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Politique, société et environnement

  • Des bulles pour balancer

    L’ouvrage collectif #Balance ta Bulle (éd. Massot) est d’abord paru aux États-Unis sous le titre complet : Drawing Power: Women's Stories of Sexual Violence, Harassment, and Survival. Il s’agit d’un livre engagé et de combat contre les violences faites aux femmes, avec une caractéristique fondamentale : les dessinatrices, qu’elles soient célèbres (Emil Ferris ou Aline Kominsky-Crumb) ou non, témoignent de leur propre vécu avec sincérité et douleur, à telle enseigne que plusieurs dessinatrices se représentent dans leur propre case ("Sur la roue" de Hila Noah).

    Depuis le mouvement #Meetoo, la réalité du harcèlement sexuel, des agressions banalisées et des viols souvent commis dans le cercle privé, qu’il soit familial, professionnel ou amical, s’est dévoilé au grand jour. Une réalité qui est loin de l’histoire ancienne : dans sa préface Diane Noomin, elle-même auteure de la première planche de l’ouvrage ("Chope-les par la chatte"), raconte que depuis la conception de cette BD collective "une collaboratrice a été violée et une autre a abandonné le projet parce que l’auteur présumé de son viol l’a poursuivie en justice". Voilà qui fait de ce livre collectif une arme militante. Minnie Phan le résume à sa manière en expliquant que #MeToo ne se résume pas à la condamnation, "c’est aussi résister et être solidaire" ("Deux mots").

    Grâce à des récits d’une à huit pages maximum, 62 dessinatrices – dont une seule Française, hélas, Soizick Jaffre ("Les chiens sont lâchés") –, ont participé à ce projet qui met en image de manière tour à tour dramatique ("Choucroute" de Marcela Trujillo), réaliste ("Un genou à terre" d’Avy Jetter), faussement naïf ("Toujours là" de Nicola Streeten ou "Dessins" de Liana Finck) ), caustiques ("Au Marriott Marquis" d’Ariel Schrag) ou poétique ("Verdict" de Marian Henley) de faits survenus à leurs auteures.

    Harcèlements de rue ("Omniprésent" de Miss Lasko-Gross, "L’odeur de tes cheveux" de Cathrin Peterslund) ou en entreprise ("M. Stevenson" d’Ebony Flowers, "La fête de la saucisse" de Sarah Firth), agressions dans les lieux publics ("Alibi" de Bridget Meyne), viols ("Baulanta" de Powerpaola, "Viol consenti" de Mary Fleener), relations toxiques et malsaines ("Asian girkls" de Meg O’Shea) : ce sont autant de thèmes racontées, qui ont tous en commun ces violences sexuelles dont #MeToo a jeté un éclairage cru depuis 2017.

    62 dessinatrices, dont une seule Française, Soizick Jaffre

    Des sujets lourds sont évoqués : le viol homosexuel ("Blâmer" de Sarah Allen Reed ou "Prêt à péter" de Carta Monir), les violences au sein des communautés musulmanes, en l’occurrence pakistanaise pour Sabba Khan ("Frontières brisées"), sans oublier les agressions faites aux enfants ("Superglue" de Joamette Gil, "Elle se laisse pas faire" de Tyler Cohen ou "Instantanés de bêtes sauvages" de Kaylee Rowena). Il y a aussi ces zones grises, comme les manipulations mentales venues d’un être que l’on aime ("Tout détruire" de Rachel Ang) ou de relations voulues et dérapant subitement ("Toutes ces années" de Trinidad Escobar ou "Prends-moi tout de suite" d’Aline Kominsky-Crumb).

    Certaines BD sont plus explicatives, à l’exemple d’"Illusions de sécurité" d’Ajuan Mance ou "Bourbiers" de Caitlin Cass.

    Des trouées lumineuses apparaissent aussi, que ce soit dans ces histoires vraies à la conclusion étonnante ("Viol accidentel" de Joyce Farmer) ou dans les messages de résilience : "On gère les traumatismes différemment. Mais du moment que ça marche, hein ?" dit J. Gonzalez-Blitz dans Jouer du "« Blackie »". Le dessin sert alors pour beaucoup de ces auteures à avoir "le dernier mot" ("Non conforme" de Jennifer Camper). La soif d’en sortir ("Rage Queen" de Lenora Yerkes) passe très souvent donc par le dessin, comme thérapie, si bien que, comme le dit Una, "au bout du précipice, la lumière m’est apparue" ("Les mots me manquent").

    Soulignons aussi la qualité des travaux graphiques, avec les formidables planches de Roberta Gregory ("BD pour adultes"), de Kelly Phillips ("Feu intérieur"), de Cathrin Peterslund ("L’odeur de tes cheveux"), d’Avy Jetter ("Un genou à terre" ), de Lee Marrs ("Passée à autre chose") ou de Carol Tyler ("Tous ces Tommy"), pour n’en choisir que quelques-unes. Emil Ferris clôt ce recueil avec un magnifique récit qui retrace son parcours d’artistes sous le prisme d’un traumatisme, qui explique son travail sur les monstres.

    Pour terminer cette chronique, citons au moins la liste exhaustive des contributrices : Rachel Ang, Zoe Belsinger, Jennifer Camper, Caitlin Cass, Tyler Cohen, Marguerite Dabaie, Soumya Dhulekar, Wallis Eates, Trinidad Escobar, Kat Fajardo, Joyce Farmer, Emil Ferris, Liana Finck, Sarah Firth, Mary Fleener, Ebony Flowers, Claire Folkman, Noël Franklin, Katie Fricas, Siobhán Gallagher, Joamette Gil, J. Gonzalez-Blitz, Georgiana Goodwin, Roberta Gregory, Marian Henley, Soizick Jaffre, Avy Jetter, Sabba Khan, Kendra Josie Kirkpatrick, Aline Kominsky-Crumb, Nina Laden, Mlle Lasko-Gross, Carol Lay, Miriam Libicki, Sarah Lightman, LubaDalu, Ajuan Mance, MariNaomi, Lee Marrs, Liz Mayorga, Lena Merhej, Bridget Meyne, Carta Monir, Hila Noam, Diane Noomin, Breena Nuñez, Meg O’Shea, Corinne Pearlman, Cathrin Peterslund, Minnie Phan, Kelly Phillips, Powerpaola, Sarah Allen Reed, Kaylee Rowena, Ariel Schrag, Louise Stanley, Maria Stoian, Nicola Streeten, Marcela Trujillo, Carol Tyler, Una, Lenora Yerkes et Ilana Zeffren.

    Preuve que cet ouvrage s'avère exemplaire et indispensable, il figure dans la liste des meilleures BD du New York Times.

    Collectif, #Balance ta Bulle, traduit de l’anglais par Samuel Todd, éd. Massot, 2020, 248 p.
    https://massot.com/collections/balance-ta-bulle

    Voir aussi : "Rose McGowan, prix Nobel de la Paix"
    "Comics-19"

    © Maria Stoian

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    Catégories : Bandes dessinées et mangas, de BD et mangas ?, Politique, société et environnement, • • Articles et blablas, • • Des envies... 0 commentaire Imprimer Lien permanent
  • La maltraitance, on en parle

    Nathalie Cougny fait feu de tout bois, pour le meilleur. La preuve avec l’association loi 1901 "Les maltraitances, moi j’en parle !" qu’elle a fondée et préside aujourd'hui.

    Si Bla Bla Blog fait un focus sur cette association c’est qu’elle s’attaque à un sujet toujours – hélas ! – d’actualité : la violence et les maltraitantes faites aux enfants. L’association a pour but d’intervenir dans les écoles, de faire des campagnes de sensibilisation autour de la non-violence et d’aider les enfants.
    Vaste sujet de santé public : selon l’OMS, dans un pays où 250 000 nouveaux cas sont signalés chaque année auprès des services de protection de l’enfance, la prévention donnerait 75 000 cas de moins signalés chaque année.

    Voilà ce qu’en dit Nathalie Cougny, auteure, peintre, dramaturge, mais aussi artiste engagée dans une cause capitale comme celle-ci : "Aujourd’hui, et depuis fort longtemps, l’enfant n’est pas toujours considéré comme une personne à part entière, mais encore trop souvent comme un objet qui doit obéir et se calquer sur le modèle parental et en subir toutes les conséquences ; tantôt il est la victime d’un bourreau, tantôt l’otage d’une vengeance, l’alibi d’un chantage affectif ou encore le souffre-douleur d’un adulte qui ne s’est pas réalisé ou qui n’a pas résolu ses problèmes… C’est notre mission d’aller à leur rencontre dans les écoles afin de leur donner toutes les clés de la connaissance d’un sujet qui tue 1 enfant tous les 4 jours sous les coups d’un parent, qui brise 165 000 d’entre eux de violences sexuelles chaque année (1 viol toutes les heures). Notre expérience nous montre qu’une large majorité d’enfants ne sait pas ce que sont les violences sexuelles, de plus ils ne connaissent absolument pas leurs droits."

    Après 10 ans d’actions contre les violences faites aux femmes et un premier travail en faveur de la lutte contre les maltraitances infantiles, Nathalie Cougny a créé en septembre dernier l’association "Les maltraitances, moi j’en parle !" Un travail indispensable et dont on ne peut que souhaiter le meilleur.

    "Les maltraitances, moi j’en parle !"
    https://www.les-maltraitances-moijenparle.fr
    https://www.facebook.com/Association-Les-maltraitances-moi-jen-parle-107067147440366
    www.nathalie-cougny-ecrivain.fr

    Voir aussi : "Mal aimés"

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  • Trump vu par Karel

    Ce dimanche, M6 diffusera un documentaire exceptionnel réalisé par le multi primé William Karel.

    Avec son film Le Monde selon Trump, le cinéaste propose un éclairage intransigeant sur le 45e Président, que les électeurs américains vont réélire ou non, le 3 novembre prochain.

    L’homme d’affaire et chef d’état républicain et populiste, candidat à sa propre succession, est lancée dans une course contre son concurrent Joe Biden pour l’emporter sur une élection que tous les observateurs considèrent comme capitale pour le pays… et aussi dangereuse pour la démocratie américaine.

    Dans quel état Donald Trump laissera-t-il son pays après quatre années d'un mandat déjà marqué par un nombre incalculable de décisions ubuesques, de scandales et de tweet rageurs ? Le plus imprévisible des dirigeants de l'histoire des États-Unis pourra-t-il être réélu ?

    Intransigeant

    William Karel retrace quatre années d'une présidence hors-normes qui a laissé l'Amérique profondément divisée. Pour raconter Donald Trump au pouvoir, de l'intérieur, William Karel a interviewé plusieurs de ses anciens proches collaborateurs, comme John Bolton, ex-conseiller à la sécurité nationale, et Anthony Scaramucci, ex-directeur de la communication de la Maison-Blanche, mais aussi des journalistes vedettes qu'il a pris pour cible dans sa croisade contre la presse. Le réalisateur a également rencontré des psychologues et des psychiatres qui ont étudié la personnalité de Trump et aussi les responsables sanitaires, une militante de Black Lives Matter et un pasteur évangélique qui, lui, le soutient sans réserve.

    William Karel (Le Monde selon Bush, Opération Lune ou Poison d'avril) propose au final un portrait engagé, implacable et sans concessions sur le plus controversé des présidents américains, à quelques jours d'une élection décisive pour l'avenir des États-Unis.

    Le Monde selon Trump, documentaire de William Karel, Roche Productions, sur M6
    Avec la Participation de : M6, RDI, RTBF, TV4 Sweden, Canal + Polska,
    TV3, TV Canaria, PTS Taïwan, ORF 3, HRT

    Diffusé ce dimanche 25 octobre à 23h10 sur M6 dans Enquête Exclusive
    Jusqu'au 1er octobre 2021 sur M6 Replay
    https://pro.m6.fr/paris-premiere/programme/2020-45/le-monde-selon-trump-12047756
    https://www.imdb.com/name/nm0439137

    Voir aussi : "Cons et néocons"

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  • Les Français aiment la culture, mais...

    Sale période pour le secteur culturel, malmené par près de trois mois de confinement. Des milliers d'établissements dans le secteur des arts et du divertissement ont été contraints de fermer pendant la crise sanitaire, que ce soit les salles de cinéma, les parcs d’attraction, les théâtres, les festivals ou les médiathèques.

    Il faut bien avoir en tête que ce secteur est aussi un des piliers de notre économie : selon le Ministère de la Culture, il réalise 44,5 milliards d'euros de chiffre d'affaire et emploie 620 000 personnes.

    S’ajoute à cela le lien tout particulier que le public hexagonal a pour la culture sous toutes ses formes.

    L'agence d'étude et de marketing culturel L’œil du Public a voulu interroger les Français, et en particulier les publics occasionnels ou réguliers de ces lieux culturels et de loisirs, sur leurs ressentis et leurs pratiques pendant le confinement, ainsi que sur leurs intentions et leurs attentes suite au déconfinement et à la réouverture des lieux de culture.

    Les questions posées entendent être un reflet à un instant T de ce lien très fort, alors que notre pays reste secoué par la crise sanitaire : Qu’est-ce qui a le plus manqué les Français dans le domaine de la culture et des loisirs pendant le confinement ? Qu’ont-ils fait pour continuer à se divertir ? Quand et à quelles conditions les publics envisagent-ils de sortir à nouveau ? Au moment des réouvertures, quels lieux ou activités vont-ils retrouver d’abord ? Les Français les plus impliqués dans ces pratiques vont-ils reprendre le même rythme de fréquentation ?

    L’étude a également été conduite en Suisse et a donné des résultats assez similaires, ce qui tend à confirmer les tendances sur les comportements à venir.

    L’enquête a été menée du 1 au 5 juin 2020 sur un échantillon représentatif de la population française (sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, région et taille d’agglomération des interviewé.e.s) qu’ils aient ou non des pratiques culturelles occasionnelles ou régulières.

    Des résultats similaires en Suisse

    Quels sont donc les résultats de cette enquête ?

    Tout d’abord, c’est indéniable : les Français aiment la culture !

    Pendant le confinement, nombreux sont ceux qui ont éprouvé un sentiment de manque lié à l’absence de sorties culturelles. Ils ont notamment regretté de ne plus pouvoir se rendre au cinéma ou assister à des spectacles vivants. Les musées et les lieux de patrimoine ont quant à eux manqué aux Français qui les visitent régulièrement en temps normal.

    Alors pour composer cette absence de loisirs, les Français ont eu recours au streaming. Seulement 30% des personnes interrogées n’ont pas eu d’activités culturelles sur le web.

    Qu’est-ce que la période de déconfinement a changé ?

    Depuis juin, si près d’un Français sur deux est prêt à retourner dans les lieux culturels tout en restant vigilant sur les mesures sanitaires. En revanche, 30% des personnes interrogées déclarent préférer attendre la fin de l’épidémie.

    Le type de lieux que les français déclarent vouloir retrouver en priorité illustre ces craintes. Nos compatriotes vont en effet privilégier les lieux dans lesquels les visiteurs sont “mobiles” (musées, expositions, parcs). La réticence est plus forte pour les spectacles en salle close et les festivals qui drainent souvent des publics importants.

    Face à la crise économique qui s’annonce et au contexte sanitaire encore incertain, beaucoup de français déclarent vouloir moins fréquenter certains lieux ou tout simplement réduire leur nombre de sorties.
    Ils sont aussi 43% à vouloir diminuer leurs dépenses culturelles, surtout les jeunes.

    De plus, seulement la moitié des abonnés des théâtres ou autres lieux culturels vont reprendre en septembre leurs abonnements. Les autres hésitent ou envisagent de réduire leurs dépenses culturelles.

    Rendez-vous sur le site de L’oeil du public pour en savoir plus.

    https://loeildupublic.com
    Pratiques-culturelles-post-covid-France
    https://www.facebook.com/loeildupublic
    @loeildupublic

    Voir aussi : "Du temps pour lire, s’il vous plaît..."

    Photo : JESHOOTS.com - Pexels

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  • Nique ton Père

    Deborah de Robertis ne transige pas : son combat pour le féminisme à l’allure d’une guerre de mouvement. Et tant pis si ses positions suscitent des cris d’orfraies, des levers de bouclier, voire des procès, car cette artiste entend bien faire bouger les lignes sur le terrain du féminisme. On se souvient de ses interventions au Musée du Louvre ou plus récemment à Lourdes.

    Son nouveau fait d’arme est une œuvre résolument engagée. Nom de code de ce collectif lancé par Deborah de Robertis : "N.T.P", autrement dit : "Nique Ton Père." En référence au groupe de rap NTM, N.T.P. "vise le porc (pas le cochon), le père patriarche, le paternalisme, le pouvoir patriarcal…"

    Tout un programme pour un activiste et artiste qui a fait du regard un vrai geste politique. Le manifeste de ce collectif est en ligne. "Mariannes enragées, Femmes-machines, guerrières-cyclopes au regard noir omniscient prennent la parole contre toute forme d'hégémonie dans une vidéo expérimentale et menaçante qui accuse les pères du patriarcat et appelle au monde de demain !", écrit Deborah de Robertis au sujet de cette œuvre engagée.

    Deborah De Robertis, collectif N.T.P.
    https://deborahderobertisntpcollectif.wordpress.com

    Voir aussi : "Deborah de Robertis l’ouvre"

    Deborah De Robertis - portait - vidéo – DDR

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  • Aung San Suu Kyi et les bouddhistes extrémistes

    Carnet de voyage autant qu’enquête d’investigation sur la Birmanie, l’ouvrage de Frédéric Debomy et Benoît Guillaume, Aung San Suu Kyi, Rohingya et extrémistes bouddhistes, (éd. Massot) jette un coup de projecteur sans concession sur l’un des pays les plus fermés d’Asie du Sud-Est et sur l’une des figures les plus mystérieuses de la politique internationale. Les 30 premières pages de ette BD ont paru dans le numéro d'automne 2018 de la revue XXI, sous le titre : La haine des cieux.

    Comme le rappellent les deux reporters français, il n’y a pas si longtemps que cela, Aung San suu Kyi, la fille du Père de l’indépendance birmane, était une dissidente vénérée, récompensée d’un Prix Nobel de la Paix (en 1991) dans un pays sous le joug de l’armée. Réhabilitée par ceux-là même qu’elle combattait, elle devient députée en 2012, puis Présidente trois ans plus tard.

    Mais ce qui devait être un renouveau démocratique et pacifique se révèle rapidement décevant. Et la clé de cette déception réside sans doute autant dans la place de l’institution militaire, toujours puissante, que dans celle des Bouddhistes extrémistes : "Avant les émeutes [en 2013], les moines prêchaient l'amour entre les communautés. Maintenant il y a certains moines qui font partie de Ma Ba Tha, même si ce n'est pas le cas de tous." Ma Ba Tha est un mouvement extrémiste bouddhiste dont le bonze Wirathu est la figure la plus connue. Ces moines se disent "nationalistes".

    Parmi les ennemis désignés de ces bouddhistes extrémistes figurent les musulmans, dont ceux de l’ethnie des Rohingya ("des bouddhistes essayaient de monter les leurs contre les musulmans"). "Wirathu est un moine influent. Au point d'avoir été surnommé « le visage de la terreur bouddhiste » par le magazine Time," est-il écrit dans la bande dessinée d’investigation.

    Frédéric Debomy et Benoît Guillaume parcourent le pays pour rencontrer dissidents, victimes, défenseurs des droits de l’homme et membres d’ONG qui, tous, à leur manière, parlent de la situation explosive dans un pays riche de plus de 130 ethnies. Et aux différences ethniques vient se confondre les différences religieuses, ce qui complique tout dans ce pays soumisà toutes les violences.

    La question de la nationalité, du fédéralisme – qui serait logique dans un État pourtant très centralisé – et de la manière dans des groupes manipulent la société, est au centre de l’enquête. Elle est mise en images et en couleurs avec une économie de moyens, comme si elle était guidée par l’urgence. Ce qui rend le livre d’autant plus passionnant.

    "Une dictatrice démocratiquement élue"

    Un musulman birman résume toutes les tensions que vivent son pays : "Ce qui n'existait pas avant, c'est que si je perds ma carte d'identité et que j'en demande une nouvelle, il n'y aura plus écrit « Bamar » [l'ethnie birmane] et « musulman » comme sur l'actuelle, mais « Indien » ou « Bengali » et « musulman ». On fait de nous des étrangers." "Les moines sont les marionnettes de l'armée" commente encore un des reporters. Des "marionnettes" qui manipulent à leur tour une population d’autant plus perméable aux discours intolérants qu’ils ont été facilités par des décennies de dictature.

    Les droits de l’homme ont encore un long chemin à faire en Birmanie. Un dissident d’origine musulman a une réflexion éloquente : "Il y a un problème de traduction aussi : les « droits » de « droits de l’homme » se traduit en birman par « opportunités »… Les gens se disent : « Pourquoi donnerait-on des opportunités particulières aux musulmans ?" No comment.

    Et c’est là qu’on en vient à Aung San Suu Kyi, l’ancienne dissidente et défenseuse des droits de l’homme. Comment cette Présidente a pu décevoir à ce point ? C’est "une dictatrice démocratiquement élue" assène Thet Swe Win, une des figures politiques de la jeune génération.

    Les journalistes français esquissent des explications au laisser-faire d’Aung San Suu Kyi, prise en tenaille entre l’armée birmane, les extrémistes bouddhistes et ses anciens soutiens frustrés par son inaction après les exactions contre les Rohingya. Peut-on la taxer de femme hautaine, trop prudente ou influencée par Wirathu et ses sbires ? Une chose est sûre : l’ancienne dissidente auréolée d’un Prix Nobel de la Paix a laissé de côté ses anciens soutiens comme les organisations de la société civile. Les plus magnanimes diront qu’elle "sacrifie sa dignité [pour le pays]", les autres qu’elle est une politicienne nationaliste et refusant toute critique. Elle "s’enferme dans un tête à tête avec l’armée", comme si son parti, la LND, n’avait besoin de personne. Et pendant ce temps là, les Birmans, et en particulier les femmes birmanes, souffrent.

    On n'a pas fini d'entendre reparler de la Birmanie, hélas. 

    Frédéric Debomy et Benoît Guillaume,
    Aung San Suu Kyi, Rohingya et extrémistes bouddhistes,
    Massot Editions. 2020, 103 p.

    https://massot.com/auteurs/frederic-debomy

    Voir aussi : "Habibi, mon amour"

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  • Pétition "Renouvellement des droits des intermittents du spectacle année noire 2020"

    Le collectif Année Noire 2020 a lancé cette pétition adressée à Muriel Pénicaud Ministre du travail et Franck Riester Ministre de la culture :

    Madame la Ministre, Monsieur le ministre,

    Par cette lettre, nous n’allons pas vous rappeler toutes les difficultés que rencontrent les intermittents du spectacle en raison du confinement, mais vous proposer une solution rapide aux difficultés de cette année noire 2020 pour la culture et ses travailleurs intermittents.

    A travers nos voix d’informations professionnelles, nous entendons des possibles mesures, des gels de période, des calculs de 12H en 5H ou des attestations à demander…c’est illisible et cela crée des tensions dont nous n’avons pas besoin aujourd’hui.

    Nous demandons donc par cette pétition, le renouvellement automatique des droits des intermittents lors de leur prochaine étude d’ouverture de droits. Il s‘agit simplement de donner du souffle à tous en permettant ce renouvellement au même taux que lors de la dernière étude.

    (Tous les renouvellements demandés du 1er mars 2020 au 1er mars 2021 plus la période où il nous est impossible de travailler)

    Il s’agit d’une proposition minimum, nous ne rentrons pas dans le cas par cas de certaines situations.

    Cette année est bien sûr noire sur la période de confinement mais elle le sera encore un long moment. L’été sera pauvre en propositions culturelles et les difficultés économiques ne pousseront pas à la dynamique.

    De plus, cette recommandation vous permettra :

    -De réduire les coûts financiers en gestion humaine et financière.

    -De ne pas empiler les calculs compliqués.

    -De ne pas multiplier les solutions imprécises.

    -De ne pas rajouter de futures batailles que personne ne souhaite.

    En ce moment compliqué, nous devons aller vers une simplification réconfortante et rassurante pour tout le monde.

    La courbe positive reviendra avec le temps, nous en sommes sûrs et sachez que nous en serons les premiers acteurs.

    Nous attendons votre réponse dès que que cette pétition vous aura montré cette nécessité.

    Persuadés de votre obligation d’élu à réfléchir aux propositions démocratiques et participatives, nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre, Monsieur le Ministre, l’expression de notre haute considération.

    ........................................

    Le 15 avril 2020 à 15 heures

    Au vue du nombre de signatures, nous souhaitons éclaircir notre démarche. Le collectif année noire 2020 est un regroupement d’intermittents du spectacle. Pour ce groupe, notre démocratie participative se renforce de chaque petite initiative citoyenne.

    Cette pétition a donc été lancée pour revendiquer une mesure indispensable pour tous les intermittents du spectacle en raison de cette crise et de ses incidences.

    Ce collectif n’est pas encarté politiquement mais nous soutenons toutes les autres initiatives émanant des représentants professionnels.

    Par cette pétition nous comptons peser dans les négociations et nous souhaitons faire profiter de cet élan solidaire et dynamique. Nous mettrons donc à disposition cette pétition aux principaux acteurs de notre profession qui mèneront à bien ces revendications auprès des décideurs. Nous espérons une action unitaire.

    Sachez que nous restons convaincus de l’importance de cette proposition.

    Courage à ceux qui sont touchés par ce virus et portez vous bien !

    Merci à tous pour votre implication démocratique et solidaire.

    ........................................

    17 avril 16H45

    Le collectif année noire 2020 a initié une pétition adressée à Mme la ministre du travail et M. le ministre de la culture qui a rapidement rassemblé des dizaines de milliers de signataires. Parallèlement, Jean-Claude Fall et plusieurs centaines de premiers signataires d'une lettre ouverte au président de la République ont mis en ligne une seconde pétition. Les deux initiatives se sont construites simultanément et en méconnaissance l'une de l'autre mais ces textes ne s'opposent pas. Au contraire, l'objectif est clair, pour répondre à une crise sociale et sanitaire sans précédent, à l’impossibilité de travailler et donc d'ouvrir ou ré-ouvrir nos droits à l'assurance-chômage nous demandons toutes et tous la prolongation de nos droits de 12 mois augmentés de la période où nous ne pouvons pas travailler. Si sa publication était nécessaire pour éviter les fins de droits brutales, ne nous y trompons pas, le décret du 14 avril ne garantit rien pour l'avenir.

    Nous ne pouvons fusionner nos pétitions et additionner les signataires car certaines personnes sont déjà comptabilisées de chaque côté. C'est pourquoi nous demandons à chacun de suivre cet exemple et de signer les deux pétitions.

    Ensemble nous sommes plus fort.

    Nous faisons cela pour convaincre et gagner.

    Collectif Année Noire 2020
    Jean Claude Fall pour Culture en danger

    Pour signe la pétition en ligne
    "Année noire"
    "Culture en danger"

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  • À quand un cinéma éco-friendly ?

    Cette chronique est celle de Robin Risoute, rédacteur pour Fournisseur-energie.com. A priori rien ne destinait Bla Bla Blog à s'intéresser à ce site d'information spécialisé dans l'énergie, sauf qu'un article a attiré notre attention. Robin Risoute s'est intéressé au prochain James Bond, qui verra Daniel Craig incarner une dernière fois l'agent 007. Mais ce qui intéresse notre journaliste n'est pas les dernières informations croustillantes de ce nouvel opus, ni le scénario, ni même le casting mais l'empreinte écologique de ce blockbuster, un blockbuster qui est déjà au centre des critiques en Norvège, son lieu de tournage. Plus généralement, c'est l'empreinte carbone du cinéma qui intéresse Robin Risoute. Saviez-vous que cette industrie est l'une des plus polluantes du monde? Shocking ! 

    Le prochain James Bond devrait sortir en avril 2020 et verra Daniel Craig incarner pour la dernière fois le personnage créé par Ian Fleming. En attendant, il connaît une production mouvementée : initialement prévu pour être réalisé par Danny Boyle (Trainspotting28 jours plus tard), qui a quitté le projet à l’été 2018 en raison de "différends créatifs", il est finalement dirigé par Cary Joji Fukunaga (Sin nombre, True Detective).

    Le film, qui pourrait s’appeler Eclipse, agite désormais les écologistes norvégiens. C’est en effet en Scandinavie, dans le comté d’Akershus, qu’est actuellement tourné ce vingt-cinquième volet cinématographique des aventures de James Bond. C’est au nord d’Oslo, à Trehørningen, que la production du film a posé ses valises… non sans créer de nouveaux remous.

    Le tournage a en effet lieu dans les forêts de Nordmarka, une région tranquille normalement soumise à d’importantes régulations sur la circulation automobile et les constructions. Non contente de fermer des zones normalement réservées aux skieurs, la production y construit des bâtiments, dont l’un est conçu pour exploser durant le tournage.

    Il n’en fallait pas plus pour outrer les associations de défense de l’environnement, qui ont notamment protesté contre la construction de ces bâtiments dans une région naturelle. Il faut dire qu’on fait plus écologique qu’un tournage, et certainement plus tranquille pour la faune et la flore que les explosions qui ne manquent pas de caractériser les films de James Bond.

    Suite de cet article ici...

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  • Le top 10 de Bla Bla Blog pour 2018

    En ce début d’année, la période est parfaite pour faire un bilan de 2018. L’an dernier, 263 articles ont été publiés par Bla Bla Blog. Quels ont été les plus populaires ? Cette année encore, nous vous proposons un classement des articles les plus populaires en 2018. Plusieurs chroniques ont tiré leur épingle du jeu, mais aussi des artistes qui ont attiré l’attention de Bla Bla Blog. Pour ce top 10, attendez-vous à être étonnés. Cette chronique présente ce classement, accompagné d’une présentation, d’extraits et évidemment de liens pour lire ou relire les articles marquants de cette année.

     9  Mariscal sur les pas de son brillant Ané

    Découvert en mars dernier, le moins que l’on puisse dire est que Mariscal a fait un grand bond cette année, jusqu’à faire la première partie d’un concert de Dominique A à l’Équinoxe de Châteauroux. C'était en décembre dernier. Lorsque nous disions que ce musicien allait sur les pas de son "brillant Ané", nous n’étions pas loin de la vérité.

    Extrait
    "Je vais vous raconter, si vous le voulez bien, l’histoire de cette chronique.
    La semaine dernière, j’étais en train d’écrire au sujet de la passionnante exposition Rock ! Une histoire nantaise (Château des Ducs de Bretagne, à Nantes, du 24 février 2018 au 19 novembre 2019), dont une partie est consacrée à Dominique A, lorsque je suis tombé sur le premier album de Grégory Mariscal, Plus le Temps. Et là, le choc : les similitudes avec ce nouvel arrivant de la scène française et l’auteur de La Fossette (1992) ou de La Mémoire neuve (1995) me sont apparues évidentes.
    Le Coton a le grain du Vivement Dimanche de La Fossette. Quant à Je Marche Je Respire, ne renvoie-t-il pas au Je ne respire plus, Milos dans La Mémoire neuve ?"

    La suite ici…

     8  La Brodeuse Masquée a encore frappé

    C’est par hasard que Bla Bla Blog est tombé sur La Brodeuse Masquée et ses étonnantes créations. Chez elle, la broderie à l’ancienne subit un sérieux dépoussiérage grâce aux thèmes de cette artiste d’un nouveau genre. Ce qui intéresse La Brodeuse Masquée ? Des faits divers trash, des citations claquant comme des slogans et des références à actualité. Décalage et humour noire assurée par cette formidable créatrice.

    Extrait
    "La Brodeuse Masquée sévit sur Internet, via ses comptes Facebook et Instagram, et elle mérite que l’on s’y intéresse.

    Qui est cette mystérieuse femme, œuvrant dans l’ombre avec un sens de l’humour décalé dans un créneau jusque-là has-been, celui de la broderie ?
    Pour se présenter, notre Brodeuse Masquée use d’une phrase pompée avec malice dans le jargon complotiste : "Qui est-elle ? Quels sont ses réseaux ? Seuls ceux qui savent savent…" Quelques indices sur ses créations – un hommage au club de football de l’AS Nancy Lorraine et un autre au régional de l’étape, Michel Platini – laissent à penser que c’est en Meurthe-et-Moselle qu’il faut chercher la trace de cette artiste d’un autre genre."

    La suite ici...

     7  Vanished Souls, les enfants du rock

    Parmi les nombreux coups de projecteurs musicaux, celui sur Vanished Souls a permis aux quatre Parisiens d’entrer dans notre classement. Une occasion parfaite pour redécouvrir ce groupe de rock que nous avions aimé.

    Extrait
    "Les Vanished Souls, ont décidé de faire un sort au rock à papa. Pas de parti pris chez ces quatre petits Français découverts en 2013, qui sortent en mars leur nouvel album éponyme : le maître mot de cet opus est de s’aventurer sur la route longue, sinueuse et passionnante du rock et de ses nombreux dérivés. Et le moins que l’on puisse dire c’est que les surprises sont nombreuses.
    DriX, Svein, Fred et Yann Forléo ne cachent pas leurs références musicales – et pop-rock – tous azimuts , que ce soit Radiohead, My Bloody Valentine, Archive, Sigur ros ou Pink Floyd."

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     6  Seul en scène, entre amis

    La pièce de théâtre Ça aurait pu commencer comme ça ! de Paul Morel et Julien Delpech a fait le buzz sur Bla Bla Blog : une belle réussite pour un spectacle créé et produit par deux amis que nous avons pris plaisir à faire découvrir.

    Extrait 
    "Ce seul en scène, une vraie performance en soi, promet une plongée séduisante dans le milieu du spectacle, comme dans la tête de ces artistes que Bla Bla Blog a plaisir à faire découvrir.
    Paul Morel raconte l’histoire de Paul, cet autre que lui-même pour reprendre une citation de Proust, un jeune homme certain de son talent de comédien, mais qui finit par se saborder lui-même par manque de travail, de compassion et d’humilité.
    "

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     5  Des dominos pour faire chuter la maladie de Charcot

    Voir à la cinquième place de notre classement un événement caritatif a une saveur particulière. Le 28 avril 2018, l’association verdunoise 2A2S proposait une exceptionnelle chute de 30 000 dominos pour sensibiliser le public à la maladie de Charcot. On doit à Sébastien Brunella, touché par cette affection, cette manifestation. Le public de Bla Bla Blog y a été sensible, comme le prouve cette belle cinquième place.

    Extrait 
    "Le bloggeur assistait à Verdun non pas à un record mais à un événement qui s’en approchait : une chute géante de 30 000 dominos pour une bonne cause.
    L’association verdunoise 2A2S (Association d’Aide et de Soutien à Sébastien) a été créée autour de Sébastien Brunella, atteint de la maladie de Charcot, ou SLA (Sclérose Latérale Amyotrophique). Cette affection terrible touche aujourd’hui environ 8 000 malades en France, un chiffre pas assez important pour mobiliser les laboratoires à la recherche de rentabilités, et trop élevé pour intéresser l’AFM, comme le rappelait Sébastien Brunella lors de la manifestation caritative organisée le samedi 28 avril autour de ces dominos."

    La suite ici…

     4  Double focus sur Patricia LM

    Quelle plaisir de trouver Patricia LM dans notre classement annuel ! Après l’exposition "Sensual self-portraits" en janvier à la Concorde Art Gallery de Paris, l'artiste faisait l'actualité à Concarneau cet automne. Deux chroniques ("À l’origine" et "Les filles du port") ont mis à l’honneur cette photographe exceptionnelle. Une photographe dont Bla Bla Blog va encore parler en 2019.

    Extrait
    "Cela se passe en ce moment et jusqu’au 15 novembre à Concarneau : une Escale 7 rue du Port. Bla Bla Blog ne pouvait pas passer à côté de cet événement. Pourquoi ? Parce que nous avions parlé il y a deux ans d’une des deux artistes venues exposées.
    Patricia LM fait se rencontrer la photographie et la peinture, le folklore breton et le pop-art, mais aussi l’intimité et la sensualité. Elle partage l’Escale avec Anh Gloux, graphiste à la ligne claire et résolument tournée vers la mer, qu’elle soit avec liée à la mythologie grecque ou au folklore breton."

    La suite ici…

     3  Deborah de Robertis l’ouvre de nouveau

    Pourquoi, cette année encore, Deborah de Robertis est-elle sur le podium de Bla Bla Blog ? En 2017, l’actualité de sa performance scandaleuse au Louvre avait fait parler d’elle. Cette année, c’est dans la ville de Lourdes que l’artiste franco-luxembourgeoise a choisi de faire parler d'elle - au grand dam de certains. Mais Deborah de Robertis a aussi connu un coup de projecteur mondial inattendu à l’occasion de l’acte V des Gilets Jaunes

    Extrait
    "Elle a un nom qui fleure bon le latin et les versets bibliques. Là s’arrête pourtant le point commun entre l’institution catholique et Deborah de Robertis, qui doit s’expliquer avec l’Église dans les prochains mois. La performeuse franco-luxembourgeoise a été en effet été arrêtée le 1er septembre dernier pour s’être dénudée devant le sanctuaire de Lourdes. Elle comparaîtra en correctionnelle le 19 mai 2019 pour exhibitions sexuelles.
    Deborah de Robertis avait déjà fait une performance publique remarquée devant La Joconde en 2017. La justice n’avait pas été dans le sens du musée du Louvre, considérant que la jeune femme agissait en tant qu’artiste et militante. Tel est aussi le discours que cette dernière tient au sujet de Lourdes et de sa prestation."

    La suite ici…

     2  Union TV : un nouveau média pour une nouvelle révolution sexuelle

    À la deuxième place de ce classement annuel de Bla Bla Blog, c’est à la fois un média et une personnalité attachante qui sont mis à l’honneur. Le média est Union TV, la déclinaison télé du célèbre magazine érotique et libertin. La personnalité est Flore Cherry, sa responsable transformation digitale. Il y a quelques mois, elle nous parlait d’Union TV, de sexualité mais aussi de féminisme.

    Extrait
    "Le vénérable Union entrerait-il dans une nouvelle ère ? Créé en 1972, le magazine érotique et libertin fait lentement mais sûrement sa mue. Après l'édition web, c'est une chaîne de télévision qui vient de naître fin janvier (disponible sur la box SFR). Nous avons rencontré Flore Cherry, responsable de la transformation digitale à Union, pour en savoir plus sur ce nouveau média."

    La suite ici…

     1   Berry, de retour

    La première place de ce top 10 est, cette année encore, une chanteuse - après Marie Cherrier, Alka puis  Fishbach, respectivement en 2015, 2016 et 2017... Depuis juin 2018, Berry a fait exploser les compteurs de Bla Bla Blog grâce à un article paru il y a près d'un an de cela... Nous nous demandions ce que devenait l’auteure de Mademoiselle et des Passagers. Cette année, quelques réponses ont été apportées grâce à plusieurs concerts, dont nous avons parlé il y a quelques mois, mais aussi à une audience exceptionnelle pour une artiste hors du commun. Berry a prouvé qu’elle était toujours attendue : cette première place le prouve, s’il en était encore besoin. Et d'ailleurs, elle était bien de retour cette année et elle sera d'ailleurs toujours là début 2019. Ouf...

    Berry.jpgExtrait
    "On avait quitté Berry en 2012, avec l’album Les Passagers. La chanteuse avait choisi le fil conducteur du voyage pour des chansons délicates et pudiques, portées par une voix caressante, l’une des plus belle sans doute de la scène française. Est-elle revenue de ses voyages ? Où est-elle aujourd’hui et quelle est son actualité ?
    Il convient au préalable de faire quelques rappels sur la carrière de Berry, commencée en 2008 avec un premier album, Mademoiselle, remarqué par la critique et le grand public. Disque d'or, il a été suivi de plusieurs centaines de concerts en France comme à l'étranger (Brésil, Corée du Sud ou Serbie). Mademoiselle ce sont 10 joyaux musicaux que la chanteuse a sculpté avec ses acolytes Manou et Lionel Dudognon." 

    La suite ici...

    Voir aussi : "Le top 10 de Bla Bla Blog en 2017"
    "Le top 10 de Bla Bla Blog pour 2016"
    "Le top 10 de Bla Bla Blog pour 2015"

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  • Zola, le journaliste politique

    claude sabatier,émile zola,tachan,essaiCoup de projecteur sur une aventure littéraire autant que scientifique autour d'Emile Zola, l'un des auteurs français les plus lus et les plus appréciés en France. 

    Le Montargois Claude Sabatier vient de sortir le premier volume des Chroniques politiques de Zola (éd. Classiques Garnier). Pour présenter cet ouvrage, la Librairie des écoles de Montargis (18 rue du Loing) organise une rencontre avec l'auteur le samedi 10 novembre 2018 à 17 h 00.

    Claude Sabatier, enseignant agrégé et docteur ès Lettres, avait sorti il y a quelques années un ouvrage sur Tachan (A propos de Tachan, éd. Arthemus, 2002), qui avait été le coup de cœur de l'Académie Charles Cros. Il sort aujourd'hui les Chroniques politiques (1863-1898) de Zola. Il en assure actuellement l’édition critique en tant que chercheur associé au Centre Zola dans le cadre de la publication par l’équipe de l’ITEM (Institut des Textes Et Manuscrits)-CNRS des Œuvres complètes de ce grand écrivain chez Classiques Garnier, collection Bibliothèque du XIXe siècle.

    Romancier célèbre pour les Rougon-Macquart, fresque sociale et politique d’une famille sous le Second Empire, Zola l’est un peu moins en tant que journaliste. Et pourtant, on redécouvre depuis peu sa vaste contribution à la presse de l’époque de 1863 à 1898 − point d’orgue avec le coup de tonnerre du « J’accuse » lançant l’Affaire Dreyfus. Le volume 1 évoque les débuts : Zola fait ses gammes et fourbit ses armes chez Hachette, s’essayant à la presse provinciale, populaire et mondaine, donnant sa pleine mesure dans les journaux républicains, où il répercute l’opposition croissante au Second Empire. Ses chroniques offrent une grande variété de thèmes – mondanité parisienne, flânerie méditative, vie politique – et déploient un large éventail de formes littéraires (récits, dialogues, lettres…) et de registres, du pamphlet à la satire. Le journaliste élabore des motifs et situations que le romancier développera ou transposera : la presse, alimentaire et polémique, annonce l’œuvre romanesque à venir.

    Je vous invite à découvrir cet ouvrage critique et à venir discuter avec Claude Sabatier à la Librairie des Ecoles de Montargis.

    Sous la direction de Claude Sabatier, Emile Zola, Chroniques politiques. tome 1 (1863-1870)
    Avec 
    Didier Alexandre, Philippe Hamon, Alain Pagès et Paolo Tortonese
    éd. Classiques Garnier, 669 p.
    Rencontre avec Claude Sabatier à la Librairie des écoles, 18 rue du Loing, Montargis

    Le samedi 10 novembre 2018 à 17 h 00
    https://www.lalibrairiedesecoles.com

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  • #AlertonsLesEnfants

    Nathalie Cougny n’est pas une inconnue pour les lecteurs de Bla Bla Blog. Peintre et auteure, elle s’est aussi engagée depuis près de huit ans dans un combat en faveur des enfants et contre les agressions sexuelles faites aux mineur(e)s.

    Le hashtag #AlertonsLesEnfants a été lancé, parallèlement à un clip d’information qui s’adresse moins aux adultes qu’aux enfants eux-mêmes. D’après un rapport européen de 2015, 1 enfant sur 5 aurait subi des violences sexuelles. 2 enfants meurent de maltraitance par semaine en France aujourd’hui dans un silence quasi total. 120 millions de filles ont subi un viol dans le monde et d’après l’UNICEF il y aurait 154 000 victimes de viol ou tentatives de viol en France sur les mineurs. Il faut aussi rappeler qu’en France 59 % des agressions sexuelles sont commises sur des mineur·e·s, avec des conséquences désastreuses pour leur futur et la difficulté de se reconstruire. C’est dire l’importance d’une telle initiative.

    Le clip C’est mon Corps, c’est ma Vie ! se veut un outil pédagogique et préventif en direction des plus jeunes : "Leur expliquer les différents termes employés et, ainsi, les sensibiliser, mais également les responsabiliser pour plus tard."

    C’est mon corps, c’est ma vie ! a été réalisé et produit par Nathalie Cougny, Julien Cougny et Nils Bayon, avec le soutien de Varion Productions. Ana et Maxime (11 ans) et Mélanie (20 ans) jouent et prêtent leur voix pour ce clip qui entend permettre de lever les nombreux tabous sur les agressions sexuelles faites aux mineurs, tabous qui desservent cette cause : "Expliquez dès le plus jeune âge, avec des mots simples, mais aussi avec les « vrais » mots, c’est comme ça que nous ferons évoluer les mentalités, par l’éducation. Parlez aux enfants ne doit plus être un tabou ! Le plus difficile après une agression sexuelle, c’est d’en parler."

    C’est mon corps, c’est ma vie ! de Nathalie Cougny, Julien Cougny et Nils Bayon
    avec le soutien de Varion Productions

    #AlertonsLesEnfants
    http://www.nathaliecougny.fr

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  • Pas de deo gratias pour Deborah de Robertis

    Elle a un nom qui fleure bon le latin et les versets bibliques. Là s’arrête pourtant le point commun entre l’institution catholique et Deborah de Robertis, qui doit s’expliquer avec l’Église dans les prochains mois. La performeuse franco-luxembourgeoise a été en effet été arrêtée le 1er septembre dernier pour s’être dénudée devant le sanctuaire de Lourdes. Elle comparaîtra en correctionnelle le 19 mai 2019 pour exhibitions sexuelles.

    Deborah de Robertis avait déjà fait une performance publique remarquée devant La Joconde en 2017. La justice n’avait pas été dans le sens du musée du Louvre, considérant que la jeune femme agissait en tant qu’artiste et militante. Tel est aussi le discours que cette dernière tient au sujet de Lourdes et de sa prestation. Deborah de Robertis considère que son message tient d’abord de l’hommage à l’une des femmes mythiques de l’histoire de l’humanité : "Magnifique le ventre qui t’a porté, Magnifique le sexe qui t’a offensé, Magnifique le sein qui t’a allaité," cite-t-elle en reprenant des versets de l’Évangile selon s. Luc.

    Des versets de l’Évangile selon s. Luc

    Dans un communiqué qu’elle adresse en guise de droit de réponse, Deborah de Robertis entend se placer au-dessus de la querelle religieuse et morale. C’est en féministe et en intellectuelle engagée qu’elle s’exprime : "Par ce geste de mise à nu, j’incarne l’apparition de la Vierge avec mon corps de chair et de femme vivante… Ce geste est un hymne à la vie, d’où le titre "L’origine de la vie", en référence à "l’origine du monde". Si l’on observe attentivement nous pouvons voir que le dessin des plis du voile de certaines vierges imite parfaitement les formes du sexe féminin. Dans les religions monothéistes, Marie est le modèle féminin le plus emblématique, le plus représenté, le plus connu et donc le plus exploité. En effet, la représentation humaine et donc féminine est très rare dans les autres religions monothéistes. C'est la raison pour laquelle j'ai choisi d'incarner la Vierge Marie qui, au delà de sa dimension religieuse, est l’une des femmes les plus connues au monde. Mais, en réalité par cet acte j'ai aussi incarné Marie-Madeleine, une femme libre et une autre figure emblématique qui a été diffamée, invisibilisée et dont l’image a été déformée car "trop" incarnée et "trop" sexuée… Il en est de même pour les femmes dans l'art et dans la société en général. Elles ne sont jamais reconnues immédiatement et pour la plupart elles sont exclues de l'Histoire… La figure de Marie à Lourdes, est au fond aussi exploitée que le visage de la Joconde au Louvre. À Lourdes la Vierge est adulée mais aussi utilisée comme la "poule aux œufs d'or". C'est elle qui est le pilier économique de la cité mariale. Comme la Joconde, on la retrouve sur des tasses , des tee-shirts et des porte-clefs. Comme le sexe féminin de "L'origine du monde" qui attire les touristes et remplit les caisses du musée d’Orsay, la représentation de Marie attire les pèlerins du monde entier… En incarnant les modèles féminins, mon propos est de les libérer du cadre dans lequel ils sont figés et inverser ainsi le point de vue à partir du regard des femmes, et cela sur le plan historique, politique et artistique."

    Au passage, Deborah de Robertis adresse une banderille aux institutions religieuses, qui ont laissé prospérer dans le lieu sacré de Lourdes de vrais marchands du temple, la Vierge Marie faisant pour beaucoup figure de poule aux œufs d’or pour des millions de fidèles. Pour un deo gratias de l’Église catholique, la performeuse franco-luxembourgeoise devra repasser. 

    https://vimeo.com
    https://twitter.com/D_derobertis
    https://www.instagram.com/deborah_de_robertis_official
    https://www.facebook.com/pg/derobertisdeborah/posts

    À voir aussi : "Deborah de Robertis l’ouvre"
    "Deo gratias pour Bernadette"

  • #BalanceTonCon

    La lutte contre le fascisme, le populisme et la connerie peut même avoir lieu dans le cadre d’une émission météo. C’est sans doute l’un des enseignements à tirer de ce qui est arrivé à Cécile Djunga, une présentatrice météo de la chaîne RTBF.

    Ulcérée par les commentaires au sujet de son apparence physique, Cécile Djunga a décidé, loin des studios feutrés de la télévision, de dire sur Facebook ce qu’elle pensait des messages qu’elle recevait.

    Sa vidéo postée sur le célèbre réseau social a été vu plusieurs millions de fois et lui a permis de passer quelques vérités : "Hier, au boulot, une dame a appelé pour dire que j’étais trop noire, qu’on ne voyait rien à l’écran, qu’on ne voyait que mes habits et que je ne passais pas bien à la télé parce que j’étais trop noire, et qu’il fallait me le dire." Et Cécile Djunga d’appuyer : à ceux qui lui demandent de "rentrer dans [son] pays", elle répond : "Je suis dans mon pays !"

    "Je suis dans mon pays !"

    La RTBF a publiquement soutenu la journaliste. Le quotidien belge Le Soir, dans son édition du 7 septembre, rappelle que la lutte contre le racisme est devenue une priorité nationale au même titre que la lutte contre le terrorisme, dans un pays encore dans une forme de déni de son passé colonial.

    Cécile Djunga, en lançant sa vidéo coup de poing appuie là où cela fait mal. Le hashtag #BalanceTonCon, qu’elle a lancé dans la foulée, pourrait bien devenir un cri de ralliement dans la lutte contre ce fléau mondial qu’est le racisme.

    "La présentatrice météo bouleverse la Belgique," Le Soir, 7 février 2018

    Voir aussi :"Rose McGowan, Prix Nobel de la Paix"
    "Qu'est-ce que le fascisme ?"

  • Rose McGowan, prix Nobel de la Paix

    Non, cette chronique n’est pas une anticipation sur le futur Prix Nobel de la Paix ! Alors que quelques élus de la prestigieuse académie norvégiennes évoquent sans rire le nom de Donald Trump pour cette future récompense en raison de ses actions dans la péninsule coréenne, une autre personnalité mériterait sans aucun doute de figurer parmi les lauréats : Rose McGowan.

    L’actrice américaine (Scream, Le Dahlia noir ou la série Charmed), en dénonçant Harvey Weinstein pour agressions sexuelles, a provoqué cette révolution féministe qu’est #MeToo et #Balancetonporc.

    Depuis, celle qui dit avoir toujours su qu’elle aurait un destin exceptionnel, a abandonné Hollywood qu’elle considère comme une secte (et Rose McGowan s’y connaît, elle qui a grandi dans la secte des Enfants de Dieu avant de s’en sortir) et vit aujourd’hui à Londres. Ruinée, ayant abandonné toute idée de revenir au cinéma comme comédienne, elle continue son combat et a été élue "homme de l’année" par le magazine "masculin" GQ, tout en se préparant au procès du siècle contre Harvey Weinstein.

    Le magazine Society du mois de septembre propose une interview exceptionnelle de Rose McGowan (mais aussi, dans le même numéro, du procureur Cyrus Vance Jr. et de Benjamin Brafman, respectivement procureur et avocat dans ce procès).

    Rose McGowan, "homme de l’année" par le magazine "masculinGQ

    Il faut absolument lire cet entretien réalisé par Hélène Coutard et Lucas Minisini pour découvrir une femme à la combativité intacte, et soumise à des pressions considérables pour la faire taire : "Si je voulais, je pourrais faire cramer Hollywood," dit-elle, consciente aussi que son combat qu’elle mène maintenant en Europe ("Je [m’y] sens beaucoup mieux") est devenu un mouvement de fond planétaire en faveur de la cause des femmes. Celle qui s’est lancée dans la réalisation depuis quatre ans (plusieurs courts-métrages, dont Heresy, sorti en 2016) considère que l’élection de Donald Trump – qui a été aussi le triomphe de la misogynie – a rendu possible le déclenchement de #MeToo.

    La pugnacité de Rose McGowan dans cette affaire Weinstein et son combat dans un mouvement féministe révolutionnaire nous fait dire que l’Académie Nobel serait bien inspirée de lui décerner un Prix Nobel de la Paix. Ce serait aussi la plus belle des réponses de l’académie norvégienne après des accusations de scandales sexuelles au sein de la vénérable institution. Rose McGowan, Prix Nobel de la Paix 2019 : voilà une récompense qui ferait date. Ce serait aussi d'une très grande classe.

    "Si je voulais, je pourrais faire cramer Hollywood", in Society septembre 2018
    https://www.society-magazine.fr

    Voir aussi : "Modiano : l'anti-Le Clézio"

  • Une bibliothèque contre la guerre

    delphine minoui,daraya,syrie,bibliothèque,guerre civile,daesh,terrorisme,bachar-el-hassad,damas,reportage,essaiLa journaliste Delphine Minoui a sorti il y a un an l’un des meilleurs reportages sur la guerre civile qui ravage la Syrie depuis 2011. Les Passeurs de Livres de Daraya (éd. Seuil) est une enquête passionnante autour de ce qui pourrait s’apparenter à un micro-événement au sein d’un des plus importants conflits du Proche-Orient : la création par des résistants syriens au régime de Bachar-el-Assad d’une bibliothèque à partir de livres récupérés dans les décombres de Daraya, dans la banlieue de Damas.

    À partir de 2013, sous un une apocalypse de feu, de bombes et de balles, quelques soldats rebelles récupèrent des milliers de livres abandonnés par leurs propriétaires. Drôle d’idée, et surtout initiative un peu vaine dans un pays qui ne parvient même pas à compter ses dizaines de milliers de morts. Et pourtant, rapidement, cette forme de résistance devient capitale pour ces hommes qui, pour la plupart, n’ont jamais eu d’intérêt particulier pour la lecture – et pour cause : le régime des Assad muselle depuis plusieurs dizaines d’années la vie intellectuelle du pays. Les ouvrages recueillis sont destinés à revenir à leurs propriétaires une fois la paix venue. Mais, en attendant, ils sont rassemblés dans une bibliothèque clandestine.

    Victor Hugo, Saint-Exupéry, la philosophie et des ouvrages de développement personnel

    Dans un lieu farouchement protégé, car symbole de la résistance syrienne, les lecteurs-soldats mènent une guerre idéologique – qui est aussi pour beaucoup d’entre-eux la découverte de la liberté d’expression. Et l’on découvre grâce Delphine Minoui, qui a interrogé ces résistants via Skype et WhatsApp, d’étonnants et émouvants témoignages. Ces jeunes hommes, que rien ne prédestinait ni aux armes ni à la lecture, parlent de leur bibliothèque et des ouvrages qu’ils protègent et lisent avec ardeur. La journaliste révèle les auteurs et les types de livres consultés, et souvent interdits par le régime de Bachar-el-Assad : Victor Hugo, Saint-Exupéry, de la philosophie, de la théologie, des sciences et, plus étonnant, des ouvrages de développement personnel.

    De chapitre en chapitre, Delphine Minoui retrace les vies minuscules d’Abou el-Ezz, Ahmad, Hussam ou Ustez, des destins brisés plongés malgré eux dans la grande histoire qui est en train de se faire. Au cœur du carnage syrien, ces hommes luttent pour retrouver des jours meilleurs, avec une bibliothèque qui leur indique des chemins en pointillé.

    Delphine Minoui, Les Passeurs de Livres de Daraya, éd. Seuil, 2018, 158 p.
    Le blog de Delphine Minoui