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sport

  • Manger cool pour courir vite

    Le titre de cette chronique est une traduction approximative du best-seller surprise américain, Run Fast. Eat Slow (éd. Amphora), vendu aux Etats-Unis à plus de 80 000 exemplaires en six mois. Sorti en France il y a quelques semaines, il devrait faire le bonheur de nombreux sportifs sur notre sol, qu’ils soient amateurs ou professionnels.

    Run Fast. Eat Slow (sous titré : Des recettes savoureuses pour les athlètes) a été écrit à quatre mains par la marathonienne olympique Shalane Flanagan et la chef cuisinier Elyse Kopecky.

    Les deux auteures ont allié leur talent et leur expérience pour concevoir et concocter une centaine de recettes à la fois bonnes, délicates et nutritives pour que la nutrition sportive ne se limite plus aux barres énergisantes ou aux sempiternelles plats de pâtes : "Pourquoi ne pas se faire plaisir avec des mets sympathiques sans trop se soucier des calories, des glucides ou des lipides ? (…) D’autant que nous constatons que les régimes conduisent au déséquilibre alimentaire, à des envies de sucre ou de grignotages et, en définitive, à une surcharge pondérale", écrivent les auteures dans la préface. CQFD.

    Dans Run Fast. Eat Slow, ce sont plus de 100 recettes qui sont proposées par l’ancienne médaillée olympique et l’ancienne directrice de marketing devenue cuisinière professionnelle pour le Natural Gourmet Institute for Health and Culinary Arts.

    Il y en a pour tous les goûts dans ces plats présentés par Shalane Flanagan et Elyse Kopecky : sans gluten, végétariens, végétaliens, bios et conçus si possible par des produits locaux – une précision qui prouve qu’acheter dans des circuits courts est aussi une préoccupation aux États-Unis.

    Le lecteur ne sera pas déboussolé par un ouvrage à la fois intelligent, cool et qui est tout sauf un manuel de coaching pour athlète averti. Les deux auteures précisent d’ailleurs que les recettes proposés ne mentionnent ni mesures de calories, ni décomptes de glucides, protéines et lipides. Shalane Flanagan et Elyse Kopecky se content de faire un focus sur les apports en vitamines, antioxydants ou omégas 3 contenus dans tel ou tel aliment.

    Pour le reste, pas de bavardages inutiles mais des recettes qui donnent envie de se mettre aux fourneaux, que l’on soit athlète ou non : les boulettes de bison marinée, le pesto de roquette aux noix de cajou, le crostini au chèvre, figues et thym, la salade aux nouilles soba et sauce aux cacahuètes du coureur, le poisson en papillotes au citron et aux olives ou les muffins de super-héros.

    Avec ça, peu de risque que l’après-repas se transforme en un long tunnel digestif. Il se pourrait même que vous vous sentiez l’âme d’un sportif et que vous décidiez de prendre en main votre santé et votre corps.

    Shalane Flanagan et Elyse Kopecky, Run Fast. Eat Slow, éd. Amphora, 2017, 242 p.

  • Le philosophe aux plateaux

    À quelques jours du Tour de France, Libération publie le portrait d’un coureur atypique de la Grande Boucle. Guillaume Martin, grimpeur normand de 24 ans de l’équipe belge Wanty-Groupe Gobert, peut en effet au mieux incarner l’image du "sportif intello", lui qui a signé il y a trois ans un mémoire de Master 2 en philosophie au sujet détonnant : Le sport moderne : une mise en application de la philosophie nietzschéenne ? Le journaliste Pierre Carrey consacre deux pages à ce sportif de haut niveau peu connu du grand public et qui semble incarner l’idéal du mens sana in corpore sano.

    L’ancien étudiant en philosophie à Nanterre, aujourd’hui coureur professionnel aux résultats encourageants (18e du dernier Dauphiné Libéré), fait bien mieux qu’endosser le rôle d’"intello du peloton" – un cliché utilisé il y a quelques décennies au sujet de Laurent Fignon, sous prétexte que le double vainqueur du Tour était titulaire d’un bac, aimait lire et… portait des lunettes. Guillaume Martin assume et revendique sa passion pour la philosophie : il cite Nietzsche, son auteur fétiche, pour parler du sport moderne, et en premier lieu du cyclisme professionnel. Comme le rapporte Pierre Carrey, au début du XXe siècle le sport est venu remplacer la religion après cette "mort de Dieu" proclamée par le "philosophe au marteau". Guillaume Martin considère que "La pensée de Nietzsche offre une nouvelle relation au corps et au sport, différente de l’héritage judéo-chrétien."

    Voilà donc l'auteur d'Ainsi parlait Zarathoustra convoqué pour permettre au sport de retrouver des "fondamentaux" sportifs, bien loin des travers connus des compétitions modernes (professionnalisation, dopage, financiarisation, nationalisme et comportements haineux du supporter). Le sport doit retrouver son essence profonde – et nietzschéenne : plaisir de la confrontation pacifique, désir d’affirmation de soi, dépassement de soi pour devenir un Surhomme (et non pas une "mutant" dopé aux produits de synthèse) : "Il nous a semblé que la philosophie de Nietzsche pouvait permettre de penser le sport de manière plus authentique que ne le permet la morale qui le gouverne de nos jours".

    Féru de philosophie, de savoirs et de culture autant que passionné par son sport, Guillaume Martin n’oublie pas de prévoir pour les trois semaines de la Grande Boucle de s’alimenter en livres, que le journaliste énumère : Informatique céleste de Mark Alizart, 2000 ans d’Histoire gourmande Patrice Gélinet, un récit de voyage dans les Rocheuses au début du XIXe siècle et Les Affinités électives de Goethe.

    Singulièrement, aucun ouvrage philosophique n’accompagnera les soirées du cycliste philosophe durant le Tour de France. Philosophe et écrivain car, pour brouiller encore plus les pistes, le sportif se fait aussi homme de lettres et dramaturge. Il vient d’écrire une pièce de théâtre, Platon VS Platoche, bien entendu sur son sujet de prédilection, avec en guest-star Socrate et Diogène.

    Pas de quoi cependant désarçonner ce sportif talentueux, à quelques jours du début du Tour. Guillaume Martin entend bien mettre entre parenthèses pendant quelques jours la chose philosophique contre guidons, plateaux ou dérailleurs. Cycliste perché ? Le grimpeur de la Wanty-Groupe Gobert a ce mot plein d’esprit : "Moi, nietzschéen ? N’est-ce pas contre-nietzschéen que de se dire nietzschéen ?"

    Pierre Carrey, "Guillaume Martin, le Nietzsche dans le Guidon", Libération, 27 juin 2017

  • Les jeux olympolitiques

    Alors que le compte à rebours vient de commencer avant le début des Jeux Olympiques de Rio de Janeiro, l’essai de Pascal Boniface, JO politiques (éd. Eyrolles), vient nous rappeler la tarte à la crème que constitue le discours sur l’apolitisme de la vénérable institution olympique. L’auteur, directeur de l’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) affirme en introduction le rôle géostratégique majeur (et inavoué) du CIO qui a démontré, à plusieurs reprises, son influence positive ou négative sur les nations, ne serait-ce que par l’attribution de l’organisation des jeux à tel ou tel pays.

    A ses débuts, la désignation d’une organisation tournante des JO tous les quatre ans n’est pas allée de soi. Lorsque le baron Pierre de Coubertin relance les jeux olympiques après quinze siècles de sommeil (ce n’est du reste pas la première tentative), c’est tout naturellement vers la Grèce que les regards se portent. Le pays de Périclès, très en vogue en raison de fouilles archéologiques qui passionnent le public, organise la première Olympiade en 1896. Le pays de naissance de l’olympisme souhaite, malgré le succès relatif de cette première édition, continuer à organiser les olympiades suivantes, ce que le CIO refuse. Et c’est la ville Paris qui prend la suite en 1900. En 1908, Saint-Louis organise les fameux "jeux de la honte", en raison du refus de la participation de compétiteurs noirs. La question raciale va d’ailleurs être la grande affaire du CIO pendant tout un siècle : quelques décennies après Saint-Louis, viendront les jeux décriés de 1936 à Berlin durant la période nazie, la gestion de l’Apartheid sud-africaine après 1948 ou la revendication du black power lors des JO de Mexico en 1968.

    Pascal Boniface relate les tensions géopolitiques de plus d’un siècle d’Olympisme. Il rappelle aussi que le discours du CIO au sujet de son apolitisme est, dès le départ, erroné voire "hypocrite" : lorsque Pierre de Coubertin créé les JO, "il le fait dans un but d’éducation populaire (…) afin d’aider son pays "à concurrencer l’Angleterre sur le plan sportif" mais également "insuffler aux jeunes Français un esprit de compétition, notamment afin de rattraper l’Allemagne." L’Olympisme est à demi-mot au service d’un certain patriotisme… français.

    Devenus très tôt internationaux (à Stockholm en 1912, selon l’auteur), les jeux deviennent aussi une vitrine des nations. Tous les quatre ans, les jeux constituent moins une période d’apaisement mondial qu’un lieu où peuvent s’exacerber les revendications nationalistes voire politiques : en 1928 aux JO d’Amsterdam, c’est le retour de l’Allemagne sur le devant de la scène après la parenthèse de la première guerre mondiale ; en 1936 à Berlin, Hitler fait de ces jeux populaires un outil de propagande pour le régime nazi (en dépit des performances de l'athlète noir américain Jesse Owens) ; à partir de 1952 à Helsinki, les JO sont organisés en pleine guerre froide et deviennent un terrain d’affrontement idéologique entre l’ouest et l’est ce qui sera le cas pendant quarante ans ; Munich en 1972 est marqué par l’attaque terroriste palestinienne contre des athlètes israéliens et, plus près de nous, en 2008, les JO de Pékin voient la Chine se montrer en superpuissance mondiale sportive mais aussi politique.

    Pascal Boniface s’arrête sur quelques événements majeurs pour étayer sa thèse concluante d’un CIO acteur des rivalités géopolitiques. De passionnantes pages relatent les boycotts successifs que de nombreux pays ont pu utiliser dans le cadre de l’olympisme : le boycott de Moscou en 1980 par les pays alliés des États-Unis seront suivis par ceux des pays sous sphère soviétique lors des JO de Los Angeles en 1984. Pascal Boniface rappelle également que les jeux de Pékin en 2008 voient ressurgir la question du boycott, mais sans succès car au final improductif : "L’attractivité du sport et des JO est telle qu’on est sûr de faire parler de soi en appelant au boycott."

    Véritable soft power, décrié pour son aveuglement voire sa complicité à l’égard de régimes criminels, le CIO véhicule aussi une force d’influence qui peut être positive : après 1945 en mettant la pression sur l’Afrique du Sud et son régime d’Apartheid, durant la décolonisation "comme instrument d’émancipation des colonisés", en 2008 en offrant à la Chine un moyen d’ouvrir la société civile un peu plus au monde ou en 2012 en permettant à des femmes musulmanes (certes voilées, ce qui a suscité une vive polémique) de participer à des jeux.

    Incroyable machine sportive universelle (avec son corollaire : argent, scandales, manipulations politiques, et cetera), le CIO s’affirme comme un véritable État sans frontière, renaissant tous les quatre ans pendant un mois, à chaque fois dans une ville différente.

    Malgré l’absence d’analyse des jeux d’hiver, Pascal Boniface dresse un tableau concluant de l’olympisme politique, alors que les JO de Rio s’annoncent d’ores et déjà menacés par le djihadisme international.

    Pascal Boniface, JO politiques, éd. Eyrolles, 2016, 202 p.

  • 51-49

    Terrorisme, Loi travail, crise économique, discrédit général du monde politique, pessimisme ambiant : la France avait bien besoin d'une partie de football pour retrouver une bonne dose de ferveur populaire, de sourire et d'optimisme.

    À l'heure de l'écriture de ce billets, quelques heures avant la finale de l'Euro 2016 entre la France et le Portugal, le pays de Grizemann, Pogba ou Giroud se prend à rêver d'une coupe continentale. Après le succès contre l'Allemagne en demie-finale, tous les espoirs semblent permis au point que, dans les commentaires, un résultat autre qu'une victoire paraît inimaginable. Pensez donc ! Un Portugal poussif incapable, jusqu'à ses demies-finales contre un modeste - mais surprenant - Pays de Galles, de terminer par une victoire dans le temps réglementaire s'avère bien plus à la portée des Bleus qu'une Allemagne championne du monde en titre !

    Et pourtant, c'est oublier que le Portugal est loin d'être l'invité surprise d'une compétition, à l'image d'un Pays de Galles pugnace ou d'une Islande tortionnaire d'une pathétique équipe anglaise. Le Portugal est toujours présent dans les compétitions internationales. La Seleção avait rencontré la France lors de la coupe du monde 2006 et avait été défaite par l'équipe à Zidane lors d'une demie-finale à couteaux tirés. Deux ans plus tôt, c'était sur ses terres que le Portugal avait mangé sa plus belle soupe à la grimace en perdant - sur ses terres ! - en finale d'un Euro contre la Grèce, une équipe modeste sur le papier mais qui avait réussi à déjouer Christiano Ronaldo. C'est encore Ronaldo, triple Ballon d'Or, qui sera présent ce soir pour un match qui peut s'avérer plus compliqué que prévu.

    Les Français vont croire à une victoire inespérée, mais nul doute que les joueurs portugais vont jouer leur chance jusqu'au bout. Dans une telle compétition, le 50-50 est de mise. Allez, mettons un 51-49 car il y aura bien un douzième joueur sur le terrain : nous.

    Finale de l'Euro 2016, France-Portugal, 21 heures, M6