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  • Siqian Li : "Le grand répertoire pianistique du XIXe siècle ? je n’en ressentais pas le besoin !"

    Bla Bla Blog avait eu un coup de cœur pour la pianiste Siqian Li, auteure d’un premier album, Voyage among Fragments. Un opus éclectique, allant du classique au contemporain, en passant par la chanson française. Voilà un choix qui nous a intrigué et nous a donné envie de rencontrer Siqian Li. Elle a eu la gentillesse de répondre à nos questions.

    Bla Bla Blog – Bonjour, Siqian Li. Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ? D’où venez-vous et quel est votre parcours ?
    Siqian Li – Je viens de Chongqing, une magnifique ville montagneuse dans le sud-ouest de la Chine. C’est là que mon parcours musical a débuté. Depuis, ce parcours m'a mené vers plusieurs pays et vers des univers artistiques très différents, de ma formation initiale en Chine à mes études aux États-Unis et au Royaume-Uni. Chaque lieu m'a façonné. Rétrospectivement, mon chemin n'a jamais ressemblé à une ligne droite, mais plutôt à une succession de rencontres, de lieux et de découvertes qui ont progressivement contribué à faire de moi la musicienne que je suis aujourd'hui.

    BBB – Vous proposez un album très international et où les artistes français ont une place de choix. On pense d’abord à Maurice Ravel, bien sûr. J’ai l’impression que le grand public redécouvre ce compositeur depuis quelques années. Ravel n’apparaît-il pas plus moderne qu’on ne le croit ?
    SL – Oui, je suis d'accord. Je pense que Ravel peut paraître bien plus moderne qu'on ne l'imagine au premier abord. On l'associe souvent à l'élégance, au raffinement et à la richesse des couleurs, ce qui est tout à fait vrai, mais il y a aussi, sous cette apparence, une précision extraordinaire et une sorte d'ambiguïté émotionnelle qui résonne profondément avec notre époque. Sa musique n'est jamais sentimentale de façon facile ; elle est maîtrisée, limpide et souvent légèrement troublante, même lorsqu'elle est belle. C'est en partie pour cela qu'il résonne encore si fortement aujourd'hui. Dans une œuvre comme La Valse, par exemple. On perçoit non seulement de la brillance et de la sophistication, mais aussi de l'instabilité, de la tension et une transformation, ce qui la rend très proche de notre temps.

    BBB – Dans votre album, il y a aussi, ce qui est plus étonnant, Charles Trénet. Pourquoi avez-vous choisi ces standards populaires de la chanson française ?
    SL – Ce qui m'a d'abord séduit, c'est la fascination que j'ai ressentie en découvrant ces arrangements. Weissenberg s'empare des chansons de Trénet et les métamorphose avec une imagination, un esprit et une virtuosité pianistique exceptionnels, tout en préservant leur fraîcheur et leur spontanéité. J'ai été immédiatement conquise. Les choisir pour l'album était aussi une manière délibérée de m'éloigner d'une conception figée de ce que devrait être un album de musique classique. Je souhaitais que le répertoire soit vivant, surprenant, plein de caractère et immédiatement captivant.

    BBB –  On sait que les pianistes raffolent du répertoire romantique du XIXe siècle (Chopin, Brahms ou Schumann). Or, vous n’avez pas fait ce choix. Vous semblez même préférer des adaptations au piano. Pouvez-vous nous expliquer vos choix dans le programme de cet album ?
    SL – J'éprouve un profond amour et un grand respect pour le grand répertoire pianistique du XIXe siècle, mais je ne ressentais pas le besoin, pour mon premier album, de m'inscrire directement dans un espace déjà si richement et magnifiquement documenté. Plutôt que de me demander ce qu'un premier album est censé contenir, je voulais me demander quel répertoire résonnait le plus fidèlement avec ma voix artistique à ce moment précis. Les transcriptions sont devenues centrales pour cette raison : pour les meilleures, ce ne sont pas de simples versions secondaires mais des réinterprétations qui donnent une seconde vie à une musique familière et révèlent de nouvelles couleurs, textures et perspectives. Cela me semblait profondément en phase avec l'esprit de Voyage among Fragments, un album sur la transformation, la mémoire et le dialogue entre différents mondes. Le programme s'est donc développé à partir de cette idée : non pas d'un désir d'éviter la tradition, mais d'une volonté de l'aborder d'une manière plus personnelle et vivante.

    De plus en plus de musiciens chinois ne sont plus perçus uniquement sous l'angle de la virtuosité

    BBB – La musique du XXe siècle est présente avec notamment la Rhapsody in Blue de George Gershwin. Elle est moins jouée pour piano seul que pour orchestre. Quelles ont été les difficultés dans l’interprétation de cette œuvre ?
    SL – J'ai interprété les deux versions, celle pour piano solo est en réalité plus exigeante à certains égards car il faut maîtriser tout l'univers sonore de l'orchestre de jazz : on est responsable non seulement de la virtuosité, mais aussi de la couleur, du rythme et de la vitalité même de la pièce. Techniquement, cela demande donc une maîtrise et une imagination considérables. Mais c'est aussi ce qui la rend si agréable à jouer. Précisément parce que tout repose entre vos mains. On éprouve une immense liberté : on peut modeler le tempo, le swing et les contrastes de manière très directe, presque comme si l'on devenait à la fois pianiste et orchestre.

    BBB – Vous nous faites découvrir des compositeurs peu connus. Je pense à Franz von Vecsey, Nicolas Dalayrac mais aussi à votre compatriote Wang-hua Chu. Pourquoi avoir choisi de les inclure dans votre programme ? Ont-ils un point commun ?
    SL – Bien qu'issus d'univers très différents, chacun apporte une voix singulière, intime et légèrement décalée, ce qui était essentiel pour moi. Je souhaitais que le programme comprenne non seulement des morceaux incontournables, mais aussi des œuvres susceptibles de surprendre l'auditeur et d'ouvrir un nouvel espace émotionnel. Dalayrac apporte simplicité et tendresse, Vecsey une élégance douce-amère, et Wang-hua Chu est en lien direct avec mes propres racines musicales. Ce qu'ils partagent n'est donc pas un style, mais une certaine sincérité et une individualité – chacun contribuant à l'histoire de l'album par une fragmentation unique.

    BBB – Vous êtes originaires de Chine où semble se dessiner l’avenir de la musique classique et contemporaine. On pense à Lang Lang ou Yuja Wang. Qu’en pensez-vous ? Et d’abord, dites-nous quel est le secret de ce pays qui parvient à former des musiciens et musiciennes aussi talentueux et talentueuses ?
    SL – C'est une question complexe, et je pense qu'il n'existe pas de "secret" unique. La Chine possède une culture très forte de la discipline, du dévouement et du respect pour les études sérieuses, ce qui crée un environnement où les jeunes musiciens peuvent acquérir très tôt des bases techniques exceptionnelles. Mais la technique seule ne suffit jamais. Ce qui compte tout autant, c'est la manière dont ces bases s'ouvrent ensuite à l'imagination, à l'individualité et à une expression artistique plus profonde. Ce qui est passionnant aujourd'hui, c'est que de plus en plus de musiciens chinois ne sont plus perçus uniquement sous l'angle de la virtuosité, mais comme des artistes dotés de personnalités et de perspectives bien distinctes. Pour moi, c'est là l'évolution la plus importante : non pas former d'excellents pianistes, mais des musiciens capables d'apporter une contribution personnelle au dialogue musical mondial.

    BBB – Quels sont vos projets ? Un futur album ? Des concerts ?
    SL – J'espère bien sûr continuer à enregistrer des albums, lorsque l'idée aura eu le temps de mûrir et qu'elle me semblera artistiquement convaincante. Pour moi, l'enregistrement doit naître d'un concept intérieur clair et non pas simplement devenir un nouveau projet. Parallèlement, j'aimerais explorer davantage de collaborations en musique de chambre et de projets interculturels ou intergenres, où différents langages artistiques peuvent véritablement se rencontrer. Les concerts resteront, bien sûr, essentiels, mais je suis particulièrement enthousiaste à l'idée de concevoir des programmes et des collaborations qui ouvrent de nouveaux espaces de dialogue et d'imagination.

    BBB – Bla Bla Blog aime connaître les goûts des personnes qu’il rencontre. Pouvez-vous nous parler de vos derniers coups de cœur en matière de musiques (bien sûr !), mais aussi de livres, d’expositions, de films ou de séries ?
    SL – Hormis la musique classique, mes écoutes oscillent entre des univers très différents (jazz, R&B, pop, etc.), même si je me rends compte que mes goûts musicaux sont sans doute assez classiques. Je reviens toujours avec grand plaisir vers des artistes comme Art Tatum, Herbie Hancock, Eugen Cicero, Keith Jarrett et Joan Baez, entre autres. Plus récemment, j'ai également été très attirée par le violoncelliste Abel Selaocoe, dont la musique est d'une telle intensité, d'une telle liberté et d'une telle authenticité ! En dehors de la musique, je m'intéresse profondément à l'art de la céramique, non seulement en tant que consommatrice, mais aussi en tant que créatrice, une pratique parallèle importante pour moi. Côté lecture, je termine actuellement Nightingale [de Kristin Hannah] et je suis généralement attirée par les romans historiques ainsi que par les écrits plus philosophiques, comme Découvrir un sens à sa vie de Viktor Frankl. En art visuel, j'apprécie particulièrement les installations de la Bourse de Commerce – Collection Pinault à Paris ; ce type d'art contemporain immersif et atmosphérique me touche profondément. Et au cinéma ou en série, j'ai tendance à privilégier les drames historiques et les thrillers psychologiques.

    BBB – Merci. 

    Traductions : MHC et BC
    Demain, retrouvez sur ce site l’interview originale en anglais de Siqian Li.

    Siqian Li, Voyage among Fragments, Sagitta Musica. 2026
    https://www.siqian-li.com
    https://www.facebook.com/siqianpianist 
    https://www.instagram.com/siqianpianist
    https://www.youtube.com/@siqianpianist

    Voir aussi : "Notre cœur fait Boum!"
    "Qu’elles caractères…"

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  • Notre cœur fait Boum!

    Une découverte peut en cacher d’autres. Il y a d’abord la pianiste chinoise, Siqian Li qui sort en ce moment son premier album solo, Voyage among Fragments (Sagitta Musica). Découvertes aussi de compositeurs et d’œuvres rares adaptées pour piano dans un programme à la fois rare et audacieux.

    On ne sera pas si surpris que cela de trouver Maurice Ravel et sa Valse. Or, elle est proposée ici dans une version pour piano, adaptée par Alexander Korsantia. Une vraie claque ! Siqian Li s’empare avec un mélange de virtuosité, de grâce et d’élégance de ce morceau écrit après la première guerre mondiale. Moins hommage à la valse viennoise que vision sombre d’une Europe anéantie sous les bombes, cette œuvre frappe par sa modernité comme par son extrême noirceur, comme si des danseurs et danseuses valsaient au-dessus d’un abîme.

    Toujours aussi aventureuse, la pianiste chinoise propose une majestueuse Romance de Nicolas Dalayrac (1753-1809), un compositeur français méconnu qui devrait pourtant être célébré car il a participé à l’élaboration en France du droit d’auteur… Mais passons. Sa Romance, extraite de son opéra-comique Nina ou la Folle par amour, a été adaptée par le pianiste polonais Ignaz Friedman (1882-1948). Il en a fait un morceau néoromantique (l’œuvre originale date pourtant de 1786). Siqian Li caresse les touches pour proposer cette pièce délicate que l’on découvre avec plaisir.

    Cela fait depuis longtemps que le classique sort des sentiers battus et se frotte au répertoire populaire pour lui donner un autre éclat. La preuve avec ces adaptations par Alexis Weissenberg (1929-2012) de standards de Charles Trenet. La pianiste chinoise affirme aussi son sens du swing… autant que son amour pour le répertoire français. L’auditeur ou l’auditrice découvrira sans doute le délicat et nostalgique Coin de rue, le fringant et jazzy Vous oubliez votre cheval ou le nostalgique En avril à Paris. On fond carrément pour la transcription du célèbre Boum!, plus jazz que jamais et que Siqian Li prend un réel plaisir à proposer. Vous qui passez sans me voir, autre standard de Trenet, devient, sous les doigts de la pianiste, une pièce néoromantique, voire onirique. Avec pudeur, la musicienne fait passer les tourments d’un homme seul qui voit passer un amour disparu. Il semble entendre la voix du Fou Chantant : "Vous qui passez sans me voir / Sans même me dire bonsoir / Donnez-moi un peu d'espoir ce soir…" Ménilmontant vient conclure ces adaptations au piano de Trenet comme s’il s’agissait d’une miniature colorée et enlevée. 

    Le sens du swing

    Franz von Vecsey (1893-1935) était un compositeur hongrois. Sa Valse triste, nous rappelle le livret de l’album, est un joyau du répertoire pour violon. Or, c’est au piano que Siqian Li propose cette pièce, dans une adaptation de György Cziffra. L’interprète nous fait pénétrer dans cet univers romantique, plein de nostalgie et de grâce.  

    Nous parlions de répertoire populaire avec Trenet. Siqian Li propose un autre tube, cette fois d’un compatriote, Wang-hua Chu. Jasmine Flower Fantasia est une magnifique découverte. Ce morceau aux ornementations orientales et au délicat naturalisme n’est pas dénué de couleurs debussyennes. Onirique, néoromantique mais aussi intimement chinois, cette fantaisie musicale a le parfum (de jasmin) de ces découvertes inoubliables.

    Plus classique, la Rhapsody in Blue de George Gershwin est proposée par Siqian Li dans une version pour piano seul. On ne soulignera jamais assez les qualités de virtuosité qu’il faut pour s’attaquer à ce classique qui a su marier aussi bien classique et jazz. La pianiste chinoise s’y ballade avec la même aisance que sa compatriote Yuja Wang que nous avions chroniqué il y a peu pour un concert filmé. Les versions pour piano solo de la Rhapsody in Blue sont suffisamment rares pour ne pas goûter cette version jamais écrasante, alliant expressivité, sens du swing, encore, et moments de grâce.

    Charles Gounod vient conclure ce programme avec sa Méditation sur le premier Prélude de J.S. Bach, extrait du Clavier bien tempéré. Un retour au classique, avec une pièce devenue culte. Siqian Li propose une pièce aérienne, laissant de côté la virtuosité. Il est vrai que c’est aussi la voix de Gounod qui se fait entendre. Et aussi celle d’une pianiste qui a frappé fort dans un premier album à la fois personnel et intelligent.

    Siqian Li, Voyage among Fragments, Sagitta Musica. 2026
    https://www.siqian-li.com
    https://www.facebook.com/siqianpianist
    https://www.instagram.com/siqianpianist
    https://www.youtube.com/@siqianpianist

    Voir aussi : "Yuja Wang, de main de maîtresse"
    "Une route de la soie"
    "Hanni Liang et les voix (féminines) du piano"

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  • Une route de la soie

    Intitulée The Silk Roads ("Les routes de la soie"), cette incroyable programmation, issue d’un enregistrement au centre de Création et de Formation "La Cure" à Lasselle-en-Cévennes entre 2023 et 2024, propose un voyage musical à travers les siècles, entre Chine, Moyen-Orient et Europe.

    Figure, pour commencer, la pièce la plus ancienne, Yuqiao Wenda. Ce Dialogue entre le pêcheur et le bûcheron a été compilé en 1560 par Xiao Luan. Le morceau illustre la philosophie bouddhiste sur l’immanence du monde et l’appel à la sagesse de l’homme humble, bienveillant et droit. Cette version a été arrangée par Zao Songguang et Dai Xiaolian en 2006. Une lecture moderne donc d’un morceau traditionnel mais qui en garde toute sa simplicité méditative. Dépaysement assuré pour cette première étape des Routes de la soie proposées par Indésens.

    C’est assez naturellement qu’on en vient à Oriental Puzzle, une création contemporaine du jeune compositeur chinois Sheng Song, largement mis à l’honneur du reste dans cet opus. À l’alto, Riuxin Niu s’empare avec une grande maîtrise d’une pièce puisant ses influences dans la musique traditionnelle et l’opéra chinois, comme dans l’écriture musicale occidentale. Cela donne un morceau à la fois hétéroclite – un puzzle, donc – et cohérent. Loin de tourner le dos à la musique traditionnelle, Sheng Song assume tout de ses influences, que ce soit avec Nay Improvisation, que Sheng Song propose dans deux versions ou dans les somptueuses variations sur Yangguan, un classique du répertoire chinois et adaptation du poème Adieu à Yuan Er en mission pour Anxi : "Je vous exhorte à vider une dernière coupe de vin / Au-delà de Yangguan, il n’y aura plus d’amis", dit la poétesse avec un mélange de résignation, de pudeur et de douleur cachée. L'un des plus beaux morceaux de l'album.

    Plus étonnant encore, Esquisses et Cariccios, toujours de Sheng Song, propose de se diriger vers l’Orient, un Orient mêlant traditions dans ses thèmes (Le Nil, Palmier-dattier, Le Livre des Morts, La Plume de Maât) et le modernisme grâce à sa facture musicale.      

    L’Orient est de nouveau présent, cette fois avec Shadi Hanna qui propose de faire un pont entre traditions méditerranéennes et innovation occidentale. On s’arrêtera avec plaisir sur l’envoûtant Sama’i Nahawand qui semble paradoxalement très familier à nos oreilles, avec son dialogue entre mandoline et instruments à cordes. Shadi hanna propose une autre pièce, Qanum Improvisation, dont les textures musicales font se rejoindre Orient et Asie.

    Le compositeur phare de cette Route de la Soie artistique est Maurice Ravel himself

    Ruixin Niu met à l’honneur un compositeur important du XXe siècle, Gamal Abdel-Rahim (1924-1988), un passeur de la musique égyptienne dans la modernité, avec sa Petite Suite, traditionnelle dans son essence et contemporaine dans sa manière de se jouer des sonorités et des rythmes. On pourrait dire autant de sa dépaysante Mandolin Improvisation.

    Vincent Beer-Demander parle de sa courte pièce Le Poudin Mange des Bambous comme d’une "miniature musicale qui évoque l’empire du Soleil Levant". Il est vrai que cette fantaisie s’empare avec bonheur des rythmes et des sons de la musique chinoise.

    Le compositeur phare de cette Route de la Soie artistique est Maurice Ravel himself, avec une orchestration extrême-orientalisante d’extraits des Contes de Ma Mère L’Oye (Pavane, Laideronnette). Ruixin Niu est à l’œuvre dans cette version plus envoûtante que jamais et qui donne au compositeur français un lustre des plus chinois. Une sacrée redécouverte ! 

    Place de nouveau avec la jeune génération avec deux morceaux de la compositrice française Florentine Mulsant. L’altiste chinoise Ruixin Niu et Pierre-Henri Xuereb, à qui a été dédié ce morceau, jouent son Chant pour viole d’amour et alto, op. 117. Chant d’amour certes, mais aussi étrange voyage comme si la compositrice nous prenait par la main pour un voyage à deux dans un havre de paix. Elle propose elle aussi des improvisations (Percussions Improvisation), nous menant cette fois en Extrême Orient, dans un morceau appelant à la méditation.

    Le traditionnel, le classique le contemporain ont largement leur place dans cet opus. Mais le baroque aussi, avec Ludovico Berreta, compositeur vénitien du XVIIe siècle dont on a découvert récemment un Canzon à quattro. Cette pièce est enregistrée ici pour la première fois. Il est singulier de voir Sheng Song reprendre à son compte cette merveille baroque pour en faire une chanson actuelle, s’inspirant et rendant hommage au XVIIe siècle italien, tout en y insufflant des éléments chinois.

    Au final, pour ce dernier morceau, comme d’ailleurs pour l’album toute entier, rarement modernisme, classique et traditionnel n’ont fait aussi bon ménage. On le doit en premier lieu à la locomotive de ce projet, la formidable altiste Ruixin Niu. 

    The Silk Roads, Ravel, Sheng Song, Abdel-Rahim, Mulsant, Ruixin Niu (alto), Indesens Records
    https://indesenscalliope.com/boutique/the-silk-roads

    Voir aussi : "Si la musique m’était contée"

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  • Black Dog

    Les Cramés de la Bobine présentent à l'Alticiné de Montargis le film Black Dog. Il sera visible du 19 au 25 mars 2025. Soirée débat à l’Alticiné le mardi 25 mars à 20H30.

    Lang revient dans sa ville natale aux portes du désert de Gobi. Alors qu’il travaille pour la patrouille locale chargée de débarrasser la ville des chiens errants, il se lie d’amitié avec l’un d’entre eux. Une rencontre qui va marquer un nouveau départ pour ces deux âmes solitaires.
    Prix Un Certain Regard, Festival de Cannes 2024

    Black Dog, drame chinois de Hu Guan avec Eddie Peng, Liya Tong, Jia Zhang-ke, 2025, 110 mn
    Titre original Gou Zhen
    https://www.cramesdelabobine.org/spip.php?rubrique1527
    https://trigon-film.org/fr/films/black-dog

    Voir aussi : "When the Light Breaks"

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  • Les Feux sauvages

    Les Cramés de la  Bobine présentent à l'Alticiné de Montargis le film Les Feux sauvages. Il sera visible du 12 au 18 février 2025. Soirée débat à l’Alticiné le mardi 18 février 2025 à 20H30.

    Liban, 1982. Pour respecter la promesse faite à un vieil ami, Georges se rend à Beyrouth pour un projet aussi utopique que risqué : mettre en scène Antigone afin de voler un moment de paix au cœur d’un conflit fratricide. Les personnages seront interprétés par des acteurs venant des différents camps politiques et religieux.

    Perdu dans une ville et un conflit qu’il ne connaît pas, Georges est guidé par Marwan.

    Mais la reprise des combats remet bientôt tout en question, et Georges, qui tombe amoureux d’Imane, va devoir faire face à la réalité de la guerre.

    Les Feux sauvages, drame chinois de Jia Zhangke
    avec Zhao Tao, Zhubin Li, Jianlin Pan, 2025, 111 mn

    Titre original : Feng Liu Yi Dai
    https://www.cramesdelabobine.org/spip.php?rubrique1521
    https://www.advitamdistribution.com/films/les-feux-sauvages

    Voir aussi : "Le quatrième mur"

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  • Tout ira bien

    Les Cramés de la  Bobine présentent à l'Alticiné de Montargis le film Tout ira bien. Il sera visible du 15 au 21 janvier 2025. Soirée débat à l’Alticiné le mardi 21 janvier 2025 à 20H30.

    Angie et Pat vivent le parfait amour à Hong Kong depuis plus de 30 ans. Jamais l’une sans l’autre, leur duo est un pilier pour leurs parents et leurs amis.

    Au brusque décès de Pat, la place de Angie dans la famille se retrouve fortement remise en question...

    74ème Berlinale, Teddy Award section Panorama - 2024.

    Tout ira bien, drame chinois de chinois de Ray Yeung
    avec Patra Au, Maggie Li, Tai-Bo, 2024, 93 mn
    Titre original : All Shall Be Well
    https://www.cramesdelabobine.org/spip.php?rubrique1511
    https://www.nourfilms.com/cinema-independant/all-shall-be-well

    Voir aussi : "Ernest Cole photographe"

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  • Révolutions

    Le problème à trois Corps est d’abord un roman de Liu Cixin. Ou plutôt le nom du premier tome de sa saga de science-fiction qui a fait forte impression il y a huit ans à sa sortie et a été catapultée au rang d’œuvre culte de la hard SF. Autant dire que l’adaptation en série télévisée par Netflix était attendue de pied ferme. D’autant plus que ce sont les créateurs de Game of Thrones qui se sont attelés au scénario. Une sacrée gageure étant donné l’ambitieux récit raconté.

    L’histoire, donc, prend ses origines pendant la Révolution Culturelle en Chine. En 1967, la jeune et douée chercheuse en astrophysique, Ye Wenjie, voit son père, lui aussi scientifique réputé, mourir sous ses yeux, martyrisé par des communistes enragés. Persécutée elle aussi, la jeune femme est récupérée par l’armée qui a besoin de ses connaissances en astrophysique. Elle se retrouve dans un centre secret, la Côte Rouge, et doit, contre sa volonté, collaborer et travailler avec les autorités communistes.

    Mais un jour elle décrypte un message venu d’une planète lointaine. Elle découvre que des extra-terrestres s’apprêtent à fondre sur notre planète. Écœurée par ce qu’elle a vécu et désabusée par la condition humaine, elle répond au signal radio et encourage ces aliens à venir. Cinquante ans plus tard, à Londres, des scientifiques de renom se suicident de manière inexplicable. Un groupe d’amis est particulièrement touché par cet événement inexplicable. 

    Le cinquième épisode est en particulier un vrai tour de force

    Une adaptation est toujours une trahison, pour reprendre une expression bien connue. Celle-ci ne déroge pas à la règle. Pour autant, on peut avoir lu et aimé les romans de Liu Cixin et goûter avec plaisir à cette série tout aussi ambitieuse.

    La première séquence est fidèle au premier tome. Les créateurs nous propulsent en 1967 dans la Chine communiste de Mao, au milieu du chaos de la sanglante révolution culturelle. Le grand coup de maître est d'avoir fait d’un événement traumatique et historique les origines d’un drame spatial à venir, puisque les "Santi", ces aliens vivant dans une planète invivable, ne doivent débarquer que d’ici quatre siècles. Voilà qui rend le projet lointain, mais qui devient problématique si tous les scientifiques de renom disparaissent.

    Série de hard-SF, réflexion sur l’amitié et les liens familiaux, Le Problème à trois Corps se base aussi sur la théorie newtonienne du même nom (en très grand résumé, cela parle de l’imprévisibilité de trois objets célestes gravitant les uns autour des autres), avec un message environnemental par dessus le marché.

    Après un démarrage relativement lent sous forme de mise en situation, la première saison finit par prendre sa vitesse de croisière au milieu de la série. Le cinquième épisode est en particulier un vrai tour de force à la fois visuel et scénaristique (attention aux âmes sensibles toutefois !), avant une fin à la fois ahurissante et qui s’ouvre sur une saison 2 que l’on va attendre avec impatience.  

    Le Problème à trois Corps, série de science-fiction américaine de David Benioff, D. B. Weiss et Alexander Woo, avec Eiza González, Jess Hong, Benedict Wong et Liam Cunningham, Netflix, première saison, 8 épisodes, 2024
    Liu Cixin, Le problème à trois Corps, éd. Actes Sud, 2016, 432 p.
    Liu Cixin, La Forêt sombre, éd. Actes Sud, 2024, 656 p.
    Liu Cixin, La Mort immortelle, éd. Actes Sud, 2024, 816 p.
    https://www.actes-sud.fr/le-probleme-trois-corps
    https://www.netflix.com/fr/title/81024821

    Voir aussi : "Quand la science-fiction chinoise s’éveillera"

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  • Chrono-fictions à Amilly

    La Médiathèque d’Amilly (45) propose le vendredi 23 février 2024, à partir de 19H30, le vernissage de l’exposition "Nouvelles historiques du Loiret" (entrée libre, réservation conseillée).

    Emilie Riger propose également chaque année à la librairie des Écoles de Montargis un atelier sur une thématique chaque fois différente. En 2023, elle a proposé aux aspirants écrivains de travailler autour du thème de la nouvelle historique, forcément localisée dans le Loiret, et d’y adjoindre des photos, anciennes et actuelles, du lieu ou de l’évènement mis en lumière.

    Le public pourra découvrir le fruit de ce travail d’écriture, et un éclairage sur notre histoire locale grâce à une exposition de 16 panneaux présentant chaque nouvelle et ses photos.

    Le bloggeur sera présent, avec la nouvelle La fille en rouge consacrée à la diaspora chinoise de Montargis et la naissance du Parti Communiste chinois.

    Tout public. Durant les horaires d'ouverture de la médiathèque

    Exposition "Nouvelles historiques du Loiret", Médiathèque d’Amilly (45)
    A partir du 23 février 2024
    https://www.amilly.com

    Voir aussi : "Montargis la Chinoise"
    "Trop vieille pour toi"

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