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Bla Bla Blog - Page 3

  • Camille Pépin, sans coup férir

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    En ce 21 juin, honneur à un genre musical discret mais particulièrement passionnant : le contemporain. Et pour cette chronique, je vous ai déniché non pas une mais deux œuvres de Camille Pépin, qui s’est imposée en quelques mois comme une compositrice incontournable, à la faveur de deux albums à découvrir : Chamber Music (2017) et The Sound of Trees (2020).

    La musique contemporaine française était depuis des décennies prisonnière d’une image engoncée dans des théories et des habitudes : le sérialisme, l’aléatoire, le spectralisme, la méfiance pour l'harmonie et plus généralement les querelles de chapelle. Mais la voilà qui prouve avec Camille Pépin  (mais aussi d'autres compositeurs et compositrices) que la musique contemporaine française peut être harmonique et immédiatement attachante, sans renier pour autant à son audace formelle (le jeu de sonorités, l’apport de cultures différentes, l’influence du courant répétitif américain) comme à la paternité revendiquée avec les grands compositeurs occidentaux – Mahler, Debussy, Ravel ou Messiaen sont les grandes figures qui viennent en tête de prime abord pour ces deux opus.

    Camille Pépin avait 27 ans lorsqu’elle a proposé Chamber Music (NoMadMusic), des pièces de musique de chambre au souffle intense, et qui sont jouées par l’Ensemble Polygones, avec la mezzo-soprano Fiona McGown, la violoniste Raphaëlle Moreau et la violoncelliste Natacha Colmez-Collard.

    L’album débute avec Lyrae, une œuvre dominée par des violons implacables et torturés. Un mouvement plus lent qui scinde le morceau en deux est marqué les influences du courant répétitif américain, renvoyant à Steve Reich ou aux œuvres de Philip Glass par le Kronos Quartet, mais avec ce lyrisme tout français.

    La pierre angulaire de l’opus est Chamber music : 18 mouvements souvent très courts, ayant pour fil conducteur des cordes omniprésentes, un piano délicat et la voix mezzo-soprano de Fiona McGown, déclamant des vers de jeunesse de James Joyce (1909). Il y a une très grande cohérence dans ces pièces de Chamber Music qui sont des chants amoureux, mystiques et expressionnistes d’une très grande pureté.

    Raphaëlle Moreau est au violon pour une autre pièce, Indra : place cette fois à une musique robuste et même brutale, soutenue par des cordes tendue et nerveuses. Tout aussi sombres, les trois mouvements de Luna (Luna, Aurora et Sol) sont des mondes à eux tout seuls : des cauchemars peuplés d’êtres mystérieux et fantomatiques (Luna), parfois aériens et féeriques (Aurora), mais toujours inquiétants, menaçants et brutaux (Sol). L’album se termine avec la pièce Kono-Hana, qui semble nous réveiller d’un mauvais rêve pour nous projeter dans un univers zen, grâce au violoncelle métaphysique de Natacha Colmez-Collard.

    Compositrice incontournable pour les années à venir

    C’est pour The Sound Of Trees que Camille Pépin a reçu en début d’année une Victoire de la Musique, dans la catégorie "Compositrice de l’année". Cette pièce a été enregistrée avec l’Orchestre de Picardie dirigé par Arie van Beek par NoMadmusic. Elle est sortie quelques jours seulement avant le Grand Confinement.

    Pour cet album, à la fois audacieux, atypique et classique, Camille Pépin côtoie Claude Debussy et Lili Boulanger et s’installe déjà comme une compositrice incontournable pour les années à venir.

    The Sound Of Trees, ce sont six mouvements qui sont des hommages à la nature et aux arbres, et dont les titres renvoient aux mille et une transformations des saisons : "Paisible, boisé", "Plus lumineux, irisé", "Céleste, planant", "Entêtant, tournoyant, hypnotique", "Apaisé, boisé" et "Mystérieux, flottant."

    Autant naturaliste qu’expressionniste, Camille Pépin et l’Orchestre de Picardie, dirigé par Arie van Beek, nous entraînent dans un environnement à la fois proche de nous et féerique ("Paisible, boisé"). Mais c’est aussi un monde qui sait avoir sa part de violence ("Plus lumineux, irisé") ou de mystère ("Céleste, planant"). Olivier Messiaen avait su faire des chants d’oiseaux des pièces contemporaines merveilleuses, passionnantes et déroutantes. Camille Pépin, elle, donne vie aux arbres vivants, pluriels et colorés ("Entêtant, tournoyant, hypnotique"). The Sound Of Trees passionne par cette place laissée à la méditation ("Apaisé, boisé") et à une forme d’hommage grave à la nature ("Mystérieux, flottant").

    L’album se termine avec trois morceaux classiques, très cohérents dans leur choix. Un Hommage à Rameau et un Mouvement tirés des Images pour piano de Claude Debussy d’abord, et deux mélodies de Lili Boulanger d’autre part (D’un soir triste et D’un matin de printemps). Camille Pépin entend ainsi marcher sur les traces de géants et de géantes de la musique. Voilà qui promet de futures œuvres passionnantes, sans coup férir.

    Camille Pépin, Chamber Music, Ensemble Polygones, NoMadMusic, 2019
    Camille Pépin, The Sound of Trees, Orchestre de Picardie,
    direction Arie van Beek, NoMadMusic, 2020

    https://www.camillepepin.com
    https://www.facebook.com/camillepepincompositeure
    https://www.nomadmusic.fr/fr/label/artistes/camille-pepin

    Voir aussi : "Boulez, le maître au marteau"
    "Joue-la comme Proust"

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  • Pascal Quignard célébré pour son don à la BnF

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    La BnF célèbre le don exceptionnel que lui a consenti Pascal Quignard en 2018, en consacrant une exposition à l'auteur de Tous les matins du monde et Villa Amalia ou Les Ombres errantes, Prix Goncourt 2002.

    Une centaine de pièces, manuscrits, correspondances, photographies, peintures ou éditions rares, présentées au public pour la première fois, invitent à voyager dans l’œuvre singulière de l'une des figures incontournables des lettres françaises contemporaines.

    Exposition "Pascal Quignard. Fragments d'une écriture"
    Du 30 septembre au 29 novembre 2020
    Galerie des donateurs, BnF François-Mitterrand
    https://www.bnf.fr/fr
    http://www.gallimard.fr/Contributeurs/Pascal-Quignard

    Voir aussi : "La BnF rend hommage à Albert Uderzo"

    Pascal Quignard, Boutès Pascal Quignard, Boutès © BnF, dpt. Manuscrits, Fonds Quignard
    Pascal Quignard, Paris août 1987 © Despatin & Gobeli

    pascam quignard,bnf,don

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  • "Rock'n'Love" : extrait 2

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    Alessandro…

    C’était bien lui… C’était improbable… Irréel… Pas ici, sur mon lieu de travail, après toutes ces années…

    Et il est pour toi… Chanceuse…

    Moi, chanceuse ? C’était moins une apparition miraculeuse qu’un cauchemar…

    Lorsque je franchis la porte du bureau, Alessandro se tenait devant moi. Je me sentais écrasée par sa présence, incapable de savoir comment réagir. Fallait‑il jouer la surprise, la décontraction ou bien rester distante ? Alessandro ne semblait pas s’embarrasser de ce genre de calculs. Il planta son regard bleu dans le mien.

    — Bonjour, fit‑il simplement, comme si nous nous étions quittés la veille.

    Je reconnaissais sa voix grave et chantante, même après toutes ces années. Il s’avança vers moi avec la souplesse d’un chat. Je crus qu’il allait m’embrasser, mais il se contenta d’un salut professionnel. Sa main fine enserra délicatement mes doigts. J’étais assommée par la surprise.

    Arsène K., Rock’n’love, éd. Harlequin, coll. HQN, 2020, 237 p.
    au format numérique
    https://www.harlequin.fr/livre/13167/hqn/rock-n-love

    Voir aussi : "Mon cœur battra toujours au même rythme que le tien"
    "Rock’n’love" : extrait 1"

    Photo : VisionPic.net - Pexels

    arsène k,roman,lucrèce,mes publications mes créations

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  • Une place pour Yadam

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    Yadam n’est pas tout à fait un inconnu. Le grand public l’a découvert en 2017 dans l’émission Nouvelle Star, au cours de laquelle il est brillamment sorti deuxième.

    Safeplace est son premier album, un EP de cinq titres dans lequel le jeune homme impose une identité forte, lui qui a déjà connu mille vies, entre une naissance au Venezuela, une enfance aux États-Unis, une victoire de chant organisé par l’Alliance française en 2017, suivie d’un exil en France et une participation éclatante au célèbre télé-crochet.

    Les 5 titres proposés par Yadam, qui chante autant en anglais (The Place), qu’en français (Yadam) et en espagnol (Vacio), sa langue natale, révèlent d’abord une voix singulière, éthérée et comme venue d’un autre monde, à l’exemple de (SayYou're) sorry ("I don't wanna let you go / Tell me what I wanna know / Say you, say you / Need me").

    L’électropop de Safeplace ne craint pas le minimalisme (Yadam), pas plus que le rythme hip-hop (Empty Doors), voire le son eighties (The Place).

    Chemin personnel et artistique

    À bien d’un égard, cet EP marque la naissance d’un authentique artiste qui propose avec Safeplace bien plus qu’un galop d’essai : son album est aussi un chemin personnel et artistique, comme le prouve le morceau Empty Doors ou le titre intégral de l’album (Safeplace : a true story by Yadam).

    Après un parcours particulièrement riche, il semble bien que ce soit la France et Paris que l’artiste ait choisi pour faire sa place – grâce à l’appui de confrères et consœurs (Lolo Zouaï, Ibeyi, Woodkid ou Rosalia) mais aussi d’une communauté de fans déjà importante. Un espoir que Yadam chante ainsi : "Paname, ce soir je me sens ivre / Je sens que j’ai le droit de vivre / Peut-être qu’il y a bien une étoile / Qui veille sur nous."

    C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

    Yadam, Safeplace : a true story by Yadam, EP, CCS4AM, 2020
    https://www.facebook.com/YadamAndres

    Voir aussi : "Mâle assurance"

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  • Emmanuelle Jary, au four et au moulin

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    Je me disais il y a peu cela faisait quelques mois que je ne vous avais pas parlé de gastronomie. D’où cette chronique aujourd’hui, qui s’intéresse à un site culinaire, C’est meilleur quand c’est bon.

    Cette chaîne Youtube a été créée il y a trois ans par Emmanuelle Jary. Elle est aux manettes de ces vidéos de quelques minutes, toutes dédiées à la bonne bouffe, aux restaurants, aux bistrots et autres troquets. Les métiers traditionnels sont tout autant mis à l’honneur : traiteurs, poissonniers, bouchers, épiciers, et bien sûr cuistots.

    Emmanuelle Jary nous propose de découvrir de bonnes tables, avec le cameraman, Mathieu en interlocuteur "candide", comme le précise la chroniqueuse dans une interview pour le magazine Le Monde de l’épicerie (mai 2020).

    Emmanuelle Jary est une bourlingueuse nous entraînant autant à la découverte d’adresses parisiennes (Les Pantins, en banlieue, le Bistrot du Maquis d’André le Letty, ancien sous-chef de la Tour d'Argent ou Chez Erwan à Bourdonnée dans les Yvelines), qu’en Province (Le lac sauvage dans le Cantal, où le chef vous propose de cuisiner votre propre truite (sic), L'Argot, à la fois boucherie traditionnelle et restaurant ou la Maison Marlas, une conserverie spécialisée dans le magret de canard).

    Bourlingueuse

    L’influenceuse nous propose une visite de lieux prestigieux comme Chez Savy, une brasserie depuis 1923 "qui fait de la résistance" ou au célèbre Train Bleu de la Gare de Lyon.

    À ne pas manquer, la vidéo Chez Alain Miam Miam, au marché des Enfants Rouges : au menu, des sandwichs, des légumes, du jambon, du pastrami, du fromage "et beaucoup de cœur", tout cela par un art thérapeuthe devenu restaurateur. Comme quoi, les parcours professionnels... 

    Plusieurs émissions nous entraînent de l’autre côté des frontières, par exemple à New York, en Sicile ou à Copenhague, au restaurant d’Andreas Møller (à ne pas confondre toutefois avec le joueur de football allemand !).

    La dernière vidéo en date a été tournée à Belleville, au Profil grec, une adresse méconnue où l’on peut trouver des spécialités méditerranéennes : olives noires, huile d’olive artisanale, miel, pistaches de l’île d’Egine, féta ou poutargue.

    Vous me direz : avec les trois mois de confinement et la fermeture des restaurants, Emmanuelle Jary n’a pas dû avoir l’occasion de continuer sa chaîne. Détrompez-vous, car la journaliste passionnée en a profité pour se mettre elle-même derrière ses fourneaux pour des recettes simples, traditionnelles et parfois étonnantes : lasagnes, ossobucco, cake banane citron... et même des nids d’hirondelle.

    C'est meilleur quand c'est bon, Youtube
    https://cestmeilleurquandcestbon.com

    https://www.facebook.com/cestmeilleurquandcestbon

    Voir aussi : "Feu sur l'omelette de La Mère Poulard"

    © Emmanuelle Jary – C’est meilleur quand c’est bon

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  • Arsène K sur les réseaux sociaux

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    arsène k,roman,lucrèce,mes publications mes créationsRock’n’love d’Arsène K. sort bientôt au format numérique chez Harlequin.

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    Arsène K., Rock’n’love, éd. Harlequin, coll. HQN, 2020, 237 p.
    au format numérique

    @ArsneK1 
    https://www.facebook.com/Ars%C3%A8ne-K-Auteur
    https://www.harlequin.fr/livre/13167/hqn/rock-n-love

    Voir aussi : "Mon cœur battra toujours au même rythme que le tien"

    arsène k,roman,lucrèce,mes publications mes créations

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  • Comment dit-on "Colombe blanche" en langue des signes ?

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    Si vous regardez attentivement cette chronique, vous verrez qu’il n’est pas fait mention d’une pagination pour l’ouvrage présenté dans cette chronique.

    En effet, Colombe Blanche (éd. Les Grandes Personne) se présente comme un livre accordéon, se dépliant en longueur mais en recto-verso. Il s’agit d’un ouvrage d’illustration, se présentant comme un "livre-poème" créé en langue des signes, comme le précisent les auteurs, la dessinatrice Pénélope et Levent Beskardes, poète, comédien et metteur en scène sourd. Tous deux avaient déjà collaboré pour un précédent ouvrage, Amour… rouge, qui était lui aussi sur le langage des signes.

    "Nuage blanc", "neige", "ours blanc", "panthère noire", "araignée", "chauve-souris", "feux d’artifice" : le blanc et le noir servent de fil conducteur pour le livre qui joue sur cette dualité. Un recto pour le blanc, et un verso pour le noir. Ou inversement. Pénélope présente ainsi cet ouvrage : "Je veux créer des oppositions entre le blanc et le noir, le positif et le négatif, renforcées par des accents de brillance ton sur ton, en contraste avec la matité du papier, pour terminer par une explosion polychrome."

    Un remarquable travail artistique, pédagogique et éditorial

    Un remarquable travail artistique, pédagogique mais aussi éditorial, proposé par les éditions des Grandes Personnes, dont il faut absoulment saluer ici la constance et l’implication.

    Pour l’ouvrage de Pénélope et Levent Beskardès, les pages se déplient en accordéon, dévoilant en images des mots et des dessins, qui sont surtout des illustrations pour faire découvrir le langage des signes.

    Colombe Blanche est le 4e ouvrage de Pénélope en langue des signes, après Des Mains pour dire Je t’aime, Parle avec les Mains et - nous l'avons dit - Amour … Rouge, des livres réalisés depuis 2012 avec l’aide de Monique Gendrot interprète de l’INJS (Institut National des Jeunes Sourds) de Paris. "J’ai réalisé ces 2 derniers titres avec Levent Beskardès, comédien-poète sourd : Après les poèmes sur les couleurs rouge et  bleu, aborder la notion du blanc et du noir s’est imposé à moi de façon évidente", ajoute Pénélope.

    La sortie de Colombe blanche sera accompagnée bientôt de plusieurs expositions de dessins originaux, d’un spectacle de poèmes en langue des signes, d’interventions, d’ateliers en langue des signes et d’une vidéo accessible sur le site des Grandes Personnes en septembre 2020.

    Levent Beskardès et Pénélope, Colombe Blanche, éd. Les Grandes Personnes, 2020
    http://www.editionsdesgrandespersonnes.com

    Voir aussi : "Des expressions plein la musette"

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  • Ricki ou la belle vie

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    Je dois vous avouer que jusqu'à cette chronique de L’‎Œil du frigo, Ricki and the Flash était complètement passé sous mes radars. Pour autant, ce film incompris a toutes les qualités : un drame sur le rock, avec Meryl Streep dans le rôle-titre, et une réalisation par Jonathan Demme, dont il s'agissait de son dernier film avant son décès en 2017, deux ans plus tard. Portrait d'une artiste incomprise, de retour dans sa vie d'avant.    

    Ricki, est une star de rock perdue et qui n'a jamais trouvé le chemin de la gloire. Pour sa passion elle a abandonné ses trois enfants et joue dans un bar miteux sans envergure.

    Elle est appelée à la rescousse par son ex mari pour secouer sa fille qui est en période suicidaire. Un ex-mari qui est plein aux as et dont la maison est digne d 'être publiée dans les plus grands magazines de déco intérieur. Ricki découvre alors un frigo congélateur magnifique. Rempli jusqu'à la gorge, où tout est rangé à sa place. Elle n'en revient pas. Le frigo est annoncé dans cette séquence comme un coffre fort. Elle l'ouvre et le monde s'illumine. Un retour de mère en perdition qui après avoir humé des herbes (de vraies herbes qui font décoller) dans le congélateur va se remettre en chemin vers sa fille trompée, délaissée abandonnée en pleine histoire d'amour par un mari adulescent.

    Evidemment elle va en découdre avec ses enfant. Ils ne lui pardonnent pas son départ pour la musique, cet abandon pour vivre en transe, paumée, fauchée, déglinguée mais - ô, combien ! - vivante. Ce frigo relance la vie : tout y est. Il y aurait trop à dire pour le décrire, mais rien que le nombre d’œufs dans la porte et on comprend combien ce faiseur de froid est un lieu central de cette famille complètement éclatée. Le frigo pour soigner les âmes en perdition pour casser des œufs, faire des omelettes et au final partager une bonne bouteille de lait ou autres friandises.

    Si demain vous êtes en perdition, et que votre frigo est vide. Appliquez cette recette que le cinéma de Jonathan Demme nous apprend :

    1/ Passer une commande et remplissez votre frigo à bloc, et n'oubliez pas les œufs. Ressortez votre guitare du placard (ou votre flûte à bec).

    2/ Trouvez vous une bonne playlist de musique dinguement décalée.

    3/ Appelez au téléphone (pas de SMS, please) un homme, une femme perdue de vue avec qui vous avez transcendez le monde un jour.

    4/ Invitez le/la et videz le frigo, soyez ringard, vintage jusqu'à ce que la mort de ce malaise s'en suive...

    PS : ne pas hésiter à recommencer en cas d'échec. ;)

    ODF

    Ricki and the Flash, drame américain de Jonathan Demme
    avec Meryl Streep, Mamie Gummer, Kevin Kline et Ben Platt,
    2015, 101 mn

    Voir aussi : "L’‎Œil du Frigo débarque sur Bla Bla Blog"
    "Ricki And The Flash Frigo"
     

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  • "Rock’n’love" : extrait 1

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    Je pensais à mon métier d’avocate, au prétoire, à mes talents reconnus de plaideuse. J’avais défendu avec succès des voleurs à la tire, des escrocs professionnels et des maris prenant leur femme pour des punching-balls, mais j’étais incapable de maîtriser une dispute ordinaire dans ma propre maison.

    — Quel est ton projet, exactement ?

    Plus calme, la voix de Nina redescendit de quelques octaves.

    — Partir.

    Arsène K., Rock’n’love, éd. Harlequin, coll. HQN, 2020, 237 p.,
    au format numérique

    https://www.harlequin.fr/livre/13167/hqn/rock-n-love

    Voir aussi : "Mon cœur battra toujours au même rythme que le tien"

    Photo : Daria Shavtsova - Pexels

    arsène k,roman,lucrèce,mes publications mes créations

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  • Quand je pense à la vieille Anglaise

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    C’est une adaptation brillante que je vous invite à découvrir : celle de La Maison biscornue, un roman policier méconnu et d’une rare cruauté d’Agatha Christie. Ce téléfilm britannique a été réalisé par un Français, Gilles Paquet-Brenner, avec au scénario Julian Fellowes. Le nom ne vous dit peut-être rien. Il s’agit pourtant du showrunner de la série Dowton Abbey. Il fallait bien ce talent pour mettre en image l’une des œuvres géniales de la vieille dame anglaise, devenue la papesse du crime.

    À la fin des années 40, L’homme d’affaire et célébrité Aristide Leonides a été tué chez lui, dans sa grande demeure, que la romancière britannique décrit ainsi : "C’était, là je le compris tout de suite, non pas une villa anglaise mais… un château manqué." Une maison biscornue (Crooked House) donc.

    L’enquêteur Charles Hayward est chargée par Sophia Leonides, la petite fille du millionnaire, de retrouver l’assassin. Le détective ne peut rien refuser à la jeune femme, avec qui il a eu une brève relation quelques années plus tôt en Égypte. Rapidement, les soupçons se portent sur les membres de la famille.

    Un château manqué

    Il y a Lady Edith de Havilland, la belle-sœur d’Aristide. Il ne faut pas oublier les filles et les belles-filles du tyrannique vieillard, sans oublier ses petits enfants, Josephine et Eustace et la veuve éplorée, Magda Leonides. Qui a donc empoisonné Aristide Leonides, et pourquoi, car le vieil homme gardait des secrets ?

    Je m‘arrête là sur l’intrigue qui aboutit, on s’en doute, à la découverte par le détective sans peur et (presque) sans reproche du, de la ou des coupables. Les fans de films d’époque se régaleront avec l’ambiance, les décors, les costumes et les coiffures de ce téléfilm d’une belle qualité, à la facture certes classique. Au scénario, Julian Fellowes a fait merveille pour adapter le policier d’Agatha Christie.

    Au casting, le spectateur découvrira un joli gratin. Glenn Close tient le rôle de la doyenne caustique et rude. Christina Hendricks, qui avait explosé dans Mad Men, est Brenda, la deuxième épouse du businessman, submergée par le chagrin (si tant est que ce n'est pas de la comédie). Sans oublier Gillian Anderson, méconnaissable en Magda Leonides, belle-fille illuminée autant qu'incomprise.   

    La Maison biscornue est à voir en ce moment sur Canal+.

    La Maison biscornue, téléfilm policier anglais de Gilles Paquet-Brenner, scénario de Julian Fellowes, avec Max Irons, Stéfanie Martini, Glenn Close, Honor Kneafsey, Christina Hendricks, Terence Stamp, Julian Sands, Gillian Anderson, Christian McKay, Amanda Abbington et Preston Nyman, 2017, sur Canal+
    Agatha Christie, La Maison biscornue, éd. Club des Masques, 1951, 189 p.
    https://www.canalplus.com/telefilms/la-maison-biscornue

    Voir aussi : "Maîtres et serviteurs à Downton Abbey"

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  • Mâle assurance

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    Mystic Señor est le troisième album d’un cycle de cinq, proposé par Sam Franck Blunier. Une pentalogie que l’artiste a fort justement nommée The Five Album Concept. Cette démarche artistique ambitieuse est à saluer pour un artiste qui manie avec justesse chanson française, pop et rock. Après les deux premiers volets, Il fait beau (2015) et Des Filles (2016), voici donc, cette année, Mystic Señor, un album qui frappe autant par son spleen pop-rock, sa masculinité fragile que par sa poésie.

    L’auditeur y trouvera la marque de brillantes références, à commencer par Alain Bashung dans le premier titre, Évidemment : "Et rien ne s’oppose à l’amour / Plus rien ne s’oppose à l’amour."

    Le titre Le verbe, plus enlevé, délaisse l'hommage appuyé pour l'auteur de Résident de la République au profit d’une démarche plus originale surfant du côté de la pop à la fois rugueuse et insolente d'un Patrick Coutin : "On m’a dit moche / J’ai dit tant mieux / On m’a dit croche / J’ai dit fuck off."

    Électro-poèmes

    "Le verbe est plus important que nous / Le verbe est plus important que tout", chante Sam Franck Blunier dans un troisième opus où le désabusement affleure à chaque note et chaque mot : l’aliénation de l’amour (Poings liés), l’anticonformisme (Le verbe), l’absurdité de l’existence (Des questions). Mais il y aussi ces éclairs d’espoir, d’amour et de spiritualité (d'où, bien sûr, le titre de l'album), à l’exemple du Verbe et de ses Électro-poèmes : La prière des mots, Le Beau et Les mains des hommes.

    Les mots du chanteur sont portés par une voix à la mâle assurance, sombre et faussement détachée. Mystic Señor est l’album d’un noctambule, et à certains égards gothique. Avec Salut beauté, nous voilà dans un pop-rock XIXe et baudelairien à la sèche beauté : "Salut Beauté inouïe, est-ce toi qui nous porte ? / Beauté si fragile / Je sais bien que tu m’attends, au-delà des vallées et des cimes, / Par delà les lacs et les toits de tuile."

    Quand on pensait le chanteur perdu dans des volutes de fumée de nuits au Palace le voilà pris dans une ballade, Fragile, qu'une chanteuse comme Françoise Hardy pourrait interpréter avec la même fragilité, justement.

    Sam Franck Blunier, Mystic Señor, 33 Novembre – Évasion Music, 2020
    https://www.samfrank-blunier.com

    Voir aussi : "L’âme de fond"

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  • Le paradis d'Hollywood

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    Des louanges ont été dressées pour la série Hollywood, créée par Ryan Murphy et Ian Brennan. Une vraie superproduction, particulièrement soignée, à la gloire de l’Âge d’Or d’Hollywood. Des années 30 aux années 50, le pouls du cinéma mondial bat du côté de Los Angeles. C’est le règne du divertissement, des films à gros budget, des nouveautés techniques (cinémascope, films parlants, couleur) mais aussi du star system. Les vedettes de l'époque se nomment Buster Keaton, Louise Brooks, Charlie Chaplin, Paulette Goddard, Franck Cappra, Marlene Dietrich ou George Cukor, et les chefs d’œuvre se multiplient : Le Kid, Citizen Kane, Autant en emporte le Vent ou Freaks. Après la seconde guerre mondiale, cependant, l’étoile de Hollywood commence à pâlir, et c’est justement le thème de la série que propose Netflix.

    Démobilisé après avoir servi sous les drapeaux en Europe, Jack Castello (David Corenswet) s’est installée avec sa femme enceinte à Los Angeles, où il rêve de gloire et de percer dans le cinéma. Désargenté, il traîne ses espoirs entre les salles obscures et les studios de la prestigieuse compagnie Ace, à la recherche d’un petit rôle. Il finit par se faire alpaguer par un certain Ernie (Dylan McDermott), qui le remarque pour son physique avenant. L’homme, qui dirige une station-service, lui propose de travailler dans son établissement, qui est aussi et surtout un lieu couru du proxénétisme (plus poétiquement appelé "paradis" par Ernie). Jack accepte de se prostituer pour le gratin de Hollywood, ce qui va lui ouvrir bien des portes. En route vers le succès, il croise la route d’autres jeunes ambitieux: le metteur en scène Raymond Ainsley (Darren Criss), le scénariste Archie Coleman (Jeremy Pope), les actrices Claire Wood (Samara Weaving) et Camille Washington (Laura Harrier), mais aussi le jeune premier Rock Hudson (magnifique Jake Picking !).

    Un gros bémol

    Il y a du bon et du moins bon dans cette série brillante, clinquante et à bien des égards très enlevée. Les showrunners ont mis le paquet pour reconstituer cet Hollywood d’après-guerre : costumes, décors, coiffures, reconstitutions des studios et scènes tournées en noir et blanc. L’hommage est presque à chaque image de ce qui reste un superbe hommage à une époque révolue, pour le meilleur et pour le pire.

    Car, loin d’être une reconstitution dithyrambique de cet âge d’or, les créateurs ont choisi de tirer à boulet rouge sur l’hypocrisie qui régnait à Hollywood. Racisme, machisme, homosexualité refoulée ou condamnée : les acteurs doivent se battre avec leurs armes pour faire valoir leur talent, quelque soit leur couleur de peau, leur sexe ou leur sexualité. Les artistes et producteurs, en marge - ou tout simplement ignorées - s’associent pour monter un film, Meg, écrit par un scénariste noir (et gay), Archie, et réalisé par le cinéaste métis Raymond, avec une actrice noire, Camille Washington, lorgnant le premier rôle, sans oublier un acteur gay tout juste débutant, un certain Rock Hudson. Pour financer ce film, la société Ace voit débarquer par accident une femme, devenue fortuitement productrice : Meg pourra-t-il être tourné ? Et quel accueil va-t-on lui faire ? 

    Hollywood séduit pour cette manière de montrer comme jamais cette facette de "la machine à divertissement", grâce à des personnages très forts, purement fictifs ou alors inspirés par des vraies vedettes (Rock Hudson, bien sûr, mais aussi Hattie McDaniel ou Anna May Wong).

    Il y a pourtant un gros bémol dans cette série qui, dans les derniers épisodes, fait le choix du happy-end, en refaisant notamment l’histoire des oscars, grâce à un savant mixte entre les cérémonies de 1947 et de 1948. Shocking ! Ainsi, les passionné·e·s de cinéma remettront à la bonne année les récompenses des films Miracle sur la 34e rue (1947) et Sang et Or (1948), rassemblés pour les besoins de la série dans la même soirée. On pourra y voir une facilité de scénariste ou une facétie destinée à laisser passer un message. À vous de décider.

    Hollywood, série dramatique américaine de Ryan Murphy et Ian Brennan,
    avec David Corenswet, Darren Criss, Laura Harrier, Darren Criss,
    Joe Mantello, Samara Weaving, Jeremy Pope,
    et Dylan McDermott, saison 1, 7 épisodes, Netflix

    https://www.netflix.com/fr/title/81088617

    Voir aussi : "Cours, Etsy, cours"

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  • Mon cœur battra toujours au même rythme que le tien

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    Sortie prochaine de Rock’n’love d'Arsène K., chez Harlequin au format nuémrique

    De sa carrière de brillante avocate à son quotidien de maman dévouée, Lucrèce a toujours réglé sa vie comme du papier à musique. Sans l’ombre d’un doute, cet équilibre était la clé de son bonheur. Mais, en quelques jours à peine, celui-ci a volé en éclats. Alors que sa fille a fugué sans laisser de trace, son ex-petit ami, Alessandro, réapparaît sans prévenir. Ce chanteur célèbre au corps d’Apollon, à qui elle n’a pas parlé depuis vingt ans, est empêtré dans une affaire de plagiat qu’elle seule peut démêler. Prête à le défendre, Lucrèce doit pourtant rester prudente. Car, elle le sait, si elle se laisse de nouveau charmer par le rockeur, la partition qui accordait sa vie ne sera plus jamais la même.

    Rock’n’love paraîtra chez Harlequin au format numérique à partir du 1er juillet 2020.

    Arsène K., Rock’n’love, éd. Harlequin, coll. HQN, 2020, 237 p.
    au format numérique

    https://www.harlequin.fr/livre/13167/hqn/rock-n-love

    Voir aussi : "Sortie de mon prochain roman sous le pseudo d’Arsène K."

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  • L’âme de fond

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    On aime l’univers de MoonCCat, musicien, photographe et poète assumant à 200 % un dandysme qui se serait transporté en plein XXIe siècle. Un style fin de siècle donc, mêlant textes saturniens et musque pop-rock, à mi-chemin entre Jim Morrison (Shoot The Poet) et lo-fi nighties (Sanatorium Europa). L’artiste le dit à sa manière sur son site : "Musicien, photographe et écrivain, MoonCCat a été le premier voyageur temporel à essayer la machine à explorer le temps de H.G. Wells en 1895. Elle l'a conduit au XXIème siècle sans possibilité de retour."

    MoonCCat revient avec Forget Me Knot, album autoproduit, sombre mais traversé aussi de brillants éclats de lumière. Ce côté romantique noir, le chanteur l’assume avec un bel aplomb, en mettant en musique les vers de Gérard de Nerval (Vers dorés), de Baudelaire (Baudelaire 20 décembre 1855) et même... d’Alphonse Daudet (L’oiseau bleu). Disons aussi que les influences du chanteur sont à chercher autant du côté de Rimbaud ou Verlaine Edgar Alan Poe que de celui de Bram Stoker ou de Hermann Hesse.

    MoonCCat est également au texte dans des titres tout autant convaincants et acides : Le voyage ("Il ne faut pas regretter / Ce que la vie nous offre / Il ne faut pas penser que ce n’est pas assez… / Il ne faut pas espérer que les choses s’améliorent"), Le chat Haret, L’idole ou Ton souvenir.

    Comme s'il était catapulté dans notre époque, MoonCCat y apporte sa part de mystère, mêlant, dans un album résolument rock, mâtinée de pop eighties (Baudelaire 20 décembre 1855, L’idole), du mysticisme (Le chat Haret), du désespoir (Le voyage), de sensualité (Morganella Morganii qui "provoque des incendies"), de la poésie (Shoot the poet) et du gothique éclatant de lyrisme (Shadow, L’obscurité des nuits).

    "Le premier voyageur temporel à essayer la machine à explorer le temps de H.G. Wells"

    Dans cet album d’une belle cohérence figure un morceau énigmatique. Avec Sanatorium Europa, le plus dandy des chanteurs nous transporte dans l’Europe des années 20, sur la trace de Thomas Mann et d’Herman Hesse, lors de son séjour à Monte Verità. Explication de texte par MoonCCat lui-même : "Si les deux auteurs allemands sont peut-être familiers à certains, notamment Thomas Mann et sa Montagne Magique, Monte Verità ne doit pas dire grand chose à grand monde car il s'agit d'une expérience communautaire assez étrange et aujourd'hui oubliée qui a eu lieu au début du XXe siècle en Suisse… Six jeunes gens de bonne famille se sont effectivement lancés dans une aventure unique en son genre : quitter la société moderne dont ils étaient dégoûtés pour créer un nouveau mode de vie destiné à retourner au plus proche de la nature en construisant de toutes pièces un village autarcique auto suffisant qui réunira artistes, peintres, danseurs, chorégraphes, occultistes, anarchistes, bref, une population très éclectique, en recherche d'authenticité. Le village s'éleva à Monte Verità, "la montagne de la vérité", à Ascona en Suisse… C'est une utopie communautaire qui s'est construite et a perduré durant une vingtaine d'années. Elle a brassé de grands noms comme Hermann Hesse, Carl Jung ou Isadora Duncan, entre autre… Le titre raconte le séjour de Hermann Hesse dans ce lieu hors norme. Il ne raconte pas sa rencontre avec un prophète étrange qui à ce moment là, avait quitté la communauté pour vivre en ermite dans une grotte : l'étrange Gustö Gräser, qui fut pour lui une rencontre déterminante et a certainement joué un rôle dans ses romans initiatiques comme Demian et Le Loup des Steppes, avec qui Gräser avait certains traits en commun…"

    Sanatorium Europa est une vraie singularité dans un album à l’empreinte XIXe siècle, sombre, beau, érudit et douloureux : "J’ai dans mon cœur un oiseau bleu, / Une charmante créature, / Si mignonne que sa ceinture / N’a pas l’épaisseur d’un cheveu… / Et son bec fin comme une lame, / En continuant son chemin, / M’est entré jusqu’au fond de l’âme."

    MoonCCat, Forget Me Knot, autoproduit, 2020
    https://moonccat.bandcamp.com/album/forget-me-knot
    https://moonccat.weebly.com

    Voir aussi : "C’est le plus dandy des albums"

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  • Point de salut

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    Appréhender le premier roman de Valérian Guillaume, Nul si découvert (éd. De l’Olivier) peut rebuter, en raison du double choix stylistique de l’auteur : proposer le long discours intérieur d’un narrateur sous la forme de phrases sans ponctuation.

    Certes la forme n’est pas une nouveauté (que l’on pense à L’Automne du Patriarche de Gabriel García Márquez), mais cela reste tout de même suffisamment rare pour le signaler et pour décontenancer le lecteur. Quant au monologue à la Molly Bloom, s’il nous plonge dans le cerveau du narrateur grâce à ces flow de pensées, il a la particularité de nous donner peu d’informations sur lui. Tout juste sait-on que ce narrateur pour le moins déséquilibré est un jeune homme issu d’un milieu défavorisé, vivant seul (sa mère est morte et ses cendres sont conservée chez lui dans une urne), et dont les journées se passent essentiellement au cœur d’une cité sans âme.

    C’est là justement la grande puissance de ce roman qui met le style au service d’un message sur notre monde contemporain, à plus d’un égard déshumanisé.

    Cette déshumanisation est en effet au cœur du propos de Valérian Guillaume qui propose ici son premier roman. Il faut noter à ce sujet que l’artiste est également dramaturge (Désirades, Eclipses – et c’était quand même très bon, La Course), acteur (Les Oubliés de Julie Bertin et de Jade Herbulot à la Comédie Française), mais aussi scénariste pour la bande dessinée (prix Jeunes Talents 2018 du Festival International d’Angoulême avec le dessinateur Thibault Le Page).

    Un roman qui met le style au service d’un message sur notre monde contemporain

    Nul si découvert est une plongée dans un coin de France comme il en existe des milliers, avec ces zones périurbaines, ces parkings immenses, ces centres commerciaux sans âme et ses enseignes franchisées. Un de ces habitants, ce jeune homme paumé, vit là, se contentant de cet environnement froid, y voyant même une forme de poésie : "le complexe vient d’ouvrir il y a à peine deux mois c’était long mais ça en valait la peine parce que tout est hyper neuf et très joli il y a même des palmiers tropicaux à l’entrée ce qui fait que c’est vraiment immersif tout est éclairé avec une lumière bleu foncé et des étoiles de mer des dauphins et des baleineaux sont suspendus au plafond ce qui fait qu’on entre dans LaBaleine comme on entre dans une histoire."

    Une "petite vie" bien à lui, comme il le dit lui-même, avec ces longues promenades au milieu de rayonnages de biens de consommation, mais aussi ces instants de bonheur, lorsque par exemple il croise au centre nautique une jeune caissière, Leslie, qui finit par l'obséder : "j’imaginais Leslie partout dans la douceur j’imaginais Leslie de toutes les façons avec des coupes marrantes et des tenues charmantes le matin est le temps de l’invention et du ravissement." De trop brefs moments de plaisirs, vains en réalité, car tout est morne, gris ou tout simplement noir dans cet univers de PMU sordides, de rayons d’hypermarchés vendant quelques mirages de plaisir (que l’on pense à la grinçante scène de l’opération commerciale pour un jeu-concours), de prétendus amis et surtout de solitude abyssale.

    La détresse du personnage est à chaque page de cet impitoyable roman. Un roman aussi et surtout sur l’abandon : abandon de la mère, abandon du jeune homme dans une zone déshumanisée, abandon même de sa personnalité lorsque son "démon" prend le dessus sur lui.

    Valérian Guillaume déroule, impitoyable, son message pour sauver ce qui peut l’être dans notre société de consommation. Il le fait avec une écriture qui abandonne elle aussi toute ponctuation, comme s’il y avait un caractère d’urgence dans ce court roman, cinglant comme une gifle.

    Nul si découvert a été le lauréat de l'aide nationale à la création de texte dramatique – ARTCENA et sélection du prix Première de la RTBF et prix du premier roman de printemps 2020.

    Valérian Guillaume, Nul si découvert, éd. De l’Olivier, 2020, 127 p.
    http://www.editionsdelolivier.fr/catalogue/9782823615982-nul-si-decouvert
    https://www.artcena.fr/auteurs-soutenus/valerian-guillaume

    Voir aussi : "Les veilleurs immobiles"

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