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romantique

  • So romantic

    Les Amours du poète est la traduction française des Dichterliebe de Robert Schumann, au cœur d’un enregistrement Klarthe de Romain Guyot à la clarinette et de Chloe Mun au piano. Ces deux là font le choix du Romantisme, avec trois pièces du compositeur allemand : ces Dichterliebe, donc, mais aussi les Fantasiestücke  op.73 et les Trois Romances op. 94.

    Les  Fantasiestücke de 1849 ouvrent ce programme en trois mouvements. Le compositeur allemand est au fait de sa maîtrise. Il écrit d’ailleurs cette pièce en seulement deux jours, en février 1849, une année fastueuse s’il en est. Le Romantisme domine la scène musicale. Un Romantisme au cœur de cet opus, tout à, tour mélancolique (le mouvement Zart mit Ausdruck), léger et joueur (Lebhaft, leicht) et passionnée, pour ne pas dire exubérant (Rasch mit Feuer).    

    Cette même année 1849, Schumann donne naissance à ses Trois Romances pour hautbois et piano (Drei Romanzen, op. 94) que le compositeur offre, dit la petite histoire, à Clara Schumann en guise de cadeau de Noël. La clarinette de Romain Guyot étincelle dans cette pièce d’une jolie subtilité (Nicht schnell). Le sens mélodique de Robert Schumann est irrésistible (Einfach, innig). Au piano, Chloe Mun sait donner des teintes et des nuances avec un talent d’autant plus remarquable que ces trois romances donnent une grande importance à la clarinette. Le livret de l’album précise par ailleurs que le piano utilisé est un Becker 1900, celui-là même que Rachmaninov avait fait venir de Saint-Pétersbourg.

    Les fameux Amours du poète opus 48 sont de quelques années antérieures. Dichterliebe a été écrit comme un cycle de seize , d’après des poèmes de l'écrivain romantique allemand Heinrich Heine. Cette année-là, Robert Schumann se marie avec son grand et célèbre amour, la pianiste Clara Wieck, future Clara Schumann.

    Cadeau de Noël

    Bien qu’ils soient destinés à une voix masculine, ces lieder sont joués ici pour clarinette et piano. Les chants sont en général courts, voire très courts – de trente secondes à quatre minutes et demi. Des morceaux denses, donc, et d’une grande richesse où l’amour entre les deux tourtereaux semble être omniprésent (Im Wunderschönen Monat Mai). La clarinette de Romain Guyot apporte des nuances et des sensibilités touchantes (Ich will meine Seele tauchen ou le virevoltant Ein Jüngling liebt ein Mädchen). Le Romantisme se fait même naturaliste dans ce superbe "paysage musical" qu’est le lied Im Rhein, im heiligen Strome ("À Cologne, la ville sainte, / La cathédrale au front serein / Reflète sa gothique enceinte / Aux flots majestueux du Rhin") ou l’avant dernier lied Aus alten Märchen winkt es ("Les vieux contes charmant nos veilles / Parlent en langage ingénu, / D’un beau pays, plein de merveilles, / Qui reste à la terre inconnu"). Pour autant, le cœur des Dichterliebe est justement celui, amoureux, du musicien, parfois ostentatoire (Ich grolle nicht), parfois délicat (Und wüssten's die Blumen), parfois joyeux, par exemple dans cette noce improvisée (Das ist ein Flöten und Geigen, "De ma belle aujourd'hui c'est la noce") ou avec gravité, comme si le musicien pressentait la fin de son idylle (Ich hab' im Traum geweinet, "En pleurant j’ai rêvé, ma belle, / Que la mort éteignait tes jours"). Robert Schumann semble restituer tous les affects de cette période, y compris la nostalgie (Hör' ich das Liedchen klingen, "Quand j'entends cet air qu'autrefois").

    Le sens de la mélodie reste l’un talents géniaux de Schumann (Am leuchtenden Sommermorgen).  Romain Guyot et Chloe Mun – surnommée non sans affection "la nouvelle Clara" – dialoguent avec intelligence ces Amours du poète – ou plutôt du musicien. Il a fait de cette pièce en forme d’hommage et de présent à Clara Schumann une belle déclaration (Allnächtlich im Traume, "Chaque nuit je revois tes charmes / Dans un rêve où tu me souris; / Je tombe à genoux, et mes larmes / Vont arroser tes pieds chéris").

    Les Dichterliebe se termine avec le chant le plus long (quatre minutes trente). Die alten, bösen Lieder parle de la fin inéluctable de son amour ("Chants d’amour, tourments de mon âme, / Espoirs trompés, rêves en deuil, / La tombe est là qui vous réclame ; /– Que l’on m’apporte un grand cercueil !"). Pas de doute, nous voilà au cœur de ce grand Romantisme, si justement joué par le duo clarinette-piano. Les sentiments éclatent au grand jour, d’autant plus violents et passionnés qu’ils ont face à eux une mort que l’artiste doit affronter en la regardant bien en face : "Ce grand cercueil est nécessaire ; / Car, apprenez que sans retour / Dans sa nuit profonde il enserre / Et ma souffrance et mon amour !" Gloups. 

    Robert Schumann, Les amours du poète,
    Romain Guyot (clarinette) et Chloe Mun, piano, Klarthe, 2026

    https://www.klarthe.com
    https://www.chloemun.org
    https://www.instagram.com/chloejmun
    https://www.facebook.com/p/Romain-GUYOT

    Voir aussi : "Au cœur de l’Europe"

  • Danses avec Chopin

    Quand on pense à Frédéric Chopin, les premières œuvres qui viennent à l’esprit sont ses Nocturnes, ses Études ou ses Valses, moins sans doute ses Mazurkas. Il a pourtant composées pas moins de 57 de ces danses traditionnelles de son pays, la Pologne. La pianiste Irina Chukovskaya en propose une intégrale dans un très beau double album d’Indésens.

    Comment transformer des pièces musicales populaires, qui ont d’abord vocation à être dansées, en chefs-d’œuvre de la musique de chambre romantique ? Voilà le pari réussi de Chopin pendant presque 25 ans. 12 de ces mazurkas ont par ailleurs été publiées et jouées après sa mort.

    Chopin a fait de ces morceaux autant de joyaux intemporels que de rappels émus de son pays. Irina Chukovskaya s’approprie avec élégance ces pièces souvent courtes – certaines dépassent à peine la minute. L’esprit de Chopin est là, enlevé, fin mais aussi empreint d’une profonde nostalgie. Compositeur romantique, il ne s’épanche que rarement, préférant jouer de la fausse insouciance (Mazurka en si bémol dans le premier CD). L’amour se fait joueur (la Mazurka en sol majeur ou la Mazurka op. 41 n°2) ou joyeux (Mazurka op. 50 n°1), voire lumineux (Mazurka op. 59 n°3). Il s’agit de danses traditionnelles polonaises, comme le rappellent à chaque fois les rythmes des morceaux (Mazurka WN 24 en do majeur, Mazurka WN 26 en sol majeur, Mazurka en do majeur dans le premier CD ou encore la Mazurka op. 59 n°2).

    Elles se transforment, grâce au compositeur et à son interprète, en pièces de musique de chambre à la mélancolie profonde (Mazurka WN 14 en la mineur, la Mazurka WN 45 en la bémol majeur, l’Opus 7 n°2 ou les Mazurkas op. 63 sur le second CD) ou, au contraire, à la légèreté qui fait plaisir à entendre (les Opus 7 n°1 et n°4, les deux premières Mazurkas op. 33 ou la Mazurka WN 60 en la mineur). Le romantisme ne fait jamais défaut, que ce soit la Mazurka WN 25 en fa majeur, à la fois majestueuse et mélancolique. Du grand art.

    Chopin séduit par son immédiate accessibilité. Il nous parle comme à un ou une proche (Mazurka WN 41 en si bémol majeur). La simplicité des mélodies, toute en nuances, en suspensions, en fausses hésitations, fait de ces mazurkas des illustrations de son attachement à la Pologne. De vraies pièces spontanées.

    Chopin séduit par son immédiate accessibilité. Il nous parle comme à un proche

    La pianiste parle, dans le livret "du timbre purement pianistique, transparent, sans nuances orchestrales". On pense aux Opus 6, dont la facture romantique n’est pas trahie par Irina Chukovskaya, loin de là ! L’essence de cette école dont Chopin a été l’un des grands champions est également présente dans les Mazurkas Opus 17 ou Opus 24.

    Romantisme, oui ; mais aussi modernité dans cette approche très libre de la composition et l’utilisation des silences. Voilà qui fait de Chopin un compositeur plus qu’actuel : hors du temps, toujours aimé, toujours écouté, toujours analysé et toujours surprenant. On pense d’emblée à la Mazurka op. 17 n°4, l’une des plus longues du double album. Chopin prend tout autant son temps dans les quatre Mazurkas opus 30 qui ferment la première partie du double album. On sera tout aussi bien séduit par la pétillante Mazurka en ré majeur (Opus 33 n°3), par la tendre et poignante Mazurka en si mineur (Opus 33 n°4) ou par ces pensées mélancoliques distillées par la Mazurka Dpop. 42A en la mineur.

    Saluons enfin la prise de son impeccable qui vient récompenser le jeu tout en nuances et en précisions d’Irina Chukovskaya qui précise qu’elle a étudié ces pièces toute sa vie. Elle en saisit toute la diversité mais aussi toute la profondeur.

    Répétons qu’il s’agit à l’origine de danses polonaises, si bien que la nostalgie n’est pas absente dans ces pièces poétiques qu’il faut prendre le temps d’écouter pour bien s’en imprégner (Opus 50 n°3), ne serait-ce que pour mieux se laisser surprendre (on pense à la courte Mazurka op. 56 n°2). Un vrai "miracle vivant", comme le dit justement Irina Chukovskaya. Validé !

    Très bientôt, je vous proposerai d'un autre album Chopin.

    Frédéric Chopin, Mazurkas, Irina Chukovskaya (piano),
    Indésens Calliope Records, 2026

    https://indesenscalliope.com/boutique/chopin-complete-mazurkas
    https://irinachukovskaya.com/en

    Voir aussi : "Amitié franco-allemande"
    "Lacunes comblées par Fleur Strijbos"

     
     
     
     
     
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  • En famille avec Brahms

    C’est un Brahms intime que propose l’ensemble mené par l’altiste Arnaud Thorette. Family est le nom de l’album (Indesens). Son opus propose un choix de pièces chambristes, grâce à un ensemble musical et ami. Et aussi familial, comme le montrent les deux dernières pièces de l’enregistrement. Brahms est en bonne compagnie.

    Des Cinq Lieder, op. 105 (Fünf Lieder), Arnaud Thorette propose la première, Wie Melodien zieht es mir leise durch den Sinn. Voilà une belle entrée en matière, poétique et mélodique, porté par l’alto vibrant d’Arnaud Thorette, faisant corps avec les instruments.    

    Il est rejoint par la mezzo-soprano Karine Deshayes pour les deux chansons de son opus 91, Zwei Gesänge. Nous sommes ici dans l’intimité du compositeur allemand. Il composa ces deux mélodies en 1884 pour son ami et violoniste Joseph Joachim. Les deux chansons, Gestillte Sehnsucht et Geistliches Wiegenlied, sont à écouter comme des messages d’amour et de soutien de Brahms adressés à Joachim et à son épouse et chanteuse Amalie Schneeweiss. On est ici au cœur du Romantisme mais aussi du cercle privé de Brahms. La nature répond aux épanchements de l’âme. À la fin de sa vie, Brahms écrit ses deux Sonates op. 120. Arnaud Thorette propose la deuxième, dans sa version pour alto et piano, avec Dominique Plancade au clavier. La vision crépusculaire d’un Brahms en fin de vie frappe aux oreilles (Allegro amabile). Brahms garde cependant cette âme romantique et passionnée (Allegro appassionato avec Trio : Sostenuto), avant un Andante (Andante con moto : Tema con variazona ; Allegro) alliant apaisement et tensions dans ce Brahms intime. .

    Au cœur du Romantisme

    L’ensemble mené par l’altiste propose l’Adagio de la Troisième Sonate pour violon, op. 108. Nous sommes là encore dans les dernières années du compositeur allemand. Poignant et ténébreux, Brahms semble laisser épancher ses regrets.

    Nous avions déjà parlé sur Bla Bla Blog de la fameuse Sonate F.A.E. Elle a été composée à trois par Brahms, Schumann et Albert Dietricht. Nous sommes en 1853. Cette pièce porte un nom étrange mais plein de sens : "F.A.E." pour "Frei Aber Einsam" ("Libre mais solitaire"). Elle était destinée au violoniste Joachim, encore lui. C’est le Scherzo de Brahms qui est proposé. Un mouvement plein d’énergie, d’enthousiasme et de fraîcheur, marquant durablement avec cette Sonate F.A.E. l’histoire de la musique romantique. Une histoire d’amitiés aussi.

    Nous parlions d’intimité, de relations amicales et de famille. C’est ainsi que l’on écoute le Feldeinsamkeit, tiré de ses Six Lieder, op. 86. Ils sont proposés pour alto et piano. Dans la mélodie Geheimnis (extrait des Fünf Gesänge, op. 71), Brahms semble nous susurrer à l’oreille quelque secret.  

    On est particulièrement séduit par l’Adagio du Trio pour alto, violoncelle et piano, op. 114. Une vraie entente entre Arnaud Thorette, Antoine Pierlot (violoncelle) et Johann Farjot pour un mouvement majestueux sans être grandiloquent, paisible et invitant à la quiétude. Brahms se fait plus méditatif dans son éloquente Sappische Ode, tiré des Cinq Lieder, opus 94.

    Restons en famille pour terminer. Arnaud Thorette inclut dans son programme la participation de sa fille Aurore Thorette Paillette. À 11 ans, elle s’épanouit dans le rare et bref Spruch, WoO 27. Puis, c’est son frère Anatole Thorette Paillette qui lui succède. Au piano, le garçon de 15 ans interprète le célèbre Wiegenlied (tiré de ses Fünf  Lieder). "Un clin d’œil familial et de passage de témoin", comme le dit l’altiste, pas peu fier de voir sa progéniture le rejoindre, en famille donc.

    Brahms, Family, Arnaud Thorette (alto), Indésens Calliope, 2025
    https://indesenscalliope.com
    https://www.arnaud-thorette.com

    Voir aussi : "Bouquets de Fauré"
    "Nuit et lumières chez les Schumann"

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  • Souffles romantiques

    Théo Fouchenneret et sa bande continuent leur voyage dans cette collection Schumann proposée par b•records. Cinquième volume donc à la découverte de Robert Schumann (1810-1856), un des maîtres de la musique romantique. Cette fois, ce sont des œuvres pour cordes, vents et piano qui sont proposées dans une version publique enregistrée à Deauville les 6 et 7 août 2024.

    Le double album commence par la Fantasiestücke pour violoncelle et piano, op. 73. Si le compositeur parle de "Fantaisie" c’est en raison des sentiments traversés par cette pièce en trois mouvements : mélancolique (Zart mit Ausdruck), plus joyeuse et légère (Lebhaft, leicht) et carrément énergique, pour ne pas dire furieuse, dans la dernière partie (Rasch mit Feuer).  

    L’auditeur ou l’auditrice fondera à coup sûr sur les trois Romances op. 94 pour clarinette et piano. Elles ont été composées au départ pour hautbois. Écrites pour Clara Schumann à l’occasion du Noël 1849, elles sont une déclaration d’amour pour cette dernière. Florent Pujuila excelle dans ces magnifiques pièces aussi efficaces qu’irrésistibles, alternant tendresse, passion et ce je ne sais quoi de mélancolie. Que l’on pense à la délicate et mélodieuse Einfach, innig ou au plus triste Nicht schnell.

    Dans le premier CD, le programme se poursuit avec les Märchenbilder, op. 113. Ce sont quatre pièces musicales pour alto et piano écrites en 1851. Nous sommes au cœur du romantisme, avec un instrument, l’alto, mis à l’honneur dans la première moitié du XIXe siècle – merci, Paganini !

    Cette œuvre de Schumann est devenue un classique du répertoire. Encore une fois, Clara Schumann est une figure importante de cette œuvre puisqu’elle l’a créée en public, avec son mari à l’alto. Ici, c’est Théo Fouchenneret au piano et Lise Berthaud à l’alto qui interprètent ces Märchenbilder. On passe par toutes les humeurs dans ces courtes pièces écrites comme des contes de fées. Il y a de la nostalgie (Nicht schnell), de l’enthousiasme (le vif Lebhaft), de la tension (Rasch) et enfin de la douceur avec une tendre et mélancolique berceuse en ré majeur (Langsam, mit melancholischem Ausdruck).

    Ce sont de nouveau des "contes de fées" qui sont proposées avec les Märchenerzählungen, quatre pièces, cette fois pour trois instruments, l’alto (Lise Berthaud), la clarinette (Florent Pujuila) et le piano (Théo Fouchenneret, évidemment !). On ne peut qu’admirer la densité, la richesse et les lignes mélodiques de ces "récits légendaires" soufflant un romantisme touchant (Lebhaft, nicht zu schnell) ou au contraire brutal, voire sombre (Lebhaft und sehr markiert). Ici, le romantisme se pare de mystère, d’influences populaires (Schumann était très attaché aux traditions et à la culture germaniques) d’onirisme (Ruhiges Tempo, mit zartem Ausdruck), pour terminer sur un Lebhaft, sehr markiert, puissant et presque héroïque. Ces  Märchenerzählungen ont été écrits en 1853, une période difficile pour les Schumann, en particulier pour Robert qui va s’éteindre trois ans plus tard.

    On passe par toutes les humeurs

    Le CD n°2 commence par les Fantasiestücke op. 88, pour violon, violoncelle et piano. Les frères Fouchenneret, au piano et violon, sont rejoints par François Salque au violoncelle. Citons l’année de création de cette œuvre : 1842. Une année romantique, s’il en est, comme nous le disions sur ce site. Après une courte et élégante Romanze, douce déclaration d’amour sincère (Nicht schnell, mit innigem Ausdruck), le trio part dans une fantaisie enjouée avec l’Humoreske, Lebhaft, d’une passion presque "agressive", comme le dit Tristan Labouret dans le livret de présentation. Le Duett tranche littéralement. Le trio y propose d’amples moments de plénitudes et des conversations pudiques entre instruments. Il ne manque plus que les paroles ! La Fantasiestücke op. 88 se termine avec un Finale en forme de marche festive, comme le précise le compositeur (In Marsch-Tempo). Pas de préciosité ni de débordements chez Robert Schumann mais au contraire le choix d’exprimer la joie alors qu’il vit une année particulièrement.

    La suite du programme est à la fois plus séduisante et plus étonnante, avec ces Fünf Stücke im Volkston, op 102, Cinq pièces dans un style populaire. L’auditeur ou l’auditrice seront à coup sûr touchés par ces cinq courts morceaux très différents puisant leur inspiration dans la culture populaire. Il y a ce rythme frais et endiable du Mit Humor, la tendre déclaration de la deuxième pièce (Langsam) ou cet audacieux troisième morceaux, troublant dans son rythme (Nicht schnell, mit viel Ton zu spielen "Pas rapide, joué avec beaucoup de ton") comme dans ses variations hypersensibles, assez loin on doit le dire de l’aspect "folklorique" du titre. Robert Schulmann offre à la musique romantique un répertoire immédiatement attachant (Nicht zu rasch), jeune, robuste et même effrontée (Stark und markiert).

    Cet enregistrement public à Deauville se termine avec le Quatuor pour piano et cordes en do mineur WoO 32. Nous sommes en 1829 lorsque Robert Schumann le compose. Il n’a que 19 ans. Une œuvre de jeunesse donc, ce qui la rend particulièrement passionnante. 1829 : Schubert vient de mourir, laissant ses admirateurs esseulés et désespérés. Quelque part, le quatuor de Schumann vient répondre à ce deuil. Que l’on pense aux cordes vibrantes de chagrin du premier long mouvement Allegro molto affetuoso. Disons le aussi : le romantisme est déjà pleinement à l’œuvre, sans ménager silences éloquents ou au contraire moments d’envolées et de passions. Un mouvement menuet (Presto) succède, apportant légèreté et montrant du même coup que le XVIIIe siècle et son classicisme ne sont décidément pas loin. On sera sans doute plus sensibles, pour ne pas dire bouleversés par l’Andante et ses vagues mélodieuses. L’influence de Schubert est évidente à l’écoute en particulier de cette partie mêlant passion et douleur, par un jeune compositeur qui va bientôt éclabousser le monde de son génie. Le concert et le quatuor se terminent par un Allegro Giusto et Presto dans lequel le jeune compositeur allemand semble déjà prendre date pour la suite. On ne peut que remercier Pierre et Théo Fouchenneret, ainsi qu’Anna et Caroline Spyniewski de proposer et de faire découvrir cette pièce peu connue mais indispensable d’un jeune Schumann déjà mûr pour le grand saut… romantique. 

    Robert Schumann, Œuvres pour cordes vents et piano, Collection Schumann, b•records, 2025
    https://www.b-records.fr/disques/collection-schumann-vol-5-oeuvres-pour-vents-cordes-et-piano
    https://www.theofouchenneret.com
    https://pierrefouchenneret.com/quatuor-strada

    Voir aussi : "1842, année romantique"
    "Romantique et métaphysique Schumann"

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  • Made in Switzerland

    Ces trois là nous viennent de Suisse – de Romandie pour être plus exact. Ils nous proposent avec l'album Secret Songs (chez Indésens) un programme de musique allemande. La soprano Léonie Renaud, le clarinettiste Damien Bachmann et le pianiste Christian Chamorel s’attaquent à trois figures du romantisme germanique, à savoir Louis Spohr, Carl Maria von Weber et l’incontournable Franz Schubert.

    Arrêtons-nous d’abord sur les deux premiers. Louis – né Ludwig – Spohr (1784-1859), assez rare sur disques et en concerts, a pourtant été le plus grand compositeur de son époque, après les morts de Weber et surtout de Beethoven. Chef d’orchestre archidoué et pédagogue reconnu, il a su faire sa place dans le beau monde allemand et autrichien. On le découvre ici comme compositeur de Six Lieder allemands.

    Léonie Renaud s’en empare avec bonheur, alternant passion ravageuse (Sei still mein Herz : "Sois calme mon cœur, et n'y pense plus, / C'est maintenant la vérité, le reste est illusion."), candeur (le court et bucolique Zwiegesang), mélancolie (Sehnsucht) ou nostalgie (Das heimliche Lied). L’auditrice ou l’auditeur fondera à l’écoute de la berceuse (Wiegenlied), comme susurrée par la soprano suisse. La clarinette de Damien Bachmann semble se pencher tout autant au-dessus de l’enfant sur le point de s’abandonner. Il faut saluer le trio d’artistes en osmose dans un programme de chambre d’une très grande finesse. Christian Chamorel, que nous avions croisé avec Rachel Kolly dans un remarquable album sur Brahms, accompagne avec tact et efficacité ses deux acolytes, laissant la place à une Léonie Renaud enflammée (le vibrant Wach auf!) et un Damien Bachmann éclatant, donnant à son instrument souffles, rythmes et couleurs.

    Il faut saluer le trio d’artistes en osmose dans un programme de chambre d’une très grande finesse

    Jusque là discret, Christian Chamorel prend une place plus importante dans le Grand Duo concertant pour clarinette et piano op. 48 de Carl Maria von Weber (1786-1826). Une autre figure reconnue du romantisme allemand, mais lui aussi boudé après sa mort prématurée à l’âge de 39 ans – il était d’une santé fragile. Weber a laissé une œuvre abondante souvent peu jouée, si l’on excepte son opéra Der Freischütz. On le retrouve ici dans ce Grand duo en mi bémol majeur. Bachmann et Chamorel s’y disputent la vedette avec virtuosité (Allegro con fuoco). Le romantisme pointe le bout de son nez dans l’Andante con moto à la beauté funèbre, avant que la vie ne danse avec la nuit (le scintillant Rondo: Allegro).

    Franz Schubert (1797-1827) apparaît comme la grande star de ce programme romantique. Renaud, Bachmann et Chamorel ont choisi 5 lieder représentatifs du génie allemand. Il y a ce court An den Frühling, pudique chant de bienvenue et de regret adressé à un jeune homme. Le Sprache der Liebe, quant à lui, plus long, est la déclaration à une bien-aimée, en musique bien sûr. Avec le lied Rastlose Liebe, op. 5 n°1, nous retrouvons l’ADN du romantisme dans lequel nature et sentiments sont étroitement liés. Léonie l’a parfaitement compris, qui insuffle sa fougue et sa douloureuse passion.

    L’amour, toujours l’amour, avons-nous envie de dire en écoutant le Sei mir gegrüßt!, déchirante adaptation d’un poème des Roses d’Orient de Friedrich Rückert en forme de missive ("Je suis avec toi, / Tu es avec moi, / Je te serre dans mes bras, / Salutations ! / Je t'embrasse !"). La poétesse  Caroline Louise von Klencke est l’autrice du texte d’Heimliches Lieben op. 106. n°1. Schubert semble se faire à la fois plus léger et aussi plus sensuel dans le poème originellement nommé À Myrtille : "Ma vie, en cet instant, ne tient qu'à ta douce bouche rosée, et manque de m'abandonner dans ton étreinte intime". Quelle belle déclaration ! La soprano l’interprète avec sensualité.  

    L’album s’achève sur Le pâtre sur le rocher (Der Hirt auf dem Felsen, op. 129 D. 965), sans doute l’une des plus belles pièces du programme. Schubert compose ce lied incroyable sur son lit de mort en 1828. Impossible de ne pas voir dans ce chef d’œuvre un long et poig, autant qu'un chant d’amour pour la vie. La clarinette de Damien Bachmann est une merveille et Léonie Renaud y amène puissance vocale et accents pathétiques : "Bientôt ce sera le printemps / Le printemps, mon espoir / Il me faut maintenant / M'apprêter à partir". Une merveille. On n’est pas prêts d’oublier les dernières mesures de ce Pâtre sur le rocher.    

    Renaud / Bachmann / Chamorel, Secret Songs, Schubert / Spohr / Weber,
    Indésens Calliope Records, 2025

    https://indesenscalliope.com
    https://www.leonierenaud.ch
    https://damienbachmann.com
    https://christianchamorel.ch

    Voir aussi : "Brahms doublement suisse (et même triplement)"
    "Les nouveaux romantiques"

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  • Marie Jaëll et ses amies

    Trois compositrices sont mises à l’honneur dans ce programme musical proposé par Présences compositrices dont l’objectif est la redécouverte de compositrices talentueuses oubliées. Marie Jaëll – dont nous avions déjà parlé sur Bla Bla Blog – Hedwige Chrétien et Louise Héritte-Viardot sont proposées dans un programme de musique de chambre postromantique.

    Commençons par Hedwige Chrétien (1859-1944). Son talent pour le solfège, l’harmonie et la composition est devenu évident dès ses jeunes années, avec de nombreux prix. Soyons lucides : pour les femmes musiciennes de cette époque, l’enseignement, plutôt que les concerts publics, est depuis longtemps une voie quasi obligatoire qu’elle choisit de suivre, avant de l’abandonner pour raisons de santé. Elle se consacre à la composition et écrit près de 250 pièces.

    L’album proposé par le Duo Neria, avec Natacha Colmez-Collard au violoncelle et Camille Belin au piano, propose deux œuvres représentatives de cette musique française néo-romantique, à savoir un délicat lied (Soir d’automne). L’influence de César Franck est bien là, dans cette subtilité des vagues mélodiques et des émotions tout en retenue. On trouve cette même délicatesse dans ses Trois pièces pour violoncelle et piano. Camille Belin caresse les touches du piano lorsque les cordes de Natacha Colmez-Collard déploient de soyeuses lignes mélodiques (Sérénité). Plus étonnant encore l’est ce Chant du soir aux accents folkloriques. Il semble que l’auditeur ou l’auditrice soit propulsé dans l’intimité d’une soirée d’hiver au siècle dernier. La dernière pièce de cette œuvre est ce Chant Mystique, sobre, tout en recueillement mais aussi fort de lignes mélodiques laissant deviner l’extrême sensibilité d’Hedwige Chrétien que l’on découvre avec plaisir.

    Marie Jaëll (1846-1922), de la même génération, commence à sortir de l’oubli et il est normal qu’elle soit présente dans cet opus. Franz Liszt a encouragé cette brillante musicienne, prodigieuse, perfectionniste et douée d’un grand lyrisme. Une romantique dans l’âme, comme le montre cette Sonate pour piano et violoncelle en la mineur, composée au départ – nous sommes en 1881 – pour piano seul. À l’écoute, l’influence des compositeurs romantiques allemands saute aux oreilles. 

    L’indifférence, donc. Injuste ? Oui !

    Marie Jaëll fait alterner lignes mélodiques audacieuses et joueuses, ruptures de rythmes et expressivité (Allegro appasionato). À l’écoute en particulier du scintillant Presto, le Duo Neria prend un plaisir évident dans l’interprétation de cette sonate qui a fait dire à David Popper, le violoncelliste qui a créé avec Marie Jaëll cette œuvre : "Vous n’avez rien de français en vous". Étonnant aveu, en forme de reproche voilé, dans cette période de haines mutuelles entre l'Allemagne et la France.  

    L’Adagio s’écoute comme un mouvement rêveur, pour ne pas dire onirique. Cette longue déambulation romantique prouve à quel point la compositrice mérite d’être redécouverte et ses œuvres jouées et rejouées. Il semble que Natacha Colmez-Collard et Camille Belin font inlassablement le tour de cette partie empreinte de mystères, laissant largement la place aux silences et à de longues respirations, avant un dernier mouvement. Le Vivace molto, d’une délicieuse fraîcheur, sonne avec une étonnante modernité dans cette facture postromantique.        

    Louise Héritte-Viardot (1841-1918) est la moins connue de ces compositrices. Des anges s’étaient pourtant penchés au-dessus de son berceau : une mère, Pauline Viardot, chanteuse mezzo et compositrice, une tante fameuse, la diva Maria Malibran ("La" Malibran) et un père directeur du Théâtre-Italien. Pourtant, la jeune femme a pour ambition de faire connaître ses compositions. Charles Gounod l’aide et la conseille dans ce projet. Un mariage raté, la guerre de 1870 et surtout une relative indifférence de la bonne société musicale ne rend pas grâce à ses talents de compositrice. Elle est prolifique – plus de 300 pièces, a-t-elle calculé – mais peu sont publiées et moins encore sont jouées. L’indifférence, donc. Injuste ? Oui !

    C’est sa Sonate en sol mineur op. 40 qui est proposée dans l’enregistrement. On se laisse séduire par la fluidité et la tension de l’Allegro commodo, mélodique et d’une formidable jeunesse. L’œuvre daterait de 1909 mais des musicologues la situerait plus tôt, dans les années 1880. peu importe. Le Duo Neria replace au grand jour une pièce virtuose et lyrique, à l’exemple du premier mouvement, long de plus de 9 minutes.

    Il faut voir le visage volontaire de Louise Héritte-Viardot pour deviner un solide caractère, audible dans cette œuvre dense et colorée. Et aussi romantique, à l’exemple du deuxième mouvement Andantino assai, molto expressivo. Bouleversant chant d’adieu, cette partie est jouée par deux interprètes exprimant d’une manière poignante une partie dont le terme de romantisme n’est pas galvaudé, avant un Intermezzo allegretto scherzando plus léger, puis un Finale (Allegro non troppo) donnant à entendre une compositrice que l’on a plaisir à découvrir. Merci au Duo Neria et à Présences compositrices ! 

    Impressions romantiques / Marie Jaëll – Hedwige Chrétien – Louise Héritte-Viardot,
    Duo Neria – Natacha Colmez-Collard
    , violoncelle & Camille Belin, piano, Présences compositrices, 2025

    https://www.presencecompositrices.com/mag/impressions-romantiques
    https://www.duoneria.com

    Voir aussi : "Résurrection"

     
     
     
     
     
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  • Insensé

    On est bien d’accord. Sailor et Lula, le film de David Lynch, palme d’or à Cannes en 1990 a quelque peu vieilli. Cependant, quel plaisir de trouver Nicolas Cage sans doute dans son plus beau rôle, celui d’un ex-taulard retrouvant sa petite amie Lula après un violent coup de sang. Quant à Laura Dern, presque au début de sa carrière, elle incarnait une réincarnation trash de Juliette avec un sex-appeal incroyable.

    Sailor retrouve Lula après avoir poignardé un homme qui avait insulté sa petite amie. Ils se retrouvent plus amoureux que jamais, mais avec Marietta la mère de la jeune fille désireuse de l’éloigner du voyou – pour lequel elle a d’ailleurs eu un béguin. Voilà donc nos deux tourtereaux décidés à fuir la prison domestique de Lula. Marietta lance un tueur à ses trousses pour se débarrasser de Sailor. La route que prend le couple s’avère dangereuse et le voyage est rythmé par des rencontres singulières, pour ne pas dire dangereuses.

    Contes de fées

    Quelques jours après la mort de David Lynch, sa Palme d’Or cannoise est sans nul doute à découvrir et redécouvrir. Eraserhead avait frappé par son aspect foutraque et surréaliste. Elephant man avait ensuite conquis la planète grâce à ce formidable joyau autour de la monstruosité et de l’humanisme.

    Ici, nous sommes dans une revisite de Roméo et Juliette avec l’art de Lynch : poésie, surréalisme, références à l’Amérique contemporaine (le road-movie, Elvis Presley, Marlon Brando et sa fameuse veste en peau de serpent et le polar moderne). Mais comme David Lynch n’est un réalisateur à part, il s’approprie des mythes du conte de fées : la méchante belle-mère, la sorcière ou le monstre – habituel dans son cinéma.

    Dans Sailor et Lula, récit halluciné d’un road-movie dangereux, tous les sens sont en éveil. La love story contemporaine se déguste comme un long clip coloré, musical nerveux et sensuel. Laura Dern jouait là sans doute son meilleur rôle.  

    Sailor et Lula, comédie dramatique américaine de David Lynch, avec Nicolas Cage, Laura Dern, Diane Ladd, Willem Dafoe et Isabella Rossellini, 1990, 124 mn, Potemkine, DVD
    https://store.potemkine.fr/dvd/5050582795257-sailor-et-lula-lynch-david
    http://www.aboutlynch.com
    https://www.davidlynchfoundation.org

    Voir aussi : "Tête effaçable"

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  • Sacrés romantiques !

    Sublimes romantiques que ces cinq là ! Je veux parler de Richard Strauss, Frédéric Chopin et Franz Liszt, bien entendu, mais aussi de leurs interprètes de cet enregistrement Indésens, à savoir David Louwerse, au violoncelle, et François Daudet, au piano.

    C’est Richard Strauss, le dernier des grands romantiques (il est décédé en 1949), qui ouvre ce programme consacré à un style qui fit les beaux jours de la musique classique au XIXe siècle. La Sonate pour violoncelle en fa majeur, op. 6 a été composée en 1883. Il flotte sur cette œuvre un parfum de légèreté et d’insouciance (l’Allegro con brio) que David Louwerse et François Daudet transmettent avec passion, dans une conversation violoncelle-piano passionnée mais non sans instants mélancoliques ou enflammés.

    Le deuxième mouvement lent débute de manière funèbre. Strauss fait preuve de simplicité dans cet Andante ma non troppo, d’autant plus frappant après la fougue de la première partie. C’est simple. Il semble que le piano et le violoncelle chantent de concert. Les lignes mélodiques se déploient avec élégance, dans une économie de moyens singulière. La jeunesse et la fougue ont laissé place aux regrets, à la nostalgie et à la tristesse, sans que ces sentiments ne soient jamais appuyés.

    Le livret parle d’espièglerie en évoquant l’ouverture du troisième mouvement (Finale – Allegro vivo). Il est vrai que l’on retrouve ici de la joie de vivre et la jeunesse d’un compositeur de 19 ans seulement lorsqu’il écrit cette sonate incroyable. Le génie de Strauss est déjà à l’œuvre. Violoncelle et piano s’amusent autant qu’ils dialoguent, dans une série de conversations (de "questions-réponses" dit le livret) à la fois légères, séduisantes et passionnantes.  

    "Le meilleur des critiques, c'est le temps"

    Frédéric Chopin prend la relève avec sa Sonate pour violoncelle en sol mineur, op. 65 en quatre mouvements. Écrite en 1846, il s’agit de sa dernière œuvre publiée de son vivant. On retrouve la touche du compositeur polonais, notamment dans les premières minutes du long Allegro moderato. Cependant, rapidement elle suit une direction qui a pu déconcerter les contemporains de Chopin. Le "roi des romantiques" a énormément travaillé cette œuvre, ce qui se sent à l’écoute du premier mouvement, complexe et comme torturé.

    On applaudira la technicité des deux interprètes dans le jeu de cette sonate pour violoncelle et piano aux nombreuses lignes mélodiques. Chopin avait ces mots au sujet de cette pièce : "Je suis tantôt content, tantôt mécontent de ma sonate avec violoncelle. Je la jette dans un coin et puis je la reprends. La réflexion vient ensuite et l'on rejette ou l'on accepte ce qu'on a fait. Le meilleur des critiques, c'est le temps ; et la patience le meilleur des maîtres." Plus enjoué et dansant, le Scherzo se veut à la fois lyrique et vivant. Dans la grande veine romantique, le Largo se déploie avec une majesté des plus sombres. C’est un Chopin à la fin de sa vie qui s’exprime ici – il a pourtant à peine 36 ans ! La Sonate op. 65 se termine avec un Finale luxuriant et aux nombreuses lignes mélodiques. David Louwerse et François Daudet y déambulent avec bonheur, assurance et virtuosité. Voilà un Chopin tardif étonnant et d’une grande modernité.

    L’album se termine avec la troisième des Consolations, Lento quasi recitativo de Franz Liszt. La poésie, les lumières et les couleurs du génial pianiste et compositeur hongrois baignent cette pièce jouée avec délicatesse et profondeur par deux interprètes décidément romantiques dans l’âme. 

    David Louwerse (violoncelle) & François Daudet (piano), Les sublimes romantiques,
    Strauss, Chopin et Liszt
    , Indésens Calliope, 2024

    https://indesenscalliope.com/boutique/les-sublimes-romatiques
    https://www.bs-artist.com/pages/communication

    https://www.david-louwerse.com
    https://francoisdaudet2.wixsite.com

    Voir aussi : "Bouquets de Fauré"

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