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roman

  • Du couvent à la Régence

    L’Histoire de France est riche de personnages secondaires ayant contribué à leur manière à écrire des périodes particulièrement agitées. Claudine Alexandrine de Tencin est indubitablement l’une de ces figures. Madeleine Mansiet-Berthaud conte le récit de sa vie dans son roman historique, La Défroquée (éd. Ramsay).

    Cette fille de cinq enfants, née d’une famille grenobloise de la noblesse de robe durant le règne de Louis XIV a, dès son enfance, l’assurance de faire partie de ses grandes oubliées. Femme dans une culture patriarcale, avec un frère aîné qui est promis à un riche héritage et un autre frère poussé vers une carrière dans le clergé, la jeune fille est envoyé au couvent de Montfleury pour une vie de prière. Son existence est promise au silence, ce qu’elle ne peut admettre. Madeleine Mansiet-Berthaud la fait s’exprimer ainsi, alors qu’elle se morfond dans un couvent où son père l’a enfermé : "Si je quitte un jour ce voile et le monastère pour la vie civile, j’emploierai mon temps à bâtir une fortune." Une promesse de reprendre en main sa vie et de s’échapper d’une véritable prison, mais qui est aussi la marque d’une défiance envers les hommes : "Si Alexandrine ne tuait pas son père, elle tuerait tous les hommes qui l’approcheraient."

    En fait de meurtre, c’est plutôt de revanche et de vengeance dont elle va user. Cela va d’abord passer par une manœuvre juridique de longue haleine : obtenir du pape la fin des ordres et retourner à la vie civile. Sa bataille va durer onze ans et se terminer par sa libération : un cas "unique dans les annales de l’Église". Contre toute attente, dans une France où la religion catholique pèse de tout son poids sur la vie, Madame de Tencin devient celle que l’on surnomme "la défroquée" : "Ne serait-je jamais qu’une nonne / A qui faux pas l’on ne pardonne ?", versifie-t-elle lors des derniers jours du Roi Soleil.

    Ce n’est qu’une première étape vers son destin exceptionnel dans une époque traditionnelle et patriarchale. La jeune femme ne veut pas se contenter d’une existence régie par le mariage et une famille traditionnelle. S’occuper d’un enfant ? Au risque qu’il "vienne anéantir des rêves de gloire" ? Jamais ! Car si elle a bien eu un enfant, elle ne le reconnaît pas, et c’est finalement son amant de l’époque qui s’occupe de lui – qui deviendra plus tard le philosophe et encyclopédiste D’Alembert.

    Une féministe avant l’heure

    C’est d’abord auprès de sa sœur Marie-Angélique, devenue Madame de Ferriol, que l’ancienne nonne se frotte au grand monde, via un salon littéraire où les plus brillants esprits sont invités : Fontenelle, la tragédienne Mademoiselle Duclos, le jeune Voltaire, mais aussi toutes ces figures politiques qui, après la mort de Louis XIV, allaient être les têtes pensantes de la Régence. Mme de Tencin devient même la maîtresse de Dubois, le second en France après le Duc d’Orléans. Puisque la société interdit aux femmes tout pouvoir, elle multiplie les intrigues pour placer tel ou tel au plus haut sommet, souvent ses amants, et sans oublier les membres de sa famille. Alexandrine continuerait à fabriquer des candidats à l’immortalité dans son usine à idées, tout simplement parce que c’était sa vocation, sa vie, d’élever les grands esprits aux plus hauts sommets, comme de moquer ceux qu’elle estimait médiocres." Vers la fin de sa vie, elle se lance également en littérature, avec des romans qui auront un succès certain à l'époque.

    En suivant le destin incroyable de la Défroquée, l’auteure fait un tableau passionnant de la France du début du XVIIIe siècle : les luttes d’influence pour la succession de Louis XIV, les troubles anglais, le miracle économique du système de Law puis la crise qui s’en suivit, sans oublier l’arrivée au pouvoir du jeune Louis XV. Madeleine Mansiet-Berthaud fait de Madame de Tencin une brillante et insatiable manipulatrice qui s’appuie aussi sur sa propre famille. L’auteure capte bien cette époque, tout en glissant quelques pages d’une écriture classique, voire sensuelle, lorsqu’elle entre par exemple dans les intérieurs bourgeois de cette fille de noble provinciale devenue une aristocrate influente : "Le taffetas glissa sur le parquet ; la jupe étalée restait gonflée, comme toujours habitée. Les dessous de coton blanc échouèrent sur une méridienne. La chambre baignait dans une demie-pénombre."

    Car la famille est l’autre pierre saillante de son existence, avec un frère dont elle est éprise et qu’elle aidera sans faille dans sa quête de pouvoir ecclésiastique car "garder des relations avec les hauts personnages susceptibles de servir la carrière de son frère passait avant une aléatoire gloire personnelle". La quête de reconnaissance n’est pas absente des motivations de l’ancienne religieuse, jamais épargnée par son passé de nonne.

    L'auteure ne cache pas la grande part d’ombre d’Alexandrine de Tencin qu’est sa relation avec d’Alembert. On peut dire qu’elle s’avère être une féministe avant l’heure, qui a assumé ses choix privés jusque dans ses excès, en refusant "d’être l’esclave d’un homme" : "Quand la femme serait-elle l’égale de l’homme ?". C’est sa sœur qui a sans doute eu la réflexion la plus définitive sur elle : "Votre génie pour le calcul et l’intrigue me stupéfie." Ce que l’auteur résume de cette manière : "Quelle revanche prise sur le destin qui aurait dû être le sien !"

    Madeleine Mansiet-Berthaud, La Défroquée, éd. Ramsay,2020, 430 p.
    https://ramsay.fr/dd-product/la-defroquee

    Voir aussi : "Héros, salauds et intellos sous l’Occupation"

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  • On parle de Lucrèce chez Fattorius

    Retrouvez sur l'excellent site du bloggeur Fattorius une critique de mon roman Mille Milliards de Bisous pour mon Chéri, sorti il y a environ 9 ans - déjà !

    "Côté sentiments, l'auteur se met avec justesse dans la peau de Lucrèce, montrant avec une grande sensibilité les balancements du cœur d'une jeune fille à la fois passionnée, hésitante, puis follement heureuse de se retrouver avec un homme mûr, expérimenté, mais aussi rangé... Grave pourtant, la question de la différence d'âge est certes abordée, mais vite évacuée, tant la passion finit par tout renverser."

    C'est à lire sur ce lien.

    Lucrèce, Mille Milliards de Bisous pour mon Chéri, Edilivre, 2011, 136 p.
    http://fattorius.blogspot.com

    Voir aussi : "Mille Milliards de Bisous pour mon Chéri"

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  • Kim Chi Pho : "Ma vie est en transit tant que je ne termine pas mon roman"

    Kim Chi Pho sort en ce moment son dernier roman, À Jamais à Nous (éd. Lemart). L’occasion était trop belle pour lui poser quelques questions. À raison d’un roman par an, Kim Chi Pho est en train de se construire une œuvre littéraire passionnante.

    Bla Bla Blog – Bonjour, Kim. Tu sors en ce moment ton dernier roman, À Jamais à Nous. Peux-tu nous le présenter en quelques mots ?
    Kim Chi Pho – Bonjour. C’est l’histoire de deux amoureux, séparés par la mort et qui se sont jurés de se retrouver dans une prochaine vie. Cette quête placée sous le signe de la réincarnation se déroule au fil d’un récit où les espaces temps s’entremêlent.

    BBB – Après Sista, qui était beaucoup plus sombre, tu as choisi ici de parler d’amour. Du grand amour, même. Est-ce que c’était une respiration nécessaire pour toi ?
    KCP – Sista se déroulait dans la poussière et le sang d’Afrique, cependant cette violence ne m’a pas marqué ni laissé de trace. En fait, j’ai une bibliothèque à écrire dans la tête, je laisse des histoires sortir au fur et à mesure l’une après l’autre. C’est donc un hasard que Sista soit sortie avant À Jamais à Nous. À cet instant précis où je réponds à tes questions, j’ai le sixième roman qui bouillonne et veut sortir de ma tête, alors que l’écriture du cinquième roman n’est pas encore terminée.

    BBB – Te souviens-tu du moment où tu as t’es dit : "Ça y est ! J’ai mon sujet !" Qu’est-ce qui a été l’élément déclencheur ?
    KCP – Non, malheureusement car il suffit que je surprenne une conversation pour qu’une histoire germe. Et il arrive que plusieurs me tombent sur la tête le même jour. Il me semble impossible de tracer par l’ordre chronologique, quel élément déclencheur m’est venu en premier lieu.

    BBB – Tu parles d’amour et d’un coup de foudre déclencheur de ton récit. Mais, au fait : tu y crois, toi, au coup de foudre ?
    KCP – Bien sûr, parce que j’y crois ! Et je continue à chercher ! Depuis la nuit des temps, je suis à la recherche de l’homme de ma vie, je sais qu’il m’attend quelque part, il attend que je vienne le chercher. Si je ne le trouve pas dans cette vie, je le trouverai dans la prochaine.

    "Le confinement a anéanti toute ma créativité"

    BBB – Tu t’es mise, je crois, dans la tête d’un homme pour écrire ton récit. Pourquoi avoir fait ce choix ? J’image aussi que cela doit être particulièrement intéressant pour une femme écrivain.
    KCP – Tu as raison. Dans mes trois précédents romans, Mademoiselle Numéro 11, Le Clos des Diablotins et Sista, le personnage principal est toujours une femme. Pour À Jamais à Nous, c’est un homme ! Comme je l’ai expliqué plus haut, depuis longtemps je cherche l’amour, mais sans succès. Alors, en attendent cette retrouvaille, j’ai décidé de l’inventer, avec ma plume.

    BBB – Comment travailles-tu tes livres ? Fais-tu partie de ces auteures qui font un plan, qui savent où elles vont, ou bien te laisses-tu porter par ton récit ?
    KCP – Avant de commencer l’écriture, j’ai déjà l’histoire dans la tête, du commencement jusqu’au dénouement. Je m’installe devant mon laptop et je laisse les mots coucher sur les pages. Quand mon ordinateur est à court batterie, j’écris à la main. Il m’arrive d’écrire pendant des jours sans jamais m’arrêter. J’oublie même de manger, de boire. Ma vie est en transit tant que je ne termine pas mon roman.

    BBB – J’imagine que le confinement a dû quelque peu changé tes habitudes, y compris dans ton travail d’écriture.
    KCP – Le confinement a anéanti toute ma créativité. En moyenne, il me faut deux à trois mois pour écrire un livre, depuis avril 2020, je n’ai écrit aucun.

    BBB – Quels sont tes prochains projets ? Un autre roman peut-être ? Ou une série de romans ?
    KCP – Mon cinquième roman est en cours d’écriture, un thriller, une vengeance sanguinaire. Et puis après, j’aimerais vraiment passer à la réalisation, porter mes romans à l’écran.

    BBB – Pour terminer notre blabla, peux-tu nous parler de ta dernière lecture, du dernier film et de la dernière série que tu as vu et du dernier album que tu as écouté ?
    KCP – Ma dernière lecture : la biographie du plus grand peintre indien S.H. Raza de Soufiane Bensabra. L’art est mon refuge contre les impacts psychologiques néfastes du confinement. Les œuvres des grands peintres m’aident à m’évader en dehors des quatre murs. Côté cinématographique, j’ai visionné toutes les séries sur Netflix.

    BBB – Merci, Kim. Et on rappelle que ton roman À Jamais à Nous, aux éditions Lemart, sort en ce moment, à quelques semaines des fêtes de Noël.

    Kim Chi Pho, À Jamais à Nous, éd. Lemart, 2020
    https://www.editionslemart.fr
    https://www.facebook.com/kimchiphoauteure

    Voir aussi : "La voix de Mademoiselle numéro 11"

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  • "Rock'n'Love" d'Arsène K., toujours disponible

    Rock’n’love d'Arsène K. (éd. HQN) est toujours disponible au format numérique uniquement, et sur toutes les plateformes.

    De sa carrière de brillante avocate à son quotidien de maman dévouée, Lucrèce a toujours réglé sa vie comme du papier à musique. Sans l’ombre d’un doute, cet équilibre était la clé de son bonheur. Mais, en quelques jours à peine, celui-ci a volé en éclats. Alors que sa fille a fugué sans laisser de trace, son ex-petit ami, Alessandro, réapparaît sans prévenir. Ce chanteur célèbre au corps d’Apollon, à qui elle n’a pas parlé depuis vingt ans, est empêtré dans une affaire de plagiat qu’elle seule peut démêler. Prête à le défendre, Lucrèce doit pourtant rester prudente. Car, elle le sait, si elle se laisse de nouveau charmer par le rockeur, la partition qui accordait sa vie ne sera plus jamais la même.

    Rock’n’love paraîtra chez Harlequin au format numérique à partir du 1er juillet 2020.

    Arsène K., Rock’n’love, éd. Harlequin, coll. HQN, 2020, 237 p.
    au format numérique

    https://www.harlequin.fr/livre/13167/hqn/rock-n-love

    Voir aussi : "Sortie de mon prochain roman sous le pseudo d’Arsène K."

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  • Retour à l’éther

    C’est d’un retour à la terre dont il est question dans le roman d’Éric-Louis Henri, La Souciance (éd. du Panthéon). Un homme, au parcours professionnel brillant comme consultant, plus habitué aux long-courriers en première classe qu’aux promenades en pleine campagne, se prend d’amour pour un village perdu dans un arrière-pays du sud de la France - en Corse peut-on apprendre par ailleurs ("D’un côté, la mer à perte de vue. Et de l’autre, abrupt, un désordre de profondes vallées creusées par le temps.").

    En posant ses valises dans un lieu perdu, peuplé de villageois à la fois taiseux, bourrus et attachants. Le "lieu de villégiature" devient rapidement le havre de paix où s’installe cet homme qui y trouve ses vraies racines (l’auteur dévoilera en quelques pages une enfance difficile et sa rupture familiale).

    Il s'agit là, pour lui et sa compagne, d'un renouveau et d’une authentique aventure humaine : "Il y a tout un monde entre ce que l’on nous projette d’un lieu la nuit, et ce que l’on découvre aux premières lueurs du jour ensuite." L’installation de cet ancien citadin, ne prend cependant pas, dans La Souciance, la forme d’une description enchanteresse, légère – et insouciante. Éric-Louis Henri développe, en deux parties – "Il y eut un avant et un après…" et "La sagesse est un futur en soi car elle se joue de nos plans" – le parcours intérieur d’un homme qui, tel Ulysse dans L’Odyssée, parvient au bout d'un long parcours sur des terres qui deviennent finalement les siennes ("Mes cailloux, mes gisants. Ils furent mon arbre, cette nuit-là. En creux, ils m’ont murmuré : « C’est ici... »").

    L'art de faire un café à l’ancienne

    Homme sans doute aussi taiseux que les villageois qui vont l’accueillir comme un des leurs, le narrateur fait des pages qu’il écrit une confession autant qu’une série d’observation sur sa vie, sur le monde, sur la société de consommation et de communication mais aussi sur les quelques personnes marquantes qui ont croisé sa vie. Éric-Louis Henri délivre quelques pages sur ces petits riens : l’art de faire un café à l’ancienne, le souvenir marquant d’une voisine polonaise, une conversation sur un vol vers la Nouvelle-Zélande ou la rencontre avec des personnes âgées du village où il a fini par acheter une maison.

    "Moi, je demeure un irréductible amant du sens. Mon addiction ! Ma seule confession !" L’auteur veut voir derrière ses souvenirs, ses observations et des choses qu’il a vues des enseignements sur la condition humaine. Des passages peuvent aussi bien s’intéresser à ces héros invisibles et silencieux que sont les diplomates et les négociateurs de paix qu’à un ouvrage de développement personnel qu’il a digéré avec passion (Cinq Secondes pour changer la Vie de Mel Robbins) ou alors à une petite bibliothèque, "une maison aux livres ouvertes à tous".

    Cette découverte est le point de départ de la deuxième partie du roman, qui est consacrée à un projet qui est sensé lui apporter du sens : "L’exigence se nourrit en fait d’utilité et de raison, impérieuse souvent." La quête du narrateur dans ce village – l’île – se nourrit de rencontres pour atteindre enfin un objectif : "Nous avions jeté l’ancre au village, certes. Mais non pour y enfouir nos incertitudes, justement. Le village était notre socle. Chaque départ était un événement. Chaque retour, une fête."

    Passé, présent et futur : La Souciance est le récit d’un cheminement intérieur, presque éthéré, apportant un souffle d’air pur en contant l’histoire d’une vie qui repart.

    Éric-Louis Henri, La Souciance, Ici & maintenant, éd. du Panthéon, 2019, 120 p.
    https://elhenri.com
    https://www.facebook.com/LaSouciance

    https://www.editions-pantheon.fr/catalogue/la-souciance

    Voir aussi : "Quatrième dimension"

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  • Où es-tu ?

    On entre dans un roman de Modiano comme on voyage dans une ville familière. On parlant de ville, on serait d’ajouter que celle dont il s’agit est le Paris du Prix Nobel 2014. Encre sympathique (éd. Gallimard), n’échappe pas à la règle : Patrick Modiano propose là aussi une pérégrination littéraire sous forme d’une enquête énigmatique.

    La personne recherchée par le narrateur, Jean – comme le premier prénom à l’état-civil de Patrick Modiano –, se nomme Noëlle Lefebvre. C’est assez mystérieusement que celui qui a travaillé pour une agence spécialisée, décide de s’y intéresser : "Pourquoi ce « dossier » plutôt qu’un autre ? A cause des blancs sans doute." Et on verra qu’en effet beaucoup d’éléments manquent dans la vie d’une femme qui semble avoir disparu comme un fantôme. Voilà donc notre homme parti à la recherche d’une femme mystérieuse au sujet de laquelle il possède peu de choses : un nom, une photo et une adresse, à Paris, bien sûr.

    La pérégrination commence, et avec elle la rencontre avec des personnes qui s’avèrent au fur et à mesure du récit aussi transparents que cette inconnue dont les informations parcellaires, lorsqu’il y en a, rendent la jeune femme de plus en plus mystérieuse, à telle enseigne que Jean semble tourner en rond.

    Enquête sur une disparue

    Enquête sur une disparue, mais aussi enquête sur une enquête : car le narrateur n’a de cesse, des années après cette affaire, de reconstituer le cours de son travail mais aussi les dialogues avec quelques témoins ("Je compte les années et je tente d’être le plus exact possible"). Des noms et des prénoms refont surface, et avec eux des professions, des personnages interlopes, des questions, mais aussi et surtout des lieux : le cabinet d’un médecin, un dancing quai de Grenelle ou un fleuriste dans le 16e arrondissement, et alors même que le temps semble échapper à l’auteur de ces lignes : "Impossible sur un si long espace de temps d’établir un calendrier. Je crois qu’il est préférable de laisser courir ma plume. Oui, les souvenirs viennent au fil de la plume. Il ne faut pas les forcer, mais écrire en évitant le plus possible les ratures. Et dans le flot ininterrompu des mots et des phrases, quelques détails oubliés ou que vous avez enfouis, on ne sait pourquoi, au fin de votre mémoire remonteront peu à peu à la surface."

    Encre sympathique s’enrichit ici et là de courriers, listings, de pièces à conviction venues de nulle part qui obscurcissent plus qu’ils n’éclairent le parcours de cette Noëlle – que Patrick Modiano finit par mettre en scène dans un dernier chapitre. Il a lieu loin de Paris, à Rome, où se conclue le récit, cette fois à la troisième personne. Cette enquête apparaît aussi comme étant celle du narrateur lui-même, lorsqu’il apparaît que des lieux et des figures de la vie de Noëlle, font écho au passé de Jean.

    Ce récit d’une enquête somme toute anodine permet à l’auteur d’impressionner de révéler une autre histoire qu’une sorte d’encre sympathique rendait jusqu’alors invisible, d’où l’explication du titre du roman : "Il me semble que tout était écrit à l’encre sympathique… Peut-être, au détour d'une page, apparaîtra peu à peu ce qui a été rédigé à l'encre invisible, et les questions que je me pose depuis longtemps sur la disparition de Noëlle Lefebvre, et la raison pour laquelle je me pose ces questions, tout cela sera résolu avec la précision et la clarté des rapports de police. D'une écriture très nette et qui ressemble à la mienne, les explications seront données dans les moindres détails et les mystères éclaircis. Et, en définitif, cela me permettra peut-être de mieux me comprendre moi-même."

    Patrick Modiano, Encre sympathique, éd. Gallimard, 2019, 137 p.
    http://lereseaumodiano.blogspot.com

    Voir aussi : "Modiano : l'anti-Le Clézio"

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  • À la place du mort

    Retour à David Foenkinos et au hors-série que nous lui consacrons sur Bla Bla Blog, avec cette chronique sur La Délicatesse ( éd. Gallimard, Folio). Ce n’est pas son premier roman, mais c’est celui a marqué la reconnaissance critique et publique d’un auteur devenu incontournable dans la littérature contemporaine.

    L’intrigue relativement tenue du récit tout comme le choix de personnages qui pourraient être des voisins ou des collègues de travail font de ce livre un vrai petit miracle.

    Nous suivons Nathalie, une jeune femme pétillante, légère, délicate mais aussi à la vie ordinaire et heureuse. Lorsqu’elle croise sur sa route François, avec qui elle décide de vivre sa vie, on se dit que tout réussit à cette Parisienne ("Ils étaient le maillot jaune de l’amour"). D’autant plus qu’un alignement des planètes favorable lui permet d’entrer dans une grande société suédoise, au service de son directeur, Charles Delamain, qui l’a recruté pour son rayonnement ("Il trouvait que cette femme semblait sage") mais aussi pour son attraction.

    Un vrai petit miracle

    Le drame surgit sans prévenir : un accident de la route provoque le décès de François, et voilà Nathalie tétanisée, enfermée dans un chagrin indicible et que personne ne semble pouvoir mettre fin : "Elle ne voulait plus sentir ce regard apitoyé sur elle. Elle voulait se terrer, s’enfermer, vivre dans un tombeau." La jeune veuve parvient à revenir au travail et reprendre un peu de vie sociale, mais le cœur n’y est plus. Charles Delamain, son directeur, mais aussi Chloé, une collègue un peu trop envahissante, tentent de faire sortir Nathalie de son deuil. En vain. Le déclic viendra pourtant d’une autre personne, Markus, un homme effacé, presque invisible, pour tout dire assez ordianire. Un geste gratuit, délicat et inexplicable bouscule subitement l’existence de cet homme et de cette femme si différents.

    Lorsque David Foenkinos a sorti La Délicatesse il y a un peu plus de 10 ans, le terme de résilience était inconnu du grand public. Il s’agit pourtant bien de cela : l’histoire d’une reconstruction en dépit d’un drame insupportable. L’auteur parvient à parler de cette tragédie grâce à un récit singulièrement léger, écrit avec une grande délicatesse, et où les effets de surprise ne manquent pas : passant d’un personnage à un autre (on pense à ces pages consacrées à Charlotte, la conductrice à l'origine de l'accident mortel), il suit pas à pas la route de Nathalie mais aussi de l’irrésistible Markus. David Foenkinos ponctue son roman de digressions sous forme de listes ou de notes de bas de pages – qui seront bientôt une marque de fabrique dans la suite de son oeuvre.

    La Délicatesse a été adaptée au cinéma deux ans plus tard par Stéphane Foenkinos et David Foenkinos en personne, avec Audrey Tautou et François Damiens dans les rôles principaux.

    David Foenkinos, La Délicatesse, éd. Gallimard, coll. Folio, 2009, 210 p.
    @DavidFoenkinos

    Voir aussi : "David Foenkinos, son œuvre"
    "La bibliothèque des auteur·e·s inconnu·e·s"

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  • Lorsqu’un François en cache un autre

    Avec Le Manuscrit de Quimper, le premier roman de François Lange, ancien policier reconverti en écrivain de polar historique, nous voilà dans une atmosphère sombre et une intrigue rocambolesque qui ne sont pas sans rappeler la série Vidocq. Sauf que, cette fois, l’histoire se déroule non pas durant le premier Empire puis la restauration mais en 1858, durant les premières années du règne de Napoléon III. Quant au protagoniste, l’inspecteur François Le Roy, il exerce non pas à Paris mais en Bretagne. Voilà pour camper ce roman publié par les éditions Palémon.

    Le manuscrit de Quimper est cet objet qui est au cœur d’une histoire sur fond de conspiration mais aussi de vols ourdis par une troupe insaisissable. Lorsqu’un antiquaire est retrouvé sauvagement assassiné chez lui, l’émoi est à son comble chez les notables mais aussi les autorités locales, la préfecture en tête.

    Un exutoire

    L’inspecteur Fañch Le Roy – dont on devine que l’auteur, qui porte le même prénom que son héros, a mis beaucoup de lui-même – est chargé de retrouver le ou les criminels. Bientôt, il apparaît qu’un étrange manuscrit, qui conduit tout droit à une société secrète, pourrait être la solution de ce mystère. Et pendant ce temps, il y a aussi cette affaire de vols à grande échelle : une autre épineuse affaire à régler au cœur de la Bretagne bigoudène.

    Roman historique se déroulant durant le Second Empire, Le Manuscrit de Quimper est un agréable polar régional, dans un pays que François Lange connaît bien. À bien des égards, ce roman – le premier que l’auteur a écrit, et qui a bien failli rester dans un tiroir –, était un exutoire lorsqu’il exerçait comme officier de police : " Je l’ai commencé en 2005. J’ai ressenti le besoin d’écrire en raison d’une mésentente avec la procureure de la République en poste à l’époque," dit-il dans une interview pour Côté Quimper. Redécouvert 13 ans plus tard, Le Manuscrit de Quimper est finalement publié et devient le premier tome d’une série sur ce policier pugnace, courageux et dévoué qu’est François Le Roy, avec "ce même regard transparent et apparemment vide de tout sentiment."

    François Lange, Le Manuscrit de Quimper, éd. du Palémon, Quimper, 2018, 189 p.
    https://www.palemon.fr
    Page Wikipédia de l’auteur

    Voir aussi : "La femme est l'avenir de l'homme planqué"

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  • Point de fuite

    "Le chagrin est une œuvre d’art comme les autres" annonce Céline Guarneri en exergue de son dernier roman, Furtiva Lagrima (éd. La Trace). Il est vrai que son récit commence comme un drame que l’auteure va élégamment et avec justesse déployer sur quelques jours.

    Ce drame est annoncé par le premier chapitre consacré à Louis Maurand, un critique et collectionneur d’art contemporain lyonnais qui a imposé son autorité sur sa famille, une épouse qui s’est volontairement effacée (et que le lecteur ne croise qu’épisodiquement) et surtout leurs quatre enfants avec qui les relations n’ont jamais été simples. Il y a les deux jumeaux, Maxime et Stanislas, la sœur Béatrice et Hadrien.

    Stanislas est devenu violoniste international reconnu. C’est "le fils parfait, le fils préféré", coulant un amour a priori parfait avec sa fiancée, Salomé, une danseuse de tango argentine (un domaine que l’auteure connaît bien).

    Maxime, qui est artisan ébéniste, cache de son côté deux secrets qu’il ne parvient pas à révéler à un père qui l’a toujours impressionné.

    Béatrice, elle, s’est installée non loin de ses parents dans une vie triste, bourgeoise et frustrante, avec un mari qui a fini par l’insupporter et deux enfants, deux filles un poil têtes à claques ("Elle avait parfois une envie furieuse de claquer la porte, de monter ans un avion et de fuir son rôle de maman à plein temps").

    Quant à Hadrien, sur lequel Céline Guarneri concentre peu à peu tout son récit, c’est un fils à la réussite éclatante : il est trader à Paris et coule le grand amour avec Daphné, une brillante et irrésistible intellectuelle parisienne. Il est aussi celui qui a pu rompre tout lien avec son père, à telle enseigne que lorsqu’il apprend son accident de voiture, il hésite à se rendre à son chevet, malgré l’insistance de sa petite amie.

    Une figure paternelle à la fois incontournable, impressionnante et mystérieuse

    Dans cette famille lyonnaise déchirée et aux lourds secrets, voilà donc la fratrie réunie à l’occasion d’un drame qui concerne une figure paternelle écrasante, suscitant tour à tour l’admiration, le respect, la colère, mais aussi la fuite, comme le devine d’instinct Salomé ("Décidément, les frères Maurand étaient tous porteurs du gène de la fuite"). La fuite est du reste ce qui semble l’emporter chez ces quatre rejetons qui ont toujours été en attente d’une forme de reconnaissance, à l’instar de l’ébéniste et artiste contrarié, Maxime.

    Louis Maraud, personnage omniprésent, est singulièrement le grand absent de ces retrouvailles qui, des quais de la gare Lyon Part-Dieu aux couloirs d’un hôpital en passant par la luxueuse maison de Béatrice, font figure de "sinistre corrida des émotions."

    Grâce à son écriture précise et sensible, Céline Garneri observe en entomologiste patiente cette famille dont la souffrance semble se transmettre inexorablement de père à enfants. De Paris à Lyon, en passant par Budapest et l’île italienne d’Ischia, l’auteure trace des points de fuite qui ramènent toutes à une figure paternelle à la fois incontournable, impressionnante et mystérieuse. La sœur et les trois frères, à commencer par Hadrien, s’interrogent sur la reconnaissance qu’ils n’ont souvent jamais eue et sur un amour paternel qui semble faire surface au cours de cette semaine tragique : "La mort nous jette sur une plage inconnue et austère où se côtoient souvent tristesse et colère, désespoir et culpabilité et cette terrible sensation d'abandon."

    Cette période crépusculaire, Céline Guarneri la décrit aussi comme le moment-clé où des destins mais aussi des amours se jouent. Ce qui était une réunion familiale douloureuse se révèle finalement comme une catharsis salutaire, au risque de bousculer les vies et les couples : "Les émotions, c’est fait pour sortir. Les cornichons aussi sortent du bocal un jour."

    Céline Guarneri, Furtiva Lagrima, éd. La Trace, 2020, 260 p.
    https://www.celineguarneri.fr
    https://www.editionslatrace.com/product-page/furtiva-lagrima

    Voir aussi : "Roman-feuilleton 3.0 sur un air de tango"

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  • Une autre Amérique

    C’était en 2007. L’écrivain américain Philip Roth décrivait dans Le Complot contre l'Amérique une uchronie. Il imaginait la prise au pouvoir en 1940 de Charles Lindbergh, le héros de la traversée de l’Atlantique (1927). Alors que l’Europe plongeait dans la catastrophe nazie, les États-Unis s’enfermait dans un neutralisme coupable, attisés par des relents d’antisémitisme et de complicité avec l’Allemagne du IIIe Reich.

    The Plot Against America est l’adaptation en mini-série de cette réécriture de l’histoire, sur le modèle du Maître du Haut Château de Philip K. Dick. Que se serait-il passé si, au lieu du deuxième mandat de F.D. Roosevelt, les Américains avaient choisi le "héros de l’Atlantique" et de personnalités respectées, à l’exemple d’Henry Ford ? La question n’a rien d’absurde, tant l’opinion américaine était à l'époque partagée au sujet de l’interventionnisme. Ajoutez à cela la peur du communisme et l’antisémitisme bien présent. Le terme de "complot" prend tout son sens, et le spectateur de 2020 verra dans cette histoire écrite il y a plus de dix ans de troublantes analogies avec les soubresauts du monde moderne : la peur, les "aventuriers"en politique ou les extrémismes de tout bord. Ça ne vous rappelle rien ?

    Uchronie

    Pour cette uchronie dont le récit s’étale sur six épisodes, les showrunners Ed Burns et David Simon font le choix de la fidélité au roman de Philip Roth. Charles Lindbergh est singulièrement peu présent dans la mini-série, ce qui peut être regrettable, car il y avait sans doute matière à booster cette uchronie grâce à l’histoire tragique de l’enlèvement médiatisé de son fils.

    Cette Amérique imaginaire mais plus vraie que nature est vue sous l'angle d'un petit garçon juif, Philip – comme l'auteur. La mini-série HBO reconstitue avec soin l’Amérique des années 40, tout en déployant avec soin une histoire familiale, qui est aussi le récit d’une enfance.

    Y figurent en bonne place les parents de Philip, Alvin (Anthony Boyle) et Elizabeth Levin (Zoe Kazan, formidable). Mais il convient de dire que ce sont deux autres personnages, bien que mis au second plan, qui sont les plus intéressants : John Turturro  dans le rôle du rabbin Lionel Bengelsdorf et Winona Ryder. Cette dernière irradie, fascine et exaspère à chaque plan dans son rôle de compagne admirative et aveuglée d’amour pour cet homme influent d'obédience juive qui a choisi, contre toute attente, le camp de Lindbergh.

    Ces deux protagonistes sont sans doute les deux grands atouts d’une série qui nous interroge – parfois maladroitement et de manière trop appuyée – sur ces complots qui menacent nos démocraties et sur la manière dont un pays peut se déshonorer.

    The Plot Against America, série uchronique américaine d’Ed Burns et David Simon,
    avec Winona Ryder, Zoe Kazan, Morgan Spector,
    John Turturro et Anthony Boyle, saison 1, 6 épisodes, 2020, sur OCS et Canal+

    Philip Roth, Le Complot contre l'Amérique, éd, Gallimard, 2007, 476 p.
    https://www.hbo.com/the-plot-against-america
    https://www.ocs.fr
    https://www.philiprothsociety.org

    Voir aussi : "Matthew Rhys sur les pas de Raymond Burr"

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  • "Rock'n'love" : extrait 4

    Après un retour dans les années 1990, Peter Alabama avait disparu de la circulation, la faute à un album considéré par beaucoup comme raté. Cet échec coïncidait avec les décès rapprochés de son père et surtout de sa mère, Peggy Paloma. L’ex-chanteur des Babydolls s’était donc enfui en Californie, officiellement pour se « régénérer », officieusement pour soigner une dépression. Il fit tout de même quelques concerts dans des salles confidentielles, à Los Angeles, mais le public français finit par s’habituer à son absence.

    Arsène K., Rock’n’love, éd. Harlequin, coll. HQN, 2020, 237 p.
    au format numérique
    https://www.harlequin.fr/livre/13167/hqn/rock-n-love

    Voir aussi : "Mon cœur battra toujours au même rythme que le tien"
    "Rock’n’love : extrait 2"

    Photo : Thibault Trillet - Pexels

    arsène k,roman,lucrèce,mes publications mes créations

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  • Gerhard Richter, sans le dire

    Il s’agit au préalable de définir ce que peut être cette publication des éditions Saint-Simon, L’œuvre sans auteur.

    Évidemment, le livre de Florian Henckel von Donnersmarck renvoie au film du même nom, sorti il y a deux ans, et dont il est le réalisateur (on lui devait auparavant La Vie des Autres, archi récompensé). Une adaptation donc, et par Florian Henckel von Donnersmarck lui-même, qui a signé le scénario du long-métrage.

    Scénario, roman, adaptation : en vérité, nous avons affaire ici à un objet littéraire hybride, qui échappe à la sécheresse du genre scénaristique, tout en adoptant son efficacité et la force des dialogues. Le lecteur, qui n’a pas vu le film (ou du moins les films, puisque le long-métrage allemand était en deux parties), trouvera dans la version écrite de L’œuvre sans auteur ce qui s’en rapproche le plus.

    Mais il existe également une autre particularité dans L’œuvre sans auteur qui rend le roman, mais aussi le film, remarquable. En fin de livre, dans l’entretien que Florian Henckel von Donnersmarck a accordé au journaliste Thomas Schultze, l’écrivain, scénariste et cinéaste explique la genèse de cette œuvre qui est indissociable de la vie du peintre Gerhardt Richter, même si son nom n’est jamais cité. Henckel von Donnersmarck raconte que l’idée de raconter le début de sa carrière, commencée en RDA quelques années après la fin de la seconde guerre mondiale, n’a été rendue possible par Richter qu’à condition que les noms des personnages soient changés et que les tableaux du peintre ne soient pas utilisés. Le cinéaste précise que pour le tournage de son long-métrage, ce sont d’autres toiles qui ont été spécialement utilisées, grâce à des élèves de Richter lui-même.

    Scénario, roman, adaptation : en vérité, nous avons affaire ici à un objet littéraire hybride

    "Un récit inspiré de personnages réels", est-il précisé dans le roman publié par les éditions Saint-Simon. Kurt Barnety est Gerhardt Richter, l’une des plus grandes figures de la peinture du XXe et du XXIe siècle. Elizabeth May est Marianne Schönfelder, sa tante internée puis exécutée comme malade mentale pendant le IIIe Reich. Carl Seeband est Heinrich Eufinger, gynécologue, chirurgien, membre de la SS et impliqué dans le programme d’euthanasie à grande échelle mis en place par le régime nazi. Il deviendra plus tard le beau-père de Richter, après le mariage de ce dernier avec sa fille Elizabeth ou Ellie (Ema Eufinger dans la vie réelle).

    Voilà pour les protagonistes de cette histoire allemande, dans lequel les grandes tragédies du XXe siècle, les traumatismes de la seconde guerre mondiale, les histoires familiales et l’art se percutent de plein fouet.

    Karl est un artiste jeune et très doué lorsqu’il commence à Dresde un cursus dans les beaux-arts. Nous sommes à la fin des années 40 et l’Allemagne est scindée en deux pays : la RFA occidentale et la RDA communiste, où le peintre prometteur doit s’adapter à l’académisme et au réalisme soviétique. Quelques années plus tôt, sa tante Elizabeth lui faisait découvrir l’art moderne (dit "dégénéré"), avant d’être internée et tuée en raison de sa schizophrénie. À Dresde, Kurt rencontre une jeune femme dont il tombe amoureux. Elle s’appelle Elizabeth, elle aussi, et elle est la fille de Carl Seeband, l’un des responsables du programme qui a envoyé à la mort des centaines de milliers de malades mentaux. Mais ça, Kurt l’ignore. Par amour pour Ellie, il se fond bon gréé mal gréé dans cette famille au lourd passé. Et lorsque son beau-père décide de quitter la RDA pour la RFA en raison d’une enquête soviétique sur les anciens criminels de guerre nazis, Kurt le suit pour ne pas quitter Elizabeth. Il arrive dans un nouveau pays et doit trouver sa voie artistique.

    Ce passionnant itinéraire personnel autant qu’artistique est aussi une histoire d’amour se heurtant aux souffrances du passé. Grâce au choix littéraire de Florian Henckel von Donnersmarck, L’œuvre sans auteur se lit d’une traite et a l’immense intérêt de pousser à découvrir l’œuvre de Gerhardt Richter. L’un des plus grand peintres vivants, sans aucun doute.

    Florian Henckel von Donnersmarck, L’œuvre sans auteur,
    Le destin tragique d’une famille allemande
    Trad. Olivier Mannoni, éd. Saint-Simon, 2019, 167 p.

    http://www.editions-saintsimon.com/livres/oeuvre-sans-auteur
    http://diaphana.fr/film/l-oeuvre-sans-auteur
    https://www.gerhard-richter.com

    Voir aussi : "Sage et libre comme un poisson rouge"

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  • "Rock'n'love" : Inédit 1

    Quelques semaines après la sortie de Rock'n'love, je vous offre sur Bla Bla Blog un passage inédit du roman. Cet extrait est un dialogue entre Lucrèce et Alessandro, au sujet d'un étrange tatouage.

    — C’est quoi ce dessin ?

    Il y avait, tatoué sur le haut de son épaule droite le torse d’une femme aux seins dénudés, sur lesquels étaient imprimés deux têtes. Il pointa du doigt deux inscriptions: « EODM » au niveau du cou et « Zipper down » au niveau de fa fermeture éclair.

    — C’est un hommage à l’album des Eagles Of Death Metal qui est sorti peu de temps avant leur concert au Bataclan.

    — L’attentat du 13 novembre, fis-je.

    — C’est mon hommage. On a perdu deux amis ce soir-là. J’ai fais faire ce tatouage dans les semaines qui ont suivies. C’est ma modeste contribution. On va d’ailleurs faire une adaptation de Complexity dans notre prochain album.

    Arsène K., Rock’n’love, éd. Harlequin, coll. HQN, 2020, 237 p.
    au format numérique
    https://www.harlequin.fr/livre/13167/hqn/rock-n-love

    Voir aussi : "Mon cœur battra toujours au même rythme que le tien"
    "Rock’n’love : extrait 2"

    Photo : Andrea Piacquadio - Pexels

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  • "Rock’n’love" : extrait 3

    Alessandro débriefait le concert avec ses trois partenaires. Tout le monde avait l’air grave des soirs de rupture. Je voyais de près le chanteur et bassiste, qui brandissait une bouteille d’Évian vindicative en direction de la pianiste, une blonde aux cheveux peroxydés et à la mâchoire proéminente. Le batteur, un type corpulent à la calvitie naissante, avait pris le parti de ne pas intervenir. Il regardait le plafond avec une expression de profond ennui. La plus véhémente était l’autre guitariste du groupe, une petite brune surnommée Frankie. Je l’entendis déclarer à Alessandro qu’il devait arrêter de se la jouer, qu’il n’était pas le groupe à lui tout seul et que c’était elle qui l’avait engagé. Il lui rétorqua que c’était la dernière fois qu’il acceptait de se produire dans ces conditions. Anna et moi débarquions au mauvais moment.

    Arsène K., Rock’n’love, éd. Harlequin, coll. HQN, 2020, 237 p.
    au format numérique
    https://www.harlequin.fr/livre/13167/hqn/rock-n-love

    Voir aussi : "Mon cœur battra toujours au même rythme que le tien"
    "Rock’n’love : extrait 2"

    Photo : Wendy Wei - Pexels

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  • Sortie de "Rock'n'Love"

    C'est aujourd'hui que sort Rock'n'Love d'Arsène K (éd. Harlequin, HQN).

    L'histoire : de sa carrière de brillante avocate à son quotidien de maman dévouée, Lucrèce a toujours réglé sa vie comme du papier à musique. Sans l’ombre d’un doute, cet équilibre était la clé de son bonheur. Mais, en quelques jours à peine, celui-ci a volé en éclats. Alors que sa fille a fugué sans laisser de trace, son ex-petit ami, Alessandro, réapparaît sans prévenir. Ce chanteur célèbre au corps d’Apollon, à qui elle n’a pas parlé depuis vingt ans, est empêtré dans une affaire de plagiat qu’elle seule peut démêler. Prête à le défendre, Lucrèce doit pourtant rester prudente. Car, elle le sait, si elle se laisse de nouveau charmer par le rockeur, la partition qui accordait sa vie ne sera plus jamais la même.

    Arsène K., Rock’n’love, éd. Harlequin, coll. HQN, 2020, 237 p.
    au format numérique
    https://www.harlequin.fr/livre/13167/hqn/rock-n-love

    Voir aussi : "Mon cœur battra toujours au même rythme que le tien"
    "Rock’n’love" : à propos de Lucrèce"

    Photo : Lucas Pezeta - Pexels

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