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quatuor hermes

  • Point de bascule

    Un album sur Arnold Schönberg et Anton Webern, deux des trois maîtres de la seconde école de Vienne – le troisième étant Albert Berg : voilà qui est culotté. Et immanquable. C'est ce que propose b.records avec l'album Wendepunkt. Pierre Dumoussaud dirige un orchestre fait au poil, avec les ensembles de musique de chambre du Quatuor Hanson, du Quatuor Hermès, du Quatuor Magenta et l’Ensemble Ouranos pour un programme enregistré au cours du Festival de Pâques de Deauville, les 26 et 27 avril 2025.

    Est-ce bien du Schönberg que l’on écoute dans cette première Kammersymphonie, op. 9 (littéralement "symphonie de chambre") ? Écrite en 1907, elle berce dans la modernité, sans les coups de boutoirs et les provocations dodécaphoniques et sérielles du compositeur autrichien quelques années plus tard.  

    On est à un "tournant" (ou "point de bascule", comme le précise Pierre Dumoussaud dans le livret), traduction du mot "Wendepunkt", qui est le titre de l’album b.records. C’est évident à l’écoute de cette Kammersymphonie n°1 qui s’éloigne à coup sûr du romantisme wagnérien finissant pour proposer une œuvre plus expressionniste, mordante. Les révolutions de la musique contemporaine ne sont pas loin. 

    Un orchestre "all-star"

    Dans cette seconde école de Vienne, Webern est sans doute le compositeur qui nous touche le plus. La preuve avec cette passionnante version de son Langsamer Satz (elle a été orchestrée pour orchestre à cordes par Gerard Schwartz).

    Nous sommes en 1905, soit à la même période que la première "symphonie de chambre" de son maître. À l’époque, le jeune compositeur est amoureux. Il a rencontré sa future épouse Whilhemine Mörti. Il écrit ceci dans son journal : "Marcher toujours ainsi parmi les fleurs, avec ma bien-aimée auprès de moi, se sentir si puissamment ne faire qu’un avec l’univers, sans inquiétude aucune, aussi libre que l’alouette dans le ciel." Les chafouins et chafouines critiqueront ces propos très guimauves. Il n’en reste pas moins que ce Langsamer Satz, conduit de main de maître par Pierre Dumoussaud avec son orchestre "all-star" (sic) sur mesure respire les élans et les influences de Mahler. L’auditeur ou l’auditrice découvrira une œuvre attachante, lumineuse et colorée tout à la fois, propre à faire fondre n’importe quelle personne endurcie.

    Retour dans ce programme à Arnold Schönberg et à sa Symphonie de chambre no 2, op. 38. Nous sommes en 1939, soit 20 ans plus tard. Une première guerre mondiale a ravagé l’Europe et une deuxième s’apprête à éclater. Le compositeur autrichien s’est exilé aux États-Unis quelques années plus tôt. C’est un artiste pessimiste et sombre qui doute même de ses innovations musicales. Il reprend la seconde Kammersymphonie, commencée peu après la première. Il la retravaille en exil, pense ajouter un troisième mouvement à l’Adagio et au Con fuoco mais finalement y renonce. Cette œuvre concentre finalement le travail et les réflexions d’un Schönberg très affecté. Impossible de ne pas être remué par cette œuvre moderne et expressive.

    Pierre Dumoussaud et son formidable orchestre – constitué, répétons-le par égard pour eux, des quatuors Hermès, Magenta et l’Ensemble Ouranos – parvient à rendre attachant et immédiatement accessible Schönberg et Webern. Ce qui n'est pas un moindre exploit. 

    Wendepunkt, L’Atelier de musique, dirigé par Pierre Dumoussaud,
    Quatuor Hanson, Quatuor Hermès, Quatuor Magenta, Ensemble Ouranos, b•records, 2025

    https://www.b-records.fr/disques/wendepunkt
    https://musiqueadeauville.com
    https://www.instagram.com/pierre.dumoussaud

    Voir aussi : "Je rêvais d’un autre monde"

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