Musique ••• Contemporain ••• Élise Bertrand, Talisman
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En début d’année, les fans de Game of Thrones ont eu la jolie surprise de voir arriver sur HBO un nouvel avatar de cet univers, bien éloigné du Trône de fer d’origine puis de la série House of the Dragon, autour de la famille des Targaryen.
A Knight of the Seven Kingdoms s’éloigne de ces déclinaisons en campant l’histoire un siècle avant les aventures des Lannister et autres Starck. Et c’est justement là que le spectateur ou la spectatrice risquent d’être désarçonnés – sans jeu de mot. Pas de lutte de pouvoir, pas de bataille épique, pas de dragon, mais un simple chevalier, endeuillé par la mort de son maître, un chevalier pauvre comme lui, et qui cherche à participer à un tournoi. Il croise sur sa route un enfant surnommé L’Oeuf.
Voilà nos deux compères navigant dans un camp boueux et mal famé, médiéval à souhait, avec ce qu’il faut de manants paumés, de nobles insupportables, de prostituées blasées et de chevaliers se croyant plus forts qu’ils ne le sont.
Les fans de GOT seront sans doute déconcertés par cette aventure du bien mal nommé Ser Duncan le Grand qui va devoir se faire sa place au soleil.
Manants paumés, nobles insupportables, prostituées véhémentes et chevaliers se croyant plus forts qu’ils ne le sont
Chevalier solitaire sur son destrier – qu’il est d’ailleurs obligé de mettre au clou pour des raisons financières –, celui qui se voit déjà promis aux plus grands exploits et aux prestigieuses batailles va devoir se faire une place, aidé par celui qui devient son écuyer. Le personnage d’Egg (L’Oeuf) est une savoureuse invention, avec le jeune Dexter Sol Ansell qui prouve qu’on risque de parler de lui encore quelques années.
L’esprit du Trône de Fer est intact, mais les créateurs ont choisi de plus miser sur les personnages, les dialogues et l’ambiance que sur les scènes d’action – à l’exception du tournoi, finalement assez court.
A Knight of the Seven Kingdoms est une cocréation de George R.R. Martin, auteur de la saga culte de Game of Thrones. C’est dire que cette nouvelle déclinaison qui nous transporte au pays de Westeros n’est pas à prendre à la légère. Il se dit même que plusieurs saisons sont en préparation, ce qui n’est pas surprenant si l’on pense à la fin ouverte de ces six premiers épisodes. On a déjà hâte d’en savoir plus.
A Knight of the Seven Kingdoms, série de Fantasy de George R. R. Martin et Ira Parker,
avec Peter Claffey et Dexter Sol Ansell, 1 saison, HBO Max, 2026
https://www.hbomax.com/fr/fr/shows/knight-of-the-seven-kingdoms
Voir aussi : "Comment expliquer le fantastique désordre des saisons de Westeros ?"
"George RR Martin sur un Trône"
Le chef Alexis Kossenko poursuit son exploration de l’œuvre pour orchestre de Felix Mendelssohn Bartholdy avec sa 3e Symphonie "Scottish" en la mineur et l’Ouverture Les Hébrides (Aparté).
Compositeur phare de la période romantique, il a été cependant été redécouvert tardivement à partir de la seconde moitié du XXe siècle. Ses origines juives et l’antisémitisme étant pour beaucoup dans cette injustice, et ce bien que ses contemporains le considérait comme un génie.
Artiste allemand précoce, mort prématurément à l’âge de 38 ans, il commence à composer sa troisième symphonie, dite "Écossaise" à seulement 20 ans. Grand voyageur, il est parti au Royaume-Uni et découvre, enthousiaste, l’Écosse. La nature brute de cette contrée lui inspire cette œuvre profondément attachante. Il met cependant 12 ans pour la finir… à Londres. Bon, ce n’est certes pas en Écosse mais la boucle est bouclée. À son écoute, c’est simple : même si Mendelssohn n’est pas le plus connu des classiques, on a envie de l’aimer.
À la tête des Ambassadeurs et de La Grande Écurie, Alexis Kossenko a pris le parti des instruments d’époque, donnant à ces deux œuvres – la Troisième et Les Hebrides de Mendelssohn, donc – un lustre certain et aussi une grande authenticité.
Dans cette symphonie écossaise, le mouvement ample du premier mouvement (Introduction. Andante con moto – Allegro un poco agitado) exprime les paysages tourmentés et brumeux du pays de Mary Stuart, dont le compositeur allemand a visité le palais. Un grand vent romantique souffle sur cette partie dense et laissant le spectateur sans répit. "Agitado" dit l’indication de tempo pour la dernière partie de ce mouvement. Et il est vrai qu’aux tourments de l’âme répondent ceux de l’orchestre. Si l’on peut parler de naturalisme et de romantisme chez Mendelssohn, ce premier mouvement en est une belle illustration.
Fibre beethovénienne
Le premier mouvement dépasse les 16 minutes. Le deuxième, Scherzo. Vivace non troppo, lui, fait moins de 5 minutes. Relativement bref donc, mais aussi léger. Sans doute peut-on entendre, derrière les sons de la clarinette, l’écho des cornemuses qui ont dû fasciner le jeune homme de l’époque.
Contrevenant aux conventions, l’Adagio n’arrive qu’ensuite, dans un troisième mouvement lent et méditatif. Mendelssohn prend son temps, tout comme l’ensemble mené par Alexis Kossenko. Coloré, dense et vibrant, cet adagio-là n’a pas le caractère funèbre de bien d’autres symphonies. Il apaise et exprime le calme intérieur du compositeur.
La fibre beethovénienne est évidente dans les quatre parties, et notamment dans le Finale guerriero. Un "final guerrier" donc, dans lequel Mendelssohn se nomme disserte s’agissant des indications de tempo : Allegro vivacissimo et Allegro maestoso asai. Voilà du travail rondement mené pour le chef d’orchestre et pour son ensemble orchestral. Cette Symphonie "écossaise" se termine dans la majestuosité, hommage sans doute à un pays qu’il a adoré – même s’il est notoire que l’Écosse est bien loin de la pompe royale.
L’Ouverture des Heberides, op. 26, vient compléter ce programme. Précisons que malgré son titre, cette pièce est autonome et n’est composée que d’un seul mouvement. Comme pour la 3e Symphonie, elle a été inspirée par un voyage en Écosse dont nous parlions. Mendelssohn y avait découvert la grotte de Fingal sur l’île de Staffa. Cette composition peut être qualifiée de naturaliste, tant l’auditeur ou l’auditrice peut voir apparaître le paysage marin qui l’a tant fasciné. Alexis Kossenko excelle dans sa manière de rendre vivant les éléments – la mer, le vent, la minéralité et bien sûr la verdoyante nature. Génie absolu, maintenant admiré, Mendelssohn a finalement laissé après son voyage écossais les plus belles cartes postales qui soient : musicales et intemporelles.
Felix Mendelssohn, Symphony n°3 "Scottish" – The Hebrides,
Les Ambassadeurs et La Grande Écurie, direction Alexis Kossenko, Aparté, 2025
https://apartemusic.com/fr/album-details/mendelssohn-symphony-no-3-scottish-the-hebrides
Voir aussi : "Élise Bertrand, de l’ombre à la lumière"
Les Cramés de la Bobine présentent à l'Alticiné de Montargis le film Les Dimanches. Il sera visible du 8 au 14 avril. Soirée débat le mardi 14 avril à 20H30.
Ainara, 17 ans, élève dans un lycée catholique, s’apprête à passer son bac et à choisir son futur parcours universitaire. A la surprise générale, cette brillante jeune fille annonce à sa famille qu’elle souhaite participer à une période d’intégration dans un couvent afin d’embrasser la vie de religieuse. La nouvelle prend tout le monde au dépourvu. Si le père semble se laisser convaincre par les aspirations de sa fille, pour Maite, la tante d’Ainara, cette vocation inattendue est la manifestation d’un mal plus profond …
Festival de San Sebastian - Meilleur Film
Cinemed 2025 - Antigone d’Or
Premiers Plans d’Angers 2026 - Grand Prix du Jury
Les Dimanches, drame espagnol d’Alauda Ruiz de Azúa
avec Blanca Soroa, Patricia López Arnaiz, Juan Minujin, 2026, 118 mn
Titre original : Los domingos
https://www.cramesdelabobine.org/spip.php?rubrique1662
Voir aussi : "Coutures"
La musique contemporaine est toujours une aventure autant qu’une parenthèse enchantée. À cet égard, Élise Bertrand ne pouvait choisir meilleur titre que Talisman pour son deuxième album. Voilà un coup d’éclat autant qu’une confirmation après son premier opus, Lettera Amorosa. Nous avions aussi parlé de son récent concert à Gien (Loiret).
Accompagnée de ses ami⸱e⸱s – Adèle Charvet, Emmanuelle Demuyter, Raphaël Sévère, Nathanaël Gouin, le groupe Les Métaboles et Léo Warynski – la compositrice et violoniste (mais aussi pianiste) propose une sélection de ses pièces de musique de chambre. Pour certaines, la musicienne se met elle-même à l’archer et au clavier.
L’opus 17, Dans les abysses de lumière, avec Nathanaël Gouin au piano, résonne comme un chant à la fois funèbre et plein d’espoir. Pudeur, intimité et inquiétude se croisent, non sans des éclats de lumière et des silences éloquents. À l’audace d’écriture d’Élise Bertrand vient répondre le jeu précis et expressif au piano de Nathanaël Gouin. Oui, semble nous dire la compositrice, on peut encore proposer des pièces exigeantes comme celle-ci.
Talisman offre une large place à la poésie. Il y a, pour commencer, l’opus 12, Âme de nuit. Dans l’esprit musique française du XXe siècle, la mezzo-soprano Adèle Charvet, accompagnée de Nathanaël Gouin au piano, propose trois adaptations de poèmes de Maurice Maeterlinck (1862-1949), Claude Roy (1915-1987) et Victor Hugo (1802-1885). Les espoirs vains, les attentes déçues et les absences constituent le cœur d’Âme chaude, un poème de Maeterlinck tiré des Serres chaudes. La littérature française, la tradition de la mélodie française et la musique contemporaine se rejoignent dans cette première partie d’Âme de nuit. La voix d’Adèle Charvet plane avec onirisme mais aussi une pudique douleur. On peut remercier Élise Bertrand d’avoir su débusquer La Nuit, un extrait des Poésies de Claude Roy, journaliste et écrivain devenu rare. Et l’on constate les parentés entre Maeterlinck et Roy, le dernier se montrant plus parnassien qu’on ne le pensait de prime abord : "Après l’aube la nuit tisseuse de chansons / s’endort d’un songe lourd d’astres et de méduses / et les jambes mêlées aux fuseaux des saisons / veille sur le repos des étoiles confuses."
La nuit, le silence, la méditation, le sommeil et la nature source de méditation. On retrouve ces thèmes dans Nuits de juin de Victor Hugo ("L’été, lorsque le jour a fui, de fleurs couverte / La plaine verse au loin un parfum enivrant ; / Les yeux fermés, l’oreille aux rumeurs entrouverte, / On ne dort qu’à demi d’un sommeil transparent...") Troisième auteur, troisième poésie, troisième époque mais la même cohérence et intelligence de composition.
Talisman offre une large place à la poésie
Élise Bertrand, au violon, vient accompagner Nathanaël Gouin pour sa Sonate-Poème, opus 11. Trois mouvements, Aria-Allegro, Nocturne et Finale, constituent cette pièce écrite comme un chant de vie et de mort. Le violon vient pleurer l’absence, la douleur mais aussi l’impérieux désir de danser au-dessus du vide (Aria-Allegro). Le violon se fait onirique dans le Nocturne. Il semble même flotter tel un ectoplasme gémissant, avant un Finale explosif mettant la vie comme le grand vainqueur de ce poème musical.
Poésie encore avec l’opus 5, l’œuvre la plus "ancienne" (pardon, "précoce") de la jeune compositrice. Elle a été créée le 29 mars 2019 lors de la demi-finale du 27e Concours International de Piano d’Épinal. Ce Poème est une œuvre pour piano au néoromantisme de notre époque (d'ailleurs, Bla Bla Blog avait malicieusement intitulé le premier article consacré à la musicienne : "Ultra moderne romantique"), tout en assumant ses liens de cœur avec la musique française du début du XXe siècle.
Décidément, le deuxième album d’Élise Bertrand est placé sous le signe de la littérature et de la poésie. Une preuve supplémentaire avec ses Trois mélodies sur un thème d’Eluard, opus 9. Cette fois, Élise Bertrand est au piano, accompagnant Emmanuelle Demuyter. Dans Ta bouche aux lèvres d’or, le chant de la soprano, léger et mystérieux, revivifie la mélodie française que l’on pensait disparue depuis des décennies : "Souvenirs de bois vert, brouillard où je m'enfonce / J'ai refermé les yeux sur moi, je suis à toi". Élise Bertrand fait allier avec justesse néoromantisme et contemporain, en s’emparant de grands textes (J’ai fermé les yeux). Emmanuelle Demuyter est sa partenaire idéale : onirisme, détachement, pudeur. Sa voix en tension hypnotise littéralement (Ordre et désordre de l’amour).
On a plaisir à écouter Élise Bertrand au violon interpréter la courte Sonate pour violon seul, opus 16, en trois mouvements et sans indication de tempo. La musicienne semble marcher sur les pas de ses aînés, ceux de la seconde école de Vienne (Schoenberg, Berg, Webern) : audace dans l’écriture, expressivité, rythmes hypnotiques (III) et tensions extrêmes. Une facture contemporaine qui fait le grand saut entre les premières années du XXe siècle et 2026.
La Psalmodie, opus 20 voit surgir la clarinette miraculeuse de Raphaël Sévère, en trio avec Élise Bertrand au violon et Nathanaël Gouin au piano. Cette pièce de chambre s’écoute comme une prière, sombre et pathétique. La magie opère dans ce morceau qui prend son temps, comme s’il s’agissait pour la compositrice d’une déambulation dans une lande inquiétante.
Un dernier poème vient conclure l’album. Et, surprise, il s’agit de Sully Prudhomme (1839-1907). On l’a peut-être oublié mais il fut, en 1901, le premier lauréat du Prix Nobel de Littérature. Élise Bertrand a choisi d’adapter en musique le poème Ce qui dure (op. 31). Le groupe Les Métaboles, dirigé par Léo Warinski, l’interprète. Impossible de rester insensible à cette version pour six voix mixtes qui vient nous parler du temps qui passe et de la jeunesse disparue : "Nous ne voyons plus sans envie / Les yeux de vingt ans resplendir, / Et combien sont déjà sans vie / Des yeux qui nous ont vus grandir !" Moderne et épurée, mélodieuse et pudique, cette pièce s’écoute avec recueillement, telle une œuvre grégorienne… et laïque tout à la fois.
Finalement, la plus grande audace d’Élise Bertrand n’est-elle pas à la fois la simplicité et l’art d’amener le contemporain là où on ne l’attendait pas ?
Élise Bertrand, Talisman, NoMadMusic, 2026
https://www.nomadmusic.fr/fr/album/talisman
https://elise-bertrand.fr
https://www.facebook.com/elise.bertrand.35
https://www.instagram.com/elise.musician
Voir aussi : "Qu’elles caractères…"
"Élise Bertrand, ultra moderne romantique"
Alors qu’il discutait avec Stephan, Diane remarqua que Brian était absorbé par son téléphone. Elle le rejoignit pour échanger avec lui sur son nouveau projet. Comment prenait-il la situation ? Elle mit en place ses protège-patins sous ses bottines, dépassa la balustrade et le rejoignit dans les gradins. Il remarqua sa présence et lui grimaça plus qu’il ne lui sourit.
— Tu en penses quoi ? lui demanda-t-elle. Il la fixa, mal à l’aise.
— Tu parles de reprendre la compétition sans moi, de me laisser ?Arsène K., Échange de patins, éd. Jenn Ink, 2026
https://www.facebook.com/ArsneK1Voir aussi : ""Échange de patins" : Extrait 4"
Photo : Pexels - Erik Mclean
Les Cramés de la Bobine présentent à l'Alticiné de Montargis le film Coutures. Il sera visible du 1er au 7 avril. Soirée débat le mardi 7 avril à 20H30.
A Paris, dans le tumulte de la Fashion Week, Maxine, une réalisatrice américaine apprend une nouvelle qui va bouleverser sa vie. Elle croise alors le chemin d’Ada, une jeune mannequin sud‐soudanaise ayant quitté son pays, et Angèle, une maquilleuse française aspirant à une autre vie. Entre ces trois femmes aux horizons pourtant si différents se tisse une solidarité insoupçonnée. Sous le vernis glamour se révèle une forme de révolte silencieuse : celle de femmes qui recousent, chacune à leur manière, les fils de leur propre histoire.
Coutures, drame rançais d’Alice Winocour
avec Angelina Jolie, Ella Rumpf, Anyier Anei, Louis Garrel et Vincent Lindon, 2026, 107 mn
Scénario : Alice Winocour
https://www.cramesdelabobine.org/spip.php?article5184
Voir aussi : "Lili Marleen"
Abyr, c’est l’une des voix françaises (ou plutôt libano-française) les plus généreuses et les plus bouleversantes du moment. Elle exprime sa sensibilité sur la couverture de son premier album sobrement nommé Abyr, né en partie grâce à un financement participatif de 114 contributeurs. Son regard triste semble ailleurs. Sans doute est-il destiné à son pays d’origine, le Liban.
Le premier titre, Je suis ton voisin, s’écoute comme une déclaration d’amour pour ces frères et sœurs exilés "Je suis ton frère de courage, / nos langues se ressemblent un peu, / Je suis ton frère de naufrage, / On ne sait plus vivre heureux"
L’expatriée née au Pays du Cèdre tend la main vers ces autres voyageurs douloureux. Elle semble donner un visage à ces migrants. Qui mieux qu’elle pouvait les chanter, elle qui est née d'un père libanais et d'une mère palestinienne au milieu de la guerre civile ? Elle en parle avec tendresse et compassion : "Eux, ils serrent très fort leurs petits, / On n’entend même plus leurs cris, / Et si c’étaient nos bambins / qui devenaient clandestins" (Avancer).
La chanson de la franco-libanaise est enrichie d’influences orientales, grâce notamment à sa collaboration avec le musicien Sebka et l’arrangeur Antoine Rault. On pense à Al Hamdoulillah, portrait tendre d’une femme voilée : "Autour de son cou elle porte la clé de sa maison, / Un voile sur la tête et sa foi qui brille comme une étoile". Plus loin dans l’opus, Vol de plaisir y fait écho avec un souvenir d’enfance : d’une tente dans une rue de Mumbai à un départ en avion. Un déracinement, un déchirement. Impossible de rester insensible à ce morceau à la fois dur et doux : "J’ai pris le temps / De raconter mon histoire / Aux hommes bienveillants" (Vol de plaisir).
Abyr dévoile de nouveau ses blessures dans Je cherche l’enfance : "J’ai reçu en, héritage / Le syndrome du réfugié / Prête à reprendre le large, / Jamais en sécurité". Un tel traumatisme a laissé des traces : son enfance lui apparaît comme un "oiseau blessé", quant à son adolescence, elle a dû "la voler". D’enfance, il en est encore question dans la touchante Émilie, ma poupée. Une tendre chanson pour un jouet, symbole encore de l’enfance de l’artiste. Mais aussi une confession sur la fin de l’innocence, broyée par les adultes.
Un déracinement, un déchirement
On le sait, la solitude a été un thème régulièrement chanté dans notre répertoire, que ce soit par Ferré, Moustaki ou Barbara. Il n’est donc pas étonnant de la retrouver ici avec le titre Solitude chérie, cette fois interprété avec un mélange de mélancolie et de plaisir : "Solitude mon amie, / Tu me suis pour la vie, / malgré moi j’ai trouvé un abri / Sous le ciel de Paris".
Installée en France, Abyr n’oublie pas pour autant son pays natal. Elle tourne son regard et réserve ses pensées à ses compatriotes restés là-bas (À ceux qui restent). Un morceau écrit bien avant les événements actuels du Moyen-Orient, dans lequel la Franco-libanaise parle de l’explosion du port de Beyrouth en 2020.
On aime la voix fragile et presque enfantine d’Abyr, et plus encore la poésie mélodique de cet album, à l’instar de Rêver. Rêver pour s’extraire du malheur, des apparences, du "grand froid" et des illusions : "Loin du paradis sur la terre / Je préfère m’envoyer en l’air / Dans mon voyage en solitaire".
L’auditeur ou l’auditrice écoutera avec tendresse ces saynètes intimes dans lesquelles, en quelques mots, Abyr ouvre grand ses souvenirs, ses regrets et ses inspirations (Du bonheur dans un carton). Mais arrêtons-nous sur l’une des chansons les plus réussies de l’opus. Il y a du Brassens dans l’irrésistible Vivre mieux que mourir, en forme de dialogue avec le cœur de la chanteuse : "Sachons mieux vivre que mourir / Et ne rien, regretter", confie-t-elle comme un conseil ou une prière.
L’album se termine avec Tu ne me changeras pas, une jolie déclaration d’amour et d'indépendance, qui est celle d’une femme libre ("Je suis de celles qui papillonnent"). Qu’on se le dise : Abyr n’est pas de celle qui reste en place. Dur pour ceux qui veulent rester avec elle : elle ne sera jamais leur "conquête". Indépendante jusqu’au bout des ongles. Et assurément une grande voix de la chanson.
Abyr, 2025
https://www.facebook.com/abyrchanteuse
https://www.instagram.com/abyr_chanteuse
https://linktr.ee/abyrchanteuse
En concert le 18 avril à Morogues (18) – Les Hauts de Loye / Co-plateau avec Sebka
le 12 juin 2026 à Nilvange (57) – Le Gueulard / Co-plateau avec Sebka
le 13 juin 2026 à Wissembourg (67) – L'Escale / Co-plateau avec Sebka
le 28 juin2026 à La Charité-sur-Loire (58) – La Goguette de l’Île
Voir aussi : "Pauline Brideron, entre onirisme et steampunk"
"Un monde nouveau pour Hugo Jardin"