Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

jazzwoman

  • Ella, elle l’a

    La jazzwoman Robin McKelle fait son retour tant attendu avec un album gracieux et séduisant, Impressions of Ella, Ella comme Ella Fitzgerald, bien sûr.

    C’est l’occasion de découvrir ou découvrir des classiques du jazz qu’Ella Fitgerald a interprété à son époque. Pour ces revisites, Robin McKelle est accompagné d’un orchestre restreint, avec Kevin Barron au piano, Peter Washington à la guitare et Kenny Washington à la batterie, sans compter le featuring de Kurt Elling.  

    Cet opus marque le grand retour de la chanteuse américaine, sous forme d’hommage à une figure tutélaire du jazz. "Ma voix a mûri, et moi aussi. J’ai senti qu’à ce moment de ma vie, ces paroles avaient un sens pour moi. Impressions of Ella est comme un retour à la maison pour moi. Comme une réunion familiale après des années de séparation. Une reconnexion avec la musique qui m’a nourrie pendant toutes mes années de formation musicale, et qui furent largement influencées par Ella Fitzgerald", confie Robin McKelle, bien décidée à remettre au goût du jour des standards du jazz.

    Que l’on pense au "Old Devil Moon", composée par Burton Lane sur des paroles de Yip Harburg pour la comédie musicale Finian's Rainbow (1947), et que Robin McKelle interprète sans coup férir, dans l’esprit des musicaux de Broadway.    

    Autre grand classique, toujours de l’entre-deux-guerre, "My One And Only" a été d’abord une chanson de George Gershwin et Ira Gershwin pour la comédie musicale Funny Face, avant de figurer dans le répertoire de la Grande Elsa. Et maintenant Robin McKelle, dans une facture des plus simples et efficaces – voix et piano, avec ce swing extraordinaire. Les frères Gershwin ont d’ailleurs une place de choix dans Impressions of Ella, avec le délicat "Embraceable You" et le mélancolique "Soon" qui vient clôturer l’album. 

    Du jazz, du vrai, du pur

    Le lecteur de cette chronique sera sans doute surpris de voir le nom de Lady Gaga cité en référence pour le titre "Lush Life" de Zara Larsson. Il est vraie que l’interprète de "Bad Romance" l’avait chanté pour son album jazz (et oui!), en duo avec Tony Bennett. C’est là l’occasion de se précipiter sur l’opus Cheek to Cheek (2014), aussi velouté et sensuel que la version de sa compatriote. On pourrait dire la même chose de "I Won’t Dance" de Jerome Kern que Robin McKelle interprète avec Kurt Elling, tout en suavité et en complicité.

    Il y a incontestablement un swing réjouissant chez Robin McKelle, à l’instar de "How High The Moon" de Morgan Lewis et Nancy Hamilton. Robin McKelle s’épanouit avec un bonheur communicatif, à l’instar du "Do Not Nothing Til You Hear from Me" que Duke Ellington avait écrit dans les années 40. Ella Fitgerald avait chanté cette chanson pour l’album de 1957 (Ella Fitzgerald chante le livre de chansons de Duke Ellington). Dans cette version de 2023, Robin McKelle ne se laisse pas impressionner par ces deux figures de la musique du XXe siècle. On y voit la marque d’une artiste à la voix puissante et capable des plus belles arabesques.

    "Robin’s Nest" ne pouvait pas ne pas apparaître dans cet hommage à Ella Fitgerald. Du jazz, du vrai, du pur, là encore. Un titre écrit par la jazzwoman, ainsi qu'Illinois Jacquet et Charles Thomson.

    Vernon Duke est à l'honneur à deux reprises à la fin de l’opus, avec deux classiques, le standard de Broadway "Taking a Chance to Love", écrit avec John LaTouche et Ted Fetter et le suave "April in Paris", cette fois avec Yip Harburg. Robin McKelle s’empare de ces classiques avec gourmandise, tempérament et passion.

    Est-il utile de dire que le bonheur est à tous les étages dans ce somptueux album ? 

    Robin McKelle, Impressions of Ella, Naïve / Believe, 2023
    https://www.facebook.com/RobinMcKelleMusic
    https://www.instagram.com/robinmckelle

    Voir aussi : "Lady Gaga et Tony Bennett, joue contre joue"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

  • Le pouvoir de consolation de Sarah Lancman

    Sarah Lancman est de retour avec un nouvel album, Le Pouvoir des Mots, dans lequel la jazzwoman s’épanouit dans des compositions où la chanson française se teinte harmonieusement de jazz. Est-il encore utile de répéter que la musicienne s’aventure sur les pas de Michel Legrand ? Une influence qu’elle revendique au travers de sa reprise de "Que feras-tu de ta vie ?", titre composé à l’origine pour le film The Happy Ending et pour lequel Michel Legrand a été nommé en 1970 pour le Golden Globe de la meilleure chanson originale et pour l'Oscar de la meilleure chanson originale. "Les Feuilles mortes" est l’autre reprise, en bonus track, de l’opus. Saluons au passage l’interprétation mezza-voce et jazzy de Sarah Lancman dans ce classique de Prévert et Kosma. 

    La musicienne se fait aussi compositrice dans ce nouvel album, concocté, on l’imagine, avec un soin particulier. Du bel ouvrage. Dès le début de son opus, la Parisienne rend un superbe hommage à la plus belle ville du monde avec "Nostalgia in Paris" : romantisme, mélancolie, voix veloutée et orchestration impeccable font de ce morceau un magnifique joyau de l’album.

    Sarah Lancman sait aussi quitter les sentiers battus et surprendre avec un boléro ("Boléro Nocturne n°3) pour une succulente et soyeuse déclaration d’amour, sous le signe de la danse à deux, joue contre joue : "Tu as le beau rôle / Toi mon héros".

    L’auditeur sera également frappé par une autre danse, cette fois un tango qui sert de trame à une chanson de séparation. Paradoxal et pertinent choix de faire de la plus sensuelle des danses à deux le rythme d’une séparation. Mais une séparation douce et rassurante, comme un joli beau baume à l’âme. "Mon amour ne me fait pas souffrir / C’est quand il a disparu / Que le cœur a si mal se déchire / On souffre quand on n’aime plus".

    Jazzwoman jusque dans ses tripes

    Jazzwoman jusque dans ses tripes (son "Interlude musical" au piano) , Sarah Lancman propose avec la chanson qui donne son titre à l’album une revisite du poème "Liberté" de Paul Éluard. La musicienne s'inspire du texte emblématique de l’écrivain en chantant un message universaliste, susurré comme un désir ardent : "Mais c’est bien le pouvoir des mots / Qui rendre le monde plus beau / Démolissant les interdits."

    Outre le morceau personnel et autobiographique "Je le sais", dont Bla Blog avait parlé, Sarah Lancman prend l’auditeur par la main pour un voyage intime, chaleureux et réconfortant. C’est cette "Ôde à l’amitié" touchante ("Toi"). C’est aussi "Les hommes que j’aime" que l’on goutte avec plaisir. Sarah Lancman se lance dans un hommage aux hommes sous forme d’une liste de qualités que beaucoup reconnaîtront sans doute : "Les atypiques / Les astucieux / Les lunatiques / Les audacieux / Les romanesques / Les courageux / Les passionnés…" C’est léger et frais comme une coupe de champagne.

    On sera tout autant touché par "Ma prière", une prière païenne en vérité dans laquelle Sarah Lancman parle de chagrin, de résilience et d’un "signe" qui se fait attendre : "Que ma voix me porte / Pour tracer ma voie / Vulnérable ou forte / Je chanterai pour toi".

    Il y a un parfum de résilience, voire de consolation, dans cet album, à la fois léger dans sa forme et profond dans son message. C’est un peu à l’image de "Danse avec ta peine", un titre qui entend nous ragaillardir, et nous appeler à aller de l’avant, en un mot à aimer : "Est venu le temps de dire au revoir / Aux larmes et aux regrets / Pour enfin retrouver l’espoir / D’aimer encore et encore". 

    Sarah Lancman, Le Pouvoir des Mots, Inouïe Distribution, 2023
    https://www.sarahlancman.com
    https://www.facebook.com/sarahlancmanjazz
    https://www.instagram.com/sarahlancman

    Voir aussi : "Sarah Lancman, on le sait"
    "Sarah Lancman amoureuse"
    "Sarah Lancman : 'Oser oser !'"
    "Les bonnes fées de Sarah Lancman"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

  • Sarah Lancman, on le sait

    En attendant la sortie de son prochain album, Le pouvoir des Mots, le 25 mai prochain, Sarah Lancman propose son nouveau single et clip, "Je le sais".

    La jazzwoman, que Bla Bla Blog avait découvert son album À contretemps (Jazz Eleven, 2018), s’épanouit dans un univers musical à faire fondre plus d’un auditeur. Oui, Michel Legrand et Charlez Aznavour se sont penchés avec amour au-dessus du berceau de Sarah Lancman.

    La preuve avec ce single dans lequel la chanteuse, au piano, est filmé sur les toits de Paris.

    So lovely, so romantic.   

    Sarah Lancman, Je le sais, Unlimited Music France, 2023
    https://www.sarahlancman.com

    Voir aussi : "No Symphony Jazz"
    "Les bonnes fées de Sarah Lancman"
    "Sarah Lancman amoureuse"

    Photo : © Sabri Aydi5

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

  • Laura Anglade : "Je trouve ces chansons intemporelles"

    La découverte du dernier album de la jazzwoman Laura Anglade, Venez donc chez moi, que nous avions chroniqué sur Bla Bla Blog, nous a donné envie d’interviewer la chanteuse, un pied en France et l’autre de l’autre côté de l’Atlantique. Rencontre avec une artiste qui voue un amour immodéré pour la chanson française, y compris le répertoire moins connu des années 30.

    Bla Bla Blog – Bonjour Laura. Le public français vous découvre cette année avec votre reprise de  standards de la chanson française, l’album Venez donc chez moi. Au Canada, vous êtes une des voix montantes de la scène jazz. Franco-américaine, quels sont vos rapports avec le Canada et la France ?
    Laura Anglade – Merci. J’ai quitté le Connecticut à l’âge de 18 ans, à la fin du lycée. Je suis partie à Montréal, à l’université Concordia, pour suivre des études de Traduction. J’ai toujours été fascinée par les langues, depuis toute petite. Je n’avais pas du tout envisagé de suivre une carrière en musique à ce moment-là. Cette ville me tentait bien, et le programme surtout…et depuis je n’ai pas quitté le Canada !

    BBB – Pour cet album de reprises, vous avez choisi des titres qui ne sont pas forcément les plus connus : "Venez donc chez moi", qui donne le titre à l’opus, mais aussi "Vous qui passez sans me voir" ou "Jamais je ne t’ai dit que je t’aimerai toujours". Pourquoi ces choix ?
    LA – Venez Donc Chez Moi, tout d’abord met en avant mon identité française, mon “chez moi”, mais aussi, à un autre niveau, un album est une œuvre qui représente un moment précis, un peu comme la photographie. Nous avons enregistré cet album en pleine période de pandémie, bloqués chez nous. Avec Sam, le guitariste, on voulait inviter le public à passer un beau moment intime d’écoute, chez eux, en attendant de venir nous voir en concert peut-être un jour.
    En ce qui concerne les autres titres, Charles Trenet est le chanteur préféré de mon grand-père, il me chantait souvent ses chansons quand j’étais petite. Je connais pratiquement toutes ses chansons par cœur. Je voulais rendre hommage à ma famille, en leur faisant ce cadeau, pour qu’ils puissent chanter avec moi en écoutant mon disque. Ils sont loin, donc au moins cela nous permet de nous rapprocher un peu, comme si une partie de moi était là, avec eux.
    D’après moi, “Jamais je ne t’ai dit que je t’aimerai toujours” est une belle leçon. Quand on se lance dans une histoire avec quelqu’un en tout début de relation, il y a toujours un moment d’hésitation. On essaye de se protéger, sûrement pour ne pas s’emballer trop vite. On ne veut pas trop se projeter, par peur d’être rejeté, mais quand ça doit marcher, les choses se mettent en place petit à petit, naturellement. On a pas besoin de se faire des promesses ni des plans, on peut simplement vivre jour après jour, sans attente. Je trouve ce message magnifique.

    BBB – On sent chez vous un attachement au répertoire des années 30 et aussi au compositeur Paul Misraki, peu connu, et qui a écrit deux de vos reprises ("Venez donc chez moi" et "Vous qui passez sans me voir"). Est-ce une invitation à redécouvrir le patrimoine musical français oublié et les chansons de Lucienne Boyer, Ray Ventura, voire Charles Trénet ?
    LA – Effectivement. Je trouve que ces chansons sont intemporelles. On arrive à plonger dans ces histoires et ces mélodies, comme un bon livre. Ce sont des thèmes nostalgiques, mais en même temps encore courants. On s’y retrouve.

    BBB – On est peu surpris de voir apparaître Michel Legrand ; on l’est plus par le choix de vos reprises : au lieu des "Moulins de mon cœur" ou de la "Recette du cake d’amour", vous avez choisi la magnifique "Chanson de Maxence" et de la "Valse des lilas". Pourquoi le choix de ces morceaux ?
    LA – "La Chanson de Maxence", de la comédie musicale Les Demoiselles de Rochefort par Michel Legrand est l’une de ses plus belles chansons. Elle a été adaptée en anglais, et raconte une histoire complètement différente de l’originale. En général, je choisis de chanter une chanson si je trouve les paroles captivantes. Dans ce cas, je me laisse emporter par la mélodie, complexe et à la fois mémorable et nostalgique, des thèmes que l’on reconnaît facilement à travers toutes les œuvres de Michel Legrand. "La Valse des Lilas" a aussi été adaptée en anglais, c’est une chanson pleine d’espoir, comme les premières fleurs au printemps.

    "Mon rêve serait de lui chanter « Chez Laurette » un jour dans son ancien café, et peut-être même d’aller y boire un verre ensemble !"

    BBB – Deux femmes ont les honneurs de votre opus : Jeanne Moreau, l’interprète de "Jamais je ne t’ai dit que je t’aimerai toujours et surtout "Barbara ("Précy Jardin" et "Ce matin-là"). J’imagine que c’est tout sauf un hasard de voir Barbara figurer sur cet album.
    LA – Barbara a toujours été une grande source d’inspiration. "Precy Jardin" est la chanson de Barbara ou je me reconnais le plus. Chaque été depuis mon enfance, ma famille retournait dans notre petit village dans le sud de la France. En 1973, Barbara a quitté Paris pour aller vivre à Précy sur Marne, à la campagne, et c’est là ou elle a passé ses dernières années. Dans ce lieu paisible, loin de tout, près de la nature, Barbara est au paradis. Je reconnais mon petit village, Brousse le Château, à travers les paroles, “juste le clocher qui sonne minuit”.

    BBB – L’auditeur français sera heureux de trouver une reprise de "Chez Laurette". À ma connaissance, c’est l’une des première fois que Michel Delpech côtoie Charles Trénet, Charles Aznavour ou Barbara. "Chez Laurette" se devait de figurer dans votre album ? Et spécialement cette chanson, la plus célèbre sans doute de son répertoire ?
    LA – "Chez Laurette", de Michel Delpech, est une de mes chansons préférées de tout l’album. J’ai appris que le chanteur a écrit la chanson en une traite durant un court trajet en train. Chez Laurette raconte l’amitié entre un jeune garçon et la dame qui tient le café au coin de la rue. Laurette devient vite la confidente de lui et de tous ses amis. Chaque chagrin d’amour, chaque fou rire, elle les voit grandir au fur et à mesure des années qui passent. C’est une belle confiance qui se construit, surtout pendant les années les plus importantes, elle les aident à naviguer l’adolescence.
    Quand j’écoute cette chanson, pour moi c’est la culture française dans toute sa splendeur. Ça me rappelle de beaux souvenirs avec ma mère, quand on allait faire les boutiques en ville chaque été et qu’on retrouvait toujours les mêmes vendeuses, qui me disaient avec leur sourire familier, “alors ça pousse !” ou quand on allait chercher la viande chez le boucher de ma grand-mère, qui a vu ma mère grandir, et maintenant voyait ses enfants grandir aussi. La vie passe tellement vite. Ce sont ces personnes, ces liens qu’on crée de génération en génération qui forment nos valeurs et ce que l’on devient. J’ai aussi choisi la chanson parce que c’est une des chansons préférées de mon grand-père. Même si Michel Delpech n’est plus parmi nous, j’ai appris que cette “Laurette” est inspirée d’une vraie personne, qui existe toujours, et que ce fameux café aussi ! Mon rêve serait de lui chanter cette chanson un jour dans son ancien café, et peut-être même d’aller y boire un verre ensemble !

    BBB – Après cet album, quels sont vos futurs projets ? Une tournée est-elle prévue en France ? Ou un album en préparation ?
    LA – Je viens de faire une mini tournée à Paris dernièrement en juin 2022. J’espère y revenir le plus vite possible, j’adore cette ville, surtout au printemps. Je pars en tournée avec Melody Gardot en septembre, j’ai vraiment hâte. En ce moment, oui, je pense à un futur album aussi. Plein de belles choses ! Merci beaucoup.

    BBB – Merci, Laura.

    Interview : Bruno Chiron, septembre 2022

    Laura Anglade & Sam Kirmayer, Venez donc chez moi, Justin Time Records, 2022
    https://lauraanglade.com
    https://www.facebook.com/langlademusic
    https://www.instagram.com/laura__anglade

    Voir aussi : "Rendez-vous chez Laura Anglade"

    Photo: Maggie Keogh

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez, twittez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

  • Rendez-vous chez Laura Anglade

    Qui dit reprises de chansons françaises dit standards incontournables d’Édith Piaf, Yves Montand ou Maurice Chevalier, avec des classiques archi rabattus, de ceux que Thomas Dutronc avait réinterprétés en duo il y a quelques années, dans un très joli album au demeurant. La jazzwoman franco-américaine Laura Anglade, accompagnée du guitariste québécois Sam Kirmayer, a choisi le contre-pied dans son album de reprises, Venez donc chez moi.

    "Venez Donc Chez Moi", à l'origine un tube de l’entre-deux guerres écrit par Paul Misraki et créé par Lucienne Boyer et Ray Ventura et ses collégiens, peut s’écouter comme une invitation dans l’univers smooth de Laura Anglade, reconnue par "Ici Musique" de Radio Canada comme l'une des cinq meilleures musiciennes de jazz à surveiller.

    Paul Misraki est mis à l’honneur dans une autre de ses compositions avec cet autre classique qu’est "Vous qui passez sans me voir" que Charles Trénet avait rendu célèbre, en dépit du fait que ce morceau n’est pas celui que le grand public a retenu de l’interprète de "La mer", de "Douce France" ou de "Boum !"

    L’auditeur sera sans doute plus familier avec ce bijou qu’est "Paris au mois de mai", romantique et parisien à souhait, grâce à l’accordéon de Benjamin Rosenblum. Laura Anglade reprend également le célébrissime "Que reste-t-il de nos amours ?", dans lequel Charles Trénet – encore lui ! – s’était rarement montré aussi mélancolique. La chanteuse y ajoute sa patte jazz, montrant du même coup un aperçu de sa palette vocale.

    "Chez Laurette" est la reprise la plus incroyable de l’album, et qui mérite à elle-seule que l’on se précipite pour découvrir l’opus de Laura Anglade

    La Franco-américaine ne pouvait pas ne pas reprendre des standards de Michel Legrand.  Outre "La valse des lilas", qui clôt l’album, sa revisite délicate de "La chanson de Maxence" permet de déguster les paroles et d’apprécier les qualités de parolier du compositeur français : "Elle a cette beauté des filles romantiques / Et d'un Botticelli, le regard innocent / Son profil est celui de ces vierges mythiques / Qui hantent les musées et les adolescents".

    Un hommage est rendu à deux femmes, deux artistes et deux musiciennes : Jeanne Moreau, avec une reprise "Jamais je ne t'ai dit que je t'aimerai toujours" (par ailleurs, la chanson du film Pierrot le fou, avec Anna Karina et Jean-Paul Belmondo) et Barbara avec deux titres que beaucoup d’auditeurs découvriront sans doute : le nostalgique "Précy Jardin" et le délicat "Ce matin-là", toujours avec l’accompagnement à l’avenant de Sam Kirmayer.

    "Chez Laurette" est la reprise la plus incroyable de l’album, et qui mérite à elle-seule que l’on se précipite pour découvrir l’opus de Laura Anglade. La chanteuse se l’approprie totalement au point que l’auditeur, pourtant habitué à l’original, a la sensation de la redécouvrir, dans toute sa pureté avec voix jazzy et guitare. Laura Anglade dit ceci : "Quand j’écoute cette chanson, pour moi c’est la culture française dans toute sa splendeur. Ça me rappelle de beaux souvenirs avec ma mère, quand on allait faire les boutiques en ville chaque été. La vie passe tellement vite. Ce sont ces personnes, ces liens qu’on crée de génération en génération qui forment nos valeurs et qui on devient."

    Tout autant que ces reprises de standards français, c’est une chanteuse d’exception qui est à découvrir à travers ce Venez donc chez moi, étincelant dans sa simplicité.

    Laura Anglade & Sam Kirmayer, Venez donc chez moi, Justin Time Records, 2022
    https://lauraanglade.com
    https://www.facebook.com/langlademusic
    https://www.instagram.com/laura__anglade

    Voir aussi : "Sarah Lancman amoureuse"
    "Thomas Dutronc, c’est si bon"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez, twittez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

  • Une création de Céline Bonacina à La Défense Jazz Festival

    Dans le cadre de la 41e édition de La Défense Jazz Festival, la saxophoniste française Céline Bonacina, accompagnée de musicien  professionnels (Olivier Carole à la basse électrique et Harilalaina Ratsimbazafy à la batterie), présentera Un voyage du côté de l’Océan Indien, sa création imaginée au printemps 2016, réunissant une cinquantaine de musiciens élèves et amateurs.

    Un voyage du côté de l’Océan Indien ce sont quatre compositions de Céline Bonacina, arrangées par Didier Momo, chef d’orchestre et codirecteur artistique, et animées par quatre familles d’instruments : cordes, bois, percussions et voix. Pour monter le Mégapulse Orchestra, Céline Bonacina s’est adressée à des instrumentalistes amateurs mais animés par la même fièvre mélomane et la même passion pour le jazz.

    Il s’agit d’un projet scolaire à caractère professionnel : seront mis à l’honneur sur scène une cinquantaine d’artistes amateurs, issus des conservatoires de Boulogne-Billancourt, Bourg-la-Reine, Clichy, Levallois, Suresnes, Chatou, Cergy-Pontoise, Pantin et Montreuil, que ce soit au saxophone, au violoncelle, à la contrebasse, mais également à des instruments bien plus exotiques comme le marimba ou encore le xylophone. L’orchestre est également accompagné par trois chanteuses. Entourés de leurs professeurs et encadrés par Céline Bonacina, les jeunes amateurs peuvent donc pratiquer leur instrument au sein d’un projet de grande envergure.

    Un répertoire varié

    Le ton donné à la création est bien sûr celui du jazz mais il explore également d’autres styles musicaux. En effet, Céline Bonacina et le Mégapulse Orchestra font voyager le public en lui proposant de redécouvrir des musiques du monde, en écho au parcours réunionnais de la saxophoniste.

    C’est à la suite d’un travail de résidence mené sur plusieurs mois au Conservatoire Léo Delibes de Clichy-la-Garenne que le Céline Bonacina Trio et le Mégapulse Orchestra se produiront sur la scène du Parvis de la Défense le 25 juin à 18 heures.

    Cette création à visée pédagogique aussi bien qu’artistique a su séduire son public. Elle a rencontré un grand succès en 2016 lorsqu’elle s’est produite sur plusieurs festivals de jazz et scènes de musiques actuelles en France: Jazz sous les Pommiers à Coutances, Europajazz du Mans et la Luciole. La création, qui sera présentée à La Défense Jazz Festival, promet elle aussi de transporter son public par son approche contemporaine du jazz. D’Addario, spécialiste de la fabrication d’accessoires pour instruments de musique et sponsor de Céline Bonacina, sera également représenté.

    Céline Bonacina, Un voyage du côté de l’Océan Indien,
    La Défense Jazz Festival, 25 juin à 18 heures

    http://ladefensejazzfestival.hauts-de-seine.fr
    http://www.celine-bonacina.com

  • À contretemps avec Sarah Lancman

    Après l’album de Sarah Lancman, À Contretemps, qui sortait en début d’année, voilà que la jazzwoman sort son premier lyric vidéo pour son titre phare, À contretemps.

    On doit cette mise en image à Jon Verleysen, par ailleurs chanteur, auteur et compositeur du groupe Elephanz.

    Regardez et écoutez.

    https://www.sarahlancman.com

    "Les bonnes fées de Sarah Lancman"

  • Les bonnes fées de Sarah Lancman

    De bonnes fées semblent s’être penchées au-dessus du berceau de Sarah Lancman, qui nous offre en ce moment son troisième album, À Contretemps. La Parisienne n’est pas une inconnue puisqu’elle avait obtenu en 2012 le premier prix du Concours International Shure Jazz Vocal au Festival de Montreux, non sans faire l’admiration du président du jury de l’époque, Quincy Jones : "She’s truly a great new voice for jazz," avait-il déclaré, dithyrambique.

    Sarah Lancman confirme dans son dernier opus être cette grande voix du jazz, capable de captiver, d'émouvoir et de faire chavirer. À Contretemps a cette simplicité et cette efficacité des meilleurs disques de crooners, à l’exemple du premier titre Don’t loose me. La voix suave et colorée de l’artiste sert des chansons originales qu’elle a composée seule ou en collaboration avec le plus français des pianistes italiens, Giovanni Mirabassi. Cette présence, avec celle du jazzman nippon Toku, fait d’À Contretemps un album très international, enregistré en Thaïlande, et aux multiples influences : américaines, françaises, asiatiques et même brésiliennes (Tout bas).

    Sarah Lancman nous ballade du côté de Broadway lorsqu’elle interprète en duo avec le trompettiste et chanteur japonais Toku le langoureux Love me just your way ou le très swing I wan’t your love, repris d’ailleurs en fin d’album dans une version japonaise.

    Une convaincante héritière de Michel Legrand

    À côté de cette incursion du côté des crooners américains, Sarah Lancman s’impose comme une convaincante héritière de Michel Legrand. Elle est au texte et au micro pour les délicates chansons Ça n’a plus d’importance, On s’est aimé (écrit en collaboration avec Francis Lalanne) et Choro pour les amants éternels.

    Dans la veine des comédies musicales de Jacques Demy, Sarah Lancman fait passer les sentiments amoureux dans tous ses états : la passion ("Ils se sont vus, ils se sont plus / Devenus amants d’un jour, / Amants toujours aimantés, même éperdus, / Perdus dans l’envie de vivre, / Cet amour qui enivre", Choro pour les Amants éternels), la nostalgie ("On s’est aimés quand on s’est vus / On s’est aimé à cœur perdu / Passent les jours et les saisons / Avec amour avec passion," On s’est aimé), la fantaisie ("« Je » aime à travers toi / Et « Tu » m’aimes en hors-la-loi / Les mots, la vie, le charme, les joies, / Passent les jours, passe l’émoi," Conjugaison amoureuse) ou les regrets ("Si nous n’étions plus amants maudits, / Sans rêve et interdits, / Est-ce qu’on s’aimerait encore et encore, / Corps à corps / Cœur à cœur et encore / est-ce qu’on changerait les choses ?," Ça n’a plus d’importance).

    Giovanni Mirabassi, découvert en France en 2001 avec son album Avanti !, fait ici merveille : comme compositeur musical de titres dignes des Demoiselles de Rochefort tout d’abord, mais aussi comme pianiste capable tout autant de grâce, de chaleur que de virtuosité (Ça n’a plus d’importance). Le jazzman italien, récompensé en 2002 par une Victoire de la Musique, et qui a aussi produit cet album, ne déçoit pas, tant l’osmose avec Sarah Lancman paraît évidente. Il nous offre notamment le très convaincant blues claptonien, Wrong or right ? (Sarah blues), avec Toku à la trompette.

    Sarah Lancman est aux manettes de A à Z dans le morceau qui donne son titre à l’album, À contretemps, preuve que l’artiste multiplie les talents : "Le temps des amants se moque du genre humain / Il n’aime qu’au présent / Et se fout du lendemain / Les saisons défilent / Le quotidien futile / On s’aime à contretemps." La voix caressante, toute de spleen et de grâce, porte une chanson que l’on se plaît à écouter et réécouter, encore et encore.

    Chanteuse surdouée, jazzwoman incandescente, compositrice talentueuse et musicienne que l’on rêverait de voir un jour en duo avec Michel Legrand, Sarah Lancman offre avec À Contretemps l’une des plus belles surprises musicales de ce début d’année.

    Sarah Lancman, À contretemps, Jazz Eleven, 2018
    https://www.sarahlancman.com
    https://www.giovannimirabassi.com
    http://toku-jazz.com

    Photo © Hugo Chevallier & Daniel Lober