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témoignage

  • Mémoires d’une jeune fille rongée

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    Dans la pléthore d’autofictions dont la sincérité et la droiture peuvent laisser à désirer, le témoignage de Johanna Zaïre, Rebirth, dénote par sa franchise à toute épreuve, son côté cash et sa facture : le récit d’une trajectoire édifiante de la dépression vers une incroyable reconstruction grâce aux arts. "Un jour, j'ai entamé une descente aux Enfers et je me suis perdue. J’ai cherché à partir et je suis restée. Combattre mes démons, essayer de comprendre, me sentir différente, être différente, me battre pour être enfin moi-même et m'en sortir."

    Cette différence porte un nom : "surefficience mentale". Johanna Zaïre résume cette caractéristique psychologique ainsi : "Je ne suis pas plus intelligente que toi ou quiconque, rien à voir avec le fait d’être surdoué, c’est plus compliqué que ça. Pour résumé, je dirais simplement que contrairement à « la norme », je fonctionne davantage avec mon cerveau droit, hôte de l’imagination, l’intuition, la créativité, les émotions et les pensées foudroyantes… Je ne supporte pas la lumière, ni les goûts extrêmes (acide/amer), ni les fortes odeurs… C’est ce qu’on appelle l’hyperestésie : la sensibilité accrue aux sens."

    Hyperestésique et surefficiente, la jeune femme doit faire face dès son adolescence à une double épreuve : l’accident mortel de son petit copain et le suicide quelques jours plus tard d’un de ses meilleurs amis. Ces deux drames, coup sur coup, marquent le début d’une "descente aux enfers" marquée par la dépression, les conduites à risque et les tentatives de suicide.  "Tombera ou tombera pas ? (…) Comment prévenir une chute ou une descente aux enfers ?" résume l’auteure en toute fin de son livre, qui est autant le témoignage d’une jeune fille rongée intérieurement que le récit d’une lente reconstruction.

    World War Web, sélectionné dans plusieurs festivals internationaux

    Johanna Zaïre se lance à corps perdu dans les arts – la musique, la littérature puis le cinéma – qui vont finir par devenir indispensables à l’équilibre de la jeune femme : publications (Sanatorium, World War Web ou Les Roitsy de Magara Kisi), compositions, concerts ou tournages rythment une vie trépidante, marquée également par des déceptions personnelles, sentimentales et artistiques comme par les impératifs professionnels.

    Véritable récit thérapeutique, Rebirth est un livre confession total dans lequel se succèdent sans fard ses souvenirs non-édulcorés, ses accusations adressées à d’anciens proches, des photos, des reproductions de courriers ou de textes manuscrits et surtout des flash-codes invitant le lecteur à découvrir quelques-uns de ses titres ou des vidéos (dont le clip World War Web, sélectionné dans plusieurs festivals internationaux). Rebirth est complété par des illustrations de Thibault Colon de Franciosi.

    "De la cendre… C’est ce que j’étais il y a treize ans" confie Johanna Zaïre. En véritable artiste qui a choisi la liberté, hors de toute structure, pour bâtir une œuvre sans limite, mêlant musiques, littérature et vidéo. Un témoignage à lire, à vivre et à suivre.

    Johanna Zaïre, Rebirth, de la cendre au Phoenix, autoédité, 379 p., 2019
    https://www.johannazaireofficiel.com

    Voir aussi : "Brigitte Bellac, toujours debout"

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  • Au bout du bout

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    9782364522213.jpgC’est d’un calvaire dont il est question dans Le Chemin le plus radieux, d’un calvaire mais aussi d’une histoire d’amour menée à son terme après deux années d’agonie.

    Maryvonne Chauvin raconte dans ce témoignage (préfacé par Catherine Armessen) les deux dernières années de la vie de son mari, entre la déclaration de sa maladie de Creutzfeldt-Jakob et son décès.

    L’auteure raconte dans une langue sèche, épurée et sans misérabilisme (aux antipodes du titre de l’ouvrage que le bloggeur ne trouve pas bien choisi), le quotidien d’une femme ayant affronté avec et pour son mari une maladie rare (et largement oubliée par les services de santé et les laboratoires pharmaceutiques) : les premiers symptômes, les derniers moments de bonheur à deux (un voyage à Venise), les examens médicaux, le diagnostic reçu comme un coup de poing, les parcours de soins kafkaïens, les relations souvent compliquées avec les médecins qui semblent souvent aussi perdus et démunis que les malades ou leurs proches, les gestes de la vie quotidienne devenus des épreuves constantes, les quelques moments de répit, puis les ultimes moments pour accompagner son mari jusqu’au bout du bout.

    Pour ce document autobiographique, l’auteure a choisi de s’exprimer à la deuxième personne du singulier. Véritable exutoire, cet ouvrage est aussi un dialogue pour l’homme qu’elle a aimé et qui ne cache pas la question la plus cruelle qui soit : "Qu’avons-nous fait pour mériter un tel châtiment ?"

    Maryvonne Chauvin, Le Chemin le plus radieux (j’ai accompagné mon mari jusqu’au bout),
    préface de Catherine Armesssen, éd. Saint-Léger, 2016, 123 p.

  • Valérie, François ne lui dit pas merci

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    Le livre le plus important, médiatiquement parlant, de cette rentrée littéraire, a fait couler beaucoup d'encres. Tout ou presque a été dit sur le livre de Valérie Trierweiler, Merci pour ce Moment. À la sortie de ce brûlot, il semblait qu'un tel document se résumait à ces quelques lignes : Valérie aime François qui a quitté Ségolène pour elle, jusqu'à ce qu'elle découvre que celui-ci la trompe pour Julie... Une histoire d'adultère(s), en somme, banale et cruelle, transformée en grand déballage public.  Ajoutez à cela un matraquage éditorial frôlant l'indécence et tout était réuni pour donner au document de Valérie Trierweiler un parfum de scandale.

    Il reste qu'il faut bien parler de ce livre. Que contient-il ? Mérite-t-il les cris d'orfraies distribués par les journalistes, critiques, politiques, éditeurs (hormis les Arènes, bien entendu !), libraires et citoyens lambdas?

    Disons tout de suite que le lecteur de Merci pour ce Moment ne peut oublier que ce livre est au mieux un livre à charge contre l'ancien compagnon de Valérie Trierweiler, au pire un règlement de compte entendant solder quelques années de vie commune entre l'auteure et l'actuel chef de l'État. Aux pudibonds qui s'offusqueraient que l'intimité de l'ancien couple présidentiel soit mis en place publique, il convient de se souvenir que ce témoignage n'est qu'un retour logique de balancier, Valérie Trierweiler ayant été en première ligne après le dévoilement de sa vie privée. Et il faut bien concéder qu'elle même, surnommée publiquement par des détracteurs "Valérie Rottweiler", a rarement été bien traitée par les médias. 

    Conséquence :ces derniers ne sont pas ménagées dans son livre, attaques d'autant plus sévères que l'auteure est journaliste et sait taper où cela fait mal. Valérie Trierweiler n'hésite pas au passage à pourfendre la connivence entre les journalistes politiques et François Hollande.

    C'est à ce dernier que l'ancienne journaliste de Paris Match réserve ses plus beaux uppercuts. Le lecteur assiste ainsi aux pathétiques scènes de rupture dans le cœur même de l'Élysée. Jamais sans doute un livre n'est parvenu à entrer ainsi par la petite porte du palais de la République et nous montrer un homme public de cette importance sous un visage humain – hélas, trop humain !

    Le portrait tracé de François Hollande est à l'avenant : homme froid (d'une pudeur maladive, est-il dit), carriériste, passionné jusqu'à l'obsession par la politique, ambitieux et plus attiré par le monde de l'argent que par les gens simples (l'expression des "sans dents" a été commenté à multiples reprises). Valérie Trierweiler souligne d'ailleurs à plusieurs reprises ses origines populaires, bien loin des préoccupations du premier Président de la République socialiste. 

    Un règlement de compte donc. Mais pas seulement. Car Merci pour ce Moment se veut aussi le portrait – parfois caricatural, certes – d'un certain monde politique. Là encore, Valérie Trierweiler utilise le bazooka contre le cénacle socialiste qu'elle a suivi. Elle revient longuement sur le tweet contre Ségolène Royal, l'ex femme de François Hollande, à l'occasion des élections régionales de 2013. Cette dernière n'est, du reste, pas ménagée : le lecteur ressort avec l'impression que sa candidature aux présidentielles de 2007 était autant une audace politique qu'un moyen de court-circuiter une potentielle candidature de François Hollande. 

    Mise à part quelques personnalités plus ou moins préservées (dont Nicolas Sarkozy), le microcosme politique est durement décrit : un milieu sans foi ni loi, inhumain, machiste et brutal. S'agissant des hommes au pouvoir, Valérie Trierweiler considère que peu sont au niveau – hormis Laurent Fabius, est-il précisé.   

    Voilà un livre à charge donc, qui se voudraient être un long fleuve larmoyant, si l'auteur et narrateur ne faisait pas le choix, dans la dernière partie du livre, de revenir assez longuement sur son engagement humanitaire pendant et après son expérience à l'Élysée. Une manière aussi de relativiser son aventure personnelle, au regard des injustices criantes et des grands malheurs du monde.

    On referme le livre sonné par tant de confidences et de révélations peu flatteuses du Président de la République. La politique ne sort pas grandi de ce document à charge.

    Valérie Trierweiler a dégainé l'artillerie lourde pour solder un passé traumatisant et François ne lui dit pas merci.

    Valérie Trierweiler, Merci pour ce Moment, éd. Les Arènes, 320 p. 

  • Je suis décontamineur dans le nucléaire

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    95867988.to_resize_150x3000.jpgL'objectif de cet ouvrage sérieux et bien documenté est de plonger le lecteur dans l'univers peu connu du nucléaire. Que sait-on des centrales ? Finalement pas grand chose, ou du moins ce que les autorités publiques veulent ou peuvent révéler.

    Ce témoignage est unique - malgré quelques imperfections - en ce qu'il nous dévoile le quotidien des hommes (les jumpers) chargés de faire fonctionner les centrales nucléaires, parfois au mépris de pas mal de dangers. Les connaissances de Claude Dubout sont manifestes (il a d'ailleurs été conseiller technique pour le film Grand Central qui traitait de ce sujet, cf. bande annonce ci-dessous) au point que le lecteur peut être parfois perdu dans des aspects techniques.

    Au final, voilà un livre très intéressant qui nous laisse à penser que Claude Dubout fait partie de cette dernière génération de spécialistes et passionnés de l'atome. Qu'adviendra-t-il après eux?    

    Claude Dubout, Je suis Décontamineur dans le Nucléaire, éditions Paulo-Ramand