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  • Qu’elles caractères…

    Pour la deuxième fois, la violoniste et compositrice Élise Bertrand se produisait ce dimanche à Gien, cette fois en duo avec la harpiste Maëlle Martin. Bla Bla Blog avait déjà été impressionné par son premier album, Lettera Amorosa, sorti il y a deux ans. Un sacré coup de maître pour une musicienne ambitieuse – et qui n’a pas peur de l’être. Un deuxième opus est déjà sorti, mais nous en parlerons plus tard.

    En attendant, sur les bords de Loire, Élise Bertrand et Maëlle Martin avaient concocté pour le public des Rencontres Musicales de Gien un programme spécial à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes. Si les compositeurs étaient majoritaires au cours de ce concert, ce sont bien les femmes qui étaient au centre des pièces jouées pour violon et harpe – souvent, du reste des adaptations. Didon de Purcell, Juliette, l’héroïne de Shakespeare adaptée pour le Bel Canto par Bellini, la nymphe Chloris, Carmen et Thaïs. Bref, des héroïnes entrées dans la légende et dans la mémoire collective, et ici mises en musique par deux artistes passionnées et engagées.

    Le concert a commencé avec un "tube" de Purcell, l’air d’adieu de Didon et Énée. Le violon d'Élise Bertrand incarnait la plainte bouleversante de la reine phénicienne, la harpe venant accompagner avec grâce ce lamento.

    Marguerite au Rouet n’est certes pas le lied le plus célèbre de Schubert. L’héroïne en question, l’innocente et romantique Marguerite, est amoureuse de Faust. Amour impossible et fatal que le compositeur romantique exprime avec élégance et sensibilité. La harpe de Maëlle Martin venait ressasser les regrets de la jeune Marguerite, en osmose avec le violon ultra-sensible d’Élise Bertrand.

    Romantisme encore avec Reynaldo Hahn, de plus en plus présent dans le répertoire classique. C’est le À Chloris qui a été proposé à l’Auditorium de Gien, un opus que nous avions écouté dans une version singulière du groupe Venerem. Deux autres compositeurs de la fin XIX et début XXe siècle ont également eu les honneurs des deux artistes : la courte berceuse Nana, "un hommage aux femmes qui donnent la vie", a précisé Élise Bertrand avec tendresse. Manuel de Falla est l’auteur de cet extrait de sa Suite Populaire Espagnole. Une pièce tendre, aux accents méditerranéens et non sans mélancolie. Un joyau. Les musiciennes n’ont pas oublié Thaïs, l’héroïne de l’opéra de Massenet.

    Un vent de fraîcheur, d’audace et de modernité 

    En cette journée consacré aux droits des femmes, les musiciennes ont proposé des œuvres de deux compositrices redécouvertes récemment, l’artiste "de caractère" Henriette Renié, avec l’Andante religioso et le Scherzo Fantaisie, deux pièces écrites pour harpe et violon au début du XXe siècle. La facture néo-romantique comme les talents de pédagogue d’ Henriette Renié ont fait son succès avant qu’elle ne tombe dans l’oubli. Même parcours pour Cécile Chaminade qui, en dépit de son œuvre pléthorique, n’a été redécouverte que ces dernières années. Elle était présente avec l’Andantino, op.31, une pièce pour violon et piano adaptée pour violon et harpe.

    La troisième compositrice mise à l’honneur a été Élise Bertrand elle-même ! Elle a interprété au violon, accompagnée bien sûr par son acolyte Maëlle Martin, sa pièce Je vous salue Henri, Pierre et Nous vos couleurs. Soufflait dans la salle de l'Auditorium un vent de fraîcheur, d’audace et de modernité. Cet hommage aux peinture d’Henri Matisse et Pierre Bonnard, commandé par la Fondation Maeght, faisait se rencontrer l’audace de la musique contemporaine et les couleurs debussyennes.

    Des variations sur l’opéra Carmen sont venues conclure le concert. Pablo de Saraste est l’auteur de cette Fantaisie toute en virtuosité. Plusieurs tubes classiques en quelques minutes, suivis, en bis, d’un autre succès, Plaisir d’amour, une romance ancienne, composée en 1784 par Jean-Paul-Égide Martini, un des nombreux artistes protégés par Marie-Antoinette. Le public ne pouvait pas ne pas avoir en tête les paroles de ce succès populaire ("Plaisir d'amour ne dure qu'un moment, chagrin d'amour dure toute la vie…").

    Un concert rafraîchissant placé sous le signe des femmes, mais aussi de l’amour, servi par des artistes au sacré caractère et que l’on n’a pas fini d’entendre parler. Et pas qu’à Gien. 

    Élise Bertrand / Maëlle Martin, Femmes de caractère
    Concert le 8 mars 2026, Gien, Auditorium
    https://www.rencontresmusicalesdegien.fr
    https://elise-bertrand.fr/concerts
    https://www.instagram.com/maelle.mrtn

    Voir aussi : "Élise Bertrand, ultra moderne romantique"
    "Irrévérence et vénération"

    Photo © Julien Hanck

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  • "Faire peau à peau avec ce bijou de musique"

    Bla Bla Blog avait terminé l’année 2025 en beauté la découverte de VENEREM et leur album Strike. Une sacrée claque. Nous avons voulu en savoir plus sur ce groupe sacrément audacieux pour leur approche singulière du classique. Marlo Thinnes et  Laureen Stoulig-Thinnes, deux des quatre membres de VENEREM, ont bien voulu répondre à nos questions.   

    Bla Bla Blog – Bonjour. Pouvez-vous nous présenter Venerem ? Et d’abord, d’où venez-vous ? 
    Laureen Stoulig-Thinnes – Mes racines sont multiples : mon père est français mais ma mère est mauricienne, née d'un papa indien et d'une maman africaine. Le fait qu’on y parle le créole et que ce coin de paradis soit naturellement marqué par de nombreuses influences culturelles et religieuses est peut-être aussi la raison pour laquelle je ne suis pas une puriste. Le mélange des différentes influences, y compris musicales, m’a toujours fascinée. Je suis chanteuse baroque et classique, mais j’ai toujours été très ouverte d’esprit. VENEREM m’offre une chance de diversité, et c’est quelque chose que j’apprécie énormément. Peut-être quelques mots sur VENEREM, même si l’écoute de notre musique transmet sans doute plus que n’importe quel discours : VENEREM crée une musique d’un style inhabituel et sans précédent. Comme l’a récemment souligné un critique suisse, les arrangements de VENEREM ressemblent davantage à des œuvres d’art transformées, basées sur la musique ancienne allant de la Renaissance au baroque tardif. Ce style fait l’objet d’une modernisation audacieuse, qui projette l’art ancien vers l’avenir. Sur le plan des idées comme de l’artisanat musical, nos arrangements s’inspirent du classicisme et du romantisme tardif. On sait que la musique ancienne laissait souvent une grande place à l’improvisation, et VENEREM exploite pleinement cette liberté pour créer quelque chose d’individuel, de totalement nouveau. L’auditeur a l’impression d’entendre des œuvres originales : les fondements musicaux sont transformés de manière convaincante, avec un sens aigu de l’entrelacement des motifs, du contrepoint et des harmonies contrastées. Chez VENEREM, soprano, piano, basse électrique et percussions fusionnent en une combinaison envoûtante qui donne envie d’en entendre toujours plus.

    BBB – Votre album Strike est un projet singulier, alliant musique classique et jazz. Qui a eu l’idée de cette lancer dans une telle aventure musicale ?
    LST – VENEREM n’est plus un projet : nous sommes arrivés à un point d’aboutissement et nous nous sentons désormais comme un ensemble réellement stable et affirmé. L'idée est née de l'écoute d'un disque de L'Arpeggiata, formidable formation dirigée par Christina Pluhar. J'ai alors compris qu'on "avait le droit" de toucher ainsi à la musique ancienne. Mon mari [Marlo Thinnes] connaît mon amour pour la liberté et, avec passion et génie, il m'a suivie.

    "J'ai compris qu'on "avait le droit" de toucher ainsi à la musique ancienne"

    BBB – Mêler jazz et classique n’est pas nouveau. On pense à Jacques Loussier et à son Trio Play Bach. Dans quelle mesure son travail et son œuvre vous a influencé ?
    LST – Mon mari écrit les arrangements. C’est lui qui a donné un visage à VENEREM. Je ne sais pas vraiment comment il fait. En tous cas, je dois dire que je me sens comme une reine à qui l’on déroule le tapis rouge — musicalement parlant ! À chaque arrangement, il parvient à me surprendre davantage. J’adore cela et je perçois aussi toutes les transformations subtiles, puisque je connais les œuvres originales. Je pense cependant que, de manière générale, son empreinte personnelle, sa façon de penser issue de la musique classique — peut-être du baroque tardif jusqu’au romantisme tardif — s’y reflète fortement.

    BBB – Le second morceau de Purcell est le célèbre Cold Song. Comment qualifiez-vous votre adaptation ? Classique ? Baroque ? Jazz ? Ou bien rock ? Avec beaucoup de pièges pour la voix de la chanteuse.
    LST – Cold Song est né en une seule répétition. Il n’y avait pas grand-chose à faire. Marlo sait quand il vaut mieux réduire, n’utiliser que quelques effets. Je crois que cette musique est déjà si particulière et si puissante dans sa version originale qu’un arrangement trop ample ne ferait que la perturber. Et puis, je suis particulièrement fan de ce que Michel [Michel Meis], notre fou de batteur parvient à produire dans cette pièce. Tant de silence et de mystère naissent de son jeu. Il y a une sorte de transe qui peut s'installer en moi. il s'agit alors de se laisser habiter et transporter. La voix elle-même en est surprise je pense. Une expérience merveilleuse et défi considérable… 

    BBB – Reynaldo Hahn fait partie des compositeurs que l’on redécouvre en ce moment. On n’est donc qu’à moitié étonné de le retrouver ici. Vous avez choisi la pièce À Chloris. Pourquoi cette œuvre ?
    LST – Comme déjà mentionné, les exceptions confirment la règle ! Et puis, j'avais envie de faire peau à peau avec ce bijou de musique si délicat, lumineux qu'il faut chérir dans chaque note, dans chaque respiration, et mon cœur s'enivre de ces mots d'amour, d'ambroisie. Quelle chance de se laisser habiter et d'articuler tant de beautés !

    BBB – Pouvez-vous nous parler de vos futurs projets, que ce soit à la scène ou en studio ? 
    LST – Plusieurs concerts passionnants sont à venir... et une magnifique invitation du Festival baroque de La Valette, à Malte, pour janvier 2027. De nouveaux arrangements sont également en cours d’élaboration, et un autre album studio est déjà en gestation. Sans oublier mon souhait de co-créer avec une artiste indienne… Let's see !

    BBB – Bla Bla Blog aime être touche à tout. Pouvez-vous nous parler de vos derniers coups de cœur au cinéma, à la télévision, dans les galeries et bien sûr en musique ?
    LST – A vrai dire, l'écoute du silence me passionne bien plus que l'écoute de la musique. J'ai récemment adoré pouvoir regarder et ressentir les œuvres de Zoran Music, exposées à Paris. Les lectures de Rumi me font toujours autant voyager. Je ne regarde jamais la télé et ne vais que très rarement au cinéma, mais si il faut nommer un média, alors j'adore voyager sur Youtube, et tout spécialement partir à la rencontre d'éveilleurs de conscience, tels que le physicien Philippe Guillemant, ou la chamane Sandrine ShannAmer que je vais bientôt rencontrer et avec qui j'ai déjà des échanges très nourrissants. Les chemins de vie tels que celui de Lamya Essemlali qui protège les mers et les baleines, nos "gardiennes des mémoires du Monde", suscitent mon plus grand respect, ma plus grande écoute et admiration.

    BBB – Merci.

    Venerem, Strike, Orlando, 2025
    https://www.venerem-art-music.com
    https://orlando-records.com
    https://www.facebook.com/profile.php?id=100057786787723
    https://laureenstoulig.fr
    https://www.instagram.com/venerem_early_art_music

    Voir aussi : "Irrévérence et vénération"
    "Made in Switzerland"

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  • Irrévérence et vénération

    Bla Bla Blog termine l’année en beauté avec un des plus beaux et des plus surprenants albums de ces derniers mois. Nous sommes dans un univers affolant, plein d’aplomb, de passion mais aussi de justesse avec cet album de Venerem dont le titre frappe fort à propos : Strike (Orlando). Le quatuor propose là un album incroyable mêlant avec bonheur musique Renaissance, baroque, néoromantisme, classicisme et jazz. Le tout dans un esprit rock.

    Le titre de l’opus fait référence à Strike The Viol, une ode pour l’anniversaire de la reine Mary. Laureen Stoulig propose l’une des plus étourdissantes versions de la pièce d’Henry Purcell (1659-1695). Impossible de ne pas parler des trois musiciens qui l’accompagnent dans cette version jazz électrisante, le pianiste et formidable arrangeur Marlo Thiennes, Michel Meis aux percussions et Simon Zauels à la basse électrique. Strike The Viol est l’un des plus beaux morceaux qui soient dédié à la musique, au plaisir et aux harmonies.

    Le second morceau de Purcell est The Cold Song, un tube tiré de l’opéra King Arthur. Et dire que cet opéra date de 1691 ! The Cold Song est redevenu célèbre au début des années 80 grâce au regretté Klaus Nomi. L’air devient ici un authentique morceau rock, grâce à la voix de Laureen Stoulig que la soprano franco-mauricenne pousse jusqu’à ses extrêmes limites. Une version là aussi inoubliable, servie par une prise de son captant jusqu’à la moindre variation du souffle de la chanteuse.    

    L’auditeur ou l’auditrice découvrira sans doute le compositeur Franceso Bartolomeo Conti (1682-1732). L’AriaAllegro, est extrait de sa cantate Languet anima mea. Comme pour le Strike The Viol de Purcell, il semble entendre chez les Venerem le même swing que Jacques Loussier, lorsque ce dernier faisait rimer Bach et jazz, ne s’interdisant pas plus l’irrévérence. 

    Un univers affolant, plein d’aplomb, de passion mais aussi de justesse 

    Après un instrumental – jazz, comme de bien entendu – de Marlo Thiennes, sous forme d’Entracte, c’est Vivaldi qui est présent avec le Cum Dederit, extrait du Nisi Dominum RV 608. La relecture moderne est plus sobre, gardant cet esprit sacré et recueilli, mais non sans d’infimes variations sonores. Voilà qui donne à ce Cum Dederit, un supplément d’âme et de mystère.

    Mais les Venerem ne sauraient pas s’arrêter en si bon chemin, sur le répertoire Renaissance et baroque. Le quatuor interprète avec simplicité une mélodie du compositeur néoromantique Reynaldo Hahn (1874-1947). À Chloris est une jolie déclaration d’amour, réservée, pudique et comme hors du temps : "S'il est vrai, Chloris, que tu m'aimes / Mais j'entends, que tu m'aimes bien / Je ne crois pas que les rois mêmes / Aient un bonheur pareil au mien".

    On est heureux de trouver dans ce somptueux album la magnifique Passacaille de Lully (1632-1687), extrait de son opéra Armide. La facture versaillaise, intacte, se pare des couleurs et des rythmes jazz. Le tout est porté par la voix cristalline de Laureen Stoulig.

    L’album porté par le quatuor se révèle un tour de force musical, intelligent, entre vénération et audace. Décidément, ce Strike finit par nous mettre KO debout.  

    Venerem, Strike, Orlando, 2025
    https://www.venerem-art-music.com
    https://orlando-records.com
    https://www.facebook.com/profile.php?id=100057786787723
    https://laureenstoulig.fr
    https://www.facebook.com/laureen.stoulig
    https://www.instagram.com/venerem_early_art_music

    Voir aussi : "Full sentimental"

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