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Bla Bla Blog - Page 2

  • Eleganz en diable

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    James Eleganz : voilà un nom fort à propos pour un artiste qui a choisi un pop-folk-rock racé pour son retour musical avec l’album The Only One.

    L’ancien leader de Success choisit de nous emmener sur des terres américaines familières et aventureuses pour dix titres à vous donner la chair de poule, portés par une voix tour à tour élégante (Lasso The Moon), posée (The Only One), à vif (The Horse Song), romantique (Better Man) ou sexy (Hide Away).

    Pour la petite histoire, James Eleganz est le premier Français à enregistrer au légendaire studio Rancho de la Luna en Californie où quelques disques mythiques ont vu le jour (Queens of the Stone Age, Arctic Monkeys ou Marc Lanegan). The Only One a d’ailleurs été enregistré en compagnie de figures mythiques du rock : Toby Dammit, clavier des Bad Seeds, et longtemps batteur d’Iggy Pop, et Mike Watt, fondateur des Minutemen et bassiste des Stooges.

    James Eleganz insuffle dans son album ce souffle épique, ambitieux et d’une noirceur poétique hallucinante de créativité, à l’instar du formidable Forgive Me, Forget Me et son piano comme sorti d’outre-tombe.

    Il coule aussi dans les veines du Consolation un rock classique non-frelaté. Les guitares et la voix grave du Frenchy particulièrement inspirée nous transportent dans un road-movie poussiéreux et enivrant.

    The Wedding Song clôture l’album de manière majestueuse et sombre, un titre diabolique que n’aurait pas renié Quentin Tarantino ou Nick Cave : "Murder / On a dirty Snow / There’s a Body : It’s cold / Blood / On my shaking Hands / I’ve killed my Love / And I’m punished / Today / Must be / Our Wedding Day."

    Impossible enfin de ne pas parler de cet opus sans évoquer cette trilogie californienne que sont les trois clips réalisés pour l’occasion par le musicien rennais. Lasso The Moon, The Only One et The Wedding Song forment le triptyque de The Californian Trilogy, une ambitieuse production à la fois musicale et visuelle.

    De la très grande classe, de la part de James Eleganz.

    James Eleganz, The Only One, ZRP, 2019
    http://www.facebook.com/jameseleganz

    Voir aussi : "Charlotte for ever"

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  • Glaçant Shining

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    L’‎Œil du frigo est de retour avec le film Shining qui a droit à une mise en perspective frigorifique. On croyait avoir tout dit au sujet du chef-d’œuvre de Stanley Kubrick et adaptation d'un roman de Stephen King que le maître de l'épouvante ne portait pas sur son cœur. Comme quoi, même les génies peuvent se tromper. Mais passons. Philippe, notre chroniqueur de L’‎Œil du frigo, nous explique comment une scène sans effets spéciaux particuliers est capable de créer des tensions capables de plonger n'importe quel spectateur dans une véritable crise de nerfs.

    Je n'ai pas résisté à attraper cette scène de Shining. On ne présente plus ce film complément fou de Kubrick, avec un Jack Nicholson en transe. Mais ce qui m'intéresse, c'est cette mise en frigo que je ne pouvais pas laisser passer. Bon, d'accord : on est dans une chambre froide, un frigo géant dans lequel on peut rentrer entièrement. D'autant qu'on a vu à plusieurs reprises que certaines femmes étaient enfermées dans des frigos dont l'espace était plus que réduit. En écrivant cette phrase, je me dis : "Tiens, c'est souvent des femmes qui sont enfermées dans des frigos au cinéma..." Sauf dans Shining. Y aurait-il un coup de Weinstein dans l'histoire ?

    Mais revenons à notre Frigo. La lenteur du dépôt du corps de Jack dans la chambre froide est vraiment superbe. Imaginez traîner votre sac de victuailles jusqu’au frigo version Shining. Ça mérite qu'on s'y attarde. Ceci dit, c'est un peu ce qu'on fait quand on habite en étage élevé pour mettre nos courses au frais. On fait du "Shining-frigo". Comme quoi, au cinéma il n'est pas nécessaire de beaucoup d'effets spéciaux pour créer une tension. Mettre un corps au frigo, voir la porte qui coince, et déjà on tremble que Jack le fou ne trucide la pauvre Wendy qui, j'avoue, a l'air complètement dépassée, voire au bord du burn-out. Le repos après le Frigo.

    Il faut dire que Kubrick la malmène particulièrement : même avec son couteau et la porte blindée de la chambre froide fermée avec un loquet, elle stresse un max. Jack hurle derrière la porte et la contre-plongée rend hommage à cette prestation fabuleuse d'un homme enfermée dans ce frigo appelé à devenir sa dernière demeure. 

    Jack pourrait se reposer là, faire un bon festin et calmer ses neurones au frais, surtout avec son mal de tête. Mais non : il abuse de cette hospitalité frigorifique en cognant sur cette porte innocente. En tout cas, on sait que dans une chambre froide cela ne marche pas comme dans un frigo : la petite loupiote ne s’éteint pas lorsqu'on ferme la porte.

    Pensez à voir ou revoir ce film : installez-vous confortablement et laissez monter la froidure de l'histoire.

    ODF

    Shining, épouvante de Stanley Kubrick
    avec Jack Nicholson, Shelley Duvall, Danny Lloyd et Scatman Crothers
    Etats-Unis, 1980, 119 mn

    Voir aussi : "L’‎Œil du Frigo débarque sur Bla Bla Blog"
    "Shining frigo"

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  • Guillo, macadam cow-boy

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    Le dernier album de Guillo, Macadam animal, commence par un coup en plein cœur, avec Nous aimions la terre, une histoire d’exil à la portée si universelle que l’auditeur pourra y lire un message adressée à chacune et chacun d’entre nous, en cette période d’interrogation sur notre planète. Ne pourrions-nous pas être à notre tour des migrants ? "Un âge d’or prend fin sur ce continent / Jours évanescents / Que sera demain / Nous aimions la terre / Nous y étions nés / Mais n’avons pu rester."

    Ce premier titre est à mettre en parallèle avec Sans fusils, sans or, sans trains, une autre chanson sur une terre adorée et volée ? Guillo parle cette fois du génocide et de l’ethnocide indien, un sujet abordé avec passion et lyrisme par Guillo, en cow-boy révolté.

    Ces deux chansons donnent le ton d’un opus engagé, musicalement ambitieux, avec une large part faite à des textes imagés, à l’exemple de Tout baigne, un titre sombre et neurasthénique. Guillo y traite dans un pop-rock renvoyant à Bashung une vie par procuration  : "Ce soir tout baigne tout baigne dans le bonheur / La tête sous l'eau." Engagement à vif avec Un caillou, l’histoire d’un "caillou ordinaire [qui] pleure la mort d’un enfant" en pleine Intifada.

    Une vie par procuration

    Mais Guillo sait aussi surfer sur les récits plus intimistes à l’exemple de Ton cœur ou du titre folk Vendu. Ce dernier récit est celui d’une maison familiale que l’on est obligé d’abandonner est aussi celui de la fin d’une époque : des souvenirs remontant douloureusement en mémoire et la disparition d’un "paradis perdu."

    Pour Une autre fille, le musicien envoie une chanson d’amour fraîche, enlevée et espiègle… pour sa fille : "Elle est un peu comme toi en plus jeune / Un nouvel horizon / Au Train Bleu, elle et moi on déjeune / Je sens les papillons."

    Le chanteur, Guillaume Galiana dans le civil, coup de cœur de l'Académie Charles Cros en 2017, habille d’électro un texte visiblement hérité d'un grand-père paternel, écrit en Algérie en 1956 : "Manteau blanc de mousseline / La neige est tombée / Dans mon cœur elle illumine / Le rêve de mes jeunes années" (La neige). Avec Algania, nous sommes de nouveau dans cette terre de Sahel, cette fois encore dans une chanson engagée sur les peuples tentant de vivre, en vain, sur leur propre terre : "Paysages au péril nostalgique / Colonie vertébrale ancestrale historique / Tatouée au verso de ma peau." Pour Pont d’Arc, Guillo nous emmène via cette évocation d’un pont vers l’aube de l’humanité et l’évocation de ces tout premiers artistes : "Le présent dans l’argile / Chasseurs-cueilleurs agiles / Par-dessus nos pigments / À à la lueur des flammes / Sur les parois de l’âme / Et pour 36000 ans."

    Guillo a le regard aiguisé et particulièrement fin sur notre présent (que l’on pense au lyrique et symphonique titre Le bruit des balles), offrant le passé en guise de repère à la fois rassurant et vivifiant, capable, comme il le dit dans Laissez-moi entrer, de "nous guider sur ces chemins de pierre."

    Guillo, Macadam Animal, Cinq Secondes / Absilone-Believe, 2019
    En concert le 31 août à Graveson (concert chez l’habitant)
    http://www.guillolesite.fr

    Voir aussi : "Boule à facettes"

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  • Bombardement de saveurs au B-29

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    Et si les meilleurs burgers du monde se dégustaient en Bretagne ? C’est ce que l’on peut légitimement se dire quelques mois après l’élection du meilleur burger de France qui a désigné le Bistrot d’Lao de Quimper.

    Mais un autre restaurant breton a attiré l’attention de Bla Bla Blog : le B-29 à Concarneau. Évidemment, les touristes de cette ville balnéaire seraient a priori plus tentés de partir à la pêche aux crêperies ou aux restaurants de fruits de mer qu’à un fast-food. Grossière erreur car, parmi les établissements culinaires à découvrir absolument à Concarneau, figure le B-29, au nom fleurant bon les années 50, la Guerre Froide mais aussi... le département du Finistère.

    À l’occasion du Festival des filets bleus (du 14 au 18 août 2019), le B-29 propose des menus de 10 € à 12 €, sur place ou à emporter : le "Classic", le "Veggie" (pour nos amis végétariens et végans), le "Pagnol, le "Chèvre" et le "B-29".

    Un nom fleurant bon les années 50, la Guerre Froide et le Finistère

    Nous avons opté pour le "Classique", à la fois indispensable et basique, à la simplicité évangélique mais d’une efficacité incroyable : en guise de buns, un pain aux céréales artisanal équilibré, un steak que l’on imagine choisi avec soin et cuit avec amour, des légumes (oignon rouge, mesclun, tomates et cornichon issus de l’agriculture biologique) et une sauce ketchup faite maison. Les frites de cette maison du burger sont au diapason de ce menu classique.

    Un menu que le consommateur pourra emporter ou bien déguster sur place, dans un lieu qui a plus à voir avec un bistrot parisien qu’un établissement breton traditionnel. Ici, en effet, pas de filets de pêche, d’épuisettes ou de bouées mais des objets vintages et un joli sens du bazar pour offrir un espace chaleureux. Les quelques dizaines de milliers de bouchons de lièges décorant le comptoir donnent cette touche de douce folie pour cette maison du burger pas comme les autres.

    B-29 Burger House, 19 rue Dumont D'Urville, Concarneau (29)
    Tél. 02 90 94 18 29
    https://www.facebook.com/B29.burger.house

    Voir aussi : "T’as le bonjour d’Albert"

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  • Le bel été de Tropical Mannschaft

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    Quoi de mieux, entre deux baignades estivales, que se nourrir de cette pop lumineuse proposée par Florian von Künssberg dans son dernier projet musical Tropical Mannschaft, et son dernier EP, To Be Continued... 

    Un titre germanique à souhait pour un deuxième EP à l’électro-pop à la fois innocent et lumineux (Wonderful Life), et qui sait aussi se faire rythmé (Leave Me Out).

    Il faut sans doute chercher les influences de Florian von Künssberg autant du côté de MGMT, de que des Beach Boys cet opus qui sait, à l’instar de La Femme, surfer sur la planche d’une vague sans fin (La Beauté des Dieux).

    Avec Up The Hill, nous voilà du côté d’une pop savoureuse et californienne : "You don’t wanna keep your love/ You hate to enjoy the summer / I just you have to enjoy the summer . I just wanna be your jocker / We can make something together."

    L’électro-pop de Tropical Mannschaft se fait plus incisive dans Himalaya, porté par une rythmique endiablée et une construction musicale particulièrement aboutie. Guru s’avance sur une terrain plus pop commençant par des accents eighties et se terminant sur des accords de guitares nous rappelant que les côtes de l’ouest américain ne sont pas très loin.

    Tropical Mannschaft, To Be Continued…, EP, ZRP, 2019
    https://www.facebook.com/TropicalMannschaft

    Voir aussi : "”Étélectro” et Beauté sauvage"

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  • 5 ans et 1000 chroniques plus tard...

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    Bla Bla Blog fête aujourd'hui ses 5 ans. Un anniversaire d'autant plus marquant que 1000 articles ont été publiés depuis le 15 août 2014 sur ce site qui a érigé la curiosité, la passion et la découverte comme baromètres.

    Que de chemin parcouru depuis le tout premier article sur Haruki Murakami jusqu'à la récente chronique sur le jazzman Samy Thiébault. Musique, littérature, expositions ou séries : beaucoup de genres ont été abordés depuis cinq ans, et ce n'est pas fini. 

    Bientôt, je vous parlerai de Suzanne, de la poésie de Charles Bukowski, du premier roman de Lola Nicolle ou de David Foenkinos. De belles découvertes en perspective. Bien d'autres projets et surprises de Bla Bla Blog sont attendus pour la rentrée. 

    Merci à tous pour votre fidélité.

    https://www.facebook.com/leblablablog
    @LeBlaBlaBlog

    Voir aussi : "Murakami revient... Murakami, reviens !"

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  • Les histoires caribéennes de Samy Thiébault

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    Navigant sur des eaux à la fois jazz et world, le jazz du saxophoniste Samy Thiébault est d’une poésie sans fin, pour reprendre l’un des titres de son dernier album Carribeau Stories (Poesia Sin Fin). Il faut dire que le musicien est né en Côte d’Ivoire d’un père français et d’une mère marocaine (Tanger la Negra peut d’ailleurs s’écouter comme un bel hommage à ces origines maghrébines), avant de revenir en métropole et d’intégrer en 2004 le Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. Voilà qui fait de ce jazzman un artiste élargissant ses influences par-delà les frontières, et cette fois du côté des Caraïbes.

    Samy Thiébault s’est entouré d’un groupe propre à donner une identité world à cet opus attachant : le percussionniste Inor Sotolongo, le batteur Arnaud Dolmen, le bassiste Felipe Cabrera, les guitaristes Hugo Lippi et Ralph Lavital, soit deux Cubains, un Guadeloupéen, un Français et un Anglais.

    Dès le premier morceau, Santiera, nous voilà parti à l’autre bout de l’Atlantique dans ce qui est un voyage tout aussi gracieux et tonique qu’émouvant puisqu’il évoque la construction douloureuse des Amériques avec ces voyageurs mis au ban – esclaves noirs, indiens annihilés ou Européens migrants poussés par la misère. C’est cette souffrance qui forme le terreau d’une musique puissante et colorée (Les Mangeurs d’Étoiles).

    Une texture mystérieuse et sombre à son jazz virtuose et élégant

    Le jazz de ces histoires caribéennes va chercher ses influences dans les rythmes de la culture créole, à l’exemple du calypso de Calypsotopia, s’habillant de carnaval et de joie. Puerto Rican Folk Song c’est l’île de Puerto Rico revisitée, nous entraînant d’un claquement de doigt dans un club de jazz latino au cœur du New York des seventies. L’envoûtant titre Pajarillo Verde est, lui, tiré d’une valse vénézuélienne tandis que Presagio a des airs de João Gilberto, dans un morceau qui semble faire le va et vient entre le Brésil, l’Amérique centrale et le jazz occidental. Influence des Caraïbes encore avec Let the Freedom Reign, influencé autant par Count Ossie que Charlie Mingus. Dans ce titre, Samy Thiébault donne une texture mystérieuse et sombre à son jazz virtuose et élégant, comme si de belles succubes caribéennes à la peau cuivrée venaient nous entraîner dans des danses lascives.

    Aida clôture en douceur et en sensualité ces histoires caribéennes et voyageuses, comme un hommage et une consolation à ces Caraïbes construites par des voyages sans retour.

    Samy Thiébault, Caribbean Stories, Gaya Music Production, 2018
    http://www.samythiebault.com
    https://www.facebook.com/samythiebault
    En concert du 18 au 23 août à Pompignan (82)
    Du 9 au 11 septembre au Duc des Lombards, Paris

    Voir aussi : "Katchéscope"

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  • Boule à facettes

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    L’insolente fraîcheur de Boule tient sans doute à cette capacité à proposer dans un album à la production soignée un ensemble de titres moins légers et je m’en foutiste que ne le laisse deviner la pochette. Il est vrai que cette moumoute rousse et ce regard d’acier n’a rien pour laisser deviner que se cache derrière Appareil Volant Imitant l’Oiseau Naturel (en acronyme : A.V.I.O.N.) un album attachant, non dénué de tendresse, avec une série de portraits autobiographiques (Bicéphale). L’écriture est d’une sensibilité à fleur de peau, et souvent avec un mélange de détachement et de sarcasme : "Je prends ma retraite avant l’heure / Inutile de gesticuler / Tu peux me traiter de branleur / Va t e faire enculer / Par un ours polaire" (Ours polaire).

    Derrière la nonchalance de Boule, se cache cette noirceur poétique qui est l’ADN d’Appareil Volant Imitant L'Oiseau Naturel. Boule – Cédrik Boulard dans l’état civil – navigue sur des eaux mouvementées, à mi chemin entre Brigitte Fontaine (Ours Polaire) et William Sheller (Avion, en duo avec Jeanne Rochette), avec ce charmant zozotement en plus. Un musicien aux multiples facettes.

    Un artiste schopenhauerien

    À l’instar de Welcome in Hippopotamie, en featuring Lucrèce Sassella, le joyeux bazar de Boule ne saurait occulter la construction littéraire d’un poète à la Souchon (La lierre et la ronce). De même, Livreur de méthane est l’autoportrait en creux d’un homme en perdition dans une société en mal de grand air, de générosité et de paix : "Ce que tu aimes c’est bouffer des pizzas / En tripotant ton iPhone à la con" (Les pizzas).

    Voilà qui fait de boule un artiste schopenhauerien, même s’il exprime absurdité et cynisme avec la légèreté d’une samba (Je prends le temps), de l’easy listening (Tout le temps) et le plus souvent de l’humour décalé (Livreur de méthane).

    Il faut surtout écouter Franckie, singulier portrait d’un copain d’adolescence perdu de vue, une sorte de Jojo brelien à l’époque des Trente Piteuses. Et l’on se prend à rêver que Boule et ce Frankie puissent se revoir. Oui, on l’espère vraiment.

    Boule, Appareil Volant Imitant L'Oiseau Naturel, Cholbiz / L'Autre Distribution, 2019
    http://sitedeboule.com
    http://www.appareil-volant.fr

    Voir aussi : "Féloche, l’alchimiste musical"

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  • Aux voleurs !

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    Voilà, une excellente idée qui nous vient du magazine Histoire & Fiction : proposer à l’occasion de la saison 3 de Case de Papel un hors-série spécial sur les grands braqueurs et voleurs de l’histoire.

    Stéphanie Guillaume, la rédactrice en chef de la revue, rappelle qu’avec cette série espagnole, Netflix a réussi à faire du traditionnel braquage de banques une épopée passionnante qui ne s’est pas essoufflée, n’en déplaise aux mauvaises langues.

    L’occasion était trop bonne pour la revue opportunément nommée Histoire & Fiction, de proposer une série d’articles et d’études sur ces voleurs, réels ou fictifs, ayant jalonné notre histoire comme notre imaginaire.

    Bien entendu, dans ce hors-série, plusieurs coups de projecteurs sont donnés sur la série espagnole, dont la première diffusion au printemps 2017 sur la chaîne Antenna 3 n’a été que le début d’un séisme télévisuel. Quelques ingrédients peuvent expliquer ce succès : une thématique classique (un braquage de banque), des références fictionnelles (Quentin Tarantino, Point Break ou L'Ultime razzia de Stanley Kubrick) voire historique (une arrestation méconnue à Grenoble en 2014), des inventions scénaristiques marquantes (la méthode très originale employée par des voleurs et ces fameux masques de Dali), le message engagé des créateurs (avec une saison 2 prenant une tournure plus sociale) sans oublier des personnages charismatiques (les femmes de Casa de Papel ou la figure du mystérieux Professeur).

    "Tonton Mimile"

    Voilà pour la fiction, assez bien développée, mais que le lecteur ne devra lire qu’après visionnage des trois saisons, de peur d’être spoilé. Le volet historique s’attache, lui, à rappeler les principaux voleurs et assassins ayant écumé les campagnes. Il y a Cartouche, le "Robin des Bois du XVIIIe siècle", mais dont la figure mythique ne cesse d’être remise en cause ("un malfrat particulièrement dangereux"). Christophe Belser rappelle le parcours moins connu en France des bandits de grand chemin James Mac Laine et William Plunkett, un duo entré d’autant plus dans la légende que le premier a été exécuté non sans qu’une chanson soit créée en son honneur, tandis que le second a fui vraisemblablement en Amérique à partir des années 1750.

    Quelques faits divers sinistres sont rappelés par les auteurs de Histoire & Fiction : les chauffeurs de la Drôme durant la France de la Belle Époque (par Philippe Grandcoing), le braqueur Émile Buisson, dit "Tonton Mimile", ennemi public numéro 1 à la Libération ou Alberto Spaggiari, l’auteur du "casse du siècle" à Nice en juillet 1976 (deux histoires rocambolesques relatées par Jean-François Miniac). Un dernier article, passionnant et ahurissant, revient sur le fameux syndrome de Stockholm, avec l’exemple éloquent du kidnapping de Patty Hearst (v. illustration), la petite-fille de William Randolph Hearst.

    Les voleurs ont toujours été une source inépuisable comme le rappelle La Casa de Papel. À la lecture du magazine Histoire & Fiction, on comprend aisément pourquoi.

    Histoire & Fiction, hors-série spécial La Casa de Papel, août-septembre-octobre 2019
    La Casa de Papel, série dramatique d’Álex Pina
    avec Úrsula Corberó, Álvaro Morte et Itziar Ituño, saison 3, Espagne, 2019, Netflix

    https://www.netflix.com/fr/title/80192098

    Voir aussi : "Chants songs"

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  • Dante, voyage au bout de l'enfer

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    Que nous reste-t-il à apprendre de Dante et de la Divine Comédie, cette œuvre phare de la littérature italienne, sinon mondiale ? Depuis sa parution au XIVe siècle, tout ou presque a été dit et commenté au sujet du récit poétique de Dante Alighieri, relatant son périple dans l’au-delà, guidé d’abord par Virgile, en partant de l’enfer ("Lasciate ogne speranza, voi ch'intrate", "Laissez toute espérance, vous qui entrez"), jusqu’au purgatoire, puis au paradis où l’attend Béatrice, la femme qu’il a aimé depuis son enfance, qu’il a perdu et à qui il vouera le reste de son œuvre.

    John Freccero, universitaire américain spécialiste de Dante, a écrit une série d’articles sur la Divine Comédie, et ce sont ces articles qui ont été compilés pour former cet essai très impressionnant, Dante, une poétique de la conversion (éd. Desclée de Brouwer). D’abord publié en 1986 aux États-Unis, l’étude de John Freccero arrive enfin en France. Assez logiquement, les textes ont été classés non par date de leur publication, mais en suivant l’ordre du poème, en 17 chapitres, de l’enfer au paradis. Voilà qui donne à l’ensemble une belle cohérence en même temps qu’une solide rigueur scientifique.

    Voyage imaginaire, sinon terrifiant vers l’au-delà, la Divine Comédie est étudiée grâce à l’universitaire émérite sous l’angle d’un voyage intérieur "vers la vérité", en somme une quête à la fois religieuse et poétique qui permet au lecteur de 2019 de se replacer dans le contexte de l’homme de lettres du XIVe siècle que fut Dante nourri aussi bien de sources antiques que chrétiennes qui font sens ici : "Le pèlerin doit luter pour parvenir dans la caverne, où Platon suppose que commence ce voyage."

    "Le voyage de la Divine Comédie commence par une conversion" commente John Freccero au sujet des premiers chants de l’Enfer. S’appuyant sur Platon (Timée), Aristote, s. Augustin, Clément d’Alexandrie, Philon d’Alexandrie ou Jean l’Évangéliste, l’universitaire américain montre toute la portée allégorique de ce voyage du corps qui est aussi celui de l’âme. Avec une rare érudition, John Freccero fait se répondre "cosmos aristotélicien", théories du désir chez Platon et Aristote, réflexions sur les péchés chrétiens et propos sur la chute originelle pour parler de ces limbes que doit traverser le pèlerin.

    Roman autobiographique

    Assez singulièrement pour un tel ouvrage, John Freccero parle de la Divine Comédie comme d’un "roman autobiographique". Dante, pèlerin de l’au-delà, entame un voyage imaginaire, une épopée homérique au sens premier du terme (chapitre 8), qui est aussi celui d’un homme nourri aux sources religieuses du Moyen Âge. Ce périple surnaturel – parlons aussi de "conversion" – suit un mouvement circulaire que le chercheur américain développe avec précision dans le chapitre 4 de l’essai, avec toujours une somme impressionnante de références littéraires : Boèce, Platon, s. Thomas d’Aquin, Aristote ou Virgile, le guide de Dante jusqu’aux portes du paradis. Ces références font d’autant plus sens que John Freccero parle de l’importance de l’itinéraire intellectuel, artistique et poétique – dit autrement, pour reprendre Virgile, de "l’analogie entre la créativité divine et l’industrie humaine".

    Finalement quel est le but du voyage de Dante ? Certainement "une sorte de Mont de Parnasse" répond l’universitaire, qui développe assez longuement la célèbre citation de l’entrée aux enfers. Pour ardue que soit l’exégèse de John Freccero, elle permet au moins d’éclairer l’explication du terme de "Comédie" (Commedia), à mettre en corrélation, si l’on veut, avec cette ironie dont parle l’auteur : "l’enfer [comme] imitation du réel."

    L’expérience personnelle de l’auteur ("roman autobiographique") est bien entendu au cœur de la Divine Comédie, notamment dans le chant de la méduse (Enfer, chant IX), qui est aussi un chant d’amour pour Béatrice : "le mot « Amour » est donc le lien qui unit le ciel à la terre et le poète à son auditoire, contenant en lui-même la substance du poème". "La regénération du pèlerin", qui passera par le purgatoire avant d’atteindre le paradis, est aussi une construction poétique indissociable de la recherche mystique. John Freccero parle de "maturité poétique atteinte par Dante" lorsqu’il écrit son chef d’œuvre. Un chef d’œuvre à la fois mystique, poétique et littéraire dans lequel le voyage vers l’au-delà est aussi celui, allégorique, de la poésie, de la métaphysique, du conte philosophique et de la recherche artistique : "L’histoire du pèlerin conduit au moment où il acquiert le statut de conteur, de sorte que l’histoire que raconte la Divine Comédie est en partie l’histoire de la façon dont cette histoire a été écrite." Avec, pour muse, son amour de toujours, Béatrice.

    John Freccero, Dante, une poétique de la conversion
    éd. Desclée de Brouwer, CNL, 546 p., 2019

    https://www.editionsddb.fr/auteur/fiche/54102-john-freccero

    Voir aussi : "Death is not the end"

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  • Toutânkhamon, de l’obscurité à la lumière

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    Il y a un peu moins de cent ans de cela, après plusieurs campagnes égyptiennes infructueuses à la recherche de la tombe du pharaon Toutânkhamon (v. 1340 av. JC - 1326 av. JC), l’archéologue Howard Carter convainc le richissime mécène Lord Carnarvon de financer une dernière prospection dans un périmètre qu’il estime n’avoir été jamais fouillé. Son intuition est la bonne puisque le 4 novembre 1922, une première marche est découverte puis dégagée. Elle donne accès à une tombe jamais visitée : celle de Toutânkhamon, fils d’Akhenaton, onzième pharaon de la XVIIIe dynastie. Son court règne est tombée dans l’oubli depuis que Toutânkhamon a été frappé d’une damnatio memoriae prononcée par ses successeurs. Son nom a disparu de la liste des pharaons, ce qui va paradoxalement assurer sa postérité. En tombant sur une sépulture quasi intacte car oubliée des pilleurs, Toutânkhamon passe des ténèbres à la lumière.

    Rarement le terme de "trésor" n’a paru aussi bien indiqué pour une telle découverte. Les organisateurs de l’exposition de La Villette ont véritablement travaillé la mise en scène pour proposer un ensemble d’espaces destinés à rendre toute la richesse, la splendeur et l’attrait historique de cette sépulture. Comme le dit Tarel El Awady, commissaire de l’exposition, "[En 1922], les scientifiques et les universitaires furent étonnés à la fois par l’importance du trésor de Toutânkhamon, mais également par la quantité d’information qu’il recelait, et qui permit une compréhension plus profonde de l’histoire de l’Égypte ancienne. Mais la découverte du tombeau de Toutânkhamon permit surtout de réfuter la croyance solidement installée chez les égyptologues de l’époque selon laquelle « tout avait déjà été découvert dans la Vallée des Rois. »"

    Une découverte presque miraculeuse et entrée dans la légende

    150 objets remarquables, tant pour leur valeur artistique que pour leur apports historiques et scientifiques, sont présentés : le cercueil miniature canope à l’effigie de Toutânkhamon en or, verre coloré et cornaline (mais sans la momie du prestigieux souverain !), la spectaculaire statue de Ka à taille réelle et à l’effigie du pharaon, le lit funéraire en bois doré, une magnifique statue en bois et feuille d’or représentant le roi coiffé de la couronne blanche, des mains incrustées d’or tenant la crosse et le fléau, un somptueux pectoral en or, argent, cornaline, turquoise et lapis-lazuli ou un étonnant modèle de barque solaire en bois. Une statue du dieu Amon protégeant Toutânkhamon, prêtée par Le Louvre, est également exposée. Coffres, bijoux, objets de la vie quotidienne, armes ou statues font pénétrer le visiteur dans une civilisation qui continue de fasciner et de surprendre.

    Mais cette exposition nous fait aussi comprendre l’histoire de cette découverte presque miraculeuse et entrée dans la légende. 3200 ans après sa mort, et alors que ses successeurs ont cherché à effacer les traces de ce pharaon qu’ils estimaient trop lié au règne de son père, le révolutionnaire Akhenaton, Toutânkhamon devient singulièrement une véritable célébrité, pour ne pas dire une icône pop – ce que montre le dernier espace de l’exposition. Passé de l’ombre d’une sépulture à la lumière des médias, le jeune pharaon incarne sans doute plus que n’importe quel souverain la magnificence d’une civilisation que l’on ne finit pas de découvrir.

    Il ne reste plus que quelques semaines pour découvrir l’un des trésors archéologiques les plus spectaculaires qui soit, avant son retour définitif en Égypte.

    Toutânkhamon, Le Trésor du Pharaon
    Du 23 mars au 22 septembre 2019
    Grande Halle de la Villette
    https://expo-toutankhamon.fr

    Voir aussi : "Twilight Zone chez Castel"

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  • Vernon et ses amis

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    Je m’aperçois que je ne vous ai pas parlé d’une des séries françaises attendues du premier semestre 2019. Une série qui est aussi l’adaptation du cycle de romans de Virginie Despentes, Vernon Subutex.

    Vernon Subutex est le nom très psychédélique du personnage interprété par Romain Duris tombant dès les premières minutes dans une spirale infernale. Expulsé de son appartement, cette figure de l’underground des années 80-90 ne peut emporter avec lui que quelques biens personnels, mais aussi quelques disques cultes, modestes souvenirs de ses glorieuses années dans le milieu pop-rock.

    Très vite, c’est sur le terrain de la musique que nous entraîne Vernon Subutex qui trouve refuge auprès d’un de ses amis, Alex Bleach, musicien rock parvenu à une petite notoriété, mais qui finit par décéder d’une overdose le soir-même, non sans toutefois avoir laissé un enregistrement de confessions explosives, que Vernon Subutex emporte avec lui avant de fuir. Bientôt, une chasse à l’homme pour retrouver le fuyard sans domicile fixe : amis bien intentionnés et professionnels qui voudraient bien récupérer les cassettes et le témoignage sulfureux de Alex Bleach se croisent et s'affrontent.

    Un hommage à l’underground

    Cette adaptation de la trilogie de Virginie Despentes était très attendue, a fortiori avec Romain Duris dans le rôle de Vernon, dont il endosse le costume avec un naturel déconcertant : tour à tour humain, déconcertant, émouvant, agaçant, séduisant ou bouleversant, Romain Duris incarne un homme à terre mais qui se bat pour survivre, sans savoir qu’il détient des cassettes – un hommage au film Diva de Jean-Jacques Beineix ?– qui peuvent permettre son salut autant que sa perte.

    Dans cette longue course à travers un Paris décrit comme une jungle impitoyable, d’autres personnages font plus que tirer leur épingle du jeu. Il y a d’abord Céline Sallette, en Hyène roublarde mais non dénuée de scrupules, Laurent Lucas, impitoyable et d’un cynisme sans appel, ou encore Flora Fischbach, dont Bla Bla Blog avait parlé pour ses débuts prometteurs sur la scène pop-rock, et qui fait ici des premiers pas convaincants dans le rôle d’Anaïs, en jeune assistante candide dans un vrai panier de crabes.

    Que Fishbach, figure montante de la musique, figure dans cette série qui est aussi un hommage à l’underground, n’est pas un hasard et même plutôt un clin d’œil réjouissant. Vernon Subutex surfe sur une forme de nostalgie d’une période révolue, accentuée par une bande-son d’une belle richesse : The Stooges, Ramones, Daniel Darc, Kim Wilde, Les Thugs ou Janis Joplin. Plein les yeux, plein les oreilles.  L'aspect social des romans de Virginie Despentes est largement gommé, mais c'est au profit d'une chasse à l'homme atypique, avec un Romain Duris portant à bout de bras cette série s’accélérant dans les derniers épisodes.

    Vernon Subutex, comédie dramatique de Cathy Verney, avec Romain Duris, Céline Sallette, Flora Fischbach, Philippe Rebbot, Florence Thomassin, Laurent Lucas et Emilie Gavois-Kahn, saison 1, 9 épisodes, France, 2019, Canal+
    https://www.mycanal.fr/series/vernon-subutex

    Voir aussi : "Fishbach au casting de ”Vernon Subutex”

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  • Mathieu Sempéré, classique mais pas trop

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    Avec Mathieu Sempéré, le classique endosse des habits étonnants, porté par une personnalité assez incroyable et surtout une voix unique. Car le ténor a ayant officié au sien du groupe des Stentors et fait partie de ces artistes ayant à cœur de décloisonner les genres. Après son album Tant de chansons qui nous ressemblent reprenant des standards de Jacques Brel, Gilbert Becaud ou Édith Piaf, c’est au répertoire classique qu’il s’attaque avec son dernier opus, Engrenage symphonique, financé grâce à une campagne Ulule.

    Mathieu Sempéré prend à bras le corps des chefs-d’œuvres archi-enregistrés pour leur insuffler ce modernisme et cette proximité si caractéristique de la chanson. Outre des adaptations originales, le stentor propose quatre reprises devenues pour certaines elles-mêmes des classiques : Le prélude de Bach de Maurane, le concerto d’Aranjuez interprété à l’origine par Richard Antony, le septuor de Brahms (Dave) et le liebertango de Piazzola chanté par Guy Marchand.

    Engrenage symphonique, prévu à la rentrée, vient en continuité de sa tournée qui lui a permis de rôder plusieurs titres. Avouons bien volontiers qu’il faut du coffre et de l’audace pour faire tomber les frontières entre classique et cet art réputé "mineur" et "populaire" qu’est la chanson.

    Nous ne dirons pas que Mathieu Sempéré dépoussière le classique

    Vent du désert propose ainsi une revisite sombre mais aux belles percées lumineuses de l’adagio de la l’allegretto de la 7e symphonie de Beethoven. Pour la reprise de la Danse macabre de Saint-Saëns, Mathieu Sempéré joue avec l’orchestration survitaminée pour proposer une version à la fois fidèle à l’esprit de l’original et lorgnant autant du côté de l’opérette que de Bobby Lapointe.

    Il est impossible de ne pas parler de la reprise du Prélude de Bach de Maurane. La version électro pop permet une vraie redécouverte des paroles de l’artiste belge décédée l’an dernier : "Toi les pieds dans les flaques / moi et ma tête à claques / j'ai pris les remorqueurs pour des gondoles / et moi, moi je traîne ma casserole / Dans cette décharge de rêve en pack / qu'on bazarde au prix du pétrole / pour des cols blanc et des corbacs / qui se foutent de Mozart, de Bach."

    Nous ne dirons pas que Mathieu Sempéré dépoussière le classique, qui reste indémodable et solide comme l’airain. Mais disons que Bach, Beethoven ou Saint-Saëns prouvent une fois de plus qu’ils restent des sources d’inspiration très actuelles.

    Mathieu Sempéré, Engrenage Symphonique, autoproduit
    sortie prévue en septembre 2019

    www.mathieusempere.com
    https://fr.ulule.com/album-mathieu-sempere

    Voir aussi : "Les Variations Gouldberg"

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  • Twilight Zone chez Castel

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    La série culte The Twilight Zone est à l’honneur chez Castel le mercredi 24 Juillet, de 22 heures à 4 heures du matin avec un événement placé sous le signe de l’art contemporain, de la création et des sens et proposé par le directeur artistique Gwenaël Billaud.

    Cette galerie a su depuis imposer un nouveau concept de soirées investies par l'art moderne et contemporain, dans le cadre desquelles participent performeurs, artistes, DJs, et personnalités du monde de l'art. Le temps de la soirée, l'espace se transforme en galerie éphémère, un club artistique en somme où la nuit rend hommage à la création contemporaine – sous le regard de Rod Steiger donc.

    Outre la diffusion des épisodes de La Quatrième Dimension, la soirée verra l’intervention de plusieurs artistes et performeurs : Daniela Zuniga, alias Nina Zun (artiste vidéo), Valéry Grancher (webartiste), Neil Lang, Pierre Bénard "osmoart" (parfumeur), Jakob Liu Wächter (shooting art mode), avec également un live d’Alexandre Bruni-Sarkozy, un live painting de Corentin Bouchaert, une performance de Super-Lexie et une lecture publique de Nenad Milosavljevic.

    Les Dj set Eric Pajot et Gwenaël Billaud viendront compléter cette nuit placée d’une autre dimension sous le signe de Twilight Zone.

    The Twilight Zone, La Galerie
    Castel, 15, rue Princesse, Paris 6e arrondissement
    https://galeriebillaud.blogspot.com
    https://www.facebook.com/galeriegwenaelbillaud

    Voir aussi : "Grande exposition de poche"

  • Années après années

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    Il fallait bien une série pour proposer une fiction d’anticipation qu’est Years and Years. Sur six épisodes, cette création britannique, créée conjointement par la BBC et HBO, suit une famille sur plusieurs années, dans une Grande-Bretagne qui s’apprête à tomber sous la coupe d’une dangereuse populiste. De 2019 à 2034, les Lyons vivent les petits et les grands moments de leurs existences. Les tragédies du monde viennent leur rappeler que leur cohésion familiale risque d’être mise à mal dans un pays tombé sous la coupe de dirigeants dénués de tout scrupule.

    Years and Years déroule patiemment les heurs et les malheurs de citoyens lambda, dont la cohésion, l’originalité, pour ne pas dire la douce folie, semblent inaltérables. Il y a d’abord le joli couple formé par Stéphen et Celeste (formidables Rory Kinnear et T’Nia Miller), à l’existence dorée. Il y a Danny (Russell Tovey), le frère idéaliste et à la joie de vivre communicative. Il y a la grand-mère Muriel (Anne Reid), jouant le rôle de matriarche insubmersible depuis l’abandon de parents, dont on apprendra quelques éléments parcimonieusement dévoilés au fur et à mesure de la série. Edith Lyons (Jessica Lynes) ne fera son apparition que plus tardivement, mais son rôle va devenir essentiel à la série. Et puis, il est impossible de ne pas parler de Lydia West dont le personnage de Bethany, d’abord relativement discret, constitue l’une des inventions scénaristiques les plus incroyables.

    Mélange de Donald Trump, de Viktor Orban et de Marine Le Pen

    Tout ce petit monde se croise, discute (beaucoup), s’aime, se taquine, s’interroge sur son avenir, échafaude des projets, rêve ou désespère : une famille – presque – ordinaire, quoi, découvrant grâce à la télévision et Internet une personnalité publique haute en couleurs, Vivienne Rook, jouée Emma Thompson dans un de ses rôles les plus hallucinants. Cette politicienne, à la tête d’un modeste parti populiste, allie la provocation, la fausse connivence, les discours démagogiques et les coups d’éclat pour arriver au pouvoir. Ce mélange de Donald Trump, de Viktor Orban et de Marine Le Pen avance ses pièces dans un pays miné par la crise, le Brexit, les incertitudes liées au climat, les migrations et des technologies de plus en plus envahissantes. Sans rien spoiler, le spectateur devine très vite que Vivienne Rook ne restera pas éternellement cette politicienne reléguées aux marges de la politique.

    Years and Years capte avec attention et avec une rare sensibilité et les grandes mutations du monde contemporain : populisme, dérèglements climatiques, intelligence artificielle, révolution biotechnologique ou transhumanisme sont développés sous la forme d’une fiction d’anticipation qui nous touche car elle parle aussi de la vie quotidienne d’une famille qui pourrait être la nôtre. Les scénaristes développent l’ampleur de ces changements à travers une dystopie prenant l’allure d’un drame familial. C’est à la fois malin, passionnant et ambitieux. Car jamais, même en parlant de transferts génétiques, de transhumanisme ou de conflit nucléaire Years and Years ne tombe à côté de la plaque. Tout paraît si plausible que le spectateur en sort remué.

    Le dernier épisode, sans aucun doute le plus passionnant pour sa tension dramatique, se termine par un immense point d'interrogation, augurant une deuxième saison tout aussi captivante. 

    Years and Years, série d’anticipation de Russell T. Davies, avec Emma Thompson,
    Rory Kinnear, Russell Tovey, T'Nia Miller, Jessica Hynes,
    Ruth Madeley, Anne Reid et Jade Alleyne
    Grande Bretagne, saison 1, six épisodes, 2019

    Actuellement sur Canal+
    https://www.bbc.co.uk/programmes/m000539z

    Voir aussi : "Deus ex machina"

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