, voire onirique. Avec pudeur, la musicienne fait passer les tourments d’un homme seul qui voit passer un amour disparu. Il semble entendre la voix du Fou Chantant : "Vous qui passez sans me voir / Sans même me dire bonsoir / Donnez-moi un peu d'espoir ce soir…" Ménilmontant vient conclure ces adaptations au piano de Trenet comme s’il s’agissait d’une miniature colorée et enlevée. 

    Le sens du swing

    Franz von Vecsey (1893-1935) était un compositeur hongrois. Sa Valse triste, nous rappelle le livret de l’album, est un joyau du répertoire pour violon. Or, c’est au piano que Siqian Li propose cette pièce, dans une adaptation de György Cziffra. L’interprète nous fait pénétrer dans cet univers romantique, plein de nostalgie et de grâce.  

    Nous parlions de répertoire populaire avec Trenet. Siqian Li propose un autre tube, cette fois d’un compatriote, Wang-hua Chu. Jasmine Flower Fantasia est une magnifique découverte. Ce morceau aux ornementations orientales et au délicat naturalisme n’est pas dénué de couleurs debussyennes. Onirique, néoromantique mais aussi intimement chinois, cette fantaisie musicale a le parfum (de jasmin) de ces découvertes inoubliables.

    Plus classique, la Rhapsody in Blue de George Gershwin est proposée par Siqian Li dans une version pour piano seul. On ne soulignera jamais assez les qualités de virtuosité qu’il faut pour s’attaquer à ce classique qui a su marier aussi bien classique et jazz. La pianiste chinoise s’y ballade avec la même aisance que sa compatriote Yuja Wang que nous avions chroniqué il y a peu pour un concert filmé. Les versions pour piano solo de la Rhapsody in Blue sont suffisamment rares pour ne pas goûter cette version jamais écrasante, alliant expressivité, sens du swing, encore, et moments de grâce.

    Charles Gounod vient conclure ce programme avec sa Méditation sur le premier Prélude de J.S. Bach, extrait du Clavier bien tempéré. Un retour au classique, avec une pièce devenue culte. Siqian Li propose une pièce aérienne, laissant de côté la virtuosité. Il est vrai que c’est aussi la voix de Gounod qui se fait entendre. Et aussi celle d’une pianiste qui a frappé fort dans un premier album à la fois personnel et intelligent.

    Siqian Li, Voyage among Fragments, Sagitta Musica. 2026
    https://www.siqian-li.com
    https://www.facebook.com/siqianpianist
    https://www.instagram.com/siqianpianist
    https://www.youtube.com/@siqianpianist

    Voir aussi : "Yuja Wang, de main de maîtresse"
    "Une route de la soie"
    "Hanni Liang et les voix (féminines) du piano"

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  • Point de bascule

    Un album sur Arnold Schönberg et Anton Webern, deux des trois maîtres de la seconde école de Vienne – le troisième étant Albert Berg : voilà qui est culotté. Et immanquable. C'est ce que propose b.records avec l'album Wendepunkt. Pierre Dumoussaud dirige un orchestre fait au poil, avec les ensembles de musique de chambre du Quatuor Hanson, du Quatuor Hermès, du Quatuor Magenta et l’Ensemble Ouranos pour un programme enregistré au cours du Festival de Pâques de Deauville, les 26 et 27 avril 2025.

    Est-ce bien du Schönberg que l’on écoute dans cette première Kammersymphonie, op. 9 (littéralement "symphonie de chambre") ? Écrite en 1907, elle berce dans la modernité, sans les coups de boutoirs et les provocations dodécaphoniques et sérielles du compositeur autrichien quelques années plus tard.  

    On est à un "tournant" (ou "point de bascule", comme le précise Pierre Dumoussaud dans le livret), traduction du mot "Wendepunkt", qui est le titre de l’album b.records. C’est évident à l’écoute de cette Kammersymphonie n°1 qui s’éloigne à coup sûr du romantisme wagnérien finissant pour proposer une œuvre plus expressionniste, mordante. Les révolutions de la musique contemporaine ne sont pas loin. 

    Un orchestre "all-star"

    Dans cette seconde école de Vienne, Webern est sans doute le compositeur qui nous touche le plus. La preuve avec cette passionnante version de son Langsamer Satz (elle a été orchestrée pour orchestre à cordes par Gerard Schwartz).

    Nous sommes en 1905, soit à la même période que la première "symphonie de chambre" de son maître. À l’époque, le jeune compositeur est amoureux. Il a rencontré sa future épouse Whilhemine Mörti. Il écrit ceci dans son journal : "Marcher toujours ainsi parmi les fleurs, avec ma bien-aimée auprès de moi, se sentir si puissamment ne faire qu’un avec l’univers, sans inquiétude aucune, aussi libre que l’alouette dans le ciel." Les chafouins et chafouines critiqueront ces propos très guimauves. Il n’en reste pas moins que ce Langsamer Satz, conduit de main de maître par Pierre Dumoussaud avec son orchestre "all-star" (sic) sur mesure respire les élans et les influences de Mahler. L’auditeur ou l’auditrice découvrira une œuvre attachante, lumineuse et colorée tout à la fois, propre à faire fondre n’importe quelle personne endurcie.

    Retour dans ce programme à Arnold Schönberg et à sa Symphonie de chambre no 2, op. 38. Nous sommes en 1939, soit 20 ans plus tard. Une première guerre mondiale a ravagé l’Europe et une deuxième s’apprête à éclater. Le compositeur autrichien s’est exilé aux États-Unis quelques années plus tôt. C’est un artiste pessimiste et sombre qui doute même de ses innovations musicales. Il reprend la seconde Kammersymphonie, commencée peu après la première. Il la retravaille en exil, pense ajouter un troisième mouvement à l’Adagio et au Con fuoco mais finalement y renonce. Cette œuvre concentre finalement le travail et les réflexions d’un Schönberg très affecté. Impossible de ne pas être remué par cette œuvre moderne et expressive.

    Pierre Dumoussaud et son formidable orchestre – constitué, répétons-le par égard pour eux, des quatuors Hermès, Magenta et l’Ensemble Ouranos – parvient à rendre attachant et immédiatement accessible Schönberg et Webern. Ce qui n'est pas un moindre exploit. 

    Wendepunkt, L’Atelier de musique, dirigé par Pierre Dumoussaud,
    Quatuor Hanson, Quatuor Hermès, Quatuor Magenta, Ensemble Ouranos, b•records, 2025

    https://www.b-records.fr/disques/wendepunkt
    https://musiqueadeauville.com
    https://www.instagram.com/pierre.dumoussaud

    Voir aussi : "Je rêvais d’un autre monde"

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  • Womanakwa

    En mars 2026, la Galerie Vallois présente "Womanakwa", le nouveau projet du duo MansAmo. Réalisées en apnée, ces photographies subaquatiques mettent en scène des figures en métamorphose et réinventent un panthéon contemporain, nourri de mythologies internationales.

    Les figures qui traversent "Womanakwa" s’alimentent de mythologies diverses. Le vodun, des traditions d’Afrique de l’Ouest, des sources grecques et égyptiennes apparaissent comme des réservoirs de formes et de récits — non pas pour citer, mais pour activer : activer des archétypes, des gestes, des puissances, des “rôles” symboliques. Ce panthéon ne cherche pas la cohérence savante. Il cherche l’efficacité poétique : faire sentir que le sacré n’a pas disparu, qu’il s’est déplacé. Que des divinités “oubliées” peuvent survivre autrement, sous d’autres formes, dans une autre grammaire.

    Le projet se déploie au-delà des photographies, enrichies par la vidéo, des oeuvres textiles et des textes.

    MansAmo est le duo formé par Mansara et Amaury Voslion. Leur travail croise image, musique, texte et performance, et se construit dans une logique de projets, de mises en scène et de formes hybrides.

    "Womanakwa — MansAmo
    Galerie Vallois (35 rue de Seine, Paris 6e)
    Du 5 au 28 mars 2026, lundi–samedi, 10h–13h / 14h–19h
    https://www.galerie-vallois.com

    Voir aussi : "Gilles Bensimon invité chez Oana Ivan"

    Crédits : MANSAMO / Galerie Robert Vallois

    exposition,womanakwa,galerie vallois,exposition,contemporain

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  • "Faire peau à peau avec ce bijou de musique"

    Bla Bla Blog avait terminé l’année 2025 en beauté la découverte de VENEREM et leur album Strike. Une sacrée claque. Nous avons voulu en savoir plus sur ce groupe sacrément audacieux pour leur approche singulière du classique. Marlo Thinnes et  Laureen Stoulig-Thinnes, deux des quatre membres de VENEREM, ont bien voulu répondre à nos questions.   

    Bla Bla Blog – Bonjour. Pouvez-vous nous présenter Venerem ? Et d’abord, d’où venez-vous ? 
    Laureen Stoulig-Thinnes – Mes racines sont multiples : mon père est français mais ma mère est mauricienne, née d'un papa indien et d'une maman africaine. Le fait qu’on y parle le créole et que ce coin de paradis soit naturellement marqué par de nombreuses influences culturelles et religieuses est peut-être aussi la raison pour laquelle je ne suis pas une puriste. Le mélange des différentes influences, y compris musicales, m’a toujours fascinée. Je suis chanteuse baroque et classique, mais j’ai toujours été très ouverte d’esprit. VENEREM m’offre une chance de diversité, et c’est quelque chose que j’apprécie énormément. Peut-être quelques mots sur VENEREM, même si l’écoute de notre musique transmet sans doute plus que n’importe quel discours : VENEREM crée une musique d’un style inhabituel et sans précédent. Comme l’a récemment souligné un critique suisse, les arrangements de VENEREM ressemblent davantage à des œuvres d’art transformées, basées sur la musique ancienne allant de la Renaissance au baroque tardif. Ce style fait l’objet d’une modernisation audacieuse, qui projette l’art ancien vers l’avenir. Sur le plan des idées comme de l’artisanat musical, nos arrangements s’inspirent du classicisme et du romantisme tardif. On sait que la musique ancienne laissait souvent une grande place à l’improvisation, et VENEREM exploite pleinement cette liberté pour créer quelque chose d’individuel, de totalement nouveau. L’auditeur a l’impression d’entendre des œuvres originales : les fondements musicaux sont transformés de manière convaincante, avec un sens aigu de l’entrelacement des motifs, du contrepoint et des harmonies contrastées. Chez VENEREM, soprano, piano, basse électrique et percussions fusionnent en une combinaison envoûtante qui donne envie d’en entendre toujours plus.

    BBB – Votre album Strike est un projet singulier, alliant musique classique et jazz. Qui a eu l’idée de cette lancer dans une telle aventure musicale ?
    LST – VENEREM n’est plus un projet : nous sommes arrivés à un point d’aboutissement et nous nous sentons désormais comme un ensemble réellement stable et affirmé. L'idée est née de l'écoute d'un disque de L'Arpeggiata, formidable formation dirigée par Christina Pluhar. J'ai alors compris qu'on "avait le droit" de toucher ainsi à la musique ancienne. Mon mari [Marlo Thinnes] connaît mon amour pour la liberté et, avec passion et génie, il m'a suivie.

    "J'ai compris qu'on "avait le droit" de toucher ainsi à la musique ancienne"

    BBB – Mêler jazz et classique n’est pas nouveau. On pense à Jacques Loussier et à son Trio Play Bach. Dans quelle mesure son travail et son œuvre vous a influencé ?
    LST – Mon mari écrit les arrangements. C’est lui qui a donné un visage à VENEREM. Je ne sais pas vraiment comment il fait. En tous cas, je dois dire que je me sens comme une reine à qui l’on déroule le tapis rouge — musicalement parlant ! À chaque arrangement, il parvient à me surprendre davantage. J’adore cela et je perçois aussi toutes les transformations subtiles, puisque je connais les œuvres originales. Je pense cependant que, de manière générale, son empreinte personnelle, sa façon de penser issue de la musique classique — peut-être du baroque tardif jusqu’au romantisme tardif — s’y reflète fortement.

    BBB – Le second morceau de Purcell est le célèbre Cold Song. Comment qualifiez-vous votre adaptation ? Classique ? Baroque ? Jazz ? Ou bien rock ? Avec beaucoup de pièges pour la voix de la chanteuse.
    LST – Cold Song est né en une seule répétition. Il n’y avait pas grand-chose à faire. Marlo sait quand il vaut mieux réduire, n’utiliser que quelques effets. Je crois que cette musique est déjà si particulière et si puissante dans sa version originale qu’un arrangement trop ample ne ferait que la perturber. Et puis, je suis particulièrement fan de ce que Michel [Michel Meis], notre fou de batteur parvient à produire dans cette pièce. Tant de silence et de mystère naissent de son jeu. Il y a une sorte de transe qui peut s'installer en moi. il s'agit alors de se laisser habiter et transporter. La voix elle-même en est surprise je pense. Une expérience merveilleuse et défi considérable… 

    BBB – Reynaldo Hahn fait partie des compositeurs que l’on redécouvre en ce moment. On n’est donc qu’à moitié étonné de le retrouver ici. Vous avez choisi la pièce À Chloris. Pourquoi cette œuvre ?
    LST – Comme déjà mentionné, les exceptions confirment la règle ! Et puis, j'avais envie de faire peau à peau avec ce bijou de musique si délicat, lumineux qu'il faut chérir dans chaque note, dans chaque respiration, et mon cœur s'enivre de ces mots d'amour, d'ambroisie. Quelle chance de se laisser habiter et d'articuler tant de beautés !

    BBB – Pouvez-vous nous parler de vos futurs projets, que ce soit à la scène ou en studio ? 
    LST – Plusieurs concerts passionnants sont à venir... et une magnifique invitation du Festival baroque de La Valette, à Malte, pour janvier 2027. De nouveaux arrangements sont également en cours d’élaboration, et un autre album studio est déjà en gestation. Sans oublier mon souhait de co-créer avec une artiste indienne… Let's see !

    BBB – Bla Bla Blog aime être touche à tout. Pouvez-vous nous parler de vos derniers coups de cœur au cinéma, à la télévision, dans les galeries et bien sûr en musique ?
    LST – A vrai dire, l'écoute du silence me passionne bien plus que l'écoute de la musique. J'ai récemment adoré pouvoir regarder et ressentir les œuvres de Zoran Music, exposées à Paris. Les lectures de Rumi me font toujours autant voyager. Je ne regarde jamais la télé et ne vais que très rarement au cinéma, mais si il faut nommer un média, alors j'adore voyager sur Youtube, et tout spécialement partir à la rencontre d'éveilleurs de conscience, tels que le physicien Philippe Guillemant, ou la chamane Sandrine ShannAmer que je vais bientôt rencontrer et avec qui j'ai déjà des échanges très nourrissants. Les chemins de vie tels que celui de Lamya Essemlali qui protège les mers et les baleines, nos "gardiennes des mémoires du Monde", suscitent mon plus grand respect, ma plus grande écoute et admiration.

    BBB – Merci.

    Venerem, Strike, Orlando, 2025
    https://www.venerem-art-music.com
    https://orlando-records.com
    https://www.facebook.com/profile.php?id=100057786787723
    https://laureenstoulig.fr
    https://www.instagram.com/venerem_early_art_music

    Voir aussi : "Irrévérence et vénération"
    "Made in Switzerland"

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  • Je rêvais d’un autre monde

    Cet album propose une plongée dans un univers musical singulier ! Quand je dis "univers", je parle aussi de cosmos, en référence à Primordial Cosmos, la première œuvre qui ouvre l’album Saga Trilogy (b.records) consacré au compositeur contemporain américain Joseph Swensen. Il est en plus aux manettes de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine. 

    L’ambition de Joseph Swensen sonne immédiatement aux oreilles dans Primordial Cosmos, en deux mouvements, Lento Mesto et Molto agitato. Le compositeur américain, à la baguette pour cet enregistrement, a écrit une musique d’un autre monde, partant d’un magma originel, chaotique, faisant grincer et pleurer les cordes. Joseph Swensen fait de Primordial Cosmos la première partie d’une saga qui le dépasse même, comme il l’avoue dans le livret de présentation.

    Dans le mouvement Lento Mesto, l’auditeur ou l’auditrice aura l’impression de voir surgir des particulaires cosmiques primaires au cœur du néant, à la fois inquiétant et fondamental, jusqu’à la formation d’un début d’ordre. Les cordes se structurent peu à peu en nappes. Du chaos naît quelque chose, tout aussi primaire. C’est l’objet du second mouvement Molto Agitato et Andante Sostenuto, plus mystérieux, plus métaphysique aussi. À ce sujet, le compositeur américain avoue l’influence d’Olivier Messiaen, en particulier son Quatuor pour la fin du temps. La facture de Primordial Cosmos devient plus harmonique, pour ne pas dire néoromantique. On ferme les yeux et on se laisse porter par ce souffle délicat, porteur de vie. 

    La nature a horreur du vide

    L’enregistrement se poursuit avec le bien nommé Saga, une pièce pour violoncelle, orchestre et accordéon. Violoncelle avec Jonathan Swensen, fils du compositeur et chef d’orchestre dont la naissance a inspiré l’écriture de cette œuvre. Citons aussi la présence de Bruno Maurice à l’accordéon. Il est rare de voir cet instrument mis à l’honneur dans le répertoire classique et contemporain. Jonathan Swensen domine avec aplomb la partie Méditation, toute en intériorité et  en gravité. La musique des sphères devient un mouvement finalement très humain, dans ce bourdonnement cosmique dont les spécialistes de l’espace parlent, non sans émotion. Joseph Swensen nous apprend que ce son primaire, bien réel et dû aux interactions entre trous noirs, a une hauteur spécifique, un si bémol "très, très grave".

    La nature a horreur du vide, dit-on. Or, cet espace, ici, est enrichi de constructions sonores tout à fait envoûtantes (Méditation) et passionnantes, à l’instar du Scherzo en forme de Passacaille. Il s’agit là du mouvement sans doute le plus audacieux de Saga, mêlant chaos, rythmiques primaires et percussions joueuses pour parler de la vie s’ébrouant maladroitement. Qui dit Passacaille dit Bach. Or, c’est Bach que l’on trouve derrière l’Aria "After Bach". Le compositeur propose un troisième mouvement réconciliant répertoire classique et création contemporaine. Cela donne une partie somptueuse de langueur, de mélancolie et de méditation, avec ces infimes variations, jusqu’à une dernière section dominée par l’accordéon singulier de Bruno Maurice, au service d’un bouillonnement vital.

    La pièce Song Of Infinity, pour clarinette, chœur et orchestre, vient clore ce programme de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine. Joseph Swensen l’a sous-titré "My name is Infinity. As yours will one day be!", que l’on pourrait traduire par : "Mon nom est Infinité. Le vôtre le sera un jour". Le premier mouvement Andante est dominé par un solo de clarinette méditatif, bientôt rejoint par l’orchestre. L’auditeur ou l’auditrice se laissera prendre par la main dans une partie symphonique et même néoromantique, jusqu’à l’arrivée en fanfare de chœurs, dans un beau tohu-bohu. Une arrivée qui marque le début du dernier mouvement Choral, placé sous le signe et l’influence d’Olivier Messiaen. Songs Of Infinity est écrit et interprété comme une œuvre lumineuse et même métaphysique. La clarinette de Stéphane Batut dialogue avec l’orchestre et le chœur, dans un long chant méditatif, comme une prière vers l’au-delà. Et c’est lorsque les voix résonnent que la présence de Messiaen devient la plus évidente. Un vrai voyage cosmique... Pardon, une vraie saga cosmique !   

    Joseph Swensen, Saga Trilogy, Orchestre National Bordeaux Aquitaine dirigé par Joseph Swensen,  b•records, 2025
    https://www.b-records.fr/disques/saga-trilogy
    https://www.josephswensen.com
    https://www.opera-bordeaux.com

    Voir aussi : "Pom, pom, pom, pom"
    "Parveen Savart : ‘Une modestie bouleversante’"
    "Très grand Bacri"

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  • L’univers entier en quelques minutes

    En 2025, Stéphane Michot, dont nous avions parlé à l’occasion de la sortie de ses Minutes du Soir, ressortait Seiler, une œuvre de 2015.

    À l’instar de son dernier opus, le compositeur et pianiste fait le choix de la concision, pour ne pas dire de l’épure. Le titre Sur le nom Deborde, qui ouvre l’EP, s’écoute comme une marche étrange et douloureuse, comme désarticulée. Bien différent est la pièce suivante, Anfänglich. Écrite avec soin et précision, elle renoue avec l’harmonie, proposant en moins de deux minutes tout un univers. Pour ces deux œuvres, le compositeur parle d’une écriture à partir d’un "alphabet musical". 

    Pudiques, courtes et sensibles

    Stéphane Michot propose ses Trois regards, une œuvre de notre époque que l’on pourrait qualifier de sonate en trois mouvements alliant néoclassique et contemporain. Le Prélude séduira par son souffle néoromantique que Yann Thiersen n’aurait pas renié.

    La deuxième partie de Trois regards, Klavierstück, commence par un retour à composition contemporaine XXe siècle, sans pour autant laisser l’harmonie complètement sur le chemin.  

    Le poète parle vient clore ces Trois regards. Stéphane Michot montre qu’il excelle dans l’écriture de pièces pudiques, courtes et sensibles. En 2015, il dévoilait déjà son univers singulier et attachant. Il est temps d’enfin le découvrir.

    Stéphane Michot, Seiler, 2025
    https://www.facebook.com/StefaneMC
    https://www.etsy.com

    Voir aussi : "Minute, un peu de Stéphane Michot"

    © 2025 Indésens Calliope Records

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  • Irrévérence et vénération

    Bla Bla Blog termine l’année en beauté avec un des plus beaux et des plus surprenants albums de ces derniers mois. Nous sommes dans un univers affolant, plein d’aplomb, de passion mais aussi de justesse avec cet album de Venerem dont le titre frappe fort à propos : Strike (Orlando). Le quatuor propose là un album incroyable mêlant avec bonheur musique Renaissance, baroque, néoromantisme, classicisme et jazz. Le tout dans un esprit rock.

    Le titre de l’opus fait référence à Strike The Viol, une ode pour l’anniversaire de la reine Mary. Laureen Stoulig propose l’une des plus étourdissantes versions de la pièce d’Henry Purcell (1659-1695). Impossible de ne pas parler des trois musiciens qui l’accompagnent dans cette version jazz électrisante, le pianiste et formidable arrangeur Marlo Thiennes, Michel Meis aux percussions et Simon Zauels à la basse électrique. Strike The Viol est l’un des plus beaux morceaux qui soient dédié à la musique, au plaisir et aux harmonies.

    Le second morceau de Purcell est The Cold Song, un tube tiré de l’opéra King Arthur. Et dire que cet opéra date de 1691 ! The Cold Song est redevenu célèbre au début des années 80 grâce au regretté Klaus Nomi. L’air devient ici un authentique morceau rock, grâce à la voix de Laureen Stoulig que la soprano franco-mauricenne pousse jusqu’à ses extrêmes limites. Une version là aussi inoubliable, servie par une prise de son captant jusqu’à la moindre variation du souffle de la chanteuse.    

    L’auditeur ou l’auditrice découvrira sans doute le compositeur Franceso Bartolomeo Conti (1682-1732). L’AriaAllegro, est extrait de sa cantate Languet anima mea. Comme pour le Strike The Viol de Purcell, il semble entendre chez les Venerem le même swing que Jacques Loussier, lorsque ce dernier faisait rimer Bach et jazz, ne s’interdisant pas plus l’irrévérence. 

    Un univers affolant, plein d’aplomb, de passion mais aussi de justesse 

    Après un instrumental – jazz, comme de bien entendu – de Marlo Thiennes, sous forme d’Entracte, c’est Vivaldi qui est présent avec le Cum Dederit, extrait du Nisi Dominum RV 608. La relecture moderne est plus sobre, gardant cet esprit sacré et recueilli, mais non sans d’infimes variations sonores. Voilà qui donne à ce Cum Dederit, un supplément d’âme et de mystère.

    Mais les Venerem ne sauraient pas s’arrêter en si bon chemin, sur le répertoire Renaissance et baroque. Le quatuor interprète avec simplicité une mélodie du compositeur néoromantique Reynaldo Hahn (1874-1947). À Chloris est une jolie déclaration d’amour, réservée, pudique et comme hors du temps : "S'il est vrai, Chloris, que tu m'aimes / Mais j'entends, que tu m'aimes bien / Je ne crois pas que les rois mêmes / Aient un bonheur pareil au mien".

    On est heureux de trouver dans ce somptueux album la magnifique Passacaille de Lully (1632-1687), extrait de son opéra Armide. La facture versaillaise, intacte, se pare des couleurs et des rythmes jazz. Le tout est porté par la voix cristalline de Laureen Stoulig.

    L’album porté par le quatuor se révèle un tour de force musical, intelligent, entre vénération et audace. Décidément, ce Strike finit par nous mettre KO debout.  

    Venerem, Strike, Orlando, 2025
    https://www.venerem-art-music.com
    https://orlando-records.com
    https://www.facebook.com/profile.php?id=100057786787723
    https://laureenstoulig.fr
    https://www.facebook.com/laureen.stoulig
    https://www.instagram.com/venerem_early_art_music

    Voir aussi : "Full sentimental"

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