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marguerite canal

  • Marion Frère, à l'origine

    L’histoire commence… Ainsi démarre Originelles (au féminin !), un projet musical et artistique imaginé par Marion Frère, au texte et au violoncelle. Démarrant comme un conte sur les bords de la Méditerranée, la compositrice et musicienne tire de son instrument des sons incroyables pour parler de son art et de son voyage dans son imaginaire (Baou).

    Authentique création contemporaine où la musique est à la fois littéraire et fable, Originelles est aussi la confession d’une musicienne sur son art et sur l’art lorsqu’il vous libère. Marion Frère ne manque pas de culot dans cet album qui ne ressemble à rien d’autre. Le violoncelle devient une partie d’elle-même lorsque la compositrice en sort des grincements douloureux, des moments de méditation mais aussi de respirations, comme si l’instrument avait besoin de respirer (Baou).

    Après une réflexion de la narratrice Camille Villanove (Sons et sensations), Marion Frère fait un détour par le répertoire classique et vers une compositrice classique, Rita Strohl (1885-1941). Il s’agit de la Grande sonate dramatique "Titus et Bérénice". Marion Frère, accompagnée au piano par Théo Penven, s’y livre tout autant, en particulier dans l’ample et mélodieux Allegro moderato. Les respirations du violoncelle sont là, tout comme la passion néoromantique de cette compositrice sortie récemment de l’oubli.

    À l’exemple du Vivace de la sonate de Rita Strohl, Marion Frère prouve qu’elle fait partie de ces compositeurs et compositrices actuelles revendiquant leur attachement à la mélodie, après des décennies de bouderies dans certains milieux : "Les mélodies jaillissent de l’âme" dit-elle plus loin dans l’opus. La preuve encore avec le bouleversant Lento, tristamente ou le sombre Allegro molto movimento, toujours de Rita Stroh. 

    N’est-ce pas d’elle même qu’il s’agit ?

    Musicienne et compositrice, Marion Frère est aussi une autrice autant qu’une philosophie. Si bien qu’il n’est pas singulier de voir dans son programme une figure aussi essentielle qu’Hidegarde von Bingen (1098-1179). Mystique et religieuse bénédictine sanctifiée par l’Église catholique, elle a laissé une œuvre considérable. Marion Frère interprète avec Bathazar Naturel une de ses pièces liturgiques, l’antienne O Virtus sapientiae. Voilà qui illustre la vision sacrée de l’art pour la compositrice et violoncelliste : "L’art hors de l’intelligence et du raisonnement".

    On l'aura deviné, cet art est pris à bras le corps dans un album dominé par les femmes. Que ce soit Marion Frère – bien sûr – mais aussi Rita Stroh, Hidegarde von Bingen, mais aussi Marthe Angot Bracquemond (1898-1973) et Marguerite Canal (1890-1978).

    Ces deux dernières sont présentes dans des œuvres de la deuxième moitié du XXe siècle. Marion Frère est accompagnée de l’ensemble Les Gabriëles pour les Trois pièces pour quatuor à cordes de Marthe Angot Bracquemond. Il est important de découvrir cette compositrice rare ayant laissé peu d’œuvres, des œuvres influencées autant par le répertoire folklorique et ancien (Dans une allure populaire), le néoromantisme que le contemporain (son Andante  - Allegro vivo). Voilà une voix et une voie singulière et passionnante.

    Autre découverte, celle de Marguerite Canal et sa brève et touchante pièce justement intitulée Spleen. Marion Frère et Théo Pleven déroulent avec tendresse cette délicate œuvre pleine de mélancolie. Marion Frère conclue Originelles en parlant de ces gens aspirant à la vie, au désir et à la découverte. N’est-ce pas d’elle même qu’il s’agit ? En tout cas, voilà deux magnifiques découvertes : celle d’un album passionnant et d’une artiste attachante, rare, sensible et sacrément culottée.

    Marion Frère, Originelles, Evidence Classics, 2025
    https://www.marionfrere.com
    https://marionfrere.bandcamp.com/album/originelles

    Voir aussi : "Rita Strohl en robe de chambre"

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  • Cécile Chaminade et ses amies

    Louis-Victor Bak nous avait fait découvrir Cécile Chaminade (1857-1944) dans un très bel album Debussy-Chaminade. La compositrice, une célébrité à son époque mais que l’on a oubliée par la suite – son sexe n’y était pas pour rien  ! – est remise à l’honneur avec plusieurs consœurs de son époque : Marguerite Canal (1890-1978), Pauline Viardot (1821-1910), Claude Arrieu (1903-1990), Clémence de Grandval (1828-1907), Louise Farrenc (1804-1875) et Joséphine Boulay (1869-1925).

    Yasuko Suzuki et Honoré Béjin proposent une sélection d’œuvres représentatives de leur musique de chambre. Il s’agit pour la plupart de transcriptions pour flûte et piano, à l’exception de la Sonatine de Claude Arrieu qui a été originellement écrite pour ces deux instruments.

    Ce répertoire rare et parfois inédit nous replonge dans une musique française pleine de nostalgie et que la flûte de Yasuko Suzuki vient transcender. La Sonate pour violon et piano – ici, pour flûte et piano – nous fait découvrir une Marguerite Canal largement nourrie des influences de Debussy : la transparence de l’Andantino, le parfum orientalisant du mouvement Sourd et haletant et le néoromantisme de l’Adagio expressivo riche d’une belle ligne mélodique et de l’Allegro con bravura.

    Autre adaptation d’un opus au départ pour violon et piano, la Sonatine de Pauline Viardot. La courte pièce transcrite par Yasuko Suzuki ravit par sa légèreté et son insouciance. Nous sommes en présence d’une très belle pièce dont le mouvement unique est découpé en trois parties vive-lente-vive. Pauline Viardot puise autant son inspiration dans les compositeurs romantiques du XIXe siècle que dans des mouvements folkloriques et les danses traditionnelles.   

    Une célébrité à son époque mais que l’on a oubliée par la suite – son sexe n’y était pas pour rien !

    La Sonatine de Claude Arrieu a été, comme nous le disions, composée pour flûte et piano au lendemain de la seconde guerre mondiale. Nous sommes dans une facture néo-classique typique des années 30. La compositrice a choisi une forme tout aussi classique, vive-lente-vive (Allegro, Andantino et Presto). Il semble que le morceau balance entre classicisme et modernité. Il y a une grande simplicité dans ces trois mouvements brefs, inférieurs à 3 minutes et dans lesquelles s’écoutent les influences, notamment, de Debussy et de Ravel.

    Autre musicienne à l’honneur, Clémence de Grandval. Cette femme a particulièrement lutté contre les préjugés. Cantatrice et compositrice, elle s’est faite remarquer dans l’opéra mais aussi dans la musique sacrée. La Valse mélancolique proposé dans cet enregistrement était au départ destiné à la flûte et à la harpe. D’où la légèreté et la transparence du jeu fluide d’Honoré Béjin. À noter que, de son vivant, Clémence de Grandval a reçu le Prix Chartier pour sa musique de chambre. Très musique française, cette jolie valse est l’un des rares et convaincants exemples de sa maîtrise qui a fait dire à Saint-Saëns que ses mélodies "seraient certainement célèbres si leur auteur n'avait le tort, irrémédiable auprès de bien des gens, d'être femme". Injustice, encore.

    Louise Farrenc, née sous Napoléon Ier est la compositrice la plus ancienne de ce programme. Connue pour ses talents de pédagogue et de professeure, elle a, tout comme sa consœur Clémence de Grandval, était récompensée par un Prix Chartier pour sa musique de chambre. On trouve dans l’opus de Yasuko Suzuki et Honoré Béjin ses Variations concertantes sur un air suisse op. 20 d’un beau classicisme, déjà préromantique. Une vraie découverte interprété par une Yasuko Suzuki tout en délicatesse et en espièglerie.

    Deux courtes pièces viennent conclure cet album. Le premier, une Romance sans paroles, titre cher aux Schumann, nous vient de Joséphine Boulay. Aveugle dès son plus jeune âge, la musicienne née à la fin du XIXe siècle trouve très rapidement sa voie dans la musique. Élève de César Franck grâce à qui elle devient une organiste réputée, elle devient professeure au Conservatoire de Paris. Compositrice, elle s’inscrit parfaitement dans ce mouvement de musique française porté par césar Franck, Jules Massenet ou Gabriel Fauré qui ont été ses maîtres. Yasuko Suzuki et Honoré Béjin proposent sa Romance sans paroles néoromantique, mélancolique et non sans modernité. On se laisse porter par cette pièce dans laquelle la passion est teintée de profonde tristesse.  

    Le dernier morceau nous vient de Cécile Chaminade. Il est vrai que l’album est placé sous son auspice. La pièce est relativement courte – un peu moins de cinq minutes. Les Sylvains op. 60A a été au départ composé pour violon et piano. Cela devient un opus pour flûte et piano. Compositrice prolifique (plus de 400 œuvres à son actif), elle se distingue par son style néo-romantique qui a fait son succès lors de ses tournées internationales, même si elle est morte oubliée. On découvre ou redécouvre une artiste attachante, mélodieuse et d’une grande finesse. La flûte y ajoute un magnifique accent onirique.  

    Cécile Chaminade et ses amies et consœurs trouvent dans cet album de quoi faire résonner plus d’une âme. Yasuko Suzuki et Honoré Béjin peuvent en être fiers.

    De Grandval, Canal et Chaminade, L’âme résonnante, Hommage aux compositrices françaises,
    Yasuko Suzuki (flûte) et Honoré Béjin (piano), Indésens Calliope Records, 2024

    https://indesenscalliope.com
    https://www.bs-artist.com/pages/communication

    https://www.yasukosuzuki.com/html/profile_fr.html

    Voir aussi : "Bak et la Belle Époque "
    "Pierre Boulez, le maître au marteau et à la baguette"

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