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Musiques

  • Piano superstar

    Connaissez-vous Maksim ? Ce prodige a fait du piano un instrument incroyable capable de dépasser toutes les modes et en dépoussiérant le classique. Avec Maksim, Chopin rencontre Abba, Tchaïkovski, Queen, Prokofiev… et Game of Thrones. Décoiffant !

    Avec plus de 5 millions d'albums vendus dans le monde et de nombreux disques d'or et de platine, Maksim a captivé les publics en Europe, en Asie, en Amérique du Nord et en Australie.

    Le public parisien pourra venir l’écouter le 11 mai prochain au Casino de Paris, dans le cadre de sa tournée internationale Segmenti World.

    À ne pas manquer, bien sûr, tant l’expérience promet d’être spectaculaire. Qui a dit que le classique était ringard ?

    Maksim, Segmenti Tour, au casino de Pairs, le 11 mai 2026, 20 heures
    https://www.facebook.com/MAKSIMconcertPianist
    https://www.instagram.com/maksimmrvicaofficial
    https://www.casinodeparis.fr/fr/Maksim-Segmentiworld-Tour-11-Mai-2026-Billetterie-Paris

    Voir aussi : "Qu’elles caractères…"

  • Chants d’amour, chants mystiques

    Alex Nante est au centre de l’album Souffles I – Anima (B.records) proposé par l’Ensemble Écoute dirigé par Fernando Palomeque, avec l’incroyable et envoûtante soprano Clara Barbier-Serrano.

    C’est du reste le mot "envoûtant" qui caractérise le mieux cet opus enregistré en juillet 2025 à la Fondation Singer-Polignac. Pour les 10 ans de l’ensemble Écoute, le compositeur Alex Nante a été mis à l’honneur. À cette occasion, l’auditeur ou l’auditrice fera très certainement la rencontre de ce compositeur argentin né en 1992.

    La première œuvre de l’album, Anima, a été créée l’an dernier à l’occasion de ce live. La première partie, Ave Shakti. s’ouvre sur un chant lumineux, amoureux et presque religieux dans son essence. Il est porté, comme d’ailleurs les autres mouvements, par la voix cristalline de Clara Barbier-Serrano. L’Ave est suivi par le court et mystérieux Parvati, me entrego. Anima se dévoile comme une œuvre méditative (Interludio místico - Corazón del silencio) mais non moments plus sombres (La realidad de Maya). L’opus d’Alex Nante séduit par sa profondeur mais aussi sa gravité (La luz de Sophia). L’ensemble dirigé par Fernando Palomeque interprète sans ostentation les huit parties courtes (la plus longue ne dépasse pas les trois minutes trente). Les chants écrits par Alex Nante pour une femme désirée, Pavarti, sont des chants d’amour et mystiques (Pavarti libérame) prenant la forme de prières et d’invites à l’élévation de l’esprit (Anima eterna, Pavari, brillas).

    Alex Nante démontre ici son envergure de compositeur

    La deuxième pièce date de 2019. Las Noches de las Piedras – "Les noces de pierres" – est une courte pièce en quatre mouvements pour flûte, clarinette, piano, violon, violoncelle et vibraphone. Une vraie musique de chambre donc, au service de chants funèbres. Il semble que les fantômes planent au-dessus de cette œuvre onirique (Lulinoso, potente). Elle se fait carrément inquiétante dans le mouvement Come un sogno, rubato, irregolare, avant le tout aussi étrange Flessibile, poco rapsodico.

    En 2020, le compositeur argentin écrivait ses Huit Scènes (Ocho Escenas). Huit pièces donc, de durée variable, de quelques dizaines de secondes à plus de six minutes). L’Ensemble Écoute propose de les découvrir ou redécouvrir dans cet enregistrement live. Alex Nante démontre ici son envergure de compositeur, capable d’éclats lumineux et musicaux (Luminoso, flessibile), mais aussi de moments recueillis (Devoto), de pages sombres (le long et pathétique Austero, profondo), de jouer des rythmes (Energico, vigoroso), jusqu’à se nouer des rythmes anciens, telle cette gigue géniale (Giga mistica). L’auditeur ou l’auditrice sera tout autant fasciné par le mouvement poignant Austero, come un canto degli antenati, dans lequel l’ensemble dirigé par Fernando Palomeque impose les silences, les pauses et les suspensions. La partie Sognando, poco rubato est tout aussi recueillie et inondée de mystère. La "scène" Quasi patetico, teatrale termine cette pièce passionnante en lorgnant du côté de la Seconde École de Vienne, avec expressionnisme et, justement, théâtralité. Un pied dans le XXe siècle, un autre dans le XXIe siècle, donc.

    La quatrième œuvre d’Alex Nante, A Subtele Chain, est particulièrement importante pour le compositeur. Écrite en 2023, elle a été révisée en 2025. On est heureux de revoir Clara Barbier-Serrano dans les quatre mouvements, Brahma, Music I, Nature, Music II et l’onirique Hymn/The Bell. La soprano sert avec brillance l’univers magique du compositeur argentin. Sa voix plane avec un tel bonheur qu’elle semble irréelle. Alex Nante peut se targuer d’avoir été servi par des interprètes brillants. Lumineux et indispensable.

    L’album de b•records est illustré par l’artiste Sophie Eun Sun Huh.

    Alex Nante, Souffles I – Anima, Ensemble Écoute dirigé par Fernando Palomeque,
    avec Clara Barbier-Serrano (soprano),  b•records, 2026
    https://www.b-records.fr/disques/souffles-i---anima
    https://www.instagram.com/p/DUslklzE5BF
    https://alexnante.com/fr

    Voir aussi : "Trip en Écosse"
    "Élise Bertrand, de l’ombre à la lumière"
    "20, 21"

  • Rose comme la lune

    Et si l’on faisait un arrêt à Marseille ? C’est là que nous attend Roselynd Clementz. Elle sort ce mois son nouveau titre pop, Lune. Pop sucrée, un rien kitsch, la chanteuse assume son côté guimauve mais aussi poétique : "Sous la plein’ lune des roses, j’ose une métamorphose / Je jette mes névroses, et mon humeur morose".

    En ces temps sombres, voilà un titre qui est bienvenu. À découvrir !  

    Roselynd Clementz, Lune, 2026
    https://youtu.be/WAb4MX57yIs 
    https://www.instagram.com/roselyndclementz
    https://www.facebook.com/p/Roselynd-Clementz-100006694548088

    Voir aussi : "Devenir Andrea Ponti

  • Brahms, le noir lui va si bien

    Le noir est à tous les étages de cet album Brahms du pianiste italien Fabrizio Chiovetta (Aparté). Il faut dire que les pièces pour piano Opus 116 à 119 ont été écrites dans les dernières années du compositeur allemand. L’homme a traversé et transformé le XIXe siècle, d’abord en marchant sur les traces de Beethoven, avant d’incarner le Romantisme. Que l’on pense au Caprice en ré mineur, concentrant sur ses 2 minutes 30 une vitalité et une passion qui va pourtant s’estompant.

    Nous sommes en 1892, donc. Wagner est mort depuis peu, Gustav Mahler est sur le point de dominer la musique romantique. Que reste-t-il à Brahms ? Il semble s’interroger. Ainsi pourrait-on traduire ces somptueux Intermezzi, notamment l’Intermezzo en la majeur, fin, délicat et à l’économie de moyen remarquable.

    Et pourtant, à l'époque de ces compositions, Brahms n’a plus rien à prouver. Ses symphonies, ses sonates et ses concertos ont bâties pour toujours une œuvre majeure. Or, lorsqu’il reprend le clavier pour ces Opus 116-119, c’est pour revenir à l’essentiel. Au piano, Brahms choisit la concision et la maîtrise de son art, que ce soit dans ces Intermezzi ou ces Caprices opus 116. Rien de ténébreux pourtant, que ce soit dans le Caprice en sol majeur, celui en ré mineur ou l’Intermezzo en mi mineur. Il semble même par moment que le compositeur, comme le pianiste, se distraient. Il n’en reste pas moins vrai qu’une profonde mélancolie cimente cet album aux teintes sombres et grises (Intermezzo en mi majeur).

    Fabrizio Chiovetta interprète ces pièces du dernier Brahms avec tact, en laissant de larges places aux suspensions, pour rendre compte de ces "berceuses de douleur", comme le confiait Brahms à son amie Clara Schumann. L’Opus 116 ressemble à une série de chants d’adieux ou plutôt de regards portés vers le passé, un mélange de regrets et de nostalgie. Sans doute Brahms est-il considéré à l’époque comme un artiste "dépassé". Il prouve cependant qu’il est là et bien là. À la fois plus moderne qu’on ne le penserait a priori et capable d’offrir quelques-unes de ses plus belles pièces.

    La lumière perce à travers les volets de notes

    L’Opus 117 est tout entier consacré à trois Intermezzi, respectivement en mi bémol majeur, en si bémol mineur et en ut dièse mineur. L’Intermezzo Andante moderato en mi bémol majeur séduit par sa finesse et sa ligne mélodique (Brahms a reprit une berceuse écossaise). Il en fait une des plus grandes pièces du répertoire romantique. Fabrizio Chiovetta la déploie en prenant son temps comme s’il souhaitait ne jamais la terminer. Celle en si bémol mineur a l’accent d’une prière – peut-être adressée à Clara Schumann, son grand amour platonique. Plus funèbre est l’Intermezzo en ut dièse mineur, plus complexe aussi. Le compositeur y dévoile ses tourments intérieurs et ses interrogations.

    L’Opus 118 fait alterner quatre Intermezzi, une Ballade et une Romance. L’Intermezzo en la mineur est le plus court de l’opus. Il précède un autre Intermezzo, celui-là en la majeur, plus apaisé, méditatif, semblant revenir à de lointains souvenirs. À des regrets aussi. La Ballade en sol mineur sonne étrangement. Plus superficielle, relativement courte aussi (un peu plus de trois minutes) et d’une fausse gaieté, elle exprime chez Brahms l’envie de montrer qu’il est toujours en vie, et même vaillant. Son Intermezzo en fa mineur revient à l’essentiel : mélodies simples, silences bienvenus, notes suspendues. Rien de trop. Dans la Romance en fa majeur, c’est le Brahms romantique qui s’exprime, un Brahms amoureux et presque souriant. En tout cas rempli de confiance. La lumière perce à travers les volets de notes que le pianiste sait rendre claires, colorées et légères. L’Intermezzo en mi bémol mineur vient conclure cet Opus 118, dans une sombre retenue. Cette pièce ressemble à une prière des morts.

    Quatre pièces pour clavier Opus 119 viennent conclure cet album Brahms. Il s’agit de trois Intermezzi et d’une Rhapsodie. Là encore, on aime cette facture romantique ni intimidante ni grandiloquente. Le Brahms des Intermezzi nous parle au cœur (Intermezzo en si mineur), grâce notamment à la simplicité mélodique (l’Intermezzo en mi mineur), voire à cette envie de montrer que la musique ne saurait exister sans une part insouciante. Que l’on écoute pour s’en convaincre l’Intermezzo en do majeur et surtout la Rhapsodie en mi bémol majeur. Fabrizio Chiovetta a su rendre un peu de lumière du Brahms des vieux jours. Un homme qui se sait à la fin de sa vie et qui s’apprête à refermer pour toujours son clavier. 

    Johannes Brahms, Klavierstücke, op. 116-119, Fabrizio Chiovetta (piano), Aparté, 2026
    https://apartemusic.com/fr/album-details/brahms-klavierstucke-op-116-119
    http://www.fabriziochiovetta.com
    https://www.facebook.com/profile.php?id=100063675844998#
    https://x.com/FabrizioPiano

    Voir aussi : "Élise Bertrand, de l’ombre à la lumière"

  • Trip en Écosse

    Le chef Alexis Kossenko poursuit son exploration de l’œuvre pour orchestre de Felix Mendelssohn Bartholdy avec sa 3e Symphonie "Scottish" en la mineur et  l’Ouverture Les Hébrides (Aparté).

    Compositeur phare de la période romantique, il a été cependant été redécouvert tardivement à partir de la seconde moitié du XXe siècle. Ses origines juives et l’antisémitisme étant pour beaucoup dans cette injustice, et ce bien que ses contemporains le considérait comme un génie.

    Artiste allemand précoce, mort prématurément à l’âge de 38 ans, il commence à composer sa troisième symphonie, dite "Écossaise" à seulement 20 ans. Grand voyageur, il est parti au Royaume-Uni et découvre, enthousiaste, l’Écosse. La nature brute de cette contrée lui inspire cette œuvre profondément attachante. Il met cependant 12 ans pour la finir… à Londres. Bon, ce n’est certes pas en Écosse mais la boucle est bouclée. À son écoute, c’est simple : même si Mendelssohn n’est pas le plus connu des classiques, on a envie de l’aimer.

    À la tête des Ambassadeurs et de La Grande Écurie, Alexis Kossenko a pris le parti des instruments d’époque, donnant à ces deux œuvres – la Troisième et Les Hebrides de Mendelssohn, donc – un lustre certain et aussi une grande authenticité.

    Dans cette symphonie écossaise, le mouvement ample du premier mouvement (Introduction. Andante con moto – Allegro un poco agitado) exprime les paysages tourmentés et brumeux du pays de Mary Stuart, dont le compositeur allemand a visité le palais. Un grand vent romantique souffle sur cette partie dense et laissant le spectateur sans répit. "Agitado" dit l’indication de tempo pour la dernière partie de ce mouvement. Et il est vrai qu’aux tourments de l’âme répondent ceux de l’orchestre. Si l’on peut parler de naturalisme et de romantisme chez Mendelssohn, ce premier mouvement en est une belle illustration.

    Fibre beethovénienne

    Le premier mouvement dépasse les 16 minutes. Le deuxième, Scherzo. Vivace non troppo, lui, fait moins de 5 minutes. Relativement bref donc, mais aussi léger. Sans doute peut-on entendre, derrière les sons de la clarinette, l’écho des cornemuses qui ont dû fasciner le jeune homme de l’époque.

    Contrevenant aux conventions, l’Adagio n’arrive qu’ensuite, dans un troisième mouvement lent et méditatif. Mendelssohn prend son temps, tout comme l’ensemble mené par Alexis Kossenko. Coloré, dense et vibrant, cet adagio-là n’a pas le caractère funèbre de bien d’autres symphonies. Il apaise et exprime le calme intérieur du compositeur.

    La fibre beethovénienne est évidente dans les quatre parties, et notamment dans le Finale guerriero. Un "final guerrier" donc, dans lequel Mendelssohn se nomme disserte s’agissant des indications de tempo : Allegro vivacissimo et Allegro maestoso asai. Voilà du travail rondement mené pour le chef d’orchestre et pour son ensemble orchestral. Cette Symphonie "écossaise" se termine dans la majestuosité, hommage sans doute à un pays qu’il a adoré – même s’il est notoire que l’Écosse est bien loin de la pompe royale.

    L’Ouverture des Heberides, op. 26, vient compléter ce programme. Précisons que malgré son titre, cette pièce est autonome et n’est composée que d’un seul mouvement. Comme pour la 3e Symphonie, elle a été inspirée par un voyage en Écosse dont nous parlions. Mendelssohn y avait découvert la grotte de Fingal sur l’île de Staffa. Cette composition peut être qualifiée de naturaliste, tant l’auditeur ou l’auditrice peut voir apparaître le paysage marin qui l’a tant fasciné. Alexis Kossenko excelle dans sa manière de rendre vivant les éléments – la mer, le vent, la minéralité et bien sûr la verdoyante nature. Génie absolu, maintenant admiré, Mendelssohn a finalement laissé après son voyage écossais les plus belles cartes postales qui soient : musicales et intemporelles. 

    Felix Mendelssohn, Symphony n°3 "Scottish" – The Hebrides,
    Les Ambassadeurs et La Grande Écurie, direction Alexis Kossenko, Aparté, 2025

    https://apartemusic.com/fr/album-details/mendelssohn-symphony-no-3-scottish-the-hebrides

    Voir aussi : "Élise Bertrand, de l’ombre à la lumière"

  • Élise Bertrand, de l’ombre à la lumière

    La musique contemporaine est toujours une aventure autant qu’une parenthèse enchantée. À cet égard, Élise Bertrand ne pouvait choisir meilleur titre que Talisman pour son deuxième album. Voilà un coup d’éclat autant qu’une confirmation après son premier opus, Lettera Amorosa. Nous avions aussi parlé de son récent concert à Gien (Loiret).

    Accompagnée de ses ami⸱e⸱s – Adèle Charvet, Emmanuelle Demuyter, Raphaël Sévère, Nathanaël Gouin, le groupe Les Métaboles et Léo Warynski – la compositrice et violoniste (mais aussi pianiste) propose une sélection de ses pièces de musique de chambre. Pour certaines, la musicienne se met elle-même à l’archer et au clavier.

    L’opus 17, Dans les abysses de lumière, avec Nathanaël Gouin au piano, résonne comme un chant à la fois funèbre et plein d’espoir. Pudeur, intimité et inquiétude se croisent, non sans des éclats de lumière et des silences éloquents. À l’audace d’écriture d’Élise Bertrand vient répondre le jeu précis et expressif au piano de Nathanaël Gouin. Oui, semble nous dire la compositrice, on peut encore proposer des pièces exigeantes comme celle-ci.

    Talisman offre une large place à la poésie. Il y a, pour commencer, l’opus 12, Âme de nuit. Dans l’esprit musique française du XXe siècle, la mezzo-soprano Adèle Charvet, accompagnée de Nathanaël Gouin au piano, propose trois adaptations de poèmes de Maurice Maeterlinck (1862-1949), Claude Roy (1915-1987) et Victor Hugo (1802-1885). Les espoirs vains, les attentes déçues et les absences constituent le cœur d’Âme chaude, un poème de Maeterlinck tiré des Serres chaudes. La littérature française, la tradition de la mélodie française et la musique contemporaine se rejoignent dans cette première partie d’Âme de nuit. La voix d’Adèle Charvet plane avec onirisme mais aussi une pudique douleur. On peut remercier Élise Bertrand d’avoir su débusquer La Nuit, un extrait des Poésies de Claude Roy, journaliste et écrivain devenu rare. Et l’on constate les parentés entre Maeterlinck et Roy, le dernier se montrant plus parnassien qu’on ne le pensait de prime abord : "Après l’aube la nuit tisseuse de chansons / s’endort d’un songe lourd d’astres et de méduses / et les jambes mêlées aux fuseaux des saisons / veille sur le repos des étoiles confuses."

    La nuit, le silence, la méditation, le sommeil et la nature source de méditation. On retrouve ces thèmes dans Nuits de juin de Victor Hugo ("L’été, lorsque le jour a fui, de fleurs couverte / La plaine verse au loin un parfum enivrant ; / Les yeux fermés, l’oreille aux rumeurs entrouverte, / On ne dort qu’à demi d’un sommeil transparent...") Troisième auteur, troisième poésie, troisième époque mais la même cohérence et intelligence de composition.

    Talisman offre une large place à la poésie

    Élise Bertrand, au violon, vient accompagner Nathanaël Gouin pour sa Sonate-Poème, opus 11. Trois mouvements, Aria-Allegro, Nocturne et Finale, constituent cette pièce écrite comme un chant de vie et de mort. Le violon vient pleurer l’absence, la douleur mais aussi l’impérieux désir de danser au-dessus du vide (Aria-Allegro). Le violon se fait onirique dans le Nocturne. Il semble même flotter tel un ectoplasme gémissant, avant un Finale explosif mettant la vie comme le grand vainqueur de ce poème musical.

    Poésie encore avec l’opus 5, l’œuvre la plus "ancienne" (pardon, "précoce") de la jeune compositrice. Elle a été créée le 29 mars 2019 lors de la demi-finale du 27e Concours International de Piano d’Épinal. Ce Poème est une œuvre pour piano au néoromantisme de notre époque (d'ailleurs, Bla Bla Blog avait malicieusement intitulé le premier article consacré à la musicienne : "Ultra moderne romantique"), tout en assumant ses liens de cœur avec la musique française du début du XXe siècle.

    Décidément, le deuxième album d’Élise Bertrand est placé sous le signe de la littérature et de la poésie. Une preuve supplémentaire avec ses Trois mélodies sur un thème d’Eluard, opus 9. Cette fois, Élise Bertrand est au piano, accompagnant Emmanuelle Demuyter. Dans Ta bouche aux lèvres d’or, le chant de la soprano, léger et mystérieux, revivifie la mélodie française que l’on pensait disparue depuis des décennies : "Souvenirs de bois vert, brouillard où je m'enfonce / J'ai refermé les yeux sur moi, je suis à toi". Élise Bertrand fait allier avec justesse néoromantisme et contemporain, en s’emparant de grands textes (J’ai fermé les yeux). Emmanuelle Demuyter est sa partenaire idéale : onirisme, détachement, pudeur. Sa voix en tension hypnotise littéralement (Ordre et désordre de l’amour).

    On a plaisir à écouter Élise Bertrand au violon interpréter la courte Sonate pour violon seul, opus 16, en trois mouvements et sans indication de tempo. La musicienne semble marcher sur les pas de ses aînés, ceux de la seconde école de Vienne (Schoenberg, Berg, Webern) : audace dans l’écriture, expressivité, rythmes hypnotiques (III) et tensions extrêmes. Une facture contemporaine qui fait le grand saut entre les premières années du XXe siècle et 2026.  

    La Psalmodie, opus 20 voit surgir la clarinette miraculeuse de Raphaël Sévère, en trio avec Élise Bertrand au violon et Nathanaël Gouin au piano. Cette pièce de chambre s’écoute comme une prière, sombre et pathétique. La magie opère dans ce morceau qui prend son temps, comme s’il s’agissait pour la compositrice d’une déambulation dans une lande inquiétante.

    Un dernier poème vient conclure l’album. Et, surprise, il s’agit de Sully Prudhomme (1839-1907). On l’a peut-être oublié mais il fut, en 1901, le premier lauréat du Prix Nobel de Littérature. Élise Bertrand a choisi d’adapter en musique le poème Ce qui dure (op. 31). Le groupe Les Métaboles, dirigé par Léo Warinski, l’interprète. Impossible de rester insensible à cette version pour six voix mixtes qui vient nous parler du temps qui passe et de la jeunesse disparue : "Nous ne voyons plus sans envie / Les yeux de vingt ans resplendir, / Et combien sont déjà sans vie / Des yeux qui nous ont vus grandir !" Moderne et épurée, mélodieuse et pudique, cette pièce s’écoute avec recueillement, telle une œuvre grégorienne… et laïque tout à la fois.

    Finalement, la plus grande audace d’Élise Bertrand n’est-elle pas à la fois la simplicité et l’art d’amener le contemporain là où on ne l’attendait pas ? 

    Élise Bertrand, Talisman, NoMadMusic, 2026
    https://www.nomadmusic.fr/fr/album/talisman
    https://elise-bertrand.fr
    https://www.facebook.com/elise.bertrand.35
    https://www.instagram.com/elise.musician

    Voir aussi : "Qu’elles caractères…"
    "Élise Bertrand, ultra moderne romantique"

  • Dure et douce Abyr

    Abyr, c’est l’une des voix françaises (ou plutôt libano-française) les plus généreuses et les plus bouleversantes du moment. Elle exprime sa sensibilité sur la couverture de son premier album sobrement nommé Abyr, né en partie grâce à un financement participatif de 114 contributeurs. Son regard triste semble ailleurs. Sans doute est-il destiné à son pays d’origine, le Liban.  

    Le premier titre, Je suis ton voisin, s’écoute comme une déclaration d’amour pour ces frères et sœurs exilés "Je suis ton frère de courage, / nos langues se ressemblent un peu, / Je suis ton frère de naufrage, / On ne sait plus vivre heureux"

    L’expatriée née au Pays du Cèdre tend la main vers ces autres voyageurs douloureux. Elle semble donner un visage à ces migrants. Qui mieux qu’elle pouvait les chanter, elle qui est née d'un père libanais et d'une mère palestinienne au milieu de la guerre civile ? Elle en parle avec tendresse et compassion : "Eux, ils serrent très fort leurs petits, / On n’entend même plus leurs cris, / Et si c’étaient nos bambins / qui devenaient clandestins" (Avancer).  

    La chanson de la franco-libanaise est enrichie d’influences orientales, grâce notamment à sa collaboration avec le musicien Sebka et l’arrangeur Antoine Rault. On pense à Al Hamdoulillah, portrait tendre d’une femme voilée : "Autour de son cou elle porte la clé de sa maison, / Un voile sur la tête et sa foi qui brille comme une étoile". Plus loin dans l’opus, Vol de plaisir y fait écho avec un souvenir d’enfance : d’une tente dans une rue de Mumbai à un départ en avion. Un déracinement, un déchirement. Impossible de rester insensible à ce morceau à la fois dur et doux : "J’ai pris le temps / De raconter mon histoire / Aux hommes bienveillants" (Vol de plaisir).

    Abyr dévoile de nouveau ses blessures dans Je cherche l’enfance : "J’ai reçu en, héritage / Le syndrome du réfugié / Prête à reprendre le large, / Jamais en sécurité". Un tel traumatisme a laissé des traces : son enfance lui apparaît comme un "oiseau blessé", quant à son adolescence, elle a dû "la voler". D’enfance, il en est encore question dans la touchante Émilie, ma poupée. Une tendre chanson pour un jouet, symbole encore de l’enfance de l’artiste. Mais aussi une confession sur la fin de l’innocence, broyée par les adultes.

    Un déracinement, un déchirement

    On le sait, la solitude a été un thème régulièrement chanté dans notre répertoire, que ce soit par Ferré, Moustaki ou Barbara. Il n’est donc pas étonnant de la retrouver ici avec le titre Solitude chérie, cette fois interprété avec un mélange de mélancolie et de plaisir : "Solitude mon amie, / Tu me suis pour la vie, / malgré moi j’ai trouvé un abri / Sous le ciel de Paris".

    Installée en France, Abyr n’oublie pas pour autant son pays natal. Elle tourne son regard et réserve ses pensées à ses compatriotes restés là-bas (À ceux qui restent). Un morceau écrit bien avant les événements actuels du Moyen-Orient, dans lequel la Franco-libanaise parle de l’explosion du port de Beyrouth en 2020.  

    On aime la voix fragile et presque enfantine d’Abyr, et plus encore la poésie mélodique de cet album, à l’instar de Rêver. Rêver pour s’extraire du malheur, des apparences, du "grand froid" et des illusions : "Loin du paradis sur la terre / Je préfère m’envoyer en l’air / Dans mon voyage en solitaire".

    L’auditeur ou l’auditrice écoutera avec tendresse ces saynètes intimes dans lesquelles, en quelques mots, Abyr ouvre grand ses souvenirs, ses regrets et ses inspirations (Du bonheur dans un carton).  Mais arrêtons-nous sur l’une des chansons les plus réussies de l’opus. Il y a du Brassens dans l’irrésistible Vivre mieux que mourir, en forme de dialogue avec le cœur de la chanteuse : "Sachons mieux vivre que mourir / Et ne rien, regretter", confie-t-elle comme un conseil ou une prière.

    L’album se termine avec Tu ne me changeras pas, une jolie déclaration d’amour et d'indépendance, qui est celle d’une femme libre ("Je suis de celles qui papillonnent"). Qu’on se le dise : Abyr n’est pas de celle qui reste en place. Dur pour ceux qui veulent rester avec elle : elle ne sera jamais leur "conquête". Indépendante jusqu’au bout des ongles. Et assurément une grande voix de la chanson.

    Abyr, 2025
    https://www.facebook.com/abyrchanteuse
    https://www.instagram.com/abyr_chanteuse
    https://linktr.ee/abyrchanteuse
    En concert le 18 avril à Morogues (18) – Les Hauts de Loye / Co-plateau avec Sebka
    le 12 juin 2026 à Nilvange (57) – Le Gueulard / Co-plateau avec Sebka
    le 13 juin 2026 à Wissembourg (67) – L'Escale / Co-plateau avec Sebka
    le 28 juin2026 à La Charité-sur-Loire (58) – La Goguette de l’Île

    Voir aussi : "Pauline Brideron, entre onirisme et steampunk"
    "Un monde nouveau pour Hugo Jardin"

  • Thierry Caens a le Smile

    C’est une invitation autant musicale que cinématographique que nous propose le trompettiste Thierry Caens dans son nouvel opus bien nommé La Strada (Indésens). C’est justement le titre de Nino Rota qui ouvre cet album coloré qui devrait ravir autant les amoureux et amoureuse du 7e art (mais aussi de la télé) que les mélomanes. Il faut souligner l’excellent livret de l’album physique qui permet de faire un focus sur les compositeurs présents dans lequel l’instrumentiste parle de ces musiciens et souvent amis. Ajoutons que l’instrumentiste avait participé à la BO de Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau. Cinéma et musique, déjà. 

    Pour La Strada, le jeu subtil de Thierry Caens sert à merveille le titre du chef d’œuvre de Fellini, mêlant insouciance italienne, sens de la fête, expressivité mais aussi mélancolie. Le trompettiste ne surjoue pas : dans cette adaptation "de chambre", il respecte La Strada, avec le même souhait de nous ramener quelques années en arrière. De même, Manix, l’un des chefs d’œuvre de Lalo Schifrin, respecte l’esprit insouciant des sixties : densité orchestrale, sens du rythme, couleurs. On retrouve la même facture jazzy et la même douce nostalgie dans La Panthère Rose d’Henry Mancini, célèbre grâce à sa mélodie culte.  

    On est ravis de trouver dans un album qui sent l’amour du cinéma, la Cavatine extraordinaire de Stanley Myers, extraite du Voyage au bout de l'enfer. Si peu jouée mais pourtant si exceptionnelle. Quand l’écoutera-t-on enfin dans des concerts ou des albums classiques.

    Outre le néoclassique et paradoxalement très français Papillon de l’Américain Jerry Goldsmith, tiré du chef d’œuvre éponyme avec Steve McQueen et Dustin Hoffmann, l’auditeur ou l’auditrice découvrira sans doute l’onirique La Maison du lac de Dave Grusin. Le film de 1981 avec Katharine Hepburn, Henry Fonda et Jane Fonda est certes sorti de beaucoup de têtes. Voilà qui rend l’adaptation de Thierry Caens particulièrement importante et donne envie de voir ou revoir ce film délicat et crépusculaire sur les liens familiaux et sur le temps qui passe.

    Crépusculaire, Le bon, la brute et le truand l’est aussi. On le doit au "génie absolu" Ennio Moriconne  (les mots sont de Thierry Caens himself). Le trompettiste avait le choix dans les quelques 500 films du maestro italien. Il a choisi ce morceau culte et sombre du western spaghetti considéré comme un chef d’œuvre – encore un !

    La vie est belle est le plus beau titre de cet album, au point qu’il vous tire inévitablement les larmes aux yeux

    Autre western, le film The Alamo est porté par une bande-son écrite par le compositeur américain Dimitri Tiomkin, né en Ukraine et nationalisé américain et que le célèbre trompettiste français considère comme "un des plus brillants compositeurs de l’âge d’or hollywoodien". Mélodie simple et efficace, retenue et efficacité. Voilà qui fait la qualité de The Alamo, certes pas le plus connu des titres de l’album.

    S’il est un nom reste à l’âge d’or hollywoodien, c’est bien celui de Charlie Chaplin. Réalisateur de génie (peut-être le plus grande l’histoire du cinéma), il fut aussi, et on le sait moins, un compositeur tout aussi génial. Thierry Caens propose une adaptation pour trompette de Smile, tiré des Temps modernes. Il fait de ce standard un titre jazz et glamour. De quoi (re)tomber amoureux ou amoureuse.

    On ne dira jamais assez quel formidable compositeur fut John Barry, trop souvent limité à "l’indicatif" de James Bond. Une preuve avec cette version pour trompette de Danse avec les loups. On a certes le droit de préférer l’original à l’harmonica, il n’en reste pas moins que l’adaptation à la trompette a tout son charme.

    Non sans audace, l’instrumentiste propose une adaptation de Psychose, la musique-générique du film d’épouvante d’Hitchcock. Trompettes, percussions et cordes ressassent le célèbre thème, aussi célèbre que la fameuse scène de la douche. L’esprit sixties est là, tout comme l’esprit machiavélique planant au-dessus du Bates Motel. Moins connu, le titre de Marvin Hamlisch, Nos plus belles années, invitent à la nostalgie et à la douceur. Ce morceau, peu connu, est proposé grâce à la collaboration du trompettiste avec le duo Cordes et Âmes.

    Pour finir,  Bla Bla Blog se lance avec courage : l’interprétation de La vie est belle est le plus beau titre de cet album, au point qu’il vous tire inévitablement les larmes aux yeux. La "faute" à cette orchestration fine et au jeu tout en retenu de la trompette. Il est rare d’entendre de telles musiques de film pouvant porter en quelques mesures la joie, la douleur, la paix et la mélancolie. On la doit à Nicola Piovani. Rien que pour ce morceau, cet album Strada est à se procurer et à écouter impérativement. Et au moins dix mille fois !

    Thierry Caens, La Strada Les grandes B.O. du cinéma international,
    avec l’Orchestre National Avignon-Provence et l’Orchestre Dijon-Bourgogne, Indésens Calliope, 2026

    https://indesenscalliope.com
    https://www.thierrycaens.com

    Voir aussi : "Élévations et émancipations"