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espionnage

  • S’il vous plaît, rembobinez

    Le plus beau coup que pouvait faire Christopher Nolan au spectateur de Tenet est de le contraindre à rembobiner et revoir les aventures du protagoniste. Car visionner plusieurs fois ce long-métrage mémorable s’avère plus que nécessaire pour comprendre – un peu – les secrets de ce film mêlant espionnage et science-fiction et jouant essentiellement sur des retours-arrières temporels.

    L’histoire peut se résumer de manière la plus classique qui soit : le personnage principal (qui se nommera plus tard lui-même "le protagoniste"), joué par un impeccable John David Washington, est un agent secret. Lorsque le film commence, il est engagé dans une mission dangereuse lors d’une prise d’otage dans un opéra qui se termine dans la confusion et avec la mort de l’agent, torturé sans en avoir révélé des informations sur sa présence et sur son but. Une mort qui n’en est pas vraiment une puisque le protagoniste se réveille sain et sauf sur un bateau. Il apprend qu’il est recruté pour une nouvelle opération dont le code, qui est aussi le nom d’une organisation secrète, est "Tenet".

    Ce palindrome, au cœur de milliers de commentaires autour de ce film, cache un danger universel : une guerre mondiale infiniment dangereuse, provoquée ni par des armes nucléaires ni par des États terroristes mais par une technologie venue du futur capable d’inverser l’entropie. Pour faire simple, l’entropie est la qualité physique d’un objet d’aller dans un sens ou dans un autre. Le protagoniste a d’ailleurs pu voir une balle "inversée" manquer de le tuer lors de sa précédente opération. Pour dire les choses autrement, il semble que l’avenir ait déclaré la guerre à notre présent en raison d’une arme physique capable d’annihiler son passé et donc notre présent.

    Le spectateur aura besoin de quelques clés pour naviguer dans un film qui promet de rester dans les annales du cinéma

    Vous me suivez toujours ?

    Le protagoniste se lance sur la trace d’objets "inversés" que le futur a envoyé à notre époque grâce à des sortes de tourniquets – et que le spectateur pourra voir à l’œuvre. Un homme a la clé de cette mission : Sator. Véritable génie du mal, c’est lui qui manipule cette arme d’un genre nouveau grâce à sa maîtrise du temps. Son seul point faible est sa femme Kat (Elizabeth Debicki), approchée par le protagoniste, allié avec le mystérieux Neil – un Robert Pattinson vraiment au sommet. Elle et son jeune fils Max sont entre les griffes du mafieux russe qui tient entre ses mains pas moins que l’existence de l’humanité.

    Lors de la sortie de Tenet, Christopher Nolan – qui est aussi l’auteur du scénario travaillé pendant des années – a prévenu les futurs spectateurs qu’il fallait "ressentir" plutôt que de "comprendre" une histoire mettant en scène des agents secrets sans peur et sans reproche, un méchant absolu joué avec un plaisir manifeste par Kenneth Branagh, une arme fatale, des innocents empêtrés dans des intrigues insolvables et, the last but not the least, des personnages allant dans un sens ou dans l’autre, lorsqu’ils ne passent pas d’un présent à un autre.

    Il faut objecter au réalisateur que le spectateur aura besoin de quelques clés pour naviguer dans un film qui promet de rester dans les annales du cinéma. Rembobiner le film – et pas qu’une fois ! – peut s’avérer nécessaire pour savourer des indices parsemées ici ou là : les deux voix de chemin de fer entre lesquelles le protagoniste est torturé, la boucle rouge du sac à dos, un signe des mains, les références au carré Sator ou bien la présence de Neil, en complice obstiné.

    Pour ce long-métrage malin, intelligent et de très haute volée (Ludwig Göransson signe en plus une bande originale qui semble elle aussi se jouer du sens de la lecture), Christopher Nolan met le cerveau du spectateur à contribution, à telle enseigne que des théories, parfois très bien vues, se multiplient sur Internet. Je vous en ai trouvé ici et  ou encore là.

    Alors, je vous donne un ultime conseil : regardez, concentrez-vous, savourez, puis rembobinez.

    Tenet, espionnage et SF anglo-américain de Christopher Nolan, avec John David Washington
    Robert Pattinson, Elizabeth Debicki et Kenneth Branagh, 2020, 150 mn
    https://www.tenetfilm.com
    https://www.warnerbros.com/movies/tenet

    Voir aussi : "Homme fatal"

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  • L'interview (qui tue)

    Le film The Interview (L'Interview qui tue) peut déjà être qualifié comme l'œuvre cinématographique la plus importante de 2014 et sans doute aussi de ce début d'année 2015.

    Nul doute que les auteurs, producteurs et distributeurs de ce long-métrage se seraient pourtant bien passés d'un tel honneur car la notoriété de The Interview tient justement à sa sortie limitée sur les grands écrans, aux attaques subies à son encontre et aussi à son impact géopolitique. 

    Rappelons en quelques mots l'histoire de ce divertissement aux conséquences mondiales rarement vues. Evan Goldberg et Seth Rogen (ce dernier a sévi dans des films comme 40 ans, toujours Puceau, Supergrave ou Zack et Miri font un Porno) sont à la réalisation de cette farce. 

    Elle met en scène le présentateur vedette Dave Skylark (James Franco) et son producteur Aoron Rapoport (Seth Rogen) décidés à interviewer le dictateur nord-coréen Kim Jong-un (Randall Park), ce dernier ayant déclaré être un fan du talk-show "Skylark Tonight". Alors que des pourparlers s'ouvrent pour mener à bien ce projet, la CIA, par l'entremise de l'agent Lacey (Lizzy Caplan), approche les deux Américains pour les convaincre d'empoisonner Kim Jong-un. Ils acceptent par patriotisme et se retrouvent en terrain ennemi, nez à nez avec le dictateur communiste, dans son palais présidentiel. Le projet d'assassinat va s'avérer un peu plus compliqué que prévu pour nos deux pied-nickelés, surtout que Kim (affublé, au passage, d'une particularité anatomique que le bloggeur ne dévoilera pas ici...) se montre d'une grande affabilité avec le délirant, naïf – et incompétent – Dave Skylark.     

    Dire que cette comédie bouffonne n'est pas un chef d'œuvre de comédie est un pléonasme. Humour potache, caricatures (de l'autocrate comme des États-Unis et de leurs mœurs) et gags graveleux sont assumés à 200 % par les auteurs et les acteurs du film. The Interview appartient à la lignée de ces comédies américaines revendiquant leur aspect régressif. L'influence de Sacha Baron Cohen est certaine. Mais là où l'auteur de The Dictator (2012) choisissait habilement de créer un personnage de toute pièce à mi-chemin entre Kadhafi et Ahmadinejad, Evan Goldberg et Seth Rogen ont choisi de s'attaquer frontalement à l'un des pires dictateurs de la planète. 

    Ce choix a suscité la fureur de Kim Jong-un qui a multiplié les menaces contre le film et contre les États-Unis. Faute de pouvoir convaincre l'interdiction de ce long-métrage particulièrement féroce contre lui, c'est une attaque de hackers – vraisemblablement pilotés depuis la Corée du Nord – qui a eu raison de cette comédie engagée. Les piratages subies par Sony, la fuite de documents et de secrets de production et les menaces terroristes ont convaincu la multinationale de jeter l'éponge. Mais pas The Interview de bâtir sa réputation d'œuvre déjà culte. Une œuvre qui a, du même coup, jeté un peu d'huile sur le feu dans cette partie du monde, plus que jamais en guerre froide contre les États-Unis.

    Evan Goldberg et Seth Rogen, The Interview (L'Interview qui tue), avec James Franco,  Seth Rogen, Randall Park, Lizzy Caplan et Diana Bang, USA, 2014, 112 mn

  • Qui es-tu, Nico ?

    Nico, magnifique blonde incendiaire des années 60 d'origine allemande, également mannequin, est l'héroïne de cette bande dessinée originale.

    Cela ne vous rappelle rien ?

    Les fans du Velvet Underground auront tout de suite fait l'analogie avec la chanteuse Nico, top-model, égérie de nombreux artistes de cette époque et chanteuse folk aux disques légendaires (voir la vidéo en bas de cet article).

    Dans le premier volume de cette série, Nico renaît sous les traits d'une espionne, en pleine guerre froide. CIA, KGB ou agents-doubles s'affrontent autour de secrets technologiques capables de changer le cours du monde.

    Rien que de très classique, me direz-vous, dans cette histoire digne de Ian Fleming ! Sauf que cette bande dessinée, très datée année 60, est en réalité une uchronie. Le lecteur découvre des sixties bien différentes de celles que le XXe siècle a connu : après la seconde guerre mondiale, l'écrasement de soucoupes volantes en URSS et aux États-Unis (à Roswell) a bouleversé l'ordre du monde, en exacerbant plus encore les tensions entre les deux superpuissances. La technologie a fait des bonds en avant prodigieux, grâce à ces technologies extraterrestres tombées du ciel. Les moyens de transports supersoniques sont courants et des villes futuristes ont poussé. Le lecteur apprend également que Marilyn Monroe est toujours vivante, tout comme John Fitzgerald Kennedy et Staline. En pleine guerre froide d'un autre genre, la sémillante Nico part en mission à Paris recueillir les informations d'un espion. Prise au piège après la mort de ce dernier, elle n'a d'autre choix que de fuir en Autriche grâce à son père adoptif, ce dernier ayant trouvé là-bas la mère naturelle de notre héroïne.

    Qui est Nico ? Cette histoire divertissante d'espionnage, au graphisme élégant, pose la question de l'identité. Un troublant jeu de miroir renvoyé au lecteur lorsque ce dernier apprend que, dans ces années 60 fictives, le Velvet Undergroud enregistre son premier album avec une chanteuse et mannequin prénommée... Amanda. Pendant ce temps, notre Nico commence une carrière d'espionne, en route vers son destin – mais aussi son passé.

    Berthet et Duval, Nico, 1, Atomium-Express, éd. Dargaud, 56 p., 2009

  • Mes parents étaient des espions communistes

    La saison 2 de The Americans a débarqué sur nos petits écrans depuis quelques semaines, sur Canal+. Pour celles et ceux qui auraient raté la première saison, rappelons l'histoire de cette captivante fiction d'espionnage. 

    Au début des années 80, dans les Etats-Unis reaganiens et en pleine guerre froide, une famille d'Américains, Elizabeth et Phillip Jennings, vivent une existence paisible d'Américains moyens en compagnie de leurs enfants. Une existence qui n'est que façade car Elizabeth et Phillip sont en réalité deux agents dormants soviétiques, deux espions froids et efficaces du KGB infiltrés des années plus tôt chez l'ennemi. Leur couverture sans faille – un mariage de circonstance, deux enfants, Paige et Henry, une agence de voyage dont ils sont responsables – est mise à mal le jour où vient s'installer en face de chez eux un nouveau voisin, Stan Beeman, un redoutable agent du FBI. 

    La saveur de cette série est de faire la part belle aux dissimulations, mensonges, couvertures, agents doubles et autres subterfuges, donnant à cette série une atmosphère paranoïaque rarement vue depuis la première saison de Homeland.

    Audacieuse et austère, The Americans brille par sa description minutieuse d'une époque trouble. Décors, costumes, musiques, objets du quotidien : rien ne manque, jusqu'aux événements politiques évoqués du point de vue communiste et soviétique. La politique de Ronald Reagan, l'IDS (la fameuse "guerre des étoiles", pseudo programme spatial américain) ou les refuzniks sont évoqués sous couvert d'actions obscures et souvent criminelles des deux espions communistes. 

    Une plongée hallucinante dans cette dernière période de la guerre froide. Brillant, complexe et sans concession !