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Musiques - Page 5

  • Raga en contrepoints

    Disons-le : cet album, le premier de Shanker Krishnan, est à la fois incroyable, singulier et révolutionnaire. Oui, révolutionnaire ! Et on invitera les amoureux et amoureuses de la musique à venir y faire un tour, tant elle bouscule nos oreilles et vient les enrichir tout autant.

    Raga and Counterpoints est le titre de cet album sorti cette année chez Indian raga. Raga et contrepoints, donc. Très rapidement, le contrepoint est cette technique musicale d’écriture occidentale consistant à faire se coïncider plusieurs lignes musicales et voix pour former un ensemble cohérent. Pour aller plus loin, je vous invite à aller sur ce site. Qui dit contrepoint, dit Jean-Sébastien Bach. S’il n’a pas été l’inventeur du contrepoint, il en a fait un art indépassable. Le raga, lui, vient d’Inde et de la tradition musicale carnatique. Le raga est défini par une gamme aux riches ornements mélodiques.

    Le compositeur américain d’origine indienne Shanker Krishnan a choisi de marier ces deux méthodes et traditions pour créer cet enregistrement singulier. Le but ? Ni plus ni moins que bâtir un pont entre le baroque occidental et musique carnatique venue du sud de l'Inde.

    Raga and Counterpoint rassemble Fugue-Kriti et Fields od Dharma (Concerto-Kriti). Dès le premier mouvement de Fugue-Kriti, (Palavi), nous sommes en Inde, ce que les deux mouvements suivants (Anupallavi et Charanam) ne démentent pas. C’est dans le troisième mouvement, Charanam, que le mariage baroque-carnatique paraît le plus éloquent. Voyage musical et dépaysement garantis, non sans nostalgie, aidés en cela par l’instrumentation occidentalo-indienne, mêlant flûte, violon, Vînâ (un instrument de musique à cordes pincées) et mridang (un tambour en tonneau). Ajoutons également la trompette (formidable apport !), la harpe, le hautbois et le violoncelle. 

    On ne peut qu’applaudir à cet enrichissement mutuel et à cette rencontre voulue par Shanker Krishnan !

    Fields of Dharma se situe dans cette démarche d’ouverture. Ah, l’ouverture musicale ! On ne peut qu’applaudir à cet enrichissement mutuel et à cette rencontre voulue par Shanker Krishnan ! Le compositeur sait de quoi il parle, lui qui a passé son enfance à à Bombay et Madras, avant de s’expatrier, vivre et travailler entre Berkeley, New York, Washington D.C. et même Nashville, une ville riche d’un autre patrimoine musical.

    Parlons de ces mélodies qui s'inscrivent dans l'élégance structurelle du contrepoint et qui sont issues des ragas. Les modes et gammes de la musique carnatique évoquent un éventail d'émotions mais aussi d’ornements caractéristiques : oscillations microtonales, glissandos ou notes d’ornements rapides.

    Ornements avec le merveilleux premier mouvement de ces Fields of Dharma, Arjuna’s Lament. Cette pièce aux accents dramatiques s’inspire de la Bhagavad Gita, un texte sanskrit bien connu en Inde narrant une bataille vieille de 3 000 ans. À travers les yeux du héros Arjuna, le compositeur trace un portrait musical aux dilemmes universels : combattre les siens, vivre et assumer la victoire amère ou défendre la justice malgré les attachements personnels et matériels.  

    Les traditions indiennes, toujours vivaces dans ce pays-continent, sont enrichies par une écriture et une orchestration occidentale (Field of Battle). Tout cela paraît à la fois si naturel et si évident !

    L’éducation musicale occidentale de Shanker Krishnan semble prendre le dessus dans le troisième mouvement, Dilemma, comme si le compositeur exprimait un déchirement entre deux cultures qu’il aime tout autant et qu’il sait marier avec talent.

    Un dernier mouvement, le plus long (plus de sept minutes), Realization, vient conclure un grand album de réconciliation entre deux patrimoines musicaux. Rythmiques, palettes d’accords, mélodiques carnatiques et instrumentations richissimes achèvent de faire de cet enregistrement une œuvre audacieuse, généreuse mais aussi épique et universelle.

    Au fait, est-ce que je vous avais dit que cet album est unique en son genre ?

    Shanker Krishnan, Raga and Counterpoint, Indian Raga, 2025
    https://www.shankerkrishnanmusic.com
    https://www.indianraga.com
    https://www.facebook.com/IndianRagaProject

    Voir aussi : "Très grand Bacri"

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  • Souvent musique varie

    Même sans être familier de Brahms, l’écoute de son Thème et Vériations, op. 18b paraît immédiatement familier. Au piano, Sandra Chamoux va à l’essentiel : lignes mélodiques simples mais prenantes et surtout le romantisme chevillé au clavier. Oui, cette œuvre qui ouvre cet enregistrement Indésens résonnera fatalement chez l’auditeur et l’auditrice. Sandra Chamoux rappelle d’ailleurs dans le livret que "le mot Resonare veut dire Résonner, et le mot Sonarae : Jouer…"

    Le fameux thème de Brahms est issu de son premier Sextuor à cordes que Clara Schumann, dont il était amoureux, aimait. À sa demande, Brahms écrivit pour son anniversaire une transcription pour piano solo du mouvement lent du sextuor. On est d’accord pour dire, avec Sandra Chamoux, que cet opus 18b est peu connu. C’est fâcheux et cela rend d’autant plus précieux sa présence dans l’album Résonare proposé par la pianiste française. Que l’on pense à la dernière variation, la septième, écrite comme une marche funèbre.  

    Autres variations, celles de Félix Mendelssohn dont on ne dira jamais assez que la mort de ce génie à l’âge de 38 ans a laissé un vide immense, tant il a brillé par son influence sur le XIXe siècle. Voilà une autre preuve avec ses Variations sérieuses en ré mineur op. 54. Après un thème Andante, dix-sept variations , suivies par un Presto finale, viennent montrer toute la maîtrise de Mendelssohn. À l’instar de Bach – dont la Chaconne, présent d’ailleurs dans l’enregistrement de Sandra Chamoux, l’inspire – le compositeur allemand déploie sa virtuosité – canons, ballades, chorals, mouvements lents, vifs, très vifs, agités ou au contraire comme suspendus. On parle de virtuosité dans la composition. Il en faut aussi chez Sandra Chamoux pour proposer ces courtes variations (de moins de vingt secondes à un peu plus d’une minute) sans ciller, en variant les effets et en ne laissant pas la technique jouée sur l’émotion.         

    "Variations corelliennes"

    Serge Rachmaninov est présent dans ce programme grâce à ses Variations sur un thème de Corelli, op. 42. On reconnaîtra ce thème ancien, populaire en Italie depuis la fin du XVe siècle. Il s’agit au départ d’une danse appelée Folia qui va ensuite devenir un thème musical apprécié chez les compositeurs. En 1700, Corelli l’utilise pour sa Sonate pour violon et basse continue. En 1931, Serge Rachmaninov est exilé en France depuis la Révolution russe. Il compose 20 variations sur ce thème, une œuvre qui sera à la fois la seule écrite dans notre pays et la seule pièce pour piano seul. Ces "variations corelliennes" ont une place particulière dans son répertoire. Rachmaninov propose, comme il en a peu l’habitude, une œuvre dépouillée, sombre, pour ne pas dire aride. C’est l’âme d’un Russe banni de son pays, d’un exilé s’apprêtant à quitter le continent européen et qui ne reverra plus son pays. Voilà vingt variations poignantes que Sandra Chamoux dévoile avec dans toute sa nudité.  

    Nous parlions de la Chaconne de Bach. Elle est présente dans sa version de Busoni. Modernisée, dépouillée, bouleversante. Sandra Chamoux déploie les près de seize minutes de cette œuvre spectaculaire. La Chaconne a été écrite entre 1717 et 1720 par un Bach au sommet de son art. Elle entre dans la deuxième Partita pour violon. La Chaconne, qui termine la pièce, impressionne tant les compositeurs que des variations sont écrites. Brahms s’y attelle notamment. Pourtant, c’est la variation d’un musicien bien moins connu, Ferruccio Busoni (1866-1924) qui vient donner une ampleur inédite à la création originelle. Bach était déjà éternel. Busoni lui apporte en plus une modernité incontestable.  

    Sandra Chamoux, Résonare, Indésens Calliope, 2025
    https://www.sandrachamoux.com
    https://www.instagram.com/sandrachamoux
    https://www.facebook.com/profile.php?id=100042048775710
    https://indesenscalliope.com

    Voir aussi : "Un inconnu nommé Dupont"

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  • Très grand Bacri

    Nicolas Bacri est l’un de nos meilleurs compositeurs contemporains, multiprimé et plusieurs fois nommé aux Victoires de la Musique classique. Très demandé, il est l’auteur de plus de 150 partitions, aussi bien dans la musique symphonique, l’opéra, la musique de chambre que l’oratorio. Il est de retour cette année avec un nouvel album, Da Camera (Passavant), interprété par Elizabeth Balmas, au violon et à l’alto et Orlando Bass au piano. L'enregistrement se compose de deux nocturnes et de trois sonates, toutes datant des années 2000 à 2019, si l’on met de côté la Sonata Da Camera aux dates de composition échelonnées sur plus de vingt ans.

    Mais commençons par le Notturna ed allegro op. 151, commandée au départ par la pianiste luxembourgeoise Sabine Weyer, une œuvre au départ pour trio piano-violon-violoncelle. Le compositeur précise que cette pièce peut être et, d’ailleurs, a été joué sur d’autres instruments, que ce soit en solo – on pense à la flûtiste Jieun Han – ou à plusieurs. Ici, au violon, alto et piano avec Elizabeth Balmas et Orlando Bass.

    Nicolas Bacri fait partie de ses compositeurs qui entendent réconcilier l’irréconciable : la musique contemporaine atonale et sérielle et le classicisme, sans a priori, en privilégiant le travail sur le langage (on pense au motif basé sur les lettres B.A.C.R.I., comme il le rappelle dans le livret du disque) mais aussi sur l’expressivité – on hésitera à employer le terme d’"expressionnisme". Le résultat de cette première nocturne c’est un dialogue, non sans tension – féminin et masculin, comme il le remarque lui-même – mais finalement tendre et qui va vers l’apaisement et un bel éclat de lumière.

    Influencé par le modernisme atonal du début du XXe siècle (on pense à Berg et surtout à Webern, pour sa sensibilité et sa précision), Nicolas Bacri a écrit en 1977, alors qu’il n’a même pas 17 ans, la Sonata Da Camera, op. 67. Il a retravaillé cette œuvre tout au long de sa carrière, en 1997 puis en 2000. Pour autant, reste l’essence "juvénile" de son thème. La passion se devine dans l’Andante de la Sonatina dont s’emparent avec fougue Elizabeth Balmas et Orlando Bass. Il faut de la technique pour s’attaquer à cette pièce ambitieuse et qui donne son nom à l’opus. C’est dire son importance. On parle d’expressionnisme dans cette sonate qui suit la carrière de Nicolas Bacri et à laquelle il avoue être attaché. Que l’on écoute le nerveux Scherzo et le long et bouleversant Pezzo elegiaco (adagio molto). On peut d’autant plus parler de romantisme contemporain. Le compositeur français évoque d'ailleurs la figure de Schubert lorsqu’il parle de "la douceur et la quasi naïveté" du thème centrale de la Sonate op. 67 qui se termine par des variations à la fois déroutantes et virtuoses (Variazioni). Elizabeth Balmas et Orlando Bass démontrent que l’audace moderne de l’atonalité n'est pas morte.

    Romantisme contemporain

    Autre Nocturne, Tenebrae, datée de 2015 et 2016, voit Nicolas Bacri revenir vers l’harmonie, sans pour autant tourner le dos à une construction musicale ambitieuse. Cette Nocturne n°6 a été écrite pour le piano. La prise de son met à l’honneur le jeu tour à tour puissante, élégant, sombre (d’où le titre Tenebrae) et expressionniste d’Orlando Bass. Le compositeur confie qu’il s’agit d’une de ses pièces pour piano les plus représentatives.  

    La Sonate n°2 op. 75 est proposée dans une version pour violon et piano. Elle date de 2002. Là aussi, elle peut s’écouter comme une réconciliation entre ses premières compositions sérielles et atonales et son retour vers la tonalité, avec toujours la recherche de l’expression et du sentiment. Il s’agit de l’une de ses pièces les plus significatives, comme il le confie lui-même et il est vrai qu’elle reste extrêmement jouée. Elizabeth Balmas et Orlando Bass s’affrontent plus qu’ils ne discutent, tout en tension (Introduction et Allegro), avant une Élégie à la fois sombre et mystérieuse. La violoniste semble voler au-dessus de ce mouvement qui voit dialoguer les deux instruments, tel un chant d’amour d’amour et de douleur, avant un long et éloquent silence. La Sonate n°2 se termine par un Rondo infernal, telle une danse des morts, tour à tour riante, menaçante mais finalement non sans rédemption.

    La Sonata Variata op. 75 est proposée dans une version pour alto seule. Elle a été écrite entre 2000 et 2001. L’auditeur ou l’auditrice découvrira un Nicolas Bacri joueur et ne tournant pas le dos à la mélodie (Preludio), pas plus qu’à ses influences classiques, à l’instar de sa Toccata rustica. Lorgnant du côté de Bach, le compositeur français fait se rejoindre archaïsme et modernité. L’alto reste tendu de bout en bout, avalant tout l’espace sonore durant deux minutes 30. Cette dernière sonate se termine par un finale nommé Metamorfosi. Un mouvement mystérieux, comme son nom l’indique. On est loin des premières œuvres atonales de Nicolas Bacri.

    L’artiste ne vend pourtant pas son âme à la modernité néoclassique. Toujours aussi exigeant, il reste un compositeur mû d’abord par l’émotion, l’expressivité et une écriture très fine, ce que le livret de l’album laisse à voir. Son homologue néerlandais John Borstlap a salué Nicolas Bacri comme "le compositeur français le plus important depuis Messiaen et Dutilleux" C’est dire l’importance de son œuvre, à découvrir ou redécouvrir donc.

    Nicolas Bacri, Da Camera,
    Elizabeth Balmas (violon et alto) & Orlando Bass (piano), Passavant, 2025

    https://www.facebook.com/nicolasbacriofficial
    http://www.nicolasbacri.net/biographiefr.html
    https://www.passavantmusic.com

    Voir aussi : "Un inconnu nommé Dupont"
    "Plus d’air, plus d’espaces"

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  • Un inconnu nommé Dupont

    C’est sur un véritable tube que commence le dernier album de la pianiste Natacha Melkonian, à savoir le Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy. La pianiste française, se produisant désormais à l’international, s’en empare avec ce qu’il faut d’élégance et de tact pour une pièce archi-jouée, demandant tout sauf de l’esbroufe. Une entrée en matière séduisante mais finalement peu étonnante.

    La surprise vient avec la suite de son programme, à la fois audacieux et passionnant. Natacha Melkonian choisit en avant de mettre à l’honneur Gabriel Dupont (1878-1914), contemporain de Debussy, avec qui il partage d’ailleurs le goût pour des pièces "impressionnistes", aux subtiles couleurs. La pianiste a fait le choix de consacrer l’essentiel de son opus à La maison dans les dunes. Ce cycle datant des années 1907-1910 est composé de dix pièces tout à tour contemplatives (Dans les dunes, par un matin clair), naturalistes (Voiles sur l’eau, Le soleil se joue dans les vagues, une pièce joueuse et expressive), fortement empreintes de nostalgie (le mélodieux morceau La maison du souvenir ou le plus sombre Le soir dans les pins), mélancoliques (la bien nommée Mélancolie du bonheur) mais aussi avec je ne sais quoi de fantaisiste (Mon frère le Vent et ma sœur la Pluie). Au sérieux impénétrable de Debussy, on peut préférer la proximité et le caractère attachant de Dupont que Natacha Melkonian a la bonne idée de mettre à l’honneur.

    Lyrique ? Oui. Mais aussi naturaliste et descriptif

    Pour ce cycle paisible et méditatif, l’esbroufe est interdite. La pianiste l’a bien compris, qui se ballade avec naturel dans ces paysages sans doute normands – le pays d’origine du compositeur.

    Si les peintres impressionnistes pouvaient avoir une BO, ce serait sans doute vers Gabriel Dupont qu'ils se tourneraient, compositeur plus moderne qu’on ne le dirait de prime abord (Le soir dans les pins). Dupont est maître dans l’art de retranscrire des paysages battus par le vent et la mer (Le bruissement de la mer, la nuit). Lyrique ? Oui (que l’on pense à la pièce Clair d’étoiles). Mais aussi naturaliste et descriptif (Houles), ce qui rend sa musique si immédiatement attachante, grâce ici au talent remarquable de Natacha Melkonian.

    Parlons enfin des trois dernières pistes présentes dans l’album. Il s’agit de Correspondances. La première datée de 1906-1907, la deuxième de 1909-1913 et la troisième non-datée. Natacha Melkonian a fait le choix de lire des extraits de ces correspondances écrites par Dupont. Voilà qui nous fait connaître l’artiste de la manière la plus directe possible. Gabriel Dupont apparaît comme un compositeur plus vivant que jamais. Voilà une manière inédite de découvrir un artiste resté dans l’ombre de Debussy. Il était temps de s’y réintéresser. Merci à Natacha Melkonian et à Indésens.

    Natacha Melkonian, La maison dans les dunes, Indésens Calioppe, 2025
    https://indesenscalliope.com/boutique/la-maison-dans-les-dunes/
    https://www.instagram.com/natachamelkonian
    https://linktr.ee

    Voir aussi : "Marie Jaëll et ses amies"
    "Sacrés romantiques !"

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  • Dahlia colorée

    Il y a de la soul chez Dahlia Dumont, mais de la pop-soul dopée à l’électronique, avec une énergie sans artifices (Betty II). C’est ce que l’on aime chez notre Frenchie, de retour avec son nouvel album de 12 titres, bien nommé Fantasia.

    Oui, Dahlia Dumont sait être fantaisiste, se jouant des rythmiques et des voix. La ballade Stalker, aussi classique soit-elle dans sa facture, réserve de jolies surprises, sous forme d’emprunts aux sons urbains, latinos, world et électros.

    Fantasia ne se prend jamais au sérieux. Qu’on se le dise. Le morceau Semi-Automatic Trinket (Take It!) est un vrai tour de force, et dans sa composition et dans son instrumentation, mixant flow américain et intrusion de l’accordéon. On n’oubliera pas non plus le rieur et fantasque Oblivion II, faussement je-m’en-foutisme mais réellement bien... foutu.

    L’auditeur ou l’auditrice tomberont sans doute sous le charme du sensible Sickmess qui nous envoie assurément du côté des influences afro-américaines, tout comme d’ailleurs le voyageur Crossing To Brookling.

    Le sacrément culotté Fantasia, qui donne son nom à l’opus, fait le choix du français et d’un texte sans fard ("Des fantasmes, je m’en méfie ! Des fantasmes, tellement envie !"). Freud aurait adoré ! Philippe Katerine aussi… A découvrir absolument !

    Freud aurait adoré ! Philippe Katerine aussi…

    On retombe en terrain plus familier, et néanmoins tout aussi passionnant avec le plus pop, Wishing Well. Dahlia Dumont nous prouve qu’elle est une nouvelle voix de la scène française à suivre, délimitant son univers, à mi-chemin entre le rock psychédélique des années 70 et les années 2020 riches des influences soul, jazz, urbaines et électros, mais aussi marquées par des préoccupations actuelles, dont féministes. On pensera, à ce sujet, à l’éloquent et poignant Consent.

    Le talent de Dahlia Dumont ne cesse d’étonner tout au long de la découverte de l’album. Que l’on pense au morceau Sentimental Reasons, reggae amoureux dopé aux vagues synthétiques. Enivrant et franchement bluffant, autant pour son orchestration que pour son travail mélodique.

    Ce qui n’empêche pas la chanteuse de savoir rester sur des chemins plus balisés – nous ne dirons pas plus sage – à l’exemple de sa ballade sous forme de confidence, The Walls, pour nous le meilleur titre de l’opus.

    On n’oubliera pas un passage par le jazz, période Juliette Gréco de Saint-Germain-des-Prés, avec le poétique et surréaliste L’Oppossum (Drops). Un joli bouquet de Dahlia, donc !

    Dahlia Dumont, Fantasia, Single Bel, 2025
    https://thebluedahliamusic.com
    https://www.facebook.com/dahliadumontmusic
    https://www.instagram.com/dahliadumontmusic

    Voir aussi : "Soleils"

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  • De la Tchéquie à Vienne avec Vanhal

    Le violoniste Marco Pedrona et le pianiste Matteo Bogazzi (au pianoforte) proposent dans ce nouvel enregistrement d’Indésens Calioppe une sélection d’œuvres de Johann Baptist Vanhal (1739-1813). Une vraie découverte. Sa longue carrière européenne, commencée dans la Tchéquie de son enfance, l’a rendu célèbre à Vienne. L’homme, respecté et admiré, a côtoyé Mozart et Haydn, avec qui il aurait constitué un légendaire quatuor – le tout aussi oublié Carl Ditters von Dittersdorf complétait cette fine équipe. C’est sur deux instruments d’époques que Marco Pedrona et Matteo Bogazzi ont choisi de jouer les trois sonates opus 30 pour violon et pianoforte de Vanhal.

    Nous sommes au cœur du Vienne brillant de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle. Déjà le début d’une domination musicale, et ce pour un bon bout de temps. Vanhal était réputé dans les salons bourgeois et aristocratiques de la bonne société autrichienne. On peut le comprendre, à l’écoute de la mozartienne Sonate n°1 en si bémol majeur, enlevée (Allegro moderato). On pourra préférer dans cette pièce l’Adagio, plus fin et moins virtuose. Marco Pedrona et Matteo Bogazzi donnent du lustre à cette œuvre intime et que goûtaient avec plaisir les contemporains et contemporaines du natif de Nechanice, au nord de la Tchéquie. 

    1 300 compositions, dont 54 quatuors, environ 30 concertos et plus de 100 symphonies

    Que de chemins parcourus pour ce fils de paysan, parvenu à éblouir le cœur de l’Europe. La preuve encore avec la deuxième Sonate pour violon et pianoforte, celle-là aussi en si bémol majeur, où Johann Baptist Vanhal semble se dégager de l’influence de Mozart pour construire une pièce plus originale, enlevée et mélodieuse (Allegro vivace). Il faut préciser ici que Vanhal a été très prolifique : 1 300 compositions, dont 54 quatuors, environ 30 concertos et plus de 100 symphonies. Voilà qui place l’homme à un niveau prolifique assez rare. Toujours dans la 2e Sonate, on se laissera séduire par le court et élégant Andante molto, tout comme l’original et vrombissant Rondò Allegro (et Adagio-Tempo primo), servi par les deux musiciens italiens semblant s’amuser comme personne.  

    La facture classique de ces sonates n’empêche pas l'auditeur ou l'auditrice d’être séduits par la troisième Sonate en sol majeur laissant deviner un musicien alliant écriture précise, clarté et expressivité (Allegro moderato et le charmant Rondò Allegro), parvenant à surprendre sans cesse, même pour ces œuvres écrites pour deux instruments. Dans le Cantabile, ne sommes-nous pas déjà dans une forme de préromantisme ?  

    Au final, voilà des pièces faciles d’accès, précise le livret ; certes, mais non sans difficultés techniques et nécessitant de la virtuosité. Ce qui est à souligner et qui est d’autant plus remarquable pour les deux instrumentalistes italiens, partis – ce qui est en soi très audacieux – sur les traces de Vanhal. Et vous savez quoi ? Ils l’ont finalement retrouvé, à notre plus grand bonheur !

    Johann Baptist Vanhal, Sonatas for piano and fortepiano op. 30,
    Marco Pedrona (violon) et Matteo Bogazzi (pianoforte), Indésens Calioppe, 2025

    https://indesenscalliope.com/boutique/sonatas-for-violin-and-fortepiano

    Voir aussi : "Berlin à l’ombre de Géants" 

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  • Berlin à l’ombre de géants

    Partons à la découverte d’un compositeur largement éclipsé par ses brillants contemporains que furent Bach, Mozart ou Haendel. Difficile musicalement d’exister à l’ombre de ses génies. L’ensemble lituanien Klaipéda Chamber Orchestra, qui nous avait déjà proposé un formidable projet autour de Vivaldi, est de retour, avec la même envie de surprendre et de séduire.

    Parlons de Johann Daniel Berlin (1714-1787), compositeur norvégien de langue allemande né à Memel, anciennement Klaipéda – d’où le nom de l’album proposé par Indésens, Returns To Klaipéda.

    Musicien norvégien, de culture Prusse, est né dans une ville maintenant lituanienne (Memel) avant d’être élevé quelques années au Danemark. Ajoutons à cela des connaissances encyclopédiques et ses goûts pour les sciences et les inventions. Voilà qui fait de Johann Daniel Berlin un artiste européen qui s’est nourri de classicisme et d’humanisme, à l’instar des Sinfonia n°1, 2 et 3 et du Concerto pour violon proposés dans cet enregistrement, soit l’ensemble de son œuvre conservée – si l’on excepte ses pièces pour clavecin.

    La première Sinfonia impose déjà le compositeur, classique, sérieux mais non sans enthousiasme, comme le prouvent l’Allegro brillant du début et celui vivifiant de la fin. Entre ces deux mouvements, il y a du Bach, période Messe en si, dans l’Andante s’écoutant comme une marche triste et nostalgique - sans doute la nostalgie de Klaipéda, la ville de ses origines. Ce que Berlin ignorait bien entendu c’est que Klaipéda a été depuis entièrement détruite durant la seconde guerre mondiale, avant d’être annexée par la Russie soviétique qui a effacé son riche patrimoine. Elle est devenue libre et lituanienne depuis, mais elle a perdu son riche passé historique.

    Belle efficacité mélodique

    Mais revenons à l’opus, avec la Sinfonia per cornetta n°2. Nous voilà téléportés en plein XVIIIe siècle grâce au Klaipéda Chamber Orchestra. L’orchestration brillante saute aux oreilles (en particulier l’Allegro qui conclue cette Sinfionia). Saluons la présence rare et incroyable du dialogue entre l’ensemble et un cornet à piston, un cuivre rare similaire à la trompette et aux sonorités plus douces et chaleureuses (le délicat Largo).  

    La Sinfonia n°3 démontre que Johann Daniel Berlin est un compositeur à ne pas minorer. L’orchestration fait la part belle aux bois (Allegro) pour des mouvements relativement courts et d’une belle efficacité mélodique. Une nouvelle fois, c’est un mouvement Andante qui est choisi pour le classique mouvement lent intermédiaire. L’artiste norvégien se cale complètement avec l’esprit de son temps, avant un dernier mouvement Allegro, là aussi dominé par des bois donnant à cette Sinfonia l’allure d’une pièce à cheval entre le XVIIe et le XVIIIe siècle.

    Berlin nous a également laissé un Concerto pour violon en la majeur. L’auditeur ou l’auditrice se laissera séduire par les trois mouvements bien équilibrés Allegro-Adagio-Allegro menées par le violon de Konrad Levicki dialoguant avec fluidité avec le Klaipéda Chamber Orchestra dirigé par Mindaugas Bačkus. L’Adagio à la fois paisible et simple achève de nous convaincre que Johann Daniel Berlin a définitivement sa place dans l’univers musical classique du XVIIIe siècle.

    Johann Daniel Berlin, Returns To Klaipéda,
    Klaipéda Chamber Orchestra dirigé par Mindaugas Bačkus, Indensens Calioppe, 2025

    https://indesenscalliope.com
    https://www.koncertusale.lt/en/collective/klaipeda-chamber-orchestra 

    Voir aussi : "Torelli sorti de l’oubli"
    "Vivaldi par le Klaipéda Chamber Orchestra"

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  • Contredanses à Versailles (et ailleurs)

    Nous avions découvert la Compagnie Outre Mesure dans un programme consacré à la musique de la Renaissance. Revoilà l’ensemble vendéen dans un programme plus tardif puisqu’il s’intéresse à la musique versaillaise. Tel est l’objet de ces Tourbillons de l’amour. À la fin du XVIIe siècle, la tradition ancienne de la "belle danse", des prestations successives de couples solistes, est concurrencée par les "contredanses" venues d’Angleterre où viennent se produire ensemble autant de danseurs et danseuses qu’il est possible.

    Une vraie guerre culturelle, oubliée depuis, qui n’était pas anecdotique dans un régime monarchique où la cour royale avait une importance considérable. Il est rappelé dans le livret que Louis XIV lui-même – le danseur le plus doué du Royaume, disait-on, non sans flagornerie – partit au pays de la Perfide Albion se former à ces contredanses, avant de les faire importer à Versailles. Raoul-Auger Feuillet publie un ouvrage en 1706 de ces contredanses, en dédiant cet ouvrage à la jeune duchesse du Maine, passionnée par ce nouveau divertissement.

    "Danses badines", peu sérieuses, pas convenables pour les dames : les critiques fusent pour un art venu, rappelons-le, d’Angleterre (longways, country dances), mais qui a été mis au goût français. L’album de la Compagnie Outre Mesure propose dans ce double album, à la fois ambitieux et passionnant, de s’intéresser à cette musique du XVIIe siècle.

    Nous voilà plongés dans une époque dont l’art musical reste souvent limité à Lully et au baroque versaillais. Remercions Outre Mesure d’ouvrir grand le patrimoine de cette période. Il y a de l’authenticité et de la fraîcheur dans cet opus sur instruments d’époque (Vienne, Le Prince George), parfois dans une simplicité touchante (La Coquette), voire légère (La Pantomine ou Le Pistolet, sur le disque 2). Même si l’esprit Renaissance demeure (Jeanne qui saute), le XVIIIe siècle des Lumières frappe déjà à la porte (Le Menuet du Chevalier). Le supplément d’âme de ce projet musical vient sans doute de la voix de Gwinnevire Quennel, interprète notamment de La Fanatique, à écouter comme un air traditionnel, également ode au plaisir et à la légèreté.      

    Longways et country dances

    On lorgne bien entendu du côté de l’Angleterre et des country dances avec La Buffecotte, Excuses my (disque 2) et surtout Le Carillon d’Oxfort (sic), deux airs enjoués et rythmés. On comprend aussi la curiosité et l’attrait de Louis XIV et de ses contemporains pour cette tradition d’outre Manche. Il ne faudrait pour autant pas faire de ces Tourbillons d’Amour un recueil uniquement reclus à Versailles. En vérité, ces contredanses sont à la fois modernes pour l’époque (La Nouvelle Figure), ne tournant pas le dos aux traditions (Le Menuet de la Reine, La Valantine, La Gasconne dans le disque 2), aristocratiques (La Chasse) mais aussi populaires (La bourrée de basque ou La Bergère, un charmant air que l’on dirait destinée à une belle amoureuse que l’on s’apprête à inviter à danser).

    Arrêtons-nous sur Podain. Gwinnevire Quennel interprète cette délicate chanson qui est un dialogue entre une fille amoureuse et sa mère, l’alertant sur les dangers de l’amour et les malheurs du mariage. Poignant. Bien plus léger sont Les Galeries de l’Amour ou encore L’Amoureuse, un instrumental bien entendu destiné à la danse, que ce soit à Versailles ou dans les campagnes du Royaume.  

    Raoul-Auger Feuillet, en proposant ce recueil, a entendu contenter le roi et bousculer les danses traditionnelles en France, et c’est du côté de l’étranger qu’il est parti chercher son inspiration. Avec le recul, cette approche a revivifié l’art de la danse, n’en déplaise aux critiques de l’époque. On appréciera particulièrement ces mélodies aux accents archaïques (Le Libourlaire, La Bacchante, Les Manches Vertes) et ayant pour objectif d’inviter à la danse, aux fêtes populaires (L’Épiphanie) et aux plaisirs en général (La bonne amitié, La Chaîne, La Fée, toujours sur le disque 2). Non sans parfois de petits bijoux, à l’instar du délicat air La Jalousie ou du chant d’amour La Matelotte sur les "amans malheureux" (sic).

    La contredanse Le Tourbillon de l’Amour donne son nom à l’album. On saluera l’interprétation toute en couleur et en chaleur, menée par un ensemble homogène dirigé de main de maître par Robin Joly. Du bel ouvrage. Et assurément un événement musicologique... et historiographique. 

    Raoul-Auger Feuillet, Les Tourbillons d’Amour, Compagnie Outre Mesure,
    Label COM, coll. Tempérament baroque, 2024

    https://www.compagnie-outre-mesure.com

    Voir aussi : "La Pléiade avec Outre Mesure"

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