Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Bla Bla Blog - Page 5

  • Chut, les enfants ! Papa et maman sont occupés...

    Flore Cherry, on la connaît bien sur Bla Bla Blog, tout autant que Guenièvre Suryous. Le duo féminin poursuit sa série des Guides de Survie sexuelle  (éd. Tabou), avec un nouvel opus consacré aux parents.

    Les auteurs – Flore Cherry au texte et  Guenièvre Suryous au dessin – gardent l’esprit des précédents volumes qui étaient consacrés à l’étudiant.e, à la buisiness girl ou à la vacancière : un livre pratique, ramassé (moins de 130 pages), alliant chapitres courts thématiques, témoignages, pages fun de culture générale ("Culture Q"), les "listes des top 5" et fiches pratiques. Aborder la question de la parentalité manquait au projet des deux auteures : c’est chose faite avec ce Guide de Survie sexuelle des Parents.

    Un vrai vade-mecum faussement léger et qui n’hésite pas à aborder des sujets graves : "retrouver son corps après l’accouchement", l’impact de l’allaitement sur la libido et bien entendu le problème de charge mentale chez les femmes et mères.

    Mais qu’est-ce qu’un parent au juste, se demandent les auteures ? "C’est avant tout quelqu’un qui se sent en charge et responsable d’un autre être humain." La réponse a le mérite d'être simple et claire.

    Réussir son quickie

    Comment conserver une vie sexuelle saine et épanouissante après l’arrivée d’un enfant ? Voilà un sujet capital que beaucoup de parents connaissent et qui est au cœur du livre. En préface, Eve de Candaulie écrit ceci : "Dans nos sociétés, il y a parfois une forme d’injonction au bonheur quand on devient parent, alors qu’il est difficile de s’occuper d’un tout-petit, d’essayer de communiquer calmement par le geste, la parole, de vivre les moments de colère et de frustration d’un enfant." Le bonheur passe aussi par le plaisir, ajoute-t-elle. Et même de l’auto-érotisation, qui peut être une clé pour se retrouver physiquement, comme le dit plus loin Flore Cherry.

    Après quelques portraits types de parents, les auteures s’attaquent au sujet proprement dit, avec leurs traditionnelles "fiches de premiers secours" : "Comment être à la fois parents et amants ?", "Comment gérer une infidélité dans le couple ?", "Comment parler de sexe à ses enfants ?", "Comment réussir son quickie ? » D’ailleurs, à ce sujet, savez-vous ce qu’est un quickie ?

    Trucs, astuces et conseils (par exemple sur les sex-toys) sont complétées par la rubrique "Marécage des questions relous". Si jamais on vous dit "Et tu laisses ta femme allaiter dans l’espace public", "Et vous l’appelez comment le petit ?"ou "Et vous continuez les soirées BDSM ?", vous saurez quoi répondre à coup sûr.

    Et pour finir de faire de ce guide un livre sympa et sexy comme tout, il y a les dessins de Guenièvre Suryous. Flore Cherry écrit ceci : "C’est quoi le sexe ? On ne va pas vous faire un dessin ! (En fait, si. On en a même fait plusieurs)." 

    Flore Cherry et Guenièvre Suryous, Guide de Survie sexuelle des Parents, éd. Tabou, 2020, 128 p.
    http://www.tabou-editions.com

    http://guenievre-illustration.com
    http://popyourcherry.fr

    Voir aussi : "La vie (sexuelle) des jeunes"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez, twittez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

    Suivez aussi Arsène K. sur Twitter et Facebook

  • Le retour des Ninja

    NinjA Cyborg, c’est Martin Antiphon et Marc Botte, de retour avec The Sunny Road, un EP au titre aux mille promesses. Pour illustrer leur EP, le duo français a choisi un visuel de Georges Gold Design renvoyant aux affiches de cinéma fantastique des années 70 et 80. Les morceaux du groupe sont majoritairement réalisés en analogique, et mixés dans la Studer 903 de Music Unit, donnant à cet opus un cachet vintage.

    Avec "Supramount pictures" et "Psycho Panic", nous sommes dans une entrée en matière, toute en vagues synthétiques à la manière d’une BO de série B,.

    De même, "The Sunny Road", qui donne son nom à l'EP, se veut un hommage appuyé aux Robocop, Supercopter et autres monuments cultes de la pop culture. Films de SF et nanars sont assumés grâce à, un son électro eighties régressif. Pour ce titre, le duo a imaginé un vidéo-clip réalisé en stop motion par Jef Dubrana et Olivier Hernandez de Freaks Motion Studio. "The Sunny Road" raconte les aventure de Gordon, un Cyber Ninja suivant les ordres pour aller défier les méchants de la ville de Sun City. Le film a été réalisé image par image, en pâte à modeler.

    Un hommage aux Robocop, Supercopter et autres monuments cultes de la pop culture

    Avec "A Walk With Jane", NinjA Cyborg montre qu’il est capable de morceaux planants, à la manière de capsules spatiales catapultées à des milliards d’années-lumière et ponctués de respirations extra-terrestres. Tout aussi intersidéral, "Lighting" adresse un clin d’œil appuyé à Jean-Michel Jarre.

    Avec "Sky Diving", en featuring avec Wild Fox, les NinjA Cyborg sont sur le terrain d’une pop plus classique, mais qui ne tourne pas le dos pour autant à la facture eighties, avec une voix juvénile à la Kylie Minogue,, lorsque la toute jeune Australienne se faisait connaître dans ses premiers tubes.

    On ne peut pas dire que les NinjA Cyborg s’arrêtent à un seul style : "Masters Of Fury" propose un rock échevelé dans lequel les guitares électriques s’enveloppent dans des nappes synthétiques. Ça cavalcade dans un instrumental qui ne se pose pas de questions.

    Le EP se termine par un atterrissage en douceur, avec "Gentle Corps", une courte étude sombre à la Mike Oldfield. Et aussi, de nouveau, un hommage à ces chères années 80.

    NinjA Cyborg, The Sunny Road, EP, 2020
    http://www.ninjacyborg.fr
    https://www.facebook.com/NinjACyborgMusic

    Voir aussi : "Vortexvortex, du côté de chez Harley Quinn"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez, twittez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

    Suivez aussi Arsène K. sur Twitter et Facebook

  • Vins et vignobles, des Gaulois à la Ve République

    Que vous soyez féru·e·s d’Histoire ou amateur·e·s de vins, cet essai sur les vignobles français d’Eric Glatre (Histoire(s) de vin, éd. du Félin) vous passionnera. Et si vous êtes les deux, nul doute que vous aurez entre les mains votre futur cadeau pour les fêtes.

    Éric Glatre propose dans cet ouvrage de revenir sur les grands jalons qui ont marqué un produit pas tout à fait comme les autres, élément fondamental de l’alimentation de notre pays ("L’un des aliments de base de la population adulte, avec la bénédiction des savants"), devenu marqueur culturel (l’étonnant "Bataille des vins" daté de 1223 ou la confrérie des chevaliers du Tastevin), voire mystique (chapitre "Les moines, la vigne et le vin, VIe-XIe siècle"), objet de convoitise, enjeu économique et, avec le temps, produit de luxe (le chapitre sur le classement de 1855).

    Du tonneau gaulois à la création des AOC, en passant par le champagne de Dom Pérignon et le désastre du  phylloxera : Éric Glatre balaye plus de 2000 ans d’histoire de la viticulture, avec précision mais sans jamais perdre le lecteur non-initié.

    Cette Histoire(s) de vin, découpée en 33 chapitres à la fois chronologiques et thématiques, est le rappel que cette boisson, qui a fait la fortune et la réputation de notre pays, a toujours suscité l’intérêt du pouvoir, des acteurs économiques mais aussi de la population. L’auteur rappelle que les réglementations concernant la plantation de vignes et la protection date de l’époque romaine, et que la Bourgogne a été très tôt vue comme une terre exceptionnelle : "Le vignoble de la Côte [d’Or], inexistant et même inconcevable du temps d’Auguste, est devenu, avant la fin du IIIe siècle, l’une des richesses les plus fameuses de la Cité d’Autun." Quelques siècles plus tard, Philippe II Le Hardi s’engage contre un  cépage jugé peu qualitatif : le "vil gamay". Une loi réglementation royale "qui annonce sur le long terme un des fondements de l’appellation d’origine contrôlée". 

    Le "vil gamay"

    "Richesse" : le mot est lâché pour une boisson sophistiquée devenu à la fois un produit de consommation courante et un enjeu exceptionnel. C’est ainsi que l’on peut notamment lire cette remarque sur la naissance du Clos Vougeot : "la réussite la plus remarquable de toute l’histoire de la viticulture monastique." Dans le chapitre consacré à ce cru, Éric Glatre nous fait entrer avec précision au cœur d’une propriété historique.

    La région de Bordeaux a bien sûr droit à plusieurs chapitres : "Le Privilège des vins de Bordeaux (1214)", "Les flottes du vin" au XIVe siècle ("Le port de la Gironde n’a plus désormais de concurrents sérieux… Cette prospérité économique fait de Bordeaux une véritable capitale"), l’histoire peu connue de la barrique bordelaise ou le classement de 1855.

    L’histoire du vin c’est aussi celle de révoltes et de bouleversements socio-économiques, à l’instar de la crise du phylloxera,  de la grande "révolte des gueux" du Midi viticole en 1907 ou de la révolte des vignerons de Champagne à la même époque, révolte qui aura pour conséquence les grandes lois de protection des appellations régionales.

    Qui dit viticulture dit aussi inventions capitales : celui des vins mousseux, du vin jaune, mais aussi du tonneau (qui n’a pas été inventé par les Gaulois, contrairement aux idées reçues), de la bouteille en verre, du bouchon en liège ("Il n’a pas toujours été le partenaire naturel du vin") ou encore de la capsule de champagne.  

    Voilà un essai enthousiasmant sur cette histoire du vin, produit exceptionnel, monument du patrimoine français et objet d’admiration : les grandes réussites viticoles "témoignent, en dernière analyse, d’un art de vivre." Cette réflexion du géographe René Pijassou parle du XVIIIe siècle "élégant et raffiné". Sans nul doute, cela s’applique également pour les siècles suivants, jusqu’à aujourd’hui. 

    Éric Glatre, Histoire(s) de vin, 33 dates qui façonnèrent, les vignobles français,
    éd. du Félin, 2020, 344 p. 

    https://editionsdufelin.com/livre/histoires-de-vin

    Voir aussi : "Du vin, des arts et de la fête"
    "Vendanges amères"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez, twittez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

    Suivez aussi Arsène K. sur Twitter et Facebook

  • La Sacem fête la musique tout de même

    Triste année pour la culture en général et la musique en particulier.

    Alors que la crise frappe de plein fouet le secteur de la musique, le Conseil d’administration de la Sacem a fait le choix, dès le mois de mai dernier, d’annuler sa traditionnelle cérémonie des Grands Prix Sacem, afin d’attribuer ce budget à son fonds de secours pour les auteurs, compositeurs et éditeurs. Il a néanmoins tenu à maintenir symboliquement un palmarès pour honorer le talent de toutes celles et ceux qui font vivre la création.

    Ce sont 18 lauréats qui sont récompensés cette année. Privés de scène, ils ont accepté cette récompense de la part de leurs pairs et portent, à cette occasion, la voix des auteurs, des compositeurs, des éditeurs, des auteurs réalisateurs et auteurs de l’humour, dans les cinq épisodes d’une web-série réalisée pour l’occasion. Leurs témoignages au cœur d’une crise sans précédent révèlent à la fois leurs inquiétudes et leurs espoirs pour la musique et la création.

    La Sacem a dévoilé aujourd’hui ses lauréats pour cette année si particulière. Les voici :

    Grand Prix du jazz : Thomas Enhco
    Grand Prix des musiques du monde : Oumou Sangare
    Grand Prix des musiques urbaines : Suprême NTM – JoeyStarr et Kool Shen
    Grand Prix des musiques électroniques : Rone
    Grand Prix de la musique pour l’image : Jorge Arriagada
    Grand Prix de l’auteur-réalisateur de l’audiovisuel : Marion Sarrault
    Grand Prix de la musique classique contemporaine (jeune compositeur) : Olivier Calmel
    Grand Prix de la musique classique contemporaine (carrière) : Régis Campo
    Grand Prix du répertoire jeune public : Tartine Reverdy
    Grand Prix de l’humour : Alain Bernard
    Grand Prix de l’édition musicale : Budde Music France – Cécile Bernier
    Grand Prix du répertoire Sacem à l’export : Aya Nakamura
    Prix Rolf Marbot de la chanson de l’année : "À nos héros du quotidien" de Soprano et Florian Rossi (éditeurs : Aquila Publishing, Big5 Publishing, Warner Chappel Music France)
    Prix Francis Lemarque de la révélation : Pomme
    Grand Prix de la chanson française (créateur-interprète) : Philippe Katerine
    Grand Prix de la chanson française (créateur) : Jérôme Attal
    Prix Spécial de la Sacem : Maxime Le Forestier
    Prix de l’œuvre internationale de l’année : "Bad Guy" de Billie Eilish, (auteurs/compositeurs : Finneas Baird O’Connell et Billie  Eilish, éditeurs : Universal Music Publishing/ Kobalt Music Publishing)
    Grand Prix de la SDRM : "Djadja" d’Aya Nakamura (Alois Zandry, Machynist et Some1ne, éditeurs : Universal Music Publishing, Perspective Production et Warner Chappell Music France).

    Le palmarès des Grands Prix Sacem entend afficher son soutien à la #SceneFrancaise, à l’arrêt depuis près de 9 mois.

    https://www.sacem.fr

    Voir aussi : "Ma Pomme"
    "Billie Eilish est-elle une bad girl ?"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez, twittez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

    Suivez aussi Arsène K. sur Twitter et Facebook

  • La vengeance d'un frigo

    Cette semaine, avec L’‎Œil du frigo nous voilà dans une bonne vieille comédie française, Le Carton. Un film oublié mais avec une belle brochette d'acteurs et d'actrices comiques de premier plan : Vincent Desagnat, Bruno Salomone, Fred Testot, Michaël Youn  et Omar. Dans cette histoire de déménagement express, c'est évidemment un frigo qui nous intéressera.

    Et oui, parfois le frigo fait partie d'une comédie. Ici , Le carton, réalisé par Charles Nemes. Comédie française qui parle d'un déménagement express. Et dans un déménagement, la star c'est toujours le Frigo. Qui ne s'est pas flingué le dos, un bras, un pied en descendant un frigo ? Parce qu'un frigo ça bouge, ça vous suit partout et parfois ça se venge... 

    Jusqu'ici nous n'avions vu que des ouvertures de frigo (tout un univers) ce qu'il faut savoir, c'est qu'un frigo ça fuit , ça tombe et surtout ça se vide lorsqu'on le bouge. Oui j'avoue moi aussi j'ai déménagé mon frigo rempli, ça va plus vite et ensuite on peut manger dès qu'on a fini de déménager... J'étais un ignare.

    Évidemment, ici nous sommes dans une comédie, mais surtout, nous sommes du côté obscur d'un frigo. Il faut le chouchouter, le transporter doucement car certains d'entre vous le jettent par la fenêtre, ou l'abandonnent dans une décharge après des années de bons et loyaux services. Il serait temps de créer la Société Protectrice des Frigos - SPF - pour être sûr que cet objet qui capte toutes nos vies soit enfin protégé par les lois républicaines. Un objet qui a passé beaucoup de casting et qui n'a jamais été nommé aux Césars, ni aux Oscars. Quelle ingratitude ! Heureusement, le frigo se venge en vomissant son trop plein dans les escaliers et en dévalant les marches quatre à quatre pour finir par défoncer les portes fermées.

    On ne pouvait rêver plus belle cascade : pas de doublure. Rien. Tout en souplesse. Il s'échappe et prend sa liberté. Pensez-y lorsque vous ouvrez votre frigo : un jour, il faudra vous en séparer. Ce jour sera triste mais glorieux. Le témoin passera et vous continuerez à écrire votre histoire avec cette porte qui s'ouvre sur les couleurs de votre vie. Le cinéma lui rend hommage pratiquement à chaque film. Débusquez ce que veut vous dire le frigo et votre vie n'en sera que plus "fraîche".

    Oui, le frigo est un objet optimiste, même vide il continue à refroidir... Elle est pas belle la vie?

    ODF

    Le Carton, comédienne française de Charles Nemes
    avec Vincent Desagnat, Bruno Salomone, Cécilia Cara
    Omar Sy et Fred Testot
    2004, 88 mn

    Voir aussi : "L’‎Œil du Frigo débarque sur Bla Bla Blog"
    "Le carton frigo"
     

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez, twittez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

    Suivez aussi Arsène K. sur Twitter et Facebook

  • Vortexvortex, du côté de chez Harley Quinn

    Il y a des artistes qui marquent et que l’on a du plaisir pour retrouver (voir ici).

    C‘est le cas de VortexVortex et leur électro-pop déjanté. Le trio toulousain revient avec un nouveau titre, Shalalala. Joyeux, dansant et d’une belle audace : l’univers de VirtexVortex est peuplé de joyeux hors-la-loi, dans un clip hommage à Harley Quinn.

    Franchement réjouissant, en attendant leur best of dans quelques jours. Si, si.   

    VortexVortex, Shalalala, 2020
    https://www.facebook.com/VortexVortexOfficial 

    Voir aussi : "Le joyeux boxon de VortexVortex"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez, twittez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

    Suivez aussi Arsène K. sur Twitter et Facebook

  • Le talent n’attend pas le nombre des années

    Si je dis que Zoé Morin est une nouvelle voix sur la scène de la chanson francophone, l’expression est à prendre dans les deux sens. Dans son premier EP La flamme, l'artiste frappe par sa voix assurée, singulièrement posée et scandant des textes sombres et engagés sur une musique électro-pop.

    Zoé Morin souffle un vent de fraîcheur, et cette impression se confirme au vu du pedigree de l’artiste : l’adolescente de 13 ans, auteure, compositeur et interprète, seule au clavier et à la guitare, sert des textes engagés, comme elle le dit elle-même : "« Qui prétend faire du rap sans prendre position ? » disait l'autre. La pop 2.0 a la même ambition. C'est pourquoi mes chansons, à la guitare et au piano, parlent de féminisme, d'écologie, de notre société et de comment nous, les jeunes artistes, nous devons réussir à prendre position tout en divertissant. C'est le but de mon projet musical."

    13 ans et quelques

    La mort, la maladie ("La dame en noir"), le féminisme ("Est-ce que tu sais que les flammes / sont souvent du côté des femmes", "Les flammes"), mais aussi l’amour chanté par une jeune fille ("Sous ton aile"). Pas d’enfantillage ni de facilité chez Zoé Morin, capable de lucidité et de noirceur "La pluie et le beau temps", "Casse toi"). Du haut de ses 13 ans et quelques, Zoé Marin parle aussi de l’enfance et de tous les rêves y afférant ("Quand on a sept ans"), avec une rare délicatesse et un sens de la poésie indéniable.

    On sort de cet EP assommé par une telle précocité, dans un EP autoproduit avec une belle audace, une intensité et une assurance remarquable. Une nouvelle voix de la chanson, vous disais-je.

    Zoé Morin, Les flammes, Spinnup, 2020 https://www.deezer.com/fr/album/182340692
    https://site.spinnup.com/zoemorin
    https://riffx.fr/artiste/zomorin
    https://www.instagram.com/zoemorinchanson

    Voir aussi : "La seule règle qui vaille est qu'il n'y a pas de règle"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez, twittez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

    Suivez aussi Arsène K. sur Twitter et Facebook

  • Étincelant Vincent Cateigne

    C’est avec plaisir que nous retrouvons Vincent Cateigne, guitariste français expatrié à l’autre bout du monde.

    Après un premier album en début d’année, Izipizi, il revient, cette fois en collaboration sur le single Cœur vagabond, slamé par La Voix Basse.

    Nous voilà dans un univers moins pop-rock psychédélique et résolument plus urbain, mais où la guitare de Vincent Cateigne étincelle de mille feux. Sur un air de bossanova, elle accompagne, sans l'étouffer, le flow généreux de La Voix Basse.

    Cœur vagabond est le chant d’un aventurier, sans attache, libéré, en route vers son destin : "Si l’envol est essentiel, l’atterrissage est important".

    La Voix Basse et Vincent Cateigne, Cœur vagabond, Nudacy Records, 2020
    Clip Sébastien Tessier
    https://www.facebook.com/watch/vincentcateigne
    https://www.facebook.com/lavoixbasse

    Voir aussi : "Vincent Cateigne : trop facile !"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez, twittez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

    Suivez aussi Arsène K. sur Twitter et Facebook

  • Amour éternel

    "Quand tout meurt, seul amour survit" : cette phrase prononcée par un bouquiniste pour un jeune couple du Second Empire pourrait être le point de départ du dernier roman de Kim Chi PhoÀ Jamais à Nous (éd. Lemart). Grâce à une intrigue se déroulant sur plus de 150 ans, l’auteure raconte un drame mêlant Histoire, tragédie et fantastique.

    De nos jours, à la terrasse d’un hôtel huppé, Xavier, agent immobilier parisien, plutôt beau gosse ("Il n’y a qu’elle qui trouve que Bradley Cooper me ressemble. Sur une échelle de beauté d’un à dix, je me situe entre le six ou peut-être le sept, dans les bons jours") croise le chemin d’une mystérieuse jeune femme qu’il suit jusqu’à la chambre d’un hôtel. Rêve ou réalité ? Tout porte à croire que cette inconnue, qui est l’amoureuse qu’il "cherche depuis la nuit des temps", ne semble être que le fruit de son imagination. Une fois chez lui, où l’attend son amie Mei Gui Xïn/Tiger, des griffures dans son dos trahissent une étreinte passionnée, suscitant la colère de sa fiancée, mais aussi son désarroi.

    150 ans plus tôt, dans la France de Napoléon III, le marquis Edmond Fabel d’Estremeau partage sa vie entre sa femme ("Un mariage (...) d’un ennui sans nom") et sa maîtresse Louise Martin ("Grâce à Louise, sa vie misérable devint de moins en moins pitoyable"). Cependant, l’idylle entre leurs enfants respectifs, Aurore et Henri, bouleverse le destin de deux familles vivant l’une en face de l’autre. Cette histoire d’amour impossible est appelée à finir dans la tragédie. À moins que l’amour survive à tout, même à la mort.

    L'influence des classiques du XIXe siècle

    À Jamais à Nous est une irrésistible love story dans laquelle Kim Chi Pho insuffle du surnaturel, que ce soit l’apparition d’Aurore "au teint de porcelaine", sa rencontre étrange avec Xavier et la certitude que se joue une histoire d’amour fantastique traversant les siècles. À l’instar des romans de Tatiana de Rosnay, les lieux ont aussi leur importance, comme s’ils étaient eux-mêmes imprégnés de ces "âmes errantes" et qu’ils gardaient en mémoire la présence de celles et ceux qui y ont habité. Le lecteur pourra ainsi trouver des correspondances avec Rose, le roman "pré-haussmannien" de l’auteure d’Elle s’appelait Sarah.

    Mais les influences les plus visibles de Kim Chi Pho sont bien à chercher du côté des classiques du XIXe siècle. Que le cocher du marquis se nomme Flaubert n’est pas un hasard, et la scène du Bon Marché renvoie bien entendu au Bonheur des Dames de Zola. Il y a aussi ce parfum orientalisant dans ces détails que parsème l’auteure avec gourmandise : Le pavillon de Rose-thé, un poème de Liu Yuxi (IXe siècle), le chapitre à Macao, sans oublier la présence de Mei Gui Xïn (le nom signifie "aurore").

    Histoire sur l’amour éternel, hommage aux romans du XIXe siècle et intrigue fantastique dans laquelle les fantômes viennent rappeler aux mortels qu’ils ont un destin à suivre : À Jamais à Nous est un vrai page turner, à garder en tête pour un cadeau de Noël.

    Kim Chi Pho, À Jamais à Nous, éd. Lemart, 2020, 160 p.
    https://www.editionslemart.fr
    https://www.facebook.com/kimchiphoauteure

    Voir aussi : "Kim Chi Pho : "Ma vie est en transit tant que je ne termine pas mon roman"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez, twittez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

    Suivez aussi Arsène K. sur Twitter et Facebook

  • Melody Gardot, jazzwoman symphonique

    Après Birkin/Gainsbourg le Symphonique en 2017 ou encore Ed Banger Symphonie l’an dernier, France Inter et les formations musicales de Radio France lancent les Symphoniques Pop, des rencontres artistiques qui entendent faire tomber les frontières entre des genres qui se longtemps toisés.

    Pour inaugurer cette nouvelle collection, France Inter diffuse en direct le concert inédit de Melody Gardot et l’Orchestre Philharmonique de Radio France sous la direction de Dylan Corley, et présenté par André Manoukian. Cela tombe bien, puisque la chanteuse de jazz sort en ce moment un nouvel album, Sunset In The Blue.

    Melody Gardot s’exprimera aussi au micro de Léa Salamé, à 7h50, le 2 décembre, avant de se produire sur la scène du 104 le soir-même avec l'Orchestre Philharmonique de Radio France.

    Ce sera en direct sur artelive.fr et franceinter.fr.

    Concert unique de Melody Gardot
    et l'Orchestre Philharmonique de Radio France
    Mercredi 2 décembre, 20h à 21h
    En direct du Studio 104, Radio France
    Melody Gardot, Sunset In The Blue, Decca / Universal, 2020
    https://www.franceinter.fr
    https://www.arte.tv/fr
    https://melodygardot.co.uk

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez, twittez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

    Suivez aussi Arsène K. sur Twitter et Facebook

  • La seule règle qui vaille est qu'il n'y a pas de règle

    Le public français découvrira avec la plus grande curiosité Marie-Gold, ancienne membre du collectif canadien Bad Nylon. Cette musicienne nous vient du Québec et propose un rap venu de ce coin de l'autre côté de l’Atlantique.

    Parce que nos cousins canadiens tiennent à leur langue tout autant que nous, il est passionnant de voir comment Marie-Gold parvient à libérer son flow dans son premier album solo opportunément intitulé Règle d'Or, évidemment en rapport avec son nom. Mais il s'agit aussi d'une référence à une citation de George Bernard Shaw: "La seule règle d’or est qu’il n’y a pas de règle d’or". Vous avez quatre heures pour disserter...

    Dans cet opus, conçu en collaboration avec des beatmakers montréalais, français et belges, la chanteuse se livre à corps perdu : "Marie-Gold dans la jungle des animaux / S’accroche à son style comme une anémone / Si tu veux blesser je connais les mots", comme elle le scande dans "JACK". Libre dans sa tête, libre dans son corps, la rappeuse délivre "La seule règle" qui vaille : un album aux rythmes hip hop ("Goélands"), volontiers minimaliste et lorgnant aussi largement du côté de la chanson française ("La seule règle").

    Écrit à la première personne, Marie-Gold pousse son travail d’écriture jusqu’à proposer des textes à la langue charpentée et largement mâtinée d’anglais : "Car je passe mes journées à faire des maths / En m'demandant qu'est-ce que je calice à pas faire plus de rap / But I guess que c'est calculé, l'encre still finit par couler / J'ai fais un portrait du futur, je l'ai juste mal cloué" ("Pousse ta luck").

    A l’instar de "Crache sur vos tombes", la Québécoise délivre un album rugueux qui plonge dans son quotidien, son passé, ses espoirs, ses rêves mais aussi les déceptions d’une artiste : "J'ai pas manqué de flair, en renonçant à vos sons / So vous m'oublierez, j'espère pis j'irai cracher sur vos tombes". Sans oublier ce foutu argent ("Aucun bling"). Écouter Règle d’or c’est entrer dans la tête d’une fille d’aujourd’hui, avec ses galères, ses interrogations et ses ras-le-bols : "J’peux pas sortir d’mon lit / J’ai l’système démoli / Perico et Molly / La drogue nous fait faire des folies / J’peux pas quitter l’logis" ("Goélands").

    Libre dans sa tête, libre dans son corps

    "Mémoire" est l’un des meilleurs morceaux, à la composition particulièrement soignée et mêlant rap et chanson, avec un message féministe, à l’instar de sa consœur Samuele : "Les gentilles filles ont aussi le droit d'être en colère / Mais t'oublies de te contenir, il faut le reconnaître / Les gens exagèrent, pardonne-leur… / Rappelle-toi ceux qui t'aiment, t'aiment, t'aiment / Oublie ceux qui te down, down, down / Malgré tout ce que tu donnes, everything's never enough / Au moins tu dormiras bien dans ta tombe."

    Marie-Gold assène ses titres avec une rare puissance, ponctuant ça et là son album de titres insouciants, voire aux trouées lumineuses. C’est le cas du duo avec Stone, riche de promesses en weed et en nuits blanches : "J'veux faire tourner la terre / J'veux faire tourner les têtes / Quitte à m'en jeter à terre / Smoke weed ‘til I die - excès, tu adhères / On en reparle plus, on revient à nos affaires" ("s.w.t.i.d."). C’est aussi le cas du titre "Doser", plus électro que rap, au texte dense, surréaliste et poétique : "Je préfère être l’amour qu’être celle qu’on adore / Je vous salue Marie, j’peux-tu croire en Chloé ? / Dans ce pays d’Oz aux idoles krizokal et aux âmes encodées / Où l’espérance se dose / En frappant tous les murs dans la boîte de Pandore? / Démesure ! / Même l’histoire ne m’a pas dosée ! / Au futur, il me souffla ! La vérité".

    La vérité, l’amour, le combat quotidien pour être soi, la liberté. La vie selon Marie-Gold, quoi.

    Marie-Gold, Règle d'Or, Les Faux-Monnayeurs, 2020
    https://www.facebook.com/marie.goldgoldmusique
    https://marie-gold.bandcamp.com/album/r-gle-dor

    Voir aussi : "Les filles sages vont au paradis, les autres vont où elles veulent"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez, twittez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

    Suivez aussi Arsène K. sur Twitter et Facebook

  • Engrenages : la fin

    J’ai lu quelque part des propos pas très sympas sur cette dernière saison d’Engrenages : moins féroce, voire plus lumineuse, sinon plan-plan. Aurait-on perdu l’ADN de l’une des meilleures séries françaises, ayant si bien capter l’univers policier et, au-delà, les dérives de notre société ?

    Alors, bien sûr, certains personnages ont disparu progressivement. Il n’en reste pas moins vrai que les fans d’Engrenage retrouveront avec plaisir – mais aussi un petit pincement au cœur, cette saison étant la dernière – l’équipe du capitaine Berthaud (Caroline Proust) : Gilou ( Thierry Godard), Ali (l’excellent Tewfik Jallab) et l’inoubliable avocate Joséphine Karlsson (Audrey Fleurot). Un invité de marque s’impose : Kool Shen, en malfrat reconverti dans une boîte de nuit qui pourrait bien cacher d’autres plans.

    Comme chaque saison, Engrenages retrace, comme son nom l’indique, une enquête aux multiples ramifications. L’équipe de Berthaud, sans Gilou mais avec Ali, est appelée en renfort suite à la découverte d’un enfant retrouvé mort dans une laverie automatique. Les soupçons se portent rapidement sur des gamins des rues, immigrés et survivant uniquement grâce à de petites rapines.

    Les frontières entre ces délinquants s’avèrent souvent poreuses

    Ce qui paraissait être un fait divers tristement balade se transforme en dossier criminel complexe, aux multiples ramifications, et où Gilou, en maille avec la police des polices, aura sa place.

    Engrenages parvient cette fois encore à brosser un tableau sombre de Paris et des milieux interlopes, que ce soit les petits malfrats, les délinquants en col blanc et les trafiquants en tout genre, les frontières entre ces hors-la-loi, que tout a priori distingue, s’avérant souvent poreuses.

    Au milieu de tout cela, Laure, Gilou, Joséphine ou Ali doivent jongler avec leur propre vie et leurs obligations : Laure et sa jeune enfants, Gilou et son hypothétique retour au sein de la police judiciaire ou Joséphine et ses liens avec Lola ou Éric Edelman, qui, au fur et à mesure des épisodes, prend de la consistance.

    Les fidèles regretteront de ne pas retrouver certains protagonistes, remplacés par d’autres le temps d’une saison (Clara Bonnet dans le rôle de la juge Lucie Bourdieu, notamment) : il n’en reste pas moins vrai que découvrir cette enquête menée de main de maître par l’équipe du Capitaine Berthaud réjouira les fans. Mais ce sera la dernière. Snif.

    Engrenages, série policière française d’Alexandra Clert, avec Caroline Proust, Thierry Godard, Tewfik Jallab et Audrey Fleurot, saison 8, 10 épisodes, 2020, Canal+
    https://www.canalplus.com/series/engrenages/h/4444010_50001

    Voir aussi : "Les yeux grand ouverts"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez, twittez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

    Suivez aussi Arsène K. sur Twitter et Facebook

  • Du couvent à la Régence

    L’Histoire de France est riche de personnages secondaires ayant contribué à leur manière à écrire des périodes particulièrement agitées. Claudine Alexandrine de Tencin est indubitablement l’une de ces figures. Madeleine Mansiet-Berthaud conte le récit de sa vie dans son roman historique, La Défroquée (éd. Ramsay).

    Cette fille de cinq enfants, née d’une famille grenobloise de la noblesse de robe durant le règne de Louis XIV a, dès son enfance, l’assurance de faire partie de ses grandes oubliées. Femme dans une culture patriarcale, avec un frère aîné qui est promis à un riche héritage et un autre frère poussé vers une carrière dans le clergé, la jeune fille est envoyé au couvent de Montfleury pour une vie de prière. Son existence est promise au silence, ce qu’elle ne peut admettre. Madeleine Mansiet-Berthaud la fait s’exprimer ainsi, alors qu’elle se morfond dans un couvent où son père l’a enfermé : "Si je quitte un jour ce voile et le monastère pour la vie civile, j’emploierai mon temps à bâtir une fortune." Une promesse de reprendre en main sa vie et de s’échapper d’une véritable prison, mais qui est aussi la marque d’une défiance envers les hommes : "Si Alexandrine ne tuait pas son père, elle tuerait tous les hommes qui l’approcheraient."

    En fait de meurtre, c’est plutôt de revanche et de vengeance dont elle va user. Cela va d’abord passer par une manœuvre juridique de longue haleine : obtenir du pape la fin des ordres et retourner à la vie civile. Sa bataille va durer onze ans et se terminer par sa libération : un cas "unique dans les annales de l’Église". Contre toute attente, dans une France où la religion catholique pèse de tout son poids sur la vie, Madame de Tencin devient celle que l’on surnomme "la défroquée" : "Ne serait-je jamais qu’une nonne / A qui faux pas l’on ne pardonne ?", versifie-t-elle lors des derniers jours du Roi Soleil.

    Ce n’est qu’une première étape vers son destin exceptionnel dans une époque traditionnelle et patriarchale. La jeune femme ne veut pas se contenter d’une existence régie par le mariage et une famille traditionnelle. S’occuper d’un enfant ? Au risque qu’il "vienne anéantir des rêves de gloire" ? Jamais ! Car si elle a bien eu un enfant, elle ne le reconnaît pas, et c’est finalement son amant de l’époque qui s’occupe de lui – qui deviendra plus tard le philosophe et encyclopédiste D’Alembert.

    Une féministe avant l’heure

    C’est d’abord auprès de sa sœur Marie-Angélique, devenue Madame de Ferriol, que l’ancienne nonne se frotte au grand monde, via un salon littéraire où les plus brillants esprits sont invités : Fontenelle, la tragédienne Mademoiselle Duclos, le jeune Voltaire, mais aussi toutes ces figures politiques qui, après la mort de Louis XIV, allaient être les têtes pensantes de la Régence. Mme de Tencin devient même la maîtresse de Dubois, le second en France après le Duc d’Orléans. Puisque la société interdit aux femmes tout pouvoir, elle multiplie les intrigues pour placer tel ou tel au plus haut sommet, souvent ses amants, et sans oublier les membres de sa famille. Alexandrine continuerait à fabriquer des candidats à l’immortalité dans son usine à idées, tout simplement parce que c’était sa vocation, sa vie, d’élever les grands esprits aux plus hauts sommets, comme de moquer ceux qu’elle estimait médiocres." Vers la fin de sa vie, elle se lance également en littérature, avec des romans qui auront un succès certain à l'époque.

    En suivant le destin incroyable de la Défroquée, l’auteure fait un tableau passionnant de la France du début du XVIIIe siècle : les luttes d’influence pour la succession de Louis XIV, les troubles anglais, le miracle économique du système de Law puis la crise qui s’en suivit, sans oublier l’arrivée au pouvoir du jeune Louis XV. Madeleine Mansiet-Berthaud fait de Madame de Tencin une brillante et insatiable manipulatrice qui s’appuie aussi sur sa propre famille. L’auteure capte bien cette époque, tout en glissant quelques pages d’une écriture classique, voire sensuelle, lorsqu’elle entre par exemple dans les intérieurs bourgeois de cette fille de noble provinciale devenue une aristocrate influente : "Le taffetas glissa sur le parquet ; la jupe étalée restait gonflée, comme toujours habitée. Les dessous de coton blanc échouèrent sur une méridienne. La chambre baignait dans une demie-pénombre."

    Car la famille est l’autre pierre saillante de son existence, avec un frère dont elle est éprise et qu’elle aidera sans faille dans sa quête de pouvoir ecclésiastique car "garder des relations avec les hauts personnages susceptibles de servir la carrière de son frère passait avant une aléatoire gloire personnelle". La quête de reconnaissance n’est pas absente des motivations de l’ancienne religieuse, jamais épargnée par son passé de nonne.

    L'auteure ne cache pas la grande part d’ombre d’Alexandrine de Tencin qu’est sa relation avec d’Alembert. On peut dire qu’elle s’avère être une féministe avant l’heure, qui a assumé ses choix privés jusque dans ses excès, en refusant "d’être l’esclave d’un homme" : "Quand la femme serait-elle l’égale de l’homme ?". C’est sa sœur qui a sans doute eu la réflexion la plus définitive sur elle : "Votre génie pour le calcul et l’intrigue me stupéfie." Ce que l’auteur résume de cette manière : "Quelle revanche prise sur le destin qui aurait dû être le sien !"

    Madeleine Mansiet-Berthaud, La Défroquée, éd. Ramsay,2020, 430 p.
    https://ramsay.fr/dd-product/la-defroquee

    Voir aussi : "Héros, salauds et intellos sous l’Occupation"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez, twittez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

    Suivez aussi Arsène K. sur Twitter et Facebook

  • Bande d’Idiots

    Il y a du Sanseverino chez Les Idiots, cette joyeuse bande de fadas qui commencent leur premier album, Tout le monde le sait…, par un enterrement de première classe. Celui d’un moribond invitant ses ami.e.s, à l’instar de Jacques Brel, à faire la fête : "Désolé, je voulais par partir / C’est de cette dernière nuit blanche qu’il faudra vous souvenir… / Même mort et enterré / Je veux vous entendre taper du pied" ("Funérailles").

    Nous parlions de Sanseverino. L’auteur des "Embouteillages" est présent dans "Lourdes", au jazz manouche irrésistible et non sans piques pour la ville sacrée et ses fidèles à la "foi sans le fuel". Une attaque en règle contre les religions, que le trio languedocien appuie avec "La boule athée" ("Quand vous me parliez de vos petits Jésus, de vos Gaspard de vos Melchior, / Dans mon esprit ça résonnait / Gérard Majax et Garcimore !"

    Le trio Les Idiots revendiquent l’essence d’une chanson française traditionnelle : accordéon, guitares et voix servent un album résolument acoustique. De sa voix rocailleuse, déchirante et proche de la rupture, Guillaume Boutevillain porte un opus à la très grande humanité, celui de trois grands enfants peu pressés de devenir adultes ("Les grands").

    L’écoute de "Chien d’ivrogne" sur le fidèle compagnon d’un pochtron (le "sac à puce d’un sac à vin") renverra inévitablement au titre homonyme d’Allain Leprest. Le caustique "Tout le monde le sait" est, lui, une adaptation du morceau de Léonard Cohen, "Everybody Knows". Les Idiots ne mettent aucun gant dans cette lecture de la condition humaine, pleine de vie, d’humanité et d’un humour grinçant. Mais non sans engagement, à l’exemple de "La complainte", morceau rock-folk, véhément et terrible : "Je pourris la planète / Me torche avec la loi / Après moi le déluge / Ça ne me regarde pas".

    Trois grands enfants peu pressés de devenir adultes

    Tout aussi engagés, Les Idiots proposent dans "Barre toi de mon herbe" le portrait du "beauf à la Cabu" version 2020 : "Je protège mon jardin / Ma petite vie / Mon chien / Il est pas né celui volera mes petits nains."

    Dans le très bon "Lemmy Gaga" – un titre en hommage à peine voilé à la chanteuse de "Poker Face" – le trio énervé propose le portrait sincère d’une autre de ces figures hautes en couleurs, un rocker camé, "un vrai rebelle", "complètement cramé du cerveau". Il y a de la tendresse dans ce morceau : "T’as pas le droit de te moquer de Lenny / C’était quasi mon meilleur pote / D’ailleurs je bois le même whisky / Je te préviens te fous pas de lui / Tu faisais encore dans ton froc / Que lui il hantait le rock."

    L’amour n’est pas absent, à l’instar de "Noir sur bleu", écrit par Parabellum, ou "Jeux Zinterdits", intime aveu d’étreintes, accompagné d’un accordéon diablement sensuel : "Et puis toucher des lèvres / Sentir tes mains / Jusqu’à la fin / Ne regretter rien".

    L’humour, et même l’humour noir, est omniprésent dans cet album tranchant comme un scalpel de Dexter. Dans "Pelouse maudite", le portrait d’une jeune inconnue ("Elle était blonde se prélassait les seins nus / Couchée dans l’air au soleil du printemps / Elle avait de grands yeux / Et un tout petit cul / Un sourire un peu niais / Qui lui cachait le dents") est le récit du crime d’un psychopathe, soigneusement emballé dans un rythme de jazz manouche.

    Enthousiasmant album à la joie communicative, Tout le monde le sait… fait de la musique et de la vie sans seule religion, sur une planète trouée de plombs. Rien d’irréversible, rassurez-vous : Les Idiots sont là.

    Les Idiots, Tout le monde le sait…, 10H10, 2020
    https://les-idiots.com
    https://www.facebook.com/lesidiotsvousaiment

    Voir aussi : "HK ne lâche rien"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez, twittez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

    Suivez aussi Arsène K. sur Twitter et Facebook

  • On parle de Lucrèce chez Fattorius

    Retrouvez sur l'excellent site du bloggeur Fattorius une critique de mon roman Mille Milliards de Bisous pour mon Chéri, sorti il y a environ 9 ans - déjà !

    "Côté sentiments, l'auteur se met avec justesse dans la peau de Lucrèce, montrant avec une grande sensibilité les balancements du cœur d'une jeune fille à la fois passionnée, hésitante, puis follement heureuse de se retrouver avec un homme mûr, expérimenté, mais aussi rangé... Grave pourtant, la question de la différence d'âge est certes abordée, mais vite évacuée, tant la passion finit par tout renverser."

    C'est à lire sur ce lien.

    Lucrèce, Mille Milliards de Bisous pour mon Chéri, Edilivre, 2011, 136 p.
    http://fattorius.blogspot.com

    Voir aussi : "Mille Milliards de Bisous pour mon Chéri"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez, twittez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

    Suivez aussi Arsène K. sur Twitter et Facebook