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Bla Bla Blog - Page 4

  • Margot T, Vict’rock Hugo et les autres

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    À l'écoute de T’M, un autre artiste tombe sous le sens : MoonCCat. Comme elle, le plus dandy des chanteurs se nourrit de textes XIXe siècle pour en proposer une lecture pop-rock sombre, et comme visitée par les esprits de Rimbaud, Baudelaire, Musset et Hugo.

    Ici, c’est T’M qui se colle à l’exercice, preuve que malgré les années et la reconnaissance d’écrivains étudiés dans les manuels scolaires, les textes de ces classiques n’ont rien perdu de leur vie et de leurs qualités subversives. La musicienne se jette comme une affamée sur ces textes du XIXe siècle, donnant à ces classiques ce mélange de dénuement, d’urgence et d’audace.

    T’M c’est Margot Turbil, aux commandes de ce groupe qui n’en est pas vraiment un, ou plutôt qui est sans cesse en évolution. La musicienne entend construire un work in progress qui viendrait chercher ses influences auprès de la scène rock, pop ou jazz. C’est d’ailleurs du jazz que vient Timothée Ledu qui a travaillé avec la chanteuse sur les premiers morceaux déjà disponibles en ligne: "On compose toujours à plusieurs et j'aime mettre en avant aussi les musiciens qui m'accompagne. Comme un peu les collectifs" explique-t-elle.

    Pour la Comédie en 3 Baisers d’Arthur Rimbaud, Margot T épouse l’esprit de ce poème sensuel, cette histoire d’une étreinte surprenant une jeune fille fille. La chanteuse déshabille littéralement Rimbaud et l’érotise dans un esprit rock malicieux qui n’est pas sans renvoyer au Gainsbourg période Love on The Beat: "Pauvrets palpitants sous ma lèvre / Je baisai doucement ses yeux / Elle jeta sa tête mièvre / En arrière : « Oh c’est encor mieux !… / « Monsieur, j’ai deux mots à te dire… » / Je lui jetai le reste au sein / Dans un baiser, qui la fit rire."

    La chanteuse déshabille littéralement Rimbaud

    Invoquer le Gainsbourg des dernières années a du sens si l’on s’arrête au choix du talk-over de T’M dans Perdican. Le Perdican en question est le personnage de la pièce de Musset, On ne badine pas avec l’Amour, et c’est du reste lui qui parle dans une des plus célèbres tirades de la pièce de 1834. Perdigan exprime sans l’avouer explicitement son amour pour Camille, amour qui semble se dérober en raison des craintes de la jeune femme de devoir souffrir. Margot Turbil choisit le parlé-chanté et une orchestration minimaliste pour scander les mots de Perdican, plus actuels que jamais: "Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux ou lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé."

    Pour Spleen de Charles Baudelaire, c’est un rock électrique que T’M adopte dans à ce poème à la facture d’un chant funèbre. Grâce à Margot T, plus théâtrale que jamais, Spleen perd ses atours académiques pour revenir à ses origines : un texte sombre, gothique et fin de siècle. "Et de longs corbillards, sans tambours ni musique, / Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir, / Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique, / Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir."

    Qui aurait dit que Victor Hugo, lui aussi, pouvait être rock ? La preuve est cette troisième adaptation musicale en ligne, Cette nuit, il pleuvait. Margot Turbil slame plus que déclame cet extrait des Châtiments, avec cet esprit rock rugueux qui lui va à merveille : "Cette nuit, il pleuvait, la marée était haute, / Un brouillard lourd et gris couvrait toute la côte, / Les brisants aboyaient comme des chiens, le flot / Aux pleurs du ciel profond joignait son noir sanglot, / L’infini secouait et mêlait dans son urne / Les sombres tournoiements de l’abîme nocturne ; / Les bouches de la nuit semblaient rugir dans l’air."

    Sans nul doute, l’esprit de Victor Hugo, comme ceux de Baudelaire, Rimbaud et Musset se sont réincarnés malicieusement grâce à une artiste rock et électrique.

    T’M, sur Youtube, 2019
    Page Facebook

    Voir aussi : "C’est le plus dandy des albums"

    © Margot T.

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  • Conte de la folie ordinaire

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    Quelques minutes suffisent pour lire cette Histoire du Rapt, bande dessinée que Nicolas Le Bault a conçu de A à Z. Nicolas Le Bault : cet artiste underground nous avait tapé dans l’œil avec son roman graphique inclassable La Fille-Miroir. Nous l’avions ensuite suivi dans le projet White Rabbit Dream, production collective mêlant dessins, photos et textes.

    Cette fois, c’est seul que Nicolas Le Bault a écrit et dessiné cette Histoire du Rapt, creusant un peu plus l’univers d’un artiste tourmentant ses personnages, avec une force cathartique qui n’appartient qu’à lui.

    Cette BD au format nouvelle s’apparente à un conte horrifique dans lequel l’enfance est la première victime. Il y a du David Lynch, du Sade, du Bukowski, du Tim Burton, mais aussi un peu de La Nuit du Chasseur dans cette histoire contant un secret d’adultes – bien qu’il ne soit que partiellement dévoilé – découvert par un garçon qui sera confronté à l’interdit mais aussi à la mort.

    Nicolas Le Bault a particulièrement soigné cette nouvelle dessinée, que ce soit dans le texte et dans le dessin. Sa patte est reconnaissable : personnages naïfs dessinés comme les poupées de notre enfance, visages expressionnistes bien trop joyeux pour être honnêtes, couleurs appuyées. L’univers enfantin n’est qu’un décor factice derrière lequel se cache l’odieux, la folie et l’inceste.

    Petit à petit, l’œuvre graphique de Nicolas Le Bault construit un univers terrible, poétique et passionnant à découvrir.

    Nicolas Le Bault, Histoire du Rapt, Pool of Years, White Rabbit Prod, 2019, 16 p.
    https://www.whiterabbitprod.com

    Voir aussi : "White Rabbit Dream, transgressif et sensible"

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  • Gloire aux liquidateurs

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    C’est la série du moment, celle que la critique encense et qui est en passe de s’imposer devant des créations aussi populaire que Game of Thrones et Breaking Bad. Chernobyl, mini-série britannique et américaine, a pourtant tout pour rebuter : sujet sombre, réalisation austère, décors gris et visages quasi mortuaires. Le parti-pris classique et sérieux de Craig Mazin s’imposait, tant il est vrai que relater l’histoire de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl imposait un indispensable savoir-faire.

    Dans la nuit du 25 au 26 avril 1986, un test de sécurité à la centrale ukrainienne de Tchernobyl provoque la fusion du cœur du réacteur puis une explosion sans précédent contaminant une zone de plusieurs dizaines de kilomètres autour de la centrale. Dès les premiers jours, les autorités soviétiques sont complètement dépassées par cet événement majeur. Les morts et les contaminés se multiplient alors que les radiations, s’échappant toujours de la centrale éventrée, menacent de rendre l’Europe inhabitable pour des milliers d’années. Valeri Legassov (Jared Harris), scientifique renommé, est chargé de trouver des solutions inédites, en compagnie de Boris Chtcherbina (Stellan Skarsgård), vice-président du Conseil des ministres et chef du Bureau des combustibles et de l’énergie. Le Kremlin l'a chargé de diriger les opérations. Bientôt, des enjeux politiques – l’URSS en est à ses dernières années d’existence – dépassent les deux hommes, mus par le désir commun d’arrêter la catastrophe et de comprendre ce qui s’est passé.

    Les liquidateurs, les vrais héros de Tchernobyl

    Chernobyl est d’abord à saluer pour sa reconstitution historique, même si quelques aménagements scénaristiques (l’invention du personnage d’Ulana Khomyuk, joué par Emily Watson) ont été imaginés comme l’expliquent les auteurs. Pour le reste, la mini-série américano-britannique nous plonge dans cette catastrophe apocalyptique d'une manière plus vraie que nature : le sort des premières victimes, les opérations pour stopper la réaction nucléaire, les ravages physiques des radiations, l’évacuation des populations civiles ou les décontaminations à grande échelle. Des scènes incroyables et jamais montrées font de cette reconstitution une série plus terrifiante et hallucinante que n’importe quelle fiction : le travail des mineurs sur le site, le sort fait aux animaux abandonnées dans la zone interdite et le travail des liquidateurs, chargés de se relayer toutes les 30 secondes pour déblayer les gravats radioactifs. Ce travail titanesque, fait dans des conditions épouvantables, a fait de ces liquidateurs sans doute les vrais héros de Tchernobyl.

    Chernobyl assène enfin une impitoyable charge contre les autorités russes de l’époque. Le dernier secrétaire soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, a souligné que Tchernobyl avait sans doute constitué un coup de poignard mortel contre l’URSS. Trois ans plus tard, le Mur de Berlin tombait : ce n’était pas le fruit du hasard.

    Chernobyl, mini-série historique de Craig Mazin
    avec Jared Harris, Stellan Skarsgård et Emily Watson
    USA et Grande-Bretagne, une saison, cinq épisodes
    HBO, Sky Atlantic, actuellement sur OCS, 2019

    Voir aussi : "Mes parents étaient des espions communistes"

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  • Les hommes ont-ils besoin d’être gouvernés?

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    Le café philosophique de Montargis proposera sa dernière séance de sa dixième saison le vendredi 14 juin 2019 au café Le Belman. Le débat portera sur cette question : "Les hommes ont-ils besoin d’être gouvernés ?"

    Un sujet tel que celui-ci interrogera les participants du café philo sur la nature même de nos sociétés. Il semblerait que la présence d’un État au-dessus des hommes soit une garantie nécessaire, quoique pas suffisante, pour une concorde civile. Mais le terme de besoin va-t-il de soi ? S’agit-il d’un besoin naturel ou d’une nécessité culturelle ? En quoi un gouvernement serait-il nécessaire pour des hommes doués de raison ? Ne serait-il pas un frein, au contraire, à leur propre liberté ? Admettre ce besoin d’être gouverné n’est-ce pas donner trop de place et de crédit à une puissance souveraine ?

    Ce seront autant de points et de questions qui pourront être débattus lors de cette séance du café philosophique de Montargis, le 14 juin 2019, à 19 heures au Belman.
    La participation sera libre et gratuite.

    http://cafephilosophique-montargis.hautetfort.com

  • Jade Bird prend son envol

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    Jade Bird, il en avait été question sur Bla Bla Blog au sujet de son premier EP, Uh Huh. Ce titre est d’ailleurs présent dans son album éponyme. Facture folk, choix de l’acoustique, voix claire et posée capable d’envolées rock à la Alanis Morissette : pas de doute, Jade Bird creuse son sillon sans se poser de questions.

    La toute jeune britannique impose des choix artistiques bien assumés grâce à des compositions solides qui ne transigent pas sur la mélodie (My Motto), les textes (Love Has All Been Done Before) et, singulièrement, la puissance vocale, à l’instar des prodigieux Lottery et I Get No Joy.

    Jade Bird plane sur ce premier album avec une assurance confondante, à faire pâlir de vieux routiers. Son premier album a été produit avec le même soin que son premier EP, qui était déjà si réussi que l’on espérait qu’elle allait transformer l’essai. Pari réussi.

    La chanteuse, également à la composition pour cet envol artistique, insuffle à ses titres pop mélodiques et complexes de bonnes injections de rock grunge, à coup de guitares qu’elle manie comme des armes et s’appuyant sur une voix qu’elle pousse jusqu’à ses derniers retranchements, à l’exemple du spectaculaire Uh Huh.

    De bonnes injections de rock grunge et des guitares qu’elle manie comme des armes

    À côté de ces morceaux de bravoure nerveux et plutôt culottés (Going Gone) et souvent d’une belle construction musicale (Love Has All Been Done Before), l’Anglaise propose des titres plus apaisé, sous forme de confessions intimes, à l’exemple de My Motto et du plus minimaliste Does Anybody Know. Il y est aussi question d’adolescence (17), de la difficulté d’aimer (Lottery) ou de la mort (If I Die).

    Un premier album très personnel donc, écrit avec les tripes autant qu’avec la tête : "Cet album contient tout ce que j’ai vécu. C’est mon expérience directe et non diluée de ces deux dernières années bien remplies. Chaque décision que j'ai prise a abouti à ce processus magique, de la même manière que chaque mot que j'ai écrit a fini dans ces chansons. L’album aborde différents styles, mais la cohérence vient que c'est moi - une jeune femme qui essaie vraiment de comprendre le monde actuel et d'y trouver sa place, qui a tout écrit" dit-elle.

    Une dernière preuve que la musicienne britannique est absolument à suivre ? Depuis l’annonce de la sortie de son album, Jade Bird figure, d’après le New York Times, parmi les 10 artistes à surveiller en 2019.

    Jade Bird, Jade Bird, Glassnote Records, 2019
    http://www.jade-bird.com

    Voir aussi : "Jade Bird, Huh la la !"

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  • Une scène très Ikea dans Fight Club

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    Focus cette semaine grâce à L’‎Œil du frigo d'un film culte : Fight Club de David Fincher s'est imposé comme un drame social complexe et aux multiples interprétations. Philippe, notre chroniqueur de L’‎Œil du frigo explique pourquoi le frigo a une vocation scénaristique plus pointue qu'il n'y paraît

    Voici une scène de frigo, encore une fois dans un film de David Fincher – souvenez-vous de Seven. Ici, dans Fight Club, le frigo est un point essentiel : on le voit très légèrement mais il va obliger Edward Norton à déménager. C'est dire l'importance d'un frigo, du destin.

    J'aime cette scène "Ikea". Evidemment, on est complètement hypnotisé par les meubles qui s'installent dans l'appartement vide. On aimerait bien d'ailleurs que nos meubles Ikea s'installent aussi bien. Plissez un peu les yeux et cherchez l'essentiel de cette séquence. Edward assis sur son trône, feuillette son catalogue puis remonte toutes les pièces, comme une lente digestion (voire régurgitation) : direction le frigo. Bref, pour résumer, avant d'ouvrir cette foutue porte de frigo, on remonte les parois intestinales du bel Edward. Je sais c'est un peu scato, mais cette vomissure commence par le début, l'ouverture de la porte du frigo et le choix de la nourriture. On est en plein dans le film. On part des toilettes pour aller jusqu'au Frigo. L'inverse aurait été plus normal même si je ne suis pas un grand gastro-entérologue. La décomposition remonte le temps et atterrit au point de départ le Frigo !

    Non ne soyez pas si dégoûté, à ce moment-là du film tout est encore soft... À l'ouverture de ce frigo, qui ne semble pas avoir été vendu par Ikea, on note bien qu'il n'y a rien dans le frigo, ou presque. Edward est désemparé. En haut, une pomme et une poire. En dessous, un vieux bout de fromage, deux pots bizarres. Et tout en dessous, du lait. Le plan ne s'élargit pas : il tourne et là – oh miracle ! – nous tombons sur des pots de confiture ou des pâtes chocolatées. À noter quand même qu'il y a un vieux poivron vert à côté d'un pot de beurre. On se demande qui a bien pu ranger le frigo : quel bazar...

    Oui, Fincher adore les frigos : il y synthétise la paroi de ses films. Enlevez une pomme de son frigo et c'est un autre film... Essayez chez vous et vous aurez une autre vie. Là, je me sens à fond pour vous parler du destin, du yi-jing, des folies de votre corps : bref de toute une vie autour de l'objet "frigo". Bon, le film est bien "dark" et le personnage féminin Marla (Helena Bonham Carter) est bien barré. Je ne vous la décriai pas mais elle vaut son pesant de noirceur.

    Une phrase résonne encore dans mon cerveau pour vous situer l'espace frigidaire dans lequel on se situe : "On a frôlé la vie", dixit Tyler (Brad Pitt, le gourou du fight club). Et là, vous foncez dans votre frigo virer une pomme, histoire de changer le destin.

    ODF

    Fight Club, drame de David Fincher
    avec Edward Norton, Brad Pitt et Helena Bonham Carter
    Etats-Unis, 1999, 139 mn

    Voir aussi : "L’‎Œil du Frigo débarque sur Bla Bla Blog"
    "Fight Club Frigo"

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  • Musset, assis sur le rebord du monde

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    Christophe Musset propose avec Orion son retour musical, et il s’agit d’un retour apaisé. L’ex de Revolver choisit une orchestration réduite, acoustique et folk dans un EP qui parle de bienveillance et de pardon après une séparation ("Aussi loin / Que tu sois / J’espère bien que tu n’as pas baissé les bras", Aussi loin), d’intimité amoureuse (À l’intérieur), de contemplation céleste (Orion) et d’introspection nietzschéenne (Ce qui ne me tue pas).

    C’est comme assis sur le rebord du monde que Christophe Musset chante "l’immensité" et "le vertige face au grand parcours".

    Il y a ce je ne sais quoi de céleste, d’universel et de métaphysique dans Orion : sans aucun doute, Musset croit aux forces de l’esprit.

    Musset, Orion, Taktic Music, 2019
    https://www.facebook.com/MussetMusic

    Voir aussi : "Les grands espaces de June Milo"

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  • J'ai bien vu Emma Zégarski et j'ai bien écouté les Sugarr

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    Avant une pause musicale Pelhamonabudget nous parle d'une semaine qui s'est avérée finalement moins décevante que ce qu'il craignait. La preuve avec la découverte d'un groupe qui pourrait bien avoir inventé un nouveau style musical. Rien que ça.

    Voilà une semaine qui aurait pu être meilleure, mais qui aurait aussi pu être bien pire. En écoutant les artistes qui allaient jouer cette semaine je me suis dit qu’il n’y avait pas un seul groupe ou artiste indispensable. Je me suis dit que je pourrais, donc, prendre une semaine de congé, mais j’ai finalement décidé d’assister à ces concerts.

    Ma semaine a commencé le mardi soir à La Belle Hortense, une librairie qui est également un café bar. À la Belle Hortense je voulais voir l’artiste Emma Zégarski, et je l’ai bien vue… pendant quelques secondes. J’ai juste entendu la fin de sa dernière chanson avant sa pause, et, comme mes amis les Libert’airs le savent, je ne reste jamais aux concerts pendant les pauses. Alors, je pense qu’Emma Zégarski est une bonne artiste malgré le fait qu’elle soit une Française qui chante en anglais. D’après ce que j’ai écouté en ligne, son anglais est très bon. Et puis, elle est influencée par la musique folk américaine, alors c’est pertinent qu’elle chante en anglais. La Belle Hortense était pleine pendant la prestation d’Emma Zégarski, mais j’avais l’impression qu’une seule personne, à part moi, l’écoutait. Ce n’était pourtant pas le cas : Madame Zégarski est sortie pendant sa pause et un travesti anglophone lui a parlé, alors peut-être qu’il l’avait écoutée aussi.

    La révélation de la semaine était Sugarr, que j’ai vu au Supersonic le mercredi. Sugarr n’a qu’une moitié de chanson en ligne en ce moment, et la qualité de cet extrait est mauvaise. Mais j’ai décidé de prendre un risque et d’aller les voir. J’étais sûr que j’allais être déçu, en sachant que je suis toujours dupé par la musique qui est de mauvaise qualité. Je suis arrivé tôt dans la soirée au Supersonic : un coup de bol... J’étais témoin des dernières chansons du concert de Sugarr. C’est un tout jeune groupe et ils n’ont donc pas beaucoup de chansons. En allant au Supersonic, j’avais peur qu’ils soient un groupe de grunge. J’aime bien le grunge, je veux dire : le grunge américain. Les Français ne sont typiquement pas de bons interprètes de grunge, mais, heureusement, les Sugarr ne sont pas du tout grunges : ils sont plus "heavy", un peu "stoner" et "swamp rock." En bref, je pense qu’ils créent un genre de musique entièrement nouveau : retenez bien ce que je suis en train d’écrire…

    La grande déception de la semaine a eu lieu à l’International, le vendredi soir. J’avais voulu voir le groupe The Ramblers, et j’ai été choqué quand un mec m’a arrêté au sommet de l’escalier pour que je paie cinq euros. J’avais pensé que le concert était gratuit – un couvert de cinq euros pour ce concert était excessif, et donc je suis rentré chez moi. Je m’en foutais, mais le vendredi soir a bien confirmé ce que j’avais déjà soupçonnais : l’International est mort, et ça c’est super triste.

    Pelhamonabudget

    https://pelhamonabudget.wordpress.com
    https://emmazmusique.wixsite.com/site
    https://www.facebook.com/caramelizedmusicshit

    Voir aussi : "Comment j'ai raté quelques bons artistes"

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  • Louons maintenant James Agee

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    Il est temps, sans doute, de découvrir James Agee, écrivain, journaliste, critique d’art et scénariste. C’est ce que propose Rodolphe Barry, dans son essai vivant, nerveux et documenté, Honorer la Fureur (éd. Finitude). James Agee a marqué son époque avec son livre Louons maintenant les grands Hommes qui, après une sortie discrète aux États-Unis en 1941, est devenu une œuvre majeure, à la fois reportage journalistique sans concession et création littéraire. Les photographies de Walker Evans sont du reste restées dans les mémoires.

    En 1936, James Agee est envoyé, par le magazine Fortune qui l’emploie, dans le sud des États-Unis afin d’enquêter sur les conditions de vie des métayers blancs. Nous sommes en pleine Dépression américaine et le New Deal de Roosevelt bat son plein. On adjoint au journaliste engagé et anticonformiste un photographe, Walker Evans, son exact opposé, mais avec qui le courant passe très vite.

    C’est en Alabama que les deux hommes entreprennent leur enquête, plus précisément auprès de trois familles, les Burroughs, Tengle et les Fields. De ce qui était un travail de commande, James Agee en sort marqué à jamais, bouleversé par ces compatriotes pauvres (lui-même vient du Tennessee profond et d’une famille croyante) : "Être un des leurs, plus que de n’importe quelle autre communauté d’hommes sur terre, il ne désire rien d’autre. Pourra-t-il jamais leur témoigner sa gratitude ?"

    La gratitude, il la leur offrira, à travers son reportage écrit que Fortune, son commanditaire, choisit pourtant de ne pas publier : trop long, trop engagé, trop de gauche, trop révolutionnaire. "James écrit sans sans plus se soucier des contraintes du journalisme ou d’une foutue ligne éditoriale. Finis les compromis" pour cet "anarchiste en religion autant qu’en politique." Après des années de travail d’écriture et de tractations auprès d’éditeurs, c’est une maison de Boston, Houghton Mifflin, qui accepte de publier Louons maintenant les grands Hommes, deux années après l’autre grand livre sur la Dépression, Les Raisins de la Colère de John Steinbeck. Quelques critiques saluent ce "grand livre de la compassion" ou "l’œuvre la plus morale et nécessaire de notre génération" mais le livre se vend mal.

    L’œuvre la plus morale et nécessaire de notre génération

    James Agee a un peu plus de trente ans et réfléchit à la suite de sa carrière littéraire. Il choisit le cinéma. Ce seront d’abord des critiques, pointues, clairvoyantes et suivies pour le Times et son concurrent, plus marqué à gauche, The Nation. Cette passion pour le cinéma se concrétise avec une nouvelle étape, qui passera par Hollywood. Il y a la rencontre avec Charlie Chaplin, puis avec celle de John Huston. Deux monstres sacrés qui verront dans James Agee, un ami et un des leurs. Lorsque le journaliste écrit au sujet de l’auteur du Faucons maltais que "quel que soit son objectif, [il] se bagarre toujours avec noblesse et ténacité pour l’atteindre. Si jamais il devait se battre pour une question de vie ou de mort… il aurait beaucoup plus de chance de l’emporter que la plupart des gens", sans nul doute c’est aussi le portait en creux de lui-même. Scénariste de The African Queen (1951), c’est un autre chef d’œuvre qu’il va contribuer à créer (même s’il ne sera jamais crédité) : La Nuit du Chasseur de Charles Laughton. Une carrière éclair qui se terminera par son autre grand livre, Une mort dans la Famille, prix Pulitzer posthume.

    Rodolphe Barry retrace la carrière mouvementée de James Agee, sans omettre la vie privée tout aussi tumultueuse d’un homme écorché vif. Il y a les femmes qui ont croisé sa route et, pour certaines, partagé sa vie : Via, Alma, Mia ou Billie. Il y a aussi ses amitiés, en particulier avec le père Flye, avec qui il entretiendra une correspondance nourrie.

    Gros buveur et gros fumeur, James Agess s’éteint à l’âge de 46 ans, laissant l’œuvre d’une vigie de son époque et d’un intellectuel comme "à l’écart du monde, le regard aux aguets, scrutateur" pour reprendre une réflexion de Charlie Chaplin. Lors des obsèques de James Agee, Walker Evans lit un extrait de Louons maintenant les grands Hommes : "Le coup le plus mortel qui puisse frapper l’ennemi de la race humaine, consiste à honorer la fureur."

    Une dernière raison de lire James Agee ? En 1989, son reportage sur les métayers blancs d’Alabama a fait l’objet d’une suite : And their children after them. Leurs Enfants après eux : ce verset tiré de l’Ancien Testament (Ecclésiastique, 44,9) est aussi le titre du roman de Nicolas Mathieu, prix Goncourt 2018. La voix de James Agee continue de crier près de 65 ans après sa mort : "Honorer la fureur ! Toute fureur sur la terre a été absorbée, le temps venu, en tant qu’art, ou religion, en tant que facteur d’autorité sous une forme ou une autre..."

    Rodolphe Barry, Honorer la Fureur , éd. Finitude, 2019, 274 p.
    https://www.finitude.fr/index.php/auteur/rodolphe-barry

    Voir aussi : "Ivre de vers et d’alcool"

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  • Juste quelques minutes d’électro

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    9 minutes de Greg Bozo replonge dans une électronique bien loin de ces objets formatés pour pistes de danse et autres plages d’Ibiza. Il s’agit d’une électronique imaginée comme un champ d’expériences acoustiques de Greg Kozo.

    Un vrai retour aux sources vers l’électronique des années 70 et 80 pour l'une des deux têtes de Make The Girl Dance : boucles travaillées, sons découpées avec minutie, rythmique envoûtante et messages subliminaux laissent apercevoir un savoir-faire d’artisan.

    L’influence de Daft Punk est bien présente dans ce premier EP, avec le minimaliste et précis Baangg, dans lequel chaque son semble trouver sa place, avec une belle cohérence d’ensemble.

    Pour Silk, nous voilà dans l’électronique expérimental et sombre des années 70, celle des Kraftwerk. Un signe que Greg Kozo ne dédaigne pas ses classiques. Aride vient délicatement choper un peu de l’influence jarrienne : le sample s’humanise sur des rythmiques familières. Familières et lumineuses, comme le souligne précisément le dernier titre fort justement intitulé Chaleur. 

    Après la parenthèse dorée et hype de Make The Girl Dance, Greg Kozo s’affirme comme un artiste épris de liberté : "J’ai voulu recommencer à écrire seul dans une pièce sans le ping-pong d’écriture avec un(e) chanteur(se). En enlevant les voix, je voulais me rapprocher d’une musique plus intime et spontanée."

    Greg Kozo, 9 minutes, Roy Music / Believe, 2018
    https://www.facebook.com/gregkozo

    Voir aussi : "L'été sera électro dans les maillots"

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  • Je suis retournée à Manderlay

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    Notre hors-série sur Tatiana de Rosnay se termine (presque) comme il a commencé : par un retour sur les terres de Daphné du Maurier, une artiste fondamentale pour qui veut comprendre l’auteure d’Elle s’appelait Sarah ou de Boomerang.

    Nous revoici donc revenu à Manderley, sur les terres de Rebecca, que l’auteure franco-britannique met en scène dans sa courte pièce Rebecca m’a tuée (éd. L'Avant-scène théâtre). Cette œuvre très atypique dans la bibliographie de Tatiana de Rosnay a été écrite à l’occasion de la cinquième édition du festival Le Paris des femmes" qui a eu lieu du 8 au 10 janvier 2016. Neuf auteures (Stéphanie Blanchoud, Alma Brami, Claire Castillon, Léonore Confino, Carole Fréchette, Claudie Gallay, Cécile Ladjali, Valérie Tong Cuong et Tatiana de Rosnay) et un auteur (Christian Siméon) étaient invités à revisiter Crime et Châtiment de Fiodor Dostoïevski à travers des pièces courtes.

    Les ombres de papier viennent hanter les vivants jusqu’à la folie

    C’est sans surprise que Tatiana de Rosnay a proposé avec Rebecca m’a tuée une plongée dans l’univers de Daphné du Maurier et de son alter-ego romanesque, Rebecca. Dans sa propriété de Manderley – à moins qu’il ne s’agisse de la propriété de Menabilly qu’elle vénérait – l’écrivain traverse une phase de dépression lorsqu’une voix l’interpelle : il s’agit de Rebecca, son célèbre personnage de papier. Comment la faire taire ? "Même si vous avez écrit d‘autres romans, on ne vous parle que de celui-là, Rebecca, Rebecca." Et si tout cela existait réellement ? Et si Manderley n’était pas une simple fiction, contrairement à ce qu’affirme Daphné du Maurier ("Manderley n’existe pas. Vous le savez bien. Et tout ceci n’est qu’un rêve") ?

    Dans cette histoire à l’atmosphère hitchcokienne, les ombres de papier viennent hanter les vivants jusqu’à la folie. L’écriture devient un labyrinthe où le vrai se mêle au faux, et où les personnages de fiction s’adressent aux êtres de chair et de sang. Tatiana de Rosnay fait de Rebecca une créature écrasant de sa présence une artiste qui ne peut s’en défaire ("Tu es tout le temps là, Rebecca. Le matin, quand je me lève et que je prends ma tasse de café et ma tartine au miel, je sais que tu me vois"). C’est une lutte qui est racontée et dont la genèse démarre avec le roman de 1937. Une lutte mortelle dont les protagonistes sont les personnages fictifs de Rebecca et de madame de Winter. Daphné du Maurier doit s’effacer et les laisser vivre. Les romans ne meurent jamais, dit aussi en substance Tatiana de Rosnay.

    Tatiana de Rosnay, Rebecca m’a tuée, in Crimes et Châtiments
    éd. L'Avant-scène théâtre, coll. Quatre-vents, 2015, Paris, 13 p.
    http://www.tatianaderosnay.com

    http://www.parisdesfemmes.com/2016

    Voir aussi : "Tatiana de Rosnay, son œuvre" 
    "Sur les pas de Daphnée du Maurier"

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  • Plaisirs froids

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    Lune froide : ce film de 1991 vous dit quelque chose ? L’‎Œil du frigo vous rafraîchit la mémoire, et c’est le moins que l’on puisse dire. Focus sur ce film singulier de Patrick Bouchitey.

    Un frigo dans Lune froide, forcément cela devait être trash. Ce magnifique film, bien noir, ne pouvait associer un frigo, organe du plaisir gustatif qu'avec un orgasme charnel dont le dégoût se lit sur le visage de Patrick Bouchitey.

    Lune froide est un film sur deux marginaux complètement déjantés que rien n'arrête. La scène du frigo est très significative, elle montre comment il faut, lorsque l'on est le squatteur de la famille, trouver du plaisir. Simple : le plaisir, ça se vole, et si possible dans un frigo. Un peu d'alcool, quelques canettes fraîches volées à l'amant de sa sœur. L'orgasme, finalement, est dans le cerveau du voleur et non dans celui qui a rempli le frigo – ça laisse perplexe. Le frigo, sans congélateur mais avec juste un freezer sur le haut, ne regorge d'ailleurs que de canettes. Même la porte qui est d'habitude réservée aux sauces en tout genre est remplie du précieux breuvage qui enivre notre marginal dont la méningite semble bien dispersée.

    Il suffisait juste d'associer la bande son de l'orgasme, un frigo ouvert et un breuvage pour rendre ce marginal tellement humain alors que c'est un vrai dégueulasse. Voilà comment un réalisateur un peu malin affiche la complicité d'un frigo à des scènes interdites au moins de dix huit ans. Le frigo pourrait nous plonger dans des orgasmes gustatifs dont vous n'auriez pas idée. Choisissez bien vos produits : quelques canettes, du bio, des laitages, fromages, truffes, etc., et laissez refroidir. Introduisez vous en cambriolant la porte dans cet univers de papilles, et faites mijoter le plaisir. Portez à ébullition et laissez-vous bercer par les effluves de saveurs. Passez du froid au chaud, de rien à l'extase et régalez-vous. Lorsque la satiété arrive, glissez au fond de vous-même et appréciez ce merveilleux organe frigoristique…

    Patrick Bouchitey le comprend bien : après cette scène, il ne peut plus rester. Il faut partir, aller de l'avant – ou de l'arrière : il n'y a pas de sens après le plaisir éprouvé par ce marginal. Il n'y en aura pas dans le film non plus. Son acolyte, Jean-François Stévenin, n'est pas en reste. À eux deux ils vont aller le plus loin possible dans l'univers du plaisir de la chambre froide (je vous laisse le découvrir…). C'est trash, rugueux, subtil, méchant, délirant, hors-norme : un film qui fait dévier les chemins, interroge sur nos chambres froides et prend un malin plaisir à nous éreinter.

    À voir si vous avez le cœur bien accroché !

    ODF

    Lune froide, comédie dramatique de Patrick Bouchitey
    avec Patrick Bouchitey et Jean-François Stévenin, France, 1991, 90 mn

    Voir aussi : "L’‎Œil du Frigo débarque sur Bla Bla Blog"
    "Lune froide frigo"

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  • Comment j’ai raté quelques bons artistes

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    Pelhamonabudget nous raconte sa semaine musicale, et hormis quelques surprises, il ne cache pas quelques déceptions. Comme quoi, on ne peut pas tout aimer.

    Toutes mes excuses à Nour, the Bakounines, Vaguess, Marianne Feder, Lewsberg, Mackenzie Leighton et Pizzzb : cette semaine n’a pas été particulièrement couronnée de succès.

    Nour a l’air resplendissante, mais c’est impossible de s’attarder très longtemps au Jazz Café Montparnasse : je n’ai jamais bu un Coca Zéro aussi vite que celui que j’ai avalé là-bas, ce lundi soir, durant une soirée où se produisaient des amis de Nour. Nour ne jouait finalement pas de jazz malgré le fait qu’elle se produisait au Jazz Café Montparnasse. Quant à cet invité, un jazzman violoncelliste, je dois dire que son humour ne m’a pas particulièrement touché.

    Mardi soir, je ne connaissais pas le nom du groupe qui se produisait à l’International. Plus tard, j’ai découvert qu’elles s’appellent Laisse-moi et elles ne sont pas mal, mais c’est surtout dommage que j’ai raté the Bakounines. Je ne m’attarderai pas sur Laisse-moi mais plus sur L’International, qui est franchement décevant. Dans le passé, tous ses concerts étaient gratuits, mais cette fois j’ai été choqué d’être arrêté au sommet de l’escalier pour payer ce concert. Un conseil donc : "Faites gaffe à l’International’. Voilà qui est dit.

    Je voulais voir deux groupes aux Mains d’œuvres le mercredi soir : Lewsberg et PIP, mais je n’ai réussi qu’à voir PIP. Le set d’Os Noctàmbulos , en deuxième partie de la soirée, ne m’intéressait pas : non pas que je n’aime pas ce groupe mais je l’avais déjà vu deux fois. Je me suis donc éclipsé à la fin du concert de PIP, qui en plus ne m’a pas franchement ému. Ils manquent de basse : avec un ou une bassiste ils seraient superbes mais en ce moment il est clair qu’il leur manque cet élément capital. Si j’avais su que PIP manquait d’un bassiste je serais venu plus tard aux Mains d’œuvres pour voir Lewsberg, qui avait l’air véritablement fantastique.

    Le jeudi soir j’ai décidé de rater le concert de Mackenzie Leighton pour soutenir une amie, une chanteuse lyrique, ainsi que son mari, un pianiste de jazz. Ils jouaient à la Galerie One Moment. Je ne comprends pas l’attrait de la musique d’opéra et cet élitisme qui me met mal à l’aise.

    Au Walrus Disquaire Café, ce vendredi soir, j’ai vu Louise Thiolon, et je pense qu’elle est une très bonne artiste. Sa musique est douce. Sa voix aussi. Ses concerts sont cool, mais, cool ou non, le Walrus Disquaire Café était bien trop plein. Je n’ai pas pu regarder son concert trop longtemps : pour ma santé mentale, il a fallu que je quitte la salle. Dommage.

    Le samedi soir, au Supersonic, j’ai vu le remarquable groupe Ruines. Il est uniquement composé d’une batteuse et d’une claviériste. Ce duo arrive à créer une musique intéressante, dense et minimaliste. Les deux musiciennes du groupe chantent, et la voix de la batteuse convient parfaitement à la musique. Ses cris à faire glacer le sang m’accompagneront encore longtemps.

    Aujourd’hui, dimanche 26 mai, j’aurais beaucoup aimé voir le groupe Pizzzb au Centre International de Culture Populaire. Ils ont l’air drôles et j’ai l’impression que leur musique est subtilement et naturellement captivante, mais Louis Lingg and the Bombs était l’autre groupe au Centre International de Culture Populaire. Or, je n’aime pas ce groupe autant qu’il ne m’apprécie pas, et vu que personne ne pouvait me dire les horaires de passage des deux groupes, il a fallu que je rate ce concert, de la plus lâche des manières.

    Pelhamonabudget

    https://pelhamonabudget.wordpress.com
    https://www.facebook.com/laissemoitheband
    https://www.facebook.com/payspaix
    https://www.facebook.com/louisethiolonmusic
    https://www.facebook.com/pages/category/Musician-Band/RUINES-258983630931388

    Voir aussi : "Fast Friends, Daltons, Barricades : je vote oui !"

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  • La connerie, l'autre chose la mieux partagée au monde

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    À quelques mois d’intervalles, deux livres nous parlent chacun à leur manière d’un sujet universel : l’état de la connerie humaine. Le recueil Psychologie de la Connerie, dirigé par Jean-François Marmion (éd. Sciences Humaines) et l’essai de Tom Phillips, Et Merde ! (La Librairie Vuibert) proposent de revenir, comme le dit Jean-François Marmion en reprenant une citation de Descartes, sur cette "chose du monde la mieux partagée" - avec le bons sens - qu'est la connerie : cette "promesse non tenue, promesse d’intelligence et de confiance trahie par le con, traître à l’humanité." Vaste programme !" aurait dit le Général de Gaulle. Il fallait bien le travail de trente philosophes, psychologues, intellectuels, sociologues et historiens pour décortiquer ce triste et universel comportement humain. C’est ce que propose justement Jean-François Marmion, à la direction de l'ouvrage de référence qu’est Psychologie de la Connerie.

    Le con n’y est pas caricaturé en "animal" ou être insondable impossible à raisonner. Jean-François Marmion rappelle avec humilité "qu’on est toujours le con de quelqu’un", ajoutant : "Moi-même, je ne me sens pas très bien." L’objectif de Psychologie de la Connerie est bien de décortiquer cette tare humaine et d’en faire une radio la plus précise et la plus sérieuse possible. Le premier article du livre est d’ailleurs consacré à la pertinence d’une étude scientifique sur la connerie, avec quelques questions posées par son auteur Serge Ciccotti ("Le con est-il de mauvaise fou ?", "Qu’est ce que le con-con ?", "Pourquoi le con s’appuie-t-il sur des croyances ?" ou "Pourquoi quand tu pleures y’a toujours un con pour te dire : Ça va ?"). Plus loin, Jean-François Dortier s’attache à faire consciencieusement une typologie du con (beauf, con universel, arriéré ou crédule), une réflexion poussée par Pascal Engel dans son article "De la bêtise à la foutaise".

    Le recueil devient plus pointu lorsqu’il entre dans la sphère psychologique ("Connerie et biais cognitifs" d’Ewa Drozda-Senkowska, "La pensée à deux vitesses" de Daniel Kahneman), voire des neurosciences ("De la connerie dans le cerveau" de Pierre Lemarquis). L’ouvrage de Jean-François Marmion se fait particulièrement actuel et engagé lorsqu’elle parle de post-vérité, des réseaux sociaux et des dérives politiques et historiques, aboutissant à des erreurs politiques et historiques monumentales.

    Tom Migdeley remporte la palme toute catégorie

    Et c’est là qu’on en vient au second ouvrage de cette chronique : l’essai à la fois éloquent, savoureux et drôle de Tom Phillips. Et Merde ! propose de balayer l’histoire universel des conneries, des bourdes et des quiproquos, prouvant par l’exemple que l’erreur est bien humaine.

    De la chute de l’australopithèque Lucy tombée de son arbre au plantage de la sonde spatiale Mars Climate Observer à cause d’une erreur élémentaire de calcul, en passant par le colonialisme ou la guerre du foot entre le Salvador et le Honduras en 1969, Tom Phillips multiplie les exemples de ces merdes qui ont pu avoir des conséquences dramatiques. L’auteur britannique s’arrête ainsi longuement sur l’accumulation de bourdes diplomatiques du shah khwarezm Muhammad II, qui, au début du XIIIe siècle, a réussi en moins de cinq ans à faire stupidement disparaître l’un des plus grands empires du monde en s’étant mis à dos sans raison Genghis Khan. L’auteur s’intéresse aussi à des événements et des personnages plus connus : l’erreur stratégique de Diên Biên Phuen 1953, le désastreux plan d’invasion de la Baie des Cochons ou la catastrophe que fut Adolf Hitler, en réalité "un égocentrique paresseux et incompétent, et son gouvernement une bande de clowns." Tom Phillips rappelle que le chef nazi est arrivé au pouvoir à cause de la légèreté d’électeurs allemands et que des politiques, pas moins cons, pensaient pouvoir manipuler les doigts dans le nez "ce crétin pathétique…"

    Les exemples de chefs d’état incompétents, de souverains "merdiques" (l’auteur s’arrête longuement sur trois spécimens ayant régné sur l’empire ottoman au XVIIe siècle), de guerres inutiles, de batailles foireuses (à l'exemple éloquent de la bataille de Karansebes en 1788 qui vit une armée s’auto-décimer sans ennemis), de responsables politiques improbables, de campagnes coloniales irréfléchies ou de choix stratégiques et diplomatiques vraiment très, très hasardeux.

    Mais paradoxalement, la science a su largement prouver qu’en matière de conneries elle n’était pas en reste. De ce point de vue, Tom Migdeley remporte la palme toute catégorie, et ce n’est pas en raison de sa mort stupide – étranglé avec les câbles de son lit qu’il avait perfectionné à l’aide de poulies. On doit à Tom Migdeley deux inventions désastreuses. La première est l’essence au plomb, qui permit de développer l’automobile – et par la même d’enrichir quelques industriels – mais aussi et surtout d’empoisonner la planète puisque des études scientifiques ont mis à jour le lien entre l’essence au plomb et la hausse de la criminalité dans le monde. Mais Tom Migdeley n’en resta pas là. Au début des années 30, il mit au point une autre de ces affligeantes découvertes : les CFC (les tristement célèbres chlorofluorocarbures) qui étaient destinés à la réfrigération encore balbutiante. Malgré son intérêt certain, cette deuxième invention s’avéra désastreuse pour la planète : "Dans les années 1970, alors qu’on commençait à vouloir abandonner par étapes l’essence au plomb, on découvrait l’existence du trou croissant de la couche d’ozone", trou provoqué par les CFC.

    Voici deux ouvrages qui font descendre l’intelligence humaine de son piédestal. Jean-François Marmion et Tom Phillips nous rappellent au devoir d’humilité, ne serait-ce que pour se rappeler des erreurs de l’historie humaine et éviter d’en refaire d’autres. Peut-être finirons-nous un jour par ne plus merder. On peut toujours rêver.

    Sous la direction de Jean-François Marmion, Psychologie de la Connerie
    éd. Sciences Humaines, 2018, 378 p.

    Tom Phillips, Et Merde ! (Humans: A Brief History of How We Fucked It All Up)
    éd. La Librairie Vuibert, 2019, 282 p.

    https://www.jfmarmion.com
    https://fullfact.org

    Voir aussi : "Un siècle risqué"

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  • Les grands espaces de June Milo

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    Dans Avril, son dernier EP, June Milo, de sa voix sucrée, aborde des thèmes classiques : l’aliénation amoureuse, l’attente et la séparation. Ce qui l’est moins est la facture pop folk, voire country, à l’instar de Sous l’eau ("Sous l’eau / Arrête l’orage / Il pleut des cordes / À flot / des larmes / Sur ma peau").

    Pour tout dire, ses récits intimes sont autant de déambulations dans les grands espaces américains. Je t’attends brille grâce à l’éclat d’une trompette, donnant à ce joyau sur le thème de l’attente l’allure singulière d’une BO de western. L’aventure sentimentale fait ici figure de terre sauvage et impitoyable à conquérir : "Je t’attends / tu es lent / Tout ce temps que tu prends / Pour me prendre / Vraiment." Sauf qu’il n’y a pas d’issue à cette attente, ou, si issue il y a, elle est au fond de soi et au fond d’un verre. Au sombre et alcoolisé Question d’équilibre de Francis Cabrel, vient répondre l’attente et le "délicieux néant" de June Milo, résignée mais tout autant désespérée : "Quand je bois aux déboires / Je m’accroche au comptoir / Et me noie lentement."

    Si issue il y a, elle est au fond de soi et au fond d’un verre

    La pop enveloppante du titre Avril, qui donne son nom à l’album - et auquel a collaboré Frédéric Lo - parle également de solitude, d’attente mais aussi d’espoir : "S’envolent les saisons / Défilent les idylles /Le soleil j’attends / De juillet en avril."

    Dans la ballade mélancolique L’absent, June Milo chante les séparations ordinaires et déchirantes, mais cette fois à la troisième personne : "Danse avec l’absence / sans son souffle haletant / Dans ton cou brûlant / Ce n’est que le vent."

    Sous L’eau se clôt en douceur sur une dernière ballade plus épurée, De loin. Encore une histoire de d’aventure sentimentale, de voyage sans retour et de grands espaces : "Pour un seul baiser de nous / Je te donnerai ma vie / mais je ne sens que le vent."

    June Milo, Avril, Sixième Étage, 2019
    www.junemilo.com

    Voir aussi : "Chine Laroche, l’outsideuse"

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